Roxana – L’immortelle

Byzance, -300 av JC. Roxana (= lumière,brillante) descend du peuple colon grecs de Mégare mais aussi des Sarmates puisque sa mère en est une. . Shirin est une princesse Samarte qui a épousé aristocrate grecque nommé Philémon malgré les interdictions de leurs familles respectives. En effet, ils n’étaient pas du même milieu ni de la même culture. Les Samartes combattaient les grecs dans les steppes eurasiennes mais les deux jeunes personnes ont décidé de s’enfuir ensemble à Byzance, pour y vivre leurs vies loin des pressions familiales. De leur union est née Roxana mais le couple ne savait pas qu’ils avaient été maudit et qu’un jour ce serait leur fille unique qui en paierait le prix. Philémon a réussi à se faire un statut à Byzance et il a rapidement grimpé les échelons pour devenir l’un des gardiens de la cité. Shirin a aussi contribué à cette stature puisqu’elle reste une guerrière et elle a su s’imposer auprès des hommes lors de plusieurs batailles pour protéger la cité. 

Roxana est plutôt bien née. Elle est dans l’élite de Byzance. Une sorte de magnifique princesse qui fait tomber les cœurs mais derrière ce masque de beauté, il y a une jeune femme à l’esprit entaché par la malédiction et un peu trop impulsive. Roxana n’est pas comme les autres filles de son âge et son statut, où il faut briller dans les grands événements pour trouver un futur bon parti. Elle veut continuer à élever les traditions Samarte en devenant elle-même une guerrière mais ça ne plaît pas à ses parents ni à l’entourage. Il lui arrive de fuir Byzance pour aller se réfugier dans les steppes et tenter d’y retrouver des nomades pour apprendre à se battre et à vivre comme une femme indépendante. Cependant à l’aube de ses dix huit ans, elle est promise au futur empereur de Byzance qui n’a d’yeux que pour elle. Elle ne veut pas de ce mariage et elle pourrait mettre le chaos pour y parvenir. Pourtant Roxana ne sait pas que dans la malédiction familiale, c’est elle le chaos. Elle est née pour répandre la mort et la terreur.

222 réponses à “Roxana – L’immortelle”

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  1. Avatar de Charlotte Pierre
    Charlotte Pierre

    Ils marchaient main dans la main dans le centre commercial. Anya l’avait rejoint mais Garrett sentait cette boule sulfureusement indélicate de jalousie l’envahir. Elle était là avec lui mais il ne pouvait s’empêcher de repenser aux mots de Henry, à ses allusions, à son désir non masqué pour la jeune femme. Et ça le rendait fou de jalousie. Il doutait de lui pour la première fois. Anya avait le droit d’être avec d’autres hommes après tout et cette simple idée lui broyait sans remord son coeur.

    Néanmoins, elle essayait tendrement de le rassurer et vint se blottir contre lui pour caresser sa joue. La douceur de ses lèvres l’enveloppait de cette bulle de coton inégalée qu’ils avaient eu la veille au soir. Il lui rendit son baiser, un tendre sourire sur les lèvres en voyant sa moue mutine.

    – Je n’ai pas un regard de tueur, dit-il, je sais ce que veux Henry de toi et ça m’énerve..

    En voyant le regard interloqué de la jeune femme, il lui fit signe de le suivre. Ils avaient encore une bonne heure avant que son père ne vienne les chercher. Il l’entraina donc un peu hors des endroits dit « populaires » pour les conduire dans le vieux Montauk un peu plus rustique mais surtout authentique.

    – Henry je le connais depuis qu’on est gamin.. Depuis toujours en somme. C’est un garçon brillant qui a une vie de famille difficile et compliquée. Sa mère a disparue avec deux de ses enfants et son père travaille énormément. Il est seul. C’est pour ça qu’il vient souvent chez nous. Il est brillant mais il doit sans cesse travailler à cause de son père qui veut qu’il soit à son tour dans la finance. Mais Henry il.. il aimerait être médecin. Il n’arrive pas à s’émanciper de sa famille. C’est mon ami depuis toujours et je ferai tout ce qui est possible pour lui mais.. mais le problème c’est qu’il a toujours cru que tout m’arrivait facilement, la famille, les études où il est vrai que je ne fais pas grand chose mais je m’en sors bien, les relations avec les autres et surtout.. et surtout les filles.

    Il était un peu gêné en évoquant cette dernière chose mais il se devait d’être honnête avec Anya. Ils continuaient donc de marcher main dans la main le long d’un quai qui donnait sur la baie de Montauk. Il faisait encore frais ce qui était appréciable. Il reprit donc :

    – Bref, il a toujours voulu les filles que je voulais.. Donc.. Donc c’est pour ça que je ne veux pas qu’il sache pour nous. Il te voudra et il te veut depuis qu’il a vu comment je te regardais Anya.

    Là, il s’arrêta un instant et vint se positionner devant elle. Il posa sa main sur sa joue et se pencha sur son front laissant son nez caresser le sien avec douceur :

    – J’ai lutté pendant tellement de jours pour ne pas t’approcher.. Mais mes yeux t’ont toujours observé, ils t’ont adoré dès le premier jour. Dès que tu es rentrée dans cette classe et où tu étais en train de te liquéfier lorsque le prof te demandait de te présenter. Déjà là je voulais te sauver..

    Un tendre sourire s’affichait sur ses lèvres avant qu’il déposait un baiser sur ses lèvres un peu moins timide qu’au centre commercial. Tant pis si on les voyaient. Il avait besoin de sentir le souffle chaud de la jeune femme sur ses lèvres et l’entendre ronronner de la sorte ne pouvait que confirmer son désir pour elle. Malheureusement, ils durent se séparer ce qui était le signe d’une frustration certaine.

    – Allez viens.. je t’emmène dans un endroit spécial avant que je t’emmène sur un bateau pour te faire l’amour.

    Il avait retrouvé son sourire mutin. Reprenant sa main dans la sienne, il la conduisait dans une petite boutique qui ne payait pas de mine mais qui contenait une multitude de trésors de livre. Elle était tenue par un vieil homme qui en voyant entrer Garrett le salua chaleureusement en parlant italien. Le blond lui répondait avec une facilité certaine puisqu’il s’agissait de la langue paternelle. Le vieil homme se pencha et vit la jolie Anya derrière le blond et la siffla avec beaucoup d’affection. Garrett passa une main protectrice dans le dos de la brunette et la présenta en anglais cette fois-ci :

    – Angelo.. Il s’agit de mon amie Anya..
    – Mais qu’elle beauté.. Une beauté lunaire vous êtes ma jolie demoiselle.
    – Eh ! Pas touche Angelo, elle a mon âge.

    Ils riaient tous devant l’aplomb du vieil homme qui faisait un baise main à la jolie Anya avant de proposer un chocolat chaud italien aux deux amants secrets. Pendant ce temps, ils pouvaient regarder la multitude de livres qu’il proposait. Il s’agissait de livres d’occasions mais Garrett préférait nettement donner une seconde vie à tous ces livres que d’en acheter des neufs, expliquait-il à Anya.

    – Tu vois.. Ils ont tous une histoire. Même s’ils ont été rejetés, ils vivent encore. Ils ont besoin de soin et de continuer à parler de toutes ces fabuleuses aventures qu’on leur a confié.

    Evidemment, il était bien plus inspiré dans cette boutique que dans l’autre et prit plusieurs ouvrages qu’il mit de côté. Il ordonna à Anya de faire comme lui et lui raconta qu’il venait ici depuis tout petit avec sa grand-mère italienne qui était maintenant décédée. Ils adoraient venir ici avec Lucrecia car parfois ils retrouvaient des livres ou des photos de leur grand-mère. C’était un endroit émouvant. Angelo revint et indiqua aux adolescents de venir sur la terrasse arrière. Ils pouvaient s’asseoir sur un petit salon de jardin en fer forgé où les attendaient les chocolats et des biscuits. Angelo faisait son show et racontait tout un tas d’histoires. Garrett les écoutaient avec attention, toujours fasciné et enchanté par le vieil homme qui avait une verve incroyable. Quand il parlait italien, il le partageait et le traduisait à Anya pour qu’elle comprenne tout.

    Ils passaient un délicieux moment ensemble, jusqu’à ce que Robert arrive dans la boutique. Il connaissait bien son fils. Amusé de les voir assemblé devant un chocolat, il réussit à quémander son chocolat aussi avant de s’asseoir près des enfants :

    – Déjà enfant je venais ici aussi, expliquait-il, mais je dois avouer que Garrett a passé bien plus de temps que n’importe quel membre de notre famille. On l’y laissait la journée entière et il passait son temps à lire et à lire. Il ne s’en est jamais lassé. Enfin, jusqu’à ce que le surf et les filles arrivent.
    – Papa, ronchonnait le jeune homme en soupirant gêné, sérieux ?
    – Ahahah. Tu verras mon garçon, c’est le meilleur moment lorsque l’on est parent. On peut enfin vous gêner.

    Robert était un père bienveillant qui aimait sincèrement ses enfants et passer du temps avec eux. Malheureusement, le travail l’empêchait de pouvoir s’adonner à ce temps précis, au grand désarroi de ses enfants. Il finit par se lever et prendre le temps de discuter avec Angelo laissant enfin les deux adolescents tous les deux. Garrett en profitait pour frôler tendrement les doigts d’Anya et plonger ses yeux brillant azur dans les siens :

    – Ce soir prétexte devoir te coucher tôt.. Je t’attendrais dans le garage. J’aurais une surprise pour toi.

    Il avait une moue secrète et adorable sur les lèvres, c’était rare qu’il soit aussi détendu et léger. Profitant que les deux adultes quittent un instant la cabane, il en profita pour se pencher et donner un baiser intense et profond à Anya. Il lui donnait ce désir naissant si singulier des premiers amours et si excitant de la relation secrète. C’était peut-être un jeu, mais Garrett commençait sérieusement à l’apprécier. Mais ça.. Il n’en parlerait pas maintenant. Les adultes revenaient et Garrett reprit a place innocente non sans s’empêcher de lécher ses lèvres après avoir goûté au chocolat sur celles d’Anya, avec un sourire en coin.

    Comme convenu, ils rentrèrent tous les trois sans faire d’histoires. Ils riaient des aventures contés par Robert en arrivant à la maison de la plage. Catherine les attendaient à l’intérieur avec une moue radieuse. Elle tenait entre ses mains un petit carton d’invitation qu’elle faisait vivoter au dessus de sa tête :

    – Bobby chéri ! Les Cavill nous envoyé le carton d’invitation de l’anniversaire de James. Tout le monde y sera ! C’est dans un mois.

    Elle était enjouée car c’était l’occasion pour elle de briller en société, tout ce qu’elle aimait. Robert, amusé de voir sa femme aussi enthousiaste lui promit de faire venir les meilleurs couturiers de la ville pour l’habiller, elle lui précisa donc qu’elle avait demandé à Lucrecia de faire sa robe ce qui ravit ainsi toute la famille. Le reste de la journée se passa tranquillement. Garrett retourna surfer sous l’oeil avide de Anya. Il était frustré que ce soit une simple plage et qu’il n’y ai pas d’endroit plus dissimulé pour se cacher et ainsi continuer à se découvrir. Alors, il faisait régulièrement des allers-retours vers elle non sans s’empêcher de poser une main froide sur sa cuisse, sur son épaule, rapidement ses lèvres dans son cou. Tout était bon à avoir un contact avec elle.

    Après avoir surfé, il reprit les leçons de natation dans la piscine mais sa mère vint travailler près d’eux ce qui les empêcha de véritablement jouer. Ensuite, il prit une douche et retrouva Anya sur le canapé qui lisait et ouvrit son livre lorsqu’on sonna. Catherine alla ouvrir rapidement et poussa un « oh » de surprise enchanté :

    – Henry ! Quel bon vent t’amène.. Tu es arrivé il y a longtemps ? Tu remercieras ta maman pour l’invitation. Elle peut déjà nous compter présent.
    – Merci beaucoup je lui transmettrais. Je venais voir Garrett il est disponible ?
    – Bien entendu il est au salon à lire avec Anya, viens, viens..

    Henry n’était pas surpris et s’avança comme si de rien n’était jusqu’au salon. Il souriait à ses deux amis les bras croisés en les détaillant du regard :

    – Je viens vous chercher pour la fête vous venez ?
    – Salut Henry.. Et bien.. Etant donné que mes parents sont là ce ne serait pas…
    – Pas de soucis et toi Anya tu viens avec moi, demandait-il à la brune en coupant la parole à Garrett, on pourrait sortir ensemble.

    Garrett fronçait les sourcils. Il savait ce qu’elle lui avait confié à la librairie et Henry n’était pas dupe. A quoi jouait-il ? Il ne savait pas trop comment réagir et encore moins quoi dire étant donné que Anya avait le droit de sortir avec lui pour essayer de détourner le poisson mais l’idée ne plaisait pas du tout au blond, surtout qu’il avait prévu une surprise pour Anya. Il la voyait rougir, mal à l’aise, surtout qu’ils étaient visiblement pris la main dans le sac. Inspirant profondément, Garett finit par se lever et entrainer Henry qui se débattait, vers l’extérieur :

    – A quoi tu joues Cavill. Anya a été claire avec toi elle ne veut pas sortir avec toi.
    – C’est sûr que quand on baise toute la journée avec toi on n’a plus trop d’énergie pour sortir.
    – Putain Henry…

    Garrett serrait les poings près à attaquer. Son sang ne faisait qu’un tour en entendant les propos de son ami qui ne cherchait qu’à le déstabiliser. Il l’attrapait donc par le col et le collait contre le mur en le fixant les yeux noir de colère :

    – A quoi tu joues merde ? Qu’est ce que tu veux ?
    – Lâche moi putain !

    Catherine surgissait de derrière Anya sans comprendre ce qui se passait et poussa un grognement surprenant avant d’ordonner à son fils de lâcher le jeune Cavill :

    – Ça suffit vous deux ! Non mais vous n’avez plus cinq ans à ce que je sache ! Pourquoi vous battez vous à la fin ? Je vous croyais amis tous les deux !
    – Moi aussi Catherine.

    Henry faisait sa petite victime alors qu’il remettait son polo en place. Garrett lui, ne faiblissait pas du regard et était toujours aussi furieux. Il se contenait comme il pouvait mais l’envie d’arracher les yeux de son ami était forte, surtout lorsqu’il manquait ainsi de respect à Anya. Henry préféra partir et Catherine voulut en discuter avec Garrett mais il ronchonnait à son tour.

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    Charlotte Pierre

    Garrett était perdu. En rentrant jusqu’à la maison, il ruminait les mains dans les poches. Henry avait vu juste.. Il ressentait bien plus, qu’il ne voulait l’admettre, pour Anya. Son père l’avait compris lui aussi. Que devait-il faire ? La raison lui précisait qu’il devait être mature et cesser toute cette folie. Anya méritait mieux que ce qu’il pouvait lui offrir. Elle était si douce, si tendre, si parfaite. Il la désirait mais sa vie n’était pas celle qu’il lui fallait. Elena rôdait toujours, les autres aussi et Lucrecia.. Lucrecia souffrirait de leur relation. Il ne pouvait pas lui retirer son amie. Il ne pouvait pas être égoïste.

    A mesure qu’il avançait, il était résolu à avoir une conversation avec Anya. Il se répétait méthodiquement le discours qu’il allait lui réciter. Quasi mécaniquement, comme il l’avait toujours fait avec les autres filles. Il était prêt. Il était prêt à tout rompre jusqu’à ce qu’il arrivât sur la terrasse. Elle se jeta dans ses bras et il oublia tout. Sa raison avait laissé place au sentiment d’apaisement et tendre d’amour juvénile qu’il ressentait pour la jeune fille. Elle s’inquiétait pour lui, tentait de le rassurer de ses mains et de ses lèvres. La seule vision de ses yeux brillant lui redonnait espoir.

    Non, désormais ils seraient prudents. Il ne voulait pas perdre le souffle de vie qu’elle lui offrait. Cette douce petite flamme dansante. Ses mains se posèrent sur ses joues et son visage se pencha sur le sien pour lui donner un tendre baiser. Il devait effacer de ses traits le souci qu’elle avait.

    « – Tout va bien avec Henry, dit-il d’une voix plus douce, et c’est même grâce à toi. Il a tenu compte de ce que tu lui as dis.. Peut-être que tu devrais être diplomate à l’ONU »

    Il souriait doucement en posant tendrement son front contre le sien. Les yeux clos, il avait besoin de se ressourcer d’elle, de comprendre ce mystère qu’elle était. Mais la voix de sa mère retentissait au loin annonçant le départ pour la soirée. Les adolescents se séparèrent juste le moment de voir les Hedlund senior quitter la maison et enfin se retrouver seuls :

    « – Tu veux aller à la fête ? On peut y faire un saut rapide.. Ca m’ennuie un peu d’y avoir laissé Henry tout seul. J’ai un peu peur qu’il rumine et qu’il fasse n’importe quoi »

    Il fut donc décidé qu’ils se rendraient à la fête. Mais uniquement quelques heures. Il était hors de question d’y rester toute la nuit d’autant plus que Garrett avait une surprise pour Anya qu’il comptait bien lui offrir dans la soirée. Ils s’habillèrent chacun dans leur chambre respective avant de se retrouver en bas. Garrett avait mis un simple jean et un t-shirt noir. Ses cheveux étaient en bataille et ses yeux pensif. En voyant Anya arriver, ils se mirent à briller. 

     » – Anya Sawyer.. Tu es très belle. » 

    Et c’était sincère. Il prit sa main dans la sienne et y déposa un baiser au creux de son poignet avant de prendre le chemin de la plage. Ils ne mirent pas longtemps pour arriver et virent en effet Henry déjà jouer avec le feu en buvant beaucoup. Garrett s’approcha de son ami qui semblait surpris de le voir, surtout en compagnie de Anya. 

     » – On ne laisse jamais les potes. Même si la fille est bonne, récitait Garrett en souriant légèrement, alors je suis là. On est là.. » 

    Il posait une main discrète sur le dos de Anya pour faire comprendre à Henry qu’ils étaient amis et qu’ils restaient loyaux les uns aux autres. Le brun ayant déjà un peu picolé ne pu s’empêcher de rire et de venir enlacer son meilleur ami, comme soulagé de le voir ici, puis de faire de même avec Anya qu’il souleva dans les airs. 

     » – Je te pique ton blond aux yeux bleu le temps de lui présenter une fille.
    – Je reviens le plus vite possible, répliquait Garrett en embrassant le front de la jeune femme désolé, juste dix minutes promis. » 

    Garrett suivait Henry le temps d’un instant laissant Anya en la compagnie de tous les jeunes de la plage. C’est alors que Evan, le jeune homme qui l’avait accompagné la dernière fois à la plage vint près d’elle pour la saluer. Il lui demanda des nouvelles et lui offrit un verre. Il était content de la revoir. Pendant qu’ils discutaient, il posa ses yeux sur le nouveau venu dans le groupe qui n’était autre que Alex, le même garçon qui était dans la même classe que Anya et qui était un peu renfermé. 

     » – Il est beau comme un dieu, minaudait Evan avec un sourire carnassier sur les lèvres, ce n’est pas la première fois que je le vois et à chaque fois que je l’approche il me repousse. Dommage qu’il soit homophobe. » 

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    Charlotte Pierre

    Non pas que laisser Henry à la soirée l’enchantait, Garrett se devait de le laisser se gérer. Il avait laissé Anya seule dans la masse de monde et s’inquiétait de la voir partir. Fort heureusement, il la retrouva très vite. Les regards qui se lançaient l’un à l’autre étaient si intense qu’ils convinrent de rapidement quitter la fête. Il lui expliqua que Henry avait trouvé une fille qu’il lui avait présenté et qu’il allait très probablement passer la nuit avec elle. Il ne le jugeait pas, mais maintenant qu’il avait Anya près de lui, il trouvait ce genre de soirée véritablement vaine. Alors qu’ils marchaient tranquillement jusqu’à chez lui, il vit le regard tendre et attachant d’Anya lui demander qu’elle était la fameuse surprise. Cela le faisait doucement sourire quand il venait enlacer ses épaules pour la tenir contre lui :

    « – Je vous trouve bien curieuse soudainement, dit-il amusé, après m’avoir fait part de tous les gossips concernant notre classe, le béguin de Evan pour Alex et les conquêtes de Henry.. Ne cherches-tu pas à noyer le poisson ? »

    Taquin, il se mit à courir sur la plage en la défiant de le dépasser. Il n’avait pas oublié qu’elle était joueuse et c’était ce qu’il aimait chez elle. Alors qu’elle allait le rattraper, il vint rapidement s’arrêter pour la prendre dans ses bras et la porter. Elle criait en se débattant mais il finit par les faire aller dans l’eau tout habillé. L’eau était certes un peu fraiche, mais Garrett était tellement bouillant de nature qu’il ne lâchait pas un instant Anya.

    Ses lèvres étaient venues à la rencontre des siennes dans un baiser langoureux, fougueux. Toute la journée ils avaient dut se retenir. Là, les mains de Garrett pouvaient retourner à la rencontre du corps de la jolie brunette. Les vêtements allaient devenir de trop et c’était tant mieux car il retirait son t-shirt en vitesse. Il le jetait non loin de la plage avant de fondre de nouveau sur les lèvres de la douce et sensuelle Anya. Très vite, il la souleva et la porta en enroulant ses jambes à sa taille pour finalement sortir de l’eau et s’allonger sur le sable.

    Au dessus d’elle, il prenait un plaisir évident à dévorer sa gorge et remonter sa main sur la cuisse nue de la jolie sirène. Elle était si belle, si désirable ainsi sous les éclats de la lune. Ils étaient assez loin de tout le monde pour que personne ne les voient, voilà pourquoi il se permettait une telle folie. Ses doigts venaient à la rencontre de son sexe qu’il sentait brûlant et il se mit à la caresser. Mais avant d’aller plus loin, alors qu’il mordillait la peau de son cou, il murmurait :

    « – J’ai eu envie de toi toute la journée.. J’en ai rêvé toute la journée de te faire l’amour Anya.. »

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    Charlotte Pierre

    Ses mains agrippaient la chevelure d’ébène de la douce Anya. Elle le torturait si délicieusement qu’il se retenait pour ne pas s’effondrer sur le sol. Balbutiant et mordant fortement sa lèvre inférieure, il ne pouvait retenir des murmures de plaisir en lui ordonnant faiblement de ne pas s’arrêter. Oh que oui il voulait qu’elle continue. Le souffle court, il se cambrait en l’accompagnant le mieux possible. Elle était si douée et si douce qu’il sentit bientôt son désir proche de l’explosion. Il était encore jeune et ne savait pas totalement contrôler son désir. Aussi, rapidement, il la souleva et reprit son souffle en riant. Ses joues étaient rosies par le plaisir et il embrassait la jeune femme en la soulevant aisément dans ses bras avant de la poser sur le lit avant de s’allonger sur elle.

     » – C’est officiel, murmurait-il avec un sourire en coin, j’aime que tu essaies des choses sur moi. »

    Allongé sur elle, peau contre peau, il savourait la douceur de son corps contre le sien. Garrett était ébloui par Anya. Elle le renversait pas que par sa beauté, mais aussi par son sourire, ses yeux et son âme. Quand il posait sa main sur la sienne, quand ses yeux se posaient sur son visage, il sentait un élan de courage et de bonheur l’envahir.

     » – Jamais je n’ai ressenti ça de toute ma vie, dit-il en enroulant ses doigts autour des siens, c’est comme si.. c’est comme si c’était évidence Anya.. Comme si je t’avais attendu toute ma vie. »

    Il n’y a qu’avec elle qu’il oser se livrer de la sorte. Ses lèvres fondaient de nouveau sur les siennes et les embrassaient avec une douceur et une sensualité si langoureuse que cela faisait de nouveau naître son désir. Ils étaient allongés l’un face à l’autre. Dans un mouvement de jambe sensuel, il réussit à faire venir le bassin d’Anya contre le sien et la pénétrer. Il en gémissait de plaisir contre ses lèvres.

    Avec beaucoup de douceur il se mit à caresser son dos et ses fesses cambrées. Il bougeait lentement en elle, tendrement en embrassant son cou, mordillant cette peau où son parfum était le plus puissant tout en murmurant à son oreille :

     » – Tu es un incendie en moi Anya.. Tu as embrasé mon coeur.. Mon corps.. Je brûle pour toi.. »

    L’amour le rendait tendre, poétique. Les soupirs de plaisir d’Anya allaient réveiller ses parents, aussi, il replongea immédiatement sur ses lèvres pour les étouffer. Ses iris d’un bleu tendre et calme contempler la belle sirène à qui il donnait autant de plaisir. Il en frémissait de bonheur. Il était au paradis en elle. Comment avait-il refréner tout ce désir quand il touchait enfin au bonheur. Agrippés l’un à l’autre, ils atteignirent en même temps la jouissance. Garrett en tremblait, ses dents mordillant la lèvre inférieure d’Anya. Haletant, en sueur, il se mit à lécher la peau humide de la jeune femme avant d’enfouir son visage entre ses seins et de s’endormir définitivement épuisé.

    Les premiers rayons du soleil et la sonnette du laitier réveillèrent le blond. Il dormait blotti contre la peau nue de Anya. Celle-ci aussi dormait profondément. Tendrement, il posa des baisers entre ses seins avant de se lever sans un bruit. Le drap fin recouvrait une partie de son corps et lui donnait déjà des envies concupiscentes. Le bruit de son père en bas cherchant quelque chose au garage lui confirma qu’il devait rapidement s’extirper de la chambre. Il se rendit rapidement dans la salle de bain et en ressortit après être propre. Il n’avait enfilé que son short de bain et descendait dans la cuisine affamé. Il y trouvait son père qui finissait de préparer son café.

     » – Alors ? Dur soirée ?
    – Pourquoi ça ?
    – Tu n’as pas dormi ici il me semble, demandait son père en regardant le canapé tout lisse, j’espère que tu te protèges bien Garrett.
    – Papa arrête t’es chiant. »

    Le jeune homme ronchonnait et récupérait une pomme dans laquelle il croquait avant de prendre discrètement le livre d’Anya dans laquelle il notait quelques mots en bulgare. Il avait appris un peu du vocabulaire bulgare ces dernières semaines mais il n’osait pas le parler de peur qu’elle se moque de lui. Il avait donc timidement formé les lettres sur la page de garde avant de poser le livre sur la table basse d’où elle pourrait le voir.

    Il y avait écrit « Qu’il me tarde de tenir de nouveau dans mes bras ».

    Puis, il récupéra sa planche et fonça droit sur l’océan pour s’adonner à son activité principale de l’été. Il resta à l’eau une bonne heure et dans laquelle il se défoula à souhait. Les vagues avaient été bonne et précieuse. C’était la perspective d’une bonne journée. En arrivant à la maison, il vit que ses parents étaient partis. Ils avaient laissé une note en précisant qu’ils reviendraient dans la soirée. Anya dormait visiblement encore. Il montait à l’étage et la voyait encore alanguie dans le lit et cette vision lui plu. Il retira donc son short de bain malgré qu’il soit encore trempé, vint délicatement se blottir derrière elle. Elle était bouillante. Ses lèvres fraiches parcouraient son cou son buste contre son dos, son bassin contre ses fesses et ses mains.. Ô ses mains caressaient ses seins si parfait, son ventre et ses cuisses :

    « – Debout marmotte, murmurait-il à son oreille, j’ai déjà eu le temps de faire mon sport que tu es encore au lit. »

    Il s’amusait à la caresser tendrement en couvrant son cou, son épaule de baisers quand elle ronchonnait encore. Cela l’amusa encore plus. Mais bien vite, son ventre grogna. Il était temps de manger. Il se leva donc à regret, même s’il aurait préféré s’adonner à son activité favorite avec Anya. Mais pour ça, il avait besoin de force et donc d’un bon repas. Lorsqu’elle le rejoignit quelques instants plus tard, il avait mis un short de bain sec et faisait des pancakes. C’était rudimentaire mais il était content de voir qu’ils ressemblaient à ceux de Georgina.

     » – J’espère que tu as faim parce que j’en ai fais un certain nombre, dit-il avec une moue enjouée, met toi à table j’arrive. »

    Il avait déjà tout préparé, le thé, le café, les jus, les confitures. Il ne manquait que lui et les pancakes qui étaient posés éparses dans une immense assiette. Garrett expliquait à Anya que ses parents étaient partis faire du bateau toute la journée et qu’ils étaient libre comme l’air. Une fois à table, il lui parlait du voilier de son père et à quel point il adorait naviguer :

     » – Après le lycée je ferai un voyage autour du monde avec ce voilier. Mon père veut que j’aille à la fac mais je n’en n’ai pas envie.. J’ai envie de découvrir le monde par moi-même. Aller à l’aventure. »

    C’était la première fois qu’il évoquait ses projets futurs à quelqu’un. Mais Anya n’était pas n’importe qui. Alors qu’il dévorait ses pancakes tel un ogre affamé, il proposa à la jeune femme d’aller se balader tous les deux. Il avait envie de profiter d’elle mais Henry surgit dans la cuisine vêtu de ses vêtements de la veille. Il était fatigué et suivait avec un sourire carnassier l’odeur des pancakes :

     » Ah ! Hedlund.. Tu es mon sauveur ce matin.. »

    Sans y être invité, Henry s’installa à table et se mit lui aussi à dévorer le petit déjeuner que Garrett avait fait pour Anya. Ils avaient toujours fait ça après des nuits de débauches, mais maintenant que la brune était là c’était différent. Un peu ennuyé et gêné, il allait faire la remarque à Henry qu’il abusait un peu quand une jeune fille surgit dans la maison à la suite de Henry. Elle était dans un état assez lamentable et s’installait à table comme si de rien n’était :

     » – Euh..
    – C’est rien G., c’est juste euhm.. Lisa ? Lisa c’est ça ?
    – Oui, oui, répondait la jeune femme sans être vexée, et toi Rufus ?
    – C’est ça oui. »

    Henry lui avait menti sur son identité et cela le faisait rire. Garrett dissimulait difficilement son sourire et se mordait la lèvre avant de boire une gorgée de son thé. Sa main venait discrètement chercher celle de Anya sous la table quand Henry reprenait :

     » – Ca vous tente d’aller faire du bateau ? Mon père a oublié les clés à la maison et il est parti avec tes vieux. Tu ne pourras pas fantasmer sur ma belle-mère aujourd’hui, dit-il avec un rire avant de regarder Anya et de s’excuser, c’est pour rire je te promet qu’il n’y a rien de plus que du rire. »

    Garrett se tournait vers Anya en tenant toujours sa main sous la table et lui demandait son avis après avoir ignoré la remarque de Henry :

     » – Est-ce que ça te tente ? Je pourrais te montrer l’île aux hirondelles.. »

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    Charlotte Pierre

    Ce qui devait être un bon moment en compagnie de Henry devenait rapidement un vrai cauchemar. Bon sang.. Pourquoi fallait-il qu’il soit aussi peu sensible ? Cela en devenait même gênant. Garrett n’avait pas bu dans son verre sur la question de l’amour car il ne voulait pas donner de satisfaction à son ami. Il savait la vérité mais il ne voulait pas l’avouer comme ça pendant un jeu. Pire, Garrett ne voulait pas que Anya puisse croire qu’il avait aimé Elena ou une autre fille. C’était des discussions pudique qu’il n’aurait abordé qu’en temps voulu.

    La journée ne pouvait pas aller de mal en pire et pourtant Henry contribua une fois encore a la rendre encore plus problématique, notamment en jetant Anya à l’eau. Garrett lui hurla dessus avant de plonger pour récupérer la brune qui s’apprêtait à se noyer. Cette dernière était d’une remarquable bienveillance à l’égard de Henry qui se confondait en excuses :

     » – Mais tu es complètement con ou quoi ??  »

    Lui hurlait Garrett en posant une serviette sèche sur les épaules de Anya. Lisa se tenait non loin de la scène sans vraiment réagir et en profitait pour finir les fonds de bouteille. Heureusement que Anya relativisait. Elle arrivait aisément à canaliser le blond qui préféra ignorer son ami qui ne cessait de demander pardon. Sur l’élan de la jeune femme, ils descendirent ensemble du bateau pour rejoindre la plage. Avec beaucoup de précaution, Garrett tenait Anya contre lui jusqu’à ce qu’elle ai pied. L’île était petite et ressemblait plus à un banc de sable. Il s’agissait de petites dunes où se trouvaient tout un tas de petites fleurs violettes ou encore de cakilier ou encore de jonc qui permettait de s’isoler des regards indiscrets.

     » – Arrête de le défendre, ruminait Garrett, il est complètement bourré et il fait n’importe quoi. »

    En effet, Henry avait repris une bouteille et s’enfuyait dans les dunes avec Lisa. Il y avait peu de doute sur ce qu’ils allaient faire et cela n’attirait qu’indifférence pour le blond. En voyant le soleil qui était bien présent aujourd’hui, il proposa à Anya d’aller se mettre à long sous un pin. Une fois à l’abri du soleil, il s’assura qu’elle soit à son aise et la laissa s’installer entre ses cuisses. Avec douceur, il caressait ses bras tout en déposant de tendre baisers sur son cou :

     » – Première leçon de natation demain matin Madame. Nous allons faire de toi la nouvelle petite sirène des rivages. »

    Ce moment de douceur et d’intimité lui redonnait sa bonne humeur de la matinée. Il était doux, tendre et tranquille au contact de la jolie brune dont il voulait prendre soin. Ils rigolaient ensemble des futures leçons de natations quant Garrett se souvint du jeu à boire :

     » – Tu as le droit de dire Anya. Ce n’est pas parce que Henry propose des bêtises que tu dois tout accepter.. Et si tu te sens forcée avec moi je veux que tu me le dises aussi. Je ne supporterais pas que tu te sens mal avec moi. »

    Son ton était plus ferme et ses yeux doux avait repris une teinte plus sombre. En voyant la moue de surprise de la brunette, il répliqua qu’il l’avait sentie mal à l’aise lors du jeu à boire et qu’il ne voulait pas qu’elle joue un rôle quand ils étaient ensemble. Il était important qu’elle sache mettre des limites et qu’en rien cela le choquerait. Replaçant une mèche de cheveux derrière son oreille et déposa un baiser sur ses lèvres.

    Lentement, il la fit venir sur ses cuisses à califourchon. Ils s’embrassaient fiévreusement, avec désir. Ô oui.. du désir pour Anya il en avait. En la sentant si sensuelle contre lui, il en poussait un gémissement. Son balancement de bassin contre le sien le rendait fou. Ils étaient seuls et à l’abri des regards, rien ne les empêchaient de s’adonner à cette activité si grisante. Pourtant, il interrompit ses caresses sur ses les fesses d’Anya et le mouvement de leurs hanches. Fermement, il la retenait pour ne plus qu’elle bouge. Elle l’excitait beaucoup trop et il avait peur de ne pas pouvoir se contrôler. Les yeux clos, inspirant profondément et un sourire sur les lèvres, il murmurait :

     » – J’ai très envie de toi mais.. mais Henry est dans le coin et.. et je ne veux pas qu’il te voit.. qu’il nous voit.. »

    Non pas qu’il ai honte d’elle, bien au contraire. Mais il ne voulait pas la mettre dans une position qui la rendrait mal à l’aise. Et aussi parce qu’il avait un énorme respect pour elle. Ses yeux s’ouvraient et brillaient d’un désir intense mais qu’il tentait de réprimer. Au même moment, alors qu’il la contemplait avec adoration, il se souvenu du jeu à boire et de la question sur l’amour. Il avait vu le regard de Anya, il l’avait vu boire aussi. Une boule de jalousie lui venait. Était-elle encore amoureuse de cet autre garçon ? Ou même d’un autre..? Après tout, ils n’avaient pas parlé de leurs sentiments.

     » – Tu.. Tu.. Est-ce que nous.. Enfin.. »

    Il était gêné. Timide et gêné comme jamais il ne l’avait été. Habituellement il savait parfaitement comment parler aux filles ou être éloquent. Mais là, devant Anya, il perdait tous ses moyens et ne savait pas comment aborder leur relation. Sans doute avait-il peur qu’elle se rit de lui. Pourtant, elle se rapprochait encore de lui, comme patiente et à l’écoute de ce qu’il allait lui confier. Est-ce qu’elle espérait quelque chose de lui ? Encouragé par sa douceur, par ses yeux brillant, il réussit à se lancer :

     » – Je sais qu’on a dit qu’on ne parlait pas de ce qui allait se passer à la rentrée mais.. mais Anya.. je.. je n’ai pas bu tout à l’heure parce que je.. je n’ai jamais été amoureux et ça je ne vais pas mentir sur ça.. et aujourd’hui, nous deux et bien.. et bien je ne sais pas ce que c’est mais c’est la sensation la plus forte et la plus exaltante que j’ai jamais ressenti de toute ma vie. Je ne sais pas si c’est de l’amour mais.. mais je pense à toi tout le temps depuis je t’ai rencontré. Tu hantes mes rêves. Je ne pense qu’à te protéger, te contempler et surtout.. surtout à t’embrasser, murmurait-il en embrassant le creux entre ses seins avant de remonter à ses lèvres, je ne veux pas qu’un autre t’approche. Quand tu étais avec Ethan je ressentais une jalousie si forte que je voulais tout détruire autour de moi. Je te veux avec moi. Je veux que tu sois. Mais je veux aussi te protéger de mon passé notamment d’Elena. Quand elle saura pour nous deux elle va te pourrir la vie et je ne veux pas te faire subir ça. Et Lucrecia.. Je ne veux pas briser son coeur. »

    C’était le moment, il venait enfin ce moment où ils allaient décider de ce qu’ils allaient faire à la rentrée :

     » – On a deux possibilités.. Soit on arrête tous les deux à la rentrée et je sais déjà que je vais souffrir le martyre de te voir possiblement avec un autre. Mais si c’est ce que tu souhaites je le respecterais. Difficilement mais je le respecterais. Ou alors.. Ou alors, nous jouons aux parfaits inconnus et tu devras me pardonner mon masque d’indifférence. »

    Blottis l’un contre l’autre, ils s’observaient. Les doigts de Garrett frôlaient avec douceur la peau fine et claire de la belle brune au dessus de lui dans l’attente de sa réponse, de ce qu’elle pensait et de ce qu’elle ressentait. Voyant qu’elle restait silencieuse, il prit une nouvelle inspiration et reprit :

     » – En attendant.. Tu dois savoir que je passe le meilleur été de ma vie Anya. Et ça.. ça c’est uniquement parce que tu es là avec moi. »

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    C.

    Auparavant la rentrée était un moment d’ennui et d’un profond désintérêt. Mais cette année, Garrett avait le sourire. Celui-ci se développa encore plus lorsqu’il la silhouette si sensuelle d’Anya. Elle se développait, elle s’émancipait et elle ne cessait de l’impressionner. Si le reste de l’été ils avaient pu se retrouver sans trop de contrainte et s’adonner aux caresses les plus excitantes, mais là, avec la rentrée et le retour de Lucrecia, ils allaient devoir se faire discret et très inventif. Aussi, quand Anya lui avoua qu’elle serait en retard à leur rendez-vous dans la serre, il pinça ses lèvres. Non pas que cela le dérangeait, il était content de la voir s’ouvrir aux autres et ne plus être aussi renfermée, mais cela faisait quatre jours qu’ils n’avaient pas pu avoir un instant pour eux deux et elle lui manquait.

    Pendant que sa main frôlait la sienne et qu’il sentait un délicieux frisson l’envahirez, il répliqua :

    «  – Je suis persuadé que tu vas réussir les sélections.. »

    Et il le pensait sincèrement. Ils sortaient de la salle devant malheureusement quitter la peau de l’un et l’autre. Ils marchaient jusqu’aux casiers où Garrett l’écoutait évoquer les enchainements qu’elle avait prévu. Il souriait en coin, ayant lui d’autres idées de mouvements qui pourraient bien l’essouffler par la même occasion, mais il n’en dit rien préférant garder cette remarque pour plus tard. S’adossant aux casiers, il l’observa changer ses livres pour le cours suivant :

    «  – J’ai quitté l’équipe l’année dernière.. Enfin.. Ils ne m’ont pas gardé parce que je me suis battu sur le terrain. Depuis, je fais du sport en solitaire. Mais je viendrais te voir et j t’encouragerais dans les gradins, c’est une certitude. »

    S’approchant d’elle un peu, il murmurait à son encontre un sourire en coin :

    «  – Et je ne dis pas ça pour la mini-jupe que tu vas porter.. »

    Henry arrivait avec le reste du groupe et força les deux amants secrets à se séparer. Ça allait être ça aussi la reprise de l’école. Ne plus avoir aucune intimité et devoir subir les interventions des uns et des autres. Mais en même temps, heureusement que Henry était là. Cela évitait aussi aux deux amoureux de se regarder aussi langoureusement, trop longtemps. Le reste de la journée se passa normalement. Garrett faisait en sorte le moins possible de regarder Anya, il lançait donc quelques regards rapide et souvent leurs yeux se croisaient. Des sourires naissaient alors, un peu idiot mais tendre aussi.

    Vint le moment de la sélection.
    Garrett était dans les gradins, commençant ses devoirs. Il attendait que commence le « spectacle » qui risquait d’être fort intéressant. Binki et Millie étaient au premiers rang avec Lucrecia pour encourager leur amie. Henry s’entrainait avec le reste de l’équipe non loin et dans un coin s’étaient installés Alex et Evan. Enfin les filles se succédaient mais Garrett n’y prêtait pas grand attention, du moins, jusqu’à ce que ce soit le tour d’Anya. Là, il planta toute son attention sur la jeune femme.

    Anya avait cette prestance et ce charisme singulier qui l’avait faisait briller. Elle était belle, enjouée et moins timide. C’était beau de la voir se dévoiler de la sorte. Il souriait, fier d’elle mais rapidement il fut interrompu dans sa contemplation lorsqu’une des prétendantes pom-pom girl vint s’asseoir près de lui pour discuter. Ils discutaient donc, sans grande connivence mais quand même assez pour qu’elle se mette à glousser et que des têtes se retournent vers eux. Garrett lui, il souriait gentiment. Il restait poli. Mais les rumeurs allaient déjà bon vent. Pour tout le monde, Hedlund avait trouvé sa nouvelle victime de l’année.

    Les résultats des sélections seraient données le lendemain. Une fois terminé, Garrett rangea ses affaires et retrouva les garçons qui parlaient d’aller boire une bière. Bien évidemment, ils sortirent tous ensemble et furent accompagné rapidement par les pom-pom girl. Là, dans le bar, Garrett attendait impatiemment Anya mais elle n’arrivait pas. Christina, la fille qui lui avait parlé sur les gradin revenait vers lui. Elle portait une robe qui laissait peu de place à l’imagination ce qui faisait rire et fantasmer tous les garçons. Garrett, lui, il regardait en biais ce qu’il avait sous les yeux, si bien qu’il ne fit pas attention à l’arrivée de Anya.

    La soirée se passa sans qu’il ne vit Anya. Est-ce qu’il lui était arrivé quelque chose ? Il croisa pourtant les blondie qui s’étaient installées dans un coin avec Alex et Evans. Etrange qu’ils soient soudainement proche tous les quatre. Il se faisait tard et le fait de ne pas la voir l’inquiéta. Il décida donc de quitter la soirée et de rentrer. En arrivant chez lui, il vit de la lumière dans le jardin des Sawyer. En grimpant le muret du jardin, il vit qu’il s’agissait de la serre de Anya. Fronçant les sourcils, il vérifia par la suite que personne ne regarde et sauta par dessus. Elle était en train de lire en pyjama, son Napoléon dans les bras.

    «  – Eh.. Tu vas bien, demandait-il en entrant dans son sanctuaire, je croyais que l’on devait se retrouver au bar avant de revenir ici. Je m’inquiétais. »

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    C.

    La soirée a été d’une frustration telle que Garrett avait été dans l’obligation de s’occuper de lui-même. Bordel.. cette année allait être longue et frustrante. Il allait devoir trouver une solution dans les plus bref délais pour pouvoir passer du temps avec Anya. Au petit matin, alors qu’ils se retrouvaient pour le chemin de l’école, ils furent rapidement rattrapé par Lucrecia qui allait de ses commentaires renfrognant Garrett. Il devait rester le plus impassible possible alors qu’il rêvait d’exploser.

    L’arrivée au lycée ne permettait toujours pas un moment, un instant à deux. Néanmoins, Henry permit de lui donner une aide pour avoir l’excuse auprès de sa soeur, de passer plus de temps avec Anya. Il accepta donc l’offre de son ami non sans grand enthousiasme, même intérieurement il envisageait déjà un millier de scénarios pour pouvoir retrouver Anya.

    La matinée se passa sans grande nouvelle. Garrett s’ennuyait en cours et passait le plus clair de son temps à lire ou regarder par la fenêtre. De toute manière, l’école n’avait que peu d’intérêt pour lui. Il avait toujours eu de brillantes notes sans vraiment travailler. Ses dons étaient gâchés d’après les enseignants quand lui se contentait de rêvasser et d’écrire dans son journal. A la pause du déjeuner, il espérait pouvoir s’asseoir près d’Anya mais il fut rapidement rejoint par Christina et le groupe des pompoms girl. La blonde s’imposait contre lui en laissant toujours cette vue plongeante sur sa poitrine conséquente. Henry en riait et faisait même des mimiques obscènes qui finirent par faire rire Garrett. Mais Anya quittait brusquement la table. Il aurait voulut la rejoindre mais c’était le risque d’éveiller les soupçons, aussi, il attendit avec impatience la sonnerie pour sécher le cours suivant.

    Une fois que tout le monde entra en classe, il sortit de sa cachette et posa ses livres dans son casier. Il fit le tour de l’établissement avec beaucoup de discrétion pour enfin atteindre la salle d’histoire de Miss March. C’était une vieille dame un peu décalée qui racontait toujours l’histoire avec beaucoup de passion. Très gentille mais très crédule par la même occasion. Garrett toqua et entra en se dirigeant vers l’enseignante qui se demandait bien ce qui se passait :

     » – Pardonnez-moi Miss March mais le coach demande à voir Miss Sawyer. Je suis venu la chercher. »

    Il faisait son charme, offrant son sourire en coin à l’enseignante qui fondait devant cette bouille d’ange. Ce qu’il savait y faire, c’était indécent. Au fond de la classe, Henry souriait amusé avec ses yeux de chat en voyant son ami faire. Il savait pertinemment ce qu’il faisait.

     » – Miss Sawyer.. Miss Sawyer.. Venez ma chère.. »

    La vieille dame faisait signe à Anya de la rejoindre et Garrett vint insister, mielleux, auprès de l’enseignante que la jeune femme était attendue avec ses affaires. Il faisait en sorte de ne pas croiser le regard de la jeune évadée pour ne pas flancher. Il restait impassible et adorablement courtois avec l’enseignante. Enfin, ils sortirent de la salle et il ne put retenir son sourire en coin, surtout en voyant la moue surprise et inquiète de sa complice. Posant son index sur les lèvres de la brune, il agrippa par la suite sa main et l’entraina dans les couloirs vide de l’établissement.

    Il passait par des couloirs non connu et enfin sortit de l’établissement par une porte dérobée. Il avait récupéré ses affaires au passage et se mit à courir en entrainant Anya avec lui jusqu’à être suffisamment loin de l’établissement pour se dissimuler dans une ruelle. Là, il bloqua la jolie brune contre le mur de brique et plongea fiévreusement sur ses lèvres qu’il dévorait avec désir. Le souffle lui manquait, il dut cesser mais laissa son sourire brillant de malice éclairer son visage :

     » – Aujourd’hui c’est toi et moi. »

    Au diable les cours, au diable les autres. Il avait besoin de retrouver la chaleur des bras d’Anya. Pour dissimuler leurs amours interdits, il se rendit dans l’hôtel de son grand-père. Comme d’habitude, il avait sa chambre de libre au 19 ème étage. Une fois dans la chambre qu’il ouvrit grâce à la clé, il pu jeter sa veste sur le canapé et revenir sur les lèvres d’Anya. Il la faisait poser ses affaires sur le petit sofa avant de l’entrainer sur le lit où il l’allongea et la rejoignit. Elle portait une délicieuse petite jupe qui avait non seulement attisé son désir et fit orchestrer le séchage de cours de cet après-midi. Il en vint à se redresser, toujours amusé et retira sa t-shirt qu’il jeta sur le sol. Il s’amusait à déboutonner le chemisier de la jolie brune en déclarant avec son éternel sourire :

     » – Pour ce premier cours de l’année.. Nous allons revoir la géographie Anyanesque.. Est-ce que vous vous souvenez de cette plaine si envoûtante ? »

    En disant cela, il s’était penché sur son sein qu’il avait dévoilé de son soutien-gorge et venait en embrasser le bout, torturer délicatement la pointe durcie. Oh oui.. Qu’il lui avait manqué ce petit bout de paradis.

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    C.

    Pendant tout le repas, Garrett ne dit pas un mot. Non, il préférait lire son livre et se concentrer sur autre chose que la conversation des filles qui le mettait dans une colère noire. Intérieurement, il était d’une jalousie meurtrière. Imaginer Anya aux côtés de Lucrecia faire les yeux doux à un autre lui torturait l’estomac. Eux qui avaient passé une délicieuse journée, il sentait que la soirée serait plus morose. Une fois le repas terminé, il se rendit directement dans sa chambre sans demander son reste. Il attendait patiemment que tout le monde dorme pour pouvoir faire le mur et enfin rejoindre sa dulcinée. Alors qu’il enjambait la fenêtre, Lucrecia toqua à sa porte.

     » – Que veux-tu, demandait en soupirant son frère à cheval sur la fenêtre.
    – Je voulais te parler de Anya.. Tu as un moment ? »

    Bien sûr qu’il avait un moment. Il redescendit dans sa chambre et alla ouvrir à sa soeur qui attendait patiemment derrière la porte, tenant entre ses bras un énorme classeur :

     » – Qu’est ce qui lui arrive à Anya ?
    – Rien de particulier. Je voulais juste avoir ton avis pour son anniversaire. »

    Garrett se sentait idiot. Il n’avait jamais demandé la date de ce fameux évènements. Il se sentait terriblement idiot et horrible. Il prit donc le temps nécessaire de préparer avec sa soeur une soirée surprise pour la fin de semaine et appela même Q’ pour qu’elle puisse venir. Il payait tout, son trajet ainsi que les décorations et les cadeaux. Georgie qui était encore là proposa de faire des gâteaux en multitudes.

     » – C’est pour ça que tu veux qu’elle t’accompagne à ton rencard ?
    – Oui bien sûr, répondit Lucrecia fière d’elle, mais aussi pour qu’elle rencontre un gentil garçon. »

    Sa soeur était pleine de bonne intentions pour son amie et son mensonge le faisait culpabiliser. Par son désir d’Anya, qui était sincère, il la mettait en danger dans les deux sens, avec Lucrecia et Elena par la même occasion. Impulsivement, il vint la prendre dans ses bras et la remercier d’être aussi gentille et dévouée pour Anya. Lucrecia, surprise, s’amusa à le pincer et lui rappela qu’il devait avoir tout préparer pour la fin de la semaine. En bon soldat, il lui promit. Une fois la petite réunion terminée, il pu enfin se retrouver seul. La maison éteinte, il enjamba derechef la fenêtre pour rejoindre Anya qui devait sans aucun doute l’attendre.

    Il grimpait le treillis de feuillage qui menait jusqu’à sa chambre et y entra après avoir poussé la fenêtre laissée entrouverte. Anya était dans son bain et elle lisait. Il venait donc se déshabiller et entra de manière nonchalante dans la pièce avant de la rejoindre dans la cuve. Installé derrière elle, il s’amusa à passer l’éponge sur son corps non sans s’empêcher d’embrasser son cou dénudé.

     » – Désolé pour le retard.. Georgie avait besoin de moi. »

    Il préférait ne pas continuer sur ce mensonge et préféra crever l’abcès du rencard. Prenant une ample inspiration, il reprit malgré lui :

     » – Tu devrais y aller ce week-end.. Histoire de ne pas éveiller les soupçons, dit-il avant de rester silencieux un moment et de reprendre d’une voix plus basse, si.. si tu devais rencontrer quelqu’un je ne dirais rien.. tu as le droit d’être heureuse et ne pas te cacher et je.. enfin, je comprendrais si tu trouvais mieux autre part. Je ne veux pas te rendre malheureuse. »

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    C.

    Toute la semaine a été dédiée à la préparation de l’anniversaire de Anya. Lucrecia, Garrett, Henry et Georgie y mettait de l’ardeur et de l’énergie à tout rompre. Aussi, lorsqu’elle arriva au petit matin avec cette mine défaite, ils s’inquiétèrent des prochaines heures. Après avoir écouté avec patience les derniers méfaits de la mère d’Anya, Garrett pu enfin la réceptionner dans ses bras. Il priait pour que Lucrecia prenne tout son temps pour se changer même s’il y avait peu de chance.

     » – Peut-être qu’elle ne t’as jamais aimé mais d’autres t’aiment Anya. D’autres te considèrent et ne t’abandonneront pas, murmurait-il au creux de son oreille, jamais. »

    Il allait lui dire qu’il l’aimait mais les pas de Lucrecia résonnaient tout proche. Il ne pu déposer qu’un tendre et léger baiser sur son front avant de la relâcher à regret. Il courait presque dans la cuisine pour se réfugier et ne pas dévoiler le secret à Lucrecia. Il y trouva Georgie qui avait ce petit sourire secret sur les lèvres qui l’amusa. Les filles partaient en direction du centre ville, et le blond les observaient partir. Mais il sentait toujours le sourire de la gouvernante derrière lui :

     » – Qu’est-ce qui te fais sourire de la sorte, demandait-il avec intérêt.
    – Je ne dirais rien. Je sais garder mes secrets. »

    Il en riait doucement, attendri et amusé par cette femme qui les avaient élevés. Se penchant sur son front, il déposa un tendre baiser dessus avant de se mettre à la préparation de la surprise. Pour l’occasion, Garrett avait fait réserver la serre naturelle du Musée d’Histoire Naturelle de New-York. C’était un petit nombre d’invités, les personnes que Anya affectionnait le plus.

    Binki et Millie allaient chercher Q’ à l’aéroport. Evan et Alex s’occupaient de décorer les jardins sous serre du musée quand Henry attendait Garrett pour aller faire les courses. Georgie elle, devait apporter le gâteau en fin de journée. Tout le monde avait une tâche bien précise et suivait les ordres quasi militaire des Hedlund. Ils formaient une sacré équipe à deux mais ils étaient très bien aidé par les amis d’Anya qui n’avait à coeur qu’une chose, celle d’enchanter la jolie brunette. Ils avaient installés des lumières dans les arbres, donnant une atmosphère douce et chaleureuse. Les grands arbres de la petite serre étaient impressionnant. Une petite scène avait été mise en place pour qu’un groupe vienne jouer et des canapés, des pouffes et autres fauteuils cosy avaient été apporté pour donner tout le confort d’une soirée qui était couverte par des chandelles.

    Finalement, la journée passa en un éclair. Il était presque l’heure de conduire Anya à la surprise et tout était prêt. Les Blondies surgissaient avec Q’ qui portait une ravissante robe très simple de couleur marron qui se fondait quasiment sur sa peau. Le décolleté du dos n’était en rien outrageant mais suffisant ouvert pour laisser un oeil ou deux trainer. On pouvait apercevoir ses quelques tatouages dissimulés sous sa longue crinière brune quand elle portait des bracelets sur ses poignets. Elle avait tout un tas de paquets pour Anya que Garrett réceptionna.

     » – Ainsi donc c’est toi.. Garrett ?
    – Euhm oui, répondait-il alors qu’elle le suivait jusqu’à la petite table préparée en l’honneur des présents de Anya, j’ai beaucoup entendu parler de toi. Anya va être folle de joie de te voir.
    – Je sais et c’est réciproque. »

    Elle avait ce sourire énigmatique et des yeux brillant en observant le blond. Il se sentait gêné et esquissa un léger sourire un peu timide. Ils discutèrent un moment ensemble, notamment du cadeau que faisait Garrett à Anya. Il lui avait acheté avec l’argent gagné de cet été un billet pour elle et Q’ pour les prochaines vacances. Elles iraient en Bulgarie dans son pays natal pour le visiter.

     » – C’est magnifique ce que vous faites pour elle. Et je suis extrêmement touchée d’avoir été invitée, merci encore.
    – Tu lui manque beaucoup. On voulait vraiment qu’elle puisse avoir toutes les personnes qu’elle aime auprès d’elle. Surtout après la nouvelle de ce matin. »

    Il lui raconta le dernier méfait de Ms Sawyer ce qui durcissait ses traits. Q’ posait sa main sur son bras et le rassura d’une voix douce et calme. Elle était étrange cette fille, elle arrivait à instiller sa douceur et sa patience ce qui perturbait Garrett. Au loin, il vit Henry qui s’était stoppé et qui n’osait pas bouger, comme hypnotisé en voyant Q’. Le blond décida de montrer Henry du doigt à Q’ et le présenta. S’avançant vers lui, elle l’observa son éternel sourire sur les lèvres :

     » – Je suis enchantée d’enfin te rencontrer Henry, dit-elle en serrant sa main dans la sienne, Anya avait minoré la beauté de tes yeux. Ils sont merveilleux. Est-ce que l’on te l’avais déjà dit ? Pour mon peuple, les yeux reflètent l’âme. La tienne est fascinante. »

    Elle était très solaire et en même temps dans son monde Anya l’avait décrite comme exceptionnelle, et il est vrai qu’elle était plutôt mignonne. Mais il lui semblait que Anya l’avait décrite avec beaucoup d’affection car il ne percevait cette étincelle dont elle avait tant parlé. En attendant, Garrett voyait Henry un perplexe et complètement désarçonné par cette petite demoiselle un peu étrange, ce qui l’amusa. Il n’eut pas le temps de le prévenir de bien se tenir que de lui-même, Henry, semblait s’être repris. Mais ce n’était pas le moment de jouer les entremetteurs puisque Georgie arrivait avec le gâteau. Il ne restait pas beaucoup de temps avant l’arrivée des filles, aussi ils s’occupèrent d’allumer les dernières chandelles, les bougies du gâteau et demandèrent au groupe de se mettre à jouer. Mais alors que la gouvernante allait partir, ils entendirent la voix sonore de Lucrecia qui résonnaient au loin. Tout le monde se mit à se cacher en vitesse, attendant le signal de la jeune Hedlund.

     » – Je t’avais dis que c’était magnifique à voir ! Aller viens tu vas adorer j’en suis persuadée.. »

    Elles s’approchaient de plus en plus près jusqu’à finalement atteindre le groupe qui jouait. Garrett voyait la moue suspecte de Anya et sortit de sa cachette avec les autres lorsque Lucrecia hurla, sans aucune discrétion :

     » – L’OISEAU EST DANS LA PLACE ! »

    Tout le monde sortit en même temps de la cachette et se présenta à Anya en hurlant un « JOYEUX ANNIVERSAIRE » sonore et chantant. Toutes les personnes invitées étaient heureuse de participer à cette surprise et se jetèrent dans les bras de Anya qui chancelait surprise. Garrett, lui, attendait patiemment son tour pour pouvoir tenir dans ses bras la jolie jeune femme qui avait été relooké par Lucrecia dans la journée. Il espérait tellement qu’elle ait passé une bonne journée.

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    C.

    La soirée se passait dans les meilleures conditions, Garrett était content de voir le sourire ému de Anya. Elle était vraiment heureuse et ça le touchait de voir cette étincelle de joie dans son regard. Son coeur en palpitait, son ventre s’en tordait délicieusement. Malheureusement, la soirée semblait avoir brisé des coeurs. Il ne comprenait pas la réaction de Henry. Pourquoi était-il partit de la sorte ? Il était déçu de sa manière de se comporter, d’autant plus qu’il ne voyait pas où avait été le mal.. C’est en voyant la moue triste de Q’ lorsqu’il partit, qu’il suspecta un étrange lien entre les deux. Pourtant ils n’avaient presque pas parler. Il s’approcha donc de l’amérindienne sirotant un jus d’abricot et lui demanda ce qu’elle avait :

     » – J’espère que ce n’est pas la froideur de Lu qui te trouble.
    – Non.. Je la comprends. Avec ce qu’elle a vécu, il est normal qu’elle soit aussi protectrice avec Anya.
    – Elle.. Elle t’as dit ?
    – Absolument pas, dit-elle en hochant négativement de la tête, je le vois sur ses traits.. Sur son aura.
    – Tu vois des.. des trucs c’est ça ? »

    Q’ se mit à doucement rire et expliqua au jeune blond qu’elle avait des dons qui lui permettait de mieux comprendre et mieux cerner les gens. Elle ne le racontait pas pour se vanter mais juste pour expliquer qui elle était :

     » – Parce exemple.. Ton ami Henry.. Il brille intensément. Il y a chez lui quelque chose de pur et d’intense. Tu l’as vu n’est-ce pas ?
    – Et bien.. Je.. Oui, sûrement, répondait Garrett un peu embarrassé par la question.
    – Il est de ceux qui se dissimulent. Il est comme Anya.. Complètement perdus, compliqués, intenses et chargés d’émotions contradictoires alors qu’ils sont des trésors de beauté tu ne crois pas ? »

    L’explication de Q’ résonnait chez lui. Il jeta alors un oeil sur Anya au même moment qui dansait avec Lu sur la piste de danse. Ses yeux souriaient de joie en la voyant quand son coeur, une fois de plus, tambourinait très fort.

     » – Tu devrais venir demain, proposait-il, nous avons un match au lycée. Je suis persuadé que Henry serait content de te voir. »

    Cela fit doucement sourire Q’ qui remercia Garrett de l’invitation avant de promettre d’être présente. Garrett la quitta un instant pour se rapprocher d’Anya, elle s’était posée sur le canapé et le maladrin invité par sa soeur s’approcha d’elle pour la complimenter. Cela faisait rager le blond. Il se contenait, écoutant l’air de rien leur conversation avant de sourire de contentement suite à la réponse de la jeune femme. Mais n’était-ce pas risqué de dire qu’elle était indisponible ? Lu allait la harceler de questions. Il passa discrètement derrière elle, posant une main sur sa nuque qu’il caressait avant de rejoindre le groupe qui jouait en buvant son faux jus d’orange. En effet, avec Henry ils avaient trafiqué le punch à l’insu de tout le monde.

    Venait le moment des cadeaux. Anya en avait eu à la pelle. Des bijoux, des robes, des livres, un walkman et des cassettes. Q’ lui avait offert un plaid en laine qu’elle avait elle-même cousu avec des motifs amérindiens et des symboles de leur amitié. Elles étaient émouvantes toutes les deux. Vint enfin le cadeau de Garrett et il se cacha derrière les autres gênés. Il s’agissait de la première édition de Frankenstein qu’il avait recherché dans toutes les librairies new-yorkaise la veille accompagnée dans la page de garde par deux billets d’avions. Un à son nom et l’autre celui de Q’ pour aller en Bulgarie pour les vacances de la Toussaint. Tout avait été réservé, même l’hôtel qui était celui de sa famille.

    Lu était enthousiaste aussi et ajoutait avoir elle aussi prit un billet pour l’accompagner. Tout le monde se retournait sur Garrett avec beaucoup de surprise. C’était beaucoup trop et il sut qu’il devait détourner l’attention. Il ajouta :

     » – A moi la paix.. Plus de filles dans les basques pendant une semaine eheheh ! »

    Tout le monde reconnaissait bien le Garrett du lycée, lointain et hautain. Cette image lui allait, c’était celle qu’il avait toujours connu. Il bu une nouvelle gorgée et plongea ses iris dans les siens avant de lui faire un clin d’oeil. Sous les billets, dessiné sur la page de garde, se trouvait de dessiner la silhouette d’un oiseau colorié en noir, symbole de leur passion secrète.

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    C.

    « Merde »
    Il se sent tellement con. A moitié nu sous la couette en tentant de dissimuler le mieux possible sa maudite érection. Anya savait allumer le brasier comme personne auparavant. Mais le moment de plaisir intense allait rapidement devenir gênant suite à l’entrée de Lucrecia dans la chambre. C’est là qu’il se sentait con. Il l’écoutait avec peu d’attention, essayant de se tenir le mieux tranquille possible pour ne pas qu’elle jette un oeil sous le lit, jusqu’à…

    Lucrecia est amoureuse de Anya ? Merde, merde, merde.
    Il se sent con car il n’avait pas anticipé une telle chose. Le frère et la soeur étaient amoureux de la même personne. Garrett a qui on sermonnait qu’il pouvait avoir toutes les femmes de la terre venait potentiellement de retirer le bonheur et la joie de sa soeur.

    «  – Mais.. Mais il s’est passé quelque chose entre vous, demandait-il en toussotant, un rapprochement ?
    – Non pas du tout. Mais je ne peux pas m’empêcher de penser à elle. Je.. Je me sens si ridicule. Bien sûr qu’elle est amoureuse de toi. Il suffit de te voir par rapport à moi.
    -Eh Lu’.. »

    Il se redressait et venait se rapprocher de sa soeur pour la serrer contre lui. Lu pleurait contre l’épaule de son frère et il culpabilisait.

    « – Anya est exceptionnelle je ne vais pas le nier mais non.. il n’y a rien entre nous. Le livre je sais que c’est son préféré car nous avons travaillé dessus ensemble l’année dernière. Elle est moins disponible parce qu’elle a les pompoms girls et puis.. et puis c’est l’année du bac. On a beaucoup de travail.
    – Je suis jalouse de tout et de tout le monde. Je ne supporte pas cette Q’.
    – C’est ta première vraie amie, c’est normal que tu l’aimes. Je pense que tu devrais lui dire tout simplement ce que tu ressens. Elle l’entendra. Q’ est vraiment une chic fille et je suis certain que tu vas l’apprécier. Rappel toi que j’ai toujours raison. » 

    Lucrecia essuyait ses larmes quand son frère caressait son bras en riant tous les deux. Il aimait toujours autant la taquiner, c’était pour ça qu’ils étaient aussi liés tous les deux. Prenant le temps nécessaire de la réconforter, Garrett lui rappelait qu’il restait son grand frère ce à quoi elle précisa qu’elle était deux minutes après lui. Il se mettait à pleuvoir, heureusement ça couvrait le silence de la pièce.

    « – Tu n’as pas répondu à ma question sur Anya..
    – Laquelle ?
    – Tu l’aimes n’est-ce pas ? »

    Le dilemme était complexe. Devait-il être sincère ? Devait-il avouer à sa soeur et Anya par la même occasion la tenue de ses sentiments ? Il se sentait acculé et vit dans le regard perdu de sa soeur un espoir. Il ne pouvait pas lui briser le coeur.

    « – Anya est mon amie. Je l’apprécie beaucoup Lucrecia, elle compte beaucoup pour moi. Tu as raison quand tu dis que je ne veux juste pas coucher avec elle et c’est vrai. Elle est mon amie. Je ne veux pas détruire ce lien unique que nous avons créé. Et puis, ta question n’a aucun sens. Anya t’as accompagné rencontrer d’autres garçons.. C’est bien la preuve qu’elle ne s’intéresse pas à moi. »

    Lucrecia n’y croyait pas. Garrett n’avait jamais su lui mentir mais elle ne répliquait pas. Ce soir, elle se contenterait de ce pauvre mensonge et du regard fuyant de son frère. Elle connaissait la vérité mais ne se doutait pas qu’ils avaient déjà consommé leur amour. Elle le remercia et embrassa sa joue avant de le remercier et de lui souhaiter une bonne nuit. Une fois la porte close, Garrett se remit à respirer. Il entendit le corps de la belle brune ramper sur le sol et leurs regards gênés s’observer. Le blond mordait sa lèvre et vint doucement revenir sur le lit et se placer derrière Anya. Ses bras, ses jambes enlaçaient son corps quand il embrassait son cou :

    « – Tu es quand même contente de ta soirée, demandait-il, tout le monde voulait absolument te faire plaisir. Comme quoi tu vois, un tas de monde tiens à toi blackbird. »

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    C.

    Il n’avait pas dormi de la nuit. Garrett n’avait fait que ruminer tout ce temps en cherchant désespérément comment arranger la situation. Comment conjuguer avec les afflictions de coeur de sa soeur et ses propres sentiments pour Anya ? Est-ce que ses sentiments avaient une quelconque valeur s’ils devaient blesser Lucrecia ? Il était perdu et comme toujours lorsqu’il réfléchissait trop, il faisait une insomnie et lisait. Il se disait que ses auteurs favoris auraient certainement des réponses à ses questions. C’est dans la littérature qu’il cherchait le sens de ses questionnements. Mais cette nuit là, rien ne vient.

    Au matin, il ne prit qu’un thé pour petit déjeuner. La moue de réflexion des enfants Hedlund surpris Georgina qui les avaient pourtant laissé à la soirée avec un sourire jovial. Là, ils étaient renfrognés et triste. Ruminant chacun de leurs côtés sans oser se regarder, ils durent malgré tout se rendre au match.

    La foule était là, mais Garrett lui était ailleurs, perdu dans ses pensées. Il écoutait pourtant les nouvelles confidences de Henry sur Q’ qui ne l’étonnait guère. Il avait bien vu que les deux se dévoraient du regard toute la soirée et une fois la maladresse d’un baiser échangé expliquée, le regard brillant du jeune Cavill brilla de mille feux. Il y en aura au moins deux qui se câlineront dans la soirée, pensait Garrett. Le match avait été excellent grâce à l’ingéniosité et la force de Henry, Garrett l’avait soutenu du mieux qu’il pouvait mais dès qu’il en avait l’occasion, il jetait des coups d’oeil sur Anya qui était totalement effacée. Elle s’était enfuie si vite la veille qu’ils n’avaient pas pris le temps de véritablement discuter, trop sous le choc de la révélation de Lucrecia.

    A la fin du match, il allait se rendre jusqu’à elle mais Christina se jeta à son cou et le prit par surprise. Il essaya tant bien que mal de la repousser mais l’effet de foule était tragiquement trop dense pour espérer s’enfuir. Henry était le héros du match, c’était certain, ils avaient de très bons scores pour la saison mais Garrett s’en fichait. Il voulait voir Anya et s’assurer qu’elle allait bien.

    Pendant que son meilleur ami s’enfuyait vers les gradins pour retrouver une Q’ surprise, Garrett vit sa soeur accompagner Anya. Au moins, il était rassuré de ne pas la savoir seule, du moins jusqu’à ce qu’il arrive dans les vestiaires et qu’il entende les deux amies se disputer. Il se révéla lorsque la jolie brune quitta les vestiaires pour s’enfuir. Lucrecia observait son frère avec peine. Elle culpabilisait. Les bras croisés, elle lui demanda si elle allait pouvoir leur pardonner. Il ne sut répondre à la question et préféra simplement lui tendre sa main qu’elle prit sans peur.

     » – Je vais partir pour l’Italie, dit-elle en ayant les larmes aux yeux, comme ça vous pourrez vivre votre histoire sans moi qui fait n’importe quoi.
    – Arrête. Là tu dis n’importe quoi en effet. »

    Il l’enlaça et lui proposa de rejoindre les blondies le temps qu’il prenne sa douche. Ensuite, ils iraient se balader sur le pont de Brooklyn qui était leur endroit préféré. Après être passé au vestiaire rapidement il trouva sa soeur avec les Blondies prêtent à partir.

     » – Les filles m’ont proposés d’aller à un concert que Binki fait. Tu n’as qu’à nous retrouver là-bas. »

    Il ne promit rien mais lui rappela de faire attention. Au moins, Lucrecia avait retrouvé un peu le sourire. Il était persuadé que tout pouvait s’arranger. Il fallait juste qu’il saute dans l’eau même si cela lui faisait peur. Alors qu’il cherchait Henry, il trouva ce dernier à écouter les paroles de Q’ assise dans les gradins. Il était comme hypnotisé. Cette dernière héla le blond en l’apercevant au bas des gradins. Il s’approcha mais resta à bonne distance pour laisse de l’intimité au potentiel couple naissant :

     » – Je vais chercher Anya.. Elle s’est disputée avec Lu’. On doit.. On doit discuter de ce que tu sais. »

    Elle hochait de la tête, une petite moue désolée sur les lèvres. Elle rappela à Garrett qu’elle était sans aucun doute partie se réfugier quelque part où il y avait des arbres ce qui ne surprenait pas le jeune homme. Henry avait un adorable sourire en détaillant tous les mouvements de la jolie amérindienne. Il avait tellement envie de le taquiner mais en le voyant aussi absorbé par la jeune fille, il se retint en mordant sa langue.

     » – Henry, demandait-elle, est-ce que cela t’ennuie si nous partons nous aussi à la recherche de Anya ? J’aurais bien besoin de tes connaissances des parcs pour la retrouver. »

    Jamais encore Garrett n’avait vu courir Henry de la sorte. Ils n’attendirent que quinze minutes avant de le voir revenir propre comme un sous neuf. Q’ était douce, patiente et avait ce petit sourire sur le coin des lèvres qui lui donnait cette joie sincère et pure qui semblait impressionner Henry. C’était amusant de voir cette toute petite jeune fille brune rendre aussi docile un colosse tel que Henry. Garrett les regardaient tous les deux avec attention, intrigué par ce revirement de situation avant de claquer des doigts et rappeler leurs objectifs :

     » – Nous devons trouver Anya.. Prenez le secteur ouest près du grand lac et je m’occupe de la petite forêt d’épicéas. »

    Ils se rendirent dans Central Park à la recherche de Anya. Garrett marchait seul, l’oeil aguerri. Dès qu’il voyait une crinière brune il courait après elle. Si la jeune femme semblait heureuse de la rencontrer avec le beau blond, lui n’exprimait qu’une vive déception. Cela faisait deux heures qu’il tournait en rond et en vain. Finalement, il retrouva Q’ et Henry tout près d’un glacier à parler et manger une glace. L’heure était venue de faire un rapport :

     » – Aucune trace d’elle, confirmait Henry tendant une serviette à Q’, peut-être qu’elle est rentrée chez elle.
    – Je ne pense pas. La connaissant elle est sans aucun doute partie chercher un refuge. Chez elle, elle pourrait croiser son père qui la questionnerait. »

    Q’ avait raison mais c’était comme chercher une aiguille dans une botte de foin. Il se faisait tard et la nuit allait tomber. L’automne venait et avec cela la nuit fraiche. Garrett ne voulait pas abandonner la recherche dans Central Park mais il ordonna à Henry et Q’ d’aller chez Anya l’attendre. Il les rejoindrait dans une petite heure tout au plus. Il décidait de prendre le petit chemin qui menait à un étang secret où l’été les jeunes gens se retrouvaient pour des rendez-vous amoureux. Après quelques bagarres avec des branches, il réussit à trouver l’endroit et retrouver Anya. Elle était assise et observait les canards qui jouaient devant elle. A voir la tenue de ses épaules, il vit son affliction. Leurs regards se croisèrent et elle pu comprendre qu’il était triste. Lentement, il s’avança vers elle, les mains dans les poches de sa veste en cuir :

     » – Je sais que tu veux qu’on te laisse tranquille mais je voulais m’assurer que tu rentrerais en sécurité chez toi.. »

    Il ne voulait pas lui avouer qu’il avait littéralement passé sa journée à la chercher. Elle avait besoin de s’isoler, il le comprenait. Mais son besoin de la savoir en sécurité était encore plus fort.

     » – Je t’ai entendu dans les vestiaires avec Lu’, avouait-il en regardant ses pieds, elle s’en veut beaucoup.. Je pense qu’elle a comprit qu’elle avait abusé. Tu sais, tu es sa première vraie amie. C’est très fort pour elle que tu lui ai donné ton affection. Alors.. Elle s’en sentie poussé un peu trop des ailes malheureusement. »

    Elle ne répondait pas, elle ne voulait pas parler. Merde.. Il devait sauter dans l’eau mais il ne savait pas comment le faire. Il venait s’asseoir à côté d’elle tout en gardant une distance. La voyant frissonner à cause du froid, il vint poser sa veste sur ses épaules.

     » – Anya je… Ça me fait mal que tu puisses croire que je ne tienne pas à toi. Que tu penses que.. que Montauk n’a rien été pour moi. Tu.. C’est dingue.. Avec tous les mots que je connais je n’arrive pas à trouver les plus justes pour te dire ce que je ressens. »

    Il riait légèrement, désemparé par le regard sombre de la jolie Anya. Elle réussissait toujours à le désarmer et le déstabiliser. Prenant une ample inspiration, il dit :

     » – Je suis amoureux de toi Anya Sawyer. Lucrecia a raison quand elle dit que je te regarde avec les yeux de l’amour parce que c’est vrai. Je t’aime et je sais que je ne pourrais jamais aimer quelqu’un d’autre comme je t’aime toi. Jamais encore je n’avais aimé avant toi et jamais je n’aimerai après toi. J’ai beau n’avoir que dix-huit ans je sais malgré tout que tu seras éternellement l’amour de ma vie. Tu es une comète entrée dans ma vie Anya.. Tu.. Merde.. Tu es une comète.. Tu crois que tu es arrivée dans ma vie en détruisant tout alors que tu n’as fais que l’éblouir. Tu m’apportes du sens, de la beauté. Mes.. Mes sentiments à ton égard dépassent ce que les autres pourraient comprendre et je me fiche de ce qu’ils peuvent comprendre. Et si tu as besoin de t’éloigner de moi alors soit, je l’accepterais. Mais avant tu dois savoir que je ne suis complet qu’avec toi. Je ne pourrais pas protéger Lu toute ma vie. Elle est ma jumelle, ma soeur et tant pis si elle doit souffrir mais je ne veux plus me cacher. Je ne veux plus cacher ce que j’ai envie de hurler au monde Anya. Tu as illuminé ma vie. C’est toi qui me donne foi et je suis totalement, irrévocablement et inconditionnellement amoureux de toi. »

  13. Avatar de C.
    C.

    Garrett riait doucement en voyant l’état de son ami. Ils rentraient finalement chez lui tous les deux et il lui servait un soda en canette. Georgina était certainement en train de dormir et il vit de la lumière dans la chambre de sa soeur. Ils se rendirent donc dans le jardin pour boire un peu de leur soda et que Garrett puisse fumer :

    «  – Je suis amoureux d’Anya, avouait-il enfin à Henry qui riait amusé, je suis fou amoureux d’elle je.. je veux être avec elle tout le temps. C’est si étrange comme sensation et en même temps.. en même temps j’ai peur. »

    Henry comprenait à quoi faisait référence son ami. Elena était toujours là, elle rôdait avec impatience autour du lycée et de leur vie depuis toujours. Ils savent l’un et l’autre de quoi elle était capable et cela risquait de mettre en danger Anya.

    «  – Et puis je ne veux pas briser le coeur de Lucrecia. Elle pense aimer Anya. Je serai monstrueux de lui retirer toutes ses chances, non ?
    Dans tous les cas ce sera à Anya de choisir et elle t’as choisi toi. »

    Son ami n’avait pas tort, mais il ne pouvait pas être si pragmatique. Le coeur de sa soeur était en jeu. Ils finirent leur petite soirée en discutant de tout et de rien, du moins, sortant de la nouvelle passion de Henry pour sa rencontre avec Q’. Il exultait d’une joie sincère et transcendante même si le lendemain l’effrayait :

    «  – Et si nous allions tous ensemble en Bulgarie, proposait Garrett, comme ça les filles pourraient être ensemble et puis nous serions avec elle. Loin de New-York, loin de tout le monde. »

    Henry adorait l’idée et savait déjà ce qu’il allait dire à son père pour le convaincre de le laisser partir. Il savait toujours relever d’ingéniosité et d’inventivité quand il était passionné par quelque chose. Mais maintenant, il se faisait tard et il était temps pour lui de rentrer. Le lendemain était une journée comme les autres. Au petit matin, il vit Lucrecia entrain de faire son sac.

    «  – Qu’est-ce que tu fais, demandait le blond en enfilant son t-shirt, tu vas où ?
    J’ai appelé papa hier soir et il m’attend à l’aéroport avec grand-père, ils ont rendez-vous avec un épicier.
    Mais.. Mais il y a le lycée et..
    Je vais vivre en Italie. J’ai accepté la résidence d’artistes à Milan.
    Lu attends..
    Je t’ai vu hier soir avec elle. Vous vous teniez la main. »

    Garrett blêmissait, inquiet de la réaction de sa soeur. Il culpabilisait qu’elle ai appris comme ça la nouvelle. Une nouvelle pleine de joie qui ne devrait pas attiser la colère ou la frustration. Il s’avançait vers elle, prêt à se justifier mais elle l’interrompit :

    «  – Arrête.. Ne dis rien. Ecoute, je le savais que c’était toi qu’elle voulait. Je voulais m’assurer que non en lui faisant me promettre de ne jamais s’approcher de toi mais.. mais il y a des choses qu’on ne peut pas contrôler n’est-ce-pas ?
    Lu..
    Et je ne vous en veut pas. Disons que j’ai besoin de passer à autre chose et en Italie il y a pleiiiiiiins d’hommes très beau, non ? »

    Elle faisait un peu d’humour, comme le ferait Garrett. Ils se souriaient l’un et l’autre quelque peu gêné. Il lui tendit ses bras et elle vint s’y calfeutrer. Il la serrait contre lui en s’excusant à voix basse :

    « – Jure moi de ne jamais lui faire du mal.
    C’est promis petite étoile. »

    Avec Georgina ils l’aidèrent à descendre ses valises et dieu sait qu’il y en avait. Elle avait emmené toutes ses créations, tous ses tissus et autres breloques. La gouvernante pleurait en embrassant l’adolescente et elle lui donnait tout un tas de gâteaux pour le trajet ce qui faisait rire Lucrecia. Après un autre câlin entre frère et soeur, elle fut conduite par le chauffeur de la famille jusqu’à l’aéroport.

    Puis, vint le moment d’aller en cours. Garrett était perdu dans ses pensées. Ce fut Henry qui l’extirpa en lui annonçant la bonne nouvelle, ils allaient pouvoir se rendre tous ensemble en Bulgarie. Le blond lui souriait doucement alors qu’il s’installait en classe. Henry murmurait alors :

    «  – On pourrait leur faire la surprise.. En mode incognito..
    Ce serait une bonne idée, on en reparle plus tard ok ? »

    Henry avait mille et une idée quand Garrett était perdu dans ses songes. Il n’avait pas envie d’être en classe, encore moins d’écouter les aléas romantique de son ami qui était niaisement amoureux. Au cours suivant, il prit la décision de sécher. Comme à son habitude, il se rendait donc sous les gradins pour lire et fumer. Comme souvent, il aimait passer son temps isolé des autres. Il partait du principe qu’il apprenait beaucoup plus avec les livres qu’en classe. Alors qu’il était plongé dans son ouvrage et qu’il n’avait pas vu le temps passer, il vit arriver au loin Anya. Il ferma son livre et jeta son mégot en fronçant les sourcils. Elle semblait soucieuse :

    «  – Tout va bien ? Ça s’est bien passé à l’aéroport ? »

    Il lui tendait la main lui faisant de la place sous sa cachette secrète. Son nez s’enfouissait directement dans son cou là où son parfum était puissant. Ce qu’il aimait ce parfum de douceur et de coton.

    «  – Mh.. Ton parfum.. Je l’aime tant.. »

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    C.

    Sa soeur lui manquait tous les jours mais Garrett ne pouvait s’empêcher de savourer son absence. Ne plus avoir à se cacher à la maison était d’une douceur inégalée. Il avait craint au départ que cela ne détruise l’aspect si excitant de leur relation avec Anya mais ce fut étrangement l’inverse. Ils avaient trouvé un rythme qui leur correspondait parfaitement qui n’était pas simplement basé sur l’exploration de leurs corps. Même s’ils se donnaient à coeur joie quand ils le désiraient.

    Il suivait plus assidûment à l’école grâce à l’influence de Anya et surveillé par Henry. Les deux amis s’étaient mis en tête de faire travailler plus sérieusement le jeune blond pour qu’ils puissent tous aller à l’université ensemble. Garrett n’avait pas osé évoquer son indécision quant à son avenir, surtout qu’il avait d’autres projets en tête, qui risquerait d’effrayer Anya. Alors il ne disait simplement rien, se contentant tout simplement de leur faire plaisir.

    Le temps passait vite dans les bras de Anya, beaucoup trop vite. Quasiment tous les soirs ils se retrouvaient ensemble et dormaient dans leur petit lit. Ils étaient simplement heureux d’être là, l’un près de l’autre et cela lui suffisait. Sa mère lui tenait rigueur du départ de Lucrecia et passait le plus clair de son temps en Europe. Son père lui, faisait beaucoup d’aller-retours. Il avait du mal à rester loin de sa mère. Heureusement que Georgie était là.

    Un soir, alors qu’il picorait le cou de Anya de tendre baisers en caressant son ventre, elle évoqua le temps qui passait. Un an ? Il avait l’impression que cela faisait toute une vie. Qu’il la connaissait déjà par coeur. Embrassant encore son cou et sa nuque, il marmonnait qu’il aimait son parfum quand il l’entendit évoquer la Bulgarie :

    «  – Ne pense donc pas à ça, dit-il pour la rassurer, vous allez vous amuser comme des petites folles avec Q’. Henry va être fou de chagrin lui qui a déjà quasiment pensé à son mariage et aux enfants avec sa dulcinée. »

    Ils se moquaient gentiment l’un et l’autre des amoureux transis qui s’appelaient une fois par semaine. La famille amérindienne de Q’ semblait très strictes sur les relations avec les « visages pâles » comme le racontait Anya. Garrett était impressionné par ce peuple et ces coutumes décimées par les colons. Il en avait longuement débattu avec sa belle brune une nuit après avoir fait l’amour.

    «  – Pense juste à m’envoyer une carte postale, reprenait-il en posant ses lèvres sur sa mâchoire et enfin ses lèvres quand elle se retourna face à lui, j’ai hâte que tu me racontes tout ce vous avez fait. »

    Les vacances arrivèrent très vite finalement. La veille du départ, Garrett s’était arrangé pour que Q’ arrive plus tôt. Ils voulaient faire la surprise à Anya et Henry. Le blond avait prétexté un mal de ventre lors du dernier cours de vendredi et avait été cherché l’amérindienne à l’aéroport. Il savait pertinemment que comme tous les vendredi, Henry et Anya se retrouvaient dans leur bar à jeux près de l’école. Alors qu’ils entraient dans le bar, Q’ qui était habillée d’une jolie robe de soie rose cherchait déjà le colosse brun. Elle le vit discutant avec des amis et attendit que les yeux bleus de son adoré se posent sur elle. Elle riait doucement, le coeur palpitant en le voyant fondre la masse pour courir vers elle.

    Pendant ce temps, Garrett cherchait Anya, inquiet de ne pas la voir. Sans doute était-elle déjà rentrée chez elle ou chez lui pour le voir. Mais alors qu’il allait rebrousser chemin, il la vit dans coin du bar, bloquée par Jimmy un des gars de l’équipe de natation. Il posait ses mains sur Anya qu’il voyait tenter de se défendre. Cela faisait longtemps que le blond n’avait pas ressenti un élan de colère pareil. Incapable de se retenir et de se mesurer, il se jeta sur le nageur et le jeta en plein sur une des tables du bar renversant les consommations et les chaises. Il y avait longtemps que Garrett n’avait pas donné de prestation légendaire en terme de bagarre et voilà qu’il se défoulait.

    Ses poings pleuvaient avec force et hargne. Le nageur qui était costaud se défendait comme il le pouvait mais il n’avait aucune force comparé à la fureur de Hedlund et ses coups rapide. La boxe avait eu ça de bon pour lui, il savait parfaitement où frapper et comment. Il n’entendait rien, savourant simplement de sentir sa peau saignante détruire le visage de Jimmy. Imaginer qu’il ai pu s’en prendre à Anya le bouleversait et le rendait fou d’une rage incontrôlable. Il fallut que Henry et Nate le retiennent fermement et le plaque contre le mur pour qu’il se calme :

    «  – GARRETT ÇA SUFFIT, hurlait Henry en le forçant à le regarder, ARRETE STOP MAINTENANT ! »

    Ses yeux étaient fou de rage et ses mains en sang. S’il avait pu, il aurait pu le tuer. Le fameux Jimmy nageait dans son sang et quelques personnes vinrent vers lui pour l’aider à se relever. La police allait arriver, il fallait vite partir. Henry fit sortir tout le groupe d’amis du bar et leur ordonna de courir. Il ne fallait pas rester sur les lieux du crime de Garrett. Ils coururent suffisamment de temps pour ne plus être à portée de vue et arrivèrent chez les Cavill. Ils entrèrent et le jeune homme couru chercher sa trousse de secours. Il rassura Anya en lui disant que ce n’était pas la première fois. Il laissa Q’ s’occuper de son amie et revint près de Garrett qui tournait en rond, tel un animal en cage près à mordre.

    «  – Tu n’aurais pas du m’arrêter, rageait-il en parlant à Henry, j’aurais du le terminer.
    – Ah ouais ? Avec toutes les plaintes que tu as au cul tu aurais finis comment abruti ?
    – Tu sais.. Tu sais ce que mérite cet enfoiré Cavill ! Tu le sais mieux que quiconque ! »

    Bien sûr qu’il le savait. Ce fameux Jimmy avait quelques années plus tôt abusé de Elena dans les vestiaires de l’école. Il avait même essayé avec Lucrecia mais Garrett était arrivé en temps et en heure. Nate lui servait une boisson alcoolisée pour qu’il se calme pendant que Henry guérissait ses blessures. C’est alors que la douce Q’ surgit et tendis au beau brun un baume qu’elle avait sous la main :

    « – C’est de l’aloe vera.. Ça fait des merveilles tu verras.
    – Où est Anya, demandait Garrett encore nerveux, comment elle va ?
    – Elle est dans la salle de bain. Elle se rafraîchit un peu et elle arrive, vous voulez une tisane ? Ce serait mieux pour vos nerfs. »

    La dernière remarque de l’amérindienne eut le don de faire tendrement sourire Henry et rire les garçons qui pensaient eux à quelque chose de beaucoup plus fort. Après que ses bandages furent sécurisés par le baume de Q’ et les soins de Henry, Garrett bu un autre verre cul sec en grimaçant. Il s’inquiétait pour Anya et se mit à sa recherche. Il la trouva finalement à l’arrière de la maison, dans le patio. S’approchant lentement d’elle, il hésita. Devait-il la déranger alors qu’elle semblait méditer ?

    « – Blackbird, murmurait-il de sa voix grave et basse, comment tu te sens ? »

  15. Avatar de C.
    C.

    L’arrivée en Bulgarie se fit sans problèmes. Malgré leur jeunes âges, Henry et Garrett avaient pu prendre le jet des parents de ce dernier. Pendant le voyage, Garrett avait lu quand Henry travaillait les derniers cours. Il était tellement studieux que cela faisait rire le blond qui se moquait gentiment :

    «  – Tu as aussi le droit d’arrêter de travailler tu sais. Ton père n’est là.
    – Peut-être mais il saura vite se montrer persuasif quand mes notes baisseront de quelques points.
    – Arrête donc. Tu es brillant.. Il devrait être fier de t’avoir pour fils. »

    Les mots de son ami le rassura et lui fit plaisir. Mais comme ils étaient des garçons, ils ne s’avouaient pas des choses sentimentales, alors, il préféra changer de sujet parlant de choses plus concrètes comme l’université.

    « – Je pense demander à Q’ de venir sur NY pour ses études. Il s’agit quand même de la plus belle et grande ville au monde. Elle aura les meilleurs centre de formation. On pourrait même vivre tous les quatre avec Anya, qu’en penses-tu ? »

    Garrett ne répondait pas, il restait silencieux et songeur. Jusqu’à présent il avait toujours su détourner la question et ne pas y répondre car il savait que cela allait générer un conflit, des déceptions. Mais là, il n’avait pas d’autre choix que d’affronter le regard impatient de son ami :

    «  – Je n’irais pas à l’université Henry.
    – Quoi ? Mais.. Mais attend c’est notre rêve !
    – Non. C’est ton rêve et c’est celui d’Anya. Pour ma part, mon projet est tout autre.
    – Mais qu’est-ce que tu me racontes putain ? »

    Henry était vexé. Il pensait qu’il connaissait tout de son meilleur ami et qu’ils allaient passer leurs vies ensemble à continuer leurs fêtes, leurs sorties, leurs bêtises comme depuis toujours. Mais Garrett semblait en avoir décidément autrement et expliqua qu’il comptait faire le tour du monde pendant une année.

    « – Je ne sais pas ce que je veux faire de ma vie Henry. Toi, ça a toujours été la médecine. Tu es un passionné et c’est génial, je t’envie d’avoir trouvé ta vocation. Pour ma part.. c’est autre chose je..
    – Mais tu pourrais faire des études de lettres. Même si Anya sera furieuse de toutes les filles qui t’approchent, c’est ton monde le livre.
    – J’aime lire oui.. Mais je ne veux pas être enfermé toute la journée. Je veux vivre Henry. Découvrir le monde et partir à l’aventure.
    – Putain de merde.. C’est complètement con ton histoire ! Et tu as pensé à Anya ?
    – Et toi tu as pensé à Q’ ? Tu penses sincèrement qu’elle rêverait de vivre à NY alors qu’elle est toute la journée dans la forêt ? »

    Les deux amis se défiaient du regard, montant en pression l’un contre l’autre. Henry préféra ne pas répondre et ruminer dans son coin quand Garrett faisait de même. Ils avaient quand même douze heure de vol. Aussi, au bout de trois heures sans se parler, il devenait compliqué dans un endroit si étroit de ne pas discuter. Henry fut le premier à s’emporter. Il lui hurlait qu’il était égoïste et qu’il devrait avoir honte de l’abandonner et de penser à Anya.

    « – Mais je ne fais que ça penser à vous, s’insurgeait le blond, c’est pour ça que je ne vous ai rien dit ! Et si tu étais vraiment mon ami, tu ne me jugerais pas. Au contraire.. Tu m’aiderais à ne pas culpabiliser. »

    Henry était inquiet. Inquiet d’imaginer son avenir sans Garrett à ses côtés car ils avaient passé toute leur vie ensemble jusqu’à présent.

    « – Peut-être que je reviendrais dans deux semaines parce que je trouverai ça nul mais.. mais je dois essayer. Je ne peux pas passer à côté de ce qui m’appelle Henry. »

    Finalement, Garrett expliqua le parcours dont il rêvait. Il en parlait si bien qu’il réussit même à convaincre son ami. Henry lui en voulait quand même de ne lui en avoir jamais parlé

    «  – Si Anya n’avait pas fait partie de ta vie, est-ce que nous aurions ce type de conversation.
    – Certainement pas.. Pour qu’elle occasion serions nous resté enfermé l’un avec l’autre sans filles pendant douze heure ? »

    Ils riaient à gorge déployé l’un et l’autre en pensant à ce qu’ils auraient pu faire de vraiment intense avec d’autres filles dans ce même avion. Mais maintenant qu’ils avaient rencontrés les deux jeunes femmes, c’est quelque chose qui ne leur serait même pas passé par l’esprit. Ils arrivèrent à Sofia en début de soirée. Le jet lag était conséquent mais ils ne perdaient pas de vue l’objectif de surprendre les filles au petit matin. Ils se rendirent dans le même hôtel que les filles mais dans une autre chambre, une des suites. Ils se trouvaient alors dans l’un des établissements de la famille Hedlund. Tout était si facile pour eux.

    Ils étaient fatigués mais ils n’avaient pas pour autant envie de dormir. Ils décidèrent donc d’aller en cuisine pour manger un bout avant de descendre dans le bar ambiance de l’hôtel. Il y avait du monde, des jeunes femmes qui virent dans les deux colosses américains du sang frais très excitant. Henry faisait son timide quand Garrett s’amusait à danser après avoir bu quelques verres. Henry semblait ruminer, comme si l’idée d’être dans un endroit avec de la musique l’ennuyait. Ils allèrent donc fumer pour changer d’air à l’extérieur.

    «  – Qu’est-ce qui t’arrive, demandait Garrett, tu es fatigué ? On peut remonter dans la chambre.. 
    – Je me sens mal à l’aise d’être ici sans savoir où sont les filles.
    – D’après la feuille de route de Anya, répondait en riant le blond, elles sont sans aucun doute en train de lire un livre dans un café à papoter de nous. »

    Cela fit doucement rire Henry qui finit par acquiescer. Garrett le rassura en expliquant qu’ils ne faisaient rien de mal en dansant et écoutant de la musique. Ils reprirent donc leur soirée en devenant, comme à leur habitude, les joyeux fanfarons de la soirée. Au petit matin, la tête défaite et complètement épuisé par le jet lag et l’alcool ils rentrèrent dans la chambre. Ils ne dormirent que peu de temps car la femme de ménage tambourinait à la porte ce qui les réveilla avec perte et fracas. Après une douche très longue et des cernes immenses, ils finirent par descendre au petit déjeuner où ils espéraient rencontrer les filles. Seulement, ils ne virent que Q’ qui semblait maussade.

    Elle eut un temps d’arrêt en voyant Henry surgir et vint spontanément courir à lui et sauter dans ses bras. Elle n’arrêtait pas de dire qu’ils étaient fou d’être venu et riait en même temps en voyant leurs têtes défaites sans se rendre compte qu’ils avaient fait la fête la veille.

    « – Anya n’est pas encore réveillé, demandait le blond en la cherchant du regard, ce n’est pas dans ses habitudes de trainer au lit..
    – Garrett.. Ecoute.. Je ne sais pas si tu es courant mais Anya a été adoptée..
    – Oui je le sais, et ?
    – On s’est un peu disputée à cause de ça dans l’avion parce qu’elle a pour projet de retrouver sa famille et dans l’avion un gars nous a entendu parler de ça. Etrangement il disait connaître ses parents et il lui a proposé de l’accompagner. J’ai tout de suite dis à Anya de ne pas faire confiance à ce type mais il disait des choses qui s’apparentait vraiment à la réalité alors.. alors nous sommes censé rejoindre ce gars dans un peu de temps et.. Garrett ? »

    Il était déjà parti en direction de la chambre pour aller sermonner sa petite amie. Qui suivrait décemment un inconnu qui écoute les conversations des autres. Il espérait qu’elle ne s’était pas mise en danger. Arrivant devant la porte, il eut beau tambouriner, elle ne répondit pas. Q’ le rejoignit peu de temps après avec Henry pour finalement ouvrir la porte et découvrir que Anya avait déjà mis les voiles, mais depuis combien de temps ?

    « – C’était qui ce type ? Il ressemblait à quoi Q’ ?? »

    Garrett était dans un état de panique totale qui le rendait nerveux. Il fouillait partout la chambre à la recherche d’un indice, de quelque chose pouvant le relier à Anya mais il ne trouvait rien. L’amérindienne paniquait elle aussi et trouva une lettre écrite par son amie et qu’elle lu à voix haute.

    «  – Putain de merde, murmurait le blond accablé, je n’aurais jamais du la laisser partir toute seule.. »

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    C.

    Garrett avançait les poings serrés en direction du « potentiel » café où Anya devait rencontrer ce sombre inconnu. Il avait crié sur Q’ en disant qu’elle avait été inconsciente de la laisser seule quand Henry s’était interposé pour lui rappeler de redescendre de son nuage. Mais l’amérindienne donna raison à son ami avouant qu’elle avait minimisé l’impulsivité de Anya. Ils arrivaient finalement à trois et en voyant la jeune femme assise seule à une table à attendre il ne pu retenir sa colère en la fustigeant peu importe les regards surpris des autres clients du bar :

    «  – Je te laisse huit heure seule et tu fais déjà n’importe quoi bon sang Anya ! Tu te rends compte de l’imprudence de ton geste ? Et sans dire un mot à Q’ en plus ! »

    Les yeux larmoyant de surprise et de joie de la jeune femme eurent raison de lui. Il était trop épuisé pour lutter et la récupéra contre lui en la serrant fort ses lèvres dans ses cheveux dont il en humait tendrement le parfum. Q’ la rouspétait aussi, fermement mais avec une extrême douceur aussi. Henry surveillait toute la scène de près non sans s’empêcher de dévorer la pâtisserie de Anya ce qui eut don de faire rire tout le monde. Ils passèrent un moment ensemble, écoutant le récit des filles et de leur première journée. Ils décidèrent aussi de partir à l’aventure des origines de la bulgare le lendemain sans faute.

    «  – Comme si j’allais te laisser y aller seule, marmonnait Garrett en levant les yeux au ciel, bien entendu que je vais venir et surveiller tes arrières d’imprudente. »

    A la suite de quoi, Q’ et Henry décidèrent d’aller faire un tour en amoureux laissant enfin Anya et Garrett seuls. Dès qu’ils eurent le dos tourné, il en profita pour donner un profond et langoureux baiser à la belle de son coeur avant de la laisser le conduire dans tout Sofia. La ville était belle, charmante et pleine de vie. Ils firent tout un tas d’activités sans parler de la matinée ou encore de ce qu’elle espérait trouver en venant ici. Pour le moment, ils profitaient comme un couple amoureux, jeune et complètement insouciant. Garrett prenait tout un tas de photos de Anya dans tous les endroits où ils allaient et demanda même à des passants d’immortaliser ces moments.

    Ils étaient insouciants mais Garrett avait malgré tout l’oeil et il vit qu’un homme étrange les suivaient. Agissant comme d’habitude, il ne fit rien transparaître jusqu’à ce que finalement il vit l’homme se rende aux toilettes. Il s’excusa auprès de Anya prétextant une envie pressante et se rendit à la suite du sombre brun. Il était persuadé qu’il s’agissait du fameux homme qui avait abordé Anya dans l’avion et s’apprêtait à le confronter en le plaquant contre la porte des toilettes.

    «  – Le.. Le père d’Anya ? »

    Il tombait littéralement des nues quand l’homme finit de se présenter. Lentement, il relâcha le col du bulgare qui avait l’oeil aussi profond et intense que celui de sa fille, il devait bien le reconnaître. Il y avait comme une lueur de défi et de rébellion indomptable qui caractérisait bien souvent Anya.

    «  – Mais elle est ici pour vous.. Enfin je ne comprends pas.. Elle n’attends que ça pour vous rencontrer.
    – Ce n’est absolument pas le bon moment. Si je lui donne mon identité elle sera en danger. »

    Cela eut le don d’interloquer une fois de plus Garrett qui se redressa instinctivement. Anya en danger ? C’était impossible à concevoir pour lui. Il écouta donc le fameux Siminiov lui expliquer qu’il avait des activités qui risquaient de mettre en danger la vie de sa fille, voilà pourquoi il s’était débarrassé de ce Vicktor. Soufflant un coup, le blond passa une main nerveuse dans sa crinière dorée en réfléchissant à vive allure :

    «  – Qu’est ce qui me dis que vous dites la vérité ? Peut-être que vous me mentez juste pour vous en prendre à elle..?
    – Si je lui avais voulu du mal il y aurait longtemps que je t’aurais cassé les chevilles Hedlund. Ne crois pas que je ne sais pas ce que tu lui fais tous les soirs en grimpant jusqu’à sa chambre. Anya est ma fille et je peux te le prouver.. »

    Une nouvelle allusion à leurs escapades secrètes et sensuelles qui gêna une fois de plus le jeune homme et alors que Andreï allait énumérer tout ce qui faisait qu’il connaissait sa fille un homme entra dans les toilettes et regarda d’une manière suspicieuse les deux occupants. Dans un bulgare sévère et froid, Andreï ordonna à l’homme de sortir ce qu’il fit aussitôt :

    «  – Tu dois la convaincre de ne pas se rendre à Varna. Il ne faut pas qu’elle y aille.
    – Bien sûr ! Autant me demander de vous donner le soleil. Si vous connaissez si bien votre fille vous devriez savoir que lorsqu’elle a une idée en tête il est compliqué de l’en faire déloger.
    – Je sais.. Mais elle te fais confiance. »

    Garrett était pris en étau. A la fois il craignait pour la sécurité de Anya et en même temps il ne voulait pas lui mentir. Andreï le remercia d’un hochement de tête et s’enferma dans les toilettes laissant un Garrett songeur. Une fois revenu à table, il écouta distraitement la brunette lui raconter tout un tas d’anecdotes historiques. Ils finirent par payer et repartir l’exploration de la ville. Il était dans ses songes quand il l’entendit évoquer Varna le lendemain :

    «  – Tu sais.. J’avais prévu une expédition. C’était une surprise. Désolé de te faire ce faux-bond mais ça m’ennuierait que tu rates une telle occasion. Figure toi qu’à Veliko Tarnovo il y a un magnifique monastère et de grandes forêts d’épicéas. Je nous avais réservé cette surprise il y a longtemps. Est-ce que nous pourrions retarder le voyage pour Varna ? »

    L’objectif était de gagner du temps pour essayer de lui faire oublier l’idée d’aller dans sa ville de naissance. Si elle était en danger, peu importait de mentir, sa vie en était bien plus important.

    «  – J’ai préparé cette surprise il y a un moment.. Je suis navré de te faire ce coup là mais.. mais ça me tiens à coeur. »

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    C.

    La préparation avait finalement été facile, notamment avec l’aide de Andreï. Garrett aurait pu en être satisfait mais au contraire il culpabilisait. Anya n’avait pas ruminé, ni évoqué Varna de nouveau. Néanmoins, il avait bien vu la note de frustration dans son regard et cette moue déçue. Il ne supportait pas de la décevoir. C’était trop difficile. Ils avaient pris un taxi pour se rendre au fameux monastère et il l’avait laissé se blottir contre lui quand il caressait distraitement sa crinière. Il repensait à la veille et sa mine défigurée lorsqu’il avait appris le potentiel bébé qu’elle aurait pu porter. Ils n’avaient pas pris le temps d’en discuter ensemble :

     » – Pourquoi tu ne m’as rien dit sur.. sur le.. enfin tu sais quoi. »

    Elle était aussi mal à l’aise que lui mais pourtant ils devaient en parler. La laissant se redresser contre lui, il prit délicatement sa main dans la sienne pour la faire rester contre lui. Il l’observait d’un oeil attentif et inquiet avant de pencher sa tête sur le côté :

     » – Tu aurais du me parler de ça Anya. On est tous les deux.. Tu te rappelles ? Une équipe.. Donc si tu ne communiques pas avec moi ça ne peut pas fonctionner. »

    Il se sentait encore plus mal de dire ça. Lui qui lui mentait dans l’instant présent et qui la trompait même. Mordant sa lèvre inférieure, il culpabilisait en la voyant baisser les yeux sans doute sous la honte. Délicatement alors, il releva son visage face au sien en caressant ses joues :

     » – En rentrant on ira ensemble à l’hôpital pour te trouver un contraceptif si tu le souhaites. Sinon.. je mettrais les préservatifs. Il est hors de question que nous ayons un enfant tant que tu n’as pas réalisé tes rêves. »

    Il parlait bien évidemment de l’avenir, de l’Université et de tout autre chose. Il ne s’imaginait pas être papa et certainement pas maintenant. Si elle l’avait été, il aurait été incapable d’assumer ce bébé. Il aurait fuit et c’était peut-être ça qui lui faisait aussi peur. Sa peur de ne pas se sentir capable d’assumer. Il avait même honte de lui avouer :

     » – Ca me semble tellement improbable de parler de ça avec toi mais.. Anya.. Je ne sais pas si j’aurais pu assumer un enfant. Et je ne veux pas que tu penses que je te rejette, mais disons que ça m’effraie un peu tout ça. Je ne sais pas ce que tu en penses. Est-ce que.. Est-ce que tu voulais tomber enceinte ? »

    Ils arrivaient à la gare où ils devaient prendre un train pour le monastère. En récupérant leurs affaires dans le coffre, il vit la mine sombre de la jeune femme et s’en voulut encore plus. Jetant un oeil derrière lui, il vit un homme qui les observaient. Sans doute un des hommes de Andreï. Pris d’un affreux doute et enveloppé de la culpabilité d’avoir menti à Anya, il prit sa main fermement et lui ordonna de courir dans la gare. Ils sprintaient en bousculant les gens quand Garrett tenait fermement la main de Anya. Heureusement, elle suivit très bien le rythme. L’homme derrière eux tentait de les suivre mais ils le semèrent rapidement et prirent un train au hasard. Une fois dedans, les portes se refermèrent aussitôt empêchant alors à l’homme de les suivre. Garrett le voyait sur le quai pester et chercher une cabine téléphonique. Cela l’amusa, enfin, jusqu’à ce qu’il vit la mine essoufflée et affolée de Anya :

     » – Ok.. Je vais t’expliquer mais avant bois un peu, dit-il en lui tendant une bouteille d’eau de son sac, je t’ai menti. Je n’avais rien réservé auprès d’un monastère. »

    Le train les conduisaient direction Bourgas une ville non loin de Varna. Ils n’auraient qu’à prendre un autre train pour se rendre là-bas. Après avoir fait asseoir Anya, il lui raconta sa rencontre de la veille et la demande de cet étranger.

     » – Cet homme semble te connaître. Il dit être ton père et.. et honnêtement je me suis laissé avoir par son discours. Il a tes yeux Anya et il ne veut surtout pas que tu ailles à Varna. Je voulais te protéger mais.. mais je ne peux pas te mentir. Si tu veux y aller on ira mais je veux que tu saches que ce qui t’y attends risque sans doute de te déplaire. Dès fois connaître la vérité n’est finalement pas la bonne solution tu sais. Nous étions suivis par l’un de ses hommes, je ne voudrais pas qu’il t’arrive quelque chose, tu comprends ? »

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    C.

    L’hôtel était très cheap mais suffisant pour une ou deux nuits. Garrett sortait de la douche, encore humide et vit Anya debout sur le balcon. Elle observait la petite plage en contrebas et semblait troublée. Il était certain d’avoir fait le bon choix en lui avouant la vérité et pourtant.. et pourtant il doutait et il craignait pour sa sûreté. La rejoignant sur le balcon, il l’enlaça tendrement avant d’embrasser son cou et sa tempe tout en regardant la beauté tranquille de la mer noire. Il avait l’impression d’être au bout du monde avec elle et s’il n’y avait pas eu la menace de Andreï, ils seraient au paradis.

    Il était touché par les mots qu’elle lui confiait. Tendrement il vint embrasser de nouveau sa tempe et murmura au creux de son oreille par un poème qu’il improvisait uniquement pour elle :

    « – Qui me reflète sinon toi-même, sans toi je ne vois rien qu’un étendue déserte. Il y a eu toute cette solitude entre autrefois et aujourd’hui, il y a eu tous ces non-dits et cette souffrance que j’ai franchies. Je ne pensais pas pouvoir percer le mur de mon miroir, et c’est là que tu m’as appris mot pour mot la vie. Je t’aime pour ta sagesse qui n’est pas la mienne, ta beauté. Je t’aime contre tout ce qui n’est qu’illusion. Pour ce coeur immortel que je cherche. Tu es le grand soleil qui me monte à la tête. »

    La laissant pencher la tête sur le côté, il lui donna un tendre et profond baiser en caressant sa joue.

    « – Je t’aime Anya.. Je t’aime simplement mais avec passion. Je.. Tu es la personne qui me rende le plus heureux. Et j’irais jusqu’en Enfer pour toi. »

    Ils ne feraient rien de coquin ce soir, seulement des baisers et des caresses innocentes du fait de l’incommodité de la jeune femme. Mais ce n’était pas grave, Garrett n’accordait pas une grande importance au sexe avec Anya. Il était bien trop heureux de l’avoir simplement dans ses bras. Au petit matin, il lui apportait le petit déjeuner au lit avant de déplier une carte sur le lit :

    « – Bon.. D’après le guide Varna est une petite ville côtière. Elle n’a pas de véritable impact économique hormis le tourisme balnéaire. Donc.. Qu’est-ce qui relie ton père à cette ville ? On pourrait peut-être retrouver certains membres de ta famille. Est-ce que tu te souviens de personnes en particulier ? »

    Au même moment on toquait à la porte. Il s’agissait de la femme de ménage. Ils quittèrent donc la chambre après s’être rapidement rhabillé et allèrent se promener dans le petit centre local. C’était charmant et terriblement attrayant comme endroit. On se croyait presque dans un endroit enchanté tant c’était fleuri et typique. Garrett acheta une glace à Anya lui racontant comment enfant il avait fugué pour retrouver un trésor d’un conte qu’il avait lu.

    « – Est-ce si impossible de trouver un trésor, dit-il en riant avec elle, honnêtement peut-être que ls pirates cachaient vraiment des trésors improbable et qu’ils attendent d’être découverts. »

    Ils riaient tous les deux, en mangeant avec appétit, sur ce qu’ils feraient avec un trésor. Ils s’imaginaient des vies antérieures où ils se seraient rencontrés en tant que pirate. Dans ce moment particulier, ils arrivaient aussi à trouver un peu de douceur à deux. Comme si les épreuves étaient moins difficiles parce qu’ils étaient ensembles. Alors qu’ils marchaient tous les deux, insouciants, Garrett vit l’homme de la gare venir vers eux. Se retournant, il vit un autre homme les suivrent aussi. Blême, il arrêta sa marche en tenant fermement sa main dans la sienne.

    «  – Anya.. Donne moi ta glace. »

    Elle semblait surprise mais lui donna de bon coeur. Il l’attrapa et la jeta sur l’homme derrière eux et entraina en courant Anya dans une rue exiguë près d’eux. Il lui hurlait de courir avant d’être poursuivi par l’un des hommes. Garrett bousculait des gens sans se soucier des autres. Sa main ne quittait pas celle de Anya et alors qu’ils fuyaient il vit que d’autres hommes se mettaient à leurs poursuivre. Il avançait donc sans réfléchir si ce n’est en suivant son instinct. Finalement, ils se trouvèrent dans une impasse et quand il voulut faire demi-tour deux hommes en noir les stoppèrent dans leur élan. Ils étaient pris au piège. Rapidement, Garrett dissimula Anya derrière et hurla :

    «  – Dégagez.. Laissez-nous tranquille ! »

    Au même moment, un troisième homme surgissait. Andreï apparaissait. Il était visiblement mécontent et était impressionnant avec ce long manteau sombre. Ses yeux d’un noir sombre étaient inquiétant et n’augurait rien de bon.

    « – Tu aurais du m’écouter Garrett, dit-il enfin d’une voix basse et inquiétante, tu as agis de manière irresponsable.
    Anya a le droit de connaître la vérité. »

    Cette dernière ne se dissimulait plus et Andreï eut un trouble en voyant sa fille. Il perdait toute trace d’hostilité et de fureur. L’émotion le prenait et il était troublé de la voir aussi belle et grande. Sa petite fille qu’il avait du abandonner.

    « – Anastya.. Ma petite étoile, murmurait-il avec émotion, comme tu es grande.. »

    Un de ses hommes se pencha près de lui et murmura quelque chose en bulgare. Visiblement, ils devaient bouger car ils risquaient d’être interpellés ou vus. Andreï fit signe à ses hommes d’escorter les jeunes gens qui avaient fugué. Ils les conduisirent à l’hôtel où ils avaient élu domicile pour les prochains jours. Assis dans le petit salon qui était privatisé par le bulgare, ils attendirent donc l’explication qui tardait à venir. Profitant d’un moment d’inattention de Andreï et de ses hommes, Garrett posa sa main sur la joue de Anya pour s’assurer qu’elle allait bien :

    « – Comment tu te sens, murmurait-il, je suis avec toi.. on va s’en sortir je te le promet. »

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    C.

    L’idée n’était pas des plus mauvaises, bien au contraire. Garrett laissa Anya décider. De toute manière, il la suivrait puisqu’il s’agissait de son cadeau d’anniversaire. Ils prirent donc le jet des Cavill pour se rendre dans la propriété des ancêtres de Henry. Ils avaient, pour beaucoup, migré aux USA pour fructifier leur fortune et il semblait que cela avait bien fonctionné. Dans l’avion, alors que Anya dormait paisiblement contre Garrett, sa tête sur sa cuisse et qu’il caressait sa crinière d’ébène, il réfléchissait à tout ce qui c’était passé ces dernières journées. Anya semblait avoir décidé de tourner la page et il devrait sans doute s’en contenter mais malgré tout, il pensait qu’elle ne devait pas occulter tout ce qui c’était passé.

    Ils arrivèrent quelques heures plus tard. Magie d’être riche. Q’ était impressionnée par tout cet élan de richesses quand Garrett et Henry en avaient l’habitude. L’amérindienne se blottissait contre son amie à la recherche de sa proximité et de son soutien. Elles étaient étrangères au monde des garçons et malgré eux, ils le faisaient ressentir avec cette facilité déconcertante où ils obtenaient ce qu’ils voulaient. La dernière tendance était d’avoir des téléphones dans les voitures. Henry en profita pour appeler le château et prévenir de leur arrivée. Il exigea que les chambres soient chauffées et que la piscine soit nettoyée.

    Garrett observait tout d’un oeil lointain, préférant observer l’Écosse qu’il trouvait toujours aussi belle. L’entrée dans le château se fit comme d’habitude, de nombreux domestiques qui prenaient en charge les valises des nouveaux arrivants quand Henry, en bon châtelain, donnait toutes les directives. Garrett, lui, se rendait dans le petit salon et alluma une cigarette suivi des filles. Il s’affalait sur un sofa en les observant un sourire amusé sur les lippes :

     » – Belle demeure n’est-ce pas ? »

    Q’ observait tout autour d’elle, intriguée, quand Garrett fit venir Anya sur lui pour murmurer taquin :

     » – La nuit il fait froid.. Il faudra qu’on se réchauffe pour ne pas attraper du mal. »

    Il riait doucement en lui donnant un profond baiser avant d’être interrompu par un Henry qui sortait déjà les bières. Les garçons venaient vite à trinquer en annonçant le début des vacances. Après une visite guidée du maître des lieux qui connaissait parfaitement le château familial, ils furent conduit dans leurs chambres respectives. Le grand père de Henry, Lord Walker, était actuellement en France. Ils avaient donc pour eux toute la demeure. Ils mirent de la musique et commencèrent la soirée dans le bibliothèque. Garrett jouait un peu de guitare quand Henry montrait tout un tas d’ouvrages à Anya et Q’.

     » – Eh.. On ne ferait pas un jeu, demandait Garrett en grattant l’air nonchalant sa guitare, on pourrait se faire un poker ? »

    Ils jouèrent ainsi toute la soirée dans la bonne humeur et le rire tout le reste de la soirée. Ils chantèrent, dansèrent, les garçons firent une démonstration d’escrime avec les épées de collection, s’amusèrent comme tous les jeunes de leurs âges. La soirée vint à se finir à la piscine où ils plongèrent en sous-vêtement. Les garçons faisaient des figures dans l’eau. L’objectif ? Arroser le plus possible les filles qui ronchonnaient. Finalement, Q’ annonça être fatiguée. Henry ne perdit pas de temps et la rejoignit pour aller dormir.

     » – Entrainement demain matin Hedlund !
    – Faut-il que soit debout feignasse, répondait en riant le blond, bonne nuit. »

    Enfin il se retrouvait en tête à tête avec Anya. Nageant encore dans le bassin, il lui fit signe de le suivre. Ils se rendirent donc dans le petit jacuzzi qui bullait et qui était chaud. La verrière au dessus d’eux dévoilant un ciel étoilé, magnifique. Garrett tenait Anya contre lui et s’amusait à lui donner des faux noms d’étoiles qu’il inventait :

     » – Là.. Tu as M. Castor qui salue Mme Marmotte. Sisisisi. Je te promet ! Regarde là.. Il lui tend sa patte. »

    Ce qu’il aimait l’entendre rire. Caressant sa joue, il se pencha sur son visage et lui donna un profond et tendre baiser. Il était amoureux de ses lèvres, de la douceur de son corps et de sa présence. A bout de souffle, il murmurait plus sérieusement en caressant sa nuque :

     » – Comment vas-tu ? Comment tu te sens suite à ta rencontre avec ton père..? »

  20. Avatar de C.
    C.

    Ah.. Les hormones adolescentes. Bien entendu que Garrett n’allait pas pour de question devant cette divine sirène. La tête renversée en arrière, il se laisse aller aux divines caresses qu’elle lui prodiguait. Il se fichait royalement tout gémissant de plaisir en cambrant ses reins sous sa bouche experte.

    «  – Putain.. Anya.. »

    Elle avait tout compris de lui, comment le caresser et comment le faire jouir. Il ne lui fallait pas plus pour atteindre l’orgasme. Il agit vite et la releva pour l’amener sur lui à califourchon. L’une de ses mains agrippait sa fesse quand l’autre se posait sur sa joue. Il était essoufflé, l’oeil brillant d’excitation :

    « – Tu es si belle.. Je n’ai rencontré une femme aussi belle de toute ma vie.. »

    Murmurait-il à son encontre quand il la couvrait de baisers. Sa main caressait sa fesse alors que l’autre glissait sensuellement jusqu’entre ses cuisses qu’il sentait déjà humide. Oh oui.. Elle réveillait toutes les formes de luxure possible cette petite diablesse. Elle l’avait cherché, à son tour de la rendre folle de désir. Avec application, il la souleva pour la conduire sur le petit rebord de la fenêtre. Il ramenait ses doigts à ses lèvres et la goûta avec plaisir un sourire en coin.

    «  – Tu me rends fou de désir.. »

    Sous l’éclat de la lune qui faisait briller la peau blanche d’Anya, il se pencha sur son corps pour en embrasser sensuellement chaque centimètres de sa peau. Enfin, il descendait entre ses cuisses et laissait sa bouche chaude fondre sur son sexe brulant. Les jambes de la jeune femme entouraient son visage alors qu’il prenait un malin plaisir à lui redonner cette fougue et passion qu’elle avait mise dans ses caresses. Ses mains caressaient ses fesses qu’il avait légèrement soulevée pour qu’elle puisse se cambrer. Diable qu’elle était quémandeuse. Elle savait comment attiser son désir à lui aussi.

    Lorsqu’enfin elle atteigne cet extase sensuel et qu’il pinçait délicatement ses pointes durcies, il se releva entre ses cuisses. Il lui donnait alors un profond et langoureux baiser, caressant de nouveau ses fesses si menue et ferme :

    « – J’ai envie de toi, soufflait-il tendrement, j’ai tellement envie de toi. »

    Il la quitta une seconde pour attraper le préservatif laissé sur le lit et revint rapidement entre ses cuisses. Avec son aide, il mit le bout de plastique la protégeant quand il reprenait de nouveau ses lèvres dans un nouveau baiser. Lorsqu’elle eut finit de « l’équiper », il pu alors se fondre en elle. Dans un gémissement sensuel contre ses lèvres, il agrippait ses hanches pour se fondre en elle dans un mouvement d’abord lent :

    « – Ah.. Anya, gémissait-il en plaquant son visage contre le sien, ma déesse.. tu es mon rêve.. »

    Garrett était doux, lent, sensuel. Ses mots étaient d’une tendresse sans équivoque même dans ses mots. Lorsqu’ils eurent trouvé un rythme qui leur convenait et qu’elle posa ses mains sur ses fesses, il pu prendre son visage entre ses mains et contempler ses iris brillant :

    « – Haaaan.. Anya.. »

  21. Avatar de C.
    C.

    Anya virevoltait dans sa robe devant les garçons. Garrett lui, il était bouche bée devant la jeune femme qui était dans une robe qui lui sied à la perfection. Il contemplait la ligne fine de son mollet qui remontait dans une fouilli-fouillon de tissus qu’il rêvait déjà de retirer. Il acquiesçait de manière frénétique à sa demande. Elle l’avait totalement hypnotisé. Aussi, lorsque Henry lui donna un petit coup de coude pour le réveiller, il sortit de sa torpeur :

     » – Oui, oui.. Bien entendu.. Je.. Euhm.. Je vais prendre une douche.. Une douche rapide promis. »

    En effet, il sortait de son sport et il était encore ruisselant de sueur. Sans attendre la réponse de Anya, il couru jusqu’à la chambre pour s’engouffrer dans la salle de bain. Ah… Les hormones d’adolescents. Garrett était déjà au garde à vous et il tentait de se maîtriser mais c’était compliqué avec la vision de la jeune femme dans cette si jolie robe et ses yeux ourlés d’un joli maquillage. Anya n’avait pas encore visiblement conscience de son pouvoir sur Garrett mais il était clair qu’il avait des difficultés à contrôler son désir d’elle.

    Une fois habillé d’un jean simple et d’un léger pull à cause de l’humidité de la ville, il rejoignit enfin le groupe. Henry était partit à la douche quand Q’ papotait avec Anya dans le petit salon. Le jeune homme enfilait une dernière couche de vêtement sur lui, assez maladroitement, avant de finalement se poster devant la jolie brune. Avec une allure galante, il lui tendit sa main :

     » – Anya.. Ma douce amie, dit-il cérémonieusement, pouvez-vous honorer ma journée avec votre présence ? Je vous promet de vous raccompagner le plus rapidement auprès de votre douce amie Q’. »

    Q’ riait doucement, amusée de l’élégance de Garrett quand Henry était plus du genre à aller droit au but. Bras dessus, bras dessous, ils se rendirent dans le centre ville de Edimbourg. Malgré une légère pluie ils avançaient sous un grand parapluie pour découvrir les petites boutiques très atypiques du centre. Ils trouvèrent du thé à acheter, des plaids et autre tartans mais aussi des livres pour Garrett. Il étaient même resté un sacré moment dans la fameuse librairie où il avait eu des difficultés à faire un choix.

    Il était presque midi et il proposa à Anya d’aller déjeuner en amoureux. Il se rendirent dans un petit restaurant typique pour manger un morceau et où ils étaient suffisamment à l’abri des regards pour se donner des baisers langoureux. Avec douceur, la main de Garrett avait même quitté la joue de la jeune femme qu’il embrassait avec hardiesse, pour se poser sur sa cuisse et lentement remonter. Il allait découvrir les fameux dessous de la jolie brune mais quelqu’un monta à l’étage et les obligea à se séparer. Frustré de devoir se séparer précipitamment, il se remit donc à dévorer son dessert :

     » – Le château a une salle de cinéma.. Est-ce que ça te tente d’aller y regarder un film ? On pourrait se reposer un peu car je pense que Henry va vouloir sortir danser ce soir. Il en parlé comme ça mais on voulait vous proposer ça. »

    Il profitait que le vieux couple installé près d’eux regarde autre part pour venir déposer un baiser dans le creux de ses seins :

     » – Et je pourrais retirer tout le tissu superflu de cette robe dans un endroit insonorisé, dit-il d’une voix chaude et sensuelle, si tu n’y vois pas d’inconvénients à être dévêtue par mes lèvres et mes dents. »

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    C.

    En bon adolescent complètement bouleversé par les hormones, Garrett n’avait que faire du tableau et des gens avec qui ils visitaient le château. Non, lui il ne voyait que le grain de peau de la jeune femme, il n’entendait que son rire, ressentait un trouble indescriptible quand elle le contemplait de ses grands yeux noir intense. Il était irrévocablement amoureux d’elle, complètement attentif à chaque gestes ou mots de la jeune femme. Sans se poser aucune question ni même se demandant comment ils avaient atterris dans une chambre, il se laissa poser sur le lit pour contempler le mouvement dansant des hanches de Anya. Sensuelle et divine fée des bois lui murmurait-il en caressant ses jambes nues et remontant lentement entre ses cuisses.

     » – Peut importe où je me trouve.. C’est avec toi que je veux être, finissait-il par avouer jusqu’à ce qu’elle dévoile la lingerie fine qu’elle portait et qui lui fit écarquiller les yeux de surprise, oh bordel Anya.. »

    Oui.. Il était stupéfait de voir son corps enveloppé d’un tissu sombre qui tranchait parfaitement sur sa peau d’un blanc ivoirien délicat. Ses yeux brillaient d’un désir impatient et contemplatif. Il la désirait tellement qu’il ne savait même pas comment la caresser tant elle était précieuse.

     » – Tu.. Tu es la plus femme que j’ai rencontré de toute ma vie.. »

    Ses mains caressaient délicatement sa peau, comme s’il s’agissait d’une sculpture qu’il chérissait avec fascination. Peut-être que la chambre était magique car elle semblait les protéger du monde extérieur en ce moment romantico-sensuel. Se relevant contre Anya, il vint poser ses lèvres sur les siennes et détacher sa longue crinière d’ébène. Ses mains caressaient certes ses joues mais vinrent s’enfouir dans ses cheveux avant de redescendre le long de son dos, de ses fesses pour presser son corps contre le sien.

    A bout de souffle, il vint murmurer contre sa gorge, son cou :

     » – Jamais je n’ai autant désiré qui que ce soit.. C’est toi mon Aphrodite, l’amour de ma vie, mon âme Anya.. »

    Ses mains venaient à remonter délicatement sur ce corps compressé dans cette lingerie fine et dans un mouvement assuré vint retirer le haut qui compressait sa poitrine. Il la désirait tellement qu’il ne voulait plus attendre et se jetait tel un loup affamé sur sa poitrine enfin libérée. Sa langue faisait le contour sensuel de ses pointes durcies, les malmenait délicieusement quant sa main se perdait entre ses cuisses. Il en avait peut-être connu des femmes mais jamais il n’avait fait un avec elles. Jamais il n’avait connu autant de plaisir partagé. Il aimait donner du plaisir à Anya, il aimait la sentir vaciller et gémir quand il posait ses lèvres et ses doigts sur son corps palpitant. Et il savait qu’une fois encore, ils allaient chavirer l’un en l’autre.

    Il finit enfin par descendre ses baisers le long de son ventre pour s’enfouir entre ses cuisses. Le désir de la jeune femme était certain et permettait au blond une exploration encore plus intense. Il ne la lâchait pas, intensifiant ses caresses tout en agrippant ses fesses pour ne pas qu’elle puisse bouger, il jouait avec elle la contemplant alors qu’elle s’offrait à lui. Ils étaient jeunes, insouciants et prompt à se découvrir aussi intensément que possible et cela leur réussissait plutôt bien. Lorsqu’enfin il lui fit toucher le paradis orgasmique, il la fit tomber à la renverse sur le lit et vint près d’elle. Ses doigts continuaient de caresser son corps quand les autres caressaient ses cheveux. Ils s’embrassaient langoureusement, intensément. Garrett souriait en coin à la fois amusé et attendri par la folie de la jeune femme.

    «  – D’où t’es venue cette idée, demandait-il en embrassant de nouveau son sein, tu ne cesses de me surprendre ma divine et langoureuse sirène.. »

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    C.

    Ces vacances écossaises avaient été pleines de surprises et de douceur. Garrett ne pensait presque plus à ce qui s’était passé en Bulgarie. Non, il ne pensait qu’au bonheur plein de joie qu’il allait ressentir lorsqu’il chérirait ces moments insolite. Q’ et Henry ne se quittaient plus. Jamais encore le blond n’avait vu son ami être aussi imprégné de quelqu’un. Comme s’ils étaient unis pas quelque chose de bien plus puissant que l’ordinaire. Ces deux semaines de vacances, hors du commun, avaient été si intense qu’il était difficile d’imaginer de revenir à la réalité du quotidien. Anya et Garrett devant jouer les amis quand Henry allait se meurtrir sans sa belle amérindienne. Oui, le retour à New York serait triste et déchirant.

    Mais pour le moment, Garrett se trouvait dans l’avion, Anya dans ses bras alors qu’il sommeillait tranquillement en caressant sa crinière d’ébène. Il l’écoutait d’une oreille attentive et finit par ouvrir les yeux, un tendre sourire sur les lèvres :

     » – Je t’aime Anieska, murmurait-il tendrement en caressant sa joue, tu es la première et l’unique personne au monde à qui je le dirais. Je t’aime et j’aime tout de toi. »

    Pour appuyer ses mots, il déposa un baiser tendre et sensuel sur ses lèvres. Si elle craignait le retour à New York et si cela l’ennuyait lui aussi, il ne pouvait s’empêcher d’être confiant pour la première fois de sa vie. C’était ce qu’il lui confiait d’ailleurs :

     » – Je n’ai pas peur de rentrer et je n’ai peur de rien car tu es là. Tu es la raison pour laquelle je me lève chaque matin Anya. Jamais encore je n’avais aimé ou trouver de sens à ma vie. C’est toi et toi seule.. ma lune inaccessible et mystérieuse, mon impétueuse Selkie. »

    Comme prévu, le départ de Q’ à l’aéroport avait été difficile. La jeune femme avait beaucoup pleuré blottie contre un Henry désemparé. Garrett ne sait pas ce qui c’était passé à leur arrivée mais l’amérindienne semblait avoir pris une décision pour eux deux qui brisait le coeur de son ami. Anya avait même été jusqu’à prendre la main de Henry lorsque Q’ trouva le courage de s’enfuir rejoindre son avion. Dans le taxi qui les raccompagnait chez eux, il avoua à demi-mot, d’une voix brisée que Q’ avait préféré mettre un terme à leur relation.

     » – Elle est persuadée que la distance va tuer ce que nous ressentons et qu’il vaut mieux avoir eu quinze jours de bonheur et s’en souvenir comme tel que de.. que de se détruire à cause de la distance. Comme si.. Comme si j’étais capable d’aller voir ailleurs. Je n’ai pas envie d’aller voir ailleurs. Je ne veux qu’elle putain. Je ne la mérite pas. Elle le sait depuis le début de toute façon. C’est.. Regardez-la et regardez-moi. Il n’y a pas à tergiverser.
    – Sans doute veux-t-elle te protéger, essayait de relativiser Garrett, ce n’est pas comme si vous étiez libre de vos mouvements et puis sa famille a l’air tellement traditionaliste.. Peut-être qu’avec la fac vous allez pouvoir être réunis.
    – Arrête tes conneries de fac Hedlund. Je sais pertinemment qu’elle ne viendra jamais ici. Pour quoi faire ? Pour moi ? Comme si elle pouvait m’aimer suffisamment pour ça ! C’est comme toi avec Anya putain ! Même pas capable de rester pour elle avec tes projets à la con ! Est-ce que vous pensez à nous ? Hein ?! »

    Pendant que Henry déversait son fiel avec colère, fureur et rage, Garrett sentit son coeur s’arrêter. Il avait osé balancer le secret qu’il lui avait fait promettre de ne pas dire à Anya. Il sentait sur lui le regard inquisiteur de la jeune femme qui cherchait à comprendre ce que Cavill avait bien pu dire et Garrett sut qu’il devrait rendre des comptes. Comment aurait-il pu en être autrement ? Mais le moment n’était pas venu de s’emporter contre Henry qui était suffisamment malheureux et acculé comme ça. Garrett préférait ne rien répondre et le laisser s’épancher.

    Quelques minutes plus tard, ils déposèrent un Henry abattu chez lui qui claquait la porte fou de rage. Même si Anya avait proposé de rester avec lui, Garrett lui assura qu’il valait mieux le laisser seul. Ils viendraient le voir le lendemain, avant la reprise des cours. Dans le taxi qui les reconduisaient chez eux, il sentit la jeune femme venir contre lui. Manifestement elle attendait qu’il évoque le fameux sujet de la fac et il sentit à ses yeux patient qu’elle exigeait malgré tout une réponse. Soupirant lentement, il répondit :

     » – Je n’irais pas à l’Université, avouait-il enfin, une fois la remise des diplômes je pars avec mon voilier faire le tour du monde Anya.. Henry n’était pas censé le dire je voulais.. je voulais te l’annoncer un peu plus tard. T’expliquer.. Mettre les formes. »

    Le taxi s’arrêtait enfin dans la rue où ils vivaient. Ils descendirent une fois que Garrett eut payé le chauffeur. Devant la maison de Anya, les valises prêt d’eux, le jeune homme caressa la joue de la jeune femme en observant ses prunelles :

     » – Je vais ranger mes affaires et saluer Georgina, dit-il d’une voix douce, je te rejoins dans la soirée ? J’apporterais une cassette et de quoi grignoter. Et demain nous irons voir notre Henry.. C’est un peu notre enfant, ajoutait-il avec un sourire qui se voulait gentiment moqueur, qu’en dis-tu ? »

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    C.

    Le retour des vacances est bien plus que laborieux. Garrett avait à peine posé ses valises qu’il était déjà en vadrouille. Alors qu’il arpentait toute la ville en long, en large et en travers, il ne cessait de se questionner sur la tempête qu’avait été Anya. Jamais encore il ne l’avait vu s’exprimer avec une telle violence verbale et physique. Si James n’était pas intervenu, il n’aurait eu aucune idée de comment cela allait se terminer. Et même si elle lui avait fait peur, il n’en restait pas moins qu’il s’inquiétait pour elle.

    Il avait passé en revue tous les endroits où elle aurait pu se réfugier mais ne trouva que des espaces vide. Il commençait de plus en plus à s’inquiéter et craignait qu’elle ai définitivement pris la poudre d’escampette. Il eut alors l’idée de se rendre à la gare centrale et de la chercher dans la foule de monde. A sa plus grande joie ou plutôt, rassurance, il la trouva assise sur un banc à fixer le sol d’un oeil vide. A la fois il était furieux et effrayé et pourtant, il avait énormément d’empathie pour elle et de peine. Son pas était léger, prudent jusqu’à ce qu’il vienne finalement s’asseoir à ses côtés. Les mots de la jeune femme le transperçait. Pourquoi pensait-elle une telle chose ?

     » – Anya, commençait-il après l’avoir laissé terminé, si tu m’avais laissé t’expliquer tu aurais su que ce voyage est un projet que j’ai depuis des années, que je mûris depuis toujours. C’est mon rêve. J’ai beau avoir une famille Anya mais tu vois bien que je suis aussi seul que toi. Je ne suis qu’une représentation cliché de ce que la société attend de mes parents. J’ai toujours vécu seul moi aussi, contrairement à ce que tu persistes de croire. Mon seul ami a toujours été Henry et ça a été une amitié de lutte de tous les instants. Je.. Je ne m’excuserais pas d’avoir des projets Anya, des projets pour moi. Mais si tu m’avais laissé terminer, si tu m’avais laissé t’expliquer je t’aurais dis que depuis que je te connais je n’ai pas eu besoin de me jeter dans ce projet là de tour du monde. Je t’aurais dis que je suis perdu parce que je ne veux pas partir loin de toi parce que je t’aime, parce que je suis irrévocablement amoureux de toi. Si tu m’avais questionné, je t’aurais dis que je suis capable de tout abandonner parce que j’ai peur de te perdre. Parce que je sais que tu ne me suivras pas.. que l’Université est importante pour toi et que c’est ton projet. Je t’aurais dis que je serai prêt à remettre ce projet pour plus tard parce que des voyages on a toute une vie pour les faire alors que.. alors que son âme soeur on ne la rencontre qu’une seule fois. »

    Essoufflé et épuisé par cette course contre la montre et ce discours il vint se rapprocher d’elle. Il la sentait se tendre mais il ne s’empêcha pas pour autant de s’approcher d’elle jusqu’à prendre sa main dans la sienne. Ses doigts serraient les siens, s’entrelaçaient quand il posait son autre main sur sa joue pour contempler ses iris noirs de colère :

     » – Je ne fais aucun sacrifice quand je suis avec toi puisque tu es ma famille Anya. Mais vois-tu, je sais que si je reste c’est aussi parce que j’ai peur de te perdre.. J’ai peur que tu puisses rencontrer quelqu’un d’autre et que tu m’oublies. Je reste pour cette mauvaise raison car je sais que tu mérites d’être traitée comme une reine et que je devrais m’estimer heureux que tu puisses trouver le bonheur si je ne te rends pas heureuse mais je te vois pour moi. Rien que pour moi. Est-ce que cela fait de mon envie de rester une raison juste et honnête selon toi ?  »

    Ses yeux brillaient d’une sincérité éloquente alors que ses doigts caressaient sa joue. Il la sentait prête à fuir mais il la retint pour qu’elle finisse d’écouter ce qu’il a à dire. Sa voix était basse, calme mais pleine d’émotion :

     » – Et puis l’année n’est pas terminée.. Rien n’est jouée. On ne sait pas de quoi est fait demain alors je me dis que sans doute d’ici là mon destin sera tout autre et j’en serais tout aussi satisfait et heureux. Mais je t’en supplie, ne crois pas que je t’abandonne parce que je ne t’aime pas. Ne crois pas que je pars parce que je veux me débarrasser de toi, que tu es un animal et que je dégage. Je t’interdis de penser ça. Je t’interdis de te persuader et de croire que sur cette putain de terre personne ne t’aime et pense à toi parce que tu le veuilles ou non c’est faux Anya. Je t’aime et je t’aimerais toujours quoi que tu dises, même si tu fugues et que tu me hurles dessus comme horrible poissonnière. »

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    C.

    La vision de Anya enveloppée dans tout ce taffetas de tissus émeut Garrett. Même avec ses pulls informe il la trouve belle et désirable mais il ne pouvait nier que vêtue telle une fée par les mains expertes de sa soeur il était bouleversé. Il y a des moments comme cela dans la vie, où tout semble prendre plus de temps. Garrett voyait Anya descendre lentement les escaliers, un à un avec son sourire tendre et timide sans se rendre compte de la beauté magnétique qu’elle reflétait. Ce moment si singulier où le jeune homme était tellement pris par l’émotion qu’il ne disait rien, n’entendait plus rien et contemplait la jeune femme comme une déesse apparaissant de nulle part.

    « – Ferme la bouche Hedlund. Tu baves.. »

    Henry le charriait gentiment avant de féliciter Lucrecia des magnifiques tenues qu’elle avait une nouvelle fois préparée. Anya arrivait sur la dernière marche faisant ainsi bouger Garrett qui venait face à elle, impressionné et même, intimidé :

    « – Je.. J’ai choisi de la gypsophile pour.. pour ton bracelet. »

    C’était une tradition typiquement américaine que le garçon offre un bouquet bracelet à sa cavalière. Garrett avait décidé de prendre cette simple fleur, un simple et modeste bouquet, mais à la symbolique bien plus puissante qu’il n’y paraissait. Il lui expliquait donc en le nouant délicatement autour de son poignet d’une voix doucereuse : 

    « – Dans un des livres que Q’ m’a conseillé sur les plantes.. Elle explique que c’est le symbole d’amour éternel. Le soleil, quand il la voit lui dit toujours qu’elle est son bonheur et son amour pour toujours. »

    Il levait les yeux vers elle, déposant un tendre baiser au creux de son poignet ganté et vint lui murmurer tendrement :

    « – Tu es absolument éblouissante Anastasia. »

    C’était son jeu tendre du moment, apprendre le bulgare et l’appeler par son prénom entier. Une fois qu’elle eut enroulée son bras autour du sien, les deux couples eurent le droit à tout un tas de photos de la part de Georgina. Elle ne cessait de pleurer d’émotions en voyant ces enfants qu’elle aimait tant grandir encore plus. Lucrecia souriait toute heureuse et fière d’être au bras de Henry qui n’avait eu qu’un léger sourire, par respect pour Georgina pour qui cela comptait. Comme le voulait la tradition, une limousine les conduisaient au lieu du bal. C’était dans un des hôtels particulier de New York souvent utilisé pour la jeunesse dorée new-yorkaise.

    Jusqu’à présent, Garrett n’avait assisté à ces bals que pour se saouler et faire quelques blagues malencontreuses aux enseignants. Henry lui, était content de voir Lu qu’il appréciait comme sa petite soeur mais avait toujours le coeur brisé. Depuis que Q’ avait quitté la ville et ne lui donnait plus aucun signe de vie, une poésie violente ornait le visage du jeune homme, le rendant mystérieux et encore plus craquant pour les autres filles.

    Le lieu était richement décoré, il n’y avait rien à redire sur l’univers dans lequel ils évoluaient. Le thème de cette année était la nuit étoilée. Il n’y avait pas à dire, c’était très beau ou bien était-ce les yeux de l’amour pour Garrett qui ne faisait que contempler avec adoration la divine jeune femme à son bras. Après une autre photo qu’ils récupéreraient dans quelques jours, ils se rendirent près du buffet. Henry et les garçons de l’équipe étaient déjà près du punch, à l’attaque pour ajouter un peu de tequila.

    « – Tu m’excuses un instant, murmurait Garrett en embrassant la tempe de Anya, reste avec Lucrecia j’ai une mission particulière. »

    Toutes les jeunes filles fondaient devant le Garrett éperdument amoureux et enviaient sans secret Anya. Il n’en n’avait pas conscience mais son smoking cintré et ses cheveux plus long lui donnait un air plus sauvage et encore plus inaccessible de bad boy. Lucrecia discutait avec les Blondies et devenait la nouvelle coqueluche de l’école. Ses créations étaient originales, nouvelles et tellement européennes. Cet engouement autour d’elle lui faisait plaisir mais elle n’en oubliait pas sa muse, Anya et présenta sa nouvelle création à tout le groupe qui sifflait d’admiration.

    Pendant ce temps, Garrett arrivait donc en renfort auprès de Henry qui venait de finir de vider la troisième fiole de tequila. L’air de rien, il goûta le punch et grimaça avant de rire avec les autres garçons de leur stupide méfait mais qui leur correspondait bien. Un guetteur les prévint de l’arrivée de l’enseignant de français qui en voyant les garçons près du punch se doutait bien de leur nouvelle bêtise. Il prit donc Garrett par le bras et l’entraina plus loin car il n’y avait aucun doute possible, c’était forcément lui le leader.

    « – Qu’allait donc faire de votre vie en agissant aussi stupidement Hedlund ?
    Ce n’est rien monsieur.. Juste un peu d’arôme, répondait-il bravache en riant amusé, ça n’a jamais tué personne.
    Vous vous ridiculisez alors que vous avez le talent nécessaire pour réussir. J’en ai pour preuve. Votre nouvelle.. Elle va être publiée.
    Ma.. Ma nouvelle ? »

    Quelques semaines auparavant, il avait rédigé une nouvelle pour un devoir en particulier. Il racontait l’envers du décor de la jeunesse dorée de New York et l’ambiance anxiogène que cela découlait. C’était vif, acide et acerbe mais édulcoré par une écriture poétique, un rythme mélodieux qui donnait envie de s’y fondre. Garrett l’avait écrite avec beaucoup d’application mais il n’avait aucunement envisagé de la faire publier contrairement à son enseignant qui croyait en lui.

    «  – Le Times ? Le Times va me publier ?
    Je connais un ami rédacteur qui a été enchanté par votre texte. C’est très prometteur donc ne gâchez pas tout. »

    Au loin, un élève qui faisait partit des geeks de l’établissement s’étouffait et recrachait le punch trop « arômatisé » provocant l’hilarité de certains élèves. Garrett était songeur et ne savait pas quoi penser de cette histoire de nouvelle. Est-ce que son nom serait cité ? Il n’avait pas été léger avec ses parents, au contraire, il avait même été odieux pour parler d’eux. Comment réagiraient-ils s’il apprenaient ce que leur fils pensait d’eux, ou même Henry ? Il se sentait mal à l’aise et bougea enfin pour rejoindre Anya et essayer de penser à autre chose. Anya.. Sa douce et merveilleuse Anya qui semblait plus à l’aise avec le monde qui les entouraient.

    « – Veuillez m’excusez mes dames, dit-il de sa voix de charmeur en posant sa main sur la hanche de sa cavalière, il me semble que vous me devez une danse. »

    Toutes les filles fondaient devant la prévenance du blond qui savait toujours bien s’y faire avec les jeunes femmes. Emmenant la jolie brune sur la piste, ils commencèrent à danser sur un slow qui faisait déjà fureur à cette époque, Don’t Dream it’s Over de Crowded House. Tendrement enlacé l’un contre l’autre, front contre front, il lui murmurait les paroles d’une voix chantante en souriant doucement avant de lui demander si elle passait une bonne soirée :

    « – Habituellement je trouve toujours l’occasion de ne pas aller à ce genre de soirée. C’est Henry qui me sermonne en parlant des filles, de la tequila et du buffet gratuit, dit-il dans un rire amusé avant de reprendre plus sérieusement, je suis heureux de pouvoir partager ça avec toi.. Jamais je n’aurais pu croire qu’un jour je tomberais aussi follement amoureux Anya. Tu dois me jurer que peu importe ce qui se passe, tu n’oublieras jamais ce moment, cet instant où je plonge mes yeux dans les tiens, où ma main caresse ta joue et où je te dis dans un souffle que tu es l’unique amour de ma vie. »

    Sa main était en effet sur sa joue et ses yeux se perdaient dans les siens quand il déposait un tendre et langoureux baiser avant de reprendre le souffle court :

    « – Tu es le rêve que je n’ai jamais osé imaginer. »

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    C.

    Cruelle invention de Lucrecia. Garrett est complètement empêché à cause de ces maudits lacets qui s’emmêlent et s’entremêlent sans fin. Il croyait même entendre le rire sadique de sa soeur au loin qui avait prévu ce coup là. Il était aussi précautionneux que possible surtout parce que Anya tenait vraiment à rendre la robe intact alors que le jeune homme ne rêvait que d’une chose, la déchirer pour enfin goûter à sa peau nue. Une fois cet exploit réussit, il poussa un cri de joie et releva ses avants-bras tel un héros pour se féliciter d’une telle épreuve :

     » – Une nouvelle médaille à ajouter à mon palmarès, chantonnait-il amusé avant de se fondre dans le bain avec Anya, je suis persuadé que Lu a fait exprès de te créer cette merveilleuse armure. »

    Ils riaient l’un et l’autre et venaient à nouveau se donner de tendre baisers. Le reste de la soirée se passa dans un souffle et un moment tranquille. Ils firent tendrement l’amour dans le lit de Anya et s’endormirent rompus par l’intensité de leurs ébats toujours aussi orgasmique. Garrett s’était endormi, le visage contre le sein chaud et palpitant de Anya en se laissant caresser les cheveux par cette dernière. S’il avait été le premier à s’endormir, ce fut aussi le premier à se réveiller.

    Après s’être levé pour prendre une rapide douche, il n’eut pas le coeur de réveiller la jeune femme. Alors, il se mit à écrire. Il profitait souvent que Anya dorme pour écrire dans son carnet. Jusqu’à présent, il ne l’avait jamais montré à qui que ce soit et même la jolie brune n’avait jamais demandé à lire ce qui était écrit. Il la remerciait de cette discrétion toujours aussi douce de sa part. Alors qu’il écrivait, pris dans l’inspiration, il se mit à signer sous le nom qu’elle lui avait conseillé. Cela l’amusa. Il trouvait cela intelligent et parfait.

    Satisfait de cette cette nouvelle signature, il relevait les yeux pour les poser sur une Anya qui lui faisait les yeux doux. Était-elle réveillée depuis longtemps ? Il n’en n’avait aucune idée et peu importe, il finissait par lâcher son carnet de notes pour venir la rejoindre sous les draps et la couvrir de plusieurs baisers matinaux.

    Peu de temps après, il se prépara véritablement car James, le père de Anya allait arriver. Il finissait de se préparer quand il se souvint que dans son sac il y avait quelque chose pour la jeune femme. Hésitant encore une fois, il prit son courage à deux mains et sortit un petit paquet bien emballé qu’il lui tendit :

     » – Andreï me l’a transmis il y a quelques semaines, dit-il en observant ses yeux surpris, je ne suis que le messager Anya mais.. mais je crois que c’est quelque chose d’important que tu ne devrais pas ignorer. »

    Jamais il ne se permettrait de lui dire quoi faire, surtout sur ce sujet épineux de la famille. Néanmoins, il gardait près de lui l’idée que pour pouvoir être accomplie, Anya avait besoin de savoir qui elle était et qui était autrefois sa mère. Il embrassa sa tempe avant de lui murmurer :

     » – Je te retrouve pour le goûter.. »

    En effet, Lucrecia avait organisé un goûter party avec tous leurs amis chez les Hedlund, comme le faisaient les européens. Avant ça, Garrett devait retrouver Henry à la salle de sport pour s’entrainer. Ce dernier craignait de voir l’état de son meilleur ami surtout après l’amertume de la soirée. C’était si étonnant de le voir aussi décharné par le manque d’une fille. Arrivé à la salle, il ne vit pas Henry. En même temps, cela ne l’étonnait pas, mais il commença la séance du jour. Cela faisait presque une demi-heure qu’il s’entrainait durement quand enfin Cavill surgit, complètement éméché encore de la veille. Tout le monde le regardait de haut, surpris de le voir ne pas se tenir de la sorte. Arrivé près du ring, il vit Garrett et se mit à rire :

     » – Alors ta soirée s’est bien passé ? Tu as ken Anya ou une autre ahahah ! »

    Il était tellement saoul qu’il ne se rendait pas compte de ce qu’il disait. Garrett ne le prenait pas mal car sous la souffrance il comprenait le ressentiment aigri de son ami. Il lui avait un peu parlé de Q’ et c’était la première fois qu’il était aussi amouraché d’une fille. Non, mieux.. Trouvé la perle. Henry essaya de monter sur le ring mais trébucha à plusieurs reprises avant de finalement se rouler sur le tapis. Garrett ne l’aidait pas, le laissant se débrouiller avant de se faire éjecter par son ami qui essayait de boxer contre lui. Son état ne lui permettait aucunement d’être en état aussi, Garrett eut rapidement le dessus. Une fois l’avoir battu, Henry se mit à pleurer non loin dans le gymnase. Il avait mal au nez suite au décroché de Garrett.

     » – Tiens bois ça, dit-il en lui tendant une bouteille d’eau fraiche, ce sera meilleur pour ton foi.
    – Putain.. Tu ne m’as pas loupé. »

    Garrett et lui riaient de la scène rocambolesque qu’ils venaient de vivre avant de pousser un long soupir. Henry expliquait souffrir du manque de Q’, qu’il ne savait plus quoi faire. Il se confiait sur le besoin qu’il avait de savoir comment elle allait et qu’il avait à plusieurs reprises essayé d’appeler mais il tombait toujours sur quelqu’un qui disait que c’était un mauvais numéro. Il n’osait pas en parler à Anya. Il était perdu et n’avait plus goût à rien. C’était la première fois qu’il se confiait ainsi et Garrett eut encore plus mal pour lui ce qui lui fit dire spontanément :

     » – On est en vacances.. Et si nous partions la voir ? Ce serait l’occasion pour Anya de rentrer chez elle et de voir sa grand-mère. Si ça ne se passe pas bien, je rentrerais avec toi mais je suis persuadé que Q’ sera heureuse de te voir. »

    L’idée de Garrett semblait illuminer Henry. Ils convinrent donc de partir ensemble le lendemain et Henry demandait déjà une multitude d’idées à son ami plus romantique que lui, pour ses futures retrouvailles avec sa belle amérindienne. Après le cours, ils rentrèrent chez lui et se firent engueuler sévèrement par Lucrecia qui en voyant le visage de Henry tuméfié leur rappela qu’ils devaient se préparer pour le goûter. Le reste de la journée se passa avec douceur jusqu’au goûter où tout le monde arriva. Garrett s’inquiétait de ne pas voir arriver Anya et poussa enfin un soupir de contentement lorsqu’elle apparue dans sa belle robe d’hiver. Embrassant tendrement son front, il la fit vite entrer au chaud en lui demandant comment avait été sa journée, mais bien vite, Henry se jeta sur ses amis pour annoncer la bonne nouvelle :

     » – Anya ! Il faut que tu me dises ce qu’aime les parents de Q’. Je dois être parfait pour rencontrer ses parents et pour ça je dois touuuuut savoir d’eux, d’accord ? »

    Garrett n’eut même pas le temps d’expliquer à Anya que déjà elle se faisait harceler de questions par Henry qui prenait note de tout. Quand il vit le regard troublé de la jeune femme, il lui expliqua l’idée qu’il avait eu en caressant sa nuque :

     » – Comme ça on ira voir ta grand-mère, expliquait-il, je pourrais voir ta fameuse forêt et nous travaillerons pour ton stage à l’université. »

    Ils n’avaient pas reparlé du sujet mais il était évident qu’il allait la pousser à accepter cette merveilleuse opportunité qu’on lui proposait. Il croyait en elle et il il voulait à tout prix qu’elle puisse exploiter son potentiel.

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    C.

     » – Et Anya.. Ca va aller ? »

    La question de Henry n’était pas insensé et Garrett s’en voulut de ne pas y avoir pensé plus tôt. Après avoir expliqué tout ce qu’elle avait vécu à son ami, il se rendait finalement compte du mal que cela allait lui faire de retourner sur les lieux de tous ses traumas. Il attendit un moment avant de finalement se lever pour rejoindre la jeune femme dans la cabine pour dormir. Recroquevillée en boule, il s’en voulut encore plus de ne pas avoir pensé à elle. Son corps venait se blottir derrière elle quant ses bras l’enlaçait. Avec douceur, il déposait un baiser dans le creux de son cou. Il n’eut pas le temps de lui présenter ses excuses. Anya exprimait déjà ses peurs. Il resserra encore plus ses bras autour de son corps :

    « – Ne t’en fais pas pour lui il est coriace il s’en remettra et puis ça lui fait du bien d’être remis en place. Je suis désolé, finissait-t-il par avouer d’une voix basse, je suis désolé de ne pas avoir été prévoyant et de.. je pensais vraiment bien faire. Il faut croire que j’ai le syndrome du prince charmant. Je partais déjà dans l’objectif de défendre ma dulcinée coûte que coûte. »

    Il lui offrait un tendre sourire en la voyant se tourner face à lui. La main du jeune homme venait couvrir sa joue quand il se penchait sur ses yeux qu’il couvrait de baisers pour ne pas la voir pleurer de nouveau.

    «  – On fera tout ce que tu voudras, précisait-t-il en posant son menton sur le sommet de son crâne, et tout se passera bien parce qu’on sera ensemble. »

    Il l’écoutait évoquer la culture amérindienne de Q’ et il se rendait comte une nouvelle fois qu’il avait été trop spontané et il vint à légèrement en rire :

    « – Note à moi-même ne plus faire de surprises spontané. »

    Le blond essayait de refaire sourire la jolie brune blottie contre lui alors qu’il se penchait sur ses lèvres pour les embrasser tendrement. Une fois son sourire revenu, il lui proposa de se reposer un peu avant d’atterrir et il rejoignit Henry qui doutait soudainement de sa présence sur les terres Powhatan. Garrett le rassurait alors et entendit Anya derrière lui quand il dit :

    « – Quand tu aimes quelqu’un Henry il faut que tu donnes tout ce que tu as. Que tu te battes jusqu’à ne plus avoir de souffle. A quoi te servirait de vivre alors que tu dis avoir rencontré le bonheur ? Si tu crois en elle, en vous, ce n’est pas jamais insensé de se battre pour elle, parce que ça vaut la peine de se battre pour les personnes qui nous rendent heureux. »

    Deux bras venaient l’enlacer ce qui le fit tendrement sourire. Pendant que le pilote appelait Garrett pour un point technique et Henry en profitait pour s’excuser auprès d’Anya. Ils étaient tous les deux, deux forts caractères qui s’embrouillait régulièrement mais au fond ils s’appréciaient sincèrement.

    Arrivés à Seattle, ils prirent un taxi qui les conduisaient dans un des hôtels qui appartenait au grand-père de Garrett. Anya pouvait constater que la famille Hedlund possédaient plusieurs groupes hôtelier les rendant omniprésent sur le territoire américain et dans le monde. Ils eurent le droit à une suite qui donnait vue sur le Mont Olympe. Ils allaient passer une nuit tranquille à l’hôtel et le lendemain ils rejoindraient Oil City, la ville où avait grandit Anya. Garrett avait préféré cette petite transition pour rassurer la jolie brunette.

    Alors, pendant que Henry était occupé à se préparer à la salle de sport pour retrouver sa dulcinée le lendemain, Garrett lui était au petit soin pour Anya. Il avait fait monté dans la chambre tout un plateau avec différents spécialités de la région qu’elle devait certainement aimé. Pendant qu’elle prenait sa douche, il avait installé tout un tas de bougies dans la chambre et fait en sorte de créer un environnement cocon. Quand elle revint, il l’accueillit en peignoir un large sourire aux lèvres avec une bouteille de champagne en main :

    « – Bienvenue dans le petit refuge secret de Miss Anya Sawyer, dit-il avec un sourire les grands bras ouvert, maintenant il faut se détendre et laisser les mains expertes de votre petit ami vous détendre.. »

    Il mettait les petits plats dans les grands, espérant qu’elle réussirait à se détendre. Il lui servit une flûte de champagne et trinqua avec elle. De la chambre, ils pouvaient contempler la ville qui palpitait. Ce n’était pas New-York mais la ville était quand même pleine de fougue. Ils finirent sur le lit et Garrett se mit à masser le dos nu de la jeune femme, déposant par moments des baisers sur son épaule :

    « – J’ai hâte de voir les merveilleuses forêts tu m’as parlé. Je les imaginent, immense, sauvage et pleine de secret.. Comme toi. »

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    C.

    Cette ville possède une ambiance pesante et si particulière que Garrett ne s’y sentait pas à l’aise. Depuis leurs arrivées, il avait l’impression d’être observé. Henry aussi le sentait, mais ce dernier était bien trop obnubilé par sa future rencontre avec Matoaka pour l’évoquer. Faire profil bas était le plus intelligent, surtout que Anya l’avait supplié de ne pas être trop voyant. Elle tenait absolument à passer en ville sans être reconnue. Sachant qu’il s’agissait d’un sujet sensible, il s’efforçait donc d’être aussi invisible que possible. Malgré la rencontre peu appréciable du shériff, le blond découvrait l’univers et les personnes qui avaient accompagné Anya. Même si sa grand-mère était adorable, il ne pouvait s’empêcher d’être inquiet en voyant la jolie brune aussi tendue et alerte. Comme si une menace pouvait surgir à n’importe quel moment.

     » – Peu importe s’il t’as donné ce premier baiser ce Nashoba, répondit-il pour la rassurer en embrassant le creux de son poignet, aujourd’hui c’est moi qui te couvre de baisers. »

    Son sourire affable tentait tant bien que mal de rassurer la jeune femme. Jocelyn était une adorable grand-mère, elle avait des réflexes identiques que ceux de Georgina ce qui le rassurait. Elle était douce, prévenante et comptait bien chouchouter sa tendre Anya. Pendant que les deux femmes passaient un peu de temps entre elles, Garrett alla fumer dans le jardin. Il vit revenir des bois qui entouraient la jolie maisonnette, Henry et Q’ main dans la main. Ils avaient cet air si singulier qu’il ne pu s’empêcher de venir écrire sur son petit carnet, dissimulé dans sa poche de manteau.

    Depuis qu’il avait appris que sa nouvelle allait être publié, il s’était mis à écrire avec plus d’ardeur et de sérieux. Désormais, il se prenait à rêver, pourquoi pas, d’un avenir en tant qu’écrivain. Comme Hemingway ou Salinger. En observant avec minutie son meilleur ami, il eut l’impression de le redécouvrir. Son oeil d’artiste évaluait avec une certaine connivence ce qui les liait si profondément. Il y vit ce qu’il ressentait pour Anya, une reconnaissance de l’autre.

    Plongé dans ses pensées, il n’entendit pas cette dernière surgir derrière lui alors qu’il écrivait frénétiquement sur Henry et Q’. Ils seraient son projet sujet. Il sursautait surpris en sentant la main fraiche de son amoureuse sur la nuque et sourit amusé :

     » – Est-ce que ça va ? Tu es contente de la retrouver ? »

    Il l’attirait vers lui pour qu’elle puisse s’asseoir sur ses genoux quand il enfouissait son nez froid dans le cou chaud de la jeune femme. Visiblement, elle semblait quand même contente de revoir sa grand-mère qui lui avait manqué. Avec douceur, il lui offrit ses lèvres pour recevoir le plus doux des baisers. Très vite ils furent contrarié par un Henry qui était taquin pour ne pas changer, surtout avec Anya :

     » – Alors miss Sawyer on se réchauffe dans les bras de son blondinet préféré. Tu sais que pendant très longtemps au lycée, tout le monde croyait qu’il faisait des couleurs tellement il était blond. D’ailleurs, tu n’as jamais démenti.
    – N’importe quoi, soupirait dans un rire le blond devant son ami hilare qui tenait près de lui férocement Q’, et toi il paraîtrait que tu mets des bigoudis tous les soirs c’est vrai ? »

    Henry secouait sa tignasse en ronchonnant ce qui faisait rire le reste du groupe. Ils étaient de nouveau réunis tous les quatre, comme lors des dernières vacances. C’était simple finalement d’être ensemble comme cela. Ils discutèrent un moment ainsi à l’extérieur, profitant des quelques rayons de soleil puis rentrèrent pour rejoindre Jocelyn qui finissait de déballer toutes les photos d’enfant de Anya. Henry poussa un cri de joie et entraina Q’ pour regarder toutes les photos possibles où cette dernière se trouvait aussi. Le reste de la journée se passa avec beaucoup de douceurs, grignotant des bêtises et regardant même des émissions de télévisions.

    Pendant que Q’ apprenait l’amérindien à Henry, Anya lisait blottie contre un Garrett qui écrivait, ils étaient dans une bulle de confort et de douceur. On pouvait entendre le son du crayon sur le papier, les pages qui se tournaient et le rire attendri de Q’ en entendant Henry charcuter sa langue maternelle. Soudain, on toqua fermement à la porte ce qui fit sursauter tout le monde. Aussitôt, Q’ se redressa alerte comme Anya et voulu dire à Henry de s’échapper mais Jocelyn ouvrait déjà la porte. C’était Nashoba, le grand frère de Q’ qui surgissait dans le salon.

    Son oeil était d’une couleur similaire à celui de sa soeur, la ressemblance était étonnante si ce n’est qu’il avait la mine renfrognée de son père. Tous étaient impressionné par cet amérindien qui, même en saluant aimablement Jocelyn, était particulièrement en colère.

    Il parlait amérindien si bien que personne ne comprenait, mais le reste du groupe se rendait bien compte que le grand frère n’était pas content de voir sa soeur ici. Henry allait s’approcher pour intervenir mais Garrett vit Anya aussitôt surgir et saluer son vieil ami qui lui offrit un aimable sourire.

     » – Bonjour petite tempête. Ca me fait plaisir de te voir crois le bien mais je dois d’abord m’expliquer avec ma petite soeur avant de t’enlacer.
    – Aponi m’a autorisé à venir voir Anya et passer du temps avec elle, expliquait avec diplomatie Q’ dans la langue qu’ils parlaient tous pour qu’on la comprenne, laisse moi te présenter Garrett et Henry ils sont..
    – Que fais-tu ici avec ces garçons ? Qui sont-ils ? »

    Jocelyn fit alors une apparition inespérée et tendit un plateau de petit fours pour amadouer le grand frère protecteur de l’amérindienne :

     » – Henry est mon neveu, expliquait-elle, et Garrett son ami. Ils sont venus passer un peu de temps avec moi et la grande surprise fut Anya. Regarde comme elle est toute belle. »

    Garrett se rapprochait de Henry, lui donnant un coup de coude pour qu’il relâche son poing prêt à cogner. Les filles géraient parfaitement la situation. Ils n’avaient rien besoin de dire si ce n’est qu’ils étaient d’accord avec Jocelyn.

     » – Tu dois être présente ce soir, affirmait avec véhémence Nashoba auprès de sa soeur, tu rentres avec moi un point c’est tout. Tu avais promis de célébrer l’arrivée du Grand Esprit pour la prochaine chasse. Nous avons besoin de toi Q’. »

    La jeune fille se sentait mal. Difficile de refuser ses devoirs en tant que future chaman de sa tribu en plus du poids de ses origines. Elle jetait un oeil à Anya désolée ainsi qu’aux garçons, prête à suivre son frère quand Jocelyn surgit de nouveau.

     » – Nashoba.. Tu pourrais emmener Anya et les garçons. Q’ et elle ne se sont pas vue depuis longtemps et ce serait une belle expérience pour les garçons. Figure toi qu’ils ont posé beaucoup de question à ta soeur sur votre culture ils sont très intéressés. »

    Le jeune homme était suspicieux mais il vit que sa soeur et Anya se mettaient à deux pour le supplier d’accorder cette faveur vraiment exceptionnelle. Cela risquait d’être compliqué de convaincre son père mais voir de nouveau sa soeur sourire de la sorte lui avait tellement manqué qu’il accepta suite à sa supplique :

     » – Voilà longtemps que je ne t’avais pas vu sourire de la sorte petite fleur. »

    Il fut donc décidé que le groupe rejoindrait Q’ à la lisière de la forêt pour participer à la veillée. Une fois les Kilcher partis, Jocelyn reprit son tricot en riant amusée :

     » – Ils la couvent comme une princesse. Un vrai trésor cette petite, expliquait-elle avant d’avertir Henry, surtout ne fait rien pour l’embarasser. Il en va de sa réputation et de ta vie mon garçon. Les Powhatan sont des hommes féroces qui n’hésitent pas à utiliser la violence sur leurs terres. Tu peux me croire.. Ils peuvent être très féroces. »

    L’attente avant d’aller à la réserve parut être une éternité pour Henry qui ruminer dans son coin. Garrett était plus patient quand il voyait encore Anya être de nouveau tendue. Fermant son carnet, il vint vers elle alors qu’elle surveillait derrière la fenêtre les allées et venues. Embrassant son épaule, il la rassura en l’enlaçant :

     » – Tout se passera très bien ce soir ne t’en fais pas. Je ne quitterais pas Henry d’une semelle. Je serai son chaperon.. D’ailleurs, pourquoi est-ce qu’il t’appelle Tempête ? Je dois bien avouer que tu es tempêtueuse quand tu es en colère, mais est-ce que cela veut dire que tu t’es énervée sur d’autres que moi ? »

    Il était tendrement taquin et espérait entendre tout de l’enfance de la jeune femme. Garrett était plein de question et d’interrogations. Il espérait que cela ferait surgir chez Anya le meilleur de ce qu’elle avait pu vivre auprès des gens qu’elle aimait.

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    C.

    Le regard noir de Garrett fixait avec insistance Nashoba. Ce dernier avait un léger sourire de satisfaction qui déplaisait au blond. Alors qu’il raccompagnait Henry qui claudiquait à ses côtés, Garrett reposa ses prunelles assombrie sur une Anya qui évoquait un étrange sentiment. Même s’il se laissait aller aux mains douces de la jeune femme, il ne pouvait s’empêcher de ruminer ses mots de l’après-midi et ces fameuses retrouvailles dans l’étable. Ce n’était pas un souci de confiance qui altérait le jugement de Garrett, mais une profonde jalousie doublée d’un protectisme machiste. Ses bras restaient inertes contre son propre corps, alors qu’il ruminait sa colère et sa jalousie. Il aurait voulu en parler mais Nashoba les appelaient au loin. Visiblement, la lune allait se dévoiler.

    Ils se rendirent donc au milieu de la cérémonie, près du grand feu. Q’, telle une petite feuille, s’était faufilée entre les invités et s’étaient postées près de Anya. Fort heureusement, Henry du comprendre son appel et l’un à côté de l’autre, leurs mains se frôlaient quant leurs visages étaient en extase. A l’inverse de Garrett qui était fermé. Il le resta d’ailleurs tout le reste de la soirée. Il ne parlait pas, se contentant de bouder en écrivant dans son carnet tout ce qu’il voyait. Le monde des amérindiens lui était alors inconnu jusque là et il découvrait une autre culture, une autre manière de vivre que le touchait.

    A la fin, ils furent reconduit par.. Nashoba. Toujours dans les parages celui-là ruminait Garrett qui préférait regarder dehors plutôt que de jeter un oeil sur Anya qui était devant avec son vieil ami. Henry lui, ne cessait de caresser le bracelet offert par la vieille Aponi et avoir un sourire bête et béat qui exaspérait le blond. Tout et tout le monde l’exaspérait. Une fois arrivé chez Jocelyn, il prétexta un mal de tête qui ne passait pas et se rendit directement dans la salle de bain pour s’isoler. Il y prit une douche et en sortant entendit les voix de Henry et Anya. Sans prendre la peine de les rejoindre, il se rendit dans la chambre et se coucha en essayant de penser à autre chose que de frapper tous les hommes ayant touchés ou convoités Anya.

    Au petit matin, il se réveilla auprès d’un Henry qui ronflait. Visiblement Jocelyn ou Anya avait pris la décision de ne pas autoriser le repos en couple. Néanmoins, il se réveilla tout aussi de mauvaise humeur qu’il s’était couché. Pour essayer de palier à cela, il décida de partir courir. Il se changea et se rendit en ville en courant. Courir lui permettait de se défouler et de canaliser une partie de la colère qu’il avait. L’image de Anya dans les bras de ce Nashoba, grand guerrier amérindien.. Ce premier amour. Comment pouvait-il rivaliser ? Jamais encore il n’avait ressentit une telle jalousie, une telle férocité dans le désir d’avoir quelqu’un. Il était persuadé qu’il saurait vivre sans Anya, même si ça lui ferait mal. Or, il avait tout faux. Il ne pouvait et ne voulait vivre sans elle.

    Il arrivait en ville qui était encore endormi. Adossé à un arbre, il s’étirait tout en observant autour de lui quand il vit au coin d’un commerce un groupe de jeunes de son âge qui sortaient visiblement d’un bar ou d’une soirée. Il les ignorait simplement, n’ayant pas envie de se mêler aux gens et encore moins ceux qui potentiellement avaient torturés Anya. Mais la malchance l’accompagnait. Il était nouveau dans la ville et il intriguait. Le groupe de garçons qui n’était que de trois vint rapidement jusqu’à lui. Son casque sur les oreilles, il tenta une fois encore de les ignorer mais le brun, le plus grand du groupe lui fit signe. De son air quelque peu blasé, Garrett l’observa en libérant son oreille :

     » – Tu n’es pas d’ici toi ?
    – Perspicace, répliquait le blond sans émotion particulière, vous désirez quelque chose ?
    – Non, non, non on se demandait ce que tu foutais chez les sauvages hier soir. »

    Garrett fronçait les sourcils sans comprendre la remarque raciste du grand brun. En se redressant et le détaillant, il vit son blouson de l’équipe de basket. Visiblement, il en était le capitaine. Les deux trolls qui le suivaient ricanaient à l’agression verbale du chef ce qui ne surprenait guère le new-yorkais qui répondit sur le même ton :

     » – Je fais une étude comparative entre l’accueil des amérindiens et celui des jeunes blanc pré-pubères. Attention, spoiler, les blancs ont tendance à être un poil raciste.
    – Raciste ? C’est un fait. Ces foutus Kilcher sont des abrutis qui souillent nos terres. Ils ne sont pas digne de vivre. Heureusement, mon père qui est le shériff a prévu de les déloger prochainement. »

    Sans qu’il ne l’ai prémédité, Garrett se trouvait donc en présence de Dylan.. Le fameux Dylan. Se redressant et s’approchant lentement et menaçant vers son ennemi, il dit :

     » – Ainsi donc c’est vrai ce que l’on dit sur toi..
    – Tu me connais d’où ? Eh, t’approche pas.. Je vais te péter la gueule. Tu sais pas à qui tu as à faire. »

    Cela faisait doucement rire Garrett dont les yeux bleu tranquille se transformait en une couleur sombre et inquiétante. Les trolls entouraient le jeune homme qui ne disait rien, il continuait de fixer Dylan avec un étrange sourire sur les lèvres :

     » – J’avais vraiment hâte de te rencontrer sale sac à merde.. »

    Comme espéré, ce ne fut pas Garrett qui donna le premier coup mais Dylan. La bouche ensanglantée, le blond eu un sourire de satisfaction telle qu’il donna froid dans le dos à son agresseur. Depuis sa rencontre avec Anya, Garrett ne s’était presque plus battu mais il n’avait en rien perdu sa vigueur et son crochet foudroyant. Les entrainements avec Henry et le sport régulier lui donnait un sacré avantage sur Dylan. Rapidement il le coucha sur le sol, sonné par les poings violent et vif du new-yorkais. L’un des deux autres garçons se rua sur son dos et lui mit un coup dans la cheville. Même si le blond grimaça de douleur, il était résistante et vint rapidement reprendre le dessus en lui cognant fermement le visage contre l’arbre près d’eux. Lorsqu’il rejoignit lui aussi le sol, le troisième et dernier des agresseurs de Anya sortit un petit canif.

     » – Vraiment, ricanait Garrett en crachant du sang sur le côté, tu crois que ton cure-dent va me faire peur ? »

    Mais alors qu’il allait laisser son adversaire se jeter sur lui, Nashoba surgit derrière lui et le frappa à la tête si fort qu’il s’effondra.

     » – Mais.. Mais putain tu ne pouvais pas te mêler de ton cul ? »

    Il s’amusait si bien à péter la gueule de ces abrutis qu’il ne pu s’empêcher de rugir de mécontentement. Nashoba était accompagné de quelques amis à lui qui regardaient stupéfait les trois corps geignant de ces effroyables personnes. Ils étaient sidérés de l’attaque de Garrett qu’ils avaient croisés à la nuit de la Lune Rouge. L’un d’eux répliqua :

     » – Nashoba filons d’ici.. C’est Dylan.. S’il nous voit on est mort..
    – Ton pote à raison. Tirez-vous d’ici. Je m’occupe d’eux.
    – Et tu vas faire quoi abruti ? Tu crois que tu vas t’en tirer comme ça ? Impunément ?
    – Arrête Nashoba.. C’est un blanc, il ne va rien lui arriver. »

    Nashoba et Garrett se défiaient du regard, l’un par dédain et l’autre par jalousie. Finalement, le groupe de garçons réussirent à ramener Nashoba qui laissa ainsi le blond à ses propres problèmes. La gueule ensanglantée, il se rendit chez l’épicier qui venait d’ouvrir, lui acheta un paquet de cigarettes devant un vieil homme inquiet et lui demanda le téléphone. Il contacta une ambulance et expliqua que trois jeune hommes étaient inconscients sur le trottoir, donna l’adresse et raccrocha. Il avait une vraie tête de voyou qui effrayait l’épicier. Garrett n’avait peur de rien et encore moins des répercussions qu’il pourrait avoir. Il savait sa famille puissante et il connaissait ses droits.

    Alors qu’il fumait en marchant jusqu’à la maison de Jocelyn, une voiture de police passa à ses côtés et la tête du shérif qu’il avait vu la veille apparut. Garrett le nargua, amusé de voir la tête du père blêmir devant tant d’arrogance. Il ne lui fallut pas longtemps avant d’être finalement embarqué par ce dernier. Arrivé à sa hauteur, il finit par l’arrêter en le plaquant violemment au sol. Le groupe de Nashoba surgissait au loin, observant la scène suffisamment loin pour ne pas être inquiété.

    Au poste, l’allure désinvolte du shérif le faisait forcément rugir. Mais Garrett n’avait aucunement peur de ce vieil homme bedonnant qui vociférait sa colère à son égard. Visiblement, le pauvre petit Dylan avait le visage totalement amoché et avait été hospitalisé. Rien qui pouvait effrayer Garrett qui estimait avoir été plutôt sympathique de ne pas s’acharner sur lui. Au bout de deux heures, très patiemment, il exigea son droit à son appel. Bien évidemment, il appela son grand-père qui fit le nécessaire. Après son appel passé et s’être reposé dans la cellule, Garrett ‘attendit que quelques minutes avant d’entendre une sonnerie et une exclamation sonore provenant du bureau du shérif.

     » – Relâchez le gamin, hurlait le shérif rouge de colère, relâchez-le bande d’abrutis ! »

    Sa famille connaissait suffisamment de monde pour pouvoir libérer Garrett sans problème. Assis dans son coin, il attendait patiemment qu’on lui ouvre. Un des officiers le regardait avec une certaine forme de crainte et d’interrogation. En sortant du poste, Garrett pu entendre que le gouverneur de la région avait fait le nécessaire pour le faire sortir immédiatement de sa cellule. Une fois dehors, il fut surpris de voir Henry l’attendre. Essuyant sa bouche encore ensanglantée, il cracha sur le sol.

     » – Putain Garrett.. Dans quoi tu t’es fourré bordel ? Anya est complètement affolée.
    – Je vais bien, ronchonnait-il en prenant la direction de chez Jocelyn, j’étais partie courir quand je suis tombé sur ce sac à merde de Dylan. »

    Il raconta donc à Henry l’altercation ce qui fit à moitié rire le jeune homme. Il se destinait à des études d’avocat, comme son père, alors il avait déjà quelques notions sur le droit et s’amusa à les énumérer à son ami.

     » – C’est Nashoba qui nous a prévenu de ton incarcération. Il était furieux..
    – De quoi il se mêle celui-là. Je ne lui ai rien demandé. »

    Le blond accéléra le pas, pressé de rentrer car il craignait de voir Nashoba consoler Anya. A son grand désespoir, c’est ce qu’il se passa. Q’ était présente avec son frère pour soutenir la jeune brune qui était ratatinée dans le canapé. En entrant, Garrett essaya tant bien que mal de dissimuler le sang de son t-shirt et sa lèvre fendue. Jocelyn tapait vivement son bras, mécontente et partie chercher la trousse à pharmacie. Il posait ses prunelles sur Anya dont Nashoba tenait la main.

     » – Je dérange peut-être, répondait-il acerbe. »

  30. Avatar de C.
    C.

    Garrett ne pouvait s’empêcher de penser aux mots de Henry. La vengeance.. Bien entendu qu’il rêvait de se venger mais en voyant Anya aussi désespérée et accrochée à lui il n’avait aucune envie de la quitter. Henry a toujours été le premier à pousser Garrett dans les histoires, et c’est toujours lui qui les terminaient. Mais là, dans le cas de celle-ci, il savait qu’il devait être prudent. Ils n’étaient pas à New-York, ce n’était pas leur territoire. Il avait eu beaucoup de chance d’être sauvé par son grand-père, mais il n’est pas dit qu’il en aurait encore par la suite. Après avoir quitté Henry qui se réfugiait sur le téléphone pour appeler Q’, le blond se rendit auprès d’Anya qui se jetait à son cou. Délicatement, il l’entraina sur la lit et la berça en la rassurant du mieux qu’il pouvait. Il caressait sa crinière en embrassant son front, son nez et le sommet de son crâne. Elle était si tendue qu’il vint même à masser ses épaules. Mais rien ne l’empêchait de trembler ou même de délirer.

     » – Je ne laisserai personne te faire du mal, jamais. »

    Il savait qu’elle l’entendait, mais elle était encore tellement fragmentée dans cette violence psychologique qu’il ne savait pas comment la rassurer et l’aider. Elle finit par s’endormir dans ses bras. Il la surveillait avec attention, incapable de trouver le sommeil. Henry était dans le jardin à fumer alors que Garrett se mit à regarder avec curiosité les affaires de Anya. Il regardait et se mit même à fouiller en silence. Il cherchait dans ses carnets des preuves, des choses qui permettraient à la police d’arrêter le père et le fils criminel. Mais il ne trouvait rien.

    Sans le savoir, c’était auprès de Jocelyn que la solution allait se révéler.
    Alors qu’il descendait pour fumer auprès de Henry, la vieille femme vint les rejoindre pour leur donner des plaids. Elle évoquait sa relation ancienne avec les Kilcher et parlait des histoires de famille de cette vieille période. Elle-même aurait eu une histoire avec un guerrier Powhatan. Avoir toute cette jeunesse auprès d’elle lui donnait envie de transmettre toutes ses histoires. Elle avait le don de raconter des histoires ce qui amusa Garrett qui comprenait mieux l’engouement de Anya pour la littérature. Mais alors qu’elle parlait de possession de terres, de documents juridiques et de vols de terres, Garrett eut l’idée qui allait tout changer.

    Aussitôt, il mit Henry dans la confidence qui ne pu que pousse un cri d’exclamation. L’idée de Garrett était certes moins enivrante en terme de testostérones mais elle lui permettrait à lui aussi de se révéler auprès de la famille de Q’. Ils travaillèrent ainsi toute la nuit en collaboration avec le cabinet des parents de Garrett pour résoudre l’affaire. D’après les dires de Jocelyn, les Kilcher avaient été spoliés de leurs terres à l’arrivée des colons. Un décret aurait été rédigé au XXe siècle grâce à un peuple amérindien appelé Powhatan qui auraient récupéré leurs terres. Le tout était désormais de faire appliquer ce fameux décret. En l’appliquant, les Kilcher reprendraient possession de ces fameuses terres, juridiquement et politiquement. Ainsi, le shérif n’aurait plus aucun pouvoir.

    Au lever du jour, Garrett veillait Anya en écrivant dans son petit carnet le récit de ces nouvelles aventures. En parallèle de tout ce qui se passait, il continuait à rédiger la fameuse nouvelle qui lui avait été commandé par le Times. Il y parlait de la dépossession des terres amérindiennes. Une nouvelle bref, percutante et saisissante qui dépeignait avec une violence lancinante la disparition de cette culture oubliée. En voyant Anya se réveiller, il referma son carnet et lui offrit un léger sourire. Ses cernes indiquait qu’il n’avait pas dormi mais il avait l’habitude à cause de ses insomnies. Il vint néanmoins se blottir contre la jeune femme et enfouir son visage dans son cou alors que ses bras l’enlaçait tendrement. Il profita de ce moment pour lui raconter ce qu’ils avaient mis en place pendant la nuit avec l’aide de sa grand-mère.

     » – Le père de Q’ devrait recevoir dans quelques heures un plis du gouverneur lui annonçant la bonne nouvelle. Et à la fin du mois, le shérif sera démis de ses fonctions.. Personne ne le savait mais cet homme a fait du zèle sur beaucoup de personnes et figure-toi qu’il est déjà activement surveillé par une cellule de la police de Seattle pour contrebande. »

    Il espérait que cette nouvelle ferait au moins un peu sourire la jeune femme mais il n’en n’était rien. Se redressant de sorte à être devant elle, il plaça sa main sur sa joue avec douceur :

     » – Anya je.. je suis désolée de t’avoir infligé ça. Je ne voulais pas que tu subisses de nouveau cette peur. Je me sens suffisamment fort pour deux et pour te défendre mais je ne veux pas te voir comme ça. Hier soir je n’avais qu’une envie, retourner en ville avec Henry et détruire ce gars. Détruire tous les gars qui ont osé s’en prendre à toi. Mais je ne voulais que tu sois encore déçue.. »

    Un long soupir s’échappait de ses lèvres quand il finissait même par avouer d’une voix basse et gênée :

     » – Je dois te l’avouer mais.. mais je voulais m’en prendre aussi à Nashoba. Anya.. C’est la première fois de ma vie que je ressens ça.. la.. la jalousie. Je trouvais ça tellement idiot et même amusant de voir les autres autour de moi ressentir ça. Je me disais que c’était pour les faibles. J’étais stupide et moqueur.. Vraiment stupide, dit-il en riant amèrement avant de reprendre une moue plus sérieuse, ça m’a fait mal de savoir qu’il y avait eu quelqu’un d’autre dans ton coeur. Je pensais égoïstement que j’étais le seul et.. et j’arrive ici découvrant une part de toi si sensible si.. Anya je ne mesurais pas vraiment l’amour que je te porte. Du moins, peut-être pas avec une telle intensité mais.. mais tu es mon âme soeur. Je.. Je n’imagine pas ma vie sans toi. Quand je te regarde et bien.. et bien plus rien autour n’a d’importance. »

    Il fit une pause, entrelaçant ses doigts aux siens avant de murmurer comme s’il s’agissait d’un secret qu’il avouait :

    « – Tu dis souvent que c’est toi qui est dépendante de moi mais je crois que tu ne mesures pas à quel point c’est l’inverse. Anya je ne fais pas que t’aimer.. J’ai besoin de toi plus que tu ne le crois. C’est comme si.. C’est comme si j’étais lié à toi par quelque chose d’invisible et d’insondable. Anya, je suis relié à toi. Je me consume pour toi. Je.. Je suis un repentant qui vient à tes pieds chaque jours en espérant que tu m’honoreras de ton amour. Sans toi je erre. Sans toi je meurs.. »

    Jamais encore il n’avait eu des mots d’une telle profondeur et un besoin de les exprimer. Il lui expliquait alors qu’il s’était sentit si loin d’elle quand elle lui avait avoué avoir aimé Nashoba, qu’il avait été son premier amour. Son côté littéraire romantique avait été blessé de savoir qu’il y avait eu un autre homme qu’elle avait aimé ainsi. Il riait en dissimulant son visage, se trouvant si stupide. Allongé sur le dos, il finissait par dire :

     » – Je ne partirais pas faire mon tour du monde Anya.. Je ne peux pas imaginer ma vie sans toi à mes côtés. C’est impossible. Je deviendrais fou si je ne pouvais pas plonger mes lèvres sur les tiennes, ma main dans ta chevelure.. »

    Sa main faisait ce même geste quand il la contemplait avec un air désolé et perdu. Sa lèvre avait légèrement enflée à cause des coups et ses yeux brillaient d’une passion triste. Il aimait tellement Anya et il était tellement jaloux que cela le faisait souffrir. Mais alors qu’il se confiait encore auprès de la jeune femme, Henry toqua à la porte. Il entra sans être convié et offrit à Garrett un regard qui voulait tout dire. Le blond s’excusa auprès de Anya et lui conseilla de prendre le temps de se reposer encore un peu pour rejoindre son ami qui avait fait le code.

     » – Que se passe-t-il, demandait-t-il dans un murmure, pourquoi as-tu fais le code ?
    – Le gars là.. Le fameux Dylan.. Il est en bas.. »

    Garrett n’attendait pas un instant de plus. Il descendit jusqu’à se retrouver dans la porte d’entrée et enfin sur le trottoir. Dylan faisait les cent pas. Il avait la gueule bien transformée par les poings du new-yorkais. Sans peur ni crainte, ce dernier lui fit face quand l’autre éructait de rage :

     » – Sale fils de pute.. T’es qui au juste ? Tu croyais quoi ? Qu’on allait te laisser faire ? Sac à merde tu sais pas de quoi j’suis capable.
    – Qu’est-ce que tu veux ?
    – Je veux que tu me laisses baiser à nouveau ta petite pétasse qui ose revenir ici. »

    Heureusement, Henry a été prévoyant et retint Garrett fermement qui était déjà prêt à décoller son poing :

     » – Tu n’as pas compris l’autre jour quand je t’ai pété la gueule enfoiré ? T’es maso ? Tu en veux d’autre ?
    – Très bientôt tu vas pouvoir te défouler mon grand. Mais avant sache que le peau-rouge de Kilcher prend pour toi. »

    Garrett ne comprenait pas et encore moins Henry qui vint à se rapprocher dangereusement de Dylan. Ce dernier riait, satisfait d’avoir enfin toute l’attention des deux deux garçons :

     » – Il fallait bien que quelqu’un paye pour ce que tu as fais. Alors c’est très simple.. J’ai retiré ma plainte te concernant et j’ai dis que c’était ce sale fils de merde Nashoba. Il va prendre cher.. Très cher. Pas dit qu’il sorte tout de suite de prison. »

    Là, sans qu’aucun des garçons ne s’y attende ce fut Q’ qui se jeta sur Dylan. Aucune idée d’où elle sortait toujours est-il qu’elle se jeta avec une fureur hystérique sur le jeune homme en lui arrachant les cheveux et mordant son oreille si fort qu’elle en cracha son lobe sur le sol. La fureur de la jeune fille pétrifia les deux garçons qui n’osaient pas intervenir. Dylan pleurait, geignant comme un bébé avant de tomber sur le sol. La jeune fille venait sans aucun doute d’assister à l’arrestation injustifiée de son frère conduisant ainsi à cette fameuse scène. Elle qui prônait toujours la paix se révélait bien pire qu’une louve lorsqu’il s’agissait de défendre sa famille.

    Alors qu’elle allait répliquer, Garrett ordonna à Henry de la maintenir. Elle hurlait des mots amérindiens qu’ils ne comprenaient pas mais qui devaient être de la pire espèce étant donné la fureur avec laquelle elle les criaient. A moitié inconscient, Dylan geignait de douleur sur le trottoir. Henry raccompagnait Q’ vers la maison où Jocelyn et Anya étaient sur le porche choquées visiblement de la scène. Garrett leur hurlait de rester à l’intérieur. Se penchant sur Dylan et l’agrippant par le col, il lui murmura :

     » – Tu crois que tu vas pouvoir jouer avec moi mais tu te trompes.. Je vais me faire un plaisir évident de te faire souffrir mon garçon. »

    Pour l’achever, Garrett lui mit un autre coup en plein visage avant de demander les clés de la voiture de Jocelyn. Cette dernière était encore sur le perron alors que Anya s’occupait de son amie. Le blond récupéra les clés et s’occupa de conduire Dylan au poste de police où il y avait déjà un tas d’amérindiens en train de protester contre l’arrestation abusive du jeune Nashoba. Jetant Dylan devant le commissariat, Garrett s’attira une foule de regard surpris :

     » – Je vous ramène votre fils qui venait se vanter d’avoir fait enfermé Nashoba, dit-il devant l’assemblée en jetant le corps inanimé du jeune homme, tout le monde sait qui l’a frappé et une fois encore il est venu réclamer sa punition. Relâchez Nashoba shériff. N’aggravez pas votre cas.
    – Putain mais tu sors d’où petit con ? Tu crois pouvoir venir faire la loi dans ma ville ?
    – Peut-être que si vous ne faisiez pas de la merde on aurait pas besoin de se déplacer pour vos botter le culs.. »

    L’arrogance de Garrett faisait hurler de rage le shérif qui ne savait plus se maîtriser. Il vint donc à vouloir s’en prendre au jeune homme qui avec la force de l’âge échappa à la baffe qu’il allait recevoir. Le shérif tomba aux pieds du père de Q’ qui observait la scène avec un oeil distant comprenant que le petit blond cherchait à faire justice pour eux. Garrett vint donc à lui et lui expliqua les démarches qui avaient été engagées par Henry et le cabinet de ses parents. Il mettait tout sur les épaules de son ami pour que son acte de bravoure adoucisse le coeur des Kilcher à son égard quand il viendrait enlever Q’. Mais alors qu’ils discutaient et qu’il évoquait toutes ces bonnes nouvelles, ils ne virent pas Dylan se redresser et récupérer l’arme de son père assommé et tirer en direction de Garrett. Heureusement qu’il ne savait pas tirer car il ne toucha que la hanche du jeune homme qui tomba quand même à la renverse.

    Très vite il fut maîtrisé et les autorités prirent le relais. En effet, Seattle avait envoyé dans la matinée les fédéraux qui assistant à la scène n’eurent pas d’autres choix que d’intervenir et enfermer le père et le fils. Garrett lui, n’était pas en danger mais fut quand même conduit à l’hôpital pour être soigné. Il n’avait que quelques points, la balle ayant uniquement frôlé méchamment sa peau. Il dévorait avec appétit des petits-suisses quand il vit surgir dans la chambre une Anya aux cheveux hirsute et aux yeux rougis par les larmes. Sa bouche pleine de fromage blanc, il lui offrit une tendre moue avec un tendre sourire pour la rassurer. Ce sourire insolent qu’il avait toujours quand il réussissait l’impossible :

     » – Je vais bien Blackbird.. J’ai juste une faim de loup, est-ce que ta grand-mère pourra me faire des biscuits aux amandes ? »

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    C.

    Les dernières journées ont été très intensives. Garrett savait qu’il devait se reposer mais il était incapable de trouver le sommeil avec ce que lui avait ordonné Anya plus tôt dans la journée. Ils s’aimaient si fort l’un et l’autre et pourtant il y aurait peut-être déjà une fin à leur histoire. Heureusement, Henry était de bon conseil et Garrett pu, avec l’aide de la nature tempêtueuse, rejoindre le lit de son adorée.

    Rapidement il se retrouva contre elle, ses bras l’enlaçant alors qu’ils se faisaient face. Les ombres des arbres sur le mur de la chambre dansaient quand par moment, lorsque la lune apparaissait entre les nuages, Garrett pouvait contempler le profil de la belle Anya. Elle était si belle ainsi. Un sourire attentionné se formait sur ses lèvres quand elle exposait tous ses souhaits. Cela l’amusait de l’entendre lui demander de faire l’amour. C’était son passe-temps favori, mais avec Anya ça prenait une dimension particulière. Il était vrai qu’il n’avait pas encore osé expérimenter certaines pratique de peur de la brusquer, mais voilà qu’elle semblait soudainement curieuse. Elle avait réveiller un Garrett envieux d’elle qui ne chercherait qu’à lui donner plaisir et satisfaction.

    Sa moue taquine et sensuelle se réveillait alors que ses mains venaient explorer le corps nu de la jeune femme sous son t-shirt. Lentement, il déposait de tendres baisers sur son cou, ses paupières, son nez, son menton, frôlant volontairement ses lèvres. Tranquillement il caressait ses fesses nues et vint sensuellement lécher son cou en ronronnant au creux de son oreille :

    «  – On ira sur le pont de Brooklyn.. Voir la Statue de la Liberté.. Je veux t’emmener à Montauk et te faire encore et encore l’amour.. J’ai envie de t’emmener dîner.. Te voir dans une jolie robe.. Te voir nue aussi me plairait.. T’emmener dans un club de jazz que j’adore.. On irait danser.. Mais avant de faire toute ces choses là, j’ai envie d’une chose bien précise.. »

    Il savait que c’était risqué mais il était bien trop excité par les mots que la jeune femme avait prononcé quelques minutes plus tôt. Et puis, le bruit du vent et de l’orage allait couvrir les gémissements de la jeune femme, du moins, l’espérait-il. Délicatement, il releva le t-shirt qu’elle portait et le releva jusqu’à ce qu’il couvre les yeux de la jeune femme et bloque ses bras au-dessus de sa tête. Sa bouche fondit sur la sienne dans un baiser langoureux et intense pendant que sa main caressait son sein en descendant sur son ventre et enfin entre ses cuisses.

    « – Anya.. Mon bel amour.. »

    S’amusait-il à murmurer en bulgare contre ses lèvres qu’il léchait délicatement. Pendant que ses doigts partaient à l’exploration de son sexe brulant, ses lèvres descendaient lentement sur ses seins rond et ferme qu’il dévorait avec désir. Sa langue faisait le tour de son mamelon, sa bouche le suçotait et ses dents mordillait avec plaisir la pointe durcie qui le provoquait. Il la tortura ainsi quelques minutes avant de revenir sur ses lèvres qu’il embrassait pour taire ses gémissements.

    Il riait doucement, amusé de la voir se tortiller de la sorte. Ses mains agrippèrent les siennes au dessus de sa tête quand son bassin ondulait contre le sien. Il se doutait bien qu’avec les yeux bandé, les sensations devaient être décuplés chez la jeune femme. Avec douceur, il mordillait son cou alors qu’il lui faisait sentir son bassin envieux :

    «  – Anieska.. Ta peau.. Ton parfum.. Mh.. J’aime tellement ton corps.. »

    Et c’était vrai. Garrett n’était pas simplement fou amoureux de Anya, il était un adolescent dont les hormones étaient en train de vriller. Il lui murmurait encore qu’il la désirait tout le temps, qu’il bandait sans cesse même en classe rien que de penser à son cou, sa nuque, ses reins et sa bouche si tentante. Il la désirait tellement fort qu’il lui avoua s’être même masturbé dans les toilettes du lycée. Cela le faisait doucement rire alors que son bas de pyjama glissait enfin de ses hanches pour révéler son membre fièrement dressé. Il le pressait contre sa cuisse, dans l’attente de son autorisation.

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    C.

    ROH LA BEAUTE DE CE COEUR !

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    C.

    Jamais Garrett n’avait passé un Noël aussi simple. Habituellement il se résumait à dîner en famille, ouvrir les cadeaux. Un semblant de famille uniquement pour les convenances et les photos. Mais très rapidement ses parents repartaient travailler, expliquant qu’il y avait l’urgence du monde et des gens à sauver. Leur carrière était certes louable, leurs combats aussi, mais depuis toujours Garrett s’était senti seul et indigne du temps de ses parents. Voilà pourquoi il était réfractaire et tout et tout le monde. La peur de souffrir, d’être abandonné. Mais ça.. C’était avant sa rencontre avec la jolie fée devant lui. Elle couvrait de tant d’amour qu’il n’avait aucune envie de s’enfuir de ses bras. Il y était à l’abris, en sécurité. Aussi, quand il repensait à ses mots et au fait qu’ils allaient être séparés, son estomac se tordait. Garrett avait passé sa vie à fuir l’idée d’avoir un foyer et voilà qu’il découvrait le bonheur que c’était d’avoir quelqu’un avec qui le partager.

    Ils étaient simplement heureux d’être ensemble, tous les quatre sous l’oeil bienveillant de Jocelyn qui les couvaient d’un regard protecteur. Pour cette jolie fête, Garrett avait acheté un billet aller-retour à Jocelyn pour New-York. Pour Henry, comme tous les ans ils s’offraient mutuellement le pire porte clé qui puisse exister et qu’ils renouvelaient chaque années passer. C’était une vieille tradition entre eux. Pour Q’, il lui présenta une boite d’archives qui contenaient tous les papiers juridiques pouvant aider sa famille à récupérer leurs terres. La jeune femme le remercia respectueusement en posant une main sur son coeur. Quant à Anya, Garrett attendit un peu avant de lui délivrer son vrai cadeau. Il noya le poisson avec une paire de boucle d’oreille scintillante de chez Cartier qui fit pousser un hoquet de stupeur à Q’ et Jocelyn. C’était prétentieusement cher mais Garrett s’en fichait. La fortune de ses parents était colossale et faite pour ça.

    La soirée avait été douce, joyeuse et pleine d’amour et l’avenir plein de promesse.. Plusieurs photos furent prises comme si le besoin de fêter ces journées de victoire contre l’oppresseur devaient être marquées à jamais. Ils se couchèrent tard. Nashoba vint chercher sa soeur comme convenu ce qui donna à des adieux déchirants pour le jeune couple. Garrett, lui, en profita pour s’excuser auprès du colosse amérindien qui lui pardonna en lui rappelant de bien prendre soin de la Tempête.

    Le départ était le lendemain aussi, ils devaient se coucher tôt. Comme la veille, Garrett rejoignit Anya sans un bruit. Cette fois-ci il n’y avait pas d’orage pour dissimuler leurs sensuellement gémissement, aussi, ils restèrent sages mais Garrett avait la dernière surprise pour Anya. Il lui tendit donc un manuscrit qu’il avait commencé mais qui n’était pas encore terminé :

    « – Je t’ai écris une histoire.. Une histoire particulière. »

    En effet, il avait écrit tout un recueil de poésie qui ne parlait que d’une personne : Anya.
    Garrett lui dédiait ce recueil fait exclusivement pour elle. Chaque poème contenait un moment particulier qui les avaient liés depuis leur rencontre. Des bribes de souvenir et de moment volés qu’ils avaient dissimulés.

    « – Je veux que le monde entier sache qu’il y a eu sur terre un amour bien plus important que celui de Roméo et Juliette. Un amour vrai, sincère et pur, murmurait-il près de ses lèvres en caressant sa joue allongé face à elle, le plus beau bonheur de ma vie est de t’avoir auprès de moi. »

    Ses yeux brillaient d’un amour intensément sincère. Il se pencha donc sur ses lèvres et lui donna un tendre baiser tout en se blottissant contre elle. Son nez caressait avec le sien avec douceur et un sourire sur ses lèvres naissait :

    «  – Je sais que tu n’aimes pas les boucles d’oreilles.. On ira les changer si tu le souhaites. »

    Il expliqua qu’il avait reconnu sa moue déconvenue en ouvrant la boite et la rassura en lui disant que ce n’était pas grave. Il craignait que le recueil ne soit pas suffisant et qu’elle pense qu’il aurait pu mettre la main au porte-monnaie :

    « – Même si je rêverais de te parer de bijoux il n’en reste pas moins que c’est lorsque tu ne portes que mon t-shirt que je te trouve la plus belle tu sais. »

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    C.

    « – Oh putain.. putain de.. bordel Anya.. »

    Ô grand jamais il n’avait eu une fellation pareille et pourtant c’est la première fois que tu fais ça. Le jeune homme se tord contre elle, surtout quand elle joue avec l’étroitesse. Garrett en vient à mordre son poing, il en arrive à ce geste tant elle le rend fou d’excitation, même s’il n’a pas envie que toute le voisinnage l’entende hurler son plaisir, il lui est difficile de contenir ses soupirs.En effet, ils résonnaient sans retenue dans l’immense maison de la famille Sawyer. Les doigts du jeune homme s’étaient mis à agripper la crinière de la jeune femme fermement. Elle le séduisait, le cherchait et lui offrait une fellation dont il ne risquait pas de se remettre de sitôt. La tête renversée en arrière, il savourait la sensualité de sa bouche autour de son membre qui avec les hormones adolescentes n’allait pas tenir longtemps. Alors, lorsqu’il sentit qu’il était au bord du gouffre et même si c’était délicieusement bon, rapidement il l’arrêta. Il reprit son souffle en ouvrant les yeux sur la jeune femme qui visiblement riait, satisfaite de voir l’état de son petit copain.

    «  – Tu as voulu jouer.. Très bien, on va jouer.. »

    Jusqu’à présent Garrett s’était toujours mesuré avec Anya. Avec son passé, elle craignait souvent de la brusquer ou même de l’effrayer avec son désir. Avec les autres filles il ne s’était jamais posé de questions. Mais avec Anya c’était différent. D’autres émotions, d’autres sensations. C’était de l’amour pur.

    Mais depuis Noël, elle semblait vouloir expérimenter, tester Garrett et ses limites. Elle était plus malicieuse et plus aventureuse. Il adorait ça. Alors, relevant la jeune femme de sorte à ce qu’elle soit debout devant lui, il la plaqua contre le mur le lavabo. Ses lèvres avaient pris possession des siennes dans un baiser intense et brulant. Il ne la relâcha que pour la retourner face au miroir. Les seins nu, elle pouvait se contempler quand Garrett embrassait son cou en caressant ses seins lentement, comme pour la torturer à son tour et enfin diriger l’une d’entre elle entre ses cuisses.

    « – Mh.. Je veux que tu te regardes.. »

    Ordonnait-il à la jeune femme alors que ses doigts et ses lèvres la caressait, la testait à leurs tours. Il joua ainsi avec elle un petit moment avant de finalement se perdre en elle. La laissant se cambrer, il grogna contre son cou, agrippant sa gorge alors qu’il embrassait avec passion ses lèvres. Il se perdait en elle dans des mouvements intense, sauvage et plus passionnés qu’il n’avait osé jusqu’à présent. Sa main libre venait même caresser sa boule de plaisir.

    Garrett était aussi joueur que la jeune femme, jusqu’à présent il était dans le contrôle. Maintenant, il se perdait en elle avec un plaisir encore plus décuplé, décomplexé ce qui le faisait pousser des gémissements plus fort au creux de son oreille prenant son pied comme jamais. Il emprisonne fermement ses hanches entre ses mains et il accompagne les mouvements de bassin qu’elle lui rend en claquant même sa fesse. Garrett est si envieux ce soir, si gourmand. Ses lèvres arrivent sur sa nuque mais finissent dans son cou puisqu’il a relevé son visage contre le sien en agrippant sa crinière. Il mordille son lobe, embrasse son cou puis ses lèvres en bougeant sous le rythme intense de leurs corps endiablés. 


    « -Ah ! Bordel.. Anyyyyyya.. Bébé ! Putain.. T’es.. T’es si bonne ! »

    Un langage que Garrett n’a jamais évoqué craignant de choquer la jeune femme. Son membre pulse toujours plus, la jouissance arrive mais il fait encore durer ce moment en se contenant et en venant relever son visage pour l’embrasser avec passion. Une main entre ses cuisses, sur sa boule de plaisir, il entame des derniers coups de rein qui les font exploser en même temps. Il sent bien son orgasme, son corps tremble contre le sien et son cri se perd dans leur baiser. Garrett ralentit ses mouvements et il laisse son front se poser contre le sien. Sa main remonte à ta gorge. Les yeux clos, il a quand même cet air qui ne trompe personne, celui de la satisfaction. 



    « – Ma divine.. Mon fabuleux et magnifique amour.. »

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    C.

    Garrett n’aime pas l’école. Il s’y ennuie et ses projets d’avenir ne se réaliseront pas à l’école. Difficile donc se projeter dans le travail. Alors forcément, la reprise n’a rien de bien sensationnel pour lui, mais pire que tout, le retour de Elena va forcément mettre le feu au poudre et complexifié sa relation avec Anya. Enfin, non, plus besoin de s’inquiéter avec Henry et sa grande gueule qui avait tout déballé au lycée. Garrett a toujours eu l’habitude d’être observé mais pas Anya. Il savait qu’elle n’était à l’aise quand on la fixait et qu’elle devenait le centre de l’attention, aussi, il faisait en sorte d’être le plus prévenant possible.

    C’était sans compter sur la capacité de Elena à créer des problèmes là où il n’y en avait pas. A peine étaient-ils arrivés qu’ils se faisaient déjà agresser par la jeune femme. Et alors que Anya se défoulait sur elle, Garrett eu malgré tout de la peine. Il était vrai que le caractère agressif et mauvais de la jeune fille n’avait en rien aidé les deux jeunes filles à avoir une sympathie ou même une certaine correction l’une envers l’autre, mais au fond, Garrett connaissait bien Elena au fond. Ils se connaissaient depuis tellement d’années.

    Mais comment expliquer à Anya qu’il s’inquiétait pour son ex-petite amie ?

    La journée repris son cours et il ne changea rien à ses habitudes, dessinant dans le coin de son cahier, lisant discrètement malgré les cours intensifs qu’ils avaient. La fin de l’année approchait et l’enjeux du diplôme commençait à stresser beaucoup d’élèves comme Anya ou Henry. Ils se comprenaient l’un et l’autre sur l’importance d’être studieux. Garrett énervait souvent Henry car il n’avait pas besoin de s’acharner au travail pour obtenir de corrects résultats. Alors, souvent, pendant les révisions qu’ils faisaient à trois, le blond laissait les deux autres travailler avec sérieux quand il s’occupait à rêver.

    Au self, ce midi là, alors qu’ils plaisantaient tous les trois, Garrett vit au loin Elena qui le fixait. Il lui offrit un léger sourire amical que lui rendit la jeune femme. Elle avait toujours su jouer avec sa corde sensible et elle comptait bien continuer d’en profiter pour obtenir ce qu’elle avait toujours désiré : lui.

    «  – J’organise une fête samedi soir, dit-il pour changer la conversation entre les deux comparses, Georgina sera absente car elle va passer la soirée avec une amie. – Bières, pizzas et de la musique, répliquait un des potes de l’équipe.
    – Oh oh oh ! Tu vas avoir Anya, les soirées chez Garrett c’est de la folie ! Il se passe toujours quelque chose de dingue. A la dernière, on a retrouvé Elisa, Bridget et Michael faisant un plan à trois, racontait avec beaucoup d’amusement Henry, du coup peut-être qu’on pourrait faire la surprise pour nous trois. »

    Ils riaient ensemble, amusés et heureux de retrouver le Henry taquin qui savait toujours faire rire. De la bande, il avait toujours été le plus drôle. Ça faisait du bien de le retrouver de cette humeur là. Plus rapidement, ils furent rejoint par les blondie puis par Evan et Alex et quelques gars de l’équipe. Toutes les autres pom-poms girls avaient juré fidélité à Elena et restaient avec elle. Mais finalement, tout le monde s’en fichait. Henry annonça la bonne nouvelle de la fête ce qui eut le don de satisfaire tout le monde qui y allaient déjà de leurs souvenirs des fameuses fêtes emblématiques chez le blond.

    Lors de cet après-midi, Garrett avait entraînement. Le sport lui permettait de se défouler et de continuer à se muscler, mais surtout, il lui permettait de surveiller et prévenir les aléas de Elena sur Anya. Il avait tenté de rassurer la jeune femme avant d’aller se changer et lui rappela que c’était elle qu’il aimait. Mais il savait aussi que les mots de son ex pouvaient être explosifs.

    « – PUTAIN HEDLUND ! TU TE CONCENTRES OUI OU MERDE ?? TA MERE TA BERCÉ TROP PRÈS DES MURS QUAND T’ÉTAIS GAMIN OU QUOI ??? OHÉ ! JE TE PARLE GAMIN ! ON SE SEORT LES DOIGTS DU CUL ! »

    Le coach lui hurlait dessus car il avait raté quelques passes. Le blond décida donc de revenir sur le jeu et de cesser d’anticiper le pire. Anya était totalement capable de se défendre, il n’avait aucun doute dessus. Il devait lui faire confiance. Une fois sa concentration de nouveau rétablie, l’entrainement reprit en vitesse et fureur. Si Henry était un parfait quarterback avec une puissance certaine, Garrett était celui qui courait le plus vite et savait toujours où se rendre. Vif, rapide et précis, il marquait toujours. Il était si concentré, qu’il en oublia un instant les histoires entre Elena et Anya et ne vit donc pas le début de la bagarre entre elles deux. Ce fut l’attroupement et les garçons autour de lui l’alertant qui le sortit du jeu.

    Sans attendre donc, il se rua vers le bord de terrain pour séparer les deux jeunes femmes et vint finalement récupérer Elena qui riait en se débattant la bouche en sang. Elle ne cessait d’insulter Anya qui se faisait embarquer par un Henry dépassé par la force de son amie.

    Il ne fallut pas longtemps avant que Garrett réussisse finalement à contrôler et mesurer Elena qui jouait parfaitement de son rôle. Elle savait comment manipuler Garrett et appuyer sur la corde sensible.

    « – Elena ça suffit. Anya ne doit pas être son souffre-douleur, laisse la tranquille.
    – Je n’ai rien dit de mal je te jure mon lapin, répondait-t-elle avec quelques sanglot dans la voix, je te jure que je ne pensais pas à mal. D’autant que je voulais juste me rapprocher d’elle.. Tu sais tu me manques. Notre vie me manque. »

    Il culpabilisait, s’en voulant de ne pas avoir été présent pour elle. Soupirant, il lui proposa de la ramener chez elle afin de passer un peu de temps avec elle. Ce qu’ils firent le reste de la journée. Quand il rentra chez lui le soir même, Georgina l’attendait impatiemment :

    « – Où étais-tu ? J’étais inquiète ! Anya est venue ici affolée et je ne savais pas où te trouver.
    – J’étais chez Elena.. Je l’aidais à se remettre de ses émotions.
    – Oh.. Non.. Gary..
    – Je sais ce que tu vas dire mais elle avait vraiment besoin d’aide. Je ne pouvais pas la laisser toute seule. »

    Georgina avait bien cerné Elena et elle savait qu’elle jouait avec les sentiments de son protégé. Aussi, elle n’ergota pas plus et lui conseilla de prendre une douche pendant qu’elle préparait le repas. Une fois sa douche prise, il la rejoignit pour le dîner. Il attendit de voir James quitter la maison des Sawyer pour enfin prendre le chemin de son jardin. Comme à son habitude il rejoignit la palissade et grimpa. Une fois sur le balconnet, il toqua à la fenêtre :

    « – Anya.. C’est moi.. Tu m’ouvres ? »

    Voyant que personne n’ouvre, il pousse simplement la porte fenêtre et entre dans la chambre qu’il voyait allumer. Anya était à son bureau, à faire ses devoirs semblant l’ignorer :

    « – Eh.. ça va ? Comme tu vas ? J’ai eu Henry au téléphone qui m’a dit t’avoir ramené. Tu n’as rien de cassé. Je sais que Elena peut avoir des griffes acérées.. »

    Venant près d’elle, il vint cependant s’asseoir au bord du lit de la jeune femme qu’il observe tout en répliquant :

    « – Tu sais.. Je dois te parler un peu de.. Elena.. Notre.. Notre relation.. Avant d’être ma petite-amie elle a été mon amie. Je me sens mal de l’avoir laissé. Pas en tant que petite-amie, je te rassure, mais en tant qu’amie d’enfance. Je ne veux pas que prennes mal le fait que je vais passer un peu de temps avec elle et.. et elle aussi elle aimerait passer du temps avec toi, avec le reste du groupe. Elle a compris que j’étais amoureux de toi. Elle voudrait donc s’excuser et faire la paix. Tu serais d’accord ? »

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    C.

    Anya disparu toute la journée. Garrett eu beau la chercher, il ne la trouva pas aux endroits habituels. Cherchait-il mal ? Est-ce qu’elle voulait vraiment être retrouvée ? Dubitatif, il se dit que le soir même il la trouverait forcément chez elle. Ainsi, alors que le soir était tombé, il attendait patiemment dans la petite serre de la jeune femme qu’elle revienne de je-ne-sais-où. Son adorable chien l’accompagnait et il lisait, mais il lui était difficile de se concentrer. En effet, il ne cessait de repenser à la journée qui s’était écoulée et aux lamentation de Elena. Il avait des difficultés à voir la manipulation de Elena qu’il avait toujours considéré comme très malheureuse. Toujours à lui trouver des excuses comme disait Henry, Lucrecia ou Georgina. Il était tellement persuadé de la solidité de son histoire avec Anya qu’il ne voyait pas le mal. De plus, la veille, même si elle n’avait rien répondu à son argumentaire, elle n’avait pas émis une interdiction formelle ou même une crainte. Il avait confiance en eux.

    Il était tard quand la lumière de la chambre de Anya s’alluma. Ne l’avait-elle pas vu dans la verrière. Surpris, il finit par se lever et ainsi se rendre de nouveau sur la gouttière et grimper jusqu’au balcon. Comme à son habitude, comme s’il était à la maison, il entra dans la chambre.

     » – Eh.. Je commençais à m’inquiéter. Tu étais où ? »

    Venant vers elle, il caressait sa joue et son oeil noircit qui transparaissait sous le tas de maquillage. Il grimaçait, non pas de dégoût, mais de douleur en imaginant ce qu’elle ressentait. Ses mains venaient se poser sur ses joues, de sorte à la maintenir devant lui alors qu’il fronçait les sourcils. Elle le fuyait clairement :

     » – Anya.. Je.. Qu’est-ce qui se passe ? Tu.. J’ai le sentiment que tu m’as fuis toute la journée. Je ne me trompe pas n’est-ce pas ? »

    Mais alors qu’elle allait s’exprimer, James entra à la maison. Ils pouvaient entendre la porte d’entrée claquer, sa voix résonner dans le salon et enfin ses pas monter l’escalier jusqu’à la chambre de sa fille. Garrett vint rapidement se faufiler sous le lit, ne comptant pas partir de cette chambre sans avoir eu d’explications de la part de la jeune femme.

     » – Mon trésor tu vas bien, demandait le père en ouvrant la porte, ton visage.. Que s’est-il passé ? »

    Garrett n’entendit pas le reste de la conversation car Anya fuyait déjà vers une autre pièce de la maison. Suivie de son père, le blond pu sortir de sa cachette et s’asseoir dans un coin de la chambre pour lire en attendant qu’elle revienne. Lorsqu’elle fit son apparition, il somnolait presque dans son coin. Ce fut le bruit de la porte qui le réveilla. La voyant toujours aussi sombre, il laissa un soupire s’échapper en avouant :

     » – Pourquoi tu ne le dis pas ? Pourquoi tu ne me le dis pas que ça t’ennuie que je parle à Elena.. Anya.. Ce n’est qu’une amie. Si tu crois une seule seconde que je pourrais me remettre avec elle sache que tu as tout faux. Anya c’est toi.. c’est.. »

    Il soupirait longuement en venant se relever pour lui faire face. Ses mains dans les siennes, il la força à la regarder avec attention, sincère :

     » – C’est toi que j’aime et je ne veux personne d’autre que toi. Tu.. Tu me fais confiance n’est-ce-pas ? »

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    C.

    Son estomac laissait échapper la violente information qu’il venait d’apprendre. Garrett vomissait dans la poubelle près de lui, comme si l’évocation de ce secret détruisait son être entier. S’adossant au carrelage frais du vestiaire, il reprenait son souffle. Elena accourait à lui caressant sa nuque mais il la repoussa d’une main ferme. Le regard perdu, il tentait difficilement de faire le tri dans ses pensées mais tout se bousculait. Un enfant, Anya, son tour du monde, la vie, les responsabilités, Elena.. Bordel de merde, tout était entrain de s’effondrer. Tous ses projets, tous ses rêves.

    Au début, il eut un rire incrédule. Puis, en voyant la moue sérieuse de Elena, il eut une mine d’effroi. S’agrippant au mur derrière lui, il sentait le sol sous ses pieds se dérober. C’était un cauchemar, un abominable cauchemar.

     » Je sais que c’est difficile mais je devais te le dire », avouait-elle avec un léger sourire qui se voulait apaisant, « Ta mère exigeait que je ne te parle de rien mais je ne voulais pas te mentir, comment pourrais-je mentir à l’amour de ma vie ? ».

    Le regard du blond virait du bleu perdu au bleu d’acier. Ses mains agrippaient les poignets de la jeune femme et il la repoussa fermement. Sans un mot, il quitta le vestiaire, s’enfuyant, encore vêtu de sa tenue de foot. Elena était encore dans le vestiaire chamboulée par la violence du blond mais satisfaite d’avoir enfin avoué son fiel. Elle récupérait son sac et s’apprêtait à partir quand dans l’embrasement de la porte, elle croisa Anya.

    Elena souriait encore plus en la détaillant avec un plaisir certain, « Petite voyeuse qui écoute aux portes, tu as apprécié entendre la nouvelle. Tu crois franchement qu’il restera avec toi après cette nouvelle ? », demandait-elle un sourire en coin et s’approchant de sa nouvelle proie, « Il est à moi.. Avec son sens de l’honneur il me choisira moi. Tu ne seras bientôt plus qu’un mauvais souvenir ma grande ».

    C’est dans un rire sonore qu’elle s’échappa, satisfaite de la tournure des évènements. Car si Garrett ne quittait pas Anya, elle se doutait bien que cette dernière le ferait. Ce n’était qu’une question de temps avant que tout se concrétise comme elle l’espérait.

    Pendant ce temps, Garrett courait à travers les voitures, les gens. Il finissait par atterrir au bureau de ses parents. Sans se soucier de la procédure habituelle d’attente, il passa d’un pas affirmé devant la secrétaire et se rendit jusqu’à l’énième réunion où ses parents se trouvaient. A bout de souffle, en sueur et encore en tenue de sport, il fixa sa mère d’un regard glacial et quasi meurtrier, « Tu étais au courant pour Elena ? Tu savais qu’elle attendait un bébé ? ».

    Catherine blêmit, Robert se redressait stupéfait. D’un geste furtif, elle fit signe à ses associés de quitter la réunion ce qu’ils firent en trombe. Une fois le fils seul devant ses parents, il laissa éclater sa rage. Sa mère avoua chamboulée qu’elle avait payé la famille Mason pour ne pas divulguer cette information. Elle voulait que Garrett finisse sa scolarité, aie une vie normale et que la venue de cette enfant ne soit pas un frein dans ses futurs opportunités.

    « Ce n’est peut-être pas ma fille », répondait-il en faisant les cent pas, « Elle a tes yeux Gary.. C’est ton portrait craché quand tu étais un bambin », avouait sa mère d’une voix tremblante. Il poussait un cri de rage et frappait sans retenue le mur près de lui. Il aurait pu tout détruire si son père n’était venu le retenir. Il hurlait à sa mère qu’elle l’avait trahi, qu’elle n’avait pas le droit de prendre de telles décisions pour lui, qu’il la haïssait. Des mots violents qui exprimait une colère irrémédiable. Il avait fait une bêtise et il connaissait le sens du devoir. Il aurait assumé ou il aurait poussé Elena à avorter. Mais c’était son choix qui n’avait pas été respecté.

    Son père finit par l’isoler dans son bureau, le laissant extérioriser toute sa rage et toute sa peur. Il était lui-même un enfant.. Comment un enfant pourrait élever un bébé ?

    Il était tard quand Robert ramena son fils. Garrett avait les mains bandées et pleines de sang. Georgina l’accueillit avec une peur certaine et le soigna docilement avant de le laisser dans la baignoire. Garrett était silencieux, perdu dans un mutisme qu’il ne savait pas dépasser. Dans la cuisine, Robert raconta toute l’histoire à Georgina qui poussa un hoquet de stupeur. Elle comprenait mieux la détresse de son petit garçon. La nuit venait de tomber et le doux vent du printemps apportait quelques fleurs perdues. Garrett fumait dans sa chambre, ignorant sa vieille gouvernante qui lui apportait un plateau repas. Il n’avait pas faim, n’avait goût à rien, ne pensait à rien. C’était le vide dans son esprit.

    Que devait-il faire ?

    Le lendemain matin, il n’alla pas au lycée. Ni Heny, ni Anya n’avaient eu de nouvelles du blond. Si la jeune femme se doutait de pourquoi, Henry n’en n’avait aucune idée. Voyant la mine sombre de son amie, il vint à elle avec inquiétude. Il craignait qu’il y ai eu une dispute avec Garrett et que Elena ai gagné. Il n’avait pas si tort que cela.

    « Que se passe-t-il ? », demandait-il à la brune lorsqu’ils furent installés à table pour le déjeuner, « Une dispute avec cet abruti de grand blond ? »

    Au même moment, Elena surgit et vint s’installer l’air de rien à côté de Anya. Son sourire radieux laissait présager une fourberie certaine que Henry comprit. Elle était bien la conséquence de la mine sombre de Anya. Alors que cette dernière allait s’échapper, Elena la retint fermement par le bras, même quasiment violemment puisqu’elle serrait ses doigts sur son poignet. Ses yeux d’un bleu étrange et vif la fixait et une moue mauvaise lui donnait l’air d’un reptile prêt à dévorer sa proie, « Tu n’as pas annoncé la bonne nouvelle ? », demandait-elle avec son sourire triomphant, « Garrett et moi formons une famille.. Une famille ça ne se détruit pas Miss Sawyer. Même si je sais que tu es la salope de service, veux-tu vraiment être celle qui détruit une famille ? Remarque.. Tu prouveras ce que j’ai toujours dit.. Salope. ».

    Henry ne comprenait pas, sidéré par cette scène. Il finit par taper du poing sur la table ce qui fit sursauter Elena. Cette dernière reprenait sa moue mauvaise mais douce, « Lâche là tout de suite Elena. Et casse-toi. Tu n’es pas la bienvenue ici ». Elle riait, amusée avant de s’en aller en balançant ses hanches satisfaite. Rapidement il poursuivit son amie pour qu’elle lui raconte cette effroyable scène qui venait de se dérouler. Tenant ses épaules entre ses mains, il la suppliait de lui raconter.

    « Putain.. Putain de putain de putain.. », soupirait Henry en prenant son visage entre ses mains, « Putain de merde.. Garrett.. Il est où ? Il sait que tu sais ? Putain Anya.. Il faut qu’on aille le voir. »

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    C.

    Garrett avait besoin d’un bouée de sauvetage et c’est dans les bras de Anya qu’il la trouva. Quand il entendit sa voix derrière la porte, il fut secoué de larmes. Elle savait.. Mais elle ne le rejetait pas. Elle savait et elle continuait de l’aimer. Il ne pouvait pas être plus rassuré. La force de Henry aidait aussi bien évidemment. Ils formaient à eux deux un vrai rempart, un vrai refuge. Garrett n’avait quasiment pas desserré les dents. Il mangea un peu mais fuma beaucoup. Il redoutait le lendemain car il savait qu’en réveillant, ce serait le même cauchemar. Il ne trouvait qu’un peu de douceur en se blottissant contre Anya. Le pire dans tout cela, c’est qu’il ne pensait pas du tout à Elena, à ce qu’elle avait pu ressentir. Elle avait été seule, manipulée par des adultes, abandonnée et exilée. Non, il ne pensait pas à elle, il ne pensait qu’à cette petite fille. Ce bébé qui avait presque un an. Que devait-il faire pour elle ?

    La routine devait reprendre et c’est les épaules chargées de responsabilités et de songes qu’il retourna sur les bancs de l’école. Fort heureusement, la force de Anya, sa présence, l’aidait à affronter les tourments qu’il ressentait. Garrett ne s’était jamais soucié des regards et c’était encore aujourd’hui le cas. Néanmoins, il savait que ses actes avaient des résonances et il savait qu’il allait devoir payer pour elles.

    D’ailleurs, ce fut le cas très rapidement puisqu’à peine arrivé une bagarre entre Anya et Elena surgit. Jamais encore il n’avait vu avec une telle verve et une telle confiance dominatrice, Anya se rebeller. Revenir à l’école tout de suite n’était décidément pas la meilleure idée. Aussitôt, Henry retint Elena quand Garrett s’enfuyait en tenant Anya. Il la fit courir hors de l’établissement et courut un long moment, comme si courir alors faire disparaître ses problèmes. Il s’arrêta néanmoins un peu plus loin lorsque la jolie brune le supplia de s’arrêter à cause de son essoufflement.

    « C’est trop tôt pour y aller », avouait-il en reprenant son souffle, « Je vais aller traîner au parc et aller me réfugier dans une librairie. Viens avec moi ». Il savait que c’était bientôt les examens mais il ne pouvait décemment pas la laisser retourner en classe avec le démon Elena, « Je te ferais réviser, c’est promis ».

    Elle du sentir la détresse dans le regard du blond et accepta visiblement de bon coeur. Pour commencer ils se rendirent au Museum d’Histoire Naturelle. Elle ne l’avait pas encore visité et Garrett le connaissait par coeur. Il retraçait essentiellement toute l’histoire américaine et il était souvent peu fréquenté, surtout en milieu de semaine. « Quand j’étais enfant on venait souvent avec Georgie, Henry et Lu’. Une fois, quand on était gamin, on a essayé de fuguer et de passer la nuit dans le Musée. Nos parents étaient furieux ». Il lui expliqua que Henry et lui avait tout prévu pour cette soirée là avec des gâteaux, des lampes torches, des livres et des sacs de couchages. Il lui montra même sous quel banc ils s’étaient cachés.

    Une fois la visite terminée, il était déjà l’heure du déjeuner. Ils se rendirent à l’hôtel de son grand-père et mangèrent ses fameux spaghettis. Le vieil homme avait eu vent de l’histoire mais eu la décence de ne rien dire à son petit-fils. Il aimait beaucoup Anya et il se doutait que cette histoire la touchait. Avant de repartir, il leur offrit des cannolis à manger plus tard. Ils se promenèrent tranquillement, main dans la main avant de se rendre à Central Park. Là, à l’abris d’un arbre, ils s’installèrent pour travailler. Malgré qu’il soit un écolier buissonnier, Garrett avait une excellente mémoire. Il lui suffisait de lire une fois une information ou l’entendre et il savait la réutiliser. Il fit donc réviser avec beaucoup de sérieux la jeune femme qui l’aida en retour sur ses mathématiques.

    Pour le goûter, ils firent une pause.
    Garrett alla chercher des glaces et rejoint rapidement la jeune femme. En effet, il faisait plus beau et elles fondaient rapidement. Un léger moment de flottement sommeillait et il vint finalement se confier, « Je suis désolé si cela te fais du mal Anya mais.. mais je dois voir cet enfant », finissait-il par avouer. Les yeux baissés, comme honteux de ce qu’il ressentait. Pourtant, il fallait bien qu’il lui dise ce qu’il avait sur le coeur.

    « Je ne vais pas former une famille avec Elena contrairement à ce qu’elle dit. Elle n’est pas ma famille.. C’est toi. », dit-il en prenant la main de Anya qu’il serrait fermement, « C’est toi mon âme soeur et ça même un bébé ne le changera pas. Je lui en veux tellement.. J’en veux tellement à ma mère. Mais je ne peux pas abandonner cet enfant Anya. Elle n’y est pour rien. Je suis désolé de te faire subir ça et je.. et je ne veux pas que cela t’éclabousse. »

    Il était repentant, sincèrement désolé. Deux jours plutôt ils avaient un avenir rempli de possibilités alors que désormais il était contrarié par la venue de cet enfant, « Je ne peux pas en vouloir à cette petite fille. Et je comprendrais que tu ne veuille pas y être associée. », reprenait-il sur un ton plus grave qui laissait présager une fin de conversation douloureuse, « Tu as le droit de prendre la poudre d’escampette Anya. Tu as ta vie et tu as toutes les possibilités de l’univers. Alors saisis-les.. Je ne veux pas que tu fasses tes choix par rapport à moi. Ce ne serait pas juste que tu subisses ça. »

    Une part de lui cherchait à la protéger de Elena. L’enfant née était un lien indéfectible avec lequel il allait devoir vivre à vie. Elena qui allait lui pourrir la vie. Il lui confiait alors qu’il ne voulait pas que Anya soit impacté par sa présence, « J’ai peur un jour de faire une connerie à cause d’elle », avouait-il.

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    C.

    Plusieurs semaines sont passées et pendant lesquelles la vie de Garrett a prit un nouveau tournant. Il lui aurait été difficile d’expliquer ce qui c’est passé mais quand il rencontra Jasmine pour la première fois, il su qu’il ferait n’importe quoi pour elle. Même à mettre ses propres rêves de côté. La minute où il la prit dans ses bras, la petite fille eu un éclair de joie dans le regard. Un éclair intense et brillant, comme si elle le reconnaissait, comme s’ils avaient été toujours en contact. Garrett voulait le meilleur pour sa fille et cela allait se passer par la voie juridique. Ses parents lui assuraient qu’une garde exclusive serait difficile car Elena ferait passer Garrett pour un débauché irresponsable. Ce qu’il avait été pendant un moment. Devant un juge, cela faisait mal de ne pas avoir été présent lors de la naissance de son enfant.

    Il fallait donc que le blond se rachète une conduite et c’était compliqué avec tous ses dossiers et condamnation à cause de bagarre et d’ivresse sur la voie publique. L’opportunité de récupérer Jasmine s’appliquait uniquement en cédant à Elena et ça, il le refusait. Le soir, il ne dormait pas ou alors très peu. Au delà de tous ces fameux problèmes, de tout ce qu’impliquait la garde de Jasmine, Anya lui manquait. D’elle-même elle s’était protégée et avait rompu avec lui, mais elle manquait tellement. Il avait tellement besoin d’elle.

    Il ne voulait pas être égoïste et s’imposer auprès d’elle. Pour le coup, elle avait prit la décision adulte nécessaire mais au delà de son manque amoureux, c’était son amie qui lui manquait.

    Ce soir là, il revenait d’un entretien d’embauche qui n’était pas concluant. Il portait un costume qui le vieillissait. Soudain, il vit Anya avec Napoléon qui de l’autre côté de la rue le saluait. Garrett traversa et vint vers elle. Ses yeux étaient épuisés et le manque de Anya lui donnait un air triste. Après l’échange des banalités habituelles, Anya lui avoua la dernière de Elena. Il soupirait en frottant son visage de ses deux mains, épuisé par le comportement de la jeune femme et de son obsession pour Anya. Ne plus les voir ensemble ne suffisait pas.

    « Anya je suis tellement.. » dit-il avant d’être de nouveau interrompu par la jeune femme. Elle se mettait à évoquer ses sentiments et à quel point elle le remerciait. L’entendre parler d’eux au passé le tuait encore plus. Il avait mal, tellement mal qu’il rêvait d’arracher son costume et de frapper le mur près de lui. Dénouant sa cravate en sentant la crise de fureur il cherchait à se défaire de ce sentiment d’injustice. Pourquoi est-ce que cela lui arrivait-il à lui ? Pourquoi ne pouvait-il pas rendre heureuse Anya malgré la présence de Jasmine ?

    Sans se retenir, il prit le visage de la jeune femme entre ses mains et fond sur ses lèvres. Il en avait besoin, comme le besoin de respirer. C’est viscéral. Ses lèvres s’emparent des siennes dans ce qu’il appellerait un baiser langoureux, intense. Il avait besoin d’elle. Le baiser lui permettait de dissimuler les quelques larmes qui coulaient sur ses joues et qu’il ne voulait pas qu’elle voit. Napoléon retournait de lui-même dans le jardin laissant ainsi sa maîtresse contre son amour. Lorsque son souffle fut court, Garrett posa simplement son front contre celui de Anya, « Je ne peux pas vivre sans toi Anya.. Je n’y arrive pas. Je sais que je suis égoïste mais viens avec moi. Partons.. Je prends Jasmine avec nous et nous partons loin, très loin. On prendra mon bateau et on ira en Europe où tu voudras. Je trouverais l’argent je te le promet mais tu feras tes études. Anya, fais moi confiance s’il te plaît », murmurait d’une voix brisée. Ses yeux se perdaient dans ceux de la brune, attendant une réponse qu’il espérait positive.

    Il aurait beau tout faire bien, il savait que Elena gagnerait toujours. Alors pourquoi rester ? Sa vie était Anya et Jasmine désormais et il ne voulait pas faire de concessions auprès de Elena, « Je sais que c’est un sacrifice énorme que je te demande Anya mais on peut être heureux, je le sais. Tout ce que nous ressentons, tout ce que nous avons vécu ne peut pas se terminer comme ça. Je le refuse. », c’était l’adolescent qui parlait, pas le futur homme qu’il essayait de devenir. Et après tout, qu’importe les conséquences, il savait qu’ils y arriveraient, « Mon grand-père nous donnera un peu d’argent, tu pourras t’inscrire à l’Université.. Je trouverais quelqu’un pour garder Jasmine pendant que je travaillerais. Je suis persuadé qu’on y arrivera parce qu’on est tous les deux. J’ai foi en nous Anya.. J’ai foi en toi et en personne d’autre. »

    Son regard était en effet brillant d’amour et de confiance. Il ne se rendait pas compte que son plan était dangereux et certainement improbable, mais c’était de l’espoir. L’espoir parlait pour lui et c’était exaltant de pouvoir espérer de nouveau.

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    C.

    Anya avait eu raison de refuser sa demande. C’était adulte, intelligent et bien plus mature que sa proposition spontanée et dangereuse. Il savait qu’elle avait eu raison mais il ne pouvait s’empêcher d’avoir mal, de se dire qu’ils auraient pu réussir ensemble. Pour contrer à sa douleur et devant se racheter une conduite pour pouvoir obtenir la garde exclusive de Jasmine, il se mit avec sérieux dans le travail. Et cela fonctionna. Il passa en secret et à l’abris des regards indiscrets ses diplômes et fut même embauché par le père de Henry dans son cabinet en tant qu’assistant de cabinet. Il se faisait rapidement à la dynamique du groupe, il travaillait dur et suivait les conseils prodigués par son père. Garrett refusait de reparler à sa mère. Il faisait blocus pour ne penser qu’à Jasmine. Il n’y avait qu’elle désormais qui comptait.

    Il avait étrangement vieilli, ses cheveux autrefois si long avaient été coupé à la mode des avocats, court, droite et rigide. Il ne portait que des costumes désormais et passait le plus clair de son temps sur des dossier juridiques et a retrouver toutes les jurisprudences possibles. Il voyait moins Henry qui passait de temps à autre car c’était les vacances. Garrett savait qu’il voyait Anya et il lui donnait de temps à autre des nouvelles. Le blond se retenait de lui hurler que cela le faisait souffrir. Il jouait l’indifférent pour ne pas inquiéter son vieil ami. Mais Henry savait, ils se connaissaient suffisamment pour savoir lire entre les lignes.

    Le jour du départ de Anya, Henry vint prévenir son ami. Garrett avait la lettre d’Anya entre les mains qu’il tournait et retournait. La lire le ferait souffrir. Est-ce que c’était raisonnable. Henry insistait, lui disant que c’était du gâchis, qu’ils finiraient par se retrouver. Peut-être que c’était une promesse qu’il devait garder en mémoire.

    Quand il subsiste un espoir, Garrett n’abandonne pas. Et il lui est encore très difficile de croire que la brune puisse disparaître ainsi, sans qu’elle sache ce qu’il attend. La course jusqu’à l’aéroport a été intensive mais il finit par y arriver. Heureusement que Henry était toujours là, prêt à l’aider. Essoufflé, la cravate dénouée, Garrett se rendait au terminal où Anya s’apprêtait à monter. Il criait son prénom, la cherchant du regard et finit par la trouver, son bagage à la main et la moue surprise. Comme il devait lui paraître vieillit avec ses cheveux coupé si court.

    Il finit par atterrir devant elle reprenant son souffle à cause de la course, « Jamais je ne te remplacerais », dit-il dans un souffle pour reprendre ses mots la dernière fois qu’ils s’étaient vus, « Jamais je ne te remplacerais parce que tu es mon âme soeur et que je t’aime Anya. Tu n’es pas une parenthèse dans ma vie, tu ne l’as jamais été. Je comprends et je t’encourage à partir. Tu vas vivre ta vie, tu vas découvrir le monde, profite Anya, tu vas tous nous éblouir, j’en suis persuadé. Mais je ne veux pas que tu penses une seule seconde que je te remplacerais. Je serai toujours là, toujours là pour toi Anya. Je t’attendrais toute ma vie s’il le faut, c’est la promesse que je te fais. », expliquait-il en prenant son visage entre ses mains pour contempler ses iris, « Je t’aime Anya.. Je t’aime et tu ne pourras jamais quitter mon âme. »

    Il lui donnait un profond et langoureux baiser, essayant de retenir ses larmes mais diable que c’était difficile. Comme pour être certain qu’elle s’en souvienne, il lui murmurait inlassablement qu’il l’aimait et qu’il l’aimait. Ils restèrent ainsi, étroitement enlacés jusqu’à ce qu’ils appellent les derniers passagers du vol. C’était si difficile de la laisser partir. Pour la rassurer il lui offrit un sourire avant de finalement s’effondrer lorsque la porte se ferma sur elle.

    Cinq ans plus tard.

    « Je vous emmerde toi et tes connards de juristes, quand je dis qu’il me faut ce dossier rédigé c’est qu’il me le faut un point c’est tout. Alors tu te sors les doigts du cul et tu te démerdes pour me sortir ce que je te demande », Garrett raccrochait, rageur avant de reprendre sa lecture. Cinq années étaient passées et il était devenu le requin parmi les requins. Il était devenu le fils tant espéré du père de Henry qui l’avait pris sous son aile. Un avocat des affaires, il s’était détourné de l’idéalisme juridique pour s’investir dans le monde qu’il avait si vivement critiqué dans ses écrits plus jeune. Maintenant, il agissait au nom des riches, pour les plus riches. Il était devenu encore plus riche que ses parents et avait bâti un empire qui pourrait assurément l’empêchait de travailler.

    Mais travailler c’était l’empêcher de penser. C’était le pansement parfait.

    Comme l’avait prévu Elena, Garrett l’épousa il y a trois ans de cela. Ils vivaient dans l’Upper East Side dans un magnifique appartement ayant pour vue Central Park. Georgina s’occupait de Jasmine quand Garrett n’était pas au travail et Elena passait ses journées au club avec ses amies. Il n’y avait pas de mariage heureux. Quand le couple se croisait c’était pour s’insulter, se déchirer notamment à cause des infidélités multiples de Garrett. Elena avait gagné mais elle n’obtenait rien de son époux si ce n’est le confort d’une vie fortunée.

    Le seul bonheur de Garrett était lorsqu’il retrouvait sa fille. Du haut de ses six ans, Jasmine était une enfant espiègle, joueuse, drôle et très intelligente. Elle était la merveille de son père. Tous les soirs il rentrait et se rendait dans sa chambre. Quand elle n’était pas trop fatiguée, elle attendait son père qui lui lisait alors une histoire. Garrett s’épanouissait dans son rôle de père, c’était comme s’il avait été fait pour cette tâche, contrairement à celle de l’époux. Elena avait reprit ses crises, buvait bien souvent en faisant des mélanges avec ses cachets. C’était pour cela qu’il confiait Jasmine à Georgina, plusieurs fois il avait surprit la maltraitance de son épouse sur leur fille. Elena, jalouse maladive ne supportait pas de voir Garrett autant aimer leur fille et réciproquement. Mais plus encore, elle ne supportait les multiples liaisons du blond qui ne s’en cachait jamais. Il avait reprit le même schéma que lorsqu’ils étaient au lycée, se fichant royalement d’une quelconque exclusivité. Il vivait sa vie de son côté et s’occupant de Jasmine.

    En rentrant ce soir là, épuisé encore de sa journée, il se servit comme à son habitude un verre. Elena l’attendait, parée de ses plus beaux atouts prête à sortir, « Tu sors ? », demandait-il sans grand intérêt, « Tu n’écoute rien quand je te parle. Je t’ai dis que nous étions attendu au Museum d’Histoire Naturelle. Miranda nous a invité pour l’exposition sur les trucs d’Egypte là ». C’est vrai qu’il n’écoutait pas, il ne l’écoutait jamais. Après un deuxième verre bu cul sec, il grimaça un peu en imaginant la soirée qu’ils allaient avoir. C’était tout le temps la même chose, des convives qui badinaient les un avec les autres, argent, succès, pouvoir, commérages. Rien d’instructif et d’intéressant.

    Alors qu’il allumait une cigarette, il l’entendit vociférer contre quelqu’un. Cela ne l’intéressait pas jusqu’à ce qu’elle évoque le prénom de son vieil ami, Henry. « Il y sera sûrement avec sa pétasse là à quémander encore et encore et encore de l’argent pour leurs associations. Comme s’il n’avait pas l’argent nécessaire de son père », expliquait-elle en remettant du rouge à ses lèvres, « Pourquoi avoir épousé cette illuminée ? Franchement.. Etre déshérité à cause d’elle non mais quelle incohérence, certaines personnes disent que c’est une sorcière et qu’elle l’a envoûté, tu savais ça ? »

    Il fermait de nouveau son esprit. Ne rien entendre pour ne pas provoquer une nouvelle dispute. Il ne se sentait pas avoir le courage de cela, pas ce soir. Il voyait de temps en temps Henry mais plus autant qu’avant. Son internat lui prenait beaucoup de temps et Q’ et lui s’étaient violemment engueulé à une soirée de bienfaisance lorsqu’elle avait appris son mariage avec Elena. Henry gardait le contact essentiellement par politesse. Il n’avait pas comprit le choix de son ami d’épouser Elena. Mais ça c’était une autre histoire et Garrett n’avait pas voulu se confier à ce sujet. « Mais où tu vas ? », s’époumonait-elle quand elle le voyait se rendre dans la chambre, « Embrasser notre fille », répondait-il.

    En entendant son père arriver, la petite fille cacha son livre sous sa couette. L’oeil pétillant amusé le blond qui vint s’échoir sur le lit auprès d’elle. « Que caches-tu petit oiseau ? », demandait-il en ayant soudainement retrouvé son visage adouci, « Tu ne vas pas être content.. », expliquait-elle avant de sortir le fameux livre. En effet, il s’agissait d’un des livres de la bibliothèque du bureau et pas n’importe lequel mais celui que lui avait offert Anya. Son coeur se serra au souvenir de ce Noël si particulier. Jasmine tapotait sa joue pour le réveiller et cela le fit rire, « Non.. Je ne suis pas en colère ma chérie. Jamais je ne serai en colère pour ça. Au contraire, lis tout ce que tu veux et peux. ». Il lui proposa de lui raconter l’histoire. La petite écoutait avec attention son père, le regardant avec cette adoration qui l’émouvait à chaque fois.

    « Pourquoi tu es triste papa ? », demandait spontanément la petite fille, « Qu’est ce qui te fait croire que je suis triste Jazzy ? ». Jasmine se levait et allait jusqu’à son placard pour finalement revenir avec un album photo. Garrett le récupérait et ouvrit avec surprise. C’était des photos de lui plus jeune, insouciant, riant. Aujourd’hui il avait air un sévère sur son regard, ses yeux cernés et sa mine sombre. Dans l’album il y avait des photos de Henry, Q, l’équipe de foot, le lycée et d’Anya. « Tu sais Jazzy.. Quand on grandit on fait parfois des choix qui ne sont pas toujours ceux qu’on aurait souhaité et.. et j’ai fais des choix que je ne pensais pas devoir faire », la petite fille venait près de son père pour un câlin et lui demandait alors « J’aimerai bien te voir sourire comme ça ».

    Les mots de la petite serrait le coeur du blond. Il la rassura en l’enlaçant et la berçant jusqu’à ce qu’elle s’endorme. Il finit par sortir de la chambre pour rejoindre une Elena furieuse qui appelait ses amies mécontente que son époux la fasse attendre. Mais encore une fois, il fermait son esprit pour aller se préparer.

    Ces évènements étaient toujours les mêmes. Garrett avait revêtu un smocking de soirée avec une Elena au bras qui jouait très bien son rôle d’épouse. Avec les années, il avait prit en musculature, pas aussi épatante que Henry qui était devenu une bête de muscu, mais plutôt de manière athlétique, les deux amis se retrouvaient toujours dans la même salle. C’était là qu’ils pouvaient passer du temps ensemble. Comme à chaque fois, il fit signe à une serveuse de venir à lui et prit son premier verre de la soirée. Des couples venaient les saluer, félicitant d’ailleurs Garrett pour ses prouesses juridiques. Il les laissaient le féliciter sans pour tant se gloser de sa réussite. Il n’était pas totalement devenu un homme sans coeur, disons qu’il était comme lobotomisé.

    L’exposition était intéressante, bien menée et très riche. Souvent ces soirées servaient surtout de retrouvailles pour les riches, et de lieu de représentation. Mais Garrett aimait se balader pour visiter ces expos, de plus, il aimait toujours autant ce Musée et se promit d’emmener Jasmine voir les momies et les sarcophages exposés.

    Il buvait son quatrième verre de la soirée quand il vit Henry au loin avec Q’. Fort heureusement, Elena l’avait enfin quitté pour rejoindre son clan permettant ainsi au blond de s’échapper. Il s’approcha du vieux couple d’ami et les salua. Henry lui souriait quand Q’ lui tournait volontairement la tête. Cela amusait quelque peu le blond qui se penchait vers elle, « Bonsoir Q’.. J’ai lu ton dernier article sur les liens intergénérationnels. Je l’ai adoré », essayait-il de dire gentiment mais elle préféra s’échapper et rejoindre la foule, « Diable qu’elle est rancunière.. », répliquait-il à un Henry amusé.

    Le brun tenta de le rassurer en lui expliquant que les années d’internat étaient compliqués, surtout pour elle qui était une femme. Même si elle ne lâchait rien, elle était quand même fatiguée de se battre, « Je pourrais financer une branche qui servait à payer ses études, vos études. Henry laisse moi vous aider ». Henry refusait systématiquement que son ami l’aide, il savait que Q’ le prendrait mal, elle considérait l’argent du blond comme indécent. Pourtant, Garrett était généreux. Dès qu’il le pouvait, il redonnait son argent à des associations, mais l’amérindienne considérait qu’il cherchait simplement à se faire pardonner de l’inexcusable.

    Alors que les garçons discutaient comme à leur habitudes de stupidité farouches, notamment des dernières conquêtes de Garrett. Si Henry s’amusait de ces situations, Q’ en était horrifiée. le mariage était bien trop important pour elle pour qu’on puisse jouer avec. Garrett racontait alors sa dernière histoire avec une hôtesse de l’air lors de son voyage au Japon quand son regard croisa deux perles sombres. Aussitôt il se figea, son verre en main en sentant son coeur se stopper.

    « Oh.. Oui, je n’ai pas eu le temps de te prévenir mais Anya est là. C’est elle qui a mené l’exposition », Garrett entendait à moitié ce que disait Henry. Son coeur ne battait plus et ses yeux étaient rivés à elle si belle dans sa robe de soirée, si richement habillée. Elle était encore plus belle que dans son souvenir. Il avait envie de fuir, se sentant minable. Soudain, leurs regards se croisèrent et elle le vit. Il ne pouvait plus fuir. Allait-elle le reconnaitre au bout de cinq ans ? Le haïssait-elle ? Comment cet amour de jeunesse pouvait-il encore l’ébranler de la sorte ?

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    C.

    Elle parle pour meubler un silence qu’il n’arrive pas à combler. Elle parle de la pluie, du beau temps. Une part de Garrett est scandalisé devant cette distance qu’elle lui impose, mais encore plus en voyant le grand brun qui l’accompagne et qu’il fusille du regard. Ce même gars qu’il l’avait vu embrasser.

    En effet, un an après le départ de Anya et après une énième demande de garde au juge des affaires familiales qui lui avait été refusé, il s’était rendu spontanément en Angleterre. Anya lui manquait cruellement, ils n’avaient pas communiqués depuis tout ce temps mais il avait besoin d’elle. Il la chercha toute la journée pour finalement la voir sortir d’un bar hilare dans les bras de cet homme qui l’avait embrassé. L’envie de tout détruire l’avait submergé mais ce n’était pas une raison pour détruire ce que la jeune femme avait construit. Il était donc rentré et le lendemain avait demandé Elena en mariage pour pouvoir obtenir la garde de Jasmine. Ainsi, son destin était ficelé et il ne pourrait jamais s’en débarrasser.

    Or là, dans l’instant présent, elle se trouvait devant lui, si belle et désirable. Son appétit d’homme pour les femmes surgissait et des pensées brûlantes l’assaillaient. Mais malgré tout cela, il souffrait. Il souffrait de savoir qu’il ne s’agissait que de fantasmes et qu’elle avait donné son coeur à un autre visiblement de bonne famille et qui vivait son rêve à lui, celui de tenir Anya dans ses bras. Penchant la tête sur le côté, il vit l’alliance de la jeune femme au bout du doigt confirmant alors ce qu’il redoutait.

    Que dire dans ce genre de moment ?
    La féliciter serait mentir et elle le saurait. Elle le connaissait trop pour connaître la vérité sur son visage.
    Il devait paraître si guindé, si froid, si distant. Il se sentait si minable devant elle.

    « L’exposition est très bien réussie. J’avais déjà prévu d’amener Jazzy dans la semaine j’ai donc intérêt à me dépêcher », finit-il par articuler d’une voix basse, « C’est surtout le père de Henry qui est content. Je suis son associé depuis un an maintenant, les affaires fonctionnent bien. Je ne suis pas à plaindre, enfin, tout dépend de quel côté on se situe je devrais dire ».

    Garder cette distance était nécessaire pour ne pas craquer. Alors qu’il finissait son verre, il le déposait sur le plateau d’un serveuse qui passait et avec qui il avait l’habitude de coucher après ce genre d’évènements. Il ignora son regard appuyé et observa la salle. Son regard tomba sur le fameux Ben que Q’ semblait aduler. Un rire mauvais s’échappait des lèvres du blond qui enfouissait ses mains dans ses poches,. Il haïssait ce gars et n’avait qu’une envie, se jeter sur lui. Elle du le sentir car elle allait se justifier, il le sentait, aussi il la prit de court « J’ai appris pour ton père », changeait-il de sujet avant d’être méchant avec l’ennemi numéro un, « Je suis sincèrement désolé pour lui. Ce n’est décidément pas juste.. Surtout après tout ce qu’il a vécu. Comment vas-tu toi ? »

    Mais alors qu’il s’inquiétait vraiment pour le père de son ex-petite amie et qu’il reposait ses prunelles sur elle, un homme d’une haute stature et très vieux vint le saluer en italien. Garrett parlait couramment la langue et le salua avec un sourire de circonstances. Il voyait déjà Anya prête à s’enfuir mais il ne pouvait se résoudre à la laisser filer. Peu importe si la situation était étrange, il avait quand même besoin d’être auprès d’elle. Il coupa rapidement court à la conversation et se concentra de nouveau sur la jeune femme, « Désolé.. Le boulot », se justifiait-il avant de l’écouter évoquer son père, « Georgina serait heureuse de te revoir. Je peux lui donner ton numéro si tu n’y vois pas d’inconvénients et si.. et si tu restes quelque temps ici ».

    Le petit démon en lui faisait des triples salto arrière suite à sa question. Voyant Anya hésiter, il sortit l’air de rien sa carte de sa poche de veste, comme le ferait un espion et nota le numéro de la vieille femme derrière, « Appelle.. Si tu as besoin de quoi que ce soit. Pour ton père, pour toi. ».

    Même si son travail ne lui laissait pas ou peu l’opportunité, il n’en restait pas moins un homme qui aimait aider et qui avait vraiment à coeur d’être présent pour ses proches. Leurs doigts se frôlèrent lorsqu’il lui tendit la carte et cette étrange et enivrante électricité l’envahit. Leurs peaux se connaissaient. Dissimulant son trouble et entendant Elena derrière qui faisait un de ses scandales habituel, il toussa en retirant vite ses doigts, « Je dois y aller.. Le devoir m’appelle. Tu.. Tu as l’air bien.. En tout cas tu.. tu es encore plus belle que dans mon souvenir. Toujours est-il félicitations pour tout ton travail c’est.. c’est très beau. Tu peux être fière de toi. Je reviendrais avec Jazzy. Elle aussi elle adorera ».

    Puis, rapidement, il tourna les talons et se rua sur son épouse qu’il entrainait autre part. Ce moment avec Anya ébranlait toutes ses certitudes, toutes ses peurs. Elle avait toujours su lire en lui, le rendre sensible. Et là, elle venait étaler sa réussite et son bonheur avec ce gars dont il rêvait d’écraser le visage sur le sol. Ses vieux démons fulminaient, prêts à attaquer. Elena était déjà bien saoule et il était temps de rentrer. Avant de partir, il donna un précieux chèque qui serait l’un des plus énorme de toute la soirée. Mais Garrett avait beau mettre le plus de zéros possible, il n’en restait pas moins malheureux, triste et seul. Dans la voiture qui les reconduisaient, Elena riait. Elle était satisfaite d’avoir vu Anya, son ennemie de toujours, « Elle est si pathétique avec toutes ses vieilleries.. Vieilleries ensemble, ahahah ». Elle riait, s’époumonait satisfaite du sort de sa rivale. Garrett tenait bon et une fois qu’elle fut descendue de la voiture, la poussa littéralement dehors. Le portier l’aida à se relever et Garrett reprit la route en direction d’un bar. Ce soir il ne rentrerait pas et il oublierait tout ce qui s’était passé de cette soirée.

    Il ne rentra qu’au petit matin et dans un piteux état. Georgina était déjà réveillée et regarda son protégé rentrer avec beaucoup de tristesse. Une vie ruinée, pensait-elle. Elle lui servit son café et prit ses vêtements couverts de vomi, d’odeur de cigarette et de parfum de strip-teaseuse de bas étage. Sans un mot, il se rendit ensuite sous la douche, une longue et brulante douche pour essayer d’effacer la misère de la veille. Il cognait sa tête contre le mur de la douche mais tout se mélangeait dans son esprit. Anya, avant, Anya maintenant. Cet homme qu’elle aimait et la jalousie violente que cela créait chez lui. Il aurait tellement aimé ne jamais la revoir.

    Une fois sa douche prise, il vit que Elena dormait toujours. Elle avait pris des médicaments. Elle ne se réveillerait que dans l’après-midi. On était samedi et Jasmine n’avait pas école. Alors, Garrett s’habilla d’un simple jean et d’un t-shirt avant de rejoindre sa fille qui mangeait avec sa gouvernante. En la voyant, tout de suite il allait mieux, il embrassait sa chère tête blonde et mangea le délicieux petit déjeuner de Georgie. Il annonça à sa fille qu’aujourd’hui ils iraient au musée ce qui faisait crier de joie la petite fille. Une journée avec son père c’était le rêve. Habillée de sa jolie robe bleue qui était assortie à ses yeux et de ses cheveux long blond et lisse, elle était prête pour une aventure avec lui. Munis de ses lunettes de soleil et de sa veste en cuir, contrairement à la veille, il avait cet allure de baroudeur.

    Une fois arrivés au musée, ils se rendirent directement à l’exposition. Jasmine observait tout avec une attention certaine sur les épaules de son père. Les visiteurs étaient venus nombreux pour contempler les artefacts de l’exploratrice. Elle était curieuse et notait tout dans son carnet comme le faisait les journalistes. Jasmine adorait écrire et tout noter de ce qu’elle voyait pour être certaine de ne rien oublier. Son père s’amusait à lui raconter des histoires loufoques sur les égyptiens, comme les momies qui reprenaient vie lors des pleines lunes ou encore des serpents qui chantaient. Cela faisait rire la petite fille qui adorait toutes les histoires de son père.

    Un instant, Garrett la reposa sur le sol car il avait un appel. C’était l’époque des tous premiers portables. Il sortit le sien et s’isola un instant dans un coin. Un dossier urgent avait besoin de lui. Mais alors qu’il se concentra deux minutes sur son appel, il perdit Jasmine du regard.

    « Jazz ? Jazzy ? Jasmine ?? »

    Pendant qu’il la cherchait affolé, la petite fille avait continué son tour fascinée par ce qu’elle contemplait. Curieuse, elle se rendit même dans une salle qui étaient interdites aux visiteurs. Elle s’approchait alors des sarcophages fascinées et en toucha même un pour voir si la momie allait réveiller. Alors qu’elle s’approchait, elle entendit la voix d’une femme l’interpeller. Prise sur le fait, la petit paniqua et s’excusa aussitôt les larmes aux yeux, « Pardonnez-moi Madame.. Je.. Mon papa dis que les momies reviennent à la vie et je.. je voulais moi aussi le voir.. », sans le savoir, Jasmine venait de rencontrer Anya. La petite fille lui raconta alors toutes les histoires rocambolesque de son père tout en s’excusant sincèrement d’avoir passé la corde de sécurité, « Ne le dites pas à maman.. Elle ne va pas être contente et crier.. Je.. J’ai peur quand elle crie.. Surtout quand papa n’est pas là, s’il vous plaît.. Je promet d’être plus gentille.. », les larmes aux yeux, elle suppliait littéralement Anya de ne pas la dénoncer.

    Garrett tournait en rond dans le musée cherchant la petite tête blonde. Soudain, il entendit le « papa » de sa fille et il se retourna. Elle était près d’Anya ce qui allait définitivement l’achever, « Jasmine ! », rugissait-il fou de colère et de peur. Agrippant ses petits bras et à genoux devant elle, il la sermonna, « Tu devais rester près de moi, m’attendre Jasmine ! Tu te rends compte de la peur que j’ai eu ! Ne fais plus jamais ça c’est compris ? Plus jamais ! », elle s’excusa et il la serra longuement contre lui en essayant de retrouver son calme. Il finit par lever les yeux et tomba sur les prunelles sombre de Anya. Se relevant et portant la petite fille dans ses bras il l’observa avec attention, « Merci.. J’espère qu’elle n’a rien cassé.. ».

    Jasmine rassurait aussitôt son père qu’elle n’avait rien fait et lui montra ses nombreuses notes sur tout ce qu’elle avait vu. Garrett retrouva son sourire, le sourire tendre et détendu en contemplant la douce petite fille qui énumérait avec beaucoup de sérieux et d’application toutes les recherches de Anya, « J’ai reconnu la dame de ton livre papa », dit-elle en évoquant le livre photo, « J’ai dis à la madame qu’on lui payerait une glace papa.. On peut ? Moi je prendrais à la vanille et toi au chocolat, hein ? Comme d’habitude.. ». Un rire spontané et tendre s’échappa des lèvres de Garrett qui observait alors la réaction de Anya, ils ne s’étaient jamais croisés en cinq ans et voilà qu’en presqu’un jour ils se voyaient déjà deux fois, « En dédommagement je pense que ce sera possible.. Et pour toi ? », demandait-il à Anya.

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    C.

    Jasmine et Garrett passaient toujours de délicieux moments tous les deux mais la présence de Anya toute la journée avait rendu ce moment encore plus exceptionnel. Même s’ils n’avaient pas vraiment parlé de tout ce qui les avaient liés et de ce qu’ils étaient devenu, tout était fluide, simple, sans prétention et sans aucune gravité. Garrett avait oublié la sensation exceptionnelle qu’il ressentait quand il était avec Anya. Il était simplement heureux, serein. Rien au monde ne pouvait l’atteindre. Jasmine ne faisait que rire, heureuse d’avoir une coéquipière au bowling. Habituellement elle ronchonnait de se trouver toute seule. Elena n’avait jamais voulu les accompagner malgré les supplications de leur enfant. Ils se rendirent vite compte l’un et l’autre qu’ils étaient bien mieux tous les deux. Alors souvent Henry les rejoignaient ou même Georgina. Ils formaient une petite famille soudé l’un et l’autre et c’était suffisant.

    Néanmoins, avec l’arrivée de Anya, Garrett se rendait bien compte que la présence de sa fille ne pouvait suffire. Pendant qu’elle jouait, il la contemplait les yeux brillant aimant la voir rire, sautiller, enlacer Jasmine qui était époustouflée elle aussi par la belle brune. Et qui ne le serais pas ?

    Sans que rien ne soit prémédité, ils passèrent un après-midi d’une douceur étonnante. Jasmine en redemandait à la place de son père et cela l’arrangeait bien. Ce n’était pas lui qui faisait le premier pas mais la petite fille qui faisait le lien entre les deux anciens amants. La perspective de la revoir lui redonnait de l’espoir. La revoir c’était être heureux quelques heures.

    Il la contemplait alors qu’elle s’éclipsait non sans s’empêcher de laisser son numéro de téléphone, infime espoir de bonheur pour Garrett, qui tenait sur ses genoux sa fille rayonnante, « Tu as le même sourire que sur les photos papa », dit-elle avec espièglerie, « Tu es tout beau quand tu n’es pas ronchon ». Garrett riait encore plus et la chatouilla pour se venger gentiment. Quand ils rentrèrent le soir venu, Elena n’était pas là. Elle avait laissé une note signifiant qu’elle partait avec ses copines pour quelques jours. Son absence était bien souvent une source de joie pour le père et la fille qui se savaient parfaitement tranquille pour quelques jours.

    Après le bain et le repas du soir devant un film, Garrett alla coucher Jasmine qui ne faisait que parler de Anya. Elle avait autant envoûté le père et la fille. Jasmine dormait profondément et Georgina alla aussi se coucher par la même occasion. Garrett restait seul, dans le salon, ne trouvant pas le sommeil pour changer si ce n’est qu’habituellement il se rendait dans un bar pour traîner, ce soir, il n’avait qu’une envie, retrouver la brune.

    Pensait-elle à lui comme il pensait à elle ?
    Il se consolait en se disant que la journée d’aujourd’hui avait été si douce qu’ils pourraient sans doute être amis. Cette idée était ridicule mais il se disait que ce serait peut-être suffisant..

    Il prit donc son téléphone et appela le musée. La connaissant elle devait encore s’y trouver. Il appela, près à lui proposer cette solution d’être « amis » comme ils l’avaient été autrefois. Il était sûr de lui, déterminé jusqu’à ce que finalement elle décroche. Là, aucun son ne s’échappa de ses lèvres car il lui était impossible de lui proposer une telle chose. Jamais il n’a voulu être le simple ami de Anya. Il l’avait désiré du premier regard et la désirera toujours. Il eut un bug, son incapacité à parler l’inquiéter et il allait raccrocher mais elle prit les devants.

    C’est ainsi qu’il se retrouva devant l’hôtel de son grand-père, devant la porte de la chambre. C’était si excitant de repasser par ces couloirs, monter les escaliers de fortune pour accéder à l’étage des suites et enfin se trouver devant l’entrée. Il s’arrêta un instant, se demandant si c’était une bonne idée. Elle était sans doute là, derrière la porte à l’attendre. Mais qu’attendait-elle de lui ?

    Le souffle court et dans un élan ferme il ouvrit la porte pour la découvrir devant la fenêtre au fond de la pièce. Leurs regards se croisèrent et c’était comme si leurs corps s’électrisaient. Il savait ce qu’elle attendait de lui puisqu’il le ressentait aussi.

    Anya et Garrett ? C’était depuis toujours une évidence.

    Une fois la porte close et sans un mot, il se rendit jusqu’à la jeune femme et la prit dans ses bras. Ses mains s’agrippaient à sa crinière et son visage s’enfouissait dans son cou. Il humait son parfum comme un drogué, la serrant contre lui avec force et puissance. Ils se touchaient, se caressaient comme si l’un et l’autre étaient persuadés de tenir un fantôme entre leurs mains, « Anya.. Anya.. », murmurait-il jusqu’à ce que ses lèvres fondent sur les siennes. Un baiser langoureux, fougueux et presque sauvage.

    Leurs corps parlaient pour eux. Pressant, pressés, ils se déshabillèrent l’un et l’autre sans se soucier de rien d’autre. Garrett ne pensait à rien d’autre qu’elle et se fondre de nouveau en elle. C’était presque primitif comme retrouvailles. Un besoin pressant de s’agripper au corps de l’un et l’autre, de s’embrasser, de se lécher, de se mordre. Garrett ne lésignait pas à caresser son corps entier encore plus excité par ses feulements si torride. Lorsqu’il l’allongea sur le lit, il pu avec plaisir laisser ses lèvres reprendre possession de son corps. Ils se donnaient l’un à l’autre, sans peur, sans concessions et quand il la pénétra ce fut aussi jouissif que l’orgasme même. Front contre front, lèvres contre lèvres ils bougeaient en symbiose se retrouvant avec cette passion si brutale et frustrée. Ils avaient toujours autant besoin de l’un et l »autre. Ce désir de l’un et l’autre brutal et si intense. Il gémissait son prénom, suppliant et sensuel. Rapidement il finit par jouir son prénom contre ses lèvres et la guida elle aussi dans ce royaume invisible.

    S’écroulant sur son corps, il reprit longuement son souffle. Son visage restait enfoui dans son cou, embrassant sa peau humide. Il était incapable de bouger et du attendre quelques secondes avant de finalement glisser près d’elle. Allongé l’un en face de l’autre, il pu la contempler et laisser avec douceur ses doigts caresser sa peau. Il était toujours silencieux, incapable de dire un mot de peur de briser ce moment de retrouvaille spontané. Pendant qu’elle le laissait le caresser de la même manière, il pu contempler son corps qui l’avait tant hanté. Il aimait voir ses hanches arrondie et ses seins plus rond. Quant à elle, elle pouvait contempler son corps d’adulte, plus athlétique, plus marqué par les efforts physique. Ils avaient changés mais ils continuaient de se plaire mutuellement

    « J’ai peur qu’en parlant tu disparaisses.. », avouait-il d’une voix basse alors que la lumière tamisée les enveloppait d’une ambiance réconfortante. Ses bras enroulaient son corps contre le sien, alors que son front retrouvait le sien. Leurs corps restaient entrelacés dans les draps défaits. Fermant les yeux un instant, il reprit dans un murmure, « Si c’est un rêve que je reste toujours endormi.. Que jamais il ne s’achève ».

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    C.

    Pendant qu’ils attendaient Anya près du restaurant, Garrett repensait à ces deux derniers jours. La nuit si sensuelle avec Anya ou encore ce maudit dîner où Henry l’avait trainé. Maudit Henry. S’il avait sut de quoi retournait ce dîner, jamais il ne serait venu. Tout la soirée il avait fait en sorte d’éviter le regard de Anya. Mais il le sentait, il savait qu’elle était embarrassée. Son fiancé ne voyait-il rien ? Abruti d’aveugle, pensait-il alors que son regard noir l’observait de temps à autre.

    Fort heureusement, la jovialité de Jasmine avait permis de noyer le poisson mais en rentrant chez lui et après avoir couché Jasmine il vint prendre ses gants de boxe et frappa son sac de sable jusqu’à sentir ses muscles lâcher. Il ne dormit pas de la nuit, réfléchissant, pensant. Imaginant cette vie que Anya avait évoqué du bout des lèvres la veille. Une vie tous les deux.. A quoi ressemblerait-elle ?

    C’est à ça qu’il pensa, toute la nuit à cette vie qu’ils auraient pu avoir ensemble. A défaut de pouvoir dormir, il rêvait pensif. Au petit matin, Jasmine était tout excitée. Elle ne cessait de parler de la magnifique robe de Anya et espérait être aussi jolie plus tard. Ils se préparèrent puis se rendirent à l’heure dite tout près du restaurant où Garrett avait donné rendez-vous à Anya. Il faisait beau et relativement bon pour un mois d’avril, le printemps était de retour. Jasmine avait mit sa plus jolie robe pour épater sa nouvelle idole quand Garrett avait opté pour son éternel jean et t-shirt blanc. Son cuir sur les épaules, il expliquait alors à sa fille comment Central Park avait été préservé.

    Mais quand la petite vit Anya, elle se jeta directement dans ses bras sans perdre un instant. La fille et le père étaient subjugués par la divine brune. Il préférait oublier la veille et cette soirée gênante pour se concentrer uniquement sur la belle brune. Après un essai peu concluant au restaurant de Andreï, Garrett suivi les filles jusqu’à Central Park. Il avait déjà décroisé le vieil homme qui demandait alors des nouvelles de sa fille. Garrett avait accepté d’organiser une rencontre mais Anya en avait décidé autrement et il ne pouvait l’en blâmer.

    Il était plongé dans ses pensées, payant les fameux hot-dog lorsque Jasmine posa une question bouleversante et complexe. Les joues de Anya s’empourprèrent et il vint donc s’agenouiller devant la petite qui dévorait avec appétit son repas, « Jazzy.. Je sais que tu aimes beaucoup Anya mais c’est une amie. Tu te souviens de hier soir, nous avons rencontré son.. son futur époux », réussissait-il à dire non sans peine, « Je sais que c’est compliqué avec maman mais tu ne dois pas dire ce genre de choses. Ce n’est pas gentil pour elle », finit-il par dire en caressant sa joue. Se relevant, il finit par proposer de se rendre au petit zoo du parc. Jasmine adorait notait tout ce qu’elle voyait et écrire des articles pour son père. Il les faisaient ensuite relier pour que cela forme un vrai magasine qu’il lisait tous les dimanches pour ensuite débattre de ce qu’elle avait écrit.

    Pendant qu’elle courait de vitres en vitres pour observer les animaux en captivité, Garrett avoua à Anya qu’il était désolé des mots de sa fille, « J’essaie de minimiser l’écart entre elles mais c’est compliqué.. Elena ne s’occupe pas d’elle, jamais. Jazzy le sait et elle cherche une mère pour pallier à son besoin ». Il se justifiait même s’il savait qu’elle connaissait Elena et que comportement n’avait rien de surprenant. Tout le monde savait que Jasmine avait été conçue pour que Garrett reste, « Je ne veux pas qu’elle se sente responsable de moi.. Elle n’a rien demandé, elle est innocente. Alors j’essaie de m’occuper d’elle le plus possible. Quand je ne travaille pas je passe mon temps avec elle et quand elle dort.. », il s’arrêta là, trop honteux pour lui avouer qu’il avait repris ses vieilles habitudes stupides d’adolescent à coucher avec le tout NY. Non, il ne pouvait décemment pas lui dire.

    « Elle t’aime beaucoup.. Je crois que c’est de famille », dit-il avec un doux sourire avant d’orienter la conversation sur Anya, ses recherches. Il écoutait avec un intérêt total. Il surenchérissait même en évoquant ses propres lectures et théories, « Je suis persuadé que la momie que tu as trouvé avec ta Nefertiti c’est son amant. Un amant caché qu’elle aimait plus que tout et qu’elle ne voulait pas oublier ».

    Ils venaient finalement s’installer sur un banc et il observaient Jasmine se faire des amis au jardin d’enfant. Garrett avait un sourire triste sur les lèvres, ses yeux brillaient d’une émotion que lui-même n’aurait pas su qualifier. Mais alors qu’il contemplait sa fille, il repensa à Andreï et à la fuit d’Anya, « Je le vois de temps en temps.. Andreï. Je l’ai croisé un soir dans une compétition de boxe. Il avait des paris et je participais. J’ai perdu ce match là, j’étais trop bouleversé en le voyant. De temps en temps je vais manger à son restaurant, Jasmine adore y aller. Il la gave de glace au chocolat ».

    Son visage se tournait alors vers la brune et son bras sur l’accoudoir du banc lui permettait de caresser son dos avec douceur. Des cercles, comme il faisait lorsqu’ils étaient adolescents, « Je ne voulais pas te piéger tout à l’heure excuse-moi », confessa-t-il en entremêlant ses doigts à sa crinière, « Il ne cherchera pas à te contacter, il me l’a promis. Je ne veux pas que tu te forces à le revoir si tu n’en n’as pas envie ». Comme toujours, il essayait de penser en priorité aux besoins et aux envies d’Anya. Mais alors qu’elle allait s’exprimer certainement sur son père, il osa demander, « Tu l’aimes ? Ce gars.. Là.. Ben.. Tu l’aimes ? ».

    C’était terrible comme sensation. Leurs yeux se croisèrent et Garrett eut si mal que ses yeux brillèrent. Oui, il redoutait cette réponse qui le tourmentait depuis des années et dont il avait pourtant une certaine idée. En effet, jamais elle ne serait restée avec un autre si elle ne l’aimait pas un minimum, « J’aurais tellement aimé que ce soit différent. Avoir plus de temps.. Je te souhaite d’être heureuse Blackbird. Tu mérites tout le bonheur qui est possible.. Alors vit, soit heureuse ». Sa main venait caresser sa joue avec une extrême douceur alors qu’il rêvait de fondre ses lèvres sur les siennes, ô oui il le désirait si fort. Il caressa simplement la rondeur si douce de sa joue, déposa un baiser sur son front avant de vite ranger ses mains dans ses poches et de se relever.

    Il fit signe à Jasmine de revenir et cette dernière accourue toute heureuse en montrant ses croquis à son père, à genoux devant elle, il lui signifia qu’ils allaient partir et qu’ils devaient dire au revoir à Anya. La petite fille fit une moue de tristesse et vint se blottir dans les jambes de Anya, « Tu ne m’oublieras pas, hein ? Promis tu reviendras nous voir vite ? »

    Garrett regardait ailleurs, incapable de jeter un oeil sur cette scène. Jasmine avait les larmes aux yeux. Elle déchira de son carnet une page de son brouillon de journal qui relatait les deux journées passées ensemble, « C’était mon édition spéciale tu la gardes ? Comme ça tu seras obligée de me la ramener et de revenir nous voir ». Maligne comme son père avec sa moue adorable. Elle se blottie contre sa nouvelle amie et la remercia d’avoir été si gentille avec elle.

    Dans un élan spontané, Garrett vint à son tour enlacer la jeune femme et déposa un baiser sur sa tempe avant de murmurer dans un bulgare parfait, « Je t’aimerai toujours ».

    Le père et la fille repartirent direction la maison. En rentrant, Garrett fit promettre à Jasmine de ne jamais parler de ce moment avec Anya à sa mère, « Maman sera triste si tu lui dis que nous avons été au Zoo sans elle », Jasmine n’en croyait pas un mot et plongea dans un profond mutisme le reste du temps. Garrett espérait qu’elle ne révélerait jamais le secret, non seulement pour la protéger de Elena mais aussi protéger Anya. Malgré qu’elle ne soit pas directement dans sa vie, Elena savait que sa rivale resterait toujours une menace pour la vie qu’elle s’était assurée d’avoir et que cette famille était terriblement fragile.

    Garrett en eut la confirmation une semaine après le départ de Anya. Ils s’étaient résolus à ne pas se revoir. De toute manière, Q’ fit en sorte que cela ne se produise plus puisqu’elle passa le plus clair de son temps avec son amie. Sans doute haïssait-elle encore plus Garrett qu’il ne l’aurait cru. Mais il devait se faire une raison, Anya allait épouser un autre homme et il devait être adulte, la laisser vivre sa propre vie. Néanmoins, Elena n’était pas dupe et après avoir cuisiné Jasmine, elle obtient ce qu’elle désirait. La preuve que Anya avait approché sa famille.

    Jasmine était dans la chambre, recroquevillée sur elle-même à pleurer. Sa mère avait hurlé toute la journée et cette fois-ci elle s’en prenait à son père. Elle savait que c’était de sa faute, qu’elle n’aurait pas du parler et qu’elle avait trahi le secret de son père. Comme toujours durant ces crises, Garrett faisait en sorte de protéger Jasmine et prenait les coups sans sourciller, il savait que c’était ce qu’espérait Elena. Alors il restait statique, inerte. Seulement, cette fois-ci, les menaces de Elena étaient plus violentes, « Je vais la tuer, je te jure que je vais la tuer. Elle m’a tout pris ! Nous étions si heureux avant ! Je vais la tuer ! », Garrett sortit aussitôt de sa transe et vint la secouer fermement avant de se mettre à son tour à hurler, « Je suis là ! Je suis là avec toi alors je t’interdis d’aller voir Anya ! Je t’interdis formellement de l’approcher tu m’entends ?? Je suis resté avec toi pour la sauver oui ! Mais je suis là avec toi alors je t’interdis de l’approcher ! ». Pour la première fois depuis des années, Elena se calma. Sans doute eut-elle peur du regard violent et destructeur de son époux qui était visiblement prêt à tout pour protéger l’absente. Mais il sommeillait malgré tout une violente vengeante que personne n’aurait pu présumer.

    En effet, quelques mois plus tard, après s’être assurée de source sûre que Anya se soit bien mariée, Elena décida spontanément en pleine journée d’emmener Jasmine dans la maison de campagne de ses parents, dans le Maine. Georgina appela sans relâche le bureau de Garrett mais ce dernier courait de réunions en réunions, si bien qu’il eut l’appel de Georgina que bien tardivement et la rappela alors qu’il sortait de réunion, « Que se passe-t-il Georgie ? Jazzy va bien ? ». La vieille femme hurlait au téléphone que Elena l’avait emmené de force et qu’elle était beaucoup plus étrange que d’ordinaire. En fouillant elle avait trouvé toutes les pilules pour limiter sa démence qui avaient été dissimulé dans un coffret, « Elle a dit qu’elles partaient pour un long voyage Garrett je.. j’ai peur pour Jasmine. J’ai peur pour sa vie. »

    Et elle n’était pas la seule. Garrett conduisait rapidement, imprudemment. Il n’avait que la location de Elena. D’après Georgina, elle avait décidé d’emmener Jasmine dans la maison familiale de ses parents près des Hamptons. Il y avait alors une forêt fulgurante et aussi des falaises avec des pic vertigineux. Garrett avait peur pour la vie de Jasmine. Elena avait déjà essayé à plusieurs reprises d’attenter à la vie de leur fille mais il était toujours arrivé à temps. Là, un horrible pressentiment le guidait. Quand il arriva à la maison, il vit que tout était ouvert et qu’il y avait de la lumière. Les parents de Elena était présents et ne comprenaient pas l’arrive inopinée de Garrett.

    « Où sont-elles ?! », hurlait-il à sa belle-mère en la secouant sans ménagement. Elle lui tendit alors sa main tremblante en direction de la plage où il savait que la falaise était la plus dangereuse. La relâchant violemment il courut jusqu’au lieu où il avait demandé Elena en mariage quelques années plus tôt, comme elle l’avait exigé. Toute cette mascarade, tout s’emmêlait dans sa tête, tout lui revenait avec une précision éclatante. Elle l’avait détruit et elle allait continuer. En arrivant sur le lieu, Elena riait en se vidant de son sang. Elle venait de se couper les poings. Garrett fit un rapide garrot et la secoua en hurlant, « Où est Jasmine ?? Où est Jasmine ?? », il pleurait même, la suppliant même de lui redonner sa fille.

    Au loin, les parents de Elena et la police arrivaient. Garrett ne cessait de la secouer en lui hurlant de lui redonner sa fille. C’est alors que la blonde sourit amusée, fière de l’état dans lequel se trouvait son mari, « Tu es venu me sauver mon amour », murmurait-elle faiblement, « Elle ne nous dérangera plus jamais.. Le vilain petit oiseau à pris son envol.. Elle a volé avant de disparaître.. », elle riait encore plus même si la vie la quittait. Garrett la relâcha, blême pendant que la police prenait la relève. En s’approchant du gouffre, il vit en bas le doudou de Jasmine qui baignait dans une crevasse d’eau mais il n’y avait aucune trace de son corps.

    Jasmine avait tout simplement disparue.

    Toutes les recherches furent mises en oeuvre pour la retrouver, ou du moins, retrouver son corps. Garrett était dans un état léthargique. Il ne pouvait pas y croire, Elena mentait. Elle avait dit aux inspecteurs que Jasmine s’était jetée du haut de la falaise pour récupérer son doudou et qu’elle avait voulu se suicider en voyant sa fille tomber. Mais Garrett avait encore en tête les mots de son épouse, « Sans doute était-elle choquée et elle a perdu beaucoup de sang Monsieur Hedlund.. Votre épouse est connue pour beaucoup divaguer n’est-ce-pas ? » avait répliqué l’inspecteur en charge de l’enquête.

    Garrett était seul, seul au monde.
    L’enquête dura à peine une semaine. Un corps perdu dans l’océan, voilà ce qu’était devenu sa fille. L’enterrement eu lieu mais Garrett ne délivrait aucune émotion. Il était mort, aspiré de toute vie. Henry était venu, Q’ aussi. Elle avait pleuré, il le voyait à ses yeux. Elle avait une profonde pitié pour lui mais il s’en fichait. Le soir même, alors que tout le monde était chez lui, il se réfugia dans la chambre de la petite fille. Rien n’avait bougé depuis son départ.

    Lucrecia s’était approchée de Henry et Q’, larmoyante, « J’ai peur pour lui.. Pour sa vie.. Jasmine était la seule source de joie qu’il avait », avouait-elle tout bas, « Il ne parle pas.. Enfin, plus depuis les interrogatoires. Il est persuadé que Elena l’a.. l’a.. l’a.. bon sang, c’est effroyable ». Q’ osa prendre la jeune femme dans ses bras et la serra longuement. D’un regard, elle conseilla à Henry de rejoindre son ami pendant qu’elle s’occupait de sa soeur. Ensemble elles purent se consoler et parler aussi d’Anya qui manquait à Lu. Pendant ce temps, Henry vint s’asseoir près de Garrett qui ne réagissait toujours pas. Assis sur le sol, il contemplait comme à demi-mort les jouets de sa fille, de temps en temps, il levait le bras pour boire au goulot bouteille de whisky.

    « Tu devrais peut-être boire un peu d’eau pour compenser ou au moins manger un peu », essayait de dire Henry, « Pas de leçon de morale Cavill, ma fille est morte », répliquait alors Garrett sans aucune émotion dans la voix. Henry se sentait désabusé, complètement inutile. Que dire dans un tel moment. Il resta donc assis près de lui, sans rien dire, se contentant simplement d’être là.

    Au lendemain, Garrett avait disparut. Il était partit sans rien emmener. Il avait laissé argent, identité, affaires, ni même de lettres. Il avait conduit jusqu’à Montauk pendant la nuit et prit le bateau de son grand-père. Il avait tout simplement disparu.

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    C.

    Je ne me lasserais jamais de ces yeux..

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    C.

    Qu’il était aisé de disparaître. Garrett n’avait rien laissé derrière lui, il s’était emmuré dans un profond silence que personne ne comprendrait. Mais il s’en fichait. Il devait partir, s’enfuir et ne jamais revenir. Que lui restait-il après tout ? Sa fille morte, Anya mariée, un travail abjecte, des amis qui travaillent et qui ont un but. Il n’y avait plus rien pour lui. Plus personne. C’était la solution de facilité mais en même temps, il n’était capable de rien d’autre, alors autant se laisser porter par les éléments. Il dériva longuement en mer, sans chercher à s’arrêter. Il voulait nager en plein océan Atlantique mais les vents le conduisirent le long des côtes caribéennes. Son bateau le conduisit jusqu’à Cuba, le Panama, le Guatemala, les Bermudes, Hawaï. Des endroits paradisiaques qui étaient contraires à son humeur. Il n’était que douleur. Ses cheveux avaient poussés et sa barbe aussi. Il avait cet air de baroudeur un peu hirsute qu’il ne fallait pas approcher.

    Il avait finit par trouver du travail sur des chantiers où il travaillait. Il construisait des écoles, des immeubles. Son mutisme et sa conscience professionnelle plaisait à ses patrons qui l’engageait aussi, ils lui proposèrent rapidement d’autres boulots notamment pour piller des tombes et autres lieux de cultes. Garrett acceptait, il ne demandait rien. Il n’avait presque plus conscience de rien ni des autres. Rien n’était en mesure de l’émouvoir. Il était mort de l’intérieur.

    Malgré tout, la vie était une chienne qui voulait l’anéantir.
    Il fit une escale au Mexique, à Tulum. Magnifique ancienne cité où il y avait beaucoup de lieux à découvrir et de trésors à chercher. Comme à son habitude, Garrett se mit au travail avec ses collègues. Il lui arrivait souvent de penser que ce qu’il faisait était mal, il pensait au travail de Anya qu’il lui volait. Et en même temps, il se disait que c’était une punition pour l’avoir oublié et n’être jamais revenue à lui. C’était petit, mesquin, mais il n’était capable de cela.

    Souvent, le soir, il était sur son bateau et il attendait que le temps passe. Il ne supportait plus de dormir. C’était effroyable comme sensation, les rêves étaient trop beaux, trop insupportable pour qu’il puisse y survivre. Alors, souvent, pour s’assommer et oublier, il allait boire. Solution de facilité encore une fois.

    Assis sur sa petite table, dans un coin, il observait la bouteille dont il voyait le liquide s’échapper à chacune de ses gorgées. Le whisky était médiocre mais il avait le mérite de le saouler plus rapidement. Mais alors qu’il était perdu dans ses pensées, un froufrou de jupons attira son regard. Une brune sensuelle, au corps langoureux dansait comme si le démon l’avait possédé. Garrett désirait des femmes qu’il croisait mais depuis tous ces longs mois, il n’avait pu toucher aucune d’entre elles. Elles n’avaient aucun intérêt, elles n’étaient même plus une distraction contrairement à lorsqu’il vivait à NY.

    Son oeil était captivé par la brune qui se languissait du contact des autres. Garrett se sentait attiré sans vraiment comprendre jusqu’à ce que son visage apparaisse. Elle était le sosie d’Anya. Un parfait et ténébreux sosie. Enivré, complètement épuisé par le travail, il croyait voir une vision. Se levant et titubant jusqu’à la piste, il réussit à agripper son poignet dans le sien quand un homme essaya de poser ses mains sur elle. C’était intolérable. Tellement impossible de voir cette ressemblance. Son Anya est toujours pure, douce, délicate.

    Ils se faisaient face et il voyait trouble. Stupéfait il allait dire un mot mais elle le prit de court. Elle lui ordonnait de partir. Ses yeux étaient noirs d’une haine certaine et sa voix froide. Une reine des Enfers. Il la retint silencieusement en agrippant son bras et elle le gifla. Sonné par la violence spontanée de cette gifle, il se retrouva surpris et dessaoula instinctivement. Sa voix.. Si similaire à Anya. Rêvait-il ?

    Bien souvent, quand il rêvait, Anya était toujours douce, tendre et lumineuse. Il aimait cette version d’elle, simplement heureuse et où il l’entendait toujours rire. Une Anya fantasmée, il devait l’avouer. La jeune femme ne pouvait pas être Anya. Il y avait trop de douleur et de colère dans son regard. Il allait abandonner mais son bon sens lui rappela que ce n’était pas normal, une telle ressemblance. Aussi, il décida quand même de suivre le couple. Sa conscience lui hurlait de rebrousser chemin mais il devait en avoir le coeur net.

    Tel un zombie, il suivait sans bruit le couple qui finissait par atterrir dans un hôtel miteux. Par chance la porte resta entrouverte si bien qu’il pu ouvrir la porte sans aucune gêne. A califourchon sur l’homme, il vit alors la brune se déhancher et il eut un choc, « Anya… », balbutiait-il livide, « C’est.. C’est impossible.. ». L’homme sous elle protestait en espagnol, l’insultant mais Garrett s’en fichait royalement. Comme à son habitude, en bon sauveur, il cherchait à protéger la jeune femme. Il arrivait jusqu’à elle et la poussa de son nouvel amant, « Rhabille-toi », ordonnait-il avant de repousser l’homme qui essayait de l’attaquer, « Je te ramène.. Rhabille-toi ! »

    Mais elle résistait, hurlant un milliard de choses qu’il n’entendait pas et qu’il ne comprenait pas. Il avait la tête en vrac à cause de l’alcool et alors qu’il allait lui hurler dessus il frappa sans ménagement le mexicain qui s’écroula sur le lit, mais ce dernier n’était pas aussi alcoolisé que Garrett si bien qu’il réussit à se redresser au moment où le blond suppliait Anya de l’accompagner. Dos à lui, il ne vit rien et se fit frapper violemment à la tête à cause d’une bouteille.

    Écroulé sur le sol, il sentait juste les bouts de verres sur sa tête et entendait les cris de rage de la jeune femme.

    Sa tête lui faisait mal, très mal. Allongé sur un lit au matelas dur il grogne, la bouche pâteuse. Il a soif et il a terriblement mal à la tête. Un grognement s’échappe de ses lèvres alors qu’il s’assied sur le lit difficilement. En regardant autour de lui, il reconnait la chambre d’hôtel de la veille. Que fait-il donc ici ? A-t-il rêvé ? A-t-il agressé un couple sans problèmes ? Il allait s’enfuir quand la porte s’ouvrit avec fracas laissant surgir un éclair de soleil puissant. Son bras venait dissimulé ses yeux, aveuglé par le soleil. Son esprit se réveillait mollement et son ouïe était troublée par la voix si familière.

    Il n’avait donc pas rêvé ?

    La porte était close et Anya se tenait devant lui. Le regard fermé et le visage sombre. Il se sentait pitoyable, misérable avec sa chemise hawaïenne délavée, son pantalon crasseux, ses cheveux long et sa barbe de trois jours, « Qu’est-ce.. Qu’est-ce que tu fais ici ? », demandait-il ahuri en la voyant ainsi devant lui telle une déesse furieuse qui allait tout détruire, « C’est.. C’est Henry qui t’envoie ? »

    Mais alors qu’il attendait sa réponse, on tambourina à la porte. Visiblement c’était la police. Sans perdre un instant, il prit la main d’Anya dans la sienne et les enferma dans la salle de bain, « Passe par la fenêtre.. Vite ! ». Rapidement donc ils passèrent l’un et l’autre par la petite lucarne pour finir par s’enfuir dans la petite ruelle. Ils coururent un moment avant de rejoindre le trafic. L’alcool et la clope n’aidaient pas aussi il toussait en crachant ses poumons une fois qu’ils furent loin de la police, « Putain de merde.. ah… je n’avais pas autant couru depuis un bail », soupirait-il en s’accrochant à un étal de fruits et légumes.

    Ils étaient entourés d’une foule de monde et pourtant il se sentait comme seul au monde. Le regard de la brune le fixait toujours, sans aucune douceur ni même joie. Elle semblait si colérique, « Où est Ben », demandait-il, « A moins que vous vous soyez mis à l’échangisme je ne suis pas persuadé que M. Parfait soit très content de te voir sur l’inconnu du bar qui soit dit en passant m’a assommé et dénoncé à la police. »

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    C.

    Les mots de Anya étaient on ne peut plus clair. Elle ne le détestait pas, elle le vomissait. Littéralement. Mais ne se rendait-elle pas compte qu’il était mort de toute manière ? Elle le quitta violemment en plein centre ville après une gifle cinglante, une nouvelle. Il serait judicieux pour lui de ne pas s’approcher d’elle à l’avenir. Si douce autrefois, la voilà désormais piquante et brutale. Puis, la rencontre au bar n’arrangea rien du tout non plus. Elle déversait son venin sans se soucier des répercussions. Mais Garrett ne répliquait pas. Il ne disait rien. Il restait à distance de la violence anya-esque qui pourrait définitivement le tuer. Elle le haïssait et il se disait que c’était tout ce qu’il méritait. Et puis.. a quoi lui servirait-il de crier ?

    Elle n’était pas venue pour le sauver ni l’aimer.

    Mais malgré cette distance, sa non-réaction, il était affecté de la voir dans cet état de violence et de colère. Jamais il ne lui avait souhaité un tel déchargement. Était-ce vraiment ça, sa disparition qui l’avait si profondément affecté ? Il se sentait réellement désemparé devant la jeune femme et son instinct de protection ressurgit. Il ressurgit même beaucoup plus qu’il ne l’aurait voulu. Alors qu’il la raccompagnait, toujours silencieux, jusqu’à sa chambre, il constata la décharge publique dans laquelle elle vivait. Elle toujours si soigneuse avait totalement vrillé et semblait ne plus faire fit de rien.

    Mais alors qu’il observait autour de lui la pièce avec un désarroi dissimulé, elle l’attaqua férocement une autre fois. Une attaque qu’il trouvait mesquine et complètement fausse si bien qu’il ne pu retenir cette colère qu’il n’avait fait que réprimé, « Oh mais ferme là bordel de merde« , soupirait-il exaspéré en faisant le tour de la pièce qu’il trouvait certes déplorable mais qu’il avait tenté de diminuer devant la douleur de la jeune femme, « Tu te permets de me faire des putains de leçons de morale mais regarde toi dans une glace Anya Sawyer. Oh oui, regarde toi dans une putain de glace et vois ce que tu as fais de toi. Contrairement à toi je sais qui je suis et ce que je cherchais à faire. Je ne m’apitoie pas sur mon propre sort, je ne cherche pas à fuir le bonheur puisque je n’ai plus rien dans ma vie Anya ! Je n’ai plus ma fille. Je n’ai pas épousé la femme que j’aimais parce qu’elle m’a abandonné ! Tu sais quoi.. Va te faire foutre Anya. Tu ne sais rien de ce qu’a été ma vie sans toi. Tu ne sais rien de ce que je traverse. Tu me hurles dessus, tu me frappes, tu t’indignes de ma présence. Tu ne sais rien et tu me juges ! Tu oses me juger ! Toi ! Toi qui était.. Toi qui est.. Et puis merde. Ras le cul de ces conneries. »

    Sans attendre une seconde de plus, il décide finalement de s’enfuir de la chambre en la claquant fermement. Les larmes étaient apparues dans sa gorge. Une fois à l’extérieur, avec son poing, il frappait furieusement contre le mur. Il avait besoin de se défouler. Alors, comme à chaque fois qu’il était en crise et qu’il ne savait pas comment l’extérioriser, il se rendait là où il pourrait se décharger. Aussi, il rejoignit l’un des combats de rue où il se rendait de temps en temps, juste pour gagner de quoi manger quand il n’avait pas travaillé pendant la journée.

    Si Anya buvait, lui se battait. Ils trouvaient dans la violence physique un moyen de se décharger. Garrett était bien connu maintenant. Il avait déjà su mettre k.o. certains de ses adversaires ce qui lui valait une certaine renommée. Ce soir là, il ne mit même pas ses gants. Sa chemise poisseuse retirée, uniquement habillé de son pantalon, il commença le combat. Il avait envie d’avoir mal, pour faire passer l’odieuse souffrance des mots de Anya qu’il a supporté en silence. Il frappe, hurlant de rage faisant de lui un adversaire encore plus dangereux. Il n’avait plus rien à perdre et c’était mieux ainsi, il n’y avait plus aucun regret à avoir. Plus aucun rêve.

    Au petit matin, il était assis sur un banc près de la marina. Il enroulait ses mains de bandages souillés par son sang. Le gars face à lui n’avait eu aucune chance. Garrett était devenu un monstre de violence. Près de lui se trouvait une liasse de billets et une bouteille de whisky bon marché qu’il avait acheté dans une supérette. Le dos voûté, il avait l’air si pitoyable avec ses yeux cernés à regarder le soleil se lever. En repensant aux mots si dur et violent de Anya il ne cessait de se flageller et de se questionner. En effet, sa vie n’avait plus de sens, plus aucun. Anya parlait de sa famille mais que savait-elle de sa famille, de ce qu’elle était devenue. Il bu une nouvelle gorgée et sentit son vomi revenir. En titubant, il retourna à son bateau et tomba à la renverse tant le sol était glissant. Il se rattrapa à l’un de ses cordages mais grogna envers lui-même.

    Que diable faisait-il ? Est-ce qu’il allait pouvoir continuer ainsi ? Quel en était l’intérêt. Alors qu’il revenait dans la cabine, il s’arrêta net, surpris de voir Anya allongée et enroulée dans une multitude de plaid. Son entrée fracassante sur le bateau l’a certainement réveillée. Il vint s’asseoir sur les petites marches, abandonnant sa bouteille dans un coin et posant son argent entaché de sang dans un coin. L’intérieur du bateau n’avait rien à envier à la chambre d’Anya. Nous étions deux âmes décharnées qui souffraient d’un mal difficile à cerner.

    « Si tu es venue pour me hurler dessus de nouveau va faire le autre part. J’ai eu une nuit difficile et je n’ai pas envie de me battre une fois encore.. »

    Son visage avait quelques coups qui l’avait fait saigné. Même s’il avait gagné, il n’avait pas été épargné. Sa lèvre saignait encore un peu mais il passait régulièrement sa langue dessus.

    « Tu sais.. Je suis venu te retrouver.. En Angleterre. », avouait-il d’une voix basse, « Je suis venu pour te voir et te supplier de me reprendre.. Elena me faisait vivre un enfer. Elle exigeait que je l’épouse pour pouvoir voir Jasmine mais je ne voulais pas céder. Pour nous, pour toi. Bref, quand je suis arrivé tu sortais d’un bar et Barnes te roulait une pelle. Tu lui a rendu ce baiser. Tu riais. Je ne pensais pas que j’aurais pu avoir autant mal et pourtant.. »

    Il riait amèrement et bu une nouvelle gorgée de son liquide ambré. Une grimace se formait sur son visage tuméfié. Mais alors qu’il avait visiblement besoin de soin, il préférait décharger son sac à la brune qui pour une fois ne lui hurlait pas dessus.

    « Qui étais-je pour venir te dérober une possibilité de bonheur, hein ? Qu’est-ce que j’aurais pu faire ? Comment j’aurais pu rivaliser ? Alors j’ai fais demi-tour, le lendemain je donnais à Elena ce qu’elle voulait. C’était la suite logique pour tout le monde, non ? »

    Un grognement long se fit entendre alors qu’il se levait. Sans aucune pudeur, il retirait ses vêtements sales et ensanglanté et se mit nu devant elle. La cabine de douche donnait sur le petit espace et il entra à l’intérieur sans fermer la porte. Dos à elle, profitant de la source de chaleur de l’eau il exposait son corps qui avait prit en muscle. Il était encore plus en forme physiquement que la dernière fois. Alors qu’il se savonnait, il continuait sa tirade puisqu’effectivement, cette fois-ci elle l’écoutait.

    « J’ai été égoïste toute ma vie Anya. Même en étant avec toi. Avec tout ce que tu subissais je persistais à t’avoir dans ma vie juste parce que je t’aimais. C’était injuste. Et ça l’aurait était encore plus si j’étais venu te voir après la mort de Jasmine. Je serai venu à toi et ? Qu’est ce qui se serait passé ? Tu avais ton époux, ta vie. Quel poids je pouvais avoir moi.. un amour de jeunesse dans ta vie si parfaitement installée ? Je ne sais pas si j’aurais pu survivre à ton indifférence. Je préfère encore ta colère actuelle. Tu dis que je peux faire encore quelque chose de bien mais tu n’as pas conscience que les deux sont parties.. les deux plus belles choses de ma vie. L’une partie et l’autre morte. Il ne me reste rien Anya. Et le pire finalement c’est que tu oses me dire que tu n’es rien pour moi alors que je souffre depuis presque six ans.. que j’ai souffert cette nuit où nous nous sommes retrouvés. Que j’entends encore Jazzy me dire qu’elle t’aurais voulu comme mère.. Que j’aurais tellement aimé que tu le sois.. Vivre cette vie ensemble, tous les trois. C’est toi qui est injuste Anya de croire que personne sur cette putain de terre de merde ne t’aime pas. C’est ça la pire des insultes.« 

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    C.

    Leurs corps sont entrelacés. D’extérieur, on pourrait croire qu’il s’agit d’un noeud de cordes impossible à dénouer. C’est bien le cas. Si les mains et tout le reste du corps de Anya s’était agrippé à Garrett, lui enfouissait son visage dans son cou. Ses bras, ses jambes, tout s’entrelaçait autour du sien. Ses lèvres, parsemaient des baisers sur sa peau nue. Il n’y avait pas un centimètre qu’il n’avait léché, caressé, goûté. Le souffle court, il humait son parfum qui n’avait pas changé depuis toutes ces années. Anya était et resterait toujours sa drogue préférée.

    Elle lui avait supplié dans un gémissement plaintif et il le fit. Il lui fit l’amour encore, encore, encore. Il passa la journée à la retrouver, l’entendre jouir sans se lasser. Il n’y avait pas de monde en dehors du bateau. Il n’y avait qu’eux. Il ne sortait du lit que pour boire. Manger n’avait aucun intérêt. Il n’avait qu’à mordre dans la cuisse pleine de la jeune femme pour se rassasier. Il était tard dans l’après-midi quand il s’écroula, définitivement épuisé. Allongé face à elle, il s’endormit lentement. Il luttait pour ne pas fermer les yeux mais son corps était épuisé des combats de la veille et de cette matinée orgasmique.

    Cela faisait des mois, des années qu’il n’avait pas dormi si profondément. Il rêva de Jasmine, comme d’habitude, de Montauk, de ce fameux été où il surfait et où il avait aimé Anya la première fois. Mais toute part de joie et de bonheur, le cauchemar revint et il se réveilla en sursaut. Se redressant subitement, il fut surpris de voir qu’il faisait noir et Anya réveillée par son cri. Tremblant, il inspirait profondément en essayant de reprendre ses esprits. Rapidement ramené dans le lit par la brune, il la laissa se caler contre lui alors que son bras se refermait sur elle.

    La nuit était tombée et il contemplait la lumière de la lagune sur le plafond de la cabine. Il se mit alors à raconter son cauchemar, comme elle lui avait demandé. C’était prévisible mais il lui évoqua Elena et ce fameux funeste jour, « Je devais emmener Charlie acheter une robe pour son anniversaire mais j’ai pris du retard au travail. Georgina devait l’emmener mais Elena décida de s’en occuper. Jamais elle ne l’emmenait faire quoi que ce soit. Georgina a essayé de m’appeler plusieurs fois mais j’étais en réunion.. Cela faisait plusieurs jours que Elena ne prenait plus ses cachets et elle avait un comportement.. bizarre.. très bizarre.. Mais c’est Elena en même temps. Je ne voulais pas me formaliser. »

    Il lui raconta la route, l’angoisse. La peur qui ne le quittait pas et l’incompréhension des parents de son épouse quand il arriva au chalet avant de la retrouver sur la jetée. « Elle voulait que je la retrouve. C’est quand elle m’a vue arriver qu’elle s’est coupée les veines. Jasmine n’était déjà plus là depuis au moins deux heures. Elle.. On n’a pas retrouvé son corps. Les gardes côtes pensent qu’elle a été entrainé par le courant. C’est pour ça que je suis partie, j’ai longé toute la côte pour essayer de la retrouver. J’ai voulu l’expliquer à Henry mais il était tellement.. tellement rationaliser », finissait-il par avouer, « Je n’ai rien dit à personne pour ne pas qu’on m’empêche de partir. »

    Autour d’eux, tout était calme, serein. Ses doigts caressaient la peau nue du dos de Anya. Il n’osait pas la regarder alors que des larmes se formaient dans ses prunelles. Il continuait donc de fixer le plafond et le mouvement de l’eau, « C’est moi le responsable de la disparition de Jasmine. C’est moi qui l’ai mise en danger en la laissant avec sa mère », avouait-il avec un sanglot dans la gorge, « Je l’ai laissé entre ses mains alors qu’elle me suppliait à chaque fois de l’emmener avec moi.. C’est moi l’inconscient d’avoir laissé ma fille entre les mains d’une irresponsable Anya. Comment pouvais-je faire face à tout le monde ? Je n’ai pas su m’occuper de ma fille.. Je n’ai pas su la sauver et sauver Elena. Je n’ai fais que les torturer, comme je l’ai fais avec toi. Tout le monde me jugeait en silence Anya.. Tu aurais vu leurs regards.. C’était moi à blâmer, c’était plus simple que de blâmer Elena l’irresponsable. Tout le monde le savait qu’elle allait un jour vriller.. Pourquoi je n’avais pas protéger Jazzy ? « 

    Il portait une culpabilité violente. Sa main libre se posait sur ses yeux et sans qu’il puisse le retenir, ses yeux laissèrent des larmes de souffrance s’échapper. Il avait si mal et l’extérioriser auprès d’Anya était une sorte de libération. Lentement il se sentit happé par la brune et il vint enfouir son visage dans son cou, recroquevillé contre elle, tel un enfant qui avait besoin d’être bercé.

    Lorsque sa crise de larmes se calma, il reprit lentement son souffle, son visage contre ses seins qu’il embrasse lentement, « Je ne veux pas que tu aies pitié de moi, ni t’apitoyer.. Je sais que tu me détestes et je le comprends ne t’en fais pas. »

    Finalement, il roule sur le côté et sort du lit. Il enfile son jean et se dirige vers l’extérieur pour fumer. Assis sur le ponton, il observe la marina silencieuse. Il doit être très tard, se disait-il. Alors qu’il fumait en regardant le lointain, il vit Anya le rejoindre. Il lui fit une place entre ses cuisses et embrassa sa tempe, « Et Barnes ? Il était gay ? C’est pour ça qu’il t’as quitté ? Je ne vois pas d’autre explications pour te laisser partir.. Il avait une tête sacrément bizarre quand même. », s’amusait-il à critiquer, « Franchement, c’était quoi cet accent ? Il s’est prit pour un membre de la famille royale ? Avoue, c’est le genre de gars à te demander ton consentement pour te mettre une claque aux fesses. »

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    C.

    Sans vraiment le préméditer ou même le savoir, Garrett se rendit sur le chantier de Anya pour piller. La brune le reconnut malgré son accoutrement et le stoppa dans son élan. Nullement peur d’être inquiété par la police, il craignait néanmoins la réaction de Anya quand elle découvrait ce qu’il faisait de son temps ou comment il assurait sa survie. Pourtant, elle ne cria pas. Au contraire même, elle lui demandait un service. Jetant un oeil autour d’eux pour que personne ne les voient il accepta sans broncher. Qu’est-ce que cela lui coûtait de se rendre dans une des pièces voisines pour voler un trésor ?

    Il allait partir mais dans un élan spontané, il retourna la jeune femme contre le mur et plongea ses lèvres contre les siennes. Un baiser fiévreux, sauvage et passionné qui lui permit de caresser son corps cambré. Très vite, alors qu’il la sentait s’emballer, il se recula avec un sourire en coin. Il était heureux d’avoir allumé un feu en elle. En la laissant ainsi frustrée, il savait qu’elle viendrait réclamer son désir dans la soirée. Son sourire en coin lui redonnait un peu de vie, l’impression d’être de nouveau jeune et insouciant. Un sourire fugace mais qui était vrai grâce à la présence d’Anya.

    Il se tenait devant l’entrée de la chambre funéraire, son cœur battant la chamade. Après des mois de fouilles acharnées sans se faire prendre, il craignait soudainement d’être pris la main dans le sac. Habituellement, il ne faisait que récupérer mais cette fois-ci il y avait un autre enjeux. Enfin il se trouvait enfin à la lisière de ce qui semblait être une découverte monumentale pour l’équipe d’Anya mais cette dernière demandait à ce que tout soit détruit. Elle avait sans doute ses raisons et il ne chercha pas à y penser. Il prit une profonde inspiration, l’air poussiéreux se mêlant à l’excitation qui l’envahissait.

    Avec précaution, Garrett souleva la lourde pierre qui scellait l’entrée, dévoilant un passage sombre. La lumière vacillante de sa lampe torche perça l’obscurité révélant des murs ornés de fresques aux couleurs encore vibrantes malgré les siècles. Chaque pas résonnait dans le silence ancien, une symphonie de crissements et d’échos mystérieux. C’était toujours si excitant d’entrer ainsi dans l’histoire et de jouer avec la limite fine de l’illégalité.

    À mesure qu’il avançait, l’air se faisait plus dense, imprégné d’une odeur de terre et de mystère. Lorsqu’il atteignit le seuil de la chambre funéraire, Garrett s’arrêta, subjugué par la vision qui s’offrait à lui. Sous le faisceau de sa lampe, des trésors scintillaient : trois coffres débordant de pièces d’or, des statues aux regards énigmatiques et des bijoux sertis de pierres précieuses. C’était le lieu parfait pour son patron. Il ne pouvait décemment pas laisser ça à la poufiasse blonde.

    Le plafond, recouvert de motifs complexes et de symboles, semblait raconter une histoire oubliée depuis des millénaires. Garrett, ébahi, s’avança lentement, ses yeux scrutant chaque détail. Il sentit une sorte de solennité le gagner, comme s’il pénétrait dans le sanctuaire d’une civilisation perdue. Les artefacts semblaient presque vivants, porteurs d’un passé riche et fascinant. Maintenant, il doutait. Sans doute Anya aurait aimé voir cet endroit.

    Alors qu’il s’agenouillait pour examiner de plus près un vase en or finement ciselé, il se demanda quelles histoires étaient gravées dans ces objets, quels secrets attendaient d’être révélés. Anya aurait sans aucun doute la réponse. Le trésor n’était pas seulement une richesse matérielle, mais une porte ouverte sur un monde disparu, une chance unique de dialoguer avec l’histoire et c’était ce qui l’avait toujours fait vibrer. Vite Garrett devait trouver quelque chose.

    En fouillant méthodiquement, il finit par trouver une nouvelle entrée dissimulée derrière une épaisse colonne qui faisait illusion. Avec beaucoup de minutie, il bougea donc les trois coffres aussi vite que possible et dissimula les traces de son passage. Au moment même où il finissait de détruire les preuves de son passage un bruit de pas résonna derrière lui. Son cœur s’accéléra, et il éteignit rapidement sa lampe, se plaquant contre un mur. Les archéologues étaient-ils revenus, ou était-ce une simple patrouille de sécurité ? Garrett savait qu’il ne pouvait pas se permettre d’être capturé, autant pour Anya que pour lui. Les trésors qu’il dissimulait valaient une fortune, mais seulement s’il parvenait à sortir indemne.

    Il attendit, dissimulé derrière la colonne, sans qu’aucun de ses muscles ne bougent, prêt à disparaître et frapper si nécessaire s’il fallait s’enfuir. C’est alors qu’il entendit les protestations et la consternations chez les archéologues. Il restait passif, ne faisant aucun bruit même s’il mourrait de soif. Pendant un moment ils firent un tour, comprenant sans doute que les pilleurs étaient passés dans la nuit et ils quittèrent enfin la scène, sans doute déçus de ne pas avoir su protéger ce trésor. Une fois certain d’être seul, il alluma une cigarette, attendant patiemment dans l’obscurité en écoutant les sons étranges du palais sous terre. Il y avait quelque chose d’étrangement apaisant. Quelques heures plus tard, il finit par disparaître. Il avait récupéré un peu de son butin laissant à loisir la possibilité de venir le récupérer plus tard. Une fois de retour sur son bateau, il contemplait les artefacts en essayant de déchiffrer ce vieux langage. C’est alors que Anya surgit, comme si de rien n’était. Il lui présenta une bonne partie du butin étalé sur la banquette de la cabine, « Satisfaite ? Elle était vexée la blondinette ? », demandait-il en la laissant tout découvrir. Le fait qu’il joue ainsi, cela l’amusait mais l’excitait aussi. Prenant un collier rempli de pierres précieuses, il vint lentement le poser autour du cou de la jeune femme. Blotti derrière elle, embrassant sa machoire, sa nuque et son cou, il murmurait avec un sourire amusé, « habituellement je me fais payer très cher.. mais je peux te faire un prix.. ».

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    C.

    Le mode survie était mis en place. Garrett ne pensait à rien d’autre si ce n’est sauver et protéger Anya. La violente et funeste altercation conduisit finalement à la mort de Hugues. Jamais encore le blond n’avait vu Anya perdre ainsi son sang-froid. Sans même réfléchir ou protester, il s’occupa de se débarrasser du corps. Puis, il fallut être pragmatique. Garrett interdit à Anya de retourner à l’hôtel. Il se chargeait de tout le reste. Le seul moment où ils avaient été vu ensemble était à l’hôtel et il savait de source sûr qu’il n’y avait pas de caméra. Aussi, personne ne remonterait à eux. Ils prirent le large le lendemain, et jetèrent dans l’océan le corps du malheureux Hugh attaché à une ancre que Garrett avait récupéré sur un bateau. Avec un peu de chance, il serait dévoré par les poissons.

    Garrett n’avait pas dit un mot depuis « l’incident ». Il restait enfermé dans un profond mutisme. Il n’était pas effrayé par Anya, il passait surtout son temps à réfléchir. Qu’allait-il bien pouvoir se passer pour eux d’eux désormais ? Comment allait-il pouvoir la protéger ?

    Cela faisait un moment qu’ils voguaient, Garrett à la barre en fumant et Anya faisant du rangement. Sans la concerter, il avait prit la route en direction de Cuba. Là-bas, il connaissait quelqu’un qui pourrait les aider à définitivement disparaître, avoir une nouvelle identité. Pour le moment il n’en parlait pas à Anya car il savait qu’elle aurait des questions dont elle n’aimerait pas les réponses. Alors qu’il réfléchissait à combien ils pouvaient se faire avec le butin trouvé dans le palais, Anya surgit sur le pont. Il était temps de faire une pause, elle avait raison. Il jeta l’ancre et vint rejoindre la jeune femme qu’il enlaçait pour observer le coucher de soleil.

    Ils étaient seuls au monde désormais et étrangement, il n’avait pas peur. Son nez s’enfouissait dans son cou, alors que ses mains caressaient son corps. Étroitement enlacés, ils reprenaient l’un et l’autre leurs marques pour faire disparaitre la nuit belliqueuse qu’ils avaient vécu. Mais alors qu’il était perdu dans ses pensées, Anya le surprit avec une déclaration à laquelle il ne s’attendait pas. Ainsi donc, elle l’aimait toujours et elle désirait être sienne. Le Garrett Hedlund administratif était toujours marié à Elena Mason. Mais l’homme d’aujourd’hui, celui en cavale, était libre de toute responsabilité. Passant sa main dans la crinière de la jeune femme, il pu avec plaisir plonger ses lèvres sur les siennes dans un baiser long, langoureux.

    « Mon âme, mon corps, mon coeur t’appartiennent depuis toujours Anya.. », murmurait-il entre deux baisers, « Je veux être ton époux.. Je te veux pour femme.. Rien ne nous séparera désormais.. ».

    Et c’était bien l’intention de Garrett. Au petit matin, ils accostèrent à La Havane. Une fois le bateau amarré, Garrett retourna dans la cabine pour réveiller Anya qui dormait profondément. « Je vais voir quelqu’un pour nous créer des papiers.. Je prends quelques bijoux pour les vendre et nous faire un peu de liquide. Reste ici à te reposer d’accord ? Je serai rentré pour midi. »

    Un baiser et il était partit.
    Il connaissait un peu La Havane pour y être resté quelques temps. Garrett se faufila parmi les ruelles animées de la ville, son cœur battant à tout rompre. Les souvenirs d’il y a deux ans, où il était venu avec Jasmine revenaient en cascade, chaque coin de rue évoquant un passé presque oublié. Il n’était revenu que par nostalgie il y a quelques mois mais aujourd’hui tout en lui semblait étranger et familier à la fois.

    Il avait quitté sa famille, sa vie pour chercher un refuge dans les lieux où il avait été heureux avec Jasmine. Quand il était revenu la première fois, quelques mois plus tôt, il ne restait plus rien si ce n’est une amertume et une douleur violente. Aujourd’hui, il était à la recherche d’un faux passeport et d’une protection pour Anya, Garrett savait qu’il ne pouvait pas se permettre d’attirer l’attention aussi, il se fit le plus discret possible.

    Les vieux bâtiments colorés, la musique salsa résonnait des fenêtres ouvertes, et les rires des enfants jouant dans la rue offraient un contraste frappant avec l’urgence de sa situation. Avec le retour d’Anya dans sa vie, il espérait que ce soit une chance de se reconnecter à son passé, ce délicieux passé où ils avaient été heureux malgré les obstacles. Néanmoins, il culpabilisait d’être heureux. La pensée de Jasmine était encore puissante et au fond de lui sommeillait toujours cette colère et cette douleur.

    Au marché de San José, il retrouva par hasard Ernesto, l’homme qu’il cherchait. Les deux hommes échangèrent des sourires et des accolades sincères, bien que brèves, chacun conscient du danger qui planait. Ernesto, bien que surpris, lui offrit un verre dans le bar le plus proche. Ils s’étaient rencontré lors d’un pillage sur un site archéologique, il lui fournissait souvent des informations et des contacts pour rester sous le radar. Garrett ne s’épancha pas sur le pourquoi il était là, il cherchait simplement à être mis en contact avec son patron. « Avec la dernière entrevue que vous avez eu, tu es certain que c’est une bonne idée », lui faisait remarquer le vieil homme, « Il faut que je lui parle c’est urgent ».

    Ernesto ne chercha pas à parlementer. Il savait que Garrett était un homme clairvoyant, aussi, il lui fit confiance. « Tu as de la chance, il est arrivé il y a quelques semaines.. Il est censé bientôt partir« . Le chemin fut rapide puisque le patron en question résidait dans une rue adjacente. Des hommes du « patron » surveillaient les lieux et saluèrent modestement le blond qu’ils reconnaissaient. Ils finirent par entrer dans une petite pièce sombre où la fraicheur fit frissonner Garrett qui s’était habitué à la chaleur caniculaire de l’extérieur. Le temps d’habituer ses yeux à l’obscurité et voilà que Andreï apparu entrain de jouer aux cartes.

    « Garrett.. », s’étonnait-il en recrachant la fumée de son cigare, « Je te pensais plus orgueilleux.. Tu es déjà de retour mon grand ? ».

    Le blond soupirait, et venait s’installer à la table de poker comme si de rien n’était. Il ne touchait pas au jeu mais fixait le père d’Anya qui continuait à jouer l’air de rien. Même s’il semblait plus que satisfait de voir son ex-gendre revenir à lui, il n’avait aucune idée de pourquoi, du moins, jusqu’à ce que Garrett l’informe, « Je dois te parler, seul à seul, je ne suis pas venu ici de mon plein grès. J’ai.. Nous.. avons besoin de toi. »

    Le regard de Garrett inquiétait Andreï. Ils se connaissaient suffisamment pour qu’il comprenne que quelque chose de grave ce soit passé. Il fit signe à ses hommes de partir et lorsqu’ils furent enfin seuls, écouta le jeune homme lui raconter le récit des derniers jours. Il omit un seul détail, il expliqua qu’il était à l’origine de la mort de Hugh pour protéger Anya.

    « Elle est là ? Sur ton bateau ? Comment elle va ? », s’inquiétait le père et non plus l’homme de main, « Comment as-tu agir de la sorte Hedlund ! Tu es complètement malade ! Tu mets en danger la vie de ma fille à cause d’un de ses amants, tu es un malade ».

    Garrett ne répliquait pas. Il n’avait rien à dire de particulier, alors il préférait laisser Andreï continuer de vociférer contre lui. Une fois qu’il eut terminé, il lui demanda donc de les aider, « On a besoin de papiers et d’un endroit où se cacher pour quelques jours. Je t’ai noté sur ce papier les noms que nous souhaitons. Est-ce que tu peux organiser ça ? J’ai de quoi te payer. Nous partirons dans une semaine. ». Quand Andreï lui demanda où ils comptaient se rendre, Garrett hésita à lui avouer, « Moins tu en sais et mieux ce sera pour toi.. Je ne veux pas qu’on puisse revenir vers toi ».

    Mais le vieux bulgare n’avait que faire des recommandations de son gendre. Il voulait s’assurer que sa fille serait en sécurité, « Honnêtement je ne sais pas encore.. Dans un premier temps il faut que je vende le bateau. On serait vite repéré avec lui. Avec l’argent, je pensais en racheter un et aller au Brésil pour nous fondre dans la masse. Je trouverais un boulot et.. et.. », Andreï ricanait voyant que Garrett n’avait rien prévu, « Et tu n’as aucun plan n’est-ce-pas ? Écoute, je m’occupe de vos papiers. Viens les chercher demain. Je m’occupe aussi des bijoux. Va à cet hôtel, vous serez mieux installé que sur ton bateau que je m’occupe aussi de vendre. Reviens me voir demain. »

    Il lui tendait un papier avec le nom d’un hôtel et un numéro de chambre. Garrett les récupéraient et entendit le rire de son beau-père qui se moquait de son nouveau nom, « Jack Cassidy.. Tu te prends pour un héros ? », il l’ignorait et rangeait l’argent que lui donnait Andreï avant de s’échapper de la pièce, il salua Ernesto et se rendit ensuite au marché pour faire quelques courses de fruits frais. En rentrant sur le bateau, il trouva Anya entrain de réfléchir sur le pont. Elle sursauta à l’arrivée du blond, sans doute l’avait-il réveillé de ses songes, « Tu vas bien ? », s’enquérait-il en posant les courses dans la cabine.

    « Je nous ai trouvé un hôtel et quelqu’un pour racheter le bateau.. Et tiens, j’ai fais quelques courses. », il lui tendait des fruits qu’il venait de couper et la rejoignit en s’asseyant près d’elle, « Demain nous aurons nos papiers et nous pourrons nous marier. Je me suis dis que nous pourrions nous trouver un endroit juste pour nous, loin du tumulte, qu’en penses-tu ? », mais elle semblait soucieuse, « J’ai aussi récupéré un peu de liquide.. Tu veux qu’on aille te chercher une robe pour épouser ton futur époux.. Jack Cassidy ? »

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    C.

    Anya dormait profondément dans ses bras. Garrett observait le plafond de la chambre d’hôtel qu’ils avaient loué. La fête battait son plein en bas dans la rue. Cela avait permit de bien dissimulé les gémissements de sa fiancée. Tendrement, sa main caressait sa nuque, son dos. Il était pensif, mais rassuré de la sentir ainsi contre lui. Les derniers jours s’étaient succédés avec une vitesse dingue et il n’avait pas prit le temps une seule fois de se poser pour réfléchir. Demain il épouserait Anya et ils s’enfuiraient loin de Cuba. Loin de Andreï et du reste du monde. N’était-ce pas un peu trop beau ? Sur ce tableau idyllique, il ne lui manquait que Jasmine et l’infime espoir de la retrouver vivante. C’était une réalité qu’il n’avait pas osé exposer à Anya, de peur qu’elle le prenne pour un fou. Et pourtant, elle s’était confiée à lui. Pourquoi avait-il peur de le faire à son tour ? Peut-être parce qu’il savait leur bonheur fragile et que son mensonge concernant Andreï la pousserait à le quitter définitivement.

    Il la sentit bouger contre lui, le resserrer dans ses bras ce qui le fit sortir de ses pensées. Il contempla alors ses traits détendu et rassuré. Elle était belle ainsi. C’était un crève coeur que d’imaginer toutes ces années de séparation alors que l’amour était toujours là entre eux, vif, patient et passionnée. Son bras la resserra encore plus contre lui alors qu’il embrassait sa tempe tendrement et il ferma les yeux, espérant enfin trouver un peu de sommeil.

    Mais comme à son habitude, les insomnies de Garrett le hantait. Il se leva assez tôt, pris une douche et sortit chercher de quoi petit-déjeuner. Au marché il trouva des fruits frais et des pâtisseries. Quand il revint à la chambre, Anya dormait toujours. Il posa les courses sur la table près du balcon et ouvrit légèrement les volets. Se penchant sur la jolie brune, il embrassa son épaule puis son cou, « Debout marmotte.. J’ai de quoi te nourrir.. Miss Cassidy.. Charlotte c’est ça ? Charlotte Cassidy.. Levez-vous.. Votre futur époux est impatient de vous mettre la bague au doigt. »

    Être doux, tendre, il avait toujours su le faire avec Anya. Et ça tombe bien car elle ne s’en plaignait jamais. Se rallongeant contre elle, il en profita pour embrasser son cou, la laissant se réveiller lentement alors que ses mains dessinaient les contours sensuels de son corps. Finalement, pris dans le délice de sensualité, il laissa ses lèvres parcourir sa peu bronzée et glissa jusqu’entre ses cuisses. L’entendre miauler ainsi de plaisir dès le matin était terriblement excitant. Après ce petit plaisir spontané, il la laissa lentement s’étirer alors qu’il dressait la table. Il la menaça gentiment de tout manger mais elle le surprit en se rendant jusqu’à la salle de bain rapidement. Amusé, il la regarda s’échappa avant de picorer un peu quand on toqua à la porte. Surprit, il se pencha sur la porte de la salle de bain et fut rassuré d’entendre l’eau couler. Il s’approcha de la porte, et discrètement regarda par le judas.

    « Garrett.. Qu’est-ce que tu fous mon vieux ? Ouvre moi. J’ai tes papiers.. », ronchonnait Ernesto qui continuait de tambouriner ce qui ne laissa pas d’autre choix au blond d’ouvrir, « Putain tu sais que je ne suis pas censé être dans ce quartier. Si on me voit je risque ma peau.. ». Une fois le vieil homme rentré, il tendit l’enveloppe contenant les fameux papiers d’identité assurant une nouvelle vie de liberté aux deux fuyards. Garrett referma la porte non sans avoir observé le couloir pour vérifier que personne ne s’y trouvait. Ensuite, il lui demanda en chuchotant ce qu’il faisait ici, « Il m’envoie pour s’assurer que tout se passe bien.. C’est juste pour prendre des nouvelles. Tu sais comment il est. Il a toujours eu ce côté très paternaliste ».

    Ernesto riait amusé et tapota dans ses mains en voyant le festin préparé par Garrett. Il mangeait avec beaucoup de satisfaction les fruits et profita aussi des gâteaux ce qui eut don d’énerver encore plus le maître des lieux, « Tu sais qu’on est là, tout va bien maintenant pars. Anya est sous la douche, je ne veux pas qu’elle te vois et qu’elle pose des questions », murmurait Garrett en tirant sur le poignet de son vieil ami, « Tu dois partir et tout de suite ». Mais Ernesto ne le voyait pas ainsi et lui avoua que Andreï l’envoyait pour un petit boulot. « Un boulot ? Lequel ? Non, non, non. Je ne peux pas. Il y a Anya maintenant et je ne veux plus jouer dans ces vieux trucs Ernesto. Dis lui que c’est non. »

    Le vieil homme insista, expliquant que cela lui rapporterait gros. Mais Garrett n’a jamais été très friand de gros cachets car il savait que cela promettait aussi beaucoup de risque. Il ne manquait pas de courage, mais il préférait rester incognito et vivre simplement. C’était tout aussi mieux et le rappela à son ami, « Ecoute ça suffit maintenant. Dis lui que je le remercie du coup de main mais que maintenant il doit sortir de ma vie, de nos vies c’est compris ? Je dois protéger Anya et étant donné ce qui c’est passé hier je ne veux prendre aucun risque. On se débrouillera ».

    Mais alors qu’il repoussait Ernesto vers la sortie, Anya sortie de la salle de bain et sursauta autant que Ernesto pris en flagrant délit. Garrett soupirait longuement, baissant les yeux vers le sol prit sur le fait par la brune qui observait les deux comparses. Il était nul doute qu’elle reconnaissait Ernesto qui la veille au soir était avec son père. Aussi, Garrett se sentit dans l’obligation dans lui avouer la vérité sans plus tarder. Il lui avoua avoir contacté Andreï pour qu’il l’aide dans la vente du bateau et les papiers d’identité. Il lui avoua encore avoir travaillé pour lui sur quelques sites un peu louches les derniers mois avant de la retrouver, « Il ne viendra pas vers toi Anya.. Il.. Je ne t’ai rien dit car je savais que tu aurais refusé mais je ne voyais pas d’autres solutions pour pouvoir fuir. Je suis désolé que tu l’apprennes ainsi. Ce gars un peu bizarre et envahissant c’est Ernesto.. Il est très gentil quoi qu’un peu glouton et bruyant mais.. mais c’est un gars de confiance. »

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    C.

    La plage était baignée de la lumière dorée du coucher de soleil, les vagues caressaient doucement le rivage, et une brise légère apportait l’odeur salée de la mer. Garrett avait fait installé, un peu plus tôt dans la journée des fleurs blanches qui décoraient une arche nuptiale très simple somme toute, mais suffisante pour unir le couple. Il avait à coeur de créer un cadre idyllique pour cette journée spéciale.

    Debout près de l’arche, le cœur battant la chamade, il attendait avec impatience l’arrivée d’Anya. Ses mains tremblaient légèrement d’émotion, et il ne pouvait s’empêcher de sourire en pensant à la vie qu’ils allaient partager. Malgré le souvenir de la voyante la veille qui l’avait perturbé une bonne partie de la journée, il ne pensait qu’à Anya et cet accomplissement de faire d’elle son épouse. Jamais il n’avait oser espérer un tel moment. Et pourtant, il arrivait, tout comme elle. Il leva les yeux et la vit enfin.

    Anya descendait le chemin de sable, sa robe blanche flottant gracieusement autour d’elle. Ses cheveux étaient légèrement ondulés, reflétant la lumière du soleil couchant, et ses yeux brillaient d’amour et de bonheur. Garrett sentit son souffle se couper en la voyant, submergé par l’émotion et la beauté de l’instant. Il n’y avait aucun doute sur ce qu’il ressentait. Il était là où il devait être. Le parallèle avec son précédent mariage était vraiment violent.

    Lorsqu’elle arriva à ses côtés, il prit une profonde inspiration et écouta le blabla du prêtre puis les vœux de la jolie brune, sa voix était tremblante mais remplie de sincérité. Cela semblait si naturel de s’unir à elle. Une évidence telle qu’il n’avait pas préparé ses voeux. La regardant dans les yeux, il s’exprima spontanément, à coeur ouvert.

    « Blackbird, dès le moment où je t’ai vue, j’ai su que ma vie allait changer pour toujours. Tu es entrée dans mon existence comme un rayon de soleil, éclairant mes jours les plus sombres et apportant une joie que je n’avais jamais connue« , ses mains serraient doucement les siennes, « J’ai envie de te promettre de te chérir et de te soutenir dans chaque étape de notre vie ensemble. D’être ton refuge dans les tempêtes et ton compagnon dans les moments de bonheur. Mais je ne suis qu’un homme et je sais que je suis perfectible alors je te jure de tout faire pour être celui dont tu auras besoin pour continuer de grandir. An.. Charlotte.. Avec toi, j’ai appris ce que signifie vraiment aimer et être aimé et ça n’a pas de prix. Ca vaut toutes les attentions et richesses du monde. »

    Quelques larmes d’émotions commençaient à briller dans ses yeux. Il souriait ému par la beauté de la jeune femme, de savoir qu’ils concrétisaient quelque chose jusqu’alors impossible et impensable.

    « Je te promets de rire avec toi dans les moments de joie, de te consoler dans les moments de tristesse et de t’encourager dans tous tes rêves. Je veux bâtir un avenir avec toi, un avenir rempli de rires, d’aventures et d’un amour éternel« , continuait-il avant de se rapprocher d’elle pour poser son front contre le sien alors que leurs mains entrelacés se serraient encore plus fort, « Charlotte, tu es mon âme sœur, ma meilleure amie, et l’amour de ma vie. Je te choisis aujourd’hui, demain, et chaque jour à venir, pour le reste de nos vies. Je t’aime plus que les mots ne peuvent l’exprimer, et je suis honoré de devenir ton époux. »

    Les yeux pleins de larmes de bonheur, Garrett ne pouvait s’empêcher de sourire. Enfin le prêtre annoncait la fin de la cérémonie et ordonnait le baiser pour finaliser cette union. Ils s’embrassèrent tendrement sous l’arche, tandis qu’au loin des gens applaudissaient et que les vagues continuaient de murmurer leur douce mélodie. Dans un mouvement spontané, il souleva Anya sans la lâcher et laissa un rire heureux surgir. Cela faisait longtemps qu’il ne s’était pas senti aussi léger et simplement serein.

    Après avoir échangé leurs vœux sous l’arche fleurie, Garrett et Anya restèrent enlacés un moment, savourant la magie de cet instant unique. Le soleil se couchait lentement à l’horizon, peignant le ciel de nuances d’orange, de rose et de violet, et ajoutant une touche de rêve à leur mariage secret. Même si officiellement c’était Jack et Charlotte Cassidy, il n’en restait pas moins que c’était eux. Tendrement enlacés, il dansait en entendant un homme plus loin jouer du ukulélé, « Plus aucun moyen de t’échapper de ma vie désormais.. Pas trop de regret ?« , s’amusait-il à demander en déposant de tendre baisers sur son visage, puis ses lèvres, « Ce matin, je me souvenais de Montauk. C’était le plus bel été de toute ma vie.. Je me sentais si chanceux d’avoir attiré ton attention. »

    Il riait, amusé en se souvenant de ces moments où ils s’affrontaient, se cherchaient, se désiraient. Il lui avouait alors qu’il faisait souvent exprès de passer près d’elle torse nu, juste pour la faire chavirer, « Je voulais que tu puisses admirer le dur travail que je faisais avec mon corps.. Je cherchais à te donner envie. Ne pas croire que les hommes n’ont pas le désir d’être beau aux yeux de celles qu’ils désirent. »

    La soirée était douce, simple. Ils étaient ensemble et c’était largement suffisant. Il repensait forcément à son autre mariage où 600 invités étaient présents. Il n’avait donné aucun sens à cet instant. Finalement, c’était plus logique d’être simplement avec l’être aimé dans un tel moment. Il n’avait pas envie de la partager ou être partagé avec d’autres. Ils dinèrent dans une petite paillote tout près de la plage. Il se régalait avec les langoustes qu’il dévorait avec appétit. Cuba avait été agréable mais la République Dominicaine l’était encore plus car il n’y avait pas autant de monde.

    « Où est-ce que tu veux aller ? Le monde nous appartient. Je sais que tu aurais aimé aller en Europe mais la traversée de l’Atlantique est complexe est fastidieuse et tu es encore inexpérimentée. Je ne veux pas prendre le risque de t’embarquer dans cette aventure. »

    Il y a des réalités qui étaient nécessaires à dire. Garrett avait envie de combler Anya mais la traversée de l’Atlantique restait quand même un combat féroce contre une météo très changeante et un océan indomptable. Il ne voulait pas mettre Anya en danger, « Ernesto m’a parlé de la Patagonie.. La Terre de Feu. C’est un long voyage mais moins périlleux. On y serait tranquille, personne ne nous y retrouverait. Je pourrais te construire une maison, avec une vraie salle de bain et une bibliothèque.. », proposait-il en léchant ses doigts plein d’huile, « Désolé mon amour mais tu as épousé un estomac sur patte. Mais je promet de te réserver un peu de place pour cette nuit« .

    Comme il y avait longtemps qu’il n’avait pas été aussi léger, jovial et heureux. Après ce dîner délicieux, ils allèrent manger une glace plus loin sur la plage avant de rentrer au bateau. Garrett l’avait amarré plus loin que le port. Ils étaient tranquille. Une fois dans leur chez eux minuscule, il sortit son tourne-disque. Un vinyl tournait. Il sortit deux verres de vin et les servit sur le ponton. Garrett avait laissé Anya s’asseoir sur lui. Le vent était chaud, léger. La vue sur l’océan parsemé d’étoiles qui s’y réfléchissait, donnait l’impression d’être au paradis. Délicatement, il picorait l’épaule de la jeune femme, son cou.

    « Ta peau.. Elle est toujours aussi douce.. Mon Anya.. Tu es mon feu.. Tu m’irradies..« , murmurait-il en continuant ses baisers et lentement glissant sa main sous sa robe, entre ses cuisses. Lorsqu’il la sentit se pencher, il pu avec plaisir embrasser ses lèvres, lentement, tendrement. Il était doux, à l’inverse des dernières semaines où ils avaient été sauvage. Là, ses doigts prenaient le temps de la caresser, « Ma femme..« , murmurait-il entre deux baisers, « Anya.. Je t’aime tellement..« .

    Là, au paradis, il la caressait sensuelle, activant le plus possible son excitation. Il fit même glisser un peu de vin entre ses seins, juste pour se pencher et les lècher. Très vite, les vêtements étaient superflus et il vint la relever. Retirant ses doigts, il vint la retourner et fit tomber le tissu à ses pieds. Il était toujours aussi subjugué. Voyait-elle l’effet qu’elle produisait chez lui ? Debout devant lui, il vint avec plaisir poser ses lèvres entre ses cuisses pour de nouveau attiser son excitation. Ses doigts caressaient ses fesses, remontaient le long de son dos quant sa langue se perdait vivement contre son bouton sensible. C’était leur nuit, ils étaient seuls au monde.

    Lorsque les jambes d’Anya fléchirent sous le plaisir, il la réceptionna contre lui avec son sourire en coin. La portant un instant, il laissa le plaid tomber sur le pont et allongea la jolie brune dessus. Pendant qu’elle reprenait ses esprits, il en profita pour se mettre nu, ce fut assez rapide, avant de reposer ses lèvres contre les siennes. Allongé sur elle, il prenait plaisir à l’entendre ronronner de plaisir. Il laissait leurs bassins s’exciter, se chauffer avant de finalement se retourner pour lui laisser tout plaisir de disposer de lui. En la voyant se redresser, il ne pu retenir un gémissement de plaisir, « Tu es si belle.. », encore plus belle que dans ses souvenirs et dans tous ses fantasmes. Dans un mouvement puissant, il s’enfouit en elle et se redressa. Ses lèvres contre ses seins les dévoraient avec plaisir quand elle seule bougeait ce qui avait quand même le don de le faire gémir.

    Anya était sa femme désormais et il la possédait comme telle pour le première fois. Il se donnait totalement, la caressait, la cajolait et gémissait son plaisir tout en gardant les yeux mi-clos. Il avait besoin de la contempler, comme pour s’assurer qu’elle était bien là et qu’il ne rêvait pas.

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    C.

    Il n’y avait rien d’étonnant dans ce que lui demandait Andreï. Voilà pourquoi Garrett ne voulait plus avoir à faire à lui. Mais Anya avait insisté et il n’avait pas pu lui refuser. Après son appel avec le vieux bulgare, il revint près de sa jeune épouse et lui confirma l’aide de son père mais omit le marché qu’il avait passé. En échange d’une villa, d’un vignoble, à l’abri des regards, Garrett aurait quelques jobs à faire pour son beau-père. Il ne regrettait aucunement ce choix. Surtout en voyant le regard brillant de son épouse quand il lui annonça qu’ils partaient dans trois jours pour l’Italie.

    Leurs papiers étaient faux aussi il fallait ressembler aux photos d’identité qui avaient été apposées. Par exemple, Garrett était brun et Anya blonde. Ils avaient acheté une perruque pour la jeune femme car il avait refusé qu’elle teigne ses cheveux. Quant à lui, quand il eut essayé les perruques, ce fut une telle crise de rire qu’il abandonna pour la teinture. Maintenant qu’il était brun, ses yeux bleus étaient encore plus étincelant. La veille du départ, il s’amusait à la prendre en photo en blonde, se moquant gentiment d’elle quand elle faisait les pauses de mannequin.

    Bien évidemment, il ne pu s’empêcher de l’attirer contre lui et lui murmurer d’une voix basse et sensuelle, « Retire ça.. j’ai toujours eu un faible pour les brunes.. », avant de retirer sa perruque pour l’embrasser et l’entrainer vers des râles de plaisir sensuels.

    La vie était si simple sur cette île. Garrett était presque triste à l’idée de partir. Peut-être parce qu’il savait ce qui l’attendait en Italie. Il ne disait rien à Anya, ce qui n’arrangeait rien à ses inquiétudes. Et puis, de toute manière, il préférait se concentrer sur le passage à l’aéroport qui était une zone de contrariété et de stress pour Anya. Finalement, ils décidèrent d’user d’ingéniosité et c’est Garrett qui eut l’idée. De Cuba partaient des bateaux de croisières pour personne âgées qui retournait jusqu’en Europe. Pas besoin de passer les douanes et encore moins les contrôles de sécurité. Arrivés en Italie, lors de l’escale, ils n’auraient qu’à ne pas revenir sur le bateau et ni vu, ni connu, ils seraient en territoire européen.

    L’idée sembla plaire à Andreï, maintenant il fallait convaincre Anya qui ne semblait pas emballée à l’idée de faire deux semaines de traversée avec des personnes âgées quand une demie-journée ils pourraient être aisément en Italie. « Imagine.. Deux semaines sur un bateau sans que j’ai besoin de naviguer.. Juste à compter tes grains de beauté », négociait-il en embrassant celui sur sa fesse droite. Elle était nue sur le ponton à lézarder au soleil. Il venait de finir de mettre de la crème solaire sur son corps entier et voilà qu’il était désormais enflammé d’un désir certain, « Deux semaines à rester au lit, bien au chaud contre ton corps.. C’est un vrai paradis ça.. j’ai des tas d’idées tu sais pour occuper notre temps, je te rappelle que je suis un artiste. Je pourrais faire du poker avec des vieux riches aussi et nous renflouer un peu », s’amusait-il à répliquer en continuant ses tendres baisers.

    Ils firent une nouvelle fois l’amour.
    C’était si parfait comme lune de miel. Juste eux deux, nu sur ce bateau, à lézarder au soleil, boire, se caresser, lire, dormir et manger. Garrett aurait aimé que ce bonheur ne s’achève jamais. Alors qu’il somnolait un cauchemar le prit et le fit vivement se redresser. Tétanisé, il tremblait, essayant de rassembler ses pensées. Il sentait Anya près de lui, inquiète. Il reprit son souffle, et vint se servir un verre qu’il bu cul sec avant de s’en servir un second. Il inspirait profondément, faisant le tri.

    « Je suis désolé », marmonnait-il dans sa barbe en voyant Anya le rejoindre, « Ca faisait longtemps que je n’avais pas fait de cauchemars.. Je crois malheureusement que ça va me poursuivre pendant un moment ».

    Il se laissait enlacer par la jolie brune. Lentement, il vint lui faire face et releva son visage vers le sien pour caresser ses joues, « J’ai peur de l’oublier.. Quand je sens que je suis heureux avec toi, je culpabilise. », expliquait-il en rappelant le souvenir de Jasmine, « Je suis désolé de t’infliger mon passé Anya.. ».

    Il embrassa tendrement les lèvres de la jolie brune et vit que son portable vibrer. Enfilant un maillot de bain, il répondit en s’isolant à l’avant du bateau. C’était Andreï qui confirmait le voyage sur le paquebot. Ils devaient être à Cuba pour le lendemain avec un départ en fin de journée. Le brun jeta un oeil à Anya qui attendait patiemment, l’air suspicieux, « On part demain, en paquebot ou en avion dans trois jours.. Que préfères-tu ? »

    Anya n’avait pas encore pris de décision. En revanche, ils décidèrent quand même de quitter leur paradis pour retourner à Cuba. Ils firent le voyage de nuit. Elle dormit près de lui, sur le pont, quand il naviguait concentré. Il n’avait pas sommeil alors autant avancer le plus vite. Il voulait être certain d’être en avance avant le grand départ. Garrett était un homme organisé, il n’aimait pas les départs précipités et spontanés.
    Le lendemain matin, Ernesto les accueillit sur le port. Il était toujours aussi joyeux. Bien évidemment, il faisait du charme à la belle Anya et lui raconta les aventures de son cher et tendre époux, notamment celles où ils avaient pillés une tombe et que Garrett était tombé dans une fosse à purin, dans laquelle il était resté une heure, « Rigole, rigole, mais tu étais bien content de vendre les statuettes.. et surtout du bon prix ! », répliquait le blond devant leurs visages hilares. Ernesto adorait en rajouter sur les histoires et cela amusait Garrett qui le trouvait excellent pour les raconter.

    Dans la matinée ils retirèrent toutes leurs affaires du bateau pour en entreposer une partie chez Ernesto. Ils n’emportaient que les choses de valeurs, à savoir quelques artefacts, des souvenirs, des photos et des vêtements. « Le plus important c’est toi », s’était tendrement amusé à répliquer Garrett en embrassant son épouse à l’abris des regards.

    Au retour, ils faisaient un tour au marché. Pendant que Anya achetait quelques épices, Garrett entendit une voix qui lui rappela vaguement quelqu’un. Surpris, tournant la tête, il vit une frimousse surgir de la foule appelant son père. Il eut un éclair de douleur. Sous une masse capillaire brune, il cru reconnaitre la voie et les yeux bleu de Jasmine.

    Sans prendre le temps de prévenir Anya, agissant le plus spontanément possible, il hurla le prénom de Jasmine et se mit à courir. La foule était dense ce qui l’empêchait d’avancer aussi vite qu’il l’aurait voulu. La petite fille disparaissait rapidement, emportée par un homme dont il n’avait aucune connaissance. Il n’avait qu’en tête le cri de désespoir de la petite fille qui l’appelait. Il courait; poursuivait l’homme et cette voix qui le hantait. C’était Jasmine, il le sentait, c’était viscéral. Mais alors qu’il courait, il se rendit compte qu’il avait perdu la trace de l’homme. Il cria le prénom de sa fille mais seule la foule lui rendit un son. Une foule qui l’observait avec peine et étrangeté, comme s’il était fou. C’était sans aucun doute ce qu’il devait être.

    Il vint à s’écrouler sur un banc, déjà pour reprendre son souffle mais aussi ses idées. Il mit du temps avant d’émerger, et c’est en sentant la main de Anya sur sa nuque qu’il prit conscience de ce qui c’était passé, « pardonne-moi.. j’ai cru.. j’ai.. je ne sais pas ce que j’ai cru mais.. pardonne moi.. », murmurait-il en dissimulant son visage contre son ventre. Il ne savait pas comment elle l’avait retrouvé, mais elle était quand même venue, « Je n’arrive pas à faire ce putain de deuil.. Je sais que sa tombe est vide Anya.. Je n’arrive pas à croire à sa mort.. Je n’y arrive pas.. Tu vas me prendre pour un fou je le sais.. Mais je n’y arrive pas.. Je le sens.. »

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    C.

    Jamais personne ne s’était intéressé aux vrais sentiments de Garrett. Du moins, tout le monde le voyait comme un être insensible capable d’absorber toutes les tragédies du monde. Il n’y a qu’Anya qui avait percé sa coquille. Il n’y avait qu’Anya qui s’intéressait vraiment à ses besoins, ses blessures et ses incertitudes. Avec elle, il savait qu’il pouvait avoir un soutien. Il pouvait s’ouvrir à elle comme à personne d’autre. Ils étaient faits du même bois. C’était pour ça qu’ils avaient l’impression de tant et tant se ressembler, ils avaient trouvé en l’un et l’autre ce qu’ils cherchaient depuis toujours.

    Après avoir été ébloui par les mots de son épouse sur Jasmine, il se sentit plus léger, moins torturé. Anya aimait Jasmine. Elle ne la haïssait pas comme il le craignait. Un poids important s’échappait de son coeur et lui laissait entrevoir une possibilité de bonheur partagé dans ses rêves.

    Il aimait tellement Anya pour ses mots qu’il lui donna un profond baiser, pour dissimuler ses larmes, en lui répétant inlassablement qu’il l’aimait. C’était viscéral.

    Le reste de leur séjour à Cuba fut très bref. En effet, dès le lendemain ils prenaient la destination du port pour prendre le paquebot. Sur un ton badin, il avait répliqué à Anya qu’il savait pourquoi elle avait choisit cette option, et il faisait bien évidemment référence au sexe qu’il lui avait vendu. Ce à quoi il avait vu ses joues rosirent d’amusement et sans doute d’excitation. Il enfouissait l’impression d’avoir cru voir Jasmine pour se concentrer sur leur fuite en Italie. Personne ne risquait de les reconnaitre sur le paquebot, surtout avec tous ces petits vieux. Néanmoins, ils avaient pris la décision de laisser Anya avec sa perruque blonde. Quant à lui, ses cheveux brun lui donnait fière allure même s’il devait se raser régulièrement pour ne pas qu’on puisse voir sa barbe blonde.

    Après un tour du paquebot en bon touristes et en bonne compagnie puisque toutes les petites vieilles adoraient déjà ce charmant couple en lune de miel, ils purent se rendre dans leur cabine. Comme d’habitude, Andreï avait vu les choses en grand pour sa fille. Ils n’avaient pas une chambre mais littéralement une suite. Garrett n’allait pas s’en plaindre et alors qu’Anya finissait de ranger leurs affaires, il fit sauter le bouchon de champagne pour leurs servir deux coupes, « A l’Italie », claironnait-il, même s’il y avait une lueur de tristesse dans sa voix, avant de se faire prendre d’assaut pas une Anya langoureuse et pleine de désir. Il sentait bien qu’elle essayait de le détendre, de lui faire penser à autre que la matinée de la veille.

    Il bu un gorgée de champagne en l’écoutant le charmer et ne pu que se laisser faire à ses caresses si sensuelles, ses lèvres brûlante et ses yeux brillant de malice. Elle avait un petit côté démon très excitant qui réussit à faire le jeune homme, « Hum.. Tes idées ne peuvent m’exciter davantage.. Mais.. Oh.. Ne devrions-nous pas être très sage pour ne.. Oh.. Anya.. Je.. », gémissait-il, une main dans la crinière de la jolie jeune femme qui attisait encore plus son excitation. Elle le cherchait, et cette vue si terriblement excitante de son membre entre ses seins ne pu que le rendre encore plus fou d’elle.

    Quand elle dit les mots de son désir, il ne pu se retenir plus longtemps. La soulevant aisément, il la porta jusque contre la baie vitrée où il plaqua son dos contre la vitre fraiche. Il la déshabilla sans ménagement, le regard brulant de désir. Une fois qu’elle fut nue, il passa sa main entre ses cuisses et se mit à la caresser. De son autre main, il avait agrippé ses poignets de sorte à ce qu’elle ne puisse pas le toucher. Il souriait en coin, léchant son cou, ses lèvres, puis les mordilla successivement, « Je savais que le paquebot serait bien plus intéressant.. », murmurait-il dans un rire amusé alors qu’il vint mordre son cou tendu. Ses doigts allaient et venaient en elle pendant que son pouce écrasait lentement en mouvement circulaire sa boule de plaisir tendu, « Dis le encore.. Dis le que tu me veux.. », gémissait-il entre deux baisers langoureux alors qu’il vint retirer ses doigts pour placer son membre durcit entre ses cuisses. Il la faisait languir, voulant l’entendre le supplier. Quand ce fut chose faite, il ne chercha pas à attendre encore plus longtemps. Il vint en elle dans un mouvement puissant et intense. Heureusement que la baie vitrée ne donnait vue que sur l’océan. Leurs corps s’agrippaient, se donnaient avec une fougue sauvage. Ce qui était génial, c’était qu’en vieillissant ils étaient moins devenus hésitant sur leurs désirs. Ils s’affirmaient et osaient enfin dire à l’un et l’autre ce qu’ils souhaitaient et c’était encore plus intense. Ils cherchaient l’un et l’autre à dépasser encore plus leurs désirs.

    Entre deux mouvements de bassin puissant, alors qu’il sentait les jambes de Anya se refermaient sur ses hanches, il en profitaient pour masser son sein pendant qu’il suçotait la peau du cou de la jolie brune.

    Ses râles de plaisir, étaient intense et ne s’arrêtaient pas. Il se fichait qu’on puisse les entendre. EN vérité, il n’y pensait même pas, il se voyait encore sur le bateau seul au monde avec elle à lui faire l’amour au coucher de soleil. Mais alors qu’il sentait le moment orgasmique tant excitant, il se retira subrepticement. Il la vit ouvrir les yeux avec une frustration certaine ce qui l’amusa encore plus. La relâchant, il vint la retourner, juste pour qu’elle soit face à la vitre. Elle se cambra d’elle même et alors, il pu de nouveau s’enfouir en elle et avec plus d’aisance, caresser ses zones de sensibilité. Une main sur son sein et l’autre sur son clitoris, il pu avec plaisir bouger en elle profondément et avec puissance alors que ses doigts la stimulait. Adieu la douceur de la nuit et bonjour le plaisir sauvage et puissant, « Putain.. Anya.. Oui… », gémissait-il le souffle court alors qu’il se donnait en elle sans s’arrêter tant c’était exceptionnel.

    Ils finirent sur le sol, allongé. Haletants, en sueurs. Garrett avait les yeux clos et savourait ce moment orgasmiquement intense un sourire amusé aux lèvres, avant de laisser un léger rire s’échapper. Il la sentit bouger contre lui, sans doute surprise de l’entendre rire. En ouvrant les yeux, il se justifia encore plus amusé, « Un souvenir me reviens.. Tu te souviens de la fois où je suis venu te chercher en classe ? Pour sécher t’emmener dans l’hôtel de mon grand-père. Juste pour te faire l’amour. Tu avais une tête ce jour là quand je t’ai sorti de cours. J’avais peur que tu protestes et que tu refuses de m’accompagner. »

    Il riait encore en revoyant la fameuse tête d’Anya qui était effrayée sans doute. Avec douceur, il caressait sa nuque, puis sa joue en la sentant se blottir contre lui. Ses lèvres venaient embrasser le sommet de son crâne et sa main caresser sa chevelure d’ébène, « Je m’en veux de ne pas m’être plus battu pour toi, pour nous. J’aurais du tout quitter, prendre Jasmine et m’enfuir. Te prendre avec nous. Quand j’y repense, je me trouve lâche. », avouait-il d’une voix plus troublée, « Quand je suis venu te voir en Angleterre, j’aurai du me battre. Je n’aurais pas du tourner le dos. Je suis désolé de ne pas avoir été plus fort, pour toi, pour elle. »

    On toquait à la porte, gâchant ce moment d’intimité. Grognant de mécontentement, il s’enroula nu dans le plaid et vint ouvrir la porte. C’était une petite vieille inquiète qui venait pour s’assurer que tout allait bien car elle avait entendu des cris. Garrett reprit son sourire enjôleur qui faisait fondre toutes les petites vieilles et lui expliqua qu’ils étaient un jeune couple en lune de miel, « Donc comme vous pouvez l’imaginer, mon épouse et moi-même découvrons les joies du devoir conjugal ma chère.. Et il s’avère que mon épouse est bien plus demandeuse que je ne l’aurais cru. Voyez-vous, elle a un désir insatiable.. Vous savez ce que c’est.. L’abstinence a été si intense pendant toutes ces années que nous sommes en pleine exploration. Je vous conseille de changer de chambre si cela vous effraie car je compte bien répondre aux besoins et aux désirs de ma femme. »

    La petite vieille était choquée par le discours de Garrett qui vint à fermer la porte dès qu’elle eut disparue. Il riait, amusé en haussant les épaules devant la moue amusée et réprobatrice de Anya, « Quoi ? C’est elle qui écoute aux murs ! », se justifiait-il en buvant une nouvelle gorgée de champagne. Mais en voyant la jolie brune allongée sur le sol, sensuellement allongée, lui vint une idée. Prenant la bouteille, il prit en bouche un peu de liquide et vint se pencher sur son épouse pour l’embrasser et l’enivrer de champagne. Avec la bouteille, il vint lentement en déposer entre ses seins. Le liquide frais contre sa peau la faisait frissonner. Alors, avec sa langue, Garrett vint lentement lécher sa peau, « Hum.. Anya.. Je crois que le deuxième round va pouvoir commencer.. », murmurait-il en continuant de verser du champagne sur ventre creux et venir clairement le boire.

    Sa langue fraiche venait se poser entre ses cuisses brûlante. Anya n’en n’avait pas fini avec les appétits vorace de son époux ce qui la conduisit à être dévorée sur le sol de leurs chambres, être prise sur le lit, puis à le chevaucher sur le canapé. Ils étaient insatiable de l’un et l’autre, faisant des pauses uniquement pour discuter. Mais dès qu’ils se frôlaient, se caressaient, c’était terminé, ils repartaient avec cette sauvage ardeur.

    Ils n’avaient pas quitter la chambre de la journée, si bien que le soir venant, encore groggy par le champagne et le sexe, Garrett se mit à avoir faim. Allongé sur le lit, son visage contre les seins de son épouse, il entendait son estomac grogner, « Je commence à avoir faim.. Est-ce que tu veux qu’on commande ? Ou est-ce que nous sortons un peu ? Tu m’as bien dit qu’il y avait un endroit pour aller danser.. La dernière fois que je t’ai vu danser, tu te frottais à un autre gars et tu m’as giflé.. Il serait sympa de remédier à ce mauvais souvenir tu ne crois pas ? », proposait-il avec un sourire en coin amusé.

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    C.

    Trois semaines se sont passées.

    Si Anya avait démontré des talents d’une violence meurtrière à son compagnon, cette dernière avait pu constater la capacité glaciale et inquiétante de son époux à contrôler et détruire les hommes rien qu’en leur parlant. L’aura de violence brusque de Garrett atteignait un degrés inquiétant quand on s’attaquait à son épouse. Et il utilisa ses dons avec un plaisir incontestable. Les hommes de Andreï n’eurent même pas à intervenir. Tout ce qu’avait fait le blond, c’était rassurer son épouse, lui conseiller de suivre les gardes avant de faire lui même le travail.

    En utilisant ses dons d’avocat brillant et ses connaissances sur le droit international, il eut ce qu’il fallait pour retourner le cerveau du capitaine d’armes et mettre au clou le vieil homme obséquieux qui avait dénoncé sans preuve Anya. Le soir même, elle rejoignait la cabine et il lui expliqua ce qu’il avait fait. Rien de bien chevaleresque ni de fantaisiste, du vieux jargon d’avocat et une belle peur au vieil homme avait suffit.

    Le voyage jusqu’en Europe fut enthousiasmant et plein de nouvelles péripéties. Bien entendu, ils se firent quelque peu plus discret sur le bateau pour ne pas attirer une nouvelle fois, l’attention. Néanmoins, ils profitèrent de ces deux semaines pour se retrouver et simplement profiter d’être à deux. Garrett ne pensait pas à l’avenir. Il ne vivait que dans le présent, dans celui d’Anya.

    Son rire, ses yeux brillants, ses lèvres, son parfum. Il avouait chaque moment comme persuadé qu’il pourrait être le dernier. Car dans ce bonheur si intense, il n’en oubliait pas qu’ils étaient très certainement recherchés par Interpol. S’ils n’évoquaient jamais le sujet, il restait néanmoins toujours en suspens, toujours en pensée. Alors, Garett se concentrait uniquement sur la présence de son épouse qui semblait avoir retrouvé sa vivacité, sa sensualité et sa douceur.

    Quand ils furent tout près des côtes italiennes, ils firent leurs valises. Pendant le voyage, grâce aux prouesses de Anya au poker, ils amassèrent une certaine somme. Ils avaient suffisamment pour pouvoir prétendre à un début de vie intéressant. Aussitôt, Garrett proposa un vignoble. Il réussit à la convaincre uniquement parce qu’en Toscane les forêts étaient denses. De par son ancien travail, Garrett avait gardé quelques contacts d’affaires. Des hommes qui trempaient dans des affaires un peu douteuse et dont il les avaient sortis du pétrin.

    C’est ainsi qu’ils se retrouvèrent dans un petit village de la province de Sienne, en Toscane. Une vieille bâtisse en ruine qui avait appartenu à des riches familles italiennes depuis les Etrusques y étaient laissée à l’abandon. La maison était totalement à refaire mais les vignobles et la terre étaient très riches et pleine d’abondance. Avant d’accepter d’acheter, Garrett prit la décision de descendre du bateau pour y conduire Anya et lui faire visiter. Il voulait que cette nouvelle maison soit aussi la sienne, qu’elle lui donne envie de s’y investir, de s’y sentir chez elle.

    Avant d’atteindre le village typique, ils firent une halte à Florence. Là, Garrett s’amusa à entraîner Anya sur le Ponte Vecchio et avec un vieux baladeur, lui fit écouter la Callas, O Mio Babbino Caro. Debout derrière elle, l’enlaçant tendrement, embrassant son cou alors qu’ils contemplaient le Tibre, il lui expliqua l’histoire de cet opéra mythique, « Elle supplie son père.. Elle le supplie de la laisser épouser l’homme qu’elle aime, sinon, elle se jetterait d’ici, de ce pont. Tu entends comme elle chante ? Comment elle le supplie ? Ce passage m’a toujours remué l’estomac, pas toi ? »

    Puis, ils se rendirent dans les galeries des Offices pour contempler les peintres de la Renaissance. Garrett s’amusa à contempler des fresques Etrusques et trouvait même des points de ressemblance devant un couple et eux même. C’était si simple d’être ensemble, simplement tous les deux, à se promener, manger des glaces, boire du vin et faire l’amour dans des coins sombres et dissimulés. Cette vie qu’on leur avait volé était justement en train de prendre forme, sans personne pour les séparer désormais.

    Garrett faisait toujours des cauchemars. Alors, quand il se réveillait, au lieu de fuir le lit, il se blottissait contre Anya et la serrait fort contre lui. Le souvenir de Jasmine ne s’estompait pas, mais il faisait moins mal. Il culpabilisait seulement d’être en vie et d’être heureux. Mais ça, Anya le savait et avait le respect et la pudeur de ne rien lui dire.

    Cela faisait une semaine qu’ils étaient à Florence. Le temps était venu de visiter la région. Avec l’argent de la brune, il acheta une moto et lui en fit la surprise en la récupérant au bas de l’hôtel. Il la rassura sur la bagages lui expliquant qu’ils reviendraient les chercher le lendemain, « Pour le moment on vit l’aventure Mia Bella ! », s’amusait-il à répliquer en italien juste pour l’embêter.

    La route était belle, pleine de paysages riches et variés. Garrett sentait les mains de son épouse accrochées à sa taille et cela l’amusait. Parfois, il accélérait juste pour l’embêter et ses ronchonnerie le faisait éclater de rire. En sillonnant les vallées de la Toscane, ils purent contempler un paysage riche et exempt de ville. Il s’était souvenu du besoin de nature de la brune, voilà pourquoi il avait tenu à rester dans le nord de l’Italie, et puis, difficile à expliquer mais il avait le pressentiment qu’ils seraient là-bas en sécurité.

    Après avoir traversé un charmant petit village, il sortit de la forêt, passa un petit pont de pierre d’où coulait un petit cours d’eau avant de remonter un chemin de terre qui se terminait dans une cour close. La bergerie n’avait rien de modeste mais plutôt des allures de villa. Entourée d’une végétation sauvage, les murs en pierre avaient une couleur rouge mordorées et des fresques d’un temps ancien étaient encore visibles. Garrett descendit de la moto après Anya et soupira longuement en constatant les travaux. Il espérait que cela ne réfrène pas trop la jeune femme, « D’après mon contact, la maison date de l’empire romain.. Peut-être qu’il y a des fondations anciennes à fouiller.. ». La maison lui avait plu sur l’annonce. Une maison chargée d’histoire, pour une archéologue comme Anya, cela devrait attirer son attention, mais est-ce qu’elle allait être aussi éprise que lui de l’idée ?

    Le devant de la maison était composé d’un escalier qui finissait par se séparer en deux, comme les vieilles bâtisses d’antan. On sentait, rien que sur le devant, un air de majesté dans les lieux. Garrett avait un jeu de clé, il entra donc sans encombre dans la maison d’où un épais brouillard de poussière s’échappa. La maison avait été inoccupée pendant des années. Garrett n’avait pas demandé pourquoi. Aussi, plusieurs vieux meubles étaient encore présent mais sous des draps blanc. L’intérieur était grand, bien plus grand que le laissait penser l’extérieur. Après avoir passé l’entrée, ils se rendirent dans ce qui devait être le salon. Anya faisait son tour, Garrett aussi. Il retira quelques planches qui donnait sur les larges fenêtres qui donnaient vue sur toute la vallée.

    Il en avait le souffle coupé.

    « Anya ! Viens voir ! », dit-il en ouvrant la baie qui donnait sur une immense terrasse sous un patio recouvert de roses et de jasmin. Le soleil inondait les vignobles sous leurs pieds et la vue donnait directement sur le village en contrebas, la petite forêt et le ruisseau. C’était splendide. Garrett était époustouflé par la vue, « Je suis désolé.. Je sais qu’on avait dit qu’on ne prendrait pas de décision hâtive mais.. Anya.. Regarde cette vue.. Je.. Je sais qu’il y a énormément de travail mais.. mais imagine juste un instant.. », il venait l’enlacer en lui montrant cette vue imprenable, « Imagine nous vieux, assis sur un fauteuil à contempler la vue… le village illuminée.. le vignoble en pleine euphorie des vendanges.. Anya, je sens que c’est le bon endroit.. Qu’en penses-tu ? »

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    C.

    Le chantier avançait à la perfection. Même si Anya travaillait désormais à la bibliothèque, les artisans et Garrett avançaient très bien. Ce dernier n’avait pas encore recontacté Andreï concernant le travail qu’il lui avait demandé. Il voulait d’abord installer confortablement son épouse avant d’envisager de reprendre du service. La bâtisse était très ancienne et recelait de nombreux mystères et secret. Garrett semblait trouver la paix ici, dans ce coin de paradis auprès de Anya. Il n’était plus aussi submergé par ses cauchemars et quand il pensait à Jasmine, il souriait. Il ne voulait penser qu’aux bons moments et Anya l’aidait parfaitement en lui demandant de tout lui raconter. Il aurait tellement été plus logique qu’elle soit sa mère pensait-il par moment.

    La journée se terminait et il attendait avec impatience Anya sur le perron. La maison avait en effet plusieurs surprises et il en avait trouvé une dans l’après-midi. Il s’agissait d’une ancienne cave qui abritait encore des bouteilles de vins dont les étiquettes précisait le XIXe siècle. Mais encore, il y avait d’anciennes jarres qui devait au moins dater de l’antiquité. Les parois étaient couvertes de mosaïques illustrant des scènes de vie. Il brulait donc d’excitation à l’idée de les présenter à sa petite femme chercheuse.

    Mais alors que son sourire éblouissant enjolivait son visage, le visage de Anya blêmissait. Que diable faisait Andreï ici ? Lui avait-il parlé de leur marché ? Venait-il le menacer ? Il prévoyait déjà son argumentaire mais les yeux larmoyant d’Anya l’inquiéta. Elle n’était pas en colère, elle avait peur. Très peur et beaucoup de peine. Avançant jusqu’à elle, inquiet, il prit sa main dans la sienne pour lui demander ce qui se passait. Mais elle le devança.

    C’était un choc. Un coup dans son estomac. Non, plusieurs coups. On lui arrachait son coeur. A mesure qu’elle lui expliquait d’une voix basse et tremblante ce qui s’était passé, plus il se liquéfiait. Au début il ne comprenait pas. Comment pourrait-il comprendre une telle chose ? Jasmine était vivante mais avait servie à des.. Non, non, non. C’était un cauchemar. Il riait, il riait comme un fou. S’écartant d’Anya très rapidement, il se mit à faire les cent pas. Les mains dans les cheveux, les tirant en arrière, il riait toujours avant de se mettre à hurler et de frapper dans le mur près de lui. Il frappait comme un fou en hurlant, en hurlant. Il devait se réveiller de ce cauchemar. Il devait se réveiller de cet enfer.

    A bout de force, la main en sang, il s’effondra sur le sol en pleurant. Le dos courbé par la douleur. Rapidement il sentit les petits bras plein de puissance de Anya l’envelopper et le serrer aussi fort qu’elle le pouvait. Il la suppliait alors de lui dire que c’était un mensonge, que c’était un cauchemar. Il la suppliait en prenant son visage entre ses mains ruisselantes. Mais Anya ne niait pas. Elle pleurait comme lui.

    Andreï eut la décence de s’écarter et les laisser seuls. Garrett posait alors son front contre celui de Anya et pleurait encore, se fichant royalement de sa main blessée. Son âme était bien plus meurtrie. Ils restèrent un moment enlacé ainsi, laissant la rage du blond s’atténuer quelque peu. Quand il eut retrouvé un semblant d’humanité, il se redressa et appela son beau-père, « Où est-elle ? ». Andreï lui expliqua qu’elle était à l’hôtel du village avec Tamara, dans un état mutique. Garrett acquiesçait et venait caresser la nuque de son épouse, « Conduis-moi à elle », ordonnait-il en le suivant jusqu’à sa voiture. Son beau-père conseilla à sa fille d’attendre ici et de préparer de quoi dîner. Garrett était encore sous le choc et ne percevait rien autour de lui aussi il ne protesta pas quand Andreï conseilla à Anya de rester au domaine.

    La route sembla infinie pour le jeune homme alors que cela ne dura que dix minutes. Une fois devant la porte de chambre, il hésita. Et si tous se trompaient ? Et si ce n’était pas Jazzy ? Comment allait-elle réagir en voyant son père ? Qu’allait-il pouvoir dire et faire ? Elle allait avoir huit ans dans quelques mois et avait vécu des situations qu’aucune enfant ne devrait vivre. Et lui.. Lui en tant que père ne l’avait pas protégée. Il ne se souvint pas avoir toqué, ni même ouvert la porte. Il se vit juste au milieu de cette chambre et sa fille assise sur un des lits, dos à lui.

    Il reconnaissait ses cheveux blond bouclé. Sa nuque gracieuse d’un blanc laiteux. Mais il ne reconnaissait pas cette manière de se dire, courbée comme prête pour le prochain coup. Il frémit d’horreur quand elle se tourna vers lui et qu’il vit son visage émacié et ses yeux vide d’expression. Autrefois, ils brillaient toujours de joie et de douceur, « Jazzy.. », murmura-t-il sous le choc, « Seigneur.. Jazzy..? ». La petite fille semblait se réveiller d’un songe. Ses yeux reprenaient un peu vie en voyant son père qui se tenait dans la même pièce qu’elle. Aussi choquée que lui, sans doute, elle se mit à pleurer et couru se réfugier dans les bras de son père, « Papa ! ». A genoux sur le sol, il la reçut contre lui comme on tiendrait le soleil contre soi. Un bien précieux qu’il ne relâcherait plus jamais.

    Il était tard quand ils rentrèrent ensemble à la villa. Andreï les avaient raccompagné. Jasmine dormait dans les bras de son père littéralement agrippée à lui. Ils étaient arrivés mais Garrett ne descendait pas, l’oeil lointain. « Je vais la tuer », murmurait-il à son beau-père qui ne semblait pas surpris par ses dires, « Je vais retourner en Amérique et je vais tuer Elena ». Andreï ne cherchait pas à le dissuader, il restait silencieux, observant alors Anya qui sortait sur le perron pour accueillir les arrivants. « Et que feras-tu si tu seras pris ? Que deviendra Anya ? Jasmine ? ». Garrett riait amèrement en caressant néanmoins la chevelure de sa fille qui avait reçu quelques plantes douce de Tamara pour dormir, « Elles s’en sortiront bien mieux sans doute. Regarde la vie que je leur ai offert jusqu’ici.. ».

    Anya semblait s’impatienter. Ils la virent faire quelques pas vers eux ce qui décida Andreï à expliquer plus fermement à son gendre l’importance de la famille et de l’amour, « Je ne te jugerais pas, jamais. Surtout après avoir abandonné ma propre fille. C’était pour la protéger, c’était la meilleure des excuses tu sais et pourtant.. et pourtant aujourd’hui je suis persuadé que j’aurai pu la protéger en la gardant près de moi. C’est la plus grosse erreur de toute ma vie Garrett. Ne commet pas la même. »

    Garrett jeta un oeil sur Anya qui se rongeait mille sang en les observant. De quoi avait-elle peur ? De lui ? De ce qu’il était capable de faire ? Elle avait raison sur ce point.. Tuer Elena serait sans aucun doute un but prochain qui risquerait de les séparer. Il remercia Andreï et ce dernier eu la décence de ne pas évoquer le travail. Il sortit de la voiture, Jasmine dans les bras et se présenta à Anya, « Je ne pouvais pas la laisser à l’hôtel, j’espère que tu ne m’en veux pas », confessait-il en lui présentant Jasmine. Elle avait grandie mais de la pire des manières. Ils finirent par rentrer et, touché, Garrett remarqua que son épouse avait préparé leur chambre pour la petite fille. C’était la seule chambre de prête. La déposant sur le lit, il laissa ensuite à Anya le soin de la border.

    Se rendant sur la terrasse, il alluma une cigarette et bu au goulot une bouteille de bourbon. La vue majestueuse du domaine et de ses vignes devenait insoutenable soudainement. « Comment je peux me regarder dans une glace désormais ? », demandait-il à Anya dont il entendait les pas derrière lui, « Pendant que je vivais elle.. Putain Anya.. J’aurais dû la chercher.. Persévérer.. ». Il flanchait. Prenant son visage entre ses mains, il sentit la peine l’envahir. Il n’y avait pas de colère mais une peine violente qui l’enveloppait, une peine culpabilisatrice.. « Je ne vais pas y arriver.. Je ne vais pas réussir Anya.. Comment je peux la sauver après tout ça ? »

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    C.

    « Anya est la mère que tu aurais dû avoir Jazzy.. », répliquait son père en caressant la joue de sa fille. Cette dernière souriait de plus belle, heureuse comme tout en serrant son nouveau petit compagnon dans les bras qu’elle bichonnait déjà. Une fois qu’elle fut partie avec lui dans les vignes, Garrett vint prendre le visage de son épouse entre ses mains et lui donna un profond et langoureux baiser. Depuis plusieurs jours, ils n’avaient pas été aussi intimes que ces derniers mois. Et la présence de Jasmine n’aidait pas. Lorsque leur souffle vint à manquer, il murmura contre ses lèvres un tendre « Je t’aime ».

    Il s’écarta doucement, caressant sa joue et contempla son visage, « Je ne t’ai pas remercié Anya pour tout ce que tu as fais et tout ce que tu fais. Je ne pensais pas qu’on pouvait aimer plus mais pourtant.. Je t’aime plus fort chaque jours, j’espère juste que la responsabilité de Jasmine ne t’effraie pas trop..», avouait-il avec douceur avant de lui voler à la dérobée un autre baiser. Au loin, Jasmine les appelaient pour leurs montrer les cabrioles qu’elle faisait avec Franky dans les vignes. C’était un joyeux spectacle que de la voir rire spontanément, de la voir courir et tout simplement vivre. Garrett en avait les larmes aux yeux tellement la scène lui paraissait improbable.

    Après avoir rentré les courses avec Anya, il retourna sur le chantier. Avec l’arrivée de Jasmine à la maison, il doublait d’efforts pour les travaux. Il avait pris plus d’artisans et commencé à travailler la terre des vignobles car bientôt, il s’agirait de leur gagne-pain. Tout conjuguer relevait d’un sacré défi mais Garrett n’avait pas peur de la tâche et encore moins de l’effort. Bien au contraire, plus il détruisait, plus sa rage disparaissait. Son idée de partir en Amérique assassiner son ex-femme n’avait pas totalement disparue, mais il repensait aux mots de Andreï et cette part de vérité qu’il lui avait dit. Que deviendrait Anya et Jasmine s’ils étaient emprisonnés, voire pire, tué ? C’était à lui de briser la chaine de violence.

    En attendant, la rénovation avançait et avançait même très bien. Les murs étaient pratiquement tous restauré et les fondations consolidées. La nuit, quand il ne dormait pas, il travaillait à redonner l’éclat aux mosaïques antique. C’était un travail minutieux qui demandait une grande concentration, ainsi, il ne pensait à la vie autour et encore moins à ses vieux démons. Garrett était un patron appréciait sur la villa car il payait et il redonnait vie et corps à une ancienne bâtisse dans les règles de l’art. Les villageois aimaient voir la Villa reprendre vie avec beaucoup de soin. Au fur et à mesure, le couple commençait même à se faire apprécier des gens du village. Aussi, le dimanche, quand ils descendaient pour le marché, on les saluaient déjà comme s’ils faisaient partis de la famille.

    Beaucoup d’anciens du village donnaient des conseils précieux à Garrett sur les terres environnantes. Ils lui expliquèrent que pendant des années, les produits d’autrefois et notamment le vin étaient les plus prisés de la région. Mais les vignes comme la villa avaient été si négligées au fil des ans qu’ils craignaient que la terre ne donne plus aucun fruit. Mais Garrett était optimiste et le soutien de Anya l’aidait aussi. Ainsi, avec l’aide des anciens et des jeunes, ils se mirent à revitaliser les terres. Garrett ne comptait pas ses heures de travail. Cela faisait presque trois mois qu’ils étaient arrivés et déjà la villa était habitable et il se mettait à travailler la terre. Il acheta des chevaux et fit construire une écurie, tout en mettant l’accent sur l’harmonie avec la nature et le respect du terroir.

    Garrett, avec l’aide et le conseil de Anya, remplaça les vieilles vignes malades par des cépages traditionnels et locaux. L’objectif était de les choisir pour leur résilience et leur capacité à produire un vin de caractère, « Maintenant il n’y a plus qu’à attendre que les mois passent et voir les vignobles renaître.. », expliquait-il à Jasmine un soir qu’ils faisaient du cheval avec Anya. La petite fille était devant sa mère et Franky les suivaient d’un pas rapide. Bien évidemment, une course vint terminer la balade et Garrett laissa gagner les filles. Il aimait trop entendre le rire de sa fille pour oser la contrarier. Après s’être restauré et laissé Anya coucher Jasmine, Garrett se rendit près de ses vignes. C’était la tradition désormais, que Anya endorme la petite. Cette dernière était trop mal à l’aise quand il s’agissait de son père alors il n’avait pas insisté. Il voyait bien que certaines caresses ou même des mouvements anodins pouvaient perturber la petite. Alors il restait à l’écart. Anaya arrivait parfaitement à s’occuper d’elle et c’était le plus important.

    Avec les travaux et le vignoble, Garrett avait prit une carrure imposante et très musclée. Aussi, en cette soirée de juin, il faisait si chaud, il se retrouvait de nouveau torse nu en examinant les pieds de ses vignes. Il était soucieux, passionné par ce nouveau projet. La maison se faisait lentement meubler par les filles quand il s’occupait de l’extérieur. Ils avaient enfin la vie paisible qu’ils espéraient. Loin de leurs passés malgré les démons qui enveloppaient Garrett. En effet, ses insomnies avaient repris et il ne savait pas comment les faire passer. Alors, il travaillait encore plus dans son atelier près des écuries. Là, il construisait, détruisait. Utiliser ses mains l’aidait à ne pas faire des bêtises qu’il regretterait.

    « Va donc voir ta maîtresse, elle t’attends.. », gronda-t-il gentiment Franky qui obéit. Garrett était plus que laxiste avec Jasmine, il savait que bientôt il devrait mettre des limites. Anya avait parlé d’un psy, il n’était pas contre. Mais le soucis c’est qu’il se braquait dès qu’elle parlait de Jasmine et du passé. Un fossé, léger s’était creusé entre eux à cause de lui, il en avait conscience. Il préférait se murer dans son silence et sa culpabilité plutôt que d’affronter la vérité. Il leva la tête en entendant le pas léger de Anya qui venait vers lui. Il l’observa un instant, la trouvant soucieuse, « Tout va bien ? C’est le travail ? », il n’osait pas lui demander s’il s’agissait de l’article qu’ils avaient vu dans le journal. En effet, Henry y avait été cité comme le grand génie cardiaque de notre siècle mais il n’y avait rien sur Q’Orianka. Cette dernière manquait à Anya, comme Henry lui manquait aussi. Il est vrai qu’ils n’avaient pas beaucoup d’amis ici, uniquement des connaissances. Peut-être se sentait-elle seule, « Est-ce que.. Est-ce que tu voudrais qu’on lui écrive ? Qu’on lui envoie une carte postale, avec un code ? »

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    C.

    Pour la première fois depuis plusieurs mois, la petite fille se confiait directement à son père. D’abord silencieux et songeur, Garrett comprit qu’elle ne s’inquiétait plus pour elle-même, mais pour le petit garçon qui lui a sauvé la vie. Finissant de changer les draps et après l’avoir laissé prendre une rapide douche, il vint la border dans son petit lit. Frankie s’était installé au bout du lit, s’endormant rapidement rassuré de revoir sa jeune maîtresse de nouveau couchée. Garrett caressait les boucles blonde de Jasmine et essaya de trouver les mots justes pour la rassurer.

    – Tu te souviens de l’histoire que je te racontais quand tu étais petite ?
    – Celle avec la princesse qui recherche le trésor, demandait avec joie certaine la petite fille, oh oui papa raconte moi celle avec son ami le cheval Paillette.

    Il adapta son histoire, évoquant des méchants loups prêts à attaquer la jeune princesse qui se défendait comme elle le pouvait, mais son courage ne pouvait que la sauver.

    – Quand elle rentra enfin à la maison, son père l’attendait. Il était malheureux sans elle, il l’avait cherché partout mais dans la mauvaise direction.. Jasmine, jamais, ô grand jamais je n’aurais laissé Elena te faire autant souffrir. Ma petite fille, mon rayon de soleil.. Plus personne ne s’en prendra à toi, plus jamais, je t’en fais le serment.

    Jasmine souriait, rassurée et demanda un câlin à son père qui lui fit. C’est ainsi qu’elle s’endormit, blottie dans les bras de son père, certaine que plus aucun loup ne viendrait la dévorer. Pendant qu’elle dormait et qu’il caressait sa chevelure, il réfléchissait aux mots de Anya qui l’avait heurté et il avait des difficultés à admettre qu’elle avait raison. Quand il la rejoignit dans leur chambre, il la vit qui l’attendait. Elle lisait un livre sur l’histoire Etrusques, sans doute en référence avec les objets et fresques historiques qu’ils avaient trouvé. Il avançait vers elle, sa colère disparue et sa peine diminuée.

    Repentant, il vint s’asseoir à ses pieds, sur le bord du lit et lui raconta ce que Jasmine lui avait confié. Garrett avait une idée en tête depuis le retour de sa fille et elle venait de lui donner la parfaite excuse pour l’exécuter. Mais pour le moment, il ne dit rien à Anya. Il s’excusa de son comportement des dernières semaines.

    – Je sais que c’est difficile pour toi aussi.. Que je n’ai pas été à la hauteur ces dernières semaines et je te demande pardon de m’être autant renfermé. Je ne te fuis pas c’est juste que.. Jasmine t’aime, tu es sa mère de coeur. Celle qui comptera toujours. Et je suis heureux de ça. J’aurais juste voulu que les choses se passent autrement. Que j’ai le courage de te rejoindre avec elle en Angleterre. Si je n’avais pas été si lâche, rien de tout cela ne se serait passé et.. et aujourd’hui j’ai peur que cette lâcheté s’empare de nouveau de moi.

    Il aurait aimé poursuivre la conversation mai on toquait à la porte d’entrée. Garrett fut surpris de voir un des vieux du village qui lui expliqua en italien que le gel arrivait et qu’il fallait impérativement mettre en place des petites cheminées artisanales sous les pieds de vignes pour ne pas les perdre. Aussitôt et avec l’aide de quelques villageois, ils s’occupèrent des vignes qui avaient été replantées. Garrett passa la nuit dehors, s’assurant que tous les petits feux étaient alimentés. Dans la nuit, il vit sur le balcon Anya qui tenait contre elle Jasmine. Il leur offrit un sourire avant de se remettre au travail.

    Au petit matin, quand il rentra après s’être assuré que les vignes ne seraient pas touchées pas le gel, il pu constater que les filles dormaient l’une contre l’autre sur le canapé. Cet instant était si tendre qu’il prit l’appareil acheté par Anya quelques jours plus tôt et prit une photo. Puis, il se mit à la cuisine et prépara des pancakes pour le petit déjeuner. Jazzy fut la première à se réveiller. La bonne odeur de la pâte à crêpes réveilla son appétit d’ogre. Quand Anya se réveilla, elle pouvait alors contempler le père et la fille partageant un moment rien qu’à eux avec du rire et de la légèreté. Une douceur que Garrett n’avait pas eu depuis un moment.

    Anya avait raison, avec le temps, Garrett avancerait.

    Quand elle apparut, le blond finissait de poser le dernier pancakes dans un plat que Jasmine apportait à table. Il lui souriait et vint embrasser le creux de son poignet.

    – Les vignes vont bien, expliquait-il avec assurance, heureusement que les vieux du village sont venus nous avertir. Sans ça, nous aurions perdu toute la prochaine récolte.
    – Je pourrais goûter le vin que tu fais papa ?
    – Quand tu seras capable de taper dans ma main..

    Pour confirmer ses dires, il leva la main en l’air rendant impossible la possibilité de faire une tape dans la main de son père. Jasmine ronchonnait amusée avant de manger avec appétit son pancakes. Une fois attablés tous les trois, Garrett proposa :

    – Je vais aller dormir un peu mais est-ce que vous souhaiteriez aller pique-niquer ? On pourrait se balader ce matin, aller jusqu’au Tibre et ensuite revenir à cheval.

    Jasmine était folle de joie à cette idée et demanda à emmener Frankie ce que ne refusait pas son père.

    – Est-ce que je peux vous arracher de vos occupations en ce début de journée mon tendre amour, osait-il demander à Anya en lui offrant des yeux d’amour rédempteur avant d’avoir son sourire charmeur, parce que quand Q’ va arriver je sais que je ne serais plus le bienvenu à la maison.. Alors je voudrais profiter de toi aussi un petit peu.

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    C.

    « – Tu es ici chez toi… »

    Répliquait un Garrett qui ne promettait aucunement de dissimuler le secret de Q’Orianka. Même si elle relevait justement qu’ils s’étaient éclipsés du monde pendant presque un an, le blond avait des difficultés à imaginer garder le secret de la naissance des jumeaux. Mais pour le moment, l’heure était aux retrouvailles et il ne voulait pas créer de polémique, surtout qu’il allait avoir besoin de Q’ pour mettre en place son prochain plan. Laissant les filles sur la terrasse à pouvoir discuter, Garrett n’ayant pas de sommeil préféra reprendre le travail à la maison.

    La tâche ne lui semblait pas ingrate, bien au contraire, il y avait bien longtemps qu’il n’avait pas été passionné par quelque chose. Bien entendu, quand il n’était pas rompu de fatigue, il lisait, souvent avant de dormir et allait même en emprunter à la bibliothèque quand il n’était pas occupé à faire des avances à Anya quand elle était au travail.

    En ayant Q’ à la maison, Garrett avait fait préparé la chambre d’amis pour qu’elle s’y sente bien. Suite à son aveu de vouloir garder ses jumeaux, il se rendit donc dans la suite parentale qu’il avait prévu pour lui et son épouse. Il y travailla jusqu’à ce que Anya vienne le chercher pour dormir. Une douche plus tard, il la rejoignit au lit et en l’enlaçant lui avoua son projet.

    « – La salle du fond, je voulais la garder pour nous mais je vais en faire une suite pour Q’ et ses jumeaux. Elle y sera mieux installée. Tu ne vois pas d’inconvénients à ce que l’on garde notre chambre ? On devra continuer à se serrer l’un contre l’autre.. », ajoutait-il avec son sourire taquin avant de s’endormir pour de bon.

    Le soleil se lève doucement sur les collines ondoyantes de Toscane, enveloppant les vignobles d’une douce lumière dorée. Garrett quitte la ville, nichée au cœur des vignes. Debout sur la terrasse il buvait son café en observant la vue. Il aimait le matin, où il entendait les volets en bois craquent encore de la chaleur d’hier. L’air frais du matin est chargé de l’odeur de la terre humide et de l’herbe coupée, une senteur vivifiante qui lui rappellait pourquoi il avait choisit cet endroit pour vivre. Il prit une grande inspiration, remplissant ses poumons de l’essence même de la Toscane, et se motiva pour se rendre au travail.

    Sa première tâche fut d’examiner ses ceps de vigne, comme un médecin qui rend visite à ses patients. Il aimait passer ses doigts calleux sur les feuilles, vérifier les jeunes grappes naissantes, et surveiller attentivement les signes de maladies ou de parasites comme lui avait appris les vieux du village. La vigne est capricieuse, il le sait maintenant. Il avait conscience qu’elle demandait une attention quotidienne, une patience infinie, et une vigilance constante. Il sourit en se rappelant que, quelques mois plus tôt, il ne savait rien de la taille des vignes ou de l’importance de l’orientation des rangs par rapport au soleil.

    Sous le ciel clair, il saluait Massimo, le maître vigneron, qui l’avait pris sous son aile. Massimo est un homme aux mains épaisses, marquées par des années de travail, et aux yeux perçants qui semblent tout voir, tout comprendre du langage silencieux des vignes. Avec lui, chaque jour était une leçon. Ce matin là, ils discutaient de la taille d’été, de comment maîtriser la vigueur de la vigne sans étouffer son potentiel. Garrett écoutait attentivement, absorbant chaque conseil comme un trésor précieux.

    Après la tournée des vignes, venait le travail de la terre. Garrett n’était pas comme ces odieux propriétaires riches, il préférait apprendre à connaître chaque parcelle de son domaine, à sentir la texture du sol, à comprendre les subtiles différences entre l’argile et le calcaire, à prévoir le drainage de l’eau. Il découvrait l’importance des couvertures végétales, ces petites fleurs et herbes qu’on laisse pousser entre les rangs, non seulement pour nourrir le sol, mais aussi pour attirer les insectes bénéfiques et préserver l’équilibre fragile de la nature.

    Mais au delà de ce travail de terre, cela canalisait son désir de vengeance. Et de toute manière, ce matin là, il ne pensait qu’à Henry. Il avait l’impression d’être un traitre pour cet ami qui l’avait toujours soutenu. Comment pourrait-il taire le secret de Q’ quand il connaissait la passion de son ami pour cette femme si atypique ? Mais encore.. Que faisait Henry de sa vie ?

    Le soleil de midi se faisait plus intense. Garrett retirait son chapeau de paille et essuyait son front en sueur. C’était l’heure du déjeuner et en levant les yeux vers la villa il vit Jasmine lui faire signe du haut du balcon.

    « – A table messieurs! », annonçait-il au reste du groupe d’ouvriers qu’il avait engagé quelque temps plus tôt.
    Avec Massimo et les autres travailleurs, ils remontaient à la villa pour partager un repas simple mais généreux sous la pergola ombragée. Anya avait une nouvelle fois fait des merveilles. Il y avait du pain frais, des tomates juteuses, de l’huile d’olive maison, et bien sûr, du vin.

    « – En espérant pouvoir bientôt goûter notre cuvée ! », félicitait Massimo et les garçons en levant leur verre de vin produit sur des terres, plus lointaine, « Tu verras Anya, ton mari va nous produire un Chianti jeune, vif et fruité, qui parle de soleil et de passion. », s’amusait à raconter le vieil homme en faisant un clin d’oeil à la jeune épouse dont il saluait toujours la beauté.

    Les deux époux avaient réussit à trouver une cohésion, un vrai entourage qui avançaient doucement mais qui respectaient la présence des étrangers qui se donnaient bien du mal à faire revivre ces vignes. Beaucoup évoquaient avec Anya l’odieux vol de la maison et proposèrent de faire des rondes pour surveiller les rondes. En un coup d’oeil, Garrett vit que cela gênait Anya, mais est-ce que cela concernait son père ou cette réaction étrange qu’elle avait depuis quelque temps quand on parlait de violence ?

    Après le repas du midi, Garrett laissa les garçons reprendre le travail. Il s’occupait en général de l’administratif de l’exploitation. Souvent même, il faisait une sieste crapuleuse avec Anya mais cette dernière était bien occupée avec Q’. Les laissant tranquille, il proposa à Jasmine de l’accompagner dans son bureau pour qu’elle avance sur son journal.

    « – Si tu veux qu’on le fasse publier à la fin du mois tu devrais t’activer Jasmine.. »
    « – Mais je ne trouve pas d’idées pour ma rubrique histoire insolite papa ! »

    Il lui proposa d’interviewer toutes les personnes qu’elle connaissait à la villa pour qu’ils leurs parlent de leur histoire d’amour ce qui amusa la petite fille. Pendant qu’elle préparait ses questions, Garrett lui s’occupait des factures et autres dossiers administratifs. Soudain, il vit Anya passer la tête dans le bureau. Ils étaient adorables, les deux petites têtes blonde à travailler avec acharnement. Laissant la brune entrer et qui venait chercher Jasmine pour une séance shopping, il lui parla des alarmes qui se faisaient de plus en plus et qu’il avait commandé.

    « – Plus personne ne rentrera chez nous sans notre autorisation, d’accord ? »

    Son après-midi fut consacré à la cave. Garrett descendit dans l’obscurité fraîche, où les barriques en chêne alignées exhalaient une douce odeur de bois et de vin en fermentation. Il en avait acheté une bonne centaine au tonnelier du village du coin, relançant une vraie activité. Cela avait valu à Garrett une meilleure réputation encore. Aujourd’hui, Massimo lui apprenait l’art de l’assemblage, ce processus délicat et subtil où chaque cuvée est goûtée, évaluée, et mélangée pour créer l’équilibre parfait. Massimo l’encourageait à goûter, à sentir, à fermer les yeux et à écouter le vin lui parler. Chaque gorgée était une découverte, une leçon de patience et de savoir-faire. Garrett aimait apprendre, mais encore plus se sentir proche d’un succès.

    Il ne revit pas les filles du reste de la journée et cette dernière touchait à sa fin. Buvant un verre de vin sur le balcon, il contemplait le soleil qui commençait à descendre, inondant les collines d’une lumière rougeoyante. Garrett était fatigué, ses mains sales, et ses muscles douloureux, mais il se sentait vivant d’une manière qu’il n’avait jamais imaginée. Chaque journée apportait son lot de défis, mais aussi de satisfactions simples et profondes. En entendant le retour des filles, son sourire s’afficha. Il ne manquait qu’elles pour qu’il se sente vraiment comblé.

    Il les salua avec joie et leur proposa d’aller manger une pissa à l’extérieur ce qui fit sautiller de joie Jasmine. Le restaurant était atypique, avec un vrai four d’époque. Tout le village connaissait le couple d’américains et ils étaient salués par tout le monde. Garrett aimait cette promiscuité et qu’on salue Anya comme une reine dont la beauté ne cessait d’enthousiasmer les hommes, avec respect. Embrassant sa nuque discrètement alors qu’ils mangeaient, il glissa dans son oreille dans un murmure :
    « J’ai envie d’être seul avec toi et te dévorer.. »

    Cela l’amusait de voir ses pommettes rougir gênée alors qu’il caressait sa crinière brune aux reflets brillants. Les filles semblaient encore plus fusionnelle qu’auparavant. Malgré leurs différences physiques, elles avaient tout de deux soeurs et cela rassurait Garrett. Anya n’avait jamais été très douée pour se faire des amies et elle avait enfin retrouvé son âme soeur de toujours. En rentrant le soir même, alors que Anya couchait Jasmine, Garrett contemplait la vue des vignes dont il ne se lassait pas, Q’ le rejoignit et le remercia de lui laisser l’opportunité de rester ici.

    « – Anya m’a dit pour la chambre.. C’est beaucoup trop. »
    « – Absolument pas. Je vais m’occuper de cette pièce pour toi et les jumeaux. Vous êtes ici che vous tu sais, Q’.. Je sais que.. Je sais que tu m’en as beaucoup voulu lorsque j’ai épousé Elena. »
    «  – Je t’en ai voulu oui mais parce que tu faisais souffrir Anya sans me rendre compte qu’elle n’avait pas été totalement blanche dans cette histoire. Tu sais, le monde n’est jamais blanc ou noir et je.. Aujourd’hui je me rends compte que les choix que nous faisons ne sont pas toujours compris par tout le monde et donc.. tant pis. »
    « Q’, il a le droit de savoir… »
    « Tu sais.. La dernière fois qu’on s’est vu nous nous sommes disputés comme jamais on ne s’était disputé. Il me reprochait de ne pas être patiente, de lui demander trop de temps et de ne pas comprendre que ce qu’il faisait était important. Qu’il travaillait très dur pour m’offrir le monde. J’aurais tellement voulu qu’il comprenne que je n’attendais rien d’autre de la vie que lui.. Sans argent, sans prix, sans titres.. »

    Elle souffrait de son manque et de cette fameuse dispute. Garrett l’écoutait patiemment se confier sur Henry dont les vieux vices étaient de nouveaux survenus après sa disparition. Le blond s’en voulait sincèrement et se promit de tout faire pour arranger les choses.

    « Q’, j’ai besoin de toi pour quelque chose.. Un secret que tu ne devras dévoiler à aucun moment. »

    Méfiante, elle écouta cependant le blond lui évoquer son départ pour les Etats-Unis et son intention de récupérer un petit garçon du prénom de Pasha.

    « Tu dois me jurer de garder Anya ici. Elle ne doit pas me suivre, elle risquerait d’être retrouvée par Interpol. Andreï va me permettre de rentrer au pays et trouver les tortionnaires de Jasmine et ramener ce gamin. Je ne peux pas.. Je ne peux pas les laisser impunis, tu comprends ? J’ai besoin de ton aide pour protéger ma femme et ma fille pendant mon absence. T’assurer que Anya ne fera pas de bêtises ».

  59. Avatar de C.
    C.

    Garrett était assis dans l’avion, ses yeux rivés sur l’horizon à travers le hublot. Cela faisait un moment qu’il n’était pas retourné aux États-Unis. Trois ans, pour être exact. Trois longues années depuis que Jasmine avait disparu. Un enlèvement brutal, une enfance brisée, et une culpabilité qui n’avait pas encore quitté son esprit.

    Il repensait aux mots de Jasmine qui ne cessait de parler de ce garçon, cet ami qui l’avait sauvé bien des fois. « Papa, il est quelque part. Il a besoin de nous. », répétait-elle alors tous les soirs. Ses paroles tournaient dans la tête de Garrett alors que l’avion se posait enfin à New York. Le froid mordant de novembre le frappa dès qu’il descendit de l’avion, mais il ne s’arrêta pas, décidé à aller jusqu’au bout. Il s’en voulait de ne pas en avoir parlé à Anya, mais il savait ce qu’elle lui aurait dit. Elle serait venue avec lui et aurait fait bien plus qu’un carnage. De plus, elle restait toujours recherchée, alors que lui, était presque mort administrativement,

    Grâce à un ancien contact, un informateur du FBI et les informations de Andreï qui couvrait ses arrières, Garrett avait enfin retrouvé la trace de Pasha. L’enfant, qui avait maintenant huit ans, avait été vu dans un quartier reculé de la ville. On disait qu’il était blessé, qu’il survivait dans des conditions misérables, loin des regards. Visiblement, il aurait réussit à s’enfuir de la maison où il avait été conduit.

    La ville défilait dans un flou de béton et d’acier alors qu’il se précipitait en voiture vers l’endroit indiqué, une vieille usine désaffectée, cachée au fond d’un quartier industriel oublié. Le vent sifflait entre les bâtiments délabrés, et Garrett serra les poings pour garder son calme. Il ne pouvait pas échouer maintenant. Soudainement, l’Italie lui manquait. La douceur du soleil, le sourire rayonnant de Jasmine et les baisers tendre de son épouse. Il n’avait qu’une envie, rentrer à la maison. Mais il ne pouvait décemment pas échouer dans sa mission. Pas maintenant, pas si près du but.

    En entrant dans l’usine, l’odeur de poussière et de métal rouillé l’accueillit. Un élan de nausée lui monta de l’estomac lorsqu’il tomba sur des toxicos qui s’étaient fait dessus. Ses pas résonnaient dans l’immense salle où se trouvait plusieurs âmes en peine. Il y avait des signes de vie — des couvertures en lambeaux, des restes de nourriture. Difficile dans tous ces corps recroquevillés de retrouver un petit garçon de huit ans. Autrefois la misère humaine le répulsait, mais aujourd’hui il était là pour Pasha. Il ne pouvait pas sauver l’humanité. C’était pour sa famille. Uniquement eux. Il essaya de communiquer avec certaines personnes éveillées, mais beaucoup le repoussaient croyant qu’il était flic.

    Pendant presque quatre jours il chercha dans le quartier, patiemment et offrant même un peu d’argent pour avoir quelques renseignements. Puis, soudain, il se rendit compte que si le jeune homme savait qu’on le cherchait, sans doute craindrait-il que ce soit pour le ramener chez ses kidnappeurs.

    Alors il usa d’une autre stratégie. La seule qui pourrait l’aider vivait tout près et saurait trouver les mots justes pour retrouver un petit garçon perdu, comme lui-même l’avait été.

    Garrett se tenait devant la petite maison de Maggie, une boule dans la gorge. Cela faisait trois ans qu’il n’avait pas revu son ancienne gouvernante, cette vieille femme au grand cœur qui l’avait élevé comme son propre fils. Après sa disparition, tout le monde le croyait mort, y compris elle. Lorsqu’elle ouvrit la porte, ses yeux s’agrandirent, incrédules.

    « Garrett…? »

    Sa voix tremblait, et une larme roula sur sa joue ridée.

    « C’est vraiment toi ? » Garrett hocha la tête, la gorge serrée.
    « Maggie, j’ai besoin de ton aide. J’ai tellement de choses à te dire et si peu de temps. Toujours est-il que Jasmine…. elle est en vie. Et j’ai besoin de toi pour retrouver un de ses amis, Pasha. Mais je ne peux pas le retrouver seul. »

    Garrett et Maggie marchaient côte à côte dans les rues animées de New York, leurs regards scrutant chaque visage dans la foule, à la recherche de Pasha. La nuit tombait, et les lumières de la ville clignotaient autour d’eux, projetant des ombres sur les trottoirs. Garrett se disait avec horreur que le petit garçon dormirait encore seul cette nuit. En attendant, sur le trajet, il répondit à toutes les questions qu’elle lui posait. Il n’avait jamais eu à coeur de lui mentir ou même de lui briser le coeur. Aussi, il lui expliqua ses doutes et son envie d’en finir. Il avait perdu Jasmine, Anya. Il ne croyait plus en rien. C’était donc plus simple d’en finir. Puis, il lui expliqua avoir retrouvé Anya, le meurtre mais se porta comme le coupable de cette histoire ne voulant pas qu’on puisse blâmer Anya. Enfin, leur fuite en Italie, leur magnifique vignoble et le retour de Jasmine.

    Maggie contenait du mieux qu’elle pouvait ses larmes. Cette histoire n’était pas aussi belle et bienheureuse qu’elle l’aurait espéré. Elle repensait au petit ange de Jasmine a qui on avait tout retiré et les souffrances d’Anya et Garrett. Comme une mère, elle prit son grand garçon contre elle et le blâma tendrement d’être parti sans rien lui dire. Et tel un enfant, il fléchit la tête, ayant conscience de l’injustice qu’il lui avait fait.

    « Ne me laisse plus jamais sans nouvelles. Sinon je viendrais te chercher moi-même tu m’entends? Je suis contente que tu vous ayé trouvé la paix, Garrett. Mais maintenant, il est temps de ramener le petit Pasha à la maison.»

    Maggie le regarda, un sourire triste aux lèvres. La vieille gouvernante n’avait rien perdu de son mordant et cela fit tendrement sourire le blond qui n’en n’oubliait pas pour autant son objectif. Ils arrivaient dans un petit square perdu et sombre. Garrett faisait le tour et observait avec attention les épicéas. Il méditait sur eux un instant avant de se souvenir de ce que lui avait confié Jasmine. Pasha aimait les arbres et être en hauteur. Au moment où il eut cette pensée, il entendit la berceuse de Jasmine, celle qu’il lui chantait. Il leva les yeux vers l’arbre et puis il le vit.

    Pasha. Assis contre le tronc, sur une branche, son visage marqué par des souvenirs violent. Le garçon était plus grand que lui avait raconté Jasmine, mais ses yeux avaient une teinte bleu clair comme l’avait décrit sa fille. Garrett s’approcha doucement en sifflotant la chanson qu’il chantait.

    « Pasha… »

    L’adolescent baissa les yeux, méfiant au début, et ses traits s’adoucirent lorsqu’il entendit l’homme devant lui. Peu de personne pouvait connaître cette chanson puisqu’elle avait été inventé par Garrett. Entendre cette chanson, avait fait espéré au petit garçon que Jasmine soit là. Mais quelle déception en voyant cet homme adulte. Garrett se présenta et Maggie vint l’accompagner pour le rassurer. Ce n’était pas une réunion joyeuse. Maggie réussit à le convaincre de descendre pendant que Garrett s’éloignait un peu. Pasha était blessé — une profonde entaille à la jambe, une infection évidente. Garrett vin finalement s’approcher et s’agenouilla à ses côtés, ses mains tremblantes.

    « On va s’occuper de toi. Je te ramène à la maison. »

    Avec précaution, Garrett aida Pacha à se lever, le portant presque jusqu’à la voiture. Il savait où aller : chez Henry. Il était le seul à qui Garrett pouvait faire confiance dans un moment aussi critique.

    La route fut silencieuse, entrecoupée seulement par les respirations lourdes de Pasha qui ne parlait pas, luttant contre la douleur. Maggie lui donnait de l’eau et quelques biscuits et avec patience, lui expliquait qui ils étaient. L’enfant était si méfiant, qu’ils ne s’offusquaient pas. Garrett lança quelques regards rapides dans le rétroviseur, surveillant l’état du garçon. Le temps pressait.

    Lorsqu’ils arrivèrent chez Henry, sa maison de toujours se tenait encore droite malgré les années passées. Il n’était pas là, sûrement en train de travailler à l’hôpital. Mais cela ne réfrénait pas Garrett qui savait où était la cachette secrète des clés. Elle n’avait pas bougé avec le temps. Henry était toujours aussi prévisible, ce qui fit sourire le blond. Ils finirent par entrer et Maggie s’occupa de faire les premiers soins au petit garçon qui souffrait.

    Henry rentra comme à son habitude, tard, ce soir là. Il eut la surprise de voir de la lumière et sembla plein d’espoir. Un espoir qui s’effondra en voyant Garrett dans l’entrée, son pull recouvert de sang.

    « Navré vieux frère.. Je ne suis pas brune avec une peau de miel.. »

    Répliqua Garrett en évoquant Q’Orianka.

    Passé la déception, ce fut l’état de choc pour le jeune médecin. Comme à leur habitude, ils se maudirent du regard avant de tomber dans les bras de l’un et de l’autre. Ils avaient grandis ensemble et n’avaient été séparés en tout et pour tout, à peine deux mois sur toute leur vie. Et voilà que trois ans s’étaient écoulés sans qu’ils ne se voient ou s’appellent. Henry en voulait à Garrett, et ce dernier culpabilisait encore.

    « D’où vient tout ce sang ? », lui demandait-il en retirant son manteau.
    « Je vais tout t’expliquer mais avant viens avec moi.. »

    Sans perdre un instant, ils se rendirent dans la salle de bain où Maggie aidait le petit garçon à se laver. En entrant, ils virent son buste couvert d’ecchymoses, de cicatrices et autres méfaits qui les choquèrent. Henry, en bon médecin avisé, vit la blessure de sa jambe et ordonna qu’on le transport dans son bureau. Ils installèrent Pasha sur la table d’examen improvisée dans le bureau. Henry s’attela à la tâche, nettoyant la blessure, vérifiant l’état de l’adolescent. Garrett observait en silence, son cœur battant à toute vitesse.

    « Il va s’en sortir, » déclara Henry après un long moment. « Il a besoin de repos et de soins, mais il est fort. »
    Garrett poussa un soupir de soulagement. Il s’assit enfin, la tension quittant son corps. Pasha, allongé sur le sofa, semblait déjà plus calme, les traits détendus malgré la douleur. Garrett s’approcha doucement et vint ébouriffer ses cheveux ce qui eut effet d’effrayer l’enfant qui se recroquevilla sur lui-même en pleurent et suppliant.

    Un regard vers Henry fit comprendre à Garrett qu’ils devaient lui accorder du temps. Maggie préparait de quoi dîner et gronda Henry pour n’avoir rien de comestible dans ses placards. Lui aussi, comme un enfant, s’excusa auprès d’elle qui lui avait donné beaucoup d’affection.

    Les garçons se posèrent dans le jardin. Silencieusement, Garrett fumait pendant que Henry se remettait de ses émotions.

    « Putain de merde.. », s’exclama Henry épuisé en passant une main sur son visage, « Tu vas m’expliquer ? »

    Alors, comme avec Maggie, Garrett lui raconta tout si ce n’est qu’il fumait et qu’il avait un bourbon dans la main. Sans un mot, son vieil ami écouta tout son récit et sans jugement le laissa aller jusqu’au bout.

    « Jasmine me suppliait de le retrouver.. Je ne pouvais pas et.. putain Henry, il y a encore une myriade de gamins qui sont sous l’emprise de ces tarés. Anya ne sait rien.. Elle serait bien pire que moi.. »

    Henry avait entendu parler de ces endroits pour enfant. Il avait essayé de les signaler mais toutes ses demandes étaient restées sans réponses. C’était encore un combat qu’il était persuadé d’avoir perdu. La conversation cessa quand Maggie les appela pour dîner. Même s’ils n’avaient pas un grand appétit elle les obligea à manger un peu, ce qu’ils firent mais sans grande joie. Encore une fois, il s’agissait d’une réunion sans grande gaieté. Le petit dormait déjà à l’étage et Maggie se proposa de veiller sur lui.

    Pendant ce temps, les garçons pouvaient discuter.

    « Alors ? Tu vas rentrer comme ça avec le gamin sous les bras ? Tu crois que Anya va t’accueillir comment ? »
    « Et bien elle va sans aucun doute me faire la gueule.. Mais elle verra vite que j’avais raison d’y aller seul. »
    « Dis.. Quand tu es arrivé, tu.. tu parlais de Q’Orianka.. N’est-ce pas ? »

    Garrett s’était promit d’éviter les sujet pour ne manquer à ses promesses mais Henry souffrait, il le voyait bien.

    « Elle est venue chez nous et elle y est encore d’ailleurs.. »

    Le brun semblait soulagé et en même temps, il ne savait pas quoi faire de cette révélation.
    « Si elle te manque.. Pourquoi tu ne lui dis pas ? »
    « Comme si c’était aussi simple. », pouffait le brun désarçonné, « Elle mérite mieux que ce que je lui ai offert. Bien mieux.. »
    « Mais tu l’aimes bêta et un jour tu vas te lever et regretter de ne pas être là pour ces grands moments »

    Garrett n’en disait pas plus mais il avait éveillé la curiosité de Henry.

    « Viens nous rendre visite le plus vite possible, si tu as confiance en moi, fais ce que je te dis. Je t’assure que ta vie va radicalement changer. »

    Maggie était descendue et appelait Garrett, visiblement, Pasha était prêt à parler. En entrant dans le bureau, Garrett resta à une bonne distance du petit, pour ne pas lui faire peur. Il demanda où il était et ce qu’on voulait de lui.

    « C’est Jasmine qui m’envoie.. Tu te souviens d’elle ? Elle m’a demandé de venir te chercher. Demain on rentre à la maison Pasha. Tu es en sécurité maintenant. »

    Pacha sourit faiblement, une lueur de soulagement dans ses yeux fatigués. Il n’était plus seul, et bientôt, il serait enfin de retour là où il aurait toujours dû être, auprès de son amie.

    Deux jours plus tard, Garrett poussa le portillon qui donnait sur le jardin. L’air doux de la Méditerranée et le soleil ardent malgré le mois de novembre caressait son visage. Au loin, sur la petite terrasse, il vit Anya, se lever de la table et abandonner sa lecture en voyant entrer Maggie et le petit garçon fatigué qu’elle ne reconnaissait pas.

    Pasha, soutenu par Garrett, avait le regard fatigué, mais il était en sécurité. Maggie, elle, se tenait un peu en retrait, ses yeux parcourant la maison avec une douceur nostalgique, avant de laisser des larmes de joie lorsqu’elle vit la jolie brunette venir vers eux.

    Le blond laissa son épouse venir à lui, elle avait inquiète et restait dangereusement silencieuse, visiblement cherchant des réponses dans ses yeux. Q’, assise à table se levait aussi, une main sur son ventre protubérant et appela Jasmine. Garrett posa doucement sa main sur la joue de son épouse, et lui présenta alors Pasha sans évoquer le but de son voyage ou encore son mensonge.

    « Mon amour, voici Pasha. C’est l’ami de Jasmine. Je l’ai retrouvé… et il est blessé. »

    La voix de Garrett trembla légèrement.

    « Il va avoir besoin de temps, de soins, et de nous. »

    Jasmine surgissait dans le jardin et poussa un cri, bouleversée, en voyant Pasha. Sans perdre un instant, elle couru jusqu’à lui et avec une infinie tendresse le prit dans ses bras.

    « Merci papa d’avoir tenu ta promesse »

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    C.

    c’est fuckin beau ici 😮

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    C.

    Anya a eu la meilleure des idées en l’arrachant du vignoble. Une semaine s’était écoulée depuis son retour et la vie semblait avoir doucement repris un cours normal. Du moins, avec la présence de leurs nouveaux invités bien entendu. Mais Anya n’avait pas répliqué, elle avait été douce, conciliante et ouverte d’esprit. Garrett ne pouvait pas l’aimer plus qu’en ce moment où elle avait prit le petit garçon sous son aile sans poser une seule question. Il était heureux d’être rentré à la maison. Ce foyer qu’ils avaient construits à eux et qui les abritaient du monde extérieur. Il aimait à contempler de nouveau la beauté des lieux sous le soleil chaleureux de cette fin d’année.

    Mais il était encore plus satisfait d’être l’otage de la belle brune près de lui. Sur le trajet, il pu plus librement évoquer Pasha et ce qui l’avait conduit à aller le chercher. Anya comprenait, toujours aussi compatissante et bienveillante. Puis, forcément, il évoqua Henry et cette empathie qui l’avait guidé à évoquer la présence de son ex-compagne chez eux.

    « – Je ne pouvais pas le laisser dans un tel état.. Sans lui dire qu’elle était chez nous. Tu verrais dans quel état il est. Déjà que c’était un bourreau de travail, désormais il dort même à l’hôpital pour ne pas rentrer chez lui. Anya.. Elle lui manque et ne pas lui dire pour les jumeaux n’est pas juste. »

    Il savait qu’elle se protégeait aussi mais il expliqua à Anya qu’il n’était pas cohérent que deux personnes qui s’aiment se refuse à l’honnêteté par pur orgueil.

    « Henry va venir parce que j’ai éveillé sa curiosité. Peut-être que Q’ m’en voudra mais je n’ose imaginer la colère et la douleur que ressentira mon ami s’il n’avait pas appris plus tôt la vérité. »

    Ils se comprenaient sur ce point, même s’ils n’étaient pas tout à fait d’accord sur la manière de faire. Cela n’allait pas pour autant détruire leur week-end en amoureux. Anya avait vu juste sur l’hôtel qui était idéalement situé en ville mais qui avait surtout une chambre exceptionnelle avec un jacuzzi. Tel un enfant, Garrett ne chercha même pas à déballer leurs affaires, il se mit directement nu dans le petit bain à remous sous l’oeil amusé de son épouse.

    « Enfin seuls.. », soupirait-il de contentement en la cajolant et cherchant à défaire son maillot de bain.

    Mais elle eut un petit sursaut qui la fit se redresser et s’écarter du blond. Surpris et inquiet, il chercha à la ramener contre lui quand elle laissa enfin les mots surgirent. Il la vit prendre une grande inspiration, cherchant le courage de lui dire, non, de lui avouer ce qu’elle gardait enfoui. Il avait peur, surtout en voyant ses yeux s’humidifier. Puis la vérité.

    Elle parlait, se déversait et lui expliquait tout. Dire qu’il était choqué était un euphémisme. Disons qu’il ne préférait rien dire pour lui laisser la place même si ce qu’elle lui disait lui faisait mal. Il ne lui en voulait pas d’avoir occulté cette information, simplement ses sentiments et ses peurs ne lui semblaient pas vraisemblable. Comme si elle avait peur de lui, de sa réaction.

    Il finirent par sortir du jaccuzi. La laissant pleurer dans ses bras, cela lui permit de faire le tri dans ses pensées, comprendre ce qui se passait et ce qui potentiellement ne se passera jamais. Le silence tomba autour d’eux, comme si le monde s’était figé. Garrett resta immobile un instant, absorbant la nouvelle. Il sentit son cœur se serrer pour elle, pour eux. Bien sûr qu’il avait pensé à un enfant avec Anya, surtout depuis le retour de Jasmine. Il aurait aimé la voir épanouie dans sa grossesse et pouvoir donner à cet être fait de chair et de sang tout l’amour maternel dont elle-même avait été privée. Un petit être qui aurait été le symbole de leur amour.

    C’était si difficile de savoir qu’elle souffrait de cela et qu’il ne pouvait rien faire pour l’aider. Elle lui avait finalement avoué, il lui en était reconnaissant. C’était désormais à lui de la sauver, de l’aider. L’observant entrain de dormir, il se mit à caresser son visage puis ses cheveux. Est-ce qu’elle comprenait qu’il irait jusqu’en Enfer pour elle ?

    « Anya… je suis tellement désolé que tu aies dû vivre ça seule », lui dit-il en la voyant se réveiller. Ses yeux la cherchaient, cherchaient à la rassurer. « Jamais, jamais tu ne devrais avoir peur de ma réaction. Je t’aime, Anya. Que l’on ait un enfant ou non, tu es tout pour moi. Tu comprends ? Je suis là, avec toi. Pour toujours. Je ne mérite rien de mieux car tu es la femme que j’ai toujours voulu avoir, mon âme soeur, ma meilleure amie, mon amour. Ne doutes jamais de mes sentiments car ils sont bien plus puissant que tu ne sembles le croire. »

    La voyant sourire tendrement et entendre ses mots le rassurait. Il finit par se pencher sur ses lèvres et y déposer de tendre baisers, chastes en laissant ses mains caresser ses joues, ses cheveux. Il lui rappelait qu’elle pouvait lui faire confiance, qu’ils étaient plus forts que tout le reste.

    « Je n’étais qu’un homme sans but dans la vie avant de te rencontrer. Aujourd’hui j’ai une famille et des personnes pour qui me battre.. C’est toi qui m’a sauvé la vie. Toi qui secoué ma cage et m’a rendu libre. Cesse de croire en ton insignifiance, car à mes yeux, tu seras toujours celle qui m’a donné la vie. Tu me crois n’est-ce pas ? »

    Il crut voir Anya hocher doucement la tête, des larmes silencieuses roulant sur ses joues. Garrett se pencha de nouveau sur son visage et l’embrassa tendrement sur le front, ses bras l’enveloppant avec une chaleur protectrice. La porte fenêtre ouverte leur offrait le bruit de la ville qui continuait de résonner autour d’eux, mais à cet instant, pour autant il n’y avait qu’eux deux.

    Après leur conversation à cœur ouvert, le poids de la tristesse sembla s’alléger pour Anya. Garrett décida qu’ils devaient sortir et profitèrent de la fin de journée pour se perdre en ville. Le blond, toujours à ses côtés, lui prit la main et lui offrit un sourire malicieux, comme un gamin prêt à faire une bêtise.

    « – Bon, je me dois de te montrer Florence comme tu ne l’as jamais vue. Laisse-moi être ton guide… en beaucoup plus beau et avec qui tu pourras certainement coucher, certes, mais je te promet que tu ne seras pas déçue. »

    Ils se mirent en route à travers les ruelles étroites, Garrett improvisant des anecdotes imaginaires et farfelues sur chaque bâtiment qu’ils croisaient. Devant la cathédrale Santa Maria del Fiore, il pointa du doigt la célèbre coupole de Brunelleschi. « Tu savais que cet architecte a dû manger une centaine de lasagnes pour trouver l’inspiration pour la coupole ? C’est scientifiquement prouvé. »

    Il aimait son regard suspicieux et ses yeux brillant de malice. Ils lui disaient qu’elle savait qu’il inventait toutes ces histoires mais au moins cela l’amusait. Alors il persistait, aimant trop voir ce sourire si magnétique envelopper son doux visage.

    « Je n’invente rien, » répondit-il, prenant un air faussement indigné. « J’ai moi-même mené des recherches très sérieuses que je te ferais lire dans ma chambre d’hôtel… » Il fit un clin d’œil, avant de continuer à dépeindre Florence sous un jour qui n’existait que dans son imagination.

    À la Galerie des Offices, il pointa un tableau de la Renaissance avec la plus grande des convictions. « Ah, ça, c’est une œuvre très rare, ‘Le Chat qui Rêvait d’être un Pigeon’. » Il regarda Anya, les bras croisés, comme s’il attendait qu’elle le défie. Elle secoua la tête, amusée, et il se pencha pour l’embrasser sur la joue.

    Ils déambulèrent ensuite le long du Ponte Vecchio, la main dans la main, profitant de la lumière dorée qui baignait la ville. Garrett, toujours dans son rôle, raconta qu’un prince aurait, paraît-il, sauté du pont pour rejoindre une sirène qui vivait en contrebas.

    « Et tu sais quoi ? Je pense qu’il a dû la trouver, parce qu’ils disent que les matins, quand le soleil se lève, tu peux entendre son rire dans le clapotis de l’eau. »

    Il vit sa douce Anya, attendrie, le regarder avec une affection infinie. Garrett lui sourit et serra sa main un peu plus fort avant de l’enlacer par derrière, pour faire face au soleil couchant sur le Tibre.
    
« Tout ce qui compte, c’est que je t’ai fait sourire. »

    Leur journée à Florence continua ainsi, entre rires et tendres bêtises, leurs cœurs allégés par la beauté de la ville et la complicité retrouvée. Les histoires farfelues de Garrett n’avaient rien à voir avec les guides traditionnels, mais l’entendre rire et retrouver sa légèreté n’avait pas de prix. Pour dîner, ils se contentèrent de glaces qu’ils mangeaient sur la route du retour. Il s’amusait à mettre un peu de sa glace au chocolat sur son nez avant de couvrir celui de son adorée. Une petite bataille improvisée les fit renverser leurs diner sur le sol jusqu’à ce que leurs lèvres chaudes, impatientes et brûlante se retrouvent dans un baiser volcanique. Dissimulés dans une petite rue adverse, Garrett laissait des soupirs de contentement en sentant les mains de Anya sur lui quant lui même agrippait sa crinière en dévorant son cou de baisers.

    Mais alors qu’ils s’embrassaient fiévreusement, il cessa brutalement le souffle court. Ses yeux brillaient d’un désir certain, sauvage et intense qu’il tentait de contrôler pour lui demander pardon.

    « Je suis désolé de n’avoir rien dit pour Pasha.. Sincèrement. Je ne te mentirais plus jamais, je te le promet.. »

  62. Avatar de C.
    C.

    De retour dans leur villa antique nichée au cœur des vignobles toscans, Garrett et Anya retrouvaient la tranquillité de leur refuge après leur escapade à Florence. Ce moment singulier, juste pour eux, leur avait permis de se ressouder encore plus et de se rendre compte de la chance qu’ils avaient de s’être enfin retrouvés. Ils construisaient petit à petit leur nouveau monde, mais ils y mettaient tant d’ardeur, de passion et d’amour qu’ils n’avaient pas peur de l’avenir. Il ne pourrait être que radieux et serein. C’était ce que Garrett espérait transmettre à Anya, surtout après qu’elle lui ai avoué sa fausse couche.

    Une fois rentrés à la villa, Garrett se sentit heureux. Il aimait cette vielle maison pleine d’histoire qui autrefois était une demeure d’aristocrates romains. Elle leur offrait chaque jour de nouvelles découvertes fascinantes et c’est justement à leur retour que sous ses sols de marbre usés par le temps, ils trouvèrent des vestiges antiques. Anya, petite archéologue pleine de ressources et d’optimisme s’était ruée à la recherche d’artefact du temps perdu. Garrett aimait cette facette d’Anya qui était capable de redonner vie à des objets, des lieux morts et inhabités. Il avait l’impression parfois d’être l’une de ses pièces. Il se sentait chaque jour chanceux qu’elle ai vu en lui une vieille ruine à découvrir.

    Alors que Anya se passionnait pour ses papyrus et que les enfants jouaient, Garrett jonglait entre les affaires du domaine, la rénovation de la maison et une nouvelle découverte. Mais l’hiver lui permettait de mettre plus de temps et d’énergie dans les traductions de papyrus et la rénovation de la villa. Les vignes se reposaient et étaient bien surveillées par les ouvriers qu’ils avaient embauchés.

    C’est Francisco, un de ses ouvriers qui lui parla de cette nouvelle découverte. Dissimulé dans la villa, derrière d’épaisses planches de bois, à l’abris des regards se tenait des thermes oubliées et, encore plus étonnant, de vieux papyrus protégés dans des coffres de pierre qui étaient similaires à ceux trouvés par Anya quelques jours plus tôt. Il ne se faisait aucun doute sur la provenance des documents, rédigés en latin, qui racontaient l’histoire mystérieuse de cette reine d’Égypte, d’origine italienne et de son amour interdit pour le Pharaon.

    Garrett, comme Anya, s’était pris de passion pour la traduction des papyrus, passant des heures le soir venu dans son bureau, une petite pièce en pierre où les fenêtres laissaient filtrer la lumière dorée du crépuscule toscan. Elle traduisait les plus textes écrit par la Reine qui racontait son histoire, quand Garrett s’occupait des versions plus ardues écrites par d’autres mains. Les textes étaient délicats, mais petit à petit, des fragments d’une histoire perdue depuis des siècles prenaient forme. Il traduisait des passages décrivant une reine au destin tragique, amoureuse d’un prince égyptien qui l’avait prise pour une esclave. Leur amour, caché des yeux du monde, avait été immortalisé dans des mosaïques somptueuses autrefois incrustées dans les thermes de la villa qu’il n’avait pas encore dévoilé à Anya. Il voulait les restaurer pour lui en faire la surprise.

    Le temps s’écoulait doucement sur la villa. Jasmine apprenait à Pasha l’italien, Georgina gardant toujours un oeil précieux sur eux. Q’Orianka arrivait sur son dernier mois de grossesse mais aucune trace de Henry. Garrett se demandait s’il avait été assez convaincant et qu’il avait compris ses allusions. Ni lui, ni Anya n’avait évoqué sa rencontre avec le brun à Q’Orianka de peur de la décevoir encore plus. La vie se rythmait doucement, tranquillement. L’hiver était doux et précieux pour Garrett qui veillait chaque jour sur ses vignes. Il lui tardait de découvrir le printemps et l’été qui ferait naître les premières grappes de raisins de leur exploitation.

    Il avait confié à Anya que souvent pendant la nuit, il rêvait de ce temps qu’ils étaient entrain de déterrer. Quelque chose d’immuable, de précieux et de caractéristique qui les avaient poussés à se retrouver dans cette villa.

    « Je suis persuadé, au plus profond de moi et sans vraiment pouvoir l’expliquer, que nous devions nous retrouver ici. Pas toi ? »

    Souvent, discrètement, il observait à la dérobée son épouse avec les enfants. Il aimait la contempler à son insu, la voir s’épanouir dans son rôle de femme, de mère adoptive et d’historienne. Elle était toutes ces facettes qu’il aimait et qu’il adulait.

    Un soir, alors que le feu crépitait doucement dans l’âtre, Anya entra dans le bureau, curieuse de ce qui occupait tant le blond. Garrett, un sourire mystérieux sur les lèvres, referma le carnet dans lequel il prenait ses notes. Elle lui confiait avoir couché les enfants et que Pasha lui avait demandé un câlin pour la première fois ce qui était un grand moment.

    « J’ai une surprise pour toi, » dit-il, se levant pour l’embrasser sur le front pour célébrer ce moment si singulier.

    Il sentit son Anya intriguée et curieuse qui le suivait à travers les couloirs de la villa jusqu’à une pièce qu’il avait soigneusement préservée du regard de tous, travaillant discrètement dessus depuis plusieurs jours.
    Lorsqu’il ouvrit la porte qu’il avait terminé dans la journée, une douce odeur de pierre ancienne et de terre fraîchement remuée envahit la pièce. Anya pouvait alors découvrir, les thermes antiques restaurées avec soin par son époux. Les murs étaient ornés de mosaïques éclatantes que Garrett avait aidé à dégager de la poussière des siècles.

    Au centre de l’une des mosaïques, deux figures finement travaillées représentaient un couple antique, leurs visages tournés l’un vers l’autre avec tendresse, mais séparés par une fine ligne dorée, symbole de l’interdiction de leur amour. Garrett se tourna vers Anya, ses yeux brillants d’excitation.

    « Corrige moi si je me trompe mais il me semble qu’il s’agit de cet amour interdit.. celui de la reine et de son pharaon, » murmura-t-il en la contemplant évoluer dans la pièce, « J’ai voulu te montrer ce qu’ils ont laissé derrière eux, pour qu’on se souvienne de leur histoire. »

    Garrett laissa Anya s’approcher des mosaïques. Elle pouvait alors contempler les couleurs, le détail des visages, et la symbolique des motifs qui leur rappelaient que, malgré le temps et les interdits, l’amour persistait et ça, malgré les âges. Tendrement, il vint l’enlacer par derrière et déposa des baisers dans le creux de son cou. « J’avais l’intention d’y faire venir de l’eau, comme dans les temps anciens, mais quand tu aurais finis ton travail d’analyse madame la chercheuse.. »

    Il continuait de la serrer dans ses bras, un sentiment mélancolique l’envahissant. « Cette villa est vraiment pleine de mystères, » lui dit-il en souriant. « Mais celui-là, je voulais qu’on le découvre ensemble. » Ils restèrent là, enlacés, contemplant l’œuvre antique qui, malgré les siècles, racontait encore la puissance des sentiments humains et qui les bouleversaient plus qu’il ne l’aurait cru.

    Deux jours plus tard –

    « ANYA ! ANYA ! », s’époumonait-il à travers la maison.

    Il trouva son épouse dans la salle à manger en présence de Q’Orianka qui lisait un livre sur la maternité. Anya déposait des fleurs fraîches dans un ancien vase qu’ils avaient trouvés lors de leurs premières fouilles. Le sourire qu’elle lui offrait, comme si elle savait déjà la découverte qu’il venait de faire lors de sa traduction. Ce même sourire qu’il arborait toujours quand il avait découvert quelque chose d’interessant.

    « Je viens de faire une découverte plus que fascinante », annonçait-il à bout de souffle en s’approchant d’elle, « L’histoire de la reine et du pharaon.. Elle est bien plus compliqué que ce que tu pensais ou même imaginait ! »

    S’installant sur la terrasse tendrement lovés par la chaleur douce du soleil, Garrett expliqua sa découverte début de journée. Il avait parcouru attentivement les lignes délicates d’un nouveau papyrus, la lumière du matin baignant son bureau d’une lueur douce. Plus il avançait dans la traduction, plus l’histoire prenait une tournure inattendue. Ce n’était pas seulement une histoire d’amour interdit entre deux figures antiques, mais un drame politique et personnel d’une intensité insoupçonnée.

    Q’orianka les avaient suivis et s’était installés sur le sofa extérieur. Son ventre était impressionnant mais elle semblait parfaitement s’épanouir en tant que future mère. Une aura de douceur et de sérénité la caractérisait même si ses yeux d’un noir tendre étaient empreint de tristesse. Il ne faisait aucun doute que le manque de Henry se faisait plus que ressentir.

    Anya qui avait pris avec elle le vase, posa délicatement la dernière fleur dans ce dernier comme pour s’occuper les mains tant elle était impatiente, intriguée elle pressa son époux d’expliquer sa découverte. Tout le monde aimait entendre les dernières nouvelles de cette histoire si romanesque et le soir, ils racontaient tout aux enfants avant de les endormir. C’était comme si ces personnages du temps ancien faisaient partis de la famille.

    Garrett s’installa aux côtés de Q’ et prenant une profonde inspiration se mit à raconter sa découverte.

    « Il s’avère que l’amour entre la reine et le pharaon a été contrarié non seulement par leur différence de rang, mais aussi parce qu’elle n’était pas égyptienne. Elle était italienne, originaire de Rome, ce qui rendait leur relation encore plus taboue. »

    Les yeux de Q’ et de Anya s’élargirent d’intérêt. « Italienne ? Comment a-t-elle fini en Égypte, alors ? » demandait l’amérindienne avec surprise.

    « C’est là que ça devient intéressant, » répondit Garrett avec un sourire. « D’après les documents, la reine était une esclave, celle du prince enfin le futur pharaon en Égypte. Pour une raison que j’ignore, il semblerait qu’elle ai été ramenée en Italie peu après et qu’elle était une parente de Hadrien. C’est là que cela devient confus car le prince l’aurait suivie. On y parle d’arènes, de prise d’otage, de mariage arrangé. En fait, c’est compliqué car il y a des mots manquants et je pense que cela se complique à cause de l’éruption à Pompéi. Celui qui a rédigé ces papyrus était sans doute affecté par ce moment car il y a des trou dans l’histoire. Toujours est-il que ce pharaon a épousé la fille de l’empereur Hadrien pour sceller une alliance entre Rome et l’Égypte. Ce mariage avait été arrangé, bien sûr, mais il semble que le cœur du pharaon était déjà pris. »

    Anya hocha la tête, suivant le récit avec fascination quand Q’ avait une multitude de questions en tête. « Et la reine, elle est tombée amoureuse de lui malgré tout ? »

    Garrett acquiesça. « Exactement. Leur amour a grandi dans l’ombre de cette union politique. Ce qui rend leur histoire encore plus tragique, c’est qu’ils auraient eu un enfant illégitime ensemble, un secret soigneusement caché pour protéger la lignée royale et les relations entre les deux empires. »

    Anya resta silencieuse un instant, absorbant l’ampleur de cette révélation. « Un enfant… » l’entendit-il murmurer et Q’ répliquer aussitôt, « Que leur est-il arrivé ? »

    « Je n’ai pas encore tout traduit, » répondit Garrett doucement, « mais les fragments suggèrent que l’enfant aurait été caché, pour éviter un scandale majeur. Peut-être même que cet enfant a été envoyé en Italie ou en Égypte sous une fausse identité. Je dois encore trouver des réponses. Toujours est-il que la Reine que nous pensions était en fait la maîtresse du Pharaon.»

    Garrett vit le regard d’Anya qui se perdit, sans doute en pensant aux mosaïques qu’ils avaient redécouvertes, les couleurs vibrantes semblant désormais portées d’une nouvelle signification.

    « C’est incroyable, Anya. Toute cette histoire cachée sous nos pieds, liée à ces deux cultures… Cette histoire est passionnante, vous devriez en écrire un roman. »

    Garrett prit la main d’Anya dans la sienne, la chaleur de son étreinte réconfortante, comme pour la rassurer de cette découverte. Il avait l’impression quelle décevait la jeune femme. « Leur amour était interdit, mais il a survécu aux siècles à travers ces mosaïques, ces papyrus. Je pense qu’ils ont voulu que quelqu’un, un jour, découvre ce qu’ils ont traversé ensemble. Et maintenant, c’est à nous de porter leur histoire. »

    Garrett la regarda avec affection, convaincu que ces anciens amants n’avaient pas seulement laissé une histoire tragique derrière eux, mais une leçon intemporelle sur la force des sentiments, peu importe les frontières ou les obstacles.

  63. Avatar de C.
    C.

    L’hôpital résonnait des cris joyeux des jumeaux nouvellement nés. Garrett observait Anya, debout près du berceau. Elle semblait émue et émerveillée par les deux petits bébés emmitouflés, et il ressentit un élan de tendresse pour elle. Il avait toujours admiré la douceur d’Anya, sa force tranquille, et la voir sourire ainsi dans cet instant familial l’apaisait. Il préférait ne pas repenser à leur conversation quelques heures plus tôt où elle avait évoqué son passé commun avec Andreï. Elle ne semblait pas lui en tenir rigueur, il devrait se sentir soulagé. Pourtant, il se sentait empli d’un profond mutisme, une peur sourde et irrationnelle. Il ne voulait pas voir le danger qui planait au-dessus de sa famille, persuadé d’être en mesure de la sauver lui-même. La simple idée d’imaginer Anya devoir de nouveau se salir les mains le faisait pâlir.

    Ayant besoin d’une pause, il se rendit sur la terrasse de l’étage pour fumer une cigarette. De là, Garrett arpentait la terrasse, incapable de rester en place. C’était une journée de célébration, pleine de joie et de vie mais qui laissait le blond seul avec ses pensées, un instant de calme avant la tempête ?

    Car cette tranquillité fut brisée lorsqu’un cri strident résonna dans le couloir. Son cœur rata un battement, et avant même de pouvoir réfléchir, il s’élança vers la chambre. Jetant rapidement son mégot, il se rendit dans le couloir pour voir une infirmière affolée, tremblante qui évoquait un kidnapping. Il eut pour instinct, peur pour les jumeaux et se réfugia dans la chambre des parents. Henry tenait tendrement l’un des nouveaux-nés dans ses bras et Q’Orianka l’autre. Ils étaient dans leurs bulles de douceur. Un regard vers le reste de la pièce fit douter Garrett et blêmir.

    « Où est Anya ? », demandait-il fébrile, « Henry… Où est Anya ? »

    Sans attendre sa réponse, car il la connaissait bien malgré lui, il retourna dans le couloir pour retrouver l’infirmière qui expliquait ce qu’elle avait vue aux hommes de la sécurité.

    « Des mercenaires.. lourdement armés… une.. une femme brune.. ils l’ont.. ils l’ont emmenés.. »

    Garrett sentit son cœur se serrer d’angoisse alors qu’il essayait de la rattraper. En arrivant en bas, il voyait bien Anya se défendre comme elle le pouvait mais ils étaient plus nombreux et plus forts. Garrett cria son prénom et courut encore plus vite mais se retrouva assommé par un des mercenaires. Celui qui venait de le stopper se posta au-dessus de lui et le fixa un instant, un sourire cruel aux lèvres.

    « Considérez cela comme une invitation, M. Hedlund. Vous saurez où nous trouver. Nos clients n’attendent que le retour des enfants. Ensuite, nous vous rendrons votre épouse.. C’est un marché équitable n’est-ce pas ? »

    Anya disparut dans une voiture, entourée par les mercenaires, ses cris étouffés dans l’agitation. Garrett, furieux, aurait voulu se lancer à leur poursuite, il était cloué sur place, ses yeux luttant pour rester éveillé alors qu’il sentait une plaie derrière sa tête.

    « Anya.. Anya.. », murmurait-il alors qu’il perdait connaissance.

    Lorsqu’il réussit enfin à se réveiller, ils étaient déjà partis et Anya avait disparue. C’est Henry, à son chevet qui lui expliqua ce qui venait de se passer. Garrett avait dormi toute la journée et sa blessure n’avait heureusement rien de grave. La police n’avait rien trouvé de concluant sur place et ignorait d’où pouvait provenir ces hommes. Des incapables avait répliqué Henry. Visiblement, la voiture qu’ils avaient utilisé avait été volée. Il n’y avait aucune trace où trouver Anya. Le choc fit place à une rage froide et déterminée.

    « Je dois la retrouver.. Aide moi à sortir d’ici maintenant.. » 

    Sans perdre une seconde, et avec l’aide de Henry qui ne chercha pas à l’en empêcher, il quitta l’hôpital et se rendit directement chez Andreï. Garrett savait que l’homme avait ses propres connexions dans le monde sombre du grand banditisme, une facette qu’il avait exploité mais pas avec une telle rage au ventre. Longtemps il s’était promis de ne jamais céder à la facilité de ce monde mais aujourd’hui il n’hésiterait pas.

    Dans son petit hôtel en bordure du Tibre, il l’accueillit avec un calme apparent. Tamara était inconsolable et avait accueillit les enfants et Maggie. Andreï lisait dans le regard de Garrett toute la gravité de la situation avant même que ce dernier n’ouvre la bouche. Il n’avait rien besoin d’expliqué, il savait déjà tout. Le lourd bandage autour de la tête du blond, ses yeux rougies de colère lui donnait un air de bête sauvage. Par précaution, Andreï l’accueillit dans son bureau loin du reste de la famille.

    « Anya a été enlevée, » commença Garrett d’une voix chargée de colère contenue, « Ces hommes… ils veulent Jasmine et Pasha. Ils comptent se servir d’elle pour me faire plier. » Il planta ses yeux dans ceux d’Andreï, son visage une arme redoutable de détermination. « Et je vais tout faire pour la récupérer, avec ou sans ton aide. Mais tu vas m’aider. »

    Assis dans son épais fauteuil à son bureau, Andreï resta silencieux, le regard dur, un éclat de respect voilé dans ses yeux.

    « Ces enfants… ils sont innocents, » poursuivit Garrett. « Et si Anya souffre d’une seule égratignure par leur faute, je ferai en sorte que leurs regrets soient éternels. »

    Andreï posa calmement son verre de cognac, observant Garrett d’un air calculateur.

    « Tu penses que je n’ai pas déjà pris des précautions, mon garçon ? » murmura-t-il. « Comme si tu avais besoin de me convaincre de mobiliser tout ce que j’ai pour retrouver ma fille et protéger Jasmine et Pasha… Un avion t’attend à l’aérodrome. D’après mes informations ils se rendent en Russie, ce serait de là que vient le paiement.»

    Garrett ne prit pas la peine de remercier Andreï. Son regard parlait pour lui. La décision de son beau-père scellée, il quitta la pièce rassuré d’avoir la certitude qu’il n’abandonnait pas sa fille. La rage vengeresse de Garrett bouillonnait sous sa surface calme et froide ; il se jura qu’il mettrait fin à cette menace, d’une manière ou d’une autre.

    D’un pas lent et mesuré, il quitta le bureau et se rendit dans le salon où se trouvait les enfants. Il s’approcha de Jasmine et Pasha, assis côte à côte sur le canapé, leurs visages tendus, les yeux rougis par l’inquiétude. Pasha, serrait le poing de Jasmine dans sa main, comme si elle était la seule ancre capable de l’empêcher de sombrer. Garrett s’agenouilla devant eux, cherchant leurs regards.

    « Je vais la retrouver, » murmura-t-il avec une intensité qui fit vibrer sa voix. « Je vous le promets, je reviendrai avec votre mère. Je sais que vous avez peur, et je sais que c’est difficile, mais faites-moi confiance, d’accord ? »

    Jasmine leva les yeux vers lui, une lueur de courage perçant à travers ses larmes. « Tu reviendras vraiment avec elle ? »

    Garrett hocha la tête, serrant doucement leurs mains entre les siennes. « Oui. Vous avez ma parole. Anya va revenir, saine et sauve. Et jusque-là, Andreï, Tamara et Maggie veilleront sur vous. Puis tante Q’ et Henry. Vous êtes en sécurité ici. Ne faites confiance à personne d’autre.»

    Pasha hocha timidement la tête, ses yeux brillants de confiance malgré la peur.

    « Fais attention, papa, s’il te plaît… ramène nous maman…»

    Garrett lui sourit, attendri que le jeune garçon lui donne ce surnom affectueux. Il les étreignant brièvement mais fermement, puis se redressa. Il fit signe à Andreï, prêt à passer aux choses sérieuses. Il ne pouvait pas perdre une seconde de plus.

    Le soir même, il retrouva Andreï et une équipe de six hommes que ce dernier avait réunis. Le genre d’hommes que l’on ne croisait qu’une fois : experts en missions clandestines, en traques et en interventions périlleuses. Des hommes rompus aux techniques d’infiltration et à l’art de brouiller les pistes. Chacun avait un visage marqué par le danger, les yeux perçants, et une détermination implacable.

    Andreï lui présenta chacun d’eux, expliquant leurs spécialités : surveillance, cyber-expertise, infiltration… Ils ne posèrent aucune question sur Anya. Ils avaient déjà reçu des ordres clairs de leur chef et savaient que cette mission ne pouvait échouer. Ils n’étaient pas là pour le sentimentalisme mais pour s’assurer de la réussite de la mission.
    Une fois le plan sommairement exposé, ils se mirent en route pour la Russie. Sur le trajet, dans l’avion, Garrett demeurait silencieux, concentré, son esprit focalisé sur une seule pensée : Anya. Andreï, assis en face de lui, observait son gendre d’un regard froid mais non sans une pointe de respect. Au dernier moment, il avait décidé de les accompagner, incapable de se résoudre à attendre le retour de sa fille.

    « Je l’ai déjà abandonné trop de fois.. », avait-il avoué à Garrett qui le suppliait de rester auprès des enfants, « C’est maintenant que je dois être un père ».

    À leur arrivée, les choses se compliquèrent rapidement. Les kidnappeurs avaient pensé à tout : changement de véhicules, relais discrets dans des zones reculées, faux indices disséminés pour semer la confusion. Leurs traces s’évaporaient systématiquement, comme des grains de sable emportés par le vent.

    Un des hommes, un expert en cyber-sécurité nommé Viktor, s’était plongé dans des recherches minutieuses, traquant le moindre signal électronique, le moindre appel suspect. À chaque fausse piste, Garrett sentait la rage en lui grandir. Mais il la canalisait, la transformant en détermination brute. Chaque détail, aussi infime soit-il, était scruté avec une patience calculée. Mais c’était trop lent pour Garrett qui commençait à sérieusement perdre patience.

    Le soir du quatrième jour, enfin, Viktor déchiffra un indice qui sembla crédible : un appel téléphonique intercepté, des bribes de phrases en russe parlant d’un transfert imminent de « la marchandise » dans un entrepôt isolé aux abords de Saint-Pétersbourg. Garrett sentit son cœur bondir, sachant qu’il tenait peut-être enfin une piste.

    Ils préparèrent l’opération avec minutie, l’équipe s’organisant pour couvrir tous les points de sortie de l’entrepôt. Garrett resta silencieux, son esprit tourmenté mais concentré, prêt à tout pour ramener Anya. Avant de partir, il serra brièvement l’épaule d’Andreï, une manière muette de remercier son beau-père pour le soutien inespéré et cette équipe précieuse.

    Désormais, il n’y avait plus de retour en arrière.

  64. Avatar de C.
    C.

    Garrett serra doucement la main d’Anya dans la sienne, incapable de détacher son regard de son visage fatigué mais rayonnant. Ses paroles tournaient en boucle dans sa tête : petit pois… bébé… enceinte.. enceinte ?

    Ces mots l’emplissaient d’un bonheur presque insoutenable, comme si l’univers avait choisi, après tant d’épreuves, de leur offrir enfin une lueur d’espoir. Il posa sa main sur son ventre, là où une vie minuscule s’était accrochée malgré le chaos des derniers mois. Malgré ces maudites embûches que leur mettait la vie.

    « Depuis quand.. Mais.. Je croyais.. Bon sang, mon amour, » murmura-t-il, les yeux embués. « On va avoir un bébé. Un petit nous. »

    Il riait faiblement, quelques larmes glissant contre ses yeux épuisés alors ses doigts s’agrippaient fermement aux siens. Il s’accrochait à elle, espérant ne pas rêver. Ses larmes, témoins silencieux de ce bonheur, glissèrent doucement sur ses joues offrant à Anya la vue d’un homme reconnaissant et brûlant d’amour pour son épouse. Garrett se leva avant de venir près d’elle et lui embrassa le front, laissant sa joie débordante s’exprimer dans ce geste tendre.

    « Anya.. Tu es une faiseuse de miracle.. »

    Il savourait de la retrouver, de la tenir dans ses bras, d’imaginer la vie grandir en elle. Cette vie qu’ils avaient créé et qu’il leur avait été interdite pendant tellement d’années. Mais, au fond de lui, une ombre venait ternir cette lumière éclatante : une peur qu’il n’osait formuler et qu’il préférait garder pour lui.

    Ils quittèrent rapidement les USA. Andreï et Antonio avaient parfaitement réussit la mission. Comme Garrett l’avait comprit, l’enlèvement d’Anya était une vendetta bien plus personnelle et ancienne que le simple retour des enfants dans le trafic. Garrett avait réussit à négocier auprès des membres de sa belle-famille de mettre toute leur énergie dans le démantèlement de ce réseau. Antonio, sensible au dévouement du jeune époux de sa petite-fille et de son sang froid, avait accepté la requête même si Andreï semblait avoir quelques réserves. Ce dernier persistait à penser qu’il y avait des choses en ce bas monde qui ne pouvait pas être modifiées et qu’il ne valait mieux ne pas trop secouer la cage.

    A leur retour en Italie, ce fut l’effusion. Jasmine se jeta dans les bras de sa mère d’adoption, lui montrant tous les reportages qu’elle avait écrit dans son petit carnet. Pasha, plus discret, vint néanmoins enlacer Anya et Garrett.

    « J’avais si peur que tu ne reviennes pas.. A cause de moi.. », avait expliqué avec émotion Pasha à Anya en lui offrant des petites figurines en céramiques qu’il avait fait pour elle, « J’ai eu si peur pour toi maman.. »

    Mais la plus émotive fut sans aucun doute Q’Orianka qui se jeta dans les bras de son amie. Cette dernière ne la lâchait plus. Même si elles n’étaient pas liées par le sang, les deux jeunes femmes étaient bien plus que de simple amies. Henry et Garrett le comprirent en les voyant se retrouver avec cette effusion si touchante que Garrett ne pu s’empêcher de sourire rassuré. Peu de temps après, elle revint avec les jumeaux, et les plaça dans les bras d’Anya. Voir son visage s’illuminer en tenant les bébés lui rappela pourquoi il l’aimait tant. Malgré la fatigue, malgré la douleur, elle souriait comme si le monde n’avait jamais été plus beau.

    Pendant ce temps, Henry et lui se retrouvèrent dans un coin du salon. Son sourire en coin, familier, et son accolade chaleureuse firent monter un poids invisible des épaules du blond. « Tu es une légende, mon vieux, » dit-il doucement. « Je savais que tu ne la lâcherais pas. »

    « J’aurais retourné le monde entier s’il l’avait fallu, » répondit Garrett, sa voix marquée par l’émotion.

    Dans un coin, Maggie veillait sur Jasmine et Pasha, les réconfortant avec des biscuits faits maison, tout en gardant un œil sur les allées et venues dans la villa. Visiblement, elle s’était approprié les lieux comme une véritable maîtresse de maison, gérant chaque détail avec une efficacité impressionnante. Lorsqu’elle vit Anya, elle s’approcha lentement, posant une main douce sur sa joue, comme une mère le ferait.

    « Ma chérie tu es enfin à la maison et tout est sous contrôle ici. Je suis heureuse de te voir tu sais »

    Jasmine et Pasha, quant à eux, n’hésitaient plus quand les bras de leur mère fut libre avant de se précipiter ces derniers. Leurs sanglots brisèrent le silence, un mélange de soulagement et de peur refoulée. Garrett la vit les envelopper dans ses bras, tels deux ailes réconfortantes et solide, tout en leur murmurant des paroles qu’il n’entendait pas. Mais il comprit vite que c’était pour les rassurer, au vue de leur mine éblouissante. Puis, très vite, il fit un pas et un autre pour les rejoindre et les prendre à son tour tous les trois dans ses bras.

    Les jours suivants furent consacrés à la convalescence et à la reconstruction. Anya, bien que faible, retrouvait peu à peu des forces, et l’annonce de la grossesse devint une source de joie pour tous. La villa reprit son rythme, avec Maggie orchestrant la cuisine, les vendanges en cours dans les vignes, et les enfants courant à travers les couloirs mais surtout, au petit soin pour Anya. Les adultes savaient que ses nombreuses fausses couches avaient mis en péril sa confiance en elle alors tous étaient vigilants. Souvent, en rentrant de son tour aux vignes, Garrett surprenait Anya et Q’ papotant sous l’ombre agréable des jasmins sur la terrasse. Elles semblaient se sentir en sécurité toutes les deux.

    Très vite, tous reprirent leurs vieilles habitudes. La journée était bien remplie et bien occupée mais le soir, Garrett appréciait de voir Anya lire dans le grand fauteuil de la bibliothèque, tandis qu’il travaillait sur les traductions de textes antiques qu’ils avaient trouvés. La villa semblait à nouveau baignée d’une sérénité que je n’osais plus espérer. Un matin, alors que le soleil se levait doucement, Garrett pris la main d’Anya et posa un baiser sur son front avant de glisser ses doigts sur le ventre légèrement bombée de la jolie brune.

    « Petit Pois.. Tu crois que ce sera une fille ou un garçon ? » Il posa doucement ses lèvres sur son ventre un sourire rêveur et malicieux. « Notre petit pois… Si c’est une fille.. j’espère qu’elle sera comme toi.. Aussi belle.. Aussi douce.. Aussi volcanique, ou pas trop non plus sinon je vais avoir des cheveux blancs très vite.. Aussi drôle.. Et très très très très sage.. », s’amusait-il a l’imaginer en continuant ses caresses alors qu’il descendait ses lèvres plus bas entre ses cuisses, « Anya… Mon Anya.. Tout le monde dort.. Il faut que tu sois moins bruyante.. », reprit-il alors que ses doigts pinçaient délicatement ses pointes durcies et qu’il replongeait ses lèvres contre son sexe brûlant.

    Mais sous cette douceur de vie subsistait une peur qui grandit en lui au fil des jours passés. Une peur viscérale qui le réveillait même en pleine nuit et qui ne le quittait presque plus. Garrett se mit à veiller sur Anya et les enfants chaque seconde de la journée, et la nuit, lorsque tout devenait calme, ses pensées tournaient.

    En fait, il revoyait les mercenaires, la douleur dans les yeux d’Anya, le sang.

    « Et si ça recommençait ? Et si cette fois, je ne pouvais pas les sauver ? », se disait-il.

    La responsabilité d’un enfant, une nouvelle vie fragile, rendait tout cela encore plus écrasant. Il devait protéger Anya et ce bébé à tout prix. Mais comment pouvait-il garantir leur sécurité dans un monde aussi dangereux ?

    Un matin, laissant Anya se reposer, Garrett prit une décision impulsive et se rendit auprès d’Andreï. Le vieux bandit, impassible, l’accueillit dans son bureau, une cigarette à moitié consumée entre les doigts alors que Tamara toujours aussi douce et gentille lui apportait du thé et des biscuits.

    « Nous devons disparaître, Andreï, » lança Garrett sans détour. « Avec Anya, Jasmine, Pasha, et… le bébé. Je veux que tu trouves un moyen de nous cacher. Totalement. Plus de villa, plus de vignoble. Juste nous, ailleurs. »

    Andreï haussa un sourcil, intrigué par cette demande inhabituelle. Il écrasa sa cigarette dans un cendrier en cristal et fixa Garrett de son regard perçant.

    « Tu veux fuir, après tout ce que vous avez construit en Italie ? »
    « Ce n’est pas de la fuite, c’est de la protection, » répliqua Garrett, presque désespéré. « Je ne peux pas prendre le risque de les perdre. Pas Anya. Pas ce bébé. Pas les enfants. »

    Andreï resta silencieux un moment, ses doigts tapotant doucement le bureau. Puis il se pencha légèrement en avant. Antonio était partit quelques jours plus tôt après avoir enfin rencontré Anya et Andreï était encore soucieux des dernières discussions avec son beau-père. En fait, ce que lui demandait Garrett le troublait car lui-même avait fait cette demande trente ans plus tôt pour sauver sa famille quand il était menacé.

    « Écoute-moi bien, Garrett. Je comprends ta peur. Mais fuir n’est pas la solution. Ta famille a déjà souffert de l’instabilité. Ils ont trouvé un foyer en Toscane, un endroit où ils peuvent grandir, vivre, aimer. Les arracher à ça pour vivre dans l’ombre ? Ce n’est pas les protéger, c’est les condamner à un exil permanent. »

    Garrett soutenait son regard d’un bleu vif et furieux, le poids des mots étrangement plein de sagesse d’Andreï résonnait en lui. Mais la peur restait là, ancrée dans son cœur. Voyant que Garrett ne semblait pas oublier son idée, Andreï continua, sa voix plus douce.

    « Si tu veux protéger ta famille, fais-le avec force, pas avec peur. Nous allons renforcer la sécurité autour de vous. Faire de ce foyer une forteresse. Faire du village autour d’eux une forteresse. Mais n’abandonne pas tout ce que vous avez construit, cela va briser le coeur de Anya.. »

    Garrett resta silencieux, le visage fermé. Une partie de lui savait qu’Andreï avait raison, mais l’idée de risquer leur sécurité lui semblait insupportable. Pourtant, pour Anya, pour les enfants, il devait trouver cet équilibre entre protection et confiance. Lorsqu’il quitta le bureau d’Andreï, il ne se sentait pas apaisé, mais une chose était claire : il allait devoir affronter ses peurs pour garder intacte la vie qu’ils avaient si durement bâtie. Il prit la direction de la villa, songeur.

    Mais alors qu’il passait près de la bibliothèque où Anya avait repris le travail, il se fit arrêter par la jeune femme qui avait son visage éblouissant suite aux délicieux batifolages du matin. Il se reprit et lui offrit son sourire tendre mais elle vit qu’il était soucieux. Il lui demanda si elle pouvait prendre une pause et ils vinrent s’installer au petit café de la place face à la bibliothèque d’où elle pouvait suivre les allées et venues. Quand il buvait un café, elle buvait une boisson fraiche. Un bras autour de sa taille, il lui parla de ce qu’il avait demandé à Andreï et la sentit à l’écoute. Alors, il déversa sa peur, tout ce qu’il avait refusé de lui confier pendant qu’elle avait été kidnappée.

    « Anya.. J’en devenais fou de te chercher.. J’ai bien cru que.. que j’allais faire une connerie, du genre m’en prendre physiquement aux gens comme quand j’étais au lycée et que je me battais. C’était comme si j’étais de nouveau en survie. Je ne pouvais pas imaginer rentrer sans toi c’était impossible.. Egoïstement, je ne pensais même pas aux enfants mais à moi et mon incapacité à imaginer ma vie sans toi. Tu es ma vie et.. et maintenant que tu es là, que ce petit pois grandit en toi cette peur est devenue obsédante. Je sais que je ne pourrais pas toujours vous protéger et ça me rend dingue. Je ne sais pas quoi faire pour m’assurer de votre protection.. »

  65. Avatar de C.
    C.

    Six mois passèrent.
    La douceur de la vie en Toscane s’était installée comme une évidence, un baume sur nos cicatrices passées. Les journées se succédaient paisiblement, rythmées par les premiers froids automnaux et l’attente de notre enfant à venir. Anya, avec son ventre arrondi et ses éclats de rire spontanés, était la vision même du bonheur. Chaque matin, je l’observais s’installer près des oliviers pour lire, entourée de Jasmine et Pasha qui s’amusaient avec les chiots du domaine. Malgré mes protestations, ils avaient réussis tous les trois à me faire plier et la villa était remplie de chiots et de chats. Pasha aimait tous les animaux qu’il trouvait et je ne pouvais rien leur refuser. Pendant que Anya s’occupait des enfants ou qu’elle travaillait à ses recherches, je partageais mon temps entre les derniers ajustements de la villa et les caves où mes premières cuvées reposaient en silence.

    Aujourd’hui, un moment symbolique avait lieu : je goûtais le premier vin que nous avions produit. L’assemblage était équilibré, subtil, et bien qu’imparfait, il portait en lui la saveur de nos efforts communs, de nos victoires.

    — « Pas mal pour un avocat reconverti en vigneron, » avais-je plaisanté en trinquant avec Henry, qui s’était installé avec Q’Orianka et leurs jumeaux à quelques kilomètres de chez nous.

    Leur présence avait renforcé ce sentiment de communauté, de famille élargie. Nous dînions souvent tous ensemble, nos rires s’élevant sous les étoiles. Et le week-end, Lucrecia venait nous rejoindre. Maggie était la plus heureuse dans ces moments-là.

    Pour la première fois depuis des années, la vie semblait enfin simple. Pas de menaces, pas de fardeau invisible. Juste nous, nos enfants, et cette lumière dorée qui baignait le vignoble à chaque crépuscule. Mon moment préféré était le soir, quand couché l’un contre l’autre, nus, nous nous racontions notre journée. Il n’y avait pas un soir sans que je puisse m’empêcher de lui murmurer mon amour et ma passion. Et elle me le rendait si divinement. J’aimais tellement passer ma main sur son ventre. Je la chérissais de mes mots, de mes lèvres, de mes mains. Je l’idolâtrais de manière inconditionnelle. Et sans pour autant croire en une quelconque divinité, je priais chaque soir pour que ce paradis, jamais, ne s’éteigne.

    Mais cette tranquillité fut ébranlée un soir, lorsque je trouvai Andreï assis dans l’ombre de la pergola. Son arrivée était inhabituelle, et son visage fermé ne laissait rien présager de bon. Je me servais un verre de vin lorsque sa voix grave résonna dans la pénombre.

    — « Garrett, je dois te parler. »

    Je pris place en face de lui, sentant déjà la tension qui alourdissait l’air.

    — « Qu’est-ce qu’il y a ? » demandai-je, gardant ma voix calme.

    Il plongea ses yeux dans les miens, et je devinai l’importance de ce qu’il allait dire avant même qu’il n’ouvre la bouche.

    — « J’ai peut-être retrouvé Alex. »

    Le souffle me manqua. Alex… Le jumeau disparu d’Anya. Cet homme que je n’avais jamais rencontré mais dont l’absence avait marqué ma femme comme une blessure béante. Elle en parlait peu, mais dans ses silences, je sentais qu’il lui manquait comme une moitié d’elle-même arrachée trop tôt.

    — « Où ? » demandai-je, ma voix un peu rauque.

    Andreï hésita, son regard perçant fixé sur moi.

    — « Il y a une piste. Un homme en Russie, dans la région de Krasnodar. Mais ce n’est qu’une possibilité, rien de sûr. »

    Je fronçai les sourcils, déjà partagé entre l’espoir et la prudence.

    — « Anya ne sait rien ? »
    — « Non. Et il est préférable qu’elle ne sache rien tant que nous ne sommes pas certains. Cette information pourrait la bouleverser, surtout dans son état. »

    Je hochai la tête, conscient du poids de sa recommandation. Anya était à huit mois de grossesse, et je refusais de risquer son équilibre ou celui de notre bébé. Mais je ne pouvais pas ignorer cette révélation. S’il y avait une chance, même infime, qu’Alex soit vivant, je devais la saisir.

    Pour elle.

    — « Je vais faire des recherches de mon côté, » dis-je finalement. « Si tu peux me donner ce que tu as comme informations, je m’en occuperai. »

    Andreï acquiesça, me tendant un dossier épais qu’il avait apporté.

    — « Ne te laisse pas entraîner trop loin, Garrett. Cette piste pourrait ne mener à rien… ou à des ennuis. Je ne veux pas qu’on puisse remuer le passé trop.. trop profondément… tu sais.. Il y a des souvenirs, des secrets qui parfois.. ne doivent pas être révélés..»

    Je passai le reste de la nuit à éplucher chaque page, chaque photographie, chaque note griffonnée. Une étrange adrénaline m’envahit. Je ne voulais pas décevoir Anya en me lançant dans une quête vaine, mais je sentais au fond de moi que je ne pouvais pas abandonner cette piste. Si Alex était vivant, Anya avait le droit de savoir. Mais pas avant que je sois sûr.

    Les jours suivants, je jonglai avec ma vie quotidienne et cette enquête secrète. À chaque sourire d’Anya, à chaque fois qu’elle posait tendrement une main sur son ventre, je ressentais un pincement de culpabilité. Elle était si heureuse, si lumineuse. Comment pouvais-je lui cacher cela ? Mais je savais que c’était pour son bien. Je devais protéger sa paix, même si cela signifiait porter ce fardeau seul, pour le moment.

    Et tandis que le vent automnal faisait danser les feuilles du vignoble, je continuai à creuser, guidé par une seule pensée : offrir à Anya non seulement la paix, mais peut-être aussi une part de ce qu’elle avait perdu depuis si longtemps. Mais si je pensais être capable de dissimuler un tel secret à mon épouse, j’étais encore bien dupe. Quelques jours plus tard, alors que j’étais profondément enfoui dans mes pensées, je ne l’entendis pas surgir près de moi. Si bien qu’elle pu contempler mes notes. Sursautant, je pris avec vitesse le soin de fermer mes carnets. Mais Anya, malgré qu’elle soit enceinte, avait un oeil de lynx.

    — « Est-ce que tu peux me laisser t’expliquer avant de me hurler dessus ? », demandais-je avec un léger sourire contrit, « Je voulais d’abord m’assurer que cette information était vraie.. J’ai fais appel à quelques amis qui travaillent dans les renseignements et.. et Anya, pour le moment tout semble laisser croire qu’il serait en vie.. »

  66. Avatar de C.
    C.

    Tout était calme, si paisible que j’en avais oublié le grondement de la tempête au-dehors. La maison dormait, bercée par le crépitement du feu dans l’âtre et le ronronnement lointain des rafales. Pourtant, en un instant, ce calme s’effondra.

    J’entendis la voix d’Anya, un mélange d’assurance et de nervosité qui résonna depuis la salle de bain. Quand j’y entrai, elle se tenait là, le visage empreint d’une sérénité qu’elle forçait pour me rassurer.

    « – Elle va arriver… je viens de perdre les eaux… mais ça va, pour le moment je n’ai pas de douleurs. »

    Mon cœur rata un battement. J’essayai de répondre quelque chose, de paraître aussi calme qu’elle, mais mon esprit tournait déjà à toute vitesse. La tempête. L’hôpital à plus d’une heure de route. Les routes impraticables. Une panique sourde menaçait de m’envahir, mais Anya, comme toujours, sentit mon trouble avant que je ne l’exprime.

    Elle posa ses mains sur mes joues, capturant mon regard dans le sien. « – Notre petite Charlie va arriver. Tout va bien se passer, mais tu dois aller chercher Q’… et surtout, ne panique pas. Tout va bien se passer. »

    Ses mots, sa voix douce et son sourire furent comme une ancre, ramenant mon esprit à l’essentiel. Il fallait agir. Maintenant.

    Je me précipitai pour enfiler une veste épaisse et des bottes, tandis que Maggy arrivait, en robe de chambre, pour veiller sur Anya en mon absence. La neige frappait contre le sol avec une violence déconcertante alors que je sortais, emportant une lampe torche pour traverser la nuit glaciale jusqu’à la maison d’Henry et Q’Orianka. Chaque pas dans la neige me semblait une éternité, mais une fois arrivé, tout s’enchaîna rapidement. Q’ comprit immédiatement l’urgence de la situation. Elle enfila son manteau et, comme prévu, Henry insista pour l’accompagner.

    Quand nous sommes revenus, la maison était étrangement silencieuse, à l’exception de Jasmine et Pasha, qui s’étaient réveillés et attendaient dans le salon, un peu anxieux. Q’Orianka se rendit immédiatement auprès d’Anya, tandis que je prenais un instant pour rassurer nos aînés.

    Puis, je montai rejoindre Anya. Mon souffle se coupa en la voyant allongée sur le lit, son visage encore calme mais marqué par une concentration nouvelle. Je m’assis à ses côtés, ma main trouvant la sienne.

    Les heures s’étirèrent, longues et intenses, marquées par les contractions qui montaient en puissance. Anya endurait tout avec une force qui me laissait admiratif, mais chaque cri étouffé dans son oreiller, chaque larme de douleur, me brisait un peu plus. Je restais près d’elle, lui parlant doucement, évoquant des souvenirs heureux : nos premières promenades dans les vignes, les soirées d’été sous les étoiles, les premiers rires de Jasmine et Pasha.

    Mais rien ne semblait suffisant. La douleur montait, implacable. Je sentais son corps se tendre, ses forces faiblir. Q’Orianka avait conseillé un bain chaud pour apaiser les contractions, et je l’aidai à s’installer dans l’eau tiède. L’espace d’un instant, son visage s’adoucit, mais ce répit fut bref.

    « – Mon dieu… plus jamais… plus jamais je ne veux accoucher ! » hurla-t-elle, ses mots entrecoupés de sanglots. « On ne fera plus jamais l’amour ! Tu ne me toucheras plus ! »

    Je souris malgré moi, serrant sa main dans la mienne. « – Je te promets qu’on en reparlera… quand tu tiendras Charlie dans tes bras. »

    Et ce moment arriva enfin.

    Q’Orianka, à genoux près de la baignoire, nous annonça que l’heure était venue. Tout s’accéléra. Anya rassembla ses dernières forces, poussant sous les encouragements de Q’Orianka et les miens. Ses cris me déchiraient, mais elle n’abandonnait pas. Enfin, un dernier effort, et le cri perçant d’un nouveau-né emplit la pièce.

    Je n’arrivais plus à respirer. Ma gorge était nouée, mes yeux embués. Q’Orianka déposa notre fille sur la poitrine d’Anya, et l’espace d’un instant, le temps sembla s’arrêter.

    « – Garrett… notre Charlotte est là… notre petite fille… elle est si belle… » murmura Anya, les larmes roulant sur ses joues.

    Je fixai ce petit être, encore couvert de sang, avec un duvet blond et de grands yeux bleus qui semblaient déjà curieux du monde. C’était moi. Une part de moi, une part d’Anya, réunies dans ce miracle minuscule et parfait.

    Quand Q’Orianka me passa notre fille, j’hésitai un instant, submergé par l’émotion. Puis, je l’enveloppai dans une couverture chaude, tenant ce trésor fragile contre moi. Ses pleurs s’apaisèrent immédiatement, et je sentis une vague d’amour déferler en moi, si puissante qu’elle me laissa presque tremblant.

    Je regardai Anya, encore allongée dans le bain, fatiguée mais souriante. « – Elle est parfaite, Anya… notre petite Charlie. »

    Nous étions tous les trois. Unis. Complètement.

    Je tenais Charlie contre moi, son petit corps chaud niché dans la couverture que Q’Orianka avait rapidement apportée. Elle était si légère, si minuscule, et pourtant elle semblait contenir tout l’univers. Ses petits yeux, encore embués de naissance, s’ouvraient par à-coups, me scrutant comme si elle cherchait à comprendre qui j’étais. Ses paupières retombaient lourdement, mais chaque fois qu’elle se réveillait, son regard accroché au mien me transperçait. Elle me connaissait déjà, j’en étais certain.

    Anya était encore dans le bain. Q’Orianka s’activait à ses côtés, rassurante comme toujours, vérifiant que tout se passait bien. Je voulais m’assurer qu’Anya allait bien, qu’elle ne souffrait plus, mais je n’arrivais pas à détacher mon regard de notre fille.

    Charlie. Ce prénom, que nous avions choisi des mois auparavant, me semblait soudain tellement évident. Une petite Charlotte, avec ses cheveux dorés comme un champ de blé et ses grands yeux d’un bleu si pur qu’ils semblaient voler la lumière de la lune.

    « – Garrett, » murmura Q’Orianka, me tirant doucement de ma contemplation. « Viens m’aider. Pose Charlie dans le berceau, juste le temps que je termine ici. »

    À contrecœur, je déposai ma fille dans le petit berceau que nous avions installé près de notre lit. Elle se tortilla légèrement, mais elle ne pleura pas. C’était comme si elle savait qu’elle était en sécurité, qu’elle n’avait rien à craindre ici. Je caressai doucement sa joue avant de retourner près d’Anya.

    Elle avait l’air si fragile, mais son sourire illuminait la pièce malgré la fatigue qui marquait ses traits. Q’Orianka lui tenait la main, lui parlant à voix basse tout en terminant les derniers soins nécessaires.

    « – Tout va bien, Anya, » dit Q’, sa voix tendre. « Charlie est parfaite… et toi aussi. »

    Je m’accroupis à ses côtés, prenant sa main dans la mienne, et je posai un baiser sur son front.

    « – Tu es incroyable, » murmurai-je. « Tu possèdes une force.. Un courage qui me dépasse. Je croyais que c’était impossible d’aimer autant, mais pourtant c’est vrai.. Anya, je t’aime plus que ma propre vie. Tu nous as offert le plus beau des cadeaux.. Comme je t’aime, je t’aime, je t’aime.. »

    Murmurait-il avec rire tendre malgré ses yeux qui se remplirent de larmes. « – Toute ma vie je te serai reconnaissant, merci mon amour, pour tout..»

    Notre famille était complète.

    Après avoir aidé Anya à sortir du bain et à s’installer confortablement dans notre lit, je m’assis à ses côtés, tenant Charlie contre moi pendant qu’elle reposait sa tête sur mon épaule.

    La tempête faisait toujours rage dehors, mais ici, dans notre chambre, tout semblait calme. Henry était resté au salon avec les enfants, veillant à ce que tout le monde soit bien. Je savais qu’il ne partirait pas tant qu’il n’aurait pas la certitude que tout allait bien.

    Les minutes passèrent, puis les heures. Anya s’endormit brièvement, mais je restai éveillé, incapable de détourner mon attention de notre petite fille. Elle était blottie contre ma poitrine, ses petits doigts s’accrochant parfois à mon pull comme si elle cherchait un ancrage.

    Je pensai à tout ce que cette nuit représentait. À notre chemin, Anya et moi. Aux épreuves, aux pertes, et à cette paix que nous avions construite ensemble, contre vents et marées. Charlie était la preuve vivante que nous avions réussi, que nous avions surmonté tout ce que la vie avait pu mettre sur notre chemin.

    À un moment donné, Henry frappa doucement à la porte et entra, un sourire discret sur son visage.

    « – Comment vont les filles ? » demanda-t-il à voix basse, son regard se posant sur Anya endormie et sur Charlie dans mes bras qui babillait.

    « – Parfaites, » répondis-je, ma voix remplie d’une émotion que je ne cherchais même pas à masquer.

    Henry s’approcha et observa Charlie avec une tendresse presque paternelle. « – Elle est magnifique, vieux frère. Félicitations. Vous avez vraiment créé quelque chose de spécial. »

    Je hochai la tête, incapable de trouver les mots pour répondre. Henry posa une main sur mon épaule, une sorte de geste silencieux qui disait tout.

    Lorsque l’aube commença à poindre, la tempête s’était calmée, et la maison était plongée dans un silence paisible. Anya se réveilla doucement, et je lui passai Charlie, qui s’était endormie dans mes bras.

    Nous étions là, tous les trois, blottis sous la lumière naissante du jour, et pour la première fois depuis des années, je me sentis totalement et entièrement comblé.

    Mon murmure brisa le silence. « – Qu’est-ce qu’on a fait pour mériter tout ce bonheur.. »

    Je serrai sa main et embrassai le sommet de sa tête.

    « – … je te dois tout Anya. A jamais je te serai reconnaissant de tout ce bonheur. »

  67. Avatar de C.
    C.

    Anya a toujours eu ce don de rendre les situations plus intenses qu’elles ne le sont vraiment, mais aujourd’hui, alors que nous nous retrouvons face à Francesca au bord du terrain, je sens que quelque chose bouillonne en elle. J’essaie de garder un visage neutre alors que Francesca m’enlace pour me saluer, une habitude ici en Italie, mais je sais que le rouge à lèvres qu’elle laisse sur ma joue est une erreur fatale. Lorsque je me tourne vers Anya, son regard m’en dit long. Elle est tendue, peut-être même blessée, et je ressens aussitôt cette pointe de culpabilité familière qui s’insinue. Habituellement mon sourire en coin amusé suffit à la relativiser mais je sens bien que cette fois-ci est bien différente.

    Pasha s’éloigne vers les vestiaires, et Francesca commence à parler avec son enthousiasme habituel. Elle a ce charme flamboyant, mais pour moi, il n’a jamais été question de la voir autrement qu’en simple connaissance. Pourtant, je sens qu’Anya n’interprète pas la scène de la même façon. Quand Francesca pose son regard sur elle, il y a une sorte de duel silencieux. Les deux femmes s’évaluent, mais je sais que l’issue est déjà écrite dans l’esprit d’Anya.

    Anya se tient droite, comme pour se protéger. Le landau, son sac, et tout ce qui l’entoure deviennent des barrières symboliques. Elle recule légèrement le landau lorsque Francesca se penche pour regarder Charlie, et je perçois ce geste protecteur comme un cri silencieux. Je ne sais pas comment apaiser la tension qui s’installe, alors je reste là, immobile, comme un idiot.

    Pendant le match, je tente de me concentrer sur Pasha, mais je sens le poids du silence d’Anya à côté de moi. Son absence de mots est plus lourde qu’une dispute ouverte. Quand elle quitte les gradins pour nourrir Charlie, je suis à la fois soulagé et inquiet. Francesca descend pour discuter près du terrain, probablement pour parler de Gianni et du prochain entraînement. Je n’y vois aucun mal, mais je sais que si Anya revient à ce moment précis, elle risque de mal interpréter la scène. Et bien sûr, c’est ce qui arrive.

    Son visage, lorsqu’elle nous aperçoit, est un mélange de colère et de douleur, et cela me brise le cœur. Je veux aller vers elle, lui expliquer, mais le coup de sifflet final nous interrompt. Pasha accourt, tout fier de son but, et pour un instant, je retrouve un éclat de bonheur dans le sourire d’Anya. Mais je sais que cela ne durera pas.
    Sur le chemin du retour, le silence entre nous est presque assourdissant. Je jette des regards vers elle, espérant capter un signe, un mot, quelque chose, mais elle fixe obstinément la route ou le paysage. Lorsque nous arrivons à la maison, l’atmosphère est lourde.

    Alors qu’elle pose Charlie dans le berceau, je tente une approche, posant une main sur sa hanche. Sa réaction est immédiate, presque violente. Elle se tourne vers moi avec une colère que je connais bien.

    « Laisse-moi tranquille ! Tu empestes le parfum de cette morue ! »

    Je recule légèrement, surpris par la véhémence de ses mots. Mais je ne dis rien. Je sais qu’elle a besoin de vider son sac, et interrompre maintenant ne ferait qu’empirer les choses. Maggy, avec sa sagesse habituelle, trouve une excuse pour éloigner les enfants, et je me retrouve seul avec Anya.

    Elle explose, sa voix montant d’un ton à chaque mot. Elle me reproche Francesca, son sourire, ses paroles. Elle critique son propre corps, ses insécurités remontant à la surface comme des vagues déchaînées. Je la regarde, le cœur serré, cherchant le bon moment pour intervenir. Mais il n’y en a pas.

    Lorsqu’elle finit par s’enfermer dans la chambre, je reste là, un instant, essayant de rassembler mes pensées. Puis je vais voir Maggy, qui m’attend avec une tasse de thé et ses conseils avisés. Elle parle de ma mère, de ses propres insécurités après ses grossesses, et je réalise à quel point Anya doit se sentir vulnérable en ce moment.

    Je ne peux pas la laisser seule trop longtemps. Après quelques minutes, je frappe doucement à la porte et entre. Elle est là, recroquevillée sur le lit, les sanglots secouant son corps. Je m’approche lentement, prenant garde à ne pas la brusquer, et je m’assieds à côté d’elle.

    « Anya, mon amour, regarde-moi. »

    Elle ne bouge pas tout de suite, mais je sais qu’elle m’écoute. Je glisse un bras autour de ses épaules, et finalement, elle se laisse aller contre moi, ses larmes mouillant ma chemise.

    « Je t’aime, Anya. Rien ni personne ne pourra changer ça. Francesca n’est qu’une connaissance, une maman que je croise au bord du terrain, rien de plus. Mais toi, tu es tout pour moi. »

    Elle sanglote encore, mais ses doigts agrippent ma chemise, comme si elle cherchait à s’accrocher à mes mots.

    « Je sais que ces derniers mois ont été difficiles, et je sais que tu te sens différente. Mais à mes yeux, tu es encore plus belle qu’avant. Tu es la mère de mes enfants, la femme qui illumine ma vie. Rien ni personne ne pourra jamais te remplacer. »

    Elle murmure quelques mots entre ses pleurs, des fragments de doutes et de peurs. Je les balaie d’un geste, posant un baiser sur son front.

    « Tu n’as rien à prouver, Anya. Je suis là, et je resterai là, quoi qu’il arrive. »

    Peu à peu, ses sanglots s’apaisent. Elle reste blottie contre moi, et je sens qu’une partie de la tension commence à s’évanouir. Mais je sais que ce ne sera pas la dernière fois que nous devrons traverser une tempête comme celle-ci. Et c’est parfait comme ça. Parce que je ne me vois nulle part ailleurs qu’à ses côtés.

    ****

    Cela faisait quelques jours que la tempête avait secoué notre maison. Le regard triste et fuyant d’Anya, sa nervosité, son sommeil agité… Tout cela pesait sur mon cœur comme un poids invisible. Elle avait besoin de réassurance, et j’étais déterminé à lui donner bien plus que cela.

    Je me souvenais de ses mots, ses peurs, ses doutes. C’était comme un miroir cruel de ce qu’elle pensait d’elle-même, et rien ne pouvait être plus éloigné de la vérité. Je voulais qu’elle se voie comme je la voyais : forte, belle, brillante, et terriblement désirable. Elle s’était refermée sur elle-même, un mélange d’épuisement et d’incertitude pesant sur ses épaules. Et pourtant.. Elle est si belle, même dans cette fragilité. Néanmoins, je sais que mes mots n’ont pas suffit pas à chasser ses doutes.
    Alors, je me devais de lui rappeler ce que nous étions, ce que nous sommes.

    Et c’est ainsi que me vint l’idée d’un rendez-vous galant.
    
En soit, c’était quelque chose que nous n’avions jamais fait au début de notre histoire. Nous avions été amis, puis amants, puis inséparables… mais jamais de rendez-vous classique. Pas de dîner, pas de chandelles, pas de gestes empruntés à ces romances idéalisées. Du moins.. Jusqu’à maintenant.

    Je voulais que tout soit parfait. Avec l’aide de Henry, Q’ et des enfants, nous avons passé trois jours dans le plus grand secret à tout préparer. Le verger serait l’écrin de notre soirée, baigné dans la lumière douce des lanternes et des bougies que nous avions disposés entre les arbres. La grande table en bois, que j’avais montée moi-même, était recouverte d’une nappe en lin blanc et parsemée de pétales de roses rouges.

    Comme l’été approchait et que les nuits étaient d’une température agréable, j’avais fait installé un épais et confortable matelas tout près pour que nous puissions dormir à la belle étoile. Les enfants étaient jaloux, aussi, je leur promit de leur construire une cabane plus tard dans la semaine.

    Maggy, toujours mon alliée, gardait les enfants ce soir-là. Elle avait même insisté pour m’aider à cuisiner, bien qu’elle m’ait gentiment chassé de ma propre cuisine en me disant qu’un homme ne devait pas sentir l’oignon et l’ail à son premier rendez-vous. Elle était toute excitée par cette histoire si romantique. Elle aimait me voir prendre le temps et le soin de m’occuper des personnes auxquelles je tenais. Elle aimait me voir revivre et aimer.

    Le fameux soir, lorsque tout fut prêt, je monta à l’étage, nerveux comme jamais. Anya était dans la chambre, penchée au-dessus du berceau de Charlie. Son visage était fatigué mais doux, et son regard posé sur notre fille rayonnait d’un amour incommensurable.

    « Blackbird ? », l’appelais-je par son ancien et tendre surnom.
    Elle tourna la tête vers moi, un peu surprise.
    « Prépare-toi. Ce soir, je t’emmène à notre premier rendez-vous. »
    Elle me regarda, perplexe. Je m’approchai d’elle, posant ma main sur sa joue, un sourire malicieux sur les lèvres.
    « Un rendez-vous. Juste toi et moi. Rien que nous et il est inutile de protester, tout est prévu pour les enfants alors prépare-toi, je te donne une heure pas plus..»

    Une heure plus tard, Anya descendit l’escalier. Elle portait une robe que je n’avais pas vue depuis longtemps, simple mais élégante, qui mettait en valeur ses courbes. Si seulement elle pouvait se contempler avec mes yeux et y voir toute l’admiration et tout le désir que j’avais pour elle. Je l’attendais dans le hall, costume impeccable, et un bouquet de fleurs sauvages que j’avais cueillies dans le champ derrière le domaine. Quand elle arriva devant moi, elle semblait nerveuse, presque hésitante.
    « Tu es magnifique, Anya. »
    Elle rougit, baissant les yeux et je l’entendais déjà sur le point de protester et de dire que j’étais ridicule mais je l’interrompis doucement en glissant une main sous son menton pour relever son visage.
    « Parfaite. Tu es parfaite. »

    La soirée était magique. Nous dînâmes sous les étoiles, savourant un repas simple mais délicieux accompagné d’un vin de notre production, dont je vantais les mérites avec une pointe d’humour. Elle riait, enfin. L’ambiance était d’une douce intimité. J’aimais tellement la voir rire à mes anecdotes, ses joues rosir par le vin et l’émotion. Mais surtout, j’aime voir la tension s’évanouir de ses épaules à mesure que la soirée avance. J’aime la voir se détendre et parler des enfants, des disputes entre Q’ et Henry trop possessif ou même encore de ses habitués de la librairie. Quand nous avons terminé, je me lève et tends une main vers elle.

    Quand nous avons terminé, je me lève et tends une main vers elle.
    « Maintenant, m’accordez-vous cette danse, madame ? »
    Elle me regarde avec une lueur d’hésitation, mais finit par glisser sa main dans la mienne avec cette moue sur les lèvres qui m’excite encore aujourd’hui. Elle me connait si bien.. Elle sait que j’ai de l’idée derrière ma jolie petit frimousse.
    « Je sais, et tu m’adores pour ça. », répliquais-je avec un rire amusé.

    Nous dansons au milieu des arbres, sous un ciel étoilé. La musique n’est qu’un écho lointain de nos cœurs battants. Mes bras encerclent son buste, ses bras enroulés autour de mon cou. Ses yeux brillent d’une lumière que je reconnais enfin : elle est là, Anya, ma femme, celle que j’aime. Pas la femme rongée par les doutes, mais celle qui me fait croire que le monde entier peut attendre.

    Nous dansâmes sous la lumière vacillante des bougies, bercés par une mélodie que je fredonnais doucement à son oreille. Mon visage dans le creux de son cou, son souffle contre ma joue… À cet instant, plus rien d’autre n’existe.

    Quand la musique imaginaire s’éteignit, je la tenais toujours contre moi, posant mon front contre le sien.

    « Anya, tu es tout pour moi. Depuis le premier jour. Je sais que ces derniers temps ont été difficiles, mais jamais… jamais je ne te laisserai douter de ce que je ressens pour toi. Tu es la femme de ma vie, la mère de mes enfants, mon amie, mon amante… mon tout. Et peu importe ce que tu penses de toi-même, sache que, pour moi, tu seras toujours parfaite. Je t’aime. »

    Je m’arrête, caressant son visage du bout des doigts alors que mes yeux la contemplent telle une oeuvre d’art.

    « Je sais que tu doutes. De toi, de nous. Mais ce que tu ne sembles pas voir, c’est que tu es tout pour moi. Je sais que tu vas me dire que c’est peu probable à cause de mes.. de mes anciennes histoires mais.. Anya, il n’y a jamais eu, et il n’y aura jamais personne d’autre. Quand je te regarde, je ne vois pas une femme fatiguée ou marquée par la grossesse. Je vois celle qui a donné la vie à notre petit pois, celle qui m’a aimé même quand je ne le méritais pas, celle qui fait battre mon cœur chaque jour. »

    Je la vois détourner le regard, mais je prends son menton pour qu’elle me regarde.

    « Tu es tellement magnifique, Anya. Tu l’as toujours été, et tu le seras toujours. Tu es ma lumière, mon étoile. Je t’aime, passionnément, entièrement, sans condition. Et je ne cesserai jamais de t’aimer. Même si je me sens flatté que tu sois jalouse qu’une autre femme puisse me faire des avances, ça veux dire que je te plais encore un peu, non ? »

    Mon sourire malicieux revient et j’espère qui déclenchera un peu de rire chez la jolie brune. Ma main caresse toujours sa joue alors que mes lèvres fondent sur les siennes. Un baiser brûlant, sensuel. Un baiser urgent où je ressens le besoin de l’attirer serrée contre moi.

    « Tu es mon fantasme Anya.. Tu es mon idole.. Ma déesse.. Ma muse.. Ne te compare jamais aux autres.. Mon coeur, mon corps, mon âme, ma vie t’appartiennent.. », murmure-t-il entre deux baisers langoureux.

    ****

    La nuit s’étire, enveloppée par la douceur des étoiles, mais je n’en ai pas fini avec la surprise. Alors que nous dansions encore sous les guirlandes lumineuses, je décidais de la conduire à la dernière partie de la soirée.

    « Viens, » murmurais-je à son oreille. « La soirée n’est pas terminée. »

    Je la vis lever les yeux, intriguée se demandant sans doute où j’allais la conduire.
    Pour seule réponse, je lui offrais l’un de mes sourires en coin qui l’exaspérait souvent. Sans attendre de protestations, je l’entraîne à travers le verger, sous les branches alourdies par le parfum des fruits mûrs. Chaque pas nous éloignent du domaine, nous plongeant dans un silence troublé seulement par les bruissements des feuilles et le chant discret des grillons. La lumière des lanternes que je porte éclaire notre chemin, jetant des ombres dorées sur le sol.

    Enfin, nous arrivons à un petit coin retiré, où la magie de la soirée s’épanouit encore davantage. Devant nous, une petite clairière baignée de la lumière douce de dizaines de lanternes suspendues aux branches. Au centre, un grand lit recouvert de draps blancs immaculés, parsemés de pétales de fleurs sauvages. Tout autour, des bouquets disposés avec soin, des fragrances de lavande, de jasmin et de roses embaumant l’air. Une brise légère agitant les flammes vacillantes des bougies posées sur des troncs d’arbre taillés. Q’ avait adoré préparer cette surprise et avait bien insisté auprès de Henry pour qu’il ne l’oublie pas.

    « Ai-je réussi à te clouer le bec ? », demandait-je avec amusement en la voyant silence.

    Je me tournais vers elle, mon regard brillant d’une tendresse infinie.

    « Tu sais, ce n’est pas seulement pour toi. Mais pour nous. Je voulais que tu te rappelles ce que c’est que de vivre quelque chose d’unique, quelque chose où tu es le centre de tout. Tu le mérites, Anya. Et tu mérites de te sentir aimée, désirée, belle. Parce que tu l’es. »

    Je me tiens devant elle, mes yeux parcourant son visage avec une lenteur presque révérencieuse. Puis, je commence à déboutonner ma chemise, lentement, en la laissant glisser de mes épaules. Sous la lumière des lanternes, les muscles de mon buste se dessinent dans un jeu d’ombres et de lumières. Je ne quittais pas son regard, cherchant à capturer chaque émotion qui traverse son visage.

    « Je veux que tu me voies, Anya. Tel que je suis. Sans masque, sans artifice. Moi aussi je veux être désiré par toi..»

    Ma voix est basse, empreinte d’une douceur qui, je l’espère, réchauffe l’air autour nous. Finalement, je laisse tomber la chemise au sol, puis défait lentement ma ceinture, dévoilant peu à peu mon corps devant la brune.

    « Mais surtout, je veux que tu me laisses te montrer à quel point tu es belle. Laisse-moi te rappeler que tu es mon univers. »

    Anya est restée immobile, silencieuse. Mais Garrett s’approche, posant ses mains sur ses épaules, ses doigts effleurant le tissu de sa robe.

    « Mon amour, » murmure-t-il en posant un premier baiser sur son épaule nue, après avoir glissé la bretelle de sa robe. « Tu es ma lumière. » Un autre baiser, plus bas cette fois, juste au creux de sa clavicule. « Tu es ma force. » Je glisse ma main sur ses hanches, dénouant délicatement le nœud de sa robe. « Et.. Seigneur.. La femme qui me fait le plus bander..»

    La robe glisse lentement le long de son corps, révélant peu à peu sa peau, éclairée par la lueur des lanternes. Je prend mon temps, chaque geste est mesuré, chaque mouvement empreint d’une infinie douceur. Je ne peux m’empêcher d’embrasser la courbe de son épaule, la ligne de sa mâchoire, la naissance de son cou, murmurant des mots tendres à chaque baiser.

    « Ton corps a donné la vie, Anya. Il a porté Charlie. Mais pour moi, il est bien plus que cela. Il est un trésor, un miracle. » Mes lèvres descendent lentement le long de son da gorge jusqu’à descendre sur son sein, effleurant sa peau comme une caresse. « Je veux que tu te rappelles que ce n’est pas seulement moi qui te désire. C’est toi qui dois te désirer aussi. »
    Je sens que sa peau frissonne sous mes caresses. A genoux devant elle, les seins nu dont j’ai léché et suçoté sensuellement la pointe durcie, je m’arrête, levant les yeux vers elle. « Est-ce que je peux continuer ? »

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    C.

    […] La pluie tombait en rideau serré sur la forêt, noyant les reliefs d’un manteau gris et froid. Benjamin Miller avançait d’un pas mesuré, le regard fixe, la mâchoire contractée. Le bois détrempé craquait sous son poids, un son discret, absorbé par le fracas de l’averse.

    Il avait marché toute la nuit, suivant les sentiers effacés, là où aucun drone ne viendrait capter sa silhouette. Son sac pesait lourd sur son épaule, mais ce n’était rien comparé au poids qui écrasait sa poitrine. Cela faisait trois mois qu’il avait enterré Irina et Cody. Trois mois qu’il avait vu leur sang se mêler à la poussière, trois mois qu’il avait voulu mourir. Mais il ne l’avait pas fait. Parce qu’il savait que la mort ne suffirait pas à apaiser sa rage.

    L’armée l’avait trahi. Il avait donné vingt ans de sa vie à ce pays, à obéir, à protéger, à tuer parfois. Il avait fait tout ce qu’on lui avait demandé. Et pourtant, lorsque le virus avait balayé le monde, ceux qui portaient l’uniforme n’étaient plus des soldats. Ils étaient devenus des exécutants, des chiens de garde d’un gouvernement qui sacrifiait les civils pour assurer sa propre survie.

    Alors il avait déserté.

    Une rumeur courait parmi les survivants. Une organisation clandestine, éparpillée mais bien réelle. Un groupe d’hommes et de femmes qui ne se soumettaient ni aux ordres du gouvernement ni aux lois des pillards. Des insurgés.

    Miller savait où les trouver. On lui avait donné un nom : Callahan. Un ancien officier, tout comme lui. La dernière chance d’un homme qui n’avait plus rien à perdre.

    Il aperçut enfin la cabane, à moitié dissimulée sous un couvert de branches. Une faible lumière filtrait à travers les planches disjointes. Miller inspira profondément avant d’avancer. Deux hommes apparurent aussitôt, fusils levés. L’un d’eux portait une veste militaire élimée, l’autre un vieux bonnet enfoncé jusqu’aux yeux. Ils ne dirent rien, mais leurs regards parlaient pour eux.

    Miller leva lentement les mains.

    — Je cherche Callahan.

    Un silence. Puis l’homme à la veste cracha par terre avant de hocher la tête vers la cabane.

    — Entre. S’il veut te voir, tu le sauras vite.

    Miller ne broncha pas. Il avança et poussa la porte. Une chaleur sèche l’accueillit, contrastant brutalement avec l’humidité extérieure. Une silhouette se tenait près du poêle, les mains croisées derrière le dos. Quand elle se retourna, Miller rencontra des yeux d’un bleu perçant.

    — On m’a dit que tu étais un SEAL, lança Callahan d’une voix rauque.

    — Je l’étais.
    — Et maintenant ?

    Miller baissa les yeux une seconde. Puis il releva la tête, son regard durci par la douleur.

    — Maintenant, je veux me battre pour les bonnes raisons.

    Il s’était rapidement fait une place parmi les insurgés. Callahan, impressionné par son calme et sa précision, l’avait surnommé « Blackbird », mais c’était aussi pour son joli brin de voix quand il chantait près du feu. Le nom s’était répandu parmi les autres, qui avaient fini par l’adopter. Ben était méthodique, efficace, un sniper d’élite dont le doigt ne tremblait jamais sur la gâchette. Mais surtout, il suivait les ordres sans hésitation, ne se laissait jamais submerger par la colère. Il exécutait son travail avec une froide discipline, ce qui lui valut le respect de tous.

    Leur mission principale était la survie. Les raids qu’ils menaient n’avaient rien d’héroïque : il s’agissait de voler pour ne pas mourir. Mais à la différence des bandes de pillards, ils ne s’attaquaient qu’aux convois du gouvernement ou aux réserves des soldats qui imposaient leur loi par la terreur. Chaque ration prise, chaque arme volée, était redistribuée aux familles cachées dans les montagnes, aux femmes et aux enfants qui n’avaient nulle part où aller.

    L’anarchie avait englouti le pays. Il n’y avait plus de gouvernement, seulement des factions brutales se disputant les restes d’un monde en ruine. Les soldats survivants, désormais sans commandement officiel, répondaient à des généraux autoproclamés, à des chefs sans scrupules. Ils pillaient, saccageaient et tuaient sans discernement. Voilà pourquoi Ben avait déserté. Parce qu’il refusait de servir ces monstres.

    Il se fondait dans l’ombre, traquant leurs moindres mouvements. Lorsqu’ils repéraient un camp de soldats corrompus, il prenait position en hauteur, fusil prêt. Il était le premier à tirer, le dernier à quitter le terrain. Il n’éprouvait ni remords ni satisfaction, seulement une nécessité froide et mécanique.

    Callahan lui faisait confiance. Il voyait en lui un atout inestimable, un homme à qui confier les missions les plus délicates. Et Blackbird, malgré la douleur qui le rongeait, continuait d’avancer. Parce qu’il n’avait plus rien à perdre, sauf peut-être cette cause fragile, ce semblant d’ordre qu’ils tentaient d’instaurer au milieu du chaos.

    Plusieurs mois après son arrivée, une rumeur s’était répandue, portée par les murmures des survivants et les ondes radios clandestines : un antidote au virus aurait été trouvé, quelque part en Californie. Personne ne savait s’il s’agissait d’un mensonge ou d’un espoir ténu, mais Callahan prit la décision. Ils devaient s’y rendre.

    Le voyage serait long et périlleux. Le pays n’était plus qu’un champ de ruines infesté de pillards et de soldats sans foi ni loi. Mais ils n’avaient pas d’autre choix.

    Deux semaines après leur départ, alors qu’ils traversaient un terrain escarpé en bordure d’une ville fantôme, ils entendirent des cris. En contrebas, un groupe de militaires entourait une jeune fille ligotée à un arbre. Elle se débattait comme une bête traquée, tentant d’esquiver les coups qu’ils lui portaient.

    Ben observa la scène à travers sa lunette de visée. Son cœur battait lentement, méthodiquement. Il compta cinq hommes. Trop risqué de frapper maintenant.

    — On attend la nuit, murmura-t-il.

    Callahan hocha la tête. Ils se dispersèrent en silence, se fondant dans l’obscurité, leurs couteaux et fusils prêts à frapper. Quand la nuit tomberait, ces hommes ne sauraient même pas ce qui les avait fauchés.

    La nuit s’était posée comme un voile épais sur le campement des militaires, n’éclairant que faiblement les silhouettes patrouillant entre les tentes et les véhicules. Ben et ses hommes s’étaient éparpillés dans l’obscurité, fondus dans les ombres, attendant le signal.

    Un cri bref, étouffé. Puis une détonation silencieuse : le premier garde s’effondra, une balle logée entre les yeux.

    — Bougez ! murmura Callahan.

    Les insurgés se ruèrent en silence. La confusion s’installa chez les militaires, qui ne comprirent pas immédiatement d’où venait l’attaque. L’écho des tirs se répercuta entre les arbres. Les balles fusaient, déchirant la nuit de flashes brutaux. Ben, perché sur un talus rocheux, abattait les cibles une à une, chaque coup de feu un murmure de mort.

    Un insurgé s’effondra, touché en plein torse. Callahan rugit un ordre et chargea avec trois autres hommes, mitraillettes en avant. Le combat se transforma en corps-à-corps, une lutte sauvage où couteaux et crosses prenaient le relais des fusils vides. Ben descendit de sa position, une dague à la main. Un militaire tenta de l’attaquer, mais il l’esquiva et lui brisa le bras avant de l’achever sans un mot.

    Après de longues minutes, la poussière et le sang retombèrent. Les insurgés étaient debout. Les militaires, eux, n’étaient plus que des cadavres épars.

    — Foutus chiens, cracha Callahan. On devrait brûler leur camp.

    Ben ne répondit pas. Son regard se porta sur la jeune fille ligotée à l’arbre. Elle avait tenté de se défendre, ses vêtements en lambeaux, un œil gonflé, du sang coulant de sa bouche. Sa poitrine se soulevait difficilement. Une balle l’avait touchée au flanc.

    — Elle est foutue, lâcha Callahan en la toisant. On perd du temps.

    Ben s’approcha, s’agenouilla et détacha les cordes. La jeune fille glissa contre lui, tremblante, sa peau glacée.

    — Elle respire encore.
    — Et alors ? On n’a pas de temps pour jouer les héros.

    Ben ne l’écoutait plus. Il déchira un pan de sa veste et pressa la plaie.

    — Tu vas t’en sortir, murmura-t-il en relevant les yeux vers elle. Tu m’entends ?

    Elle papillonna des paupières, à moitié inconsciente. Ben la souleva dans ses bras.

    — On l’emmène.

    Callahan jura, mais ne protesta pas davantage. Les insurgés se mirent en marche, laissant derrière eux le champ de bataille jonché de morts.

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    C.

    11 mai 2025, 7h du matin

    Ben observait la jeune femme, recroquevillée contre le mur comme un animal traqué. Elle tremblait, mais ce n’était pas seulement la douleur qui la secouait. C’était la peur. La méfiance. Il connaissait cette expression, l’avait vue trop de fois. Des survivants. Des âmes brisées.

    Elle avait essayé de fuir, mais son corps n’avait pas suivi. Trop faible. Trop de sang perdu. Il s’accroupit lentement devant elle, laissant de l’espace entre eux. Il ne voulait pas l’effrayer davantage.

    — Personne ne va te faire de mal, dit-il d’une voix grave, maîtrisée.

    Elle le fixait, ses grands yeux noirs étincelants d’une lueur qu’il ne parvenait pas à identifier. De la rage ? De la terreur ? Il sentit quelque chose lui serrer la poitrine. Un écho lointain d’une douleur familière.

    Callahan souffla, agacé. Il était déjà prêt à repartir. Mais Ben ne bougea pas.

    — On aurait mieux fait de te laisser avec ces militaires, cracha Callahan. On aurait perdu beaucoup moins de temps ! Bref, Miller, on n’a pas toute la journée donc soit tu te dépêches de soigner ta petite sauvage, soit on part sans vous.

    Ben ignora la remarque et ouvrit une nouvelle bande de tissu pour resserrer son bandage. Il pouvait sentir la chaleur qui irradiait de la plaie. Elle avait de la fièvre.

    Elle cligna des yeux, vacilla et perdit connaissance une seconde fois. Sans réfléchir, il tendit les bras et la rattrapa avant qu’elle ne touche le sol. Elle était légère. Trop légère.

    Elle murmura quelque chose contre son torse, une plainte à peine audible.

    — Ma mère… Ma mère est avec les militaires… Je dois retourner là-bas…

    Ben sentit un poids s’écraser contre son estomac. Son instinct lui soufflait déjà la vérité avant même qu’elle ne la formule.

    — Je dois retourner à la vieille maison… S’il vous plaît… Ma mère est là-bas…

    Il ferma les yeux un instant, sentant sa gorge se nouer. Ses hommes avaient trouvé un cadavre dans cette cave. Une femme. Ils l’avaient abattue. Par clémence. Parce qu’elle était infectée.

    Elle parlait d’elle.

    La jeune femme voulait retourner auprès d’un fantôme.

    Il la fixa longuement, incapable de prononcer les mots qui auraient brisé ce qu’il lui restait d’espoir. Elle l’observait avec une intensité qui le mettait mal à l’aise, comme si elle cherchait à lire en lui. Il détourna le regard.

    — Laissez-moi ici si vous devez vous en aller… Je trouverai le chemin seule, mais je dois retrouver ma mère… Je ne peux pas partir sans elle…

    Ben serra la mâchoire. Il aurait dû lâcher prise. Il aurait dû la laisser derrière. Mais il n’y parvenait pas.

    Parce que, pour la première fois depuis longtemps, il voyait autre chose que la mort et le chaos : il voyait une raison de ne pas abandonner.

    — Ecoute, commença-t-il d’une voix plus basse après avoir ignoré le soupir de son chef, mes hommes ont trouvé ta mère mais.. et je suis désolé mais tu ne l’as retrouvera plus là-bas. C’était la fin pour elle.

    Ses yeux exprimaient un regret immense, sincère qu’il n’aurait pas pu dissimuler même s’il en avait envie. Il savait ce que c’était de perdre l’être à qui on tiens le plus. Les membres d’une famille qui sont comme des extensions de soi-même. Une mère, pour une jeune femme, c’était forcément la même chose.

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    C.

    Le souffle de la jeune femme.. Nina.. est erratique. Son corps tremble contre ses bras, fiévreuse, trop faible pour lutter davantage. Mais c’est son regard qui l’ébranle. Ces grands yeux noirs, brillants d’une douleur sourde, cherchent désespérément une lueur d’espoir que lui même ne peux lui offrir.

    Au fond de lui, il sait qu’il lui doit la vérité. Pourquoi ? Il n’en n’a aucune idée. Tout ce qu’il sait, c’est qu’il se doit d’être honnête avec elle, même si cela doit être un choc brutal, il doit lui avouer la vérité. Mais après tout.. Lui avouer quoi ? Que sa mère n’était plus qu’une carcasse décharnée, privée de conscience, une menace qu’ils ont dû abattre.

    Mais comment prononcer ces mots ? Comment briser ce qu’il lui reste d’humanité ?

    Elle s’accroche à son déni comme un noyé à une bouée. Son père… ce père qui, selon elle, peut la sauver. Cet homme dont son groupe a entendu parler et qui pourrait évincer le virus. En somme tous les sauver. Mais Ben est tiré de ses pensées par sa voix tremblante, brisée par l’épuisement, livrer cette dernière information, un espoir fragile suspendu à un fil sanglant.

    Victorville. Une base scientifique. Son père.

    Callahan l’a entendu aussi. Ben voit son regard s’aiguiser, calculateur.

    — Il faut la sauver, lance-t-il, sa voix dépourvue de toute émotion.

    Pour lui, Nina est une monnaie d’échange. Rien de plus.
    Mais pour lui…

    Il finit par serrer sa mâchoire et son emprise sur elle. Pourquoi diable est-ce qu’il ressent cette pulsion irrépressible de la protéger ? Ce n’est qu’une inconnue, une survivante de plus dans ce monde en ruines. Et pourtant, il y a quelque chose en elle qui l’émeut au-delà de la raison. Peut-être est-ce la vulnérabilité de son regard, ce besoin primal de s’accrocher à quelque chose de tangible. Peut-être est-ce cette souffrance, cette détresse que lui-même connais trop bien.

    Elle est si jeune. Perdue et seule.

    Elle murmure encore quelques mots, avant que ses paupières ne se ferment qu’il ne distingue que faiblement. Son souffle est irrégulier.

    — On doit partir maintenant, ordonne Callahan, impatient. Si ce qu’elle dit est vrai, elle est notre seule chance.

    Ben le sait. Mais ce n’est pas la raison pour laquelle il la prends plus fermement dans ses bras et me lève. Ce n’est pas pour la promesse d’un remède qu’il s’apprête à l’arracher à la mort. C’est pour elle. Parce que, malgré lui, malgré tout, il refuse de la laisser mourir.

    Même si elle, au fond, semble déjà prête à lâcher prise.

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    C.

    Ben ouvrit les yeux au moindre de ses mouvements. Depuis qu’ils avaient trouvé refuge ici, il n’avait pas vraiment dormi. Veiller sur elle était devenu une habitude, une nécessité inexplicable. Il aurait pu laisser quelqu’un d’autre s’occuper d’elle, Callaghan lui-même n’avait rien imposé de tel. Pourtant, il était resté.

    Il la vit bouger légèrement, grimacer sous la douleur. Son regard accrocha le sien, et Ben sentit ce même pincement étrange dans la poitrine. Elle avait toujours cet air fébrile, mais ses grands yeux noirs brillaient d’un éclat plus vif que la veille. Elle essayait de comprendre où elle était, de reconstituer les pièces du puzzle.

    « – Ou… où je suis ? Qu’est-ce qu’il s’est passé ? »

    Sa voix était faible, mais elle était consciente. C’était déjà un progrès. Ben se redressa sur sa chaise, posant les avant-bras sur ses genoux. Il ne voulait pas trop s’approcher, ne voulait pas qu’elle s’imagine qu’il se souciait plus qu’il ne le devait. Il ne répondit pas tout de suite, la laissant tâtonner entre la douleur et la lucidité retrouvée.

    Il la vit passer une main sur son visage, effleurer son œil tuméfié, sa lèvre fendue. Son expression changea, passant de la confusion à un souvenir douloureux. Elle se rappelait. Tout.

    « – Qui êtes-vous ? »

    La question le prit au dépourvu. Il n’avait pas réfléchi à ce qu’il lui dirait lorsqu’elle se réveillerait. Il avait juste… agi. Instinctivement. Sans chercher à comprendre pourquoi.

    — Ben, lâcha-t-il simplement.

    Il détourna légèrement le regard, fixant un point invisible sur le sol. Il ne savait pas ce qu’elle attendait de lui, et il n’avait pas l’intention de se lancer dans des explications inutiles.

    Mais elle ne lâcha pas l’affaire.

    « – C’est vous qui m’avez sauvé des militaires… Je me rappelle vous avoir vu me détacher… et m’avoir aidée… Je… je dois vous remercier. »

    Ben pinça les lèvres. Il n’aimait pas ça. Il n’aimait pas qu’elle cherche à mettre des mots sur ce qu’il avait fait. Ça ne changeait rien, au fond. Il n’avait pas besoin de reconnaissance, encore moins de gratitude.

    — J’ai fait ce qu’il fallait, répondit-il d’un ton neutre.

    Il s’adossa contre le dossier de la chaise, croisant les bras comme pour établir une barrière invisible entre eux. Il ne voulait pas qu’elle s’accroche à lui, qu’elle le voie comme un héros. Il n’en était pas un. Il était juste un homme qui avait réagi sur le moment.

    — Tu devrais te reposer, ajouta-t-il après un silence, tu as perdu beaucoup de sang.

    Il espérait que cela clôturerait la conversation. Mais une part de lui savait qu’elle voudrait comprendre, il avait avoué qu’elle avait perdue beaucoup de sang mais pas qu’il lui en avait donné beaucoup de poches. Il avait à tout prix chercher à la garder en vie, non pas par gentillesse. Et ça… ça l’inquiétait plus qu’il ne voulait l’admettre.

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    C.

    Ben resta immobile, observant la silhouette frêle qui se tenait à quelques pas de lui. Elle était plus résistante qu’il ne l’avait cru. Moins de vingt-quatre heures auparavant, il était persuadé qu’elle ne passerait pas la nuit. Pourtant, la voilà debout, même si son équilibre restait précaire.

    Son regard s’attarda sur la perfusion qu’elle traînait avec elle, accrochée à son bras, vestige de la convalescence qu’il lui avait imposée. Une part de lui s’étonnait encore de s’être autant impliqué. Ce n’était pas son genre. Ce n’était plus son genre. Il n’avait pas cherché à s’attacher à qui que ce soit depuis trop longtemps. Alors pourquoi celle-là ?

    Il se détourna, fixant un point invisible sur le mur alors que Callaghan continuait de parler, discutant de leur prochain déplacement. Il répondit machinalement, sans détacher ses pensées de l’inconnue.

    Elle voulait fuir. Ça se voyait. Son regard, son silence calculé, la manière dont elle évaluait leur équipement et chaque sortie possible. Ben savait reconnaître ce regard. Il l’avait eu lui-même trop de fois.

    Il croisa les bras, s’appuyant contre le mur en la voyant disparaître dans la salle de bain. Il ne lui ferait pas la faveur de détourner le regard trop longtemps. Elle tenterait probablement de s’échapper avant d’être totalement remise sur pied, ce qui signerait sa mort certaine. Callaghan n’était pas du genre à prendre des pincettes avec ceux qui abandonnaient le groupe.

    Mais ce n’était pas la seule raison pour laquelle il la surveillait.

    Ben savait qu’elle était une ressource précieuse, une monnaie d’échange potentielle pour le remède qu’ils cherchaient tous. Mais il y avait autre chose. Quelque chose de plus viscéral qui l’agaçait profondément. Il avait vu trop de gens mourir sans pouvoir lever le petit doigt. Cette fois, il avait eu une prise sur le destin. Il l’avait tirée de l’enfer, soignée, maintenue en vie. Il refusait que ça ait été en vain.

    Un bruit léger le tira de ses pensées. Elle revenait, l’air toujours aussi méfiant. Il soutint son regard une seconde, puis détourna le sien vers Callaghan, comme si elle ne comptait pas plus qu’un caillou sur la route.

    — On part quand elle pourra marcher correctement. Encore un ou deux jours.

    Il savait qu’elle avait entendu. Il savait aussi qu’elle réfléchirait à ce qu’elle pouvait faire d’ici là. Ce n’était qu’une question de temps avant qu’elle ne tente quelque chose. Et il serait prêt. Une fois que son chef fut parti, il sortit de son sac à dos deux livres qu’il posait sur la table de chevet.

    — Voici de quoi lire.. Remet toi. Je repasserais dans deux heures. Si tu as besoin, il y a une infirmière au bout du couloir.

    Il lui laissait deux de ses livres préférés, Le Cavalier de Bronze de Pouchkine en version bilingue et un livre français qui s’appelle Le Comte de Monte Cristo.

    — À plus tard, dit-il avant de sortir de la pièce de son pas lourd.

  73. Avatar de C.
    C.

    Ben la regarde s’éloigner sans dire un mot. Il aurait dû s’y attendre : elle essaie déjà de repérer les lieux. Ce n’est pas un comportement surprenant. Tout le monde veut survivre, et il ne lui reproche pas de chercher une issue, mais ce qui l’inquiète, c’est qu’elle sous-estime le danger à l’extérieur.

    Il croise les bras, la suit des yeux. Son pas est encore hésitant, mais elle fait de son mieux pour ne pas le montrer. Ça veut dire qu’elle va tenter quelque chose bientôt. Il soupire discrètement. Si elle se met en danger, il devra choisir entre la laisser partir à sa perte ou intervenir une nouvelle fois. Et il ne sait pas encore quelle décision il prendra.

    Lorsqu’il l’avait ramenée, il ignorait qui elle était. Ce n’était pas important. Elle était blessée, elle avait besoin d’aide. Mais maintenant qu’elle est réveillée, il devine qu’elle a son propre plan en tête.

    Elle a pris les livres sans protester, signe qu’elle réfléchit. Ça, c’est plutôt un bon point. Peut-être qu’elle ne fera pas de bêtises tout de suite. Peut-être.

    Quand elle sort de la chambre, Ben ne bouge pas immédiatement. Il la laisse prendre un peu d’avance avant de la suivre à distance. Il n’a pas besoin d’être collé à elle pour savoir ce qu’elle fait. Il suffit d’observer les regards des autres, leurs réactions à son passage. Elle s’approche de l’infirmière, qui lui parle avec douceur. Il devine leur conversation sans avoir besoin d’entendre. Nourriture, vêtements propres, quelques mots rassurants. Ben serre la mâchoire. Ces ressources sont précieuses, et si elle prévoit de fuir cette nuit, alors tout cela sera gaspillé.

    Lorsqu’elle ressort, il se place volontairement sur son chemin. Son regard tombe sur lui, et il voit l’espace d’une seconde une hésitation dans ses yeux. Elle relève la tête, tente de garder une attitude détachée.

    « – J’avais un peu faim, l’infirmière m’a donné de quoi me nourrir.. Hm.. je vais retourner dans ma chambre. Ne vous inquiétez pas. »

    Elle essaie de le rassurer. Mauvaise approche. Ça veut dire qu’elle sait qu’il l’observe.

    Il la fixe sans un mot. L’espace d’un instant, il pense à lui dire qu’elle ne trouvera rien dehors hormis des ennuis. Qu’elle n’est pas encore en état de fuir. Mais il se retient. Ce serait lui donner trop d’importance, lui montrer qu’il se soucie de son sort.

    À la place, il se contente d’un signe de tête avant de la laisser passer. Il l’aura à l’œil. Peu importe ce qu’elle prévoit cette nuit, il sera prêt.

    — Comment tu te sens ?

    En attendant, il comblait le silence par des banalités qui pourtant l’intéressait.

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    C.

    Ben l’observait sans ciller, campé sur ses jambes comme un rempart infranchissable. Il avait déjà anticipé ses tentatives de fuite, sa façon d’éviter son regard trop longtemps, d’évaluer les distances et les issues. Mais là, devant lui, elle était différente. Sa panique était sincère. Il n’y avait plus la stratégie ou la méfiance dans son regard, juste une peur brute, presque enfantine.

    Il baissa les yeux vers ses mains fébriles qui fouillaient ses poches sans sa permission. Il ne bougea pas, la laissant faire, la regardant s’accrocher à cette ultime chose qu’elle pouvait encore contrôler. Lorsqu’elle releva les yeux vers lui, les siens s’étaient faits plus sombres, non pas de colère, mais de cette gravité qu’il avait l’habitude d’endosser face aux pertes irréparables.

    Il attendit qu’elle se calme, qu’elle réalise elle-même que son collier ne se trouvait pas sur lui. Puis, sans un mot, il ramassa les vêtements qu’elle avait laissés tomber et les lui tendit.

    — Si tu veux qu’on le retrouve, il va falloir que tu fasses quelque chose pour moi, dit-il d’une voix posée.

    Son ton était ferme mais pas menaçant. Juste une déclaration de faits, une proposition sans appel. Il vit la tension dans ses traits, la réticence aussi. Elle n’aimait pas devoir quelque chose à qui que ce soit. Mais il avait une ligne de conduite et il ne comptait pas la plier pour ses beaux yeux paniqués.

    — J’ai qu’une parole, Nina. Si je te dis que je vais le retrouver, je le ferai. Mais en échange, j’ai besoin de savoir que tu ne vas pas faire de stupidité. Pas de fuite, pas de tentative d’évasion. Tu restes ici jusqu’au matin. J’ai besoin de pouvoir te faire confiance.

    Il ne s’attendait pas à ce qu’elle accepte sans résister. Son instinct lui criait qu’elle dirait oui juste pour le calmer, pour qu’il parte et lui laisse l’opportunité de filer. Mais il était patient, et il était surtout bien plus attentif qu’elle ne semblait le penser. Il l’observa, la laissa peser ses options, cherchant à deviner si elle tenterait de le berner ou si, pour une fois, elle choisirait de lui faire confiance.

    — Jure-le, insista-t-il. Et je te promets que ton collier sera dans tes mains avant l’aube.

    Le silence s’installa entre eux, lourd et pesant. Nina le fixait, sans doute cherchant une faille, une trahison dans son regard. Mais elle n’en trouvera pas parce que Ben ne mentait jamais.

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    C.

    Ben resta immobile devant la porte close, son regard fixé sur le bois vieilli. Il pouvait encore entendre la respiration saccadée de Nina derrière, sentir sa peur à travers le silence qui s’était installé. Elle n’avait pas seulement peur du monde extérieur, des créatures qui rôdaient dans l’ombre. Non, ce qui la terrifiait le plus, c’étaient les hommes, ceux qui avaient transformé la survie en une lutte impitoyable où la confiance était devenue une faiblesse.

    Il inspira profondément, maîtrisant l’envie de forcer cette distance qu’elle imposait entre eux. Il la comprenait. Trop bien, peut-être. La douleur de perdre ceux qu’on aime, l’impuissance face à un monde qui dévore tout sur son passage, il connaissait ces sentiments. Et pourtant, il refusait de la laisser affronter tout cela seule.

    Sa voix, grave et posée, s’éleva à travers la porte :

    — On retrouvera ton collier, Nina. Mais tu dois me promettre de ne pas fuir même après l’aube. Tu ne survivras pas seule. Pas jusqu’à la Californie. Tu le sais.

    Il marqua une pause, espérant qu’elle saisisse la sincérité de ses mots. Il n’avait qu’une parole, et elle devait le comprendre. Elle ne croyait pas en lui, et il ne pouvait pas lui en vouloir. Mais il voulait qu’elle sache qu’il ne faisait pas partie de ceux qui brisaient les serments sans remords.

    — Que tu es plus peur des hommes que des créatures est très clairvoyant. Je ne te demande donc pas d’avoir confiance en moi. Mais regarde autour de toi. Tu sais ce qu’il y a dehors. Tu sais ce que font les hommes. Ici… Ici, on peut te protéger. Et je peux te protéger.

    Un instant de silence. Il ne s’attendait pas à une réponse immédiate. Elle luttait contre sa propre méfiance, contre ce que la réalité lui avait imposé. Il appuya légèrement sa paume contre la porte, comme un rappel silencieux qu’il était toujours là.

    — Je peux veiller sur toi, Nina.

    Les mots lui brûlèrent la gorge alors qu’ils s’échappaient. Il savait ce qu’ils impliquaient. Une promesse qu’il avait déjà faite autrefois, et qu’il n’avait pas su tenir. Il n’avait pas pu protéger ceux qui comptaient pour lui. L’échec résonnait encore dans chaque fibre de son être.

    Mais cette fois, il refusait d’échouer.

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    C.

    Ben observe Nina en silence. Son regard oscille entre la porte de la chambre et la jeune fille qui, malgré sa fragilité apparente, dégage une force étonnante. Il n’a pas l’habitude de se laisser atteindre par ce genre de situation, mais quelque chose chez elle l’interpelle. Peut-être cette maturité qui transparaît dans ses paroles, ou bien cette façon qu’elle a de s’accrocher aux rares choses qui lui restent.

    Il se force à garder une distance, à ne pas s’attarder sur ce qu’il ressent. Son rôle est clair : la protéger, pas s’attacher. L’attachement rend faible, et il ne peut pas se permettre ça.

    Quand elle évoque son collier, il hoche la tête. Il va chercher à le retrouver en espérant qu’un de ses hommes l’aurait trouvé, mais il ne lui dira rien tant qu’il n’aura pas une certitude. Inutile de lui donner de faux espoirs.

    Lorsqu’elle tend son auriculaire pour sceller leur pacte, Ben hésite un instant. C’est un geste presque enfantin, loin de la brutalité de ce monde. Un instant, il se souvient de sa propre famille. De ceux qu’il n’a pas su protéger. Il ravale ces souvenirs et serre son petit doigt autour de celui de Nina, respectant son rituel sans un mot.

    Son léger sourire le surprend autant qu’il le trouble. Elle essaye de détendre l’atmosphère, de lui arracher une réaction, et il se surprend à esquisser un rictus malgré lui. Mais il se ressaisit rapidement.

    Quand elle s’approche de la fenêtre, Ben ne détourne pas son regard. Il sait ce qu’elle va voir, et il sait aussi ce que cela lui fera. Il a déjà vu ce genre de réaction des dizaines de fois : l’horreur dans les yeux de ceux qui comprennent que l’ancien monde ne reviendra pas.

    Elle recule brusquement et percute son torse. Il sent son dos trembler légèrement contre lui, mais elle ne s’éloigne pas. Elle reste là, contre lui, comme si sa simple présence pouvait la protéger de tout ça.

    Sa voix, plus faible, trahit une détresse qu’il reconnaît trop bien.

    Ben serre brièvement les poings avant de poser une main sur son épaule, sans trop de pression. Juste assez pour qu’elle sente qu’il est bien là.

    — Ce n’est pas une question de mérite, dit-il simplement.

    Il pourrait lui dire ce qu’il sait, ou du moins ce qu’il pense savoir. Il pourrait lui parler des rumeurs sur des expériences gouvernementales qui auraient mal tourné, des théories sur un virus échappé d’un laboratoire, ou même des histoires folles sur une punition divine. Mais rien de tout ça ne changerait la réalité.

    — Peu importe comment c’est arrivé. Ce qui compte, c’est de survivre.

    Il s’éloigne légèrement, reprenant cette distance qu’il tente de maintenir.

    — Si tu veux arriver en Californie, il faut rester en vie. Et pour ça, tu ne peux pas te permettre de t’attarder sur le pourquoi.

    Il la regarde, cherchant à s’assurer qu’elle comprend. Il n’a aucune envie d’expliquer davantage.

    — Je vais retrouver ton collier, finit-il par dire d’une voix plus basse. Je te l’ai promis.

    Mais cette promesse, il le sait, est bien plus lourde qu’elle n’en a l’air. Parce qu’il n’a pas su protéger les siens, et que promettre de veiller sur elle, c’est risquer de tout recommencer.

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    C.

    Ben avançait avec précaution à travers les ruines d’un quartier autrefois animé, désormais réduit à des carcasses de voitures calcinées et des bâtiments éventrés par le chaos. Il serrait son couteau dans sa main droite, sa respiration maîtrisée, chaque pas calculé pour éviter d’attirer l’attention. Il était sorti de l’hôpital en prétendant à Callaghan qu’il allait vérifier un ancien point de ravitaillement. La vérité était toute autre : il avait promis à Nina de récupérer son collier.

    L’endroit où ils l’avaient trouvée n’était qu’à quelques rues de là. En arrivant sur les lieux, il sentit immédiatement son estomac se nouer. L’odeur de chair en décomposition était omniprésente. La ruelle, qui avait servi de cachette à la jeune fille, était maintenant envahie par un silence pesant. Il s’approcha lentement, ses yeux balayant le sol à la recherche du bijou.

    Puis, il la vit.

    Le corps d’une femme gisait à quelques mètres. Il n’avait pas pris le temps d’observer la scène lorsqu’ils avaient récupéré Nina, trop occupé à la sortir de là en vie. Mais maintenant, il ne pouvait ignorer la silhouette effondrée contre le mur, le visage figé dans une expression de terreur. Ses vêtements étaient en lambeaux, maculés de sang séché. Ce devait être la mère de Nina.

    Ben sentit une boule se former dans sa gorge. Il n’avait jamais été du genre à s’attarder sur les morts—c’était une faiblesse que ce monde ne permettait plus—mais quelque chose, dans cette scène, le troubla plus qu’il ne l’aurait voulu. Il détourna le regard et chercha rapidement ce pour quoi il était venu.

    Le collier reposait à quelques centimètres du corps, en partie caché sous un morceau de tissu. Il s’accroupit, le ramassa, puis le serra dans sa main. Un médaillon argenté, banal en apparence, mais dont il comprenait l’importance. Il ne savait pas pourquoi il se donnait tant de mal pour respecter cette promesse. Peut-être parce que Nina était différente. Peut-être parce qu’elle lui rappelait quelque chose qu’il avait perdu depuis longtemps.

    Un bruit au loin le tira de ses pensées.

    Des râles gutturaux. Lourds, inhumains. Il tourna vivement la tête en direction de l’avenue principale. Des ombres mouvantes apparaissaient à l’horizon, trébuchant entre les carcasses de voitures, attirées sans doute par un son qu’il n’avait pas perçu. Il n’avait plus le temps.

    Ben fouilla rapidement les poches de la défunte, en retirant une photo froissée, un sac en bandoulière et un couteau de cuisine rouillé, avant de se redresser d’un bond. Il savait qu’il n’aurait pas dû s’attarder. Il savait qu’il aurait dû partir dès qu’il avait trouvé le collier. Mais maintenant, il lui fallait courir.

    Inspirant profondément, il fit volte-face et s’élança dans les rues, évitant les débris avec l’agilité née de l’expérience. Derrière lui, les infectés s’excitaient, leurs râles devenant plus insistants. Il n’avait pas le droit à l’erreur. Nina attendait son collier. Et lui, il devait rentrer vivant.
    Il aurait préféré ne pas s’attarder autant, mais il n’avait pas le choix. Retrouver ce foutu collier dans un endroit pareil n’était pas une mince affaire.

    Trois heures, c’est long. Trop long. Il le sait. Il espère juste qu’elle ne fera pas de conneries en attendant. Nina est intelligente, mais elle a encore cette foutue naïveté qui la pousse à croire qu’elle peut comprendre ce monde. Il n’y a rien à comprendre. Il y a les vivants et les morts.

    Il finit par rejoindre l’hôpital et passe par le passage secret. Il trouve aisément la porte et les débris au sol. Ses pas sont légers, calculés, comme toujours. Son regard balaie la pièce : des chaises renversées, un lit éventré, des traces de sang séché sur les murs. L’hôpital n’a pas été un sanctuaire bien longtemps. Il ne l’est plus pour eux non plus.

    Enfin, il aperçoit quelque chose d’argenté sous un cadavre à moitié décomposé. Il serre les dents et s’accroupit, repoussant le corps d’un geste rapide. Un bruit écœurant accompagne le mouvement, mais il l’ignore.

    Mais alors qu’il rebrousse chemin, un détail l’arrête net. Quelque chose ne va pas. Une tension diffuse dans l’air. Un mauvais pressentiment. Il accéléra le pas, longeant les couloirs sombres et silencieux.

    Lorsqu’il arrive enfin dans la zone dite saine, il reprend sa respiration. Mais pas de temps à perdre et il se rend à la chambre, il trouve la porte entrouverte. Son estomac se noue.

    Vide.

    — Merde

    Il s’avance dans la pièce, les yeux fouillant chaque recoin. Son livre est encore posé sur le lit, ouvert là où elle s’était arrêtée. Il passe une main nerveuse dans ses cheveux avant de ressortir dans le couloir, le regard sombre.

    Ben inspire profondément, refoulant l’inquiétude qui tente de s’infiltrer en lui. Elle n’a pas pu aller loin. Mais si l’un des hommes de Callaghan la trouve avant lui… Même s’il connaissait chacun des hommes, il ne pouvait nier qu’ils restaient des hommes avec des pulsions souvent problématiques que lui-même haïssait.

    Il resserre sa prise sur son couteau et avance dans l’ombre, traquant la moindre trace de Nina.

    Cette foutue gamine allait lui donner des cheveux blancs.

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    C.

    Ben avançait d’un pas rapide dans les couloirs sombres de l’hôpital, son regard scrutant chaque recoin à la recherche de Nina. L’angoisse lui serrait la poitrine. Il était parti trop longtemps. Beaucoup trop longtemps. Lorsqu’il était revenu et avait constaté qu’elle n’était plus dans sa chambre, une alarme silencieuse s’était déclenchée en lui. Il avait interrogé quelques infirmières, mais personne ne l’avait vue sortir.

    Ses poings se serraient autour de la lanière du sac qu’il portait en bandoulière. La besace de la mère de Nina. Il l’avait récupérée en même temps que son collier, dans cette vieille maison délabrée. Il ne savait pas s’il aurait le courage de lui dire ce qu’il avait découvert là-bas. Ce ne serait jamais le moment. D’abord, il devait la retrouver.

    Il longea un couloir faiblement éclairé, s’efforçant de rester discret. Il ne voulait pas attirer l’attention des hommes de Callaghan. Il savait que certains d’entre eux ne voyaient en Nina qu’un moyen de pression, un objet d’échange. Et il savait aussi qu’ils se méfiaient de lui. Il en avait entendu parler dans leurs conversations à voix basse. Il était un étranger dans ce groupe, un homme dont ils ne comprenaient ni le silence ni les intentions. Il n’avait pas confiance en eux, et il n’avait aucune raison de penser que la réciproque était différente.

    Puis il aperçut une silhouette au bout du couloir. Petite, fine, ses longs cheveux légèrement emmêlés tombant sur ses épaules. Son cœur rata un battement.

    Il s’élança vers elle sans réfléchir, son instinct prenant le dessus. Lorsqu’il arriva à sa hauteur, il vit ses yeux briller légèrement, comme si elle retenait des larmes. Elle tenait un sac entre ses mains, plus grand que celui qu’elle avait auparavant.

    — Tu étais où ? Je te cherchais dans tout l’hôpital.

    Nina releva la tête vers lui, visiblement émue.

    — Je suis tombée sur un garçon… Il m’a donné ça.

    Elle désigna le sac, et Ben observa son contenu. Il y avait des talkies-walkies, des médicaments, des sucreries, une trousse de premiers secours et même un couteau. Il fronça légèrement les sourcils. Quelqu’un lui avait offert tout ça ?

    Mais avant qu’il ne puisse poser la moindre question, Nina remarqua enfin la besace qu’il tenait toujours. Son expression changea aussitôt. Son souffle se coupa un instant et ses doigts se crispèrent légèrement sur le tissu de son propre sac.

    — Tu… tu as été dans la vieille maison ? demanda-t-elle d’une voix tremblante.

    Ben n’eut pas besoin de répondre. Elle venait déjà de comprendre. Ses yeux descendirent lentement vers la besace, puis elle releva la tête, le regard chargé d’espoir et de peur mêlés.

    — Tu… tu as son collier ?

    Il hocha la tête et ouvrit légèrement la main. Le pendentif en argent glissa entre ses doigts, reflétant la faible lumière des néons fatigués. Il le lui tendit sans un mot, sachant que rien de ce qu’il dirait ne pourrait alléger le poids de cette vérité.

    Nina laissa échapper un léger hoquet avant de prendre délicatement le bijou. Son expression était indéchiffrable, un mélange de douleur et de soulagement. Ben resta silencieux, lui laissant le temps de faire face à ce qu’elle ressentait. Il savait ce que ce collier représentait.

    Et il savait aussi que ce n’était que le début de ce qui les attendait.

    — Viens.. retournons dans ta chambre.

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    C.

    Ben la regarda serrer le collier dans sa main, et lorsqu’elle murmura qu’elle lui devait tellement, il sentit un léger malaise l’envahir. Il ne voulait pas qu’elle se sente redevable. Ce n’était pas pour une quelconque reconnaissance qu’il avait fouillé cette vieille maison, qu’il avait risqué de tomber sur des pillards ou pire. C’était simplement pour elle. Parce qu’il savait ce que signifiait perdre un lien avec son passé.

    Il reprit le chemin vers sa chambre sans répondre, préférant éviter le sujet. Elle le suivit en silence, et une fois à l’intérieur, elle s’installa sur son lit et ouvrit le sac de sa mère. Ben, lui, s’accroupit et commença à examiner le contenu du sac qu’elle avait ramené, écoutant distraitement sa voix tremblante lorsqu’elle parlait de sa mère. Il l’entendit essuyer discrètement ses larmes et ne fit aucun commentaire. Certains chagrins ne demandaient ni mots ni consolation, seulement du temps.

    Quand elle évoqua Tim et son geste généreux, Ben leva brièvement les yeux vers elle. Il savait que cet hôpital était une prison pour le garçon, un sursis plus qu’une vie. Il acquiesça simplement lorsqu’elle déclara que tout cela était pour eux deux. Il ne voyait pas l’intérêt de lui rappeler qu’il pourrait survivre sans, que c’était elle qui en avait davantage besoin. Ce n’était pas le moment de jouer les durs.

    Puis, elle s’avança vers lui et commença à parler de ce qu’elle avait entendu. Les hommes qui se méfiaient de lui, son passé militaire, ses propres rêves d’enfant. Ben haussa un sourcil en l’écoutant.

    « Ils ont dit que vous étiez militaire et l’un d’entre eux dit qu’il se méfie de vous… »

    Bien sûr qu’ils se méfiaient. Ils avaient raison. Il n’avait jamais cherché à se faire apprécier d’eux. Il savait qu’il n’était pas un des leurs et que, tôt ou tard, leurs chemins allaient diverger. Il ferma le sac et s’adossa contre le mur, croisant les bras.

    — Ils n’ont pas tort. Moi non plus, je ne leur fais pas confiance.

    Il marqua une pause, réfléchissant aux mots qu’il allait employer, avant d’ajouter d’un ton neutre :

    — Les hommes ont toujours peur de ce qu’ils ne comprennent pas, et ce qu’ils ne comprennent pas, ils cherchent à le contrôler.

    Il observa Nina, attendant de voir si elle saisirait le sous-entendu. Il n’avait jamais eu besoin de la reconnaissance de ces types, et s’ils finissaient par le voir comme une menace, il trouverait une solution. Il en avait toujours trouvé une.

    Quand elle lui avoua qu’elle avait rêvé d’être militaire, un sourire fugace passa sur son visage. Il ne s’en moquait pas vraiment, mais il ne put s’empêcher de la taquiner un peu.

    — Toi, militaire ? dit-il avec un sourire amusé. J’ai du mal à t’imaginer suivre un ordre sans discuter. Déjà que tu ne respectes même pas un simple “reste ici et ne fais pas de bruit”…

    Il secoua la tête, faussement accablé, et esquissa un léger ricanement. C’était sa manière à lui d’alléger l’atmosphère, d’éloigner la gravité du moment. Il voyait bien qu’elle voulait lui dire quelque chose de plus profond, qu’elle voulait le remercier d’une façon qu’elle ne trouvait pas encore, mais il ne voulait pas de ça. Il préférait de loin la voir lever les yeux au ciel, bouder à cause de sa remarque, lui répondre du tac au tac. Ce genre d’interaction lui convenait mieux que les remerciements et la reconnaissance.

    Il s’approcha du sac qu’elle avait ramené, en sortit un paquet de bonbons et le lui lança doucement.

    — Tiens, soldat. Considère ça comme ta première ration de survie.

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    C.

    Ben avançait d’un pas mesuré, le regard balayant l’horizon avec une précision méthodique. Il était habitué à ce genre de situation : rester concentré, garder l’œil sur le moindre mouvement suspect, anticiper les menaces avant qu’elles ne deviennent des problèmes. Son esprit fonctionnait comme une machine bien huilée, chaque pas calculé, chaque respiration contrôlée. Il ne ressentait ni la fatigue ni l’inquiétude ; seule la mission comptait. Et pourtant, la présence de Nina le déstabilisait.

    Elle restait accrochée à ses pas, ombre silencieuse, aussi discrète que possible, mais il percevait son regard, son souffle, cette hésitation lorsqu’elle ouvrait la bouche pour parler. Elle était vivante, expressive, et cela tranchait avec l’univers froid et méthodique auquel il s’était habitué. Il sentait bien qu’elle voulait lui parler, briser cette tension latente, et il redoutait cela. Il ne voulait pas qu’elle se sente redevable. Il avait fait ce qu’il fallait, rien de plus.

    Alors, quand elle lança une question, il réprima un soupir et détourna légèrement la tête, comme s’il espérait que le vent emporte ses mots avant qu’ils ne l’atteignent. Mais le silence était trop pesant pour feindre de ne pas entendre.

    « – Tu viens de quelle ville ? Je ne sais pas grand-chose de toi… »

    Ben plissa légèrement les yeux, réfléchissant à la meilleure réponse. Il ne parlait pas beaucoup de lui, par habitude, par nécessité. Mais Nina était différente. Elle n’était pas un soldat sous ses ordres, ni un collègue avec qui il partageait un langage codé. C’était une jeune femme perdue dans ce chaos, qui cherchait des repères.

    Il resserra la sangle du sac sur son épaule avant de répondre, le ton neutre, mesuré.

    -– Ça n’a pas vraiment d’importance.

    C’était une réponse honnête à ses yeux. Le passé n’avait plus d’emprise sur lui. Mais il devinait que ce genre de réplique ne suffirait pas à satisfaire la curiosité de Nina. Alors, après quelques pas de silence, il ajouta, d’un ton plus léger :

    -– J’ai grandi en Caroline du Nord. Un coin perdu. Beaucoup de forêts, beaucoup de neige. Pas exactement l’endroit rêvé pour quelqu’un qui voulait voir du pays.

    Il guetta sa réaction du coin de l’œil. Elle avait cette façon d’écouter, attentive, comme si chaque mot avait une importance particulière. Il n’était pas habitué à ça. La plupart des gens avec qui il avait partagé son temps ces dernières années se fichaient des détails personnels. Seuls comptaient l’équipement, les plans, les tactiques de survie.

    Mais Nina, elle, voulait savoir.

    Il détourna les yeux et reprit sa marche avec la même concentration, forçant son esprit à revenir à ce qui importait vraiment : la route devant eux, le danger potentiel, les infectés dont les râles s’entendaient au loin. Il ne devait pas se laisser distraire. Pas maintenant.

    Et pourtant, il ne pu s’empêcher de lui demander en retour :

    — Et toi ?

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    C.

    Nina parle beaucoup. Trop, peut-être. Pas qu’il trouve cela agaçant, mais c’est une habitude qu’il a perdue, celle d’échanger des banalités, de répondre à des questions sur lui. Sur ce qu’il était avant. Il a voulu couper court en mentionnant simplement la Caroline du Nord, sans détails. Il n’a rien à raconter d’intéressant, et même s’il en avait, il ne voudrait pas le partager.

    Pourtant, elle ne le harcèle pas. Elle se contente de digérer l’information, de l’enrober dans son imagination fertile. Il ne peut s’empêcher de jeter un bref coup d’œil vers elle. Un sourire se dessine sur ses lèvres alors qu’elle rêve tout haut de paysages qu’elle n’a jamais vus. Il aurait voulu lui dire que la Caroline n’a rien d’exceptionnel, que c’est juste un coin perdu avec des forêts denses, une chaleur humide, et des souvenirs qu’il préfère laisser derrière lui. Mais elle ne pose pas plus de questions, et il lui en est reconnaissant.

    Quand elle finit par répondre à son tour, il hoche à peine la tête. Chicago et la Californie. Deux mondes différents, et pourtant elle ne semble pas préférer la douceur du Pacifique à la rudesse hivernale du Nord. Il ne sait pas trop quoi en penser. Elle continue pourtant, cette fois en le tutoyant. Il le remarque, mais ne relève pas. Ça lui semble étrange, mais en même temps, naturel. Il n’est plus un étranger pour elle. Pas vraiment.

    — Tu as pu voyager ? Enfin vous… pardon…

    Il réfléchit un instant avant de répondre. Voyager. Il n’a jamais considéré les endroits où il est allé comme des voyages. Il a vu le monde mais sous la guerre. Mais avec Irina il est allé en Espagne, pour leur lune de miel. Il revoit Barcelone, ses couleurs, le bruit incessant de la ville, l’odeur de la mer, des marchés, des épices. Un monde à des années-lumière d’ici, de cette route silencieuse, de ces ruines de civilisation qu’ils traversent.

    — Un peu, répond-il simplement.

    Il n’a pas envie de s’étendre, mais Nina ne se démonte pas. Sa curiosité semble sans fin. Il ne sait pas si c’est un défaut ou une qualité. Il sent son regard posé sur lui, plein d’une inquiétude à peine dissimulée. Elle a peur de lui poser la mauvaise question, celle qui raviverait des souvenirs qu’il refuse d’affronter.

    — Tu penses que c’est mondial tout ça ? Ou ça ne concernerait que notre continent ?

    Il serre la mâchoire. Il n’en sait rien. Il aimerait croire que quelque part, il existe encore un endroit épargné, un lieu où les gens vivent encore normalement. Mais il a vu ce que le monde était devenu ici. Le chaos ne s’arrête pas aux frontières.

    — Je pense que c’est pareil partout.

    C’est tout ce qu’il dit. Il sent bien qu’elle aimerait qu’il développe, qu’il partage une hypothèse, un espoir, n’importe quoi. Mais il refuse d’offrir de faux espoirs. Mieux vaut voir la réalité en face.

    Ils continuent d’avancer. Devant eux, Callaghan et les autres fouillent les véhicules abandonnés et les maisons éventrées. Ben garde un œil sur Nina, par automatisme. Elle le suit de près, comme une ombre silencieuse. Il ne sait pas trop quoi en penser. Il a toujours été du genre à avancer seul, à ne pas s’embarrasser d’attaches inutiles. Mais elle est là, toujours là, et ça ne l’agace pas autant qu’il le devrait.

    Lorsqu’elle s’éloigne un peu pour fouiller à son tour, il la suit du regard. Son corps se tend. Elle ne devrait pas s’éloigner. Il n’a pas besoin de lui dire, son regard suffit à la faire revenir près de lui.

    Et pourtant, elle recommence.

    Il retient un soupir. Elle n’est pas inconsciente, juste… impatiente. Il peut comprendre. Quand il la voit revenir vers lui avec un pied de biche et des fusées de détresse, il lève un sourcil.

    Ses yeux brillants d’un mélange d’excitation et de prudence lui évoque déjà la question qui brûle ses lèvres.

    Ben la fixe un instant avant de hocher la tête lui autorisant à garder ses trouvailles. Il aurait préféré qu’elle ne s’équipe pas d’une arme, aussi rudimentaire soit-elle, mais il sait que ce serait inutile de la lui interdire. Elle n’a peut-être pas conscience du danger dans toute son ampleur, mais elle apprend vite. Et il préfère qu’elle ait quelque chose entre les mains plutôt que rien du tout.

    — Fais juste attention, dit-il simplement, et pitié.. tutoie-moi.

    Puis il tourne les talons et continue d’avancer. Il ne s’arrête pas pour voir si elle suit. Il sait déjà qu’elle le fera.

  82. Avatar de C.
    C.

    La nuit tombait lentement, plongeant les ruines de la ville dans une obscurité inquiétante. Les derniers rayons du soleil projetaient des ombres déformées sur les façades éventrées. Ben scrutait les environs d’un regard froid et calculateur, ses sens en alerte. Chaque bruit, chaque mouvement pouvait être une menace.

    Le groupe avait trouvé refuge dans un vieux bâtiment administratif abandonné, une structure aux murs épais qui semblait encore tenir debout malgré les années de négligence. Une seule entrée praticable, des fenêtres barricadées : un endroit parfait pour la nuit. Mais Ben savait que l’illusion de sécurité était un piège en soi. Il ne faisait jamais confiance à un abri, seulement à sa vigilance.

    À l’intérieur, les autres s’affairaient à s’installer. Callaghan vérifiait les munitions, un des hommes montait la garde près de l’entrée, et le reste du groupe prenait place sur les vieilles dalles poussiéreuses, tentant de trouver un semblant de confort. Ben, lui, restait debout, son fusil en main, écoutant le silence oppressant de la nuit.

    Kyle s’assit près de lui, silencieux pendant quelques instants. Il savait qu’il allait parler. Ils étaient comme Nina, curieux, incapable de rester trop longtemps sans combler le vide par des mots.

    — Tu ne dors jamais ? demanda Kyle

    Ben ne répondit pas tout de suite. Dormir signifiait baisser sa garde. Il dormait quand il savait que le risque était faible – et ce soir, il ne l’était pas.

    — Pas quand je veille. Quelqu’un doit le faire.

    Il l’observa quelques secondes, son regard tentant de lire à travers son masque impassible. Puis il hocha la tête, acceptant son silence comme une réponse suffisante avec un rire jaune en coin.

    — Je vais essayer de dormir un peu, alors. Tu me réveilles si besoin ?

    Ben ne répondit pas, mais l’homme sembla comprendre qu’il le ferait si nécessaire. Il préféra regarder Nina s’éloigner et s’engouffrer dans une des pièces de l’étage. Elle avait raison et encore plus de garder son pied de biche.

    Les heures passèrent lentement. La respiration régulière des autres remplissait l’espace, entrecoupée de quelques soupirs et mouvements nerveux. Ben ne dormait pas. Son instinct lui criait de rester alerte. Quelque chose clochait. Ce n’était pas un bruit distinct, juste une impression, une tension dans l’air qu’il ne pouvait ignorer.

    Puis il l’entendit.

    Un râle lointain. Suivi d’un autre.

    Ben se redressa lentement, ses doigts serrant la crosse de son fusil. Il s’approcha de la porte, écoutant attentivement. Andy dormait à moitié, la tête tombant vers l’avant. Ben posa une main ferme sur son épaule, le réveillant d’un mouvement sec.

    — Debout.

    Andy sursauta, puis fronça les sourcils en captant l’attitude tendue de Ben. Il n’eut pas besoin de poser de questions. Il entendit les râles à son tour.

    Et puis, soudain, un bruit plus sourd. Quelque chose frappa contre la porte.
    Une fois. Puis deux.

    Le garde blêmit. Ben, lui, ne bougea pas, son arme déjà prête.

    — Réveille tout le monde. Maintenant.

    L’instant suivant, le silence de la nuit vola en éclats. Un hurlement déchirant retentit de l’autre côté du bâtiment, suivi d’un fracas brutal. Quelque chose – non, plusieurs choses – s’étaient jetées contre les fenêtres barricadées. Le bois craquait sous la pression, et Ben savait que ce n’était qu’une question de secondes avant qu’ils ne cèdent.

    Il n’attendit pas. Il se tourna vers Andy, qui luttait encore contre le sommeil.

    — Bouge !

    Andy tituba en arrière, paniqué, alors que Callaghan et ses hommes s’éveillaient à la hâte. Les râles se rapprochaient, les coups contre la porte se faisaient plus insistants. Un cri féminin monta de l’étage – Nina.

    Ben ne réfléchit pas. Il bondit vers l’escalier, enjambant les sacs et les corps encore à moitié endormis. Derrière lui, Callaghan aboyait des ordres, mais il n’écoutait pas. Il ne la laisserait pas.

    Il prit deux marches à la fois, la main déjà sur son revolver. En haut, une porte était entrouverte, et des bruits de lutte s’en échappaient. Son pied de biche. Elle s’en servait. Mais pour combien de temps ?

    Il entra d’un mouvement brusque, balayant la pièce du regard. Nina était acculée contre un mur, son arme brandie face à une silhouette convulsive. Un infecté, un homme dont la chair putréfiée s’arrachait en lambeaux, avançait vers elle, ses doigts griffant le vide.

    Ben ne réfléchit pas. Il leva son revolver et tira. Une balle, en pleine tête. L’infecté s’effondra dans un bruit sourd.

    — Debout ! ordonna-t-il à Nina, qui haletait encore.

    Elle hocha la tête, agrippant son pied de biche comme une bouée de sauvetage. Il l’attrapa par le bras et l’entraîna hors de la pièce. En bas, les coups s’intensifiaient. Un fracas retentit – une fenêtre venait de céder.

    Ils descendirent en courant. Callaghan et deux de ses hommes les attendaient déjà près de l’entrée arrière, les armes prêtes. Les autres ? Ben ne posa pas la question. Il voyait déjà des ombres se faufiler dans la pénombre, entendait les hurlements de ceux qui n’avaient pas été assez rapides.

    — La porte arrière ! ordonna Callaghan.

    Ils s’élancèrent. Nina trébucha, Ben la rattrapa sans ralentir. La sortie était à quelques mètres quand une silhouette surgit devant eux. Un autre infecté.

    Ben ne perdit pas de temps. Il abattit la créature d’un tir précis, la poussant sur le côté d’un coup d’épaule. Ils passèrent la porte juste au moment où un cri déchirant résonna derrière eux. Mike.

    Ben ne s’arrêta pas. Il sentit Nina tirer sur sa manche, un regard paniqué dans les yeux. Il secoua la tête. C’était fini. Ils ne pouvaient plus rien pour lui.

    L’air libre. Ils déboulèrent dans une ruelle obscure, leurs pas résonnant sur le bitume fissuré. Derrière eux, le bâtiment résonnait des râles et des hurlements de douleur.

    Ils avaient survécu. Pour cette nuit, du moins.

    Une fois en sécurité dans un bâtiment dont le seul accès avait été bloqué, il compta les survivants. Il restait Kyle et Andy uniquement. Son deuxième réflexe a été d’ordonner à tous les survivants de se déshabiller et vérifier qu’il n’y ai aucune morsure. Lui le premier retira son barda puis son pantalon et son haut. Il se fouillait de partout à la recherche d’un potentiel contact avec un infecté, si tel était le cas, il tirerait lui-même sans sommation. Mais heureusement, tout le monde était intact.

    — Nina, demandait-il en s’approchant d’elle en boxer, je sais que c’est gênant mais.. mais tu dois te déshabiller, met toi derrière l’escalier. Je te fais confiance d’accord ?

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    C.

    Ben ne dit rien, mais il a tout vu.

    Les cicatrices. Les os saillants sous sa peau trop fine. La marque entre sa poitrine. Il aurait préféré ne rien remarquer, ne rien ressentir. Pourtant, une vague de culpabilité le serre à la gorge. C’est lui qui lui a demandé de se montrer, lui qui l’a contrainte à ce moment de vulnérabilité. Et maintenant, il se sent comme un salaud.

    Il détourne le regard pour lui laisser un semblant d’intimité, serrant la mâchoire pour ne pas laisser transparaître ce qu’il ressent. Ils sont en sécurité, pour l’instant. Mais ce n’est pas suffisant. Il sait que rester trop longtemps au même endroit, c’est signer leur arrêt de mort. Il faut mettre de la distance entre eux et les infectés. Il ne laisse donc aucun répit.

    — On part maintenant.

    Kyle grogne quelque chose dans sa barbe en ramassant ses affaires, mais Ben ne lui accorde aucune attention. Il jette un dernier coup d’œil à Nina, qui s’affaire à ajuster ses vêtements comme si elle pouvait effacer ce qu’il a vu. Il ne dit rien. Il ne s’excuse pas. Mais il garde cette image gravée dans son esprit, et ça lui déplaît.

    Ils avancent dans l’obscurité, les pieds écrasant les gravats et la terre battue sous leur poids. Le silence n’est brisé que par les respirations saccadées et les soupirs de fatigue. Kyle râle, encore.

    — On pourrait s’arrêter un peu, merde, Ben. Je suis pas une putain de machine.

    Ben ne répond pas. Il ne s’arrête pas.

    Il ne s’arrête que lorsqu’il jette un coup d’œil à Nina. Elle ne dit rien, ne se plaint pas, mais il voit ses jambes vaciller légèrement, ses épaules trembler sous l’effort. Elle est à bout.

    Sans prévenir, il se tourne vers elle et lui ordonne d’un ton sec :

    — Monte sur mon dos.

    Elle relève brusquement la tête, surprise.

    — Tu m’as entendu. Grimpe.

    Elle ouvre la bouche, sûrement pour protester, mais il ne lui en laisse pas l’occasion.

    — On ne s’arrête pas maintenant. Dans deux kilomètres, on fera une pause. En attendant, tu montes.

    Elle semble hésiter, mais ses jambes parlent pour elle. Elle vacille encore, et cette fois, il ne lui laisse pas le choix. D’un geste assuré, il l’attrape et la hisse sur son dos. Elle est légère. Trop légère. Il ignore le pincement au cœur que cela lui provoque.

    — Accroche-toi.

    Elle obéit, enroulant ses bras autour de son cou. Son souffle chaud contre sa nuque lui donne un frisson qu’il choisit d’ignorer. Kyle soupire d’exaspération mais ne dit rien. Josh, lui, reste silencieux, perdu dans ses pensées.

    Ben reprend la marche, déterminé.

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    C.

    Lorsqu’elle enroula ses bras autour de son cou, Ben sentit son poids léger contre lui. Elle était trop mince. Il raffermit sa prise et continua d’avancer sans ralentir. Malgré la fatigue qui lui pesait dans les jambes, il ne montra aucun signe de faiblesse. Il devait être solide, pour elle, pour les autres. Il ne pouvait pas se permettre d’être un poids.

    Le silence s’installa entre eux, seulement troublé par le souffle régulier de Nina tout contre son cou. Il savait qu’elle l’observait, mais il ne pouvait pas se permettre d’y penser. Il devait rester concentré. Ce n’est que lorsqu’ils trouvèrent une station-service abandonnée qu’il consentit enfin à s’arrêter. Il déposa Nina au sol avec douceur. Lorsqu’elle effleura sa main en guise de remerciement, il sentit un frisson le traverser, mais il ne la retint pas lorsqu’elle s’éloigna.

    Il la regarda fouiller dans son sac et sortir une conserve et des allumettes. Elle voulait aider. Malgré son épuisement, malgré tout ce qu’elle avait enduré, elle cherchait à être utile. Il la laissa faire, la regardant discrètement de son coin. Kyle et Josh étaient affalés sur le sol, à bout de forces, mais Nina, elle, restait debout. Elle alluma un petit feu et prépara la nourriture. Ben détourna le regard. Il ne savait pas pourquoi ça l’affectait autant.

    Lorsqu’elle s’approcha finalement de lui avec une écuelle de bœuf, il releva à peine la tête. Son visage était fermé, comme toujours.

    « – Mange un peu… ça te fera du bien. Tu peux aussi te reposer. Même si tu sembles invincible, tu as aussi besoin de reprendre des forces. »

    Elle lui souriait, espérant peut-être lui arracher une réaction. Il resta impassible, mais il prit la nourriture et mangea en silence. Elle ne le força pas à parler, et il lui en fut reconnaissant.

    Quand il eut terminé, il s’attendait à ce qu’elle retourne auprès des autres, mais à la place, elle vint se lover contre lui, comme elle l’avait fait à l’hôpital. Il resta raide au début, surpris par ce contact. Son cœur s’accéléra, mais il ne bougea pas. C’est Nina qui prit ses bras et les plaça autour d’elle, l’obligeant à l’enlacer.

    Elle était si petite contre lui, mais sa chaleur était réelle, rassurante. Il ne savait pas quoi en penser. Il n’était pas habitué à ce genre de proximité, encore moins à la douceur dans un monde où tout n’était que violence. Pourtant, il ne la repoussa pas. Pour la première fois depuis longtemps, il se permit de relâcher un peu la pression. Juste un instant.

    Dans cette station-service abandonnée, au milieu d’un monde en ruines, Ben ferma les yeux et se laissa aller à cette étreinte, sans savoir pourquoi c’était si important. Il l’entendît respirer régulièrement, elle dormait contre lui. Délicatement, il posa une main sur sa nuque et déposa un léger baiser sur le sommet de son crâne.

    — Dors, murmurait-il, je veille sur toi..

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    C.

    Ben récupéra la photo que Nina lui tendait. Il ne dit rien tout de suite, se contentant de la déplier du bout des doigts. Le papier avait pris l’humidité, les bords étaient abîmés, mais les visages restaient nets. Celui de sa femme. Celui de son fils.

    Il aurait dû être habitué à les voir ainsi, figés sur du papier, mais à chaque fois, c’était comme un coup de poignard dans la poitrine. Il avala sa salive et garda un visage impassible, refusant de laisser transparaître quoi que ce soit.

    Nina croyait qu’il devrait les rejoindre. Qu’il avait encore une raison de faire demi-tour.

    Mais il n’y avait plus rien pour lui là-bas.

    Ils ne l’attendaient pas.

    Il plia la photo avec soin et la rangea dans la poche intérieure de sa veste. Inspirant discrètement, il déclara simplement :

    — Non.

    Nina fronça légèrement les sourcils, attendant qu’il s’explique.

    — Il n’y a plus personne qui m’attend désormais.

    Il n’en fallait pas plus.

    Il s’attendait à voir de la pitié dans ses yeux, ou peut-être qu’elle détournerait le regard, gênée. Mais elle ne bougea pas. Elle serra les lèvres, puis baissa doucement la tête, sans malaise ni curiosité déplacée. Comme si elle comprenait qu’il ne voulait pas en parler.

    Peut-être était-ce pour ça qu’il supportait sa présence. Parce qu’elle ne forçait rien. Parce qu’elle savait se taire quand il le fallait.

    Josh et Kyle attendaient toujours sa réponse.

    Leur base était loin, et le chemin du retour serait dangereux. Mais eux, ils avaient encore quelqu’un à retrouver. Quelqu’un qui comptait sur eux.

    Lui, non.

    Nina non plus.

    Il posa les yeux sur elle quelques secondes. Elle pensait peut-être qu’il allait l’abandonner, la laisser se débrouiller seule pour rejoindre la Californie.

    Ce serait plus simple.

    Mais il n’était pas un lâche.

    — Faites attention à vous sur la route les gars, lâcha-t-il finalement à l’attention de Josh et Kyle avant de les saluer.

    Josh hocha la tête immédiatement. Kyle hésita encore un instant, puis acquiesça à son tour. Ils avaient pris leur décision.

    Lui aussi.

    Il resserra la sangle de son sac et tourna les yeux vers Nina.

    — On continue. Tous les deux.

    Elle le fixa, comme si elle avait du mal à y croire.

    — Ben.. T’es sûr ?
    — Kyle.. J’ai dis que je l’emmènerais, je tiens toujours parole.
    Elle prit une grande inspiration, son regard s’éclairant d’un soulagement discret. Il aurait pu lui dire qu’il le faisait seulement parce que c’était prévu. Parce que c’était un objectif comme un autre, une mission à accomplir.

    Mais ce serait mentir.
    Alors il ne dit rien de plus. Il remit son sac sur son dos et se détourna.

    — On part dans cinq minutes.

    Il l’entendit attraper ses affaires sans un mot. Et cela lui suffit.

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    C.

    Ben marchait d’un pas mesuré, son regard balayant l’horizon sans vraiment voir. Il écoutait sans interrompre, laissant Nina combler le silence de sa voix.

    Elle parlait d’avant. De ce qu’elle aurait dû être, de ce qu’elle aurait pu faire. De la médecine. De l’écriture. De ces mondes imaginaires qu’elle dessinait pour s’y perdre, loin des autres.

    Il comprenait.

    Il ne disait rien, mais il comprenait.

    Il connaissait cette solitude choisie, celle qui devient un refuge quand le monde réel n’a rien à offrir. Il n’avait jamais été du genre à inventer des histoires, encore moins à s’imaginer d’autres mondes, mais il connaissait la sensation. Celle d’être mieux seul qu’accompagné des mauvaises personnes.

    Son regard glissa vers elle, un bref instant. Elle ne marchait plus avec difficulté. Elle suivait son rythme, bien qu’un peu en retrait, comme si elle cherchait inconsciemment à rester dans son ombre. Comme si elle s’accrochait à cette idée qu’il pouvait la protéger.

    C’était dangereux de penser comme ça.

    Il savait à quel point l’attachement était un fardeau dans ce monde. Il savait ce que cela coûtait.

    Mais il ne lui dirait pas. Pas encore.

    Quand elle le taquina sur ses soi-disant passions pour la pêche et les belles voitures, il expira un rire bref, presque un souffle. Un rictus effleura ses lèvres, mais il disparut aussitôt. Il n’avait pas ri depuis…

    Il ne savait même plus.

    — T’es loin du compte, lâcha-t-il simplement.

    Il aurait pu s’arrêter là.

    Il aurait dû s’arrêter là.

    Mais elle l’observait, attendant plus. Pas par curiosité mal placée, pas pour fouiller dans ses souvenirs comme on fouille dans une plaie encore ouverte. Juste parce qu’elle voulait le comprendre.

    Il n’était pas sûr de vouloir être compris.

    — Je bricolais pas mal, admit-il après un temps. J’aimais construire des trucs, réparer ce qui ne fonctionnait plus. Ça me vidait la tête.

    Il marqua une pause, fixant un point devant lui.

    — J’aimais aussi les bouquins. Pas du genre Tolkien, mais j’en lisais.

    Il n’ajouta pas lesquels. Ce n’était pas important. Ce qui l’était, c’était qu’il avait aimé ça. Avant.

    Il ne lisait plus.

    Il ne trouvait plus l’intérêt dans les mots quand la réalité était déjà trop lourde à porter.

    Un silence s’étira entre eux.

    Ben ne chercha pas à le combler.

    Il sentit cependant que Nina luttait contre l’envie de parler à nouveau, comme si elle avait peur que le silence creuse un fossé entre eux. Mais elle se retint. Elle respecta ce vide, cet espace dans lequel il pouvait respirer.

    Alors, pour la première fois depuis longtemps, il ne se sentit pas obligé de repousser quelqu’un.

    — Raconte moi une de tes histoires.. celles que tu inventais..

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    C.

    Ben n’aimait pas cette idée. S’approcher d’un groupe était risqué, et son instinct de survie lui hurlait de ne pas faire confiance si facilement. Son regard balaya le campement de fortune, observant les grilles de protection, les silhouettes qui s’agitaient à l’intérieur, et les hommes en armes postés aux entrées. Tout en lui lui dictait de rebrousser chemin, de convaincre Nina de continuer leur route, mais lorsqu’il croisa son regard suppliant, il sentit sa résolution vaciller.

    Il poussa un soupir, puis hocha la tête, résigné.

    — D’accord. Mais tu restes prudente, et tu ne leur dis rien sur notre destination. Compris ?

    Nina acquiesça vivement, soulagée, et ils s’avancèrent vers l’entrée. À peine eurent-ils franchi la première ligne de barricades qu’un homme s’approcha. De taille moyenne, le visage buriné par le soleil et l’air dur, il portait une arme en bandoulière et une veste usée qui témoignait d’un passé militaire. Il se présenta comme Mike, le chef du groupe. Ben se tendit légèrement, méfiant, mais garda un air neutre.

    — Ben.. répondit-il simplement avant de poser une main sur l’épaule de Nina.

    — Voici ma nièce. On vient de l’Est et on se dirige vers la Californie. On cherche un endroit où se reposer quelques jours.

    Il marqua une pause, étudiant les réactions de Mike, puis ajouta avec calme :

    — En échange, je peux chasser pour vous.

    L’homme le détailla un instant, comme s’il pesait le pour et le contre. Ben ne détourna pas le regard, gardant une posture assurée, mais intérieurement, il restait sur ses gardes. Chaque muscle de son corps était prêt à réagir au moindre signe de menace. Il connaissait trop bien la nature humaine pour relâcher sa vigilance, surtout dans ce monde où la loi du plus fort régnait.

    Après un instant de réflexion, Mike hocha la tête.

    — On va voir ce qu’on peut faire. Suivez-moi.

    Ben échangea un regard avec Nina avant de lui faire signe de rester près de lui. Alors qu’ils pénétraient dans le camp, il analysait tout : la disposition des tentes et des abris de fortune, le nombre de personnes, les armes visibles, la manière dont les autres membres du groupe les observaient. Il y avait des hommes, des femmes, quelques enfants. Certains semblaient épuisés, d’autres méfiants. Il y avait de la peur, mais aussi une organisation claire.

    Il sentait que cet endroit tenait debout parce que quelqu’un savait comment le faire fonctionner. Mais pour combien de temps ?

    Nina, elle, paraissait curieuse, attentive à tout ce qui l’entourait. Ben se demandait si elle réalisait à quel point il était facile de se laisser aveugler par une illusion de sécurité.

    Il serra les dents. Peu importe combien de temps ils restaient ici, il ne baisserait pas sa garde

    Ben suivit l’homme à travers le campement, les sens toujours en alerte malgré la fatigue et la promesse d’un peu de repos. Il ne faisait jamais confiance facilement, et ce n’était pas aujourd’hui que cela allait changer. Pourtant, lorsqu’ils atteignirent une grande tente au centre du camp, il fut pris au dépourvu.

    La silhouette qui se tenait là, les bras croisés, était plus que familière. Jane.

    Son cœur manqua un battement en la reconnaissant. Une ancienne collègue du front, une femme avec qui il avait partagé plus d’un feu de camp et de missions périlleuses. Il ne l’avait pas vue depuis des années, et pourtant, elle semblait presque inchangée. Toujours cette stature imposante, ce regard perçant qui analysait tout en une fraction de seconde. Elle l’observa un instant, puis un sourire amusé étira ses lèvres.

    — Bordel, Ben… J’aurais jamais cru te revoir un jour.

    Il souffla un rire discret, une ombre de soulagement traversant son visage. Pour la première fois depuis longtemps, il se sentit légèrement moins tendu. Elle venait l’enlacer chaleureusement avant de le regarder amusée et interloquée.

    — La réciproque est vraie, Jane. Ça fait un bail.

    Elle hocha la tête et fit un geste vers une table où était posé un plan du camp.

    — Et qu’est-ce que tu fiches ici ?

    Ben ne perdit pas son sang-froid. Il resta sur la version qu’il avait donnée à Mike.

    — On est en route pour la Californie. C’est ma nièce, Nina. On cherche juste un endroit où souffler quelques jours.

    Jane haussa un sourcil, ses yeux clairs scrutant tour à tour Ben et Nina, qui se tenait légèrement en retrait. Elle connaissait Ben. Mieux que la plupart des gens. Il était un bon menteur, mais pas avec elle. Elle n’insista pourtant pas, se contentant d’un sourire en coin.

    — Une nièce, hein ? Depuis quand t’as de la famille en vadrouille avec toi ?

    Ben ne broncha pas. Il savait qu’elle le testait. Jane finit par lâcher un soupir avant de hocher la tête.

    — Très bien, va pour la nièce. Mais tu sais que j’aime pas les secrets, vieux frère.

    Elle laissa planer un instant de silence, avant de détourner le regard et de se tourner vers Mike.

    — Ils peuvent rester quelques jours. Ben nous aidera à chasser, comme il l’a proposé. Mais je garde un œil sur eux.

    Mike acquiesça sans discuter. Jane était la véritable autorité ici, et même s’il se présentait comme le chef, c’était elle qui prenait les décisions finales.

    Elle se tourna ensuite vers Ben et Nina et leur fit signe de la suivre.

    — Allez, je vais vous faire visiter. Autant que vous sachiez où vous mettez les pieds. Mike va vous préparer un endroit où dormir et où vous pourrez vous laver..

    Ben échangea un bref regard avec Nina avant d’emboîter le pas à Jane. Il n’aimait pas rester trop longtemps au même endroit, mais pour l’instant, c’était un répit bienvenu. Reste à voir combien de temps cela durerait.

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    C.

    Ben n’est pas surpris par l’état du campement. Il est modeste, fonctionnel, mais indéniablement pauvre. Rien ici ne semble superflu. Chaque structure, chaque objet a une utilité. Ce n’est pas un endroit où l’on vit dans le confort, mais un endroit où l’on survit avec ce qu’on a. Il se contente d’un hochement de tête en guise de remerciement envers Jane, trop fatigué pour exprimer plus.

    Lorsqu’ils arrivent devant la maison qui leur est attribuée, il la jauge rapidement. Petite, vieillotte, mais solide. Suffisante pour quelques jours de repos. Il ouvre la porte et laisse Nina entrer la première. Elle pose immédiatement ses affaires sur le canapé, s’appropriant l’espace avec une familiarité touchante. Elle a toujours ce besoin de rendre un lieu plus accueillant, même temporairement. Cela l’amuse et l’attendrit. Il l’observe en silence, la regardant essayer de s’occuper de lui, comme si elle voulait alléger son fardeau.

    Lorsqu’elle lui ordonne presque d’aller prendre une douche, il lève un sourcil mais n’argumente pas. Il sait qu’elle ne lâchera pas l’affaire et, en toute honnêteté, l’idée d’une douche chaude après tant de jours de marche lui semble trop tentante pour être refusée. Il prend des affaires propres et se dirige vers la salle de bain.

    L’eau chaude coule sur sa peau, lavant non seulement la poussière et la sueur, mais aussi, l’espace d’un instant, la fatigue et la tension accumulées. Il ferme les yeux, savourant cette parenthèse de bien-être. Quelques minutes plus tard, il coupe l’eau, s’essuie rapidement et remet des vêtements propres. Il se passe une main dans les cheveux, les ramenant en arrière, et sort de la salle de bain, encore torse nu.

    Lorsqu’il descend, il aperçoit Nina en train de préparer quelque chose à manger. Son regard tombe sur le canapé où elle a installé ses affaires. Il secoue légèrement la tête, soupirant. Sans un mot, il récupère son sac et ses affaires et les emmène dans la chambre. Ce sera à elle d’avoir un vrai lit ce soir.

    De retour dans la cuisine, il jette un coup d’œil à ce qu’elle prépare avant de croiser son regard.

    — Va prendre ta douche, profite de l’eau chaude tant que tu le peux. Je m’occupe de surveiller ton dîner.. d’accord ?

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    C.

    Quittant sa lecture, Ben grogna en voyant Nina récupérer ses affaires du canapé pour les ramener dans la chambre. Il croisa les bras sur son torse, la fixant avec un regard sévère puis soupira avant de secouer la tête, un rictus amusé au coin des lèvres.

    — J’étais commandant dans l’armée, Nina. Ce qui veut dire que j’ai plus de poids qu’un simple capitaine. Tu me dois donc obéissance.

    Elle ouvrit la bouche pour répliquer, mais il haussa un sourcil, imposant son autorité. Pourtant, elle ne sembla pas impressionnée. Il eut à peine le temps de comprendre qu’elle comptait le faire bouger de force qu’elle trébucha et tomba sur lui. La proximité soudaine le prit de court. Ses mains trouvèrent instinctivement sa taille pour la retenir, et son souffle se bloqua un instant. Nina releva la tête, leurs visages bien trop proches. Ses lèvres n’étaient qu’à quelques centimètres des siennes.

    Merde.

    D’un geste rapide, il l’aida à se redresser et se leva presque aussitôt, remettant de la distance entre eux. Il fit mine de s’étirer comme si de rien n’était.

    — Le canapé sera parfait pour moi, déclara-t-il d’un ton sec, coupant court à la conversation. Fin de la discussion.

    Il attrapa sa veste et se dirigea vers la porte.

    — Je vais chercher du bois pour la cheminée.

    Sans lui laisser le temps de protester, il sortit, inspirant profondément l’air froid de la nuit pour tenter de calmer le feu qui brûlait en lui. Il s’en voulait de la moindre pensée déplacée. Nina était trop jeune. Bien trop jeune. Lui, il avait trente-six ans, et il se comportait comme un imbécile. Il secoua la tête et ramassa du bois, essayant de ne penser à rien. Mais son esprit revenait sans cesse à cette seconde où son corps avait ressenti le sien.

    — Putain…

    Un jappement le tira brusquement de ses pensées. Il sursauta et vit Thor, le chien de Jane, qui le regardait avec sa gueule entrouverte et sa langue pendante, visiblement en quête d’attention.

    — T’es perdu bonhomme ?

    Le chien aboya doucement et remua la queue, insistant. Ben roula des yeux avant de lui donner une brève caresse sur la tête.

    — Bon, viens, on rentre au chaud.. Je te ramènerais demain à ta maîtresse.

    Il retourna vers la maison avec le chien à ses côtés, se maudissant intérieurement. Il devait se ressaisir. Nina méritait mieux que quelqu’un comme lui, rongé par un passé trop lourd et des instincts qu’il aurait préféré ignorer. Mais surtout, il ne voulait pas qu’elle se sente en insécurité avec lui. La proximité avec une femme ne lui manquait pas, il passait trop de temps à survivre plutôt que de penser au sexe. Mais la présence de Nina le réveillait un peu et cela l’inquiétait. Le dérangeait même.

    Pour la sécurité de la jeune femme, il se devait d’être irréprochable et il le serait à l’avenir. En entrant, suivi de Thor, il appela la jeune femme.

    Posant le bois dans la cheminée et commençant à l’allumer il lui expliqua avoir trouvé le chien près du tas de bois et qu’il le ramènerait le lendemain matin.

    — On aura de la compagnie ce soir, dit-il sur un ton qu’il se voulait plus léger, il te réchauffera les pieds cette nuit..

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    C.

    Ben referma la porte derrière lui, inspirant profondément l’air froid du matin. Il avait besoin de s’éloigner, de se vider la tête. La tension dans la maison était insupportable. Ou plutôt, il ne supportait pas la façon dont son propre corps réagissait à la présence de Nina. Ce n’était pas normal. Pas acceptable. Elle était jeune, bien trop jeune. Dix-huit ans. Une gamine. Et lui, trente-six. Presque le double.

    Il se passa une main sur le visage en marchant vers la lisière des bois. Il ne pouvait pas se permettre de penser à elle autrement que comme une protégée. C’était son rôle. Il était un soldat, un homme entraîné à se battre, à survivre, à protéger. Pas à se laisser troubler par une gamine qui s’accrochait à lui comme si sa vie en dépendait. Ce n’était que la proximité, les circonstances, l’adrénaline. Rien d’autre.

    Il serra son fusil entre ses doigts et s’enfonça plus profondément dans la forêt. La chasse était un prétexte. Il savait qu’il trouverait difficilement du gibier dans cette région, mais peu importait. L’important était de s’occuper l’esprit, de focaliser son attention sur autre chose que le contact brûlant de Nina contre lui la veille. Elle était tombée sur lui et, pendant une fraction de seconde, son odeur avait envahi ses sens. Vanille. Ce fichu shampoing qu’elle avait utilisé. Il avait senti la chaleur de son corps, la douceur de sa peau sous le tissu trop fin de son t-shirt.

    Il jura entre ses dents et épaula son arme, scrutant les environs. Rien ne bougeait. Le monde était figé, silencieux. Il expira lentement, essayant de retrouver son calme.

    Un bruit de branches cassées le fit sursauter et il pivota, prêt à tirer. Mais au lieu d’un animal, il vit surgir Thor, la queue frétillante et la langue pendante. Le chien jappa, s’ébroua et trottina jusqu’à lui avant de se frotter contre sa jambe.

    — Bordel, Thor… Tu veux me faire avoir une crise cardiaque, grogna Ben en abaissant son arme.

    Le chien leva les yeux vers lui, la gueule entrouverte dans une expression joyeuse. Visiblement, il ne comptait pas le laisser tranquille. Ben soupira et posa une main sur son crâne, le gratifiant d’une brève caresse.

    — Bon, t’as gagné. Tu restes avec moi mais pas un bruit.

    Thor bondit en avant, ravi de cette décision. Ben reprit sa traque, avançant silencieusement entre les arbres, le fusil prêt. Après plusieurs heures à progresser prudemment, il parvint à repérer un groupe de perdrix à travers les feuillages. Il inspira profondément, ajusta sa posture et tira avec précision. Deux oiseaux tombèrent sur le sol tandis que les autres s’éparpillaient dans un battement d’ailes affolé. Thor se précipita pour récupérer le gibier, revenant triomphalement vers lui.

    — Bon chien, murmura Ben en récupérant sa prise.

    Le soleil commençait à décliner lorsqu’il rentra enfin au campement, une poignée de perdrix à la main. La communauté de Jane accueillit son retour avec un mélange de soulagement et d’enthousiasme. Un bon repas chaud était un luxe rare dans ce monde ravagé, et chacun savait apprécier ce genre de victoire, même minime. Nina, postée non loin, l’observait en silence. Elle était accompagnée d’un jeune garçon qui lui parlait. Ben évita soigneusement son regard et se concentra sur la tâche à accomplir.

    Il devait garder la tête froide. Se rappeler qui il était. Ce qu’il devait être. Ne pas ressentir de quelconque sentiment d’affection ou même de.. jalousie.

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    C.

    Ben posa le fusil près de la porte et se passa une main sur la nuque, tentant de chasser la tension qui alourdissait ses épaules. La chasse avait été bonne. Il aurait dû en être satisfait. Pourtant, il ne pouvait s’empêcher de penser à Nina. Tout au long de la journée, alors qu’il pistait le gibier aux côtés de Thor, son esprit n’avait cessé de revenir à elle. Son regard sur lui ce matin, curieux, presque inquiet. Comme si elle se demandait pourquoi il était parti si vite.

    Il savait pourquoi.

    Se retrouver seul dans les bois, avec le vent coupant et la concentration nécessaire pour traquer une proie, avait été une bénédiction. Il s’était senti plus maître de lui-même, éloigné des pensées troublantes qui le hantaient. Mais maintenant qu’il était de retour, il devait affronter la réalité. La promesse qu’il lui avait faite. La protection qu’il lui devait. Et Jane qui voulait lui parler d’une mission. Une mission qui l’éloignerait du camp, ne serait-ce que temporairement.

    La porte de la salle de bain grinça légèrement lorsqu’il la poussa pour attraper une serviette. L’eau chaude l’avait détendu, mais il sentait toujours la crispation dans ses muscles. Il savait qu’elle était là, dans la pièce d’à côté, et il s’efforça de ne pas la regarder en sortant. Pourtant, il capta du coin de l’œil sa silhouette près du chien, sa main posée sur la fourrure de Thor. Il resserra la serviette autour de sa taille et se hâta de finir de s’habiller.

    — Tout va bien Ben ? Ça a été la chasse ?

    Sa voix était douce, mais il y perçut une légère hésitation. Il laissa échapper un soupir et enfila son t-shirt avant de répondre, toujours sans croiser son regard.

    — Ouais. J’ai ramené quelques perdrix. Ça fera un bon repas pour tout le monde. Et toi ? Le potager, ça a été ?

    Il prit le temps de nouer ses lacets, un geste machinal, pour gagner quelques secondes de répit. Puis, finalement, il se redressa et glissa les mains dans ses poches, cherchant ses mots.

    — Jane veut me voir cet après-midi.

    Il sentit Nina se redresser légèrement, attentive. Il hésita un instant avant de poursuivre :

    — Elle a une mission pour moi, quelque chose à faire en dehors du camp. Mais…

    Il tourna enfin le regard vers elle. Ses yeux bruns brillaient d’une lueur qu’il avait du mal à déchiffrer. Il expira lentement, cherchant à garder son calme.

    — Je ne sais pas si je vais accepter.

    Il vit ses sourcils se froncer légèrement, intriguée. Il passa une main dans ses cheveux humides avant d’ajouter, plus bas :

    — Parce que je t’ai promis de veiller sur toi. Et je ne veux pas me détourner de cette promesse. Et.. te laisser ici seule m’inquiète. J’ai confiance en Jane mais je ne connais pas les autres.

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    C.

    Ben la regarde partir vers la cuisine, son dos tendu comme si elle portait un poids invisible. Il sent sa gorge se serrer en l’entendant dire qu’il peut ne pas s’occuper d’elle. Comme si c’était une possibilité. Comme s’il pouvait simplement détourner les yeux et faire comme si elle n’existait pas. Il se passe une main sur le visage, cherchant ses mots.

    — Nina…

    Il se lève lentement du canapé, passe une main dans ses cheveux courts, hésite un instant avant de la rejoindre. Il la trouve près du plan de travail, immobile, les épaules légèrement voûtées. Elle ne se retourne pas immédiatement, alors il s’appuie contre l’encadrement de la porte et laisse échapper un léger soupir.

    — Tu n’es pas un fardeau. Et tu ne le seras jamais.

    Il s’avance doucement, pas trop près, pas trop loin. Il sait que la proximité peut être intimidante, pour elle comme pour lui. Mais il ne veut pas qu’elle ait le moindre doute.

    — Je ne suis pas là parce que je m’y sens obligé. Ce n’est pas juste une promesse que j’ai faite, ce n’est pas une dette à rembourser ou un devoir que je traîne comme un poids. Je suis là parce que je veux l’être. Parce que…

    Il s’interrompt une seconde, cherche les bons mots.

    — Parce que je ressens ce besoin. De te protéger, de m’assurer que tu es en sécurité. La première fois que l’on s’est rencontré, j’aurais pu rebrousser chemin comme Callaghan l’avait exigé mais j’ai refusé. Ce n’est donc pas aujourd’hui que je te tournerais le dos.

    Il voit ses doigts se crisper légèrement contre le rebord du plan de travail. Il sait qu’elle lutte contre ses propres insécurités, tout comme lui.

    — Tes parents ont peut-être fermé les yeux sur toi, mais moi je ne le ferai pas. Je ne pourrais pas.

    Il tente un léger sourire, un brin maladroit, pas vraiment assuré, mais sincère.

    — Et puis, tu l’as dit toi-même, tu es hargneuse et prête à te battre. Alors je suppose que ça fait de nous une équipe, non ?

    Un silence s’installe. Pas oppressant cette fois, pas comme avant. Un silence qui laisse place à quelque chose de plus doux, plus léger.

    Mais derrière cette apparente légèreté, la réalité frappe Ben de plein fouet. Il repense à Jane, à la mission dont elle a besoin de lui. Il ignore où il va devoir aller exactement, combien de temps il sera absent, ou même si ce qu’on lui demande n’est pas un piège. Il sait juste une chose : s’il accepte, il ne pourra pas surveiller Nina. Et c’est ça, plus que le danger extérieur, qui l’inquiète.

    Il hésite encore, balance entre son instinct qui lui hurle de rester et l’idée que, peut-être, il pourrait rendre leur situation plus stable s’il accepte cette mission.

    Il a survécu à des situations bien pires par le passé. Mais ce n’est pas de lui dont il a peur.

    Il relève les yeux vers Nina et se surprend à penser qu’elle aussi pourrait dire la même chose de lui. Que, malgré ses compétences et son passé de soldat, il n’est pas invincible. Que tout peut arriver.

    Et c’est sans doute ça, la vraie peur qui les ronge tous les deux.

    — Dès que je reviens de la mission nous repartirons, ensemble. C’est l’occasion pour toi de te reposer et de nous préparer des sacs avec de quoi manger et nous protéger. Tu seras responsable de notre ravitaillement pendant que je remercie Jane de nous avoir protégé quelques jours, d’accord ?

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    C.

    Elle l’embrasse, et tout s’efface.

    Le poids des années, les fantômes du passé, la douleur sourde qu’il traîne avec lui depuis la mort d’Irina. Tout disparaît sous l’assaut brûlant des lèvres de Nina. Ben ne réfléchit pas. Il répond, instinctivement, fébrilement, comme un homme qui redécouvre quelque chose qu’il croyait à jamais perdu. Sa main vient glisser le long de sa taille, effleure sa peau, et la sensation le traverse comme un choc électrique. Il la désire. Ce n’est pas un simple élan, c’est viscéral, et cela le trouble plus qu’il n’oserait l’admettre.

    Depuis deux ans, il n’a jamais ressenti de désir ni même d’envie. Il passait son temps à ruminer, à maudire le passé, l’armée, et ressentir un manque de sa famille. Tout ça en essayant de survivre avec le monde qui s’écroulait.

    Mais là, dans la douceur de la soirée, dans ce flot de gémissements non contenu, Ben se sent vif, ardent, fougueux et plein de désir alors que ses lèvres enveloppent avec passion celles de Nina.

    Quand elle guide sa main sous son t-shirt, il sent son cœur rater un battement. Sa paume effleure la chaleur de son ventre, et une décharge de sensations lui parcourt l’échine. Mais aussitôt, la réalité le rattrape.

    Il s’arrête net.

    Comme s’il venait de poser la main sur une flamme vive, il se redresse brutalement, rompant le contact, se dégageant de cette étreinte enfiévrée. Le souffle court, le regard égaré, il vacille, recule, s’écarte d’elle comme s’il avait commis une faute irréparable.

    — Je.. Je.. Nina écoute, je.. , il peine à trouver ses mots, sa voix n’est qu’un murmure rauque, je suis désolé, Nina.

    Le poids de la culpabilité s’écrase sur lui. A-t-il abusé de sa confiance ? A-t-il joué avec des sentiments qu’il ne comprend pas encore lui-même ? Il ne peut pas. Il ne doit pas. Il est censé la protéger, pas se perdre en elle.

    Sans attendre sa réponse, il tourne les talons et quitte la maison précipitamment. L’air frais de la nuit lui frappe le visage alors qu’il s’éloigne, cherchant à remettre de l’ordre dans le chaos de ses pensées. Il marche, le pas rapide, comme si la distance pouvait effacer ce qui vient de se produire. Il a besoin de reprendre le contrôle.

    Mais c’est peine perdue.

    Il finit par s’arrêter dans la cuisine d’une maison voisine, posant ses mains à plat sur le plan de travail pour calmer ses tremblements. C’est là que Nina le rejoint.

    Elle ne le regarde pas. Son dos est tourné vers lui, comme si elle redoutait ce qu’il pourrait dire.

    Ben ferme les yeux un instant, puis prend une inspiration avant de briser le silence.

    — Nina…

    Elle ne répond pas tout de suite, et il devine sa tension. Il choisit soigneusement ses mots.

    — Je ne vais nulle part. Tu le sais, n’est-ce pas ? Je suis là. Avec toi. Et je te protégerai. Toujours. C’est pour ça que ce qui vient de se passer ne doit plus jamais se reproduire.

    Elle reste immobile, mais il la sent frémir légèrement.

    — On est une équipe.

    Enfin, elle se tourne vers lui. Il voit le conflit dans ses yeux, mais aussi cette lueur d’acceptation.

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    C.

    Ben se réveilla avec un poids écrasant sur la poitrine, le souvenir du baiser de la veille encore brûlant sur ses lèvres. Il passa une main sur son visage, tentant d’effacer la culpabilité qui lui nouait l’estomac. Il avait cédé. Il s’était laissé aller à un désir qu’il croyait éteint depuis la mort d’Irina, et pourtant, Nina avait réveillé quelque chose en lui. Une chaleur, un besoin profond, mais aussi une peur incontrôlable.

    Il s’était juré de la protéger, pas de la troubler. Il devait lui parler, mettre les choses à plat, s’assurer qu’elle comprenait qu’il ne pouvait pas se permettre ce genre de relation. Pas maintenant. Pas dans ce monde où chaque attachement pouvait devenir une faiblesse fatale.

    Mais lorsqu’il quitta la chambre et chercha Nina, il ne la trouva nulle part. Son lit était froid. Une vague d’inquiétude le traversa, aussitôt remplacée par un agacement sourd. Où était-elle encore passée ?

    Il se dirigea vers Jane, espérant qu’elle pourrait l’éclairer. Il la trouva en pleine organisation des prochaines sorties, une carte étalée devant elle.

    — Où est Nina ? demanda-t-il d’une voix plus rude qu’il ne l’aurait voulu.

    Jane releva les yeux vers lui, un léger sourire au coin des lèvres, comme si elle savait déjà ce qui le rongeait.

    — Elle est partie tôt ce matin. Je suppose qu’elle avait besoin de prendre l’air.

    Ben serra les dents.

    — Et tu ne t’es pas demandé où elle allait ?

    Jane haussa les épaules avant de lâcher, d’un ton neutre :

    — Tu devrais arrêter de me mentir, Ben. Je te connais par coeur. Je sais qu’elle n’est pas ta nièce vous ne vous ressemblez pas du tout. Et Nina me l’a confirmé hier soir. Pauvre gamine, elle sait que tu es ravagé ?

    Un frisson parcourut son dos. Nina avait parlé. À Jane, en plus. Il sentit un mélange de colère et d’inquiétude le submerger. Ce n’était pas à elle d’en parler, et encore moins à Jane de s’immiscer dans leur relation.

    Mais il ravala son irritation et se concentra sur l’essentiel. Il avait des préparatifs à faire pour les futures opérations. Ils allaient bientôt devoir sortir et il ne pouvait pas se permettre d’être distrait. Pendant des heures, il s’investit dans l’organisation, cherchant à étouffer ses pensées en se noyant dans la logistique, les plans, les itinéraires. Mais à chaque instant, une seule question lui revenait en tête : où était Nina ?

    Quand il quitta enfin le centre de commandement, il la vit au loin. Elle marchait avec un groupe de jeunes, son attitude plus mystérieuse qu’à l’ordinaire. Un mauvais pressentiment s’insinua en lui, mais il choisit de ne pas intervenir. Pas tout de suite.

    Ce ne fut que dans la soirée qu’il apprit la vérité.

    Nina était sortie. Hors de la base.

    Elle était partie faire du repérage sans en parler à personne.

    La rage explosa en lui comme un feu incontrôlable. Elle savait pourtant combien c’était dangereux ! Elle savait les risques, et malgré tout, elle avait pris cette décision insensée.

    Sans réfléchir, il attrapa son équipement et partit à sa recherche. Il n’avait jamais ressenti une peur aussi viscérale. Si quelque chose lui arrivait, il ne se le pardonnerait jamais.

    Et surtout, il ne pourrait pas survivre de la perdre.

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    C.

    Ben fulmine. Il n’arrive pas à croire ce qu’il entend. Chaque mot de Nina est une lame qui s’enfonce dans sa patience, dans son bon sens. Il la fixe, les poings serrés, sentant sa rage monter en vagues incontrôlables. Elle ose lui parler comme ça ? Après ce qu’il a fait pour elle ? Après qu’il ait risqué sa vie à maintes reprises pour la protéger ?

    Il n’en revient pas. Elle ne comprend rien. Elle se pense capable, indépendante, et pourtant, il la retrouve au beau milieu d’une maison inconnue, entourée d’un groupe de jeunes qui n’ont aucune idée de ce qu’ils font. Ils auraient pu se faire attaquer, tomber dans un piège, mourir. Elle aurait pu mourir. Juste cette pensée l’embrase d’une fureur qu’il peine à contenir.

    Il serre les dents et la suit hors de la villa, bien décidé à ne pas laisser passer ça. Quand elle se retourne vers lui, le regard noir, prête à cracher son venin, il sait que tout ce qu’il dira ne servira à rien. Mais il n’est plus question de tempérance. Il est hors de lui.

    « Tu vas passer ton temps à me faire passer pour une minable incapable de se protéger toute seule ?! C’est vrai, tu es le militaire qui sait tout faire et qui est le seul capable de me protéger ! Et bien non ! Je ne suis pas une fillette qui ne sait rien faire ! Je suis une femme, Ben ! Moi aussi, j’ai dû apprendre à survivre et à me protéger ! »

    Ses mots lui brûlent les entrailles. Il se retient de crier, de lui rétorquer qu’elle est aveugle, qu’elle se met en danger inutilement. Qu’elle ne comprend pas ce que signifie survivre, pas vraiment. Elle était seule, oui, elle a dû se battre, mais ce monde ne pardonne pas.

    « Tu crois que je faisais comment quand ma mère était en train de mourir sur ce putain de canapé à cause de connards qui nous ont tiré dessus pour nous voler notre voiture ?! »

    Son regard s’assombrit. Il sent qu’elle tremble, de colère ou de douleur, il ne sait pas. Mais il comprend que ce n’est pas seulement contre lui qu’elle enrage. C’est contre elle-même, contre ce passé qui la hante. Il ne peut pas nier sa souffrance. Il ne veut pas la minimiser. Mais il ne peut pas non plus la laisser faire n’importe quoi sous prétexte qu’elle a déjà souffert.

    Quand elle se remet en marche, il la suit, incapable de la laisser s’enfoncer seule dans sa folie. Il la rattrape et pose une main sur son épaule. Elle se fige, et avant qu’il n’ait le temps de dire quoi que ce soit, elle crache :

    « Tu dis qu’on est une équipe mais quand je suis trop proche, tu fuis et quand je méloigne, tu viens me chercher ! Tu veux quoi au final ?! Je ne suis pas une poupée que l’on manipule à sa guise !! Tu aurais mieux fait de jamais me trouver, au moins ta conscience aurait été tranquille ! Et la mienne aussi ! »

    Son cœur rate un battement. Il comprend enfin ce qu’elle veut dire. Ce n’est pas seulement une question de survie, ce n’est pas seulement une question de protection. C’est ce qui s’est passé la veille, ce baiser interdit, cette brève étincelle qu’ils ont partagée. Elle regrette. Elle lui en veut. Elle s’en veut.

    Il aurait dû le voir venir. Il aurait dû savoir que ce baiser n’était qu’un acte de folie passagère, un désir impossible. Elle est trop jeune, trop imprévisible, et lui trop vieux, trop abîmé. Il aurait dû la repousser, mettre fin à cette illusion avant qu’elle ne prenne racine.

    Mais il ne l’a pas fait.

    Et c’est ça qui le rend fou de rage.

    « Le danger est partout, Ben ! Dehors ou dedans ! Tu ne pourras pas toujours me surveiller, la preuve en est que tu vas partir en mission pour Jane ! Et je vais devoir faire quoi en attendant ?! Rester dans la maison et attendre ton retour gentiment ?? Désolé, je ne suis pas la bonne femme de maison ! Je crois que tu l’as très bien vu hier soir, non ?! Je ne suis pas le petit soldat qui obéit à son chef ! Malheureusement pour toi, tu vas finir par détester la fille que je suis ! »

    Ses mots lui coupent le souffle. Il sent la colère résonner dans chaque parcelle de son corps, mais ce n’est pas seulement de la colère. C’est quelque chose de plus profond, de plus violent. Elle a raison. Il ne la contrôlera jamais. Et elle ne cessera jamais d’être un danger pour elle-même.

    Mais il ne peut pas la laisser partir. Il ne peut pas cesser de la protéger. Parce qu’il l’a trouvée, parce qu’elle est sienne, d’une manière qu’il ne veut pas admettre.

    Il la regarde, sa respiration saccadée, les poings crispés.

    « Tu crois que je veux une femme qui m’attend sagement ?! » Sa voix est basse, grondante. « Tu crois que je te vois comme une gamine soumise qui doit rester derrière pendant que je me bats ? » Il fait un pas vers elle. « Tu ne comprends rien, Nina. Rien du tout. »

    Elle le dévisage, prête à répliquer, mais il coupe court. Il n’a plus rien à dire. Parce que s’il ouvre encore la bouche, il risque de dire quelque chose qu’il regrettera vraiment.

    Alors, il fait demi-tour, la laisse en plan au milieu du chemin, le cœur en flammes et la gorge nouée.

    Ben ne retourna pas au campement cette nuit-là. Au lieu de cela, il s’enfonça dans la forêt, la colère et la confusion en ébullition sous sa peau. Le regard de Nina, plein de rage et de douleur, hantait son esprit. Il s’appuya contre un arbre, le souffle court, les poings encore serrés. Le froid nocturne le mordait, mais il n’y prêtait pas attention. Son combat était ailleurs.

    Il savait qu’il l’avait blessée. Mais comment aurait-il pu faire autrement ? Se tenir à distance était la seule solution, le seul moyen d’empêcher l’inévitable. Il ne pouvait pas se permettre de la perdre comme il avait perdu sa famille. Il s’en voulait déjà d’avoir laissé ses propres émotions interférer. Ce baiser, ce moment où il s’était permis d’oublier, avait été une erreur.

    Il passa la nuit ainsi, à tourner et retourner ses pensées comme des lames acérées. Il ne trouva ni paix ni répit, seulement la certitude qu’il devait s’éloigner d’elle avant qu’il ne soit trop tard. Avant qu’elle ne devienne un autre fantôme qui hanterait ses nuits.

    Au petit matin, alors que la lumière dorée filtrait à travers les branches, il prit sa décision. Il sortirait de cette forêt et retournerait à son rôle : celui du soldat, du protecteur. Pas de l’amant.

    Il s’approcha de la maison en silence. L’équipe se préparait déjà pour la mission. Il jeta un regard à la porte close derrière laquelle Nina dormait sûrement encore. Il aurait pu la réveiller. Il aurait pu lui parler, lui expliquer. Mais à quoi bon ? Elle le haïssait déjà. Autant lui donner une raison valable.

    Sortant un vieux carnet de sa poche, il arracha une feuille et griffonna quelques mots. Ses mains tremblaient légèrement alors qu’il rédigeait.

    « Nina,

    Il y a des choses que tu dois savoir. Je n’ai jamais voulu me fermer aux autres, mais je ne peux pas faire autrement. J’avais une femme, un fils. J’avais une famille que j’aimais plus que tout, mais je les ai perdus. Pas à cause d’un ennemi, pas à cause d’un monstre. À cause de moi. Parce que je n’ai pas su être là quand il le fallait. Parce que j’ai cru que les aimer suffisait, sans jamais leur montrer. Parce que j’ai laissé la peur me paralyser et que cette peur a tout détruit. Parce que je n’ai pas su les protéger.

    Et toi… Toi, Nina… Tu me pousses à ressentir à nouveau. Mais je ne peux pas. Pas comme ça. Pas maintenant. Je ne veux plus perdre quelqu’un d’autre. Je ne peux pas. Et tu es jeune, pleine d’espoir, de passion, de vie. Tu as encore l’opportunité de pouvoir vivre une vie sans souffrance, sans passé entaché. Mes démons ne doivent pas te faire hanter, ce serait égoïste que de devoir te laisser t’entacher de tels souvenirs.

    Nina, tu as encore toute une vie devant toi. Et je veux que tu choisisses ce qui sera le meilleur pour toi. Donc si le mieux pour toi est que je disparaisse, je le ferais.

    Quand je rentrerai, on mettra les choses au clair. En attendant, je t’en supplie, sois prudente.

    Ben. »

    Il posa la lettre sur la table, bien en vue. Il hésita une dernière fois, puis tourna les talons et rejoignit les autres. Le temps des sentiments était fini. Maintenant, il n’avait plus qu’à se concentrer sur sa mission. C’était le seul moyen de garder le contrôle.

    Du moins, c’est ce qu’il espérait.

  96. Avatar de C.
    C.

    Le vent glacé siffle dans ses oreilles tandis qu’il approche du village. Après une semaine d’absence, son corps est rompu par la fatigue, mais son instinct le pousse à rester en alerte. Dorian n’était pas au lieu de rencontre comme l’avait prévu Jane. Cette dernière était restée en retrait pour terminer les derniers emplacements de mines et avait confié à Ben de partir en éclaireur.

    Le village est extrêmement silencieux. C’est étrange. Et l’instinct de Ben se transforme rapidement en mauvais pressentiment. Alors qu’il entrait dans la cour principale, il se dirigea vers les écuries. C’est là qu’il les vit.

    La grande porte est entrouverte. Des silhouettes errent dans l’ombre, des mouvements saccadés, des râles inhumains. Son cœur rate un battement. Ce n’est pas possible. Pas ici. Pas eux. Depuis quand ?

    En silence et accompagné de quatre hommes, il accélère le pas, sa main se crispant autour de son arme. L’odeur fétide de la mort plane sur la ville, un relent de fer et de chair en décomposition. Ils passent entre les ruelles, évitant les cadavres qui jonchent le sol. Des visages connus. Certains ont été déchiquetés, d’autres abattus net. L’adrénaline pulse dans mes veines.

    Abattus ?

    Il serre les dents. Il ne s’agit pas que d’infectés. Un tueur est dans le village. Ben et les autres n’ont pas besoin de preuves, tout dans ce massacre hurle la vengeance. Pendant sa mission, beaucoup d’hommes s’étaient plaint des dernières folies de Dominic. Son propre frère, Stephen en avait parlé avec honte.

    — Quelques semaines avant votre arrivée, expliquait Stephen, une sorte de pasteur gourou a surgit. Il parlait de purge, que le monde été victime du diable un truc complètement dérangé.. Mon frère y a cru. Il se remet doucement de cette histoire mais ça allait loin cette histoire. Le pasteur voulait qu’on ouvre les portes de la ville aux infectés et qu’on les laissent nous « sauver ».

    Purger le monde des humains, repensait Ben en avançant. Il n’avait fait qu’apporter le chaos.

    Des coups de feu retentissent plus loin. Jane et ses hommes. Ils sont de retour aussi. Sans perdre un instant et après avoir sécurisé les lieux, Ben longe les murs jusqu’au dispensaire. Si Nina a survécu, c’est là qu’elle est.

    Son cœur cogne dans sa poitrine alors qu’il arrive devant l’entrée. Du sang souille le sol, des traces de lutte partout. Puis il entend du mouvement à l’intérieur. Un bruit léger, un souffle entrecoupé.

    Il finit par ouvrir lentement la porte.

    Et elle est là.

    Nina.

    Ses yeux s’accrochent aux siens et en une fraction de seconde, elle se jette dans ses bras. Son corps tremble violemment, secoué de sanglots. Sans regret, il resserre son étreinte, incapable de prononcer un mot.

    « – Dominic… a fait tuer tout le monde ! »

    Sa voix est brisée. Ben sens ses doigts s’agripper à lui, comme si elle voulait s’assurer qu’il n’allait pas disparaître alors qu’elle continuait d’expliquer.

    « – J’ai dû abattre Tom… et Dorian est mort aussi… mais… Oh Christina… Je… je ne sais pas où elle est… Et Beth… mon dieu… »

    Ben ferme les yeux une seconde, ravalant la colère et l’horreur qui l’envahissent. Son corps contre le sien est le seul point d’ancrage dans ce cauchemar. Malgré tout, il culpabilise de l’avoir laissé ici sans sécurité. Avec une extrême douceur, même s’il se sait sale, il pose sa main sur sa nuque, la gardant tout contre lui.

    — Je suis là.

    C’est tout ce qu’il peux lui dire pour l’instant.

    — Je suis là, et je vais te protéger. Tout ira bien je te le promets..

    Ben raffermit sa prise sur Nina alors qu’il l’entraîne à travers le chaos, ses pas rapides mais maîtrisés. Plus loin surgit Thor, son fidèle compagnon, qui vient trotter à leurs côtés, les oreilles plaquées en arrière sous l’effet du stress ambiant. Chaque ombre pourrait cacher un ennemi, chaque bruit pourrait annoncer une nouvelle attaque, mais son seul objectif est de mettre Nina à l’abri.

    Lorsqu’ils atteignent la maison qu’ils occupaient avant son départ, Ben pousse rapidement la porte, la referme derrière eux et balaie la pièce du regard. Rien n’a changé, tout est encore en place. C’est un miracle. Au loin, on peut entendre les coups de feu et les cris effrayants des démons. Il guide Nina vers un coin plus sûr, près d’un meuble lourd derrière lequel elle pourra se cacher en cas de problème.

    — Reste ici, souffle-t-il d’une voix rauque, le regard plongé dans le sien, peu importe ce que tu entends dehors, tu ne bouges pas. Je vais revenir, je te le jure. Et tu n’ouvres à personne d’autre que moi c’est compris ?

    Il sait qu’elle va protester et il voit déjà Nina secouer la tête, les larmes brillant sous la lueur tamisée de la pièce. Elle veut l’accompagner, il le voit, mais il n’a pas le temps d’argumenter. Alors, il pose ses mains sur son visage, caressant doucement ses joues du bout des doigts comme pour s’assurer qu’elle est réelle, qu’elle est bien vivante. Leurs yeux se fixent mutuellement dans une tension bouleversante. Laissant un soupire s’échapper de ses lèvres, il murmurait son prénom avec douceur pour qu’elle reprenne pied. Puis, avec douceur, son front se pose contre le sien dans un instant fugace de répit et enfin y dépose un baiser, aussi léger qu’une promesse.

    Pendant toute la semaine où il a été loin d’elle, il s’était convaincu qu’il valait mieux garder ses distances, limiter les contacts. Il s’était dit que ce serait plus simple, plus sûr. Mais à peine la retrouve-t-il que son corps trahit ses résolutions. Il a besoin de la toucher, de sentir sa chaleur, de s’imprégner de son existence pour calmer la tempête en lui.

    — Fais-moi confiance, murmure-t-il avant de reculer à contrecœur, je reviens je te le promet..

    Thor reste à ses côtés un instant, incertain, puis Ben lui fait signe de veiller sur elle. Le chien obéit, se postant à proximité de Nina, les muscles tendus.

    Sans un mot de plus, Ben quitte la maison et referme la porte derrière lui.

    Dehors, l’horreur est toujours présente. Il rejoint rapidement le groupe, les survivants s’activant pour repousser les derniers infectés. Les coups de feu retentissent, les râles des créatures s’étouffent dans le chaos. Son cœur bat fort, pas de peur, mais de rage. Dominic a causé tout cela. Au loin, il entend Stephen hurler après son traître de frère. Il a détruit leur fragile équilibre et condamné des innocents.

    Ben ne laisse aucune place à la pitié. Il se fraye un chemin à travers les infectés, abattant chaque monstre avec une efficacité glaciale. Son corps agit comme une machine bien rodée, chaque tir précis, chaque mouvement calculé. Il ne pense pas, il exécute.

    Autour de lui, les survivants s’affairent à réparer la brèche que Dominic a ouverte, consolidant les barricades pour éviter d’autres intrusions. Ils sont peu nombreux, marqués par la peur et la fatigue, mais ils tiennent bon. Ils n’ont pas le choix.

    Quand la dernière créature tombe, un silence pesant s’installe. Le carnage est terminé. Mais pour le village, la bataille ne s’arrête pas là puisqu’ils doivent trouver Dominic. C’est alors que Mike surgit des fourrés tenant par le col le traître. Stephen est prêt à se jeter sur son frère pour le ruer de coups mais des hommes l’en empêche. Jane, surgit d’une rue et s’approche avec son groupe. Elle fait le compte de la troupe toujours vivante et fait le bilan des vivants et des morts.

    — On a perdu six hommes.. Deux ont été mordus. On les a enfermés.
    Avouait-elle avec une peine visible.

    Aussitôt après, elle ordonna qu’on enferme Dominic dans l’une des cellules de l’ancien hôtel de ville et que personne ne le tue. Puis, de consolider la barrière brisée. Enfin, elle s’approcha de Ben avec une mine grave.

    — Cet enfoiré a semé plus que la mort.. Mais aussi la discorde. Je sais que certains du village ont bien écouté les ordres de ce pasteur. Je ne vais pas avoir le choix que de lui faire un procès.
    — Tu te fous de moi, rugissait Ben qui se calma vite devant le regard affolé de Jane, il a agit sciemment. Nina l’a vu..
    — J’en ai conscience mais je dois trouver qui partage encore son opinion. Sinon, c’est la mort de notre communauté.

    Ben ne répond rien. Il fixe Jane quelques secondes, son regard brûlant d’une colère contenue. Il comprend son point de vue, mais il n’a plus l’énergie pour ces considérations. Tout ce qu’il veut, c’est quitter cette place, laisser les autres s’occuper de Dominic et retrouver Nina.

    Il tourne les talons, sans un mot de plus. Il ignore les regards, les murmures, les ordres qui fusent autour de lui. Chaque muscle de son corps hurle de fatigue, mais il continue d’avancer.

    Il traverse les rues dévastées, enjambant des cadavres, évitant les traces du carnage. L’odeur du sang et de la poudre emplit ses narines, mais il ne s’arrête pas. Son souffle est court, sa tête résonne encore du bruit des tirs, des râles des infectés.

    Quand il arrive devant la maison, il prend une seconde pour se composer un visage plus calme. Il sait qu’il ne peut pas lui montrer la violence qui continue de bouillir en lui. Il sait qu’elle a déjà assez souffert.

    Il pousse doucement la porte et referme derrière lui, verrouillant machinalement. Thor est le premier à le voir et s’approche aussitôt, son pelage tremblant encore d’adrénaline. Il pose sa main sur sa tête, un contact rassurant pour eux deux.

    Nina surgit du couloir, son regard affolé cherchant une réponse avant même qu’elle ne pose la question. Lorsqu’elle le voit, entier, elle pousse un soupir tremblant. Mais elle n’a pas le temps de parler qu’il est déjà sur elle.

    Sans réfléchir, il la prend dans ses bras et la serre contre lui. Il sent sa respiration rapide contre son torse, son odeur mêlée à celle du sang séché et de la cendre. Sa main se glisse dans ses cheveux, l’autre se pose sur sa joue. Il n’avait pas prévu ce contact. Il s’était promis de garder ses distances. Mais à cet instant, il s’en moque.

    — C’est fini, murmure-t-il. Pour l’instant.

    Elle s’accroche à lui, comme si elle avait peur qu’il disparaisse. Lui aussi, d’une certaine manière, a peur qu’elle ne soit qu’un mirage après l’enfer qu’il vient de traverser.

    — Ils ont réussi à refermer la brèche, explique-t-il d’une voix faible, et ils ont retrouvé Dominic.

    Il n’a pas envie de parler de Dominic, ni du procès, ni des tensions qui couvent. Il veut juste s’assurer qu’elle va bien.

    Ses pouces effleurent inconsciemment sa peau. Il la fixe, cherchant une blessure, un signe de souffrance. Mais tout ce qu’il voit, c’est son regard brillant d’émotions, et cela le frappe en plein cœur.

    — Tu vas bien ?

    Question dérisoire dans une telle situation, dans un tel monde. Il se penche et, sans réfléchir, pose un long baiser sur son front. Sa peau est chaude sous ses lèvres. Il sent ses tremblements se calmer légèrement sous son contact. C’est un geste qu’il n’aurait jamais osé avant. Mais ce soir, il ne peut pas s’en empêcher.

    — Tu m’as manqué, souffle-t-il, les yeux toujours plongés dans les siens.

    Elle ne dit rien.

    — Nous partons demain, annonce-t-il, je ne veux pas rester ici. C’est une poudrière sur le point d’exploser.

    A contrecœur, il recule. Il lâche sa main à regret, sentant le froid de la nuit reprendre sa place entre eux. Il pose son arme sur la table et, sans un dernier regard, quitte la pièce pour rejoindre la salle de bain. Là, il retire ses vêtements, se met nu et vérifie qu’il n’a aucune morsure. Puis, il entre dans la douche et soupire de satisfaction en constatant qu’il y a de l’eau chaude. C’est un réel luxe après cette semaine.

  97. Avatar de C.
    C.

    Ben l’observe alors qu’elle se love contre lui, son corps cherchant la chaleur et la sécurité qu’il lui offre. Il sent ses bras qui l’enlacent avec une intensité qu’il n’a pas connue auparavant. Sa poitrine se serre. Il est revenu, il l’a retrouvée, et elle est en vie. C’est tout ce qui compte. Mais ce contact, cette proximité, lui rappellent aussi tout ce qu’il essaie de refouler.

    Il l’écoute en silence, ses doigts effleurant son dos dans un geste instinctif, presque protecteur. Son souffle est calme, maîtrisé, alors qu’en lui, c’est le chaos. Lorsqu’elle avoue s’être battue pour le revoir, il ferme un instant les yeux, incapable de dire quoi que ce soit. Il sait ce que ces mots veulent dire, il sait ce que ça implique. Et pourtant, il ne peut pas se permettre de leur donner plus de poids qu’il ne le faudrait.

    Elle s’excuse. Elle s’en veut. Il voudrait lui dire que ce n’est pas de sa faute, que ce monde brise tout sur son passage et que personne ne peut sortir indemne d’une telle horreur. Mais il se tait. Parce qu’il sait qu’elle a besoin de l’exprimer, qu’elle doit mettre des mots sur ce qu’elle ressent pour ne pas sombrer.

    Quand elle évoque leur dernier échange avant son départ, son corps se tend légèrement, mais il ne bouge pas. Il se souvient trop bien de ce moment. De ce qu’il a ressenti. Du feu qui avait couru dans ses veines, du combat intérieur qui l’avait poussé à partir. Il pensait qu’en mettant de la distance, il réussirait à remettre de l’ordre dans ce qu’il ressentait. Il s’était trompé.

    Le manque avait été pire que tout. Il s’était imposé à lui avec une violence qu’il n’avait pas anticipée. Chaque nuit, il avait eu l’impression que quelque chose lui était arraché. Alors, maintenant qu’elle est là, dans ses bras, il ne peut pas lui dire que ça n’a rien changé. Ce serait un mensonge.

    Mais il peut être mature. Il doit l’être. Pour elle, pour lui, pour leur survie. Ils n’ont pas le droit à l’erreur. Ce monde ne leur permet pas le luxe de se laisser aller à des sentiments aussi dangereux. Il doit rester son ancrage, son allié, pas une faiblesse qui pourrait les détruire.

    Il inspire profondément, ses lèvres effleurant un instant ses cheveux dans un geste presque imperceptible, avant de murmurer d’une voix posée :

    — C’est oublié, Nina. On avance, d’accord ? Demain, on part d’ici, et on ne regarde pas en arrière.

    Il ne peut rien lui promettre d’autre. Il ne peut pas lui dire que son cœur n’a pas battu plus fort en la retrouvant, qu’il ne ressent pas ce même vide quand elle n’est pas là. Mais il peut lui promettre de la protéger. Et c’est tout ce qui compte.

    Alors il resserre un peu plus son étreinte, laissant le silence combler les non-dits. Ce soir, elle a besoin de lui. Et lui, il ne peut pas encore se permettre de penser à ce qu’il ressent réellement.

    L’aube peinait à percer à travers le ciel lourd, teinté des cendres de la veille. La ville, meurtrie, pansait encore ses plaies, mais déjà l’ombre d’un nouveau conflit s’étendait. Ben savait qu’ils n’avaient plus leur place ici.

    Il quitta la maison en silence, laissant Nina se préparer pendant qu’il allait parler à Jane. La veille avait été un chaos, mais ce matin, l’agitation était différente. Un murmure insidieux s’infiltrait dans les ruelles, des regards suspicieux s’échangeaient. Le procès de Dominic n’était plus une simple affaire de justice. C’était devenu une chasse aux sorcières.

    Quand il trouva Jane, elle se tenait au milieu des décombres, organisant les réparations et gérant les tensions croissantes. Son visage marqué par la fatigue se ferma en le voyant arriver.

    — Tu pars, hein.. souffla-t-elle sans détour.

    Ben hocha la tête.

    — On ne peut pas rester. La situation va dégénérer, et je refuse de risquer la vie de Nina pour ça.

    Jane passa une main sur son visage, soupirant profondément.

    — Je ne te retiendrai pas. Tu as raison. Mais… ce monde n’a plus beaucoup de places sûres, Ben.

    Il posa une main sur son épaule.

    — On trouvera un moyen de survivre. Comme toujours. C’est ce que nous faisons depuis toujours, n’est-ce pas ?

    Elle lui offrit un sourire fatigué avant de l’attirer dans une brève étreinte.

    — Fais attention à toi. Et veille sur elle.
    — Toujours. Et toi aussi Jane.. merci pour tout. Mais prend soin de toi.

    Il quitta Jane sans se retourner et revint vers la maison. Nina l’attendait déjà, son sac prêt, une lueur d’impatience mêlée d’inquiétude dans les yeux. À ses pieds, Thor était assis, son regard fixé sur Ben avec une détermination farouche.

    — Il refuse de te laisser partir sans lui, souffla-t-il avec une pointe d’amusement.

    Ben observa le chien un instant. Il aurait pu insister, exiger que l’animal reste ici, mais quelque chose en lui céda. Ce monde déchiré par le chaos et la trahison n’avait que peu d’alliés à offrir. Et Thor, à sa manière, en était un.

    Il haussa les épaules.

    — Alors il vient avec nous.

    Thor sembla comprendre, se redressant aussitôt, prêt à suivre son humaine où qu’elle aille.

    Sans un mot de plus, ils quittèrent la ville, laissant derrière eux les murmures d’un procès qui n’annonçait rien de bon. Le chemin devant eux était incertain, mais pour la première fois depuis longtemps, il ne se sentait plus seul.

  98. Avatar de C.
    C.

    L’horizon se déploie devant eux, vaste, infini. Loin derrière, la ville s’efface dans la chaleur ondulante du désert. Ben ne ressent aucun regret, seulement un poids qui s’allège. Cet endroit aurait pu leur offrir un semblant de stabilité, mais il savait que ça ne durerait pas. Rester aurait été une erreur, et il n’a jamais eu pour habitude de s’accrocher aux illusions de sécurité.

    Thor trotte à leurs côtés, la langue pendante sous la chaleur étouffante. Il s’est imposé à eux, refusant de quitter Nina, et Ben n’a pas eu le cœur à s’y opposer. Le chien apporte une présence rassurante, un peu de vie dans ce monde en ruine. Mais il l’oblige aussi à redoubler de vigilance. Un chien, c’est du bruit, c’est une cible facile. Il va devoir veiller sur lui autant que sur Nina.

    Elle marche à côté de lui, le regard tourné vers l’horizon. La Nina silencieuse a laissé place à une version plus bavarde, celle qui comble le vide par ses questions, même quand elle sait qu’il n’a pas forcément de réponses.

    « Tu crois qu’il y a d’autres camps comme celui de Jane ? »

    Il hausse les épaules sans répondre immédiatement. Sans doute. Mais tous ne sont pas aussi bien intentionnés. Chaque regroupement d’humains est une balance fragile entre survie et monstruosité. Et la balance penche souvent du mauvais côté.

    — Peut-être, finit-il par dire. Mais ils ne valent pas la peine qu’on s’y attarde.

    Elle acquiesce, mais son regard se perd à nouveau dans la chaleur écrasante. La route est longue. Trop longue. La Californie semble être un mirage lointain, et ils avancent à un rythme infernal sous un soleil implacable. Leurs réserves d’eau diminuent. Leurs forces aussi. Ils doivent s’arrêter plus souvent, le corps en feu, le souffle court. Thor n’est pas épargné, et Ben se surprend à veiller sur lui presque autant que sur Nina.

    Quand l’étendue d’eau apparaît au loin, c’est presque irréel. Un lac immense, une oasis au milieu de l’enfer. Nina s’arrête net, le souffle coupé par la vision de cette bénédiction inattendue.

    Thor est le premier à réagir. Sans hésiter, il se jette dans l’eau, aboyant de bonheur. Nina ne tarde pas à suivre, retirant ses vêtements sans la moindre hésitation pour finir en sous-vêtements. Avant même que Ben ait le temps de protester, elle se précipite dans l’eau, éclaboussant joyeusement le chien.

    — Eh, attends…

    Trop tard. Elle est déjà dans l’eau, et il ne voit rien qui pourrait représenter un danger immédiat. Son rire résonne, un son qu’il n’a pas entendu depuis longtemps, et il sent quelque chose se détendre en lui.

    « Allez viens, Ben ! Ça va te faire du bien ! »

    Il secoue la tête, amusé malgré lui.
    — Nina..

    Elle ne lui laisse pas le choix. L’eau vole dans sa direction, trempant son pantalon et son t-shirt. Elle le provoque, recule légèrement pour éviter toute riposte immédiate.

    « On n’aura peut-être plus l’occasion d’avoir de l’eau avant un long moment, autant en profiter ! Et puis il n’y a personne… »

    Elle lui fait cette foutue moue. Il soupire. Il devrait rester sur ses gardes, mais une pause ne leur fera pas de mal. Lentement, il enlève son t-shirt, puis son pantalon, se retrouvant à son tour en sous-vêtements. Il sent le regard de Nina glisser sur lui, mais elle détourne vite la tête en plongeant sous l’eau.

    Elle disparaît trop longtemps. Son instinct se réveille.

    — Nina ?

    Pas de réponse.

    Son corps se tend. Son regard balaie l’eau. Son cœur s’accélère. Puis, soudain, un poids s’écrase sur son dos.

    « Militaire maîtrisé ! »

    Elle éclate de rire alors que ses bras se crispent autour d’elle par pur réflexe. Ses cuisses serrent sa taille, ses bras entourent ses épaules. Son souffle chaud effleure sa nuque, et un frisson le parcourt.

    « Il faut toujours surveiller ses arrières, monsieur ! On ne sait jamais quel énergumène peut arriver ! »

    Il pourrait la repousser. Il devrait. Mais ses mains restent sur ses cuisses, comme un ancrage. Il ferme les yeux un instant, se retenant. Ce n’est pas ce qu’il faut. Ce n’est pas ce qu’il doit faire.

    Alors il se contente de souffler :
    — T’es inconsciente, Nina.

    Mais sa voix manque de fermeté. Elle est joyeuse. Et il sait qu’elle l’a remarqué.

    Un sourire espiègle se dessine sur ses lèvres alors qu’elle resserre un peu plus son étreinte autour de lui. Il aurait pu l’en détacher, mais à quoi bon ? Ils ne sont plus que deux âmes errantes dans un monde brisé. Juste une parenthèse dans leur fuite, une illusion d’innocence au milieu du chaos.

    Dans un mouvement rapide, il pivote et l’attrape, l’eau éclaboussant leurs visages. Un éclat de surprise traverse ses yeux avant qu’un rire léger ne s’échappe d’entre ses lèvres. Il la soulève légèrement avant de la relâcher dans l’eau, la faisant éclater de rire davantage.

    — On n’attaque que si l’on est persuadé de gagner Nina, s’amuse-t-il à lui expliquer, et je compte bien gagner.

    Elle plonge, disparaît sous la surface avant de réapparaître derrière lui, glissant ses mains sur ses épaules. Thor les observe sur le rivage se laissant sécher au soleil. Et le jeu continue, une danse silencieuse où ils se défient sans jamais réellement vouloir gagner. Il sent ses doigts effleurer sa peau, et il sait qu’il devrait y mettre un terme.

    Mais il ne le fait pas.

    Ses propres gestes deviennent plus légers, presque involontaires. Ses mains frôlent sa taille quand elle passe près de lui, il la pousse sous l’eau, elle revient à la charge. Une seconde de trop où son pouce effleure sa hanche, un frisson à peine perceptible qui trahit ce qu’ils refusent d’admettre.

    Ce n’est qu’un jeu, se dit-il.

    Mais ils se cherchent. Et il le sait.

    Soudainement, ils se font face, Ben la maintient les bras de la jeune femme dans son dos et leurs visages sont à proximité. Cette soudaine promiscuité alors qu’ils sont à moitié nu, ruisselant aiguise un appétit sensuel que Ben avait refoulé. Haletant à cause du jeu, ses yeux d’un clair habituellement devenaient noir de desir en sentant les seins adorablement tentant de Nina se presser contre son buste.

    — On peut dire que j’ai gagné, souffle-t-il contre ses lèvres hésitant alors à plonger de nouveau sur la source de son desir, ce serait raisonnable d’abdiquer tu ne crois pas ?

  99. Avatar de C.
    C.

    L’eau est fraîche contre sa peau, et pour la première fois depuis longtemps, il se sent presque bien. Le poids de la survie s’allège, juste un instant. Nina rit, son rire est pur, sans retenue. Il ne peut pas s’empêcher de sourire en la voyant se prêter au jeu. Elle l’a eu, il le sait. Elle a réussi à le faire céder. Alors il se venge, en l’arrosant sans relâche, en la coulant sous l’eau, en jouant comme un gosse qui aurait oublié que le monde autour de lui est en ruines.

    Elle riposte avec une malice qu’il ne lui connaissait pas. Ils se défient du regard, des éclats d’eau perlent sur sa peau et il se surprend à la trouver belle, libre, vivante. Là, dans ce lac, il n’y a plus de combat pour survivre, plus de danger imminent, juste eux et cette insouciance précaire.

    Mais alors qu’il la saisit pour la couler une dernière fois, elle glisse entre ses bras, et en une fraction de seconde, ils se retrouvent collés l’un à l’autre. Son souffle brûlant effleure ses lèvres. Son cœur rate un battement. Il devrait la lâcher, mais ses doigts restent accrochés à ses poignets, prisonniers d’une tension qu’il ne peut plus ignorer.

    Son regard plonge dans le sien, et il sait qu’elle ressent la même chose. Il devrait parler, dire quelque chose, mais le silence entre eux est assourdissant. Il y a cette même lueur dans ses yeux, celle qu’elle avait la dernière fois, quand elle l’a embrassé. Son estomac se serre. La dernière fois, il a su reculer à temps. Mais cette fois-ci, en a-t-il encore la volonté ?

    Il murmure quelque chose, une provocation, une invitation déguisée, et elle hoche la tête. Elle abdique. Ça le soulage autant que ça le frustre. Elle dit qu’elle a perdu, mais il n’est pas certain que l’un d’eux sorte gagnant de ce jeu. Il la relâche lentement et elle recule, trop vite, trop brusquement. Il devrait être soulagé qu’elle prenne ses distances, mais il ressent l’inverse. Comme un vide qui s’installe.

    Elle s’éloigne vers Thor, prétexte parfait pour briser ce moment. Il reste un instant dans l’eau, essayant de calmer son corps, son esprit. Elle l’a troublé. Trop.

    Quand il sort enfin, le soleil tape sur sa peau humide, et il la surprend en train de l’observer du coin de l’œil. Elle pense qu’il ne la voit pas, mais il sent son regard glisser sur lui, analyser chaque détail. Si elle savait à quel point c’est réciproque…

    Ils se reposent un moment, mangeant les quelques provisions qu’ils ont trouvées. Leurs ventres grognent de faim, mais ils gardent le silence. Trop de tension. Trop de non-dits. Elle parle de la route, de la Californie, de son père. Il l’écoute sans commenter. Ce n’est pas du pessimisme, c’est de la réalité brute. Mais elle a raison, ils doivent y croire, sinon à quoi bon continuer ?

    Le voyage reprend et la légèreté de ces instants s’efface sous la fatigue et la route sans fin. Quand les infectés apparaissent, il n’hésite pas. Deux balles, propre, efficace. Nina ne dit rien, mais elle a ce regard qu’il commence à connaître, un mélange de reconnaissance et de lassitude. Elle veut s’endurcir, mais elle est encore trop humaine pour s’habituer à la mort. Tant mieux.

    Quand enfin ils tombent sur cette ferme abandonnée, il prend les devants. La sécurité avant tout. Ça semble clair, intact. Une chance inespérée. L’électricité fonctionne encore et Nina a l’air émerveillée. Il n’avait pas vu cette étincelle dans ses yeux depuis longtemps.

    Elle se met à cuisiner pendant qu’il vérifie les issues. Cette scène est presque normale. Presque. Une illusion de quotidien, une illusion de maison. Quand il revient, l’odeur du repas lui rappelle combien ils se contentent de peu. Thor dévore sa gamelle et il s’assied face à elle. Pas de mots, juste le bruit des fourchettes et leurs estomacs trop vides qui se remplissent enfin.

    Puis elle rit. Et lui, il se fige.

    Ses doigts effleurent sa barbe, sa bouche. Un geste anodin, trop naturel. Un geste intime. Elle le touche comme si elle avait toujours fait ça, comme s’ils étaient quelque chose qu’ils ne sont pas. Son regard se verrouille sur le sien et il sent sa respiration se bloquer. La tension est revenue, insidieuse, étouffante. Si elle continue, si elle ne recule pas…

    Mais elle recule. Encore.

    Il passe sa langue sur ses lèvres, effaçant la trace de sa caresse involontaire. Elle a failli céder. Lui aussi. Un jour, ils ne reculeront pas. Et ce jour-là, il n’est pas certain d’avoir la volonté de faire machine arrière.

    La soirée s’étira lentement. Le bois crépitait dans la cheminée, répandant une chaleur réconfortante dans la pièce. Assis dans un fauteuil usé, Ben tenait un livre entre ses mains, feuilletant distraitement les pages, mais son attention dérivait sans cesse vers Nina. Elle était là, juste à côté, installée sur le canapé, son carnet ouvert sur ses genoux.

    La lueur du feu dansait sur son visage concentré. Elle écrivait, la tête légèrement inclinée, une mèche de cheveux retombant sur son front. Intrigué, il plissa les yeux, essayant d’apercevoir quelques mots griffonnés sur le papier. De la poésie ? Un roman ? Un simple journal ? Il se demanda ce qui pouvait bien occuper son esprit dans un monde où l’avenir semblait si incertain.

    Après un instant d’hésitation, il rompit le silence :

    — Tu notes quoi ?

    Il la vit relever la tête, surprise, avant de refermer doucement son carnet, comme s’il s’agissait d’un secret.

    — Est-ce que tu me feras lire un jour ?

  100. Avatar de C.
    C.

    Ben la regarde se reculer d’un pas, mais elle ne s’éloigne pas. Pas cette fois. Elle reste là, son regard accroché au sien, suspendue entre l’attente et la crainte. Il sait qu’il pourrait reculer, briser cet instant avant qu’il ne l’emporte, mais il n’en a ni la force, ni l’envie.

    Il brûle. Depuis des jours, depuis ce premier baiser volé, depuis qu’il a surpris dans ses yeux cette lueur qu’il fait semblant d’ignorer. Il s’est battu contre cette envie avec tout ce qu’il avait, mais à cet instant, il perd pied.

    Il voit la façon dont elle retient son souffle, prête à encaisser son rejet, et ça l’achève. Parce qu’elle ne le mérite pas. Parce qu’il est un putain d’égoïste qui la veut malgré tout.

    Alors, au lieu de reculer, il réduit la distance qu’elle a laissée entre eux.

    Sa main se glisse sur sa nuque, ses doigts effleurent sa peau brûlante. Elle frissonne sous son toucher, et ce frisson le consume. Il baisse les yeux sur sa bouche entrouverte, sur cette supplique silencieuse qu’elle n’ose pas prononcer.

    Il efface le dernier espace entre eux.

    Il l’embrasse.

    Ce n’est pas brutal, ni précipité. C’est un abandon, un aveu. Ses lèvres sont douces contre les siennes, hésitantes une fraction de seconde, puis elle s’accroche à sa chemise, se hisse contre lui, et il la serre plus fort, comme s’il pouvait la graver sous sa peau.

    La retenue vole en éclats. Après tout, qui sait de quoi sera fait demain. Il l’embrasse plus profondément, comme s’il cherchait à se convaincre que c’est une erreur, alors que tout en lui crie que c’est la seule chose juste dans ce foutu monde.

    Il devrait arrêter.

    Mais elle gémit doucement contre sa bouche, et il est foutu.

  101. Avatar de C.
    C.

    Ben observe Nina, le souffle encore court, sa main toujours posée sur son poignet. Elle ne fuit pas son regard, mais quelque chose en elle vacille. Il perçoit l’ombre d’un doute, une hésitation qu’elle n’avait pas quelques secondes plus tôt. Lorsqu’elle baisse les yeux, il sent son cœur se serrer.

    Il relâche doucement son poignet et, au lieu de s’éloigner, il caresse sa joue du bout des doigts en s’installant entre ses cuisses.

    — Non, ne fais pas ça, murmure-t-il sa voix basse se voulant apaisante. Il attend qu’elle relève les yeux vers lui, et lorsqu’elle le fait, il y lit plus qu’un simple désir. Il y a une peur diffuse, un besoin d’être rassurée.

    Ben déglutit. Il se sait déjà trop impliqué. Trop attaché.

    Il lève la main et effleure sa joue, puis glisse lentement ses doigts le long de sa gorge avant de la poser sur le haut de son sein presque dévêtu. Là, il caresse délicatement, du bout des doigts sa peau.

    — Ce n’est pas ça, Nina. Ce n’est pas toi.

    Il inspire profondément et prend le temps de choisir ses mots. Il ne veut pas la blesser. Il ne veut pas la perdre.

    — Je te veux, dit-il sans détour, pas par pitié, pas par besoin animal et simplement physiquement.

    Il le sent jusque dans ses tripes, dans cette tension qui le traverse depuis qu’elle est entrée dans sa vie. Mais il secoue légèrement la tête et sa main remonte sur sa joue. Il caresse sa peau du pouce, comme pour graver ce contact dans sa mémoire et que ses yeux d’un bleu clair et tendre observe les siens.

    — Je te veux, Nina. Mais pas comme ça. Pas ici, pas maintenant.

    Elle entrouvre les lèvres, et il voit à quel point elle essaie de comprendre.
    Il laisse échapper un léger rire, un peu amer, et baisse les yeux avant de les relever aussitôt. Il lui doit cette vérité-là aussi.

    — Ça fait longtemps pour moi tu sais, avoue-t-il en passant une main dans ses cheveux avant de soupirer, des années, en fait. Rien depuis.. depuis ma femme en vérité.

    Il a honte de l’admettre, pas parce que ça le dérange, mais parce qu’il ne veut pas qu’elle pense qu’il n’est pas capable de lui donner ce qu’elle attend. Et il y a une part de lui qui pense toujours à sa femme.

    Il reprend, sa voix plus grave.

    — Je ne veux pas te faire du mal, et je ne veux pas risquer de te mettre enceinte. Ce monde… déglutit-il, sa mâchoire se contracte, ce monde ne nous laisserait aucune chance. Tu le sais autant que moi. J’ai déjà perdu les deux amours de ma vie. Ne me force pas à jouer avec ta vie aussi.

    Il pose son front contre le sien, ferme les yeux une seconde pour reprendre son souffle. Il pourrait tout oublier en un instant, basculer dans cette tentation qu’elle lui offre sans même s’en rendre compte.

    Mais il veut plus. Il veut tout.

    — Alors, voilà ce que je te propose.. Apprenons à nous découvrir.

    Il murmure ces mots contre la peau de son cou, juste sous son oreille pendant que ses doigts caressent ses hanches nues. Sensuellement, sa langue remonte contre son lobe qu’il mordille lentement avant de redescendre ses lèvres sur sa mâchoire jusqu’à rejoindre ses lèvres qu’il frôle.

    — Je veux prendre mon temps.. Pas parce que je doute, mais parce que tu comptes. Parce que je ne veux rien gâcher.

    Il se redresse, la regarde encore une fois, et cette fois, il sourit. Il effleure ses lèvres de son pouce et glisse ses doigts dans ses cheveux avant de rapprocher son visage du sien pour un baiser de nouveau brûlant, langoureux, sensuel. Son corps viens se blottir contre le sien, il l’invite à enrouler ses jambes autour de ses hanches pour que leurs bassins jouent ensemble. Il veut qu’elle sente son désir pour elle.

    — On a le temps Nina, murmure-t-il contre ses lèvres, je suis prêt à attendre. Parce que tu comptes..

    Pendant ce temps, sa main libre qui caressait sa hanche s’enfouit délicatement dans son pantalon et caresse lentement l’intérieur de ses cuisses. Ben la contemple gémir, il la trouve encore plus belle avec ses lèvres entrouvertes et ses yeux clos à l’approche de l’abandon. Profitant de ce moment, il laisse ses lèvres se balader contre ses seins qu’il embrasse avant de les faire surgir de son soutien. Là, sa langue s’enroule lentement et tire sur sa pointe durcie.

    — Là, laisse toi aller..

    Ses doigts la parcourait avec une extrême douceur, faisant roule sa boule de plaisir quand ses lèvres continuaient de torturer délicieusement son sein.

  102. Avatar de C.
    C.

    Ben l’écoute sans l’interrompre, chaque mot qu’elle prononce s’inscrivant profondément en lui. Il perçoit le tremblement dans sa voix, la douleur enfouie derrière ses aveux. Il sent son corps tendu contre lui, son souffle irrégulier, et il comprend que ce qu’elle lui confie n’est pas une simple anecdote du passé, mais une blessure encore béante.

    Il ne détourne pas le regard, même quand elle baisse les yeux, même quand elle se recroqueville légèrement contre son torse comme pour se cacher. Il ne veut pas qu’elle pense un seul instant qu’il la juge. Ce qu’elle vient de lui révéler lui serre le cœur, non par dégoût ni par pitié, mais parce qu’il réalise à quel point elle a été seule. À quel point personne ne l’a protégée.

    Son instinct lui dicte de la serrer plus fort, de lui promettre qu’elle ne sera plus jamais aussi vulnérable, qu’il est là. Mais il sait que les mots doivent être choisis avec précaution. Elle ne cherche pas de la consolation creuse, elle a simplement besoin d’être comprise.

    Il relève doucement son menton pour l’obliger à le regarder.

    — Nina, murmure-t-il, tu n’as jamais été idiote. Tu étais une gamine à qui un homme sans scrupule a volé des années précieuses. Ce n’est pas toi qui dois avoir honte. Ce n’est pas toi la fautive.

    Il sent ses lèvres trembler, sa gorge se serrer sous l’émotion. Elle lutte, elle hésite encore, il le voit bien. Elle s’attend à ce qu’il la repousse, qu’il la regarde différemment. Mais il ne le fera pas. Jamais.

    Il passe une main dans ses cheveux, caressant lentement sa nuque pour apaiser la tension qui l’habite.

    — Ecoute, je.. Tu sais que je ne suis pas très locace.. Que les mots ne sont pas mon point fort et je sais que c’est sans doute difficile pour toi d’y croire.. Que tout ce que je pourrais te dire ne suffira peut-être pas à effacer cette peur. Mais.. Nina.. Je.. Toi, moi.. Nous.. Ce n’est pas un caprice ou une envie passagère. Ce n’est pas un jeu. Tu comptes vraiment pour moi, et rien de ce que tu viens de me confier ne change cela. Absolument rien.

    Il l’observe, cherchant un signe, une réaction, quelque chose qui prouve qu’elle accepte un peu de ses paroles. Elle a les yeux brillants, sa respiration est plus calme, mais elle semble toujours en lutte contre elle-même. Alors, il pose son front contre le sien, en un geste simple, intime.

    — Je ne suis pas lui, Nina, et je ne le serai jamais. Ce que je veux, c’est ce que toi tu veux. Et puis, dans un sens, c’est moi qui cède à tes désirs. Surtout que j’ai peur d’être un vieil homme qui profite de toi.. Alors si tu veux mettre des barrières, je les respecterai. Mais ce que je ne veux pas, c’est que tu doutes de ta valeur. Parce que tu mérites d’être aimée, sans condition, sans arrière-pensée.

    Il sent enfin son corps se détendre un peu contre le sien. Elle ne répond pas tout de suite, mais elle ne fuit pas non plus. Alors il reste là, simplement présent, lui laissant le temps de croire, même un tout petit peu, qu’il est sincère. Qu’elle n’a pas à porter seule ce poids sur ses épaules.

  103. Avatar de C.
    C.

    Ben sentit immédiatement la tension monter dans ses muscles. Son regard passa rapidement de Nina aux hommes devant lui, évaluant chaque détail, chaque possibilité. William. Son frère. Cela faisait des années qu’il ne l’avait pas vu, et pourtant, le voir ici, dans ces circonstances, réveillait un flot de souvenirs qu’il n’avait pas le luxe de revisiter maintenant.

    Trois autres hommes. Des Seals. Des soldats qu’il connaissait bien, qui avaient été avec lui sur le terrain, qui savaient de quoi il était capable et qui, par conséquent, savaient aussi comment le neutraliser si nécessaire.

    Il n’avait jamais cru aux coïncidences, et cette situation était trop parfaite pour ne pas éveiller ses soupçons. Pourtant, il ne pouvait pas nier une chose : si William était là, c’était que cette mission était réelle. Et cela voulait dire que le père de Nina était vivant.

    Les deux frères avaient fait plusieurs missions ensemble. Ils étaient connu comme les « presque jumeaux » dans les groupes de militaires. Ils étaient vraisemblables même si au fond, beaucoup de choses les distinguaient. Malgré des circonstances troublantes et leur dernières entrevue houleuse, Ben était content de retrouver un visage familier, qui plus est, son frère.

    Néanmoins, très vite, il sentit son cœur se serrer. Il n’avait jamais su quoi penser de cette histoire de vaccin, mais il comprenait maintenant pourquoi tant de factions cherchaient Nina. Elle n’était pas seulement une cible. Elle était la clé. Une monnaie d’échange d’une valeur inestimable.

    Son regard se porta sur elle. Nina hésitait, sur la défensive, sa main toujours crispée sur l’arme. Elle le scrutait, cherchant une réponse, une confirmation. Mais que pouvait-il dire ? Qu’il ne savait pas s’il devait faire confiance à son propre frère ? Qu’il ne pouvait garantir que cette mission était réellement ce qu’elle semblait être ?

    Il soupira et passa une main sur son visage, cherchant les bons mots.

    — Nina… Je connais William. Si il dit qu’il est ici pour toi, c’est probablement vrai.

    Puis, il se tourna vers son frère.

    — Mais ça ne veut pas dire qu’on va vous suivre sans poser de questions. Si vous saviez où elle était, alors d’autres aussi. Combien de temps avant qu’un autre groupe débarque ?
    — On a été les premiers à arriver, et on s’est assurés d’effacer notre trace autant que possible, expliqua sereinement William, mais tu as raison, on ne peut pas rester ici. Plus on attend, plus les risques augmentent.

    Ben vit la peur dans les yeux de Nina. Il savait ce qu’elle avait vécu, ce qu’elle avait traversé. Il connaissait ce doute qui la rongeait, cette incapacité à faire confiance. Et pourtant, elle l’avait suivi lui. Il devait lui rendre cette confiance, peu importe à quel point la situation semblait incontrôlable. Finalement, il vint près d’elle, posant une main protectrice sur son bras pour qu’elle abaisse son arme. Il reprenait malgré lui sa voix paternaliste.

    — Tu n’es pas obligée de leur faire confiance, Nina. Mais tu peux me faire confiance à moi.

    Elle le regarda, luttant intérieurement contre tout ce que son instinct lui criait. Ben sentit son cœur se serrer un peu plus. Il voulait lui promettre qu’il ne la laisserait pas tomber, qu’il ne la trahirait pas. Mais les promesses n’étaient que des mots. Ce qui comptait, c’étaient les actes.

    Il se tourna vers William.

    — Si on monte dans cet hélico, je veux être sûr d’une chose : elle ne sera pas qu’un pion entre les mains de quelqu’un d’autre.

    William hocha lentement la tête.

    — Je te donne ma parole. Elle est notre priorité.

    Ben inspira profondément avant de se retourner vers Nina. Il s’approcha d’elle et posa une main sur son bras.

    — C’est ton choix, Nina. Mais quoi que tu décides, je serai avec toi.

    Elle le regarda une dernière fois, et Ben put voir les pensées tourbillonner dans son esprit. Il savait qu’elle avait peur. Mais il savait aussi qu’elle était plus forte qu’elle ne le croyait.

  104. Avatar de C.
    C.

    Ben observait la scène avec une attention silencieuse, son regard oscillant entre Nina et son père. Il voyait le soulagement dans les yeux de la jeune femme, la façon dont ses épaules s’affaissaient enfin sous le poids du stress qu’elle portait depuis des mois. Pourtant, quelque chose en lui refusait de se détendre. L’instinct qu’il avait développé au fil des années, celui qui lui avait permis de survivre, lui soufflait que tout ça était trop propre, trop calculé.

    Il se prépara mentalement lorsque le père de Nina s’avancât vers lui, la main tendue. Ben savait comment se tenir dans ce genre de situation. Il ne s’agissait pas seulement de serrer une main en signe de gratitude, mais de comprendre l’homme qui se tenait devant lui. Il lui rendit la poigne avec fermeté, mais sans excès, tout en ancrant son regard dans celui de l’homme.

    — Monsieur..

    Sa voix était neutre, mesurée. Il ne chercha ni à paraître aimable ni hostile. Juste présent. Il n’avait pas besoin d’approbation. Il n’était pas là pour plaire à un homme qui l’avait laissée seule aussi longtemps, mais il était là pour Nina.

    Et puis, il vit Mark.

    Ben n’était pas idiot. Il connaissait cet homme, savait ce qu’il représentait pour Nina. Et le voir ici, à quelques pas d’eux, lui fit ressentir quelque chose d’étrange. Un mélange d’agacement et de vigilance. Il avait appris à reconnaître les menaces, et Mark n’était peut-être pas un danger immédiat, mais il était un facteur inconnu qu’il n’appréciait pas.

    Quand Nina glissa sa main dans la sienne, Ben sentit l’attention du père se fixer sur eux. Il devina que l’homme était en train d’analyser la situation, de se demander quel rôle il jouait exactement dans la vie de sa fille. Mais Ben n’avait rien à justifier. Il resta imperturbable, ses doigts serrant doucement ceux de Nina en un geste discret, mais affirmé.

    « Je vais vous amener voir nos médecins pour qu’ils puissent vérifier que vous allez bien dans tous les aspects. Ensuite, nous pourrons aller au cimetière de la centrale… Grâce aux Seal, j’ai pu faire rapatrier le corps de ta mère pour qu’elle puisse être enterrée dignement. »

    Ben nota chaque mot. Ce n’était pas seulement une annonce, c’était une stratégie. Maintenir Nina en émotion, l’empêcher de poser trop de questions. Il avait vu ça des dizaines de fois. Quand on voulait qu’une personne reste sous contrôle, on lui donnait quelque chose d’assez fort pour occuper son esprit. Le corps de sa mère. Son père retrouvé. Un futur supposé sûr.

    Il ne disait pas que c’était une manipulation, mais il savait que rien ici n’était jamais gratuit.

    Il jeta un regard furtif à William, qui les observait toujours avec cet air impénétrable. Son frère avait toujours été doué pour naviguer dans les jeux de pouvoir, et il se demandait quelle était sa position réelle ici. Était-il un simple soldat dans cette base, ou avait-il un rôle plus profondément ancré dans cette organisation ?

    Quand ils commencèrent à suivre le père de Nina vers la section médicale, Ben resserra doucement son emprise sur sa main. Juste pour lui rappeler qu’il était là. Pour elle. Pour veiller sur elle. Peu importe ce qui se passerait après, il ne la laisserait pas seule dans cet endroit.

    Car une chose était sûre : ce lieu cachait des secrets. Et Ben était déterminé à les découvrir avant qu’ils ne se referment sur eux.

    Après avoir fait un bon tour des laboratoires, Ben marchait légèrement en retrait, analysant chaque détail de la base avec une vigilance qui ne le quittait jamais. À ses côtés, Nina avançait d’un pas hésitant, tandis que son père, lui, semblait pleinement convaincu par ce qu’il voyait.

    — Ici, nous avons réussi à bâtir un véritable sanctuaire, expliquait-il avec enthousiasme. Grâce aux ressources et à la technologie, nous avons pu recréer un semblant de normalité. Nous avons des laboratoires de pointe, une unité médicale avancée, et même une école pour les enfants des scientifiques.

    Ben hochait la tête, mais son regard restait dur. Tout cela était trop parfait. Trop contrôlé. Il avait appris à ne jamais se fier aux apparences, surtout dans ce nouveau monde où tout pouvait être un piège bien dissimulé sous une façade de sécurité.

    — Impressionnant, se contenta-t-il de murmurer, tout en scrutant les couloirs aseptisés.

    Aucun signe de vie en dehors des gardes et du personnel en blouse blanche qui les observaient furtivement.

    Le père de Nina continua de parler avec animation, sa fille marchant à ses côtés, tandis que Ben restait légèrement en arrière. C’est alors qu’une silhouette familière se glissa à ses côtés. William.

    — Alors, Benny.. murmura-t-il avec une pointe d’ironie, je dois avouer que je suis surpris. Toi, avec une gamine à protéger ? Qui l’aurait cru ?

    Ben serra les mâchoires mais ne répondit pas. Il connaissait trop bien son frère pour tomber dans son jeu. William ne s’arrêta pas là.

    — Tu n’as jamais été doué pour protéger ceux qui comptaient sur toi, pas vrai ?

    Il laissa planer un silence pesant avant d’ajouter, presque avec amusement :

    — Ça n’a pas trop changé, à ce que je vois.

    Ben inspira profondément, luttant contre l’envie de répondre. Il savait que c’était exactement ce que William cherchait : une réaction, une faille. Il garda son regard fixé sur Nina, qui continuait la visite avec son père, insouciante de la tension qui se jouait derrière elle.

    — On règlera nos comptes plus tard William, finit-il par dire d’une voix froide, pour l’instant, j’ai autre chose à faire.

    L’intéressé haussa un sourcil, un rictus moqueur sur les lèvres. Les couloirs blancs et aseptisés s’étendaient à perte de vue, chacun menant vers une aile spécifique de la base. Le père de Nina parlait toujours avec un entrain communicatif, détaillant les avancées scientifiques et les mesures de sécurité comme s’il s’agissait d’un projet grandiose et non d’une cage dorée. Il montrait à sa fille les laboratoires à travers des vitres renforcées, vantant les progrès réalisés pour contenir l’infection et développer un remède.

    — Tu vois, Nina chérie, nous avons réussi à isoler plusieurs souches du virus. Nous sommes plus proches que jamais d’une véritable solution !

    Son enthousiasme contrastait fortement avec l’attitude de Ben, dont le regard acéré scrutait chaque recoin du bâtiment. Il restait en retrait, les muscles tendus, sentant l’ombre du danger planer malgré les apparences. Les installations étaient trop parfaites, trop contrôlées. Cela ne lui inspirait rien de bon.

    Lorsqu’ils passèrent devant une série de cellules verrouillées, Ben aperçut furtivement des silhouettes derrière des vitres teintées. Il s’arrêta un instant, observant les formes à peine visibles des personnes enfermées à l’intérieur. Prisonniers ? Sujets d’expérience ? Il n’avait pas besoin de réponses pour comprendre qu’ici, la science dépassait les limites de l’éthique.

    Le père de Nina continuait d’avancer, la jeune femme marchant juste devant lui, absorbée par ses explications. Ben allait les suivre lorsque la voix de son frère reprit de plus belle

    — J’aurais parié sur beaucoup de choses, mais pas sur toi dans le rôle du protecteur d’une gamine.

    William s’approchait, les mains dans les poches, un sourire mi-ironique, mi-moqueur sur le visage. Il s’arrêta à quelques pas, détaillant Ben avec un amusement teinté d’amertume.

    — Je t’ai connu plus efficace dans la survie en solitaire. Alors quoi, tu t’es trouvé une mission de rédemption ? Ou bien c’est juste une autre cause perdue ? On sait tous comment ça s’est terminé la dernière fois que tu devais protéger quelqu’un…

    Cette fois, Ben tourna légèrement la tête vers lui, ses mâchoires se crispant imperceptiblement. William venait de frapper là où ça faisait mal, là où les cicatrices étaient encore à vif.

    — Tu devrais te concentrer sur ton boulot au lieu de ressasser le passé,
    répliqua Ben d’un ton froid, tu n’as pas d’autres innocents à torturer ?
    — Mon boulot, répéta William en haussant un sourcil, tu veux dire, notre boulot avant que tu désertes ? Assurer la sécurité ici ? Parce que, contrairement à toi, moi, j’ai toujours su choisir le bon camp.

    Ben se contenta d’un ricanement bref, sans joie. Il savait trop bien ce que son frère sous-entendait : qu’il était un poids, une erreur, une faiblesse ambulante incapable de protéger qui que ce soit. Qu’il avait trahi les siens en s’enfuyant et rejoignant des groupes indépendant, autres que le gouvernement. Mais il n’avait pas le luxe de se laisser atteindre. Pas maintenant. Pas ici.

    Il planta son regard dans celui de William, implacable.

    — Continue à jouer les petits soldats et fermer les yeux sur ta conscience. Si tu peux te regarder dans une glace alors tant mieux pour toi et laisse moi en paix.

    William secoua la tête, amusé, mais il y avait une lueur plus sombre dans ses yeux.

    — Fais donc ça, Ben. Parle à ta bonne conscience, c’est celle-là d’ailleurs qui t’as fait tuer Elena et Cody. Parce que tout est simple dans ton monde.

    Incapable de se retenir, Ben se retourna vivement et plaqua son frère contre les casiers derrière eux. Le bruit de sa tête contre le métal résonna assez fort pour que tout le monde se retourne. Les deux frères se fixaient avec une colère certaine. Ben furieux et William amusé de voir son frère de nouveau impulsif.

    — C’est bien ce que je disais.. Une fausse conscience, répliqua dans un souffle William en se penchant sur son frère, tu ne vaux pas mieux que moi..

    Ils se lâchèrent mutuellement et William finit par quitter le groupe laissant Ben seul face aux regards de jugement.

  105. Avatar de C.
    C.

    Il reste en retrait. Les mains croisées derrière le dos, l’air calme. Son allure militaire lui a appris à se mesurer. Mais à l’intérieur, c’est le chaos.

    Il laisse Mark parler, l’observer, le sonder. Mark attend une réaction, cherche à le provoquer, à le pousser à l’erreur. Mais il ne lui offre rien. Rien du tout. Il plante son regard dans le sien, parfaitement neutre. Il joue la statue — celle qui agace. Parce qu’il le sait : il n’y a rien de plus dangereux qu’un silence bien tenu. Et ça, Mark ne le sait pas. Il ne sait pas à qui il s’adresse.

    Quand enfin il lui tourne le dos, il sait qu’il a marqué un point.

    Mais il n’est pas tranquille pour autant. Ce complexe est trop propre, trop bien ordonné. Tout y est silencieux, figé dans des sourires artificiels. Il n’y a pas une once de vie réelle ici. Tout ressemble à un décor de cinéma, un foutu laboratoire de contrôle social. Quant à ce père, ce colonel — ou général, ou peu importe le grade qu’il s’est acheté —, il joue au protecteur. Mais lui, il a vu ses mains trembler, chaque fois qu’il pense qu’on ne le regarde plus. Cet homme n’est pas libre. Aucun d’eux ne l’est. Et ça, ça le rend malade. Il est retombé dans le piège.

    Alors il garde ses distances. Il se tait. Mais il note tout. Chaque sortie. Chaque garde. Chaque badge.

    Quand l’altercation a William éclaté, il n’avait pas réfléchit. C’était instinctif. Son poing frappant le torse, le dos de William cognant le mur. Il avait besoin de le faire vaciller, ne serait-ce qu’une seconde. Ce connard a dit les mots de trop. Comme toujours.

    Mais Nina avait surgit. Jaillie d’entre les leurs, comme un animal prêt à défendre son territoire. Elle le regardait droit dans les yeux. Et là, tout s’arrête.

    Pas pour eux. Pour lui.

    Elle le voit. Elle le croit. Et ça, ça vaut tout.
    Mais cela veut aussi dire qu’il est perdu.

    Après l’examen médical, il s’apprête à quitter la salle quand il aperçoit la jeune femme. Nina, les yeux fous, le souffle court, fonce droit sur lui comme si rien ne pouvait l’arrêter. Son père tente de l’agripper, elle le repousse. Mark cherche à lui barrer la route, elle l’ignore. Et soudain, tout explose.

    Elle parle. Fort. Comme si elle avait retenu cette vérité pendant des années. Elle balance tout. Sur sa mère. L’arbre. Lui. Son père absent. Mark.

    Il reste figé. Non par peur. Ni par honte. Mais parce qu’il n’a jamais entendu quelqu’un hurler une vérité aussi brute. Elle le défend. Elle le nomme. Elle le remercie. Elle lui donne une place qu’il n’a jamais demandée. Et pourtant, à cet instant précis, il comprend qu’il ne pourra plus jamais la laisser seule.

    Jamais.

    Elle lui prend la main. Il la suit.

    Ils filent vers la sortie, vers cette foutue porte blanche immaculée. Elle s’énerve. Elle exige. Et lui, il garde le silence.

    Mais son regard fouille les murs, les angles, les faux plafonds. Les caméras. Les micros. Il y a forcément des oreilles partout. Il en est certain. Alors, quand le père tente encore de la convaincre de rester, il se penche vers elle.

    Sa main vient doucement se poser contre sa bouche.

    Pas brutalement. Mais fermement. Elle comprend tout de suite.

    Il ne joue plus. Plus maintenant. Ben la regarde droit dans les yeux, et secoue lentement la tête.

    — Pas ici. Pas maintenant.

    Il glisse sa main dans la sienne et l’attire à l’écart, hors du champ des caméras — du moins il l’espère. Elle est confuse, mais elle le suit. Et sans un mot, sans promesse, sans même une certitude, il sait désormais que c’est lui contre eux.

    Et qu’elle est avec lui.

    Le père de Nina fixe Ben et il comprend lui aussi que sa fille n’est plus en danger. Du moins, elle est accompagnée de quelqu’un qui sait. Alors, il ne dit rien quand elle referme la porte sur eux.

    Arrivés dans la chambre, Ben ne la regarde pas tout de suite. Il prend le temps de balayer la pièce du regard, de scruter les angles, les coins du plafond, les murs lisses. Un léger souffle passe entre ses lèvres, presque imperceptible. Puis, il se tourne vers elle, ses yeux d’un bleu dur soudain très sérieux. Il s’approche et, sans brutalité, mais avec fermeté, pose de nouveau sa main sur la bouche de Nina.

    Il secoue légèrement la tête comme pour lui dire « Pas un mot. »

    Il retire doucement sa main et attrape un stylo dans la poche de sa veste, puis un calepin minuscule — un vieux truc froissé, griffonné, qu’il avait gardé pour « le cas où ».

    Il écrit rapidement, de son écriture un peu anguleuse, puis tourne le carnet vers elle.

    « Micro dans la lampe. Caméra dans le coin droit. Tu comprends ? On parle autrement. »

    Il déchire la page, la plie en tout petits morceaux, puis les glisse dans sa main.

    Il continue d’écrire.

    « Tout ce que tu dis ici, ils l’entendent. Ce que tu viens de dire dans la salle… c’était trop. Ils vont vouloir t’éloigner de moi maintenant. »

    Son regard se lève, inquiet.

    « Tu dois jouer le jeu. Sourire. Me repousser. Tu vois ce que je veux dire ? »

    Il s’approche, feint un geste tendre — sa main sur la joue de Nina, mais c’est juste pour cacher une nouvelle ligne qu’il trace dans la paume de sa main.

    « S’ils pensent qu’on est proches, ils vont m’éliminer. »

    Il déglutit. Ses traits sont durs, mais il y a dans ses yeux une chaleur qu’il ne laisse transparaître qu’à elle.

    Il lui tend le carnet une dernière fois.

    « Ce soir. 2h du matin. Salle des archives, niveau -2. J’ai repéré un passage. On doit sortir d’ici. »

    Il rature rapidement la ligne. Puis, il souffle avec un mince sourire, presque convaincant :

    — Alors… on fait quoi maintenant, princesse ? On s’installe ?

    Et il se redresse comme si de rien n’était, jetant un regard distrait à la pièce, avant de se diriger vers le lit, comme un homme fatigué qui s’effondre là où il peut. Mais son regard reste fixé sur Nina, dans le reflet du miroir mural. À l’affût de sa réaction.

  106. Avatar de C.
    C.

    Une silhouette surgit à l’angle, calme, presque attendue, sur la route de Nina.

    William.

    Il s’arrêta en la voyant, légèrement surpris, mais son expression resta neutre, empreinte d’une certaine lassitude. Toujours ce même masque poli, mais jamais tout à fait sincère.

    Nina prit la parole.

    « — Je voulais vous remercier pour m’avoir ramenée auprès de mon père, sa voix trembla à peine. Elle baissa les yeux un instant, puis les releva, cherchant quelque chose dans son regard, hm… Mais je voulais aussi vous demander… Pourquoi Ben s’est-il énervé contre vous ? Je ne l’ai jamais vu s’emporter aussi vite… et je n’aime pas le voir comme ça. »

    Un silence lourd s’étira entre eux. William sembla peser sa réponse, les mains dans les poches, son regard glissant sur les murs nus comme pour vérifier qu’ils étaient seuls.

    Puis il sourit. Un sourire triste, un peu las.

    — Tu te dis sans doute que Ben n’est pas fait pour la colère. Mais figure-toi qu’il la connaît mieux que quiconque.

    Il détourna les yeux un instant, comme si ce qu’il allait dire lui coûtait.

    — Il y a quelques années, au tout début de l’épidémie, on n’avait aucune idée de ce que c’était… du virus, de ce qu’il pouvait faire. On était en quarantaine dans une base de fortune. Rien n’était prêt. Rien ne pouvait l’être. Ben était permission, chez lui avec sa famille, quand on l’a fait revenir.

    Sa voix baissa encore, rauque, presque murmurée. Il était affecté en repensant à sa belle-soeur et son neveu.

    — Rita et Colin… ont été parmi les premiers infectés.

    Puis, William eut un petit rire sans joie.

    — C’était rapide. Trop rapide. Et cruel. Il n’y avait aucun antidote. Aucune aide. Rien qu’une lente agonie. Alors un médecin à proposé de les soigner. De les aider à moins souffrir mais.. mais il s’avère que ce médecin n’a fait que des expériences sur eux.
    Un bref silence.
    — Ben… Pour leur éviter d’être encore torturés, Rita et Colin il.. il leur a tiré une balle dans la tête mettant fin à leurs souffrances. De sang-froid.

    William la regarda enfin dans les yeux, et cette fois, il ne souriait plus.

    — Ce n’est pas un homme en colère que tu côtoies, Nina.
    Il marqua une pause, pesant chaque mot.
    — Mon frère est un militaire en mission. Et il porte sa mission comme une sentence. Il persuadé qu’il doit sauver le monde puisqu’il n’a pas pu sauver sa famille du monstre qui les a fait souffrir.

    En la voyant frémir, il ne peut s’empêcher de sourire. Un sourire presque mauvais. William n’était pas de nature odieuse ou pernicieuse, mais il était épuisé et la vie n’était pas tendre avec les survivants. Alors voir une jeune femme naïve comme Nina s’enticher de son frère l’amuser.

    — Quelle mission, tu te demandes, hein ?

    William esquissa un mouvement de tête, infime, vers les profondeurs du complexe.

    — Celle de trouver le créateur du virus petite fille.. De lui rendre justice à sa manière pour avoir menti et torturé sa femme et son fils.
    Il pencha légèrement la tête, son regard brillant d’une lueur cruelle.
    — Et nous savons tous.. qui est le créateur de ce virus Nina, n’est-ce-pas ?

    Il la laissa avec ces derniers mots, s’éloignant à pas lents, sans se retourner, sachant pertinemment qu’elle avait compris qu’il parlait de son père.

    Peu de temps auparavant —
    Ben la regarde s’éloigner. Chaque pas qu’elle fait vers son père est une lutte visible, une faille ouverte que tous pourraient exploiter. Il serre les poings, mais reste en retrait, fidèle à sa décision : pas ici, pas maintenant.

    Derrière son calme apparent, tout se met en place.
    L’observation d’abord. L’analyse ensuite.

    Il traverse les couloirs d’un pas mesuré, sans se faire remarquer. Son visage fermé, presque effacé, ne trahit rien. Ici, les murs ont des yeux. Il le sait. Chaque caméra, chaque badge, chaque sourire figé est un piège tendu à ceux qui oseraient chercher.

    Mais il a appris à disparaître.
    Depuis longtemps.

    Ben capte des bribes de conversation, enregistre mentalement chaque voix, chaque détail. Le moindre comportement inhabituel. Une tension dans la mâchoire d’un médecin. Une hésitation avant de franchir une porte. La peur suinte partout sous la fausse propreté du complexe.

    Un badge différent attire son attention. Rouge au lieu de bleu. Il suit l’homme discrètement, compte les pas, mémorise les accès sécurisés. Une carte mentale du bâtiment se dessine dans son esprit avec une froideur méthodique. Il entend des pleurs, des hurlements. Il sait ce qu’il s’y passe. Il se souvient de Rita subissant encore et encore les médicamentations du docteur ou les autres expériences sordides qu’elle avait subies.

    A cause de lui.

    Tu n’es pas là pour eux, lui répliqua sa voix intérieure, sèche, brutale, cherchant l’ancrer à son objectif. Pas là pour les sauver. Pas là pour les comprendre.

    Depuis la mort de Rita et Colin, il n’a qu’un but. Un seul.
    Tuer celui qui a créé le virus. Celui qui leur avait promis de les soigner. Qui a utilisé son fils comme un animal de laboratoire.

    Et ce salaud n’est autre que le père de Nina.

    Un putain d’ironie tragique.

    Chaque fois que ses yeux croisent ceux de Nina, c’est comme une lame dans sa propre chair. Parce qu’elle n’a pas choisi son sang. Parce qu’elle porte en elle, sans le savoir, la marque de l’homme qu’il est venu abattre.

    Il avance à travers le centre comme un fantôme.
    Il remarque une porte codée au bout d’un couloir rarement emprunté. Pas de nom. Pas d’étiquette. Rien. Seulement un gardien en civil, trop raide pour être anodin.

    Là.

    C’est là que ça se passe. Pas dans les laboratoires aseptisés où on leur montre les jolis projets de recherche. Pas dans les conférences brillantes. Non. Derrière cette foutue porte, dans l’ombre.

    Ben ne bouge pas tout de suite. Il sait patienter.
    Il attendra son heure, comme il l’a toujours fait.

    Parce que pour atteindre sa cible, il faudra plus que de la rage. Il faudra de la précision. De la patience. Et un sang-froid absolu.

    Il se détourne avec un naturel feint alors qu’un scientifique passe près de lui. Il sait exactement ce qu’il fera : trouver une carte rouge. Trouver un moyen d’entrer sans laisser de trace. Identifier l’endroit où se cache l’architecte du virus.

    Pendant que Nina se bat avec ses fantômes familiaux, lui, il prépare la fin de l’histoire.

    Une fin qu’elle ne doit jamais voir venir.

    Parce qu’au fond de lui, malgré tout ce qu’il ressent, malgré tout ce qu’elle lui a déjà offert sans le savoir — sa confiance, sa foi —, il sait qu’il devra choisir.

    Et il l’a déjà choisi.

    Le père devra mourir.

    Même si pour cela, il doit perdre Nina.
    Même si, pour cela, il doit se perdre lui-même.

  107. Avatar de C.
    C.

    Elle s’effondre.

    Je me précipite, mains tremblantes, genoux contre le sol. Son sang s’étale sous elle, noir dans l’éclairage blafard de la chambre. Son souffle est court, coupé, ses yeux grands ouverts. Elle serre les dents pour ne pas crier. Toujours ce courage, même maintenant.

    Marc est étendu derrière, une balle en plein crâne. Il ne bougera plus.

    Et moi, je suis là, figé, à regarder le sang de celle que je n’ai jamais voulu blesser se répandre devant moi. Elle m’a tendu une arme. Elle m’a tout dit. Elle m’a regardé en face et elle a compris. Pire encore, elle m’a pardonné à sa façon.

    « – Il va… se transformer… Vas-t’en !! »

    Sa voix me lacère. Je sens l’alarme vibrer dans mes os, les pas courir au loin, les ordres qu’on hurle dans les radios. Mais tout ça est loin. Il n’y a plus que Nina.

    Je passe un bras sous ses épaules pour la soutenir. Sa tête roule doucement contre ma clavicule, son front brûlant collé à mon cou. Mon autre main comprime sa blessure, mais c’est dérisoire. Elle perd trop de sang.

    Elle a tiré pour me sauver.

    Elle a tiré sur un homme qu’elle a aimé, pour me sauver, moi. Moi qui lui ai menti. Moi qui l’ai utilisée. Moi qui comptais tuer son père à la seconde où j’en aurais eu l’occasion.

    Et pourtant, elle est encore là.

    Elle aurait pu me trahir. Elle aurait pu me dénoncer. Mais elle a choisi de me protéger. De se mettre entre la balle et moi.

    Je sens ma gorge se serrer.

    Je la serre un peu plus contre moi, et je murmure à son oreille, très bas :

    — Tu crois que j’ai plus rien… Tu crois que je suis vide, que j’ai tué parce que je ne ressens rien. Mais c’est l’inverse, Nina. Je ressens tout, tout le temps. Et c’est ça qui me ronge.

    Je regarde autour de moi. Je sais qu’ils vont arriver. Je n’ai pas le temps de réfléchir. Il faut partir.

    Je sors rapidement un petit injecteur de la poche intérieure de ma veste. Une dose d’adrénaline, un dérivé de l’ancien protocole immuno-adaptatif. Pas un remède. Mais une chance de la maintenir en vie encore quelques heures.

    Je l’injecte sans demander.

    Elle gémit faiblement. Son souffle s’intensifie. Son corps tremble. Et je sens qu’elle me regarde, même à demi-consciente.

    — Idiote. Tu veux mourir pour que je m’en aille ? Tu veux t’effacer pour que je réussisse à le tuer ?

    Je secoue la tête, le regard durci.

    — Je n’ai pas besoin que tu meures pour venger les miens. Mais j’ai besoin que tu vives pour que je n’oublie pas pourquoi je fais ça.

    Je retire mon manteau et l’enveloppe dedans. J’attrape le sac, l’arme, les papiers. Chaque seconde compte maintenant. William doit être à l’extérieur, prêt à partir. Je ne peux pas la laisser ici. S’ils la trouvent, ils la laisseront crever ou pire… ils la ramèneront à son père.

    Je me penche et l’embrasse une dernière fois sur le front.

    — Je t’ai menti. Mais pas sur ça. Pas sur toi. Pas sur.. sur nous.

    Puis, la prenant dans mes bras, je sors de la chambre. Les couloirs sont déjà en alerte, mais je connais les angles morts. Je sais où passent les conduits de maintenance, les escaliers de secours. Je n’ai pas survécu à l’apocalypse pour mourir maintenant.

    Je dévale les escaliers de service avec Nina dans les bras, le sac plaqué contre mon flanc. Son poids est léger, trop léger. Son sang s’infiltre dans mes vêtements. L’adrénaline qui court dans mes veines ne masque plus rien : elle glisse lentement vers l’ombre. Et moi, je me bats pour la maintenir en vie à chaque pas.

    Les alarmes hurlent dans le complexe. Des ordres crépitent dans les radios. Le chaos est partout. Mais je ne ralentis pas.

    J’emprunte les mêmes chemins qu’à notre arrivée. Les conduits de ventilation, les accès de maintenance, les couloirs de béton brut que personne n’emprunte jamais sauf en cas d’urgence. Chaque détour est gravé dans ma mémoire comme une carte de survie. Je me faufile dans les angles morts des caméras. J’évite les groupes armés, les zones éclairées, les portes à verrou.

    Je sais que William est déjà en mouvement. Il ne reste que quelques minutes avant le départ.

    Quand j’arrive enfin à l’arrière de la clôture extérieure, là où les camions de transport sont alignés, prêts à partir, je vois William qui donne ses dernières instructions à ses hommes. Il a toujours ce calme glacial, cette distance qu’il affiche pour ne pas laisser paraître ce qu’il ressent. Mais quand il me voit surgir, sa mâchoire se tend. Il comprend. Il voit le sang. Il voit mon regard.

    Et sans un mot, il ouvre le compartiment arrière d’un véhicule.

    Je dépose Nina sur un brancard de fortune installé à la hâte. Elle est pâle comme la mort. Sa respiration est rapide, mais hachée. Son corps tremble légèrement sous le choc. Ses yeux papillonnent sans me voir.

    Je me redresse, et je plante mon regard dans celui de mon frère.

    — Il nous faut un médecin. Un vrai. Quelqu’un qui peut la sauver.

    William secoue légèrement la tête, dubitatif.

    — Ben… Même avec un médecin, elle a peut-être pas une heure…

    Je le saisis par le col. Mon visage est à deux centimètres du sien. Ma voix n’est qu’un murmure, mais chaque mot vibre de rage et de peur.

    — Tu vas me trouver un putain de médecin. Tu vas me ramener quelqu’un, je m’en fous d’où. Même s’il faut sortir quelqu’un du coma ou d’une tombe. Tu fais ce qu’il faut, William. Tu le fais, ou je jure que je me fiche de savoir qu’on a le même sang.

    Mon frère me fixe, impassible. Puis, il regarde Nina, et je vois son masque se fissurer. Ce n’est pas qu’il tient à elle, non. C’est qu’il me connaît. Il sait que je suis prêt à tout. Il sait que si elle meurt… je deviendrai pire que ce que j’ai jamais été. Plus rien ne me retiendra. Ni la morale. Ni lui. Ni moi-même.

    Il hoche la tête, un seul signe bref.

    — On part dans cinq minutes. Y a un ancien chirurgien militaire dans le camp. C’est pas un miracle, mais c’est le mieux qu’on ait.

    Il se retourne aussitôt et commence à donner des ordres secs à ses hommes. Le convoi se met en branle, lentement. Les moteurs grondent dans la nuit. Je monte à l’arrière du camion avec Nina. Je prends sa main, glacée. Je la serre.

    — Je t’interdis de mourir, tu m’entends ? Je suis là. Je te laisserai pas.

    Je jette un dernier regard au complexe qui s’éloigne. Derrière nous, la lumière des projecteurs s’estompe. La nuit nous enveloppe. Le camp de William est encore loin. L’incertitude plane. Mais je ne ressens plus le doute. Les mots de Nina tournent et retournent encore dans mon esprit. La culpabilité bien sûr, le mensonge. Mais je n’ai pas pu tout lui expliquer, tout ce qui s’est passé. Et j’espère tellement pouvoir lui confier.

    Mais pour le moment, je n’ai qu’un but : sauver Nina.
    Et ensuite ? Et ensuite je n’en sais rien. Continuer de survivre.

  108. Avatar de C.
    C.

    Elle parle.

    Sa voix est plus rauque qu’avant, mais elle est là. Vivante. Je la regarde, assis au bord de cette tente aux parois sales, les mains serrées sur mes genoux pour ne pas céder à l’envie de les tendre vers elle.

    « – Tu ne m’as pas laissé mourir… alors que tu aurais pu… ça aurait été la vengeance parfaite et surtout tu ne m’aurais plus sur les épaules… pourquoi tu m’as sauvé, Ben ? Je ne suis rien d’autre que la fille de l’homme qui t’a tout pris… »

    Je baisse les yeux. C’est toujours comme ça avec elle. Elle dit les choses franchement, crûment. Pas de détour. Pas de pitié.

    Mais elle n’a aucune idée de ce que c’est, de la regarder inconsciente, pendant cinq jours. De la voir inerte, son corps trop fragile pour la colère qui la traverse. Elle n’a aucune idée de ce que j’ai fait, de ce que je ferais encore, rien que pour l’entendre respirer.

    Je me lève lentement. Mes bottes crissent sur le sable poussiéreux du sol de la tente. Je marche jusqu’à elle. Elle recule d’un millimètre, par réflexe. Pas par peur. Par instinct. Parce qu’elle ne me fait plus confiance.

    Et je la comprends.

    Je m’accroupis à côté du lit de fortune. Ma voix est basse. Un souffle.

    « – Parce que t’es pas qu’une fille, Nina. Et t’es surtout pas ton père. »

    Je la regarde. Enfin. Vraiment. Ses traits sont tirés, amaigris, mais son regard est aussi dur que le premier jour. Elle encaisse, elle résiste, encore et toujours.

    « – Nina… écoute… Tout est bien plus compliqué que tu ne le crois. »

    Je m’humecte les lèvres. Il faut que je le dise. Que je crache enfin cette saloperie.

    « – Je t’ai menti, oui. J’ai gardé des choses pour moi. Sans vouloir te et, je ne te voulais aucun mal, je voulais seulement approcher ton père. Pour avoir ma putain de vengeance. »

    Je m’arrête, juste une seconde. Une seconde trop longue.

    « – Mais y’a un moment… où j’ai arrêté de jouer. Où t’es devenue autre chose qu’une opportunité. Où j’ai compris que t’étais pas qu’un nom de famille, pas qu’un sang maudit. »

    Je serre les dents. J’ai l’impression que mon cœur cogne plus fort à chaque mot. C’est tellement plus difficile que je ne l’aurais cru de se livrer.

    « – Je t’ai pas sauvé pour me donner bonne conscience. Je t’ai pas sauvé parce que William m’a ordonné de le faire. Je l’ai fait parce que je voulais encore une chance. Pas avec le monde. Avec toi. »

    Son regard se voile, mais elle ne détourne pas les yeux. Elle m’écoute. C’est déjà énorme.

    Je continue.

    « – Ce monde, il est foutu. Ton père l’a ravagé. William fait ce qu’il peut pour survivre. Et moi ? Moi j’ai rien. J’ai perdu ma famille. J’ai perdu ma foi. »

    Je tends la main. Je n’ose pas la toucher, alors je laisse ma paume en suspens à quelques centimètres de la sienne.

    « – Mais t’étais là. T’es là. Et même quand tu me détestes, t’es plus vivante que n’importe qui dans ce foutu camp. Alors ouais, je t’ai sauvé. Et si c’était à refaire, je le referais. Dix fois. Cent fois. Même si tu ne me pardonnes jamais. »

    Je baisse la tête.

    « – Pour tout le monde ici, je suis pas ton époux. Personne ne viendra t’embêter. Et t’as jamais été mon fardeau. Mais si tu veux que je sois ton ombre pour que personne ne te retrouve, alors je le serai. Je resterai là, tant que tu le toléreras. »

    Un silence.

    Elle ne répond pas. Pas tout de suite. Elle me regarde, avec cette intensité silencieuse qui me brûle de l’intérieur.

    Et dans cette seconde suspendue, je me dis que même si elle me rejette, même si elle m’efface de sa vie… je ne regretterai pas de l’avoir sauvée.

  109. Avatar de C.
    C.

    Elle parle. Elle parle enfin. Pas pour me repousser. Pas pour m’insulter. Mais pour dire la vérité crue, nue, celle qui colle à la peau et qu’on ne peut plus ignorer.

    Et je l’écoute. Chaque mot.

    “J’en veux au monde entier Ben… pas qu’à toi.”

    Mon cœur se serre. J’ai l’impression qu’on l’arrache de ma poitrine à mains nues. Parce que je l’entends. Parce que je sens sa détresse, sa fatigue. Parce qu’elle ne me condamne pas entièrement, mais elle ne me libère pas non plus. Elle est suspendue, entre pardon et rancune. Entre colère et solitude.

    Et c’est peut-être pire que la haine.

    Je voudrais lui dire que je comprends. Que j’ai moi aussi cette culpabilité qui m’étrangle la nuit. Que j’ai vu le sang. Que je sais ce que ça fait de tuer, pas par devoir, mais par choix. Que Marc méritait peut-être son sort, mais que ça ne change rien à ce que ça fait à l’âme. Elle est souillée, la mienne. Et je ne suis pas certain que la sienne en ressorte indemne non plus.

    Mais je me tais.

    Parce qu’elle a besoin de parler, pas d’être interrompue. Elle se vide. Elle s’effondre, doucement. Et quand je sens sa main trembler sous la mienne, je brise cette distance stupide que je m’étais imposée et je serre ses doigts, lentement, avec toute la retenue du monde.

    “Je n’ai plus que toi Ben… Tu le sais ça ?”

    Je ferme les yeux. Ça me transperce. Plus que tout ce qu’on m’a dit depuis le début de cette putain d’apocalypse.

    Elle n’a plus que moi.

    Pas parce que je le mérite, mais parce que le reste a été réduit en cendres.

    Et je la laisse se rapprocher. Son front contre mon torse. Elle est brûlante, fébrile. Sa voix est étouffée contre moi. Elle parle d’avenir, de ce qu’il va se passer. Mais comment lui dire que je n’ai pas de plan ? Que depuis que je l’ai sortie de cet enfer, je n’avance qu’à l’instinct ? Que William veut bâtir quelque chose, un mirage peut-être, mais que moi, je ne crois plus en rien, sauf en elle ?

    Je passe une main dans ses cheveux, sans m’en rendre compte. Un geste vieux comme le monde. Un réflexe d’homme qui n’a plus rien, mais qui essaie de protéger ce qu’il lui reste.

    — On va rester ici un temps. Le camp est sûr, pour l’instant. William veille. Et moi aussi.

    Ma voix est plus rauque que je ne le voudrais. Comme si chaque mot sortait de mes entrailles.

    -– On ne fuira plus. Pas tout de suite. On a assez couru.

    Je n’ose pas lui dire que j’ai peur. Que chaque nuit je m’attends à entendre les sirènes, à voir les drones passer au-dessus de nos têtes, à sentir la poudre et le sang. Que je dors avec mon arme sous l’oreiller. Que si on doit partir, je le ferai. Mais pas avant qu’elle ne soit prête. Pas avant qu’elle soit forte à nouveau.

    Je baisse la tête vers elle. Elle est si petite, si fragile. Et pourtant, elle tient bon. Elle résiste encore.

    — Des survivants. C’est ce qu’on est. C’est ce qu’on restera.

    Je ne lui vends pas de rêve. Pas de grand projet. Pas de promesses en l’air.

    Mais je lui offre ce que j’ai de plus solide : ma présence. Et la certitude que, tant que je serai debout, elle ne sera plus seule. Jamais.

  110. Avatar de C.
    C.

    Je vois son visage s’illuminer un instant quand elle retrouve Thor. Et ce sourire-là… je le garde dans un coin de ma mémoire, comme un talisman. Il est rare. Fragile. Précieux.

    Elle rit presque en voyant le chaton et je me dis que rien que pour ça, pour cette seconde d’oubli, ça valait le coup de tout ce merdier. De la tirer de cet hôpital, de l’emmener jusqu’ici, même si je sais qu’on est encore loin de la paix. Elle mérite ces moments de douceur. De normalité. Même si ce n’est qu’une illusion dans ce monde en ruines.

    Mais l’illusion est vite balayée. Julianne débarque. Froide comme une lame. Toujours impeccable dans son uniforme, toujours cette même lueur de contrôle dans les yeux. Je ne suis pas surpris, elle est comme William : méthodique, directe, parfois brutale. Mais je vois le regard qu’elle jette à Nina. Cette évaluation muette, ce jugement silencieux… Je le connais par cœur. Et je le déteste.

    Je réponds d’un simple hochement de tête à Julianne, sans lui accorder plus que quelques mots.
    —- J’arrive dans cinq minutes.

    Elle repart sans insister. Elle sait que je viendrai. Je viens toujours. Mais cette fois, c’est différent. Parce que je dois lui parler. À elle. À Nina.

    Je me tourne vers elle. Elle est toujours près du chaton, Thor couché non loin, comme s’il gardait cette bulle de réconfort autour d’elle. Je m’approche doucement. Elle relève les yeux vers moi, curieuse. Et je sens que je vais briser quelque chose. Mais je ne peux pas mentir. Pas à elle.

    — Je dois partir quelques jours.

    Elle fronce les sourcils. Ses épaules se tendent. Elle ne dit rien, alors je continue.

    — C’est une mission de reconnaissance. On ne peut pas rester ici éternellement. Le camp est sûr… pour l’instant. Mais on manque d’eau. De ressources. Et on est trop à découvert.

    Je m’assieds à côté d’elle, posant mes coudes sur mes genoux, les mains jointes.

    — William a repéré une ancienne base au nord, à deux jours d’ici. Si elle est encore debout, on pourrait y installer une vraie communauté. Des murs. Des cultures. Des défenses. Une vie, peut-être.

    Je la regarde. Ses yeux sont fixés sur le sol. Elle ne pleure pas. Elle ne panique pas. Mais elle accuse le coup. Alors j’ajoute, plus doucement :

    — Je ne pars pas longtemps. Deux ou trois jours, pas plus. William reste ici. Et tu ne seras pas seule.

    Je la sens prête à protester, à dire qu’elle n’a besoin de personne, mais je coupe court :

    — J’ai demandé à William si tu pouvais donner un coup de main ici. Rien de physique, t’inquiète. Juste de la coordination, de la distribution, un peu d’aide à l’infirmerie. Je sais que t’aimes pas rester à rien faire.

    Elle lève enfin les yeux vers moi. Et je lis ce mélange de soulagement, de colère rentrée, de peur aussi. Elle ne veut pas me retenir. Mais je sais qu’elle a peur.

    Alors je tends la main et je la pose doucement contre sa joue.

    — Je reviendrai. Ce n’est pas une promesse en l’air. Je reviendrai, comme toujours mais s’il te plaît, pas d’imprudence.

    Je me penche un peu plus et je dépose un baiser sur son front. Une caresse plus qu’un adieu. Nos lèvres se frôlent. Je la désire tellement que c’est indécent. Et dans le silence, je lui souffle, presque à moi-même :

    — Je te laisse Thor. Il a meilleur flair que n’importe quel garde.

    Je me lève, parce que si je reste plus longtemps, je vais reculer. Je vais renoncer à partir. Et je ne peux pas. Pas si je veux qu’on ait une chance de bâtir quelque chose de plus grand que ce camp de toiles. Je prends mon sac. L’arme. Le plan.

    Et alors que je franchis la sortie de la tente, je me retourne une dernière fois.

    Elle est là, debout, droite malgré ses douleurs. Thor à ses côtés, le chaton lové sur le lit.
    Et je me dis que si un jour j’ai besoin de me souvenir de pourquoi je me bats, c’est cette image que je garderai.

  111. Avatar de C.
    C.

    Le chemin vers la base a été long, plus éprouvant que prévu. La chaleur est étouffante, la terre craque sous mes bottes, et chaque pas me rappelle que je n’ai plus vingt ans. Pourtant, je tiens le rythme. Je suis concentré. Je suis méthodique. William m’a confié cette mission, mais ce n’est pas pour lui que je la fais. C’est pour elle. Pour Nina. Pour ce qu’on essaie de bâtir. Pour un demain.

    La base est encore là, nichée dans les collines, exactement comme sur les cartes d’avant l’effondrement. De l’extérieur, elle semble intacte. Solide. Prometteuse.

    Mais quand j’entre, l’odeur me frappe de plein fouet.

    La pourriture. Le sang sec. Les rats.

    L’endroit a été envahi, puis abandonné. L’humidité a rongé les murs, les structures métalliques sont affaissées, les panneaux solaires éventrés. Des traces de lutte un peu partout. Des douilles, des éclats, des vêtements déchirés. Je fais le tour, note chaque pièce, chaque recoin. Mais c’est peine perdue. La base n’est plus qu’un tombeau de souvenirs militaires, infecté de moisissures et de souvenirs violents.

    Inhabitable.

    Je pourrais rentrer. Faire demi-tour. Mais quelque chose me retient. Un vieux instinct. Une sensation. Alors je pousse plus loin, dans les bois qui bordent l’arrière de la base, là où la végétation est plus dense, presque sauvage.

    C’est là que je tombe sur eux.

    Ils sortent du silence comme des ombres. Trois hommes, arcs levés, visages peints, silencieux comme la terre elle-même. Je ne bouge pas. J’ai appris, autrefois, à lire l’intention dans un regard. Et ce que je lis dans le leur, ce n’est pas la haine. C’est l’évaluation.

    On m’emmène. Sans violence, mais sans négociation.

    Et au cœur de cette forêt, je découvre la cité. Un village fortifié, magnifique dans sa rusticité. Des palissades solides. Des jardins, des enfants, des rires. La vie. Organisée. Fluide. Sécurisée. Ils sont une cinquantaine, peut-être plus. Et leur chef est une femme. Une jeune femme. Droite comme un chêne, regard comme l’orage : Matoaka.

    Elle ne montre ni méfiance ni enthousiasme. Elle m’observe longuement avant de parler.

    — Tu viens d’un camp militaire. Tu cherches à survivre. Comme tout le monde.

    Je confirme. Elle acquiesce. Et contre toute attente, elle offre. Pas l’hospitalité, non. Mais un échange. Des vivres. Des médicaments. En retour, elle veut des informations. Sur les routes, les groupes armés, les zones irradiées.

    On parle longtemps. Son calme m’impressionne. Sa clairvoyance, encore plus. Elle sait que le monde ne reviendra pas à ce qu’il était. Elle ne le souhaite même pas. Elle veut préserver sa communauté, à tout prix.

    Et moi, je n’ai rien à offrir à part ma parole.

    Alors je donne ma parole.

    Et elle me laisse partir, avec un sac plein de ressources.

    Quand je reprends la route, le soleil est déjà bas. Et je sais que je ne tiendrai pas les délais. Je serai en retard d’une journée.

    Mais je m’en fous. Parce que j’ai quelque chose de concret à ramener. Une chance. Une ouverture.

    Quand j’aperçois enfin les premières tentes de notre camp, la gorge me serre. Je suis en sueur, sale, le dos cassé par le sac, mais je n’ai qu’une seule idée en tête.

    La retrouver.

    Je traverse le campement sans ralentir, à peine le temps de répondre aux salutations des gardes. Mon regard cherche. Les tentes. Les silhouettes. Les enfants qui courent. Julianne me salue au passage, étonnée de me voir revenir seul. Je l’ignore.

    La tente de commandement est tendue comme un arc. Quatre hauts gradés, des regards froids, une table surchargée de cartes, de rapports d’infestations, de bilans de vivres. William est debout à l’autre bout, bras croisés, mâchoire crispée. Il me regarde comme s’il allait m’arracher les mots de force.

    Je pose le sac que m’a donné Matoaka sur la table. À l’intérieur : des conserves sous vide, des plantes médicinales conditionnées, de la teinture d’arnica, des baumes à base de résine et de graisse animale, du miel sauvage, et quelques fioles d’antibiotiques récupérés d’un ancien dispensaire. Tous les visages se figent une seconde.

    Je prends la parole, net, clair.

    — À dix kilomètres au nord-est de la base désaffectée, j’ai découvert un village. Isolé, fortifié, auto-suffisant. Environ cinquante à soixante personnes. Organisation tribale. Discipline stricte. Défense efficace.

    Je désigne une zone sur la carte.

    — Ils vivent à l’écart du reste du monde. Pas hostiles, mais extrêmement méfiants. Pas armés comme nous. Arcs, lances, quelques armes de récupération, mais surtout une connaissance parfaite du terrain.

    Un officier, le lieutenant Stevens, me coupe :

    — Vous avez essayé de négocier une alliance ? Un partage de ressources ?

    Je lève les yeux vers lui, sans ciller.

    — Je ne suis pas diplomate. Je suis un soldat. Je ne suis pas allé là-bas pour signer un traité de paix, mais pour évaluer les risques.

    William prend enfin la parole, sec et dur.

    — Tu aurais pu faire plus. Tu aurais dû. Un peuple organisé, une forteresse naturelle, c’est une opportunité. T’as pas pensé à leur proposer une fusion ? Un partage de territoire ?

    Je le fixe. Longtemps.

    — Et leur donner notre position exacte ? Le plan de notre camp ? Des infos sur nos blessés, nos réserves ? T’aurais préféré ça ?

    Il serre les dents. Je continue, plus calme, plus précis :

    — Matoaka, leur cheffe, m’a interrogé. Elle m’a testé. Elle m’a observé comme un rapace regarde un serpent blessé. J’ai gagné son respect en ne m’imposant pas. Elle a accepté un échange parce qu’elle m’a jugé digne de confiance. Pas parce que j’ai sorti un discours de diplomate.

    Je pose un flacon d’antibiotiques au centre de la table.

    — Ils m’ont donné ça. Sans exiger un seul échange immédiat. Pour eux, c’était un signe. Une preuve. Ils ne veulent pas entrer dans notre monde. Ils veulent rester en dehors. Survivre autrement.

    Un silence tombe. Puis j’ajoute, plus sec :

    — Je suis rentré avec des vivres, des médicaments, une cartographie précise du terrain nord-est, et un contact possible. C’est plus que ce qu’on m’avait demandé.

    William claque la langue contre son palais, contrarié. Mais il ne dit rien. Parce qu’il sait que j’ai raison. Il déteste quand je ne suis pas en tort. Ça le rend fou.

    Je prends une dernière inspiration.

    — Si on veut leur parler, ce sera à leur rythme. Pas en leur marchant dessus. Sinon, ils disparaîtront dans la forêt et on ne les reverra jamais.

    Je tourne les talons.

    — Faites-en ce que vous voulez.

    Et je sors de la tente, sans attendre la permission.

    J’ai quelqu’un à retrouver.
    Où est-elle ?

    Et puis je vois Thor, allongé à l’entrée de notre tente, qui redresse la tête en me voyant. Il remue la queue, se lève, et file vers moi.

    Je m’accroupis pour le saluer rapidement, mais mes yeux cherchent elle.

    Et alors elle sort.

    Les cheveux décoiffés, la blouse trop grande, les yeux cernés, mais debout et visiblement prête à partir.

    Et là, je sens mon cœur qui ralentit, comme s’il reprenait un rythme humain. Comme si le monde pouvait respirer à nouveau.

    Je pose mon sac au sol.

    — J’arrive à temps, dit-il avec un sourire ironique en voyant le sac à dos sur le sol.

  112. Avatar de C.
    C.

    Je la vois avant même qu’elle ne m’aperçoive.

    Elle sort de la tente avec ce sac bien trop grand pour elle, prête à venir me chercher. Prête à marcher dans une forêt infestée de pièges et de fièvres pour me retrouver. Et ça, ça me fout une claque silencieuse. Je n’ai pas le temps de dire un mot qu’elle me saute littéralement dessus. Elle s’agrippe à moi comme si sa vie en dépendait.

    Son odeur, son souffle, ses tremblements… Tout me percute de plein fouet. Je serre les bras autour d’elle, fort, plus fort que je ne devrais. Mon cœur tape contre ma cage thoracique. Je ne dis rien. Je savoure. Je retiens ce foutu frisson qui me serre la gorge. Elle est là. Entière. Vivante. Et elle est là pour moi.

    Quand elle finit par se détacher, c’est pour m’examiner de la tête aux pieds. Comme une louve qui inspecte les plaies d’un frère de meute. Je lui raconte tout. La base vide. La cité cachée. Matoaka. Je reste neutre. Factuel. Mais elle écoute, fascinée. Elle ne juge pas. Elle comprend. C’est peut-être ce que j’aime le plus chez elle.

    On finit par aller manger. Et puis il arrive. William. Mon frère. Mon putain de reflet brisé. Il ne parle pas. Il se pose à côté d’elle, comme si c’était naturel. Comme s’il avait sa place là. Je reste calme. Je mâche lentement. Je garde les yeux sur mon assiette. Mais je le sens. Il est trop près d’elle. Trop à l’aise. Trop installé. Quand il balance sa réplique sur Nina la maîtresse d’école, avec ce sourire de défi, je sens mon poing se crisper autour de la cuillère. Il me cherche. Je ne relève pas. Nina ne réagit pas non plus. Mais je vois bien. Il était là. Trop souvent. Il s’est rapproché.

    Je ne pense pas tout de suite à une histoire d’amour. Mais c’est là. Une pointe. Une brûlure. De la jalousie. Silencieuse. Souterraine. Comme un feu couvant sous la neige.

    Je me referme. Comme toujours.

    On sort. Elle parle. Je l’écoute à moitié. Je reste près d’elle, mais une partie de moi s’est repliée dans l’ombre. Celle qui cogne contre mes côtes quand quelque chose m’échappe. Et elle m’échappe peut-être. Un peu. Au lac, je tente un peu de légèreté. Je la taquine. Je lui jette de l’eau. Et William revient. Encore. Il la soulève. Il la jette dans l’eau. Et elle crie. Ça aurait pu être drôle. Mais je ne ris pas. Je n’aime pas le son de son rire avec lui. Alors je l’arrose. Un peu trop fort. Je le pousse. Un peu trop brutalement. Le jeu tourne court. Il se casse. Et je gagne. Mais j’en tire aucun plaisir.

    Elle est mouillée. Moi aussi. Et le silence entre nous est plus lourd que l’eau sur nos vêtements.

    Dans la tente, elle me regarde. Elle voit mes égratignures. Elle touche ma peau. J’ai un frisson. Putain. Elle ne se rend pas compte. Ou peut-être que si. Mais moi, je me retiens. Je retiens tout.

    Et puis elle me parle. De rester avec moi. De ne pas aller à la fête. Elle me colle. Me serre. Petite chose chaude contre moi. Et quand je me retourne, elle est là, tout près. Ses yeux plongés dans les miens. Et elle m’embrasse.

    C’est tendre. Trop tendre… Et je craque.

    Je l’embrasse comme si j’étais en train de tomber. Un baiser sauvage, profond, dévorant. Mes mains glissent dans son dos, dans ses cheveux, contre ses hanches. Je la soulève aisément la plaquant contre mon corps et la pose sur une caisse sous la tente. Je la veux. Là. Maintenant. Comme si le monde allait exploser. Mes doigts cherchent sa peau sous son haut. Son souffle se saccade. Nos corps se répondent, se retrouvent, s’appellent. Je suis à deux secondes d’oublier tout. Les règles. Les serments. Les risques.

    Mais je m’arrête. Je me fige. Front contre le sien. Mes doigts tremblent. Ma respiration une tempête.

    — Je ne peux pas, murmurais-je d’une voix basse presque cassé, je t’ai promis de ne pas.. de ne pas.. de ne pas te mettre en danger.

    Je ferme les yeux, culpabilisant car je sais que je ne dis pas toute la vérité. Celle qui me ronge de l’intérieur. Je me recule doucement et m’éloigner d’elle me déchire à l’intérieur.

    — Tu devrais aller à cette fête Nina. Rejoindre les autres.. Les jeunes. Rire. Danser. Boire une bière tiède autour d’un feu. Faire partie d’eux.

    Je me détourne. Mes poings sont serrés. Mon cœur bat encore contre mes côtes comme s’il voulait sortir. Je remet en hâte un t-shirt propre et un pantalon et ainsi fuir le plus vite possible.

    La nuit tombe, tranquille et indifférente, comme si elle ne savait pas le chaos qu’elle abrite. Je marche jusqu’à la lisière de la forêt, là où les lumières du camp ne viennent plus troubler les ombres. J’ai besoin de silence. J’ai besoin de m’éloigner d’elle. De moi.

    Le froid s’infiltre doucement dans ma veste encore humide, mais je ne bouge pas. J’observe les arbres noirs se découper sur un ciel constellé. C’est là, dans cette obscurité tranquille, que je commence à penser.

    A Rita, ma femme. Et à Colin que j’ai porté sur mes épaules un millier de fois avant que son rire ne disparaisse de la surface de la terre. Je les entends parfois, dans mes rêves. Ou dans mes cauchemars. Ils m’appellent. Ils me demandent pourquoi je ne les ai pas protégés. Et je n’ai jamais de réponse.

    Je serre les dents. Les poings. J’ai tout promis ce jour-là. J’avais juré vengeance. J’avais juré du sang pour du sang. Et pourtant… je ne l’ai pas tué. Le père de Nina. J’en ai eu l’occasion. Je l’ai eu en joue. Il m’a regardé dans les yeux. Et j’ai hésité. Parce que j’avais Nina. Et parce qu’elle m’aurait haï.

    Et maintenant ? Est-ce qu’elle m’aime ? Ou est-ce qu’elle est en train de glisser doucement vers quelqu’un d’autre ? Quelqu’un de plus jeune. De plus simple. Quelqu’un qui n’a pas une tombe dans le cœur.

    William.

    Il est là. Il sait exactement quoi faire. Il est jeune. Il sait comment sourire, comment la faire rire, comment s’imposer. Et elle le laisse faire. Parce qu’il est vivant, lui. Pas cassé de l’intérieur. Pas hanté. Je passe une main sur mon visage. Mes traits sont creusés, mon regard vide. Je suis un soldat, un survivant. Mais je ne suis plus un homme, pas vraiment. Je ne suis pas ce qu’elle mérite. Je ne suis pas ce qu’elle espère.

    Et pourtant, je voudrais l’être.

    Je retourne au camp. À moitié ivre de colère et de regrets. Le feu central éclaire une petite foule joyeuse. Les rires éclatent. La bière coule. Les visages sont rosis par l’alcool et la chaleur. Je reste un instant dans l’ombre, le cœur battant, jusqu’à ce que Julianne me repère.

    — Ben ! T’étais vivant alors !

    Elle me tend une bouteille. Je la prends sans réfléchir. Je bois. Une gorgée. Deux. Trois. Ça brûle la gorge et ça me fait du bien.

    — Dans mon souvenir tu étais jaloux et un poils possessif.
    — Qu’est-ce qui te fait croire que je ne le suis pas ?
    — Et bien très cher Ben, je ne veux pas me mêler de ce qui ne me regarde pas mais on dirait que ton frère a toujours le même goût concernant les femmes qui t’entourent.

    Julianne leva son doigt en direction du feu et c’est là que je la vis de l’autre côté du feu. Nina… Elle est belle, même éreintée, même amochée. Ses yeux brillent dans la lumière vacillante. Et elle me regarde. Elle est avec William. Tout près de lui. Trop près. Le genre de proximité qui pousse une lame lente dans le ventre.

    Elle rit à ce qu’il dit. Elle s’appuie contre son épaule. Elle l’écoute.

    Est-ce qu’elle essaie de me rendre jaloux ? Est-ce qu’elle se vautre dans cette tension qu’elle sent brûler entre nous ? Ou est-ce que c’est moi qui délire ?

    — Ils se sont beaucoup rapprochés pendant ton absence, continuait Julianne, William allait même la rejoindre dans votre tente..

    Au même moment je vois ce dernier tenter de l’embrasser. Mes muscles se contractent tous à la fois. Mon souffle s’arrête. Je lâche la bouteille. Elle roule au sol dans un bruit sourd. Je traverse le cercle de lumière en quelques secondes. Comme un loup qui voit un autre mâle s’approcher de sa femelle.

    — Lâche-là.

    Ma voix claque comme un ordre. William se fige.

    Je m’interpose. Mon regard est noir. Je ne contrôle plus rien. Il y a cette colère en moi, cette peur. La peur de la perdre. La peur de la voir choisir quelqu’un d’autre. William tente une justification mais je ne l’écoute pas. Nina, elle, titube légèrement. Ses joues sont rouges. Son regard est un peu flou.

    Elle est saoule.

    Je prends son poignet. Je l’attire doucement mais fermement à l’écart. Hors de portée des regards. Je l’entend râler derrière moi, m’en vouloir, tenter de comprendre, mais je ne lui laisse pas le temps.

    — C’est ça que tu veux, hein ? Qu’il t’embrasse ? Qu’il te fasse rire ? Qu’il te regarde comme un abruti à moitié bourré pendant que tu cherches dans mes yeux quelque chose que t’auras jamais chez lui ?!

    Elle tente de répliquer. Je ne lui laisse pas le temps non plus. Je la plaque contre un tronc d’arbre. Mon souffle est irrégulier. Mes mains tremblent.

    — Tu me rends fou, Nina. Tu comprends pas ? Crois-tu que je n’ai pas compris votre manège ? Je te vois avec lui, et j’ai envie de tout casser. Je fais tout pour te protéger mais on dirait que tu veux m’empêcher de bien faire les choses, pour toi. Ou peut-être que ça t’excite de te taper les deux frères ?

    Je me penche. Mon front touche le sien. Je la fixe. Elle est belle à crever. Ses lèvres entrouvertes, ses pupilles dilatées. Elle me défie, elle m’attire, elle me perd et je craque, encore.

    Je l’embrasse. Férocement, intensément.

    Mes mains dans ses cheveux. Sur sa nuque. Son dos. Nos corps collés. Mon souffle brûlant contre sa bouche. Je la dévore. Je ne sais plus ce que je fais. Je la veux. Comme un animal. Comme un homme affamé.

    Je veux qu’elle sache. Qu’elle sente, que je suis là. Que c’est moi. Pas William. Pas un autre. Moi qui est à ses pieds. Et je sais que je vais regretter. Mais je ne peux pas m’arrêter.

  113. Avatar de C.
    C.

    Je ne dors pas de la nuit.

    Je reste là, devant cette tente interdite, à fixer le vide comme un chien qu’on a battu. J’entends ses sanglots à travers la toile, son souffle court, les mots qu’elle me crache encore en silence. Je voudrais entrer. Lui dire que je suis désolé. Que j’ai merdé. Que j’ai tout foutu en l’air.

    Mais je respecte sa colère, parce qu’elle est juste et moi, je suis coupable.

    Je n’arrive pas à me pardonner. Ce que j’ai dit. Ce que j’ai fait. Ce que j’ai laissé éclater. C’est pas elle que j’ai agressée, c’est moi-même. C’est ma rage. Mon vide. Mon échec à être un homme entier. Un homme digne d’elle. Je la veux tellement. Mais je ne sais que blesser.

    Alors je reste là, adossé à un arbre, jusqu’à ce que le ciel devienne pâle. Je finis par fermer les yeux une heure à peine, et quand je me réveille, c’est le chaos.

    Elle n’est plus là.

    La tente est vide. Plus de Thor. Plus de sac. Même le foutu chaton a disparu. Je me lève d’un bond. Mon cœur s’arrête. Mon cerveau explose.

    — Nina ???!

    Je hurle. Je vérifie chaque tente, chaque recoin. Et puis Sophie arrive. Son regard me dit tout avant même qu’elle n’ouvre la bouche.

    Elle est partie.

    Je n’ai pas le temps de respirer que Julianne se plante devant moi. Droit dans les yeux. Aucune honte. Aucune peur.

    — C’est moi qui l’ai laissée passer.

    Ma mâchoire se contracte.

    — T’as fait quoi ?!
    — Elle voulait se barrer. Je l’ai laissée. Pourquoi j’aurais retenu une fille qui fout la merde entre deux frères ? Elle est pas essentielle.

    Je fais un pas vers elle. Mon poing se ferme. William me retient par l’épaule, et je le repousse violemment.

    — Elle n’est pas rien !

    Julianne hausse les épaules. Son mépris me monte à la gorge comme du venin.

    — Réveille-toi, Ben. Elle a failli t’envoyer droit au fond du gouffre. Je t’ai rendu service. Elle est sûrement déjà morte, alors autant l’oublier.

    Je la fixe et je me retiens de la frapper.

    Mais je jure intérieurement que si Nina ne revient pas, je ne me retiendrai plus. Je me retourne. Je serre les dents. William me suit, silencieux. On se regarde un instant, et pour la première fois depuis des jours, il n’y a plus de rivalité entre nous. Juste la peur. La même peur.

    Il murmure :
    — Il faut la retrouver.

    Je hoche la tête. Une seule fois.
    C’est tout ce qu’on peut faire. Tout ce qu’il me reste. Mais au fond de moi, un poison grandit : la culpabilité. Parce que c’est moi qui l’ai poussée à partir. Moi qui l’ai blessée. Moi qui ai oublié qu’elle n’est pas une échappatoire à ma douleur, mais une personne. Celle que j’aime.

    Et maintenant elle est dehors. Seule. Et je jure devant tout ce qui me reste d’humain que je vais la retrouver. Ou du moins, mourir en essayant.

    Je m’équipe en dix minutes.

    Un sac, une gourde, deux couteaux, une batte cloutée, mon flingue chargé et quelques munitions. Je prends aussi son sweat préféré, celui qu’elle laissait traîner sur sa couche. Il a encore son odeur, douce et entêtante, cette odeur que je pourrais suivre les yeux fermés. Je ne dis pas au revoir. Je n’ai pas le temps pour les sermons ou les mises en garde.

    Je n’ai besoin que d’une chose : la retrouver.

    William veut m’accompagner, bien sûr. Mais je le regarde, droit dans les yeux.

    — Tu restes ici.
    — T’es pas sérieux.
    — C’est pas une discussion. Si elle me voit avec toi, elle va fuir plus vite encore. Elle pense que nous jouons à la poupée avec elle. Je dois y aller seul.

    Il baisse les yeux. Il sait que j’ai raison.

    Je quitte le camp à grandes enjambées. Julianne me lance un regard narquois depuis la barrière, et je n’ai qu’une envie : lui faire ravaler son sourire. Mais je passe mon chemin. Je me le promets simplement : si elle meurt, c’est sur elle que je reviendrai hurler.

    La piste est presque invisible.

    Mais elle ne me connaît pas aussi bien que je la connais, elle. Je sais comment elle marche. Je sais qu’elle ne prendrait pas le sentier principal. Trop risqué. Elle aurait cherché à contourner, à éviter les infectés. Elle a Thor. C’est sa chance. Il est plus intelligent que la plupart des humains que j’ai croisés. Il la protège. Mais il ne peut pas tout.

    Je retrouve une empreinte dans la boue. Une semelle fine. Des traces de griffes de chien.

    Elle est passée par là. Je me mets à courir.

    Je ne pense plus à rien d’autre qu’à elle. Pas aux hurleurs qu’on entend au loin, pas au soleil qui décline, pas à la douleur dans mes jambes.

    Je pense à Nina, à ses larmes, à sa colère, à cette foutue nuit où je l’ai presque brisée.

    Je suis un monstre. Mais je suis un monstre qui l’aime.

    Le premier soir, je dors peu. Juste deux heures contre un arbre, le fusil sur les genoux. Je rêve d’elle, trempée par la pluie, terrorisée, fuyant dans les bois. Je me réveille en sueur. Et je repars.

    Le deuxième jour, je tombe sur une horde. Des rôdeurs mutilés, au moins une quinzaine. Je grimpe dans un arbre et j’attends. Je me dis qu’elle aurait fait pareil. Peut-être qu’elle l’a fait, ici même. Je redescends, lentement, et je poursuis ma route.

    J’arrive à un petit point d’eau. Il y a une écorce arrachée. Un tissu accroché à une branche.

    C’est son foulard.

    Je l’attrape. Je le serre dans ma main. Mon cœur se serre. Elle est vivante. Du moins… elle l’était il y a quelques heures. Alors je me mets à courir.

    Je ne mange presque pas. Je bois juste assez pour tenir. Je parle à Thor dans ma tête, comme un fou. Je lui dis de la garder en vie. Je lui promets une côtelette entière s’il m’aide à la retrouver.

    Et puis, au troisième jour, j’aperçois la fumée. Un feu de camp. Discret, mais entretenu. Je ralentis. Je me cache dans les feuillages. Et je la vois.

    Elle est là.

    Elle parle à un vieil homme aux cheveux gris, à la peau brune, marquée par les années. Ce sont les Amérindiens. Le camp dont je lui avais parlé. Je reconnais les symboles. Les perches. Les chiens autour. Thor est là, assis près d’elle, la langue pendante. Il la surveille. Fidèle.

    Et elle…

    Elle semble fatiguée, amaigrie, mais vivante. Debout. Entière.

    Elle n’est plus ma Nina fragile. Elle a ce feu dans les yeux. Ce feu que j’ai presque éteint.

    Je m’approche encore. Lentement. Mais je n’entre pas dans le cercle. Pas encore. Je la laisse parler. Je la regarde. Je mesure l’ampleur de ma bêtise.

    Et puis, soudain, elle tourne la tête et me voit. Nos regards se croisent et un silence s’installe.

    Son visage se fige. On dirait qu’elle hésite entre me sauter à la gorge ou me sauter dans les bras.

    Moi, je ne bouge pas.

    Je dis juste, d’une voix rauque, presque brisée :
    — J’suis venu te chercher.

  114. Avatar de C.
    C.

    Ben reste figé. Chaque mot qu’elle prononces est comme une lame qu’il encaisse sans broncher, mais ses poings se serrent, ses yeux se baissent un instant. Elle a raison, il le sait. Il semble chercher ses mots — ce n’est pas un homme qui parle beaucoup. Mais il lève enfin les yeux vers elle, et dans son regard, il n’y a ni colère, ni défense. Juste de la douleur. Une tempête qu’il tente de contenir.

    Il prend une grande inspiration, puis sa voix grave fend le silence :

    — Arrête de dire ça… Tu ne sais pas ce que tu dis.

    Il s’avance d’un pas, mais s’immobilise aussitôt. Il respecte son espace, pour une fois.

    — Je suis pas venu pour te forcer à revenir. Je suis venu parce que… parce que je pouvais pas rester là-bas sans savoir si t’étais encore en vie. J’ai pas dormi. J’ai couru. J’ai suivi ton odeur, tes traces, ton foutu foulard… Tu as mal dissimulé tes traces. J’ai espéré que tu veuilles que je te retrouve..

    Il secoue la tête, les mâchoires crispées.

    — J’suis désolé. Vraiment désolé, Nina. J’sais que j’ai merdé l’autre soir. J’ai agi comme un connard.

    Il se tait un instant, les yeux dans le vide, avant de reprendre plus bas :

    — Tu ne sais pas à quel point je pense à toi.. à quel point.. je te désire Nina.

    Ses yeux remontent vers elle, humides mais fiers.

    — Et il y a des choses que tu ne sais pas. Que je ne.. que je n’ose pas dire. Parce que si je commence à les dire, j’ai peur de m’effondrer.

    Il ravale un sanglot qu’il refuse de laisser s’échapper.

    — Rita et Colin.. Ils sont morts à cause de moi Nina. Je dis vouloir me venger de ton père mais c’est moi le fautif. Je les ai pas protégés. J’étais pas là. Et chaque putain de jour depuis, je me lève avec leur sang sur les mains. Tu comprends ça ? J’ai tout perdu. Et quand t’es arrivée, continue-t-il en s’approchant d’un pas prudent, tu m’as rappelé ce que c’était d’avoir envie de vivre. Mais j’ai peur. Peur de m’attacher. Peur de te perdre toi aussi. Alors je met des barrières. J’agi comme un enfoiré, ouais. Parce que t’ouvrir mon cœur, c’était comme tendre la gorge à un monde qui arrête pas de m’arracher ce que j’aime.

    Il passe une main dans ses cheveux, nerveux.

    — Et y a autre chose. Tu es jeune, Nina. Trop jeune pour un type comme moi. T’as encore des rêves. T’as cette lumière en toi. Et moi je suis… vieux, cabossé, et tellement en colère contre le monde.

    Il rit, sans joie.

    — Je t’ai regardée des centaines de fois, en me disant : elle mérite mieux. Elle mérite quelqu’un qui sait sourire, qui sait parler. Pas un type qui dort avec un flingue sous l’oreiller et qui sursaute au moindre bruit.

    Il la fixe, plus vulnérable que jamais.

    — Mais malgré ça… malgré tout ce que j’ai fait pour t’éloigner… tu es devenue mon point d’ancrage. Le seul truc qui me fait encore croire que je ne suis pas qu’un foutu survivant.

    Il fait un pas de plus, très lent.

    — Alors je ne suis pas venu te supplier. Ni pour me faire pardonner. Je veux juste que tu saches que si je t’ai repoussée, ce n’est pas parce que je t’aimais pas. C’est parce que je.. parce que je ressens trop de chose pour toi et que k’ai pas le droit.

    Il baisse les yeux. Sa voix se brise enfin :

    — Je suis désolé, Nina..

    Un silence. Le vent dans les arbres. Le crépitement du feu derrière. Thor qui ne bouge pas, comme s’il sentait que cette scène-là était sacrée.

    Ben lève lentement les yeux.

    — Si tu veux que je parte, je partirai. Mais laisse moi au moins te ramener en sécurité..

    Il reste là, devant elle, les mains ouvertes, sans défense. Comme un homme qui n’a plus rien à perdre, sauf elle.

  115. Avatar de C.
    C.

    Je l’écoute. Chaque mot qu’elle prononce est une claque en plein cœur. Elle est là, devant moi, vulnérable, les mains ouvertes comme une offrande. Elle me parle avec un mélange de colère, de tristesse, d’amour, de peur. Et moi, je reste figé, incapable de répondre tout de suite. Parce que la vérité, c’est que je suis terrifié.

    Terrifié par elle. Par ce qu’elle éveille en moi.

    Je baisse les yeux un instant, juste assez longtemps pour sentir la honte me broyer de l’intérieur. Puis je les relève. Elle attend. Elle attend que je choisisse enfin. Que je la choisisse, elle.

    Je n’ai pas le droit de l’aimer, non. Mais je le fais quand même. Et ce n’est pas une envie. Ce n’est pas un caprice. C’est une évidence.

    Alors je m’avance lentement, et d’un geste hésitant, je prends ses mains dans les miennes. Elles sont froides. Les miennes tremblent.

    — Nina…

    Je marque un temps. Ma gorge se serre.

    — Je t’ai repoussée parce que… parce que j’ai déjà tout perdu. Ma femme. Mon fils. C’était toute ma vie, et quand ils sont morts, c’est comme si j’étais mort avec eux.

    Ma voix se brise. Je ferme les yeux un instant.

    — J’ai survécu, ouais. Mais je n’ai jamais vécu après ça. Jusqu’à toi.

    Je la fixe maintenant, et je sens ma poitrine se serrer à m’en faire mal.

    — Tu crois que je veux te blesser ? Non. Mais j’ai peur. J’ai peur de t’aimer autant que je t’aime. Parce que si je te perds, je suis fini. Il n’y aura plus rien.

    Je m’approche encore. Nos corps ne se touchent pas, mais ils se frôlent presque.

    — Je sais que je suis plus vieux. Je sais que t’as toute la vie devant toi, même si ce monde ne te laisse pas la vivre pleinement. Moi, j’ai des cicatrices que tu ne peux même pas imaginer. Et toi, t’es là, brillante, forte, incroyable… Et j’me dis : elle mérite mieux que moi. Elle mérite un homme qui n’a pas peur d’aimer. Qui n’est pas cabossé comme moi.

    Je souris tristement.

    — Mais malgré tout ça… malgré ma trouille, mes blessures, malgré le monde qui s’effondre autour de nous… c’est toi que je veux. Et si ce que tu veux, c’est une preuve. Un vrai engagement… alors…

    Je m’agenouille.

    Pas parce qu’il faut le faire. Pas parce que c’est traditionnel. Mais parce que mon cœur me hurle de le faire.

    Je lève les yeux vers elle.

    — Épouse-moi.

    Mon ton est calme, tremblant d’émotion, mais honnête.

    — Pas demain. Pas dans un an. Maintenant. Ici, dans cette tente, dans ce monde de ruines et de sang. Pas avec une bague en diamant, mais avec ce que j’ai. Moi. Mon cœur. Ma loyauté. Mon âme. Mon foutu amour.

    Je prends une grande inspiration, ma voix plus grave maintenant, presque rauque :

    — Deviens ma femme, Nina. Et je te jure, sur tout ce qu’il me reste, que je ne te ferai plus jamais douter de ma place à tes côtés.

    Un silence tombe.

    Je reste là, à genoux, attendant son souffle, son mot, son geste. Ce monde peut s’effondrer une fois de plus. Mais tant qu’elle me répond, tant qu’elle me choisit, j’aurai enfin une raison de continuer à respirer.

  116. Avatar de C.
    C.

    Je ne sais pas combien de temps je suis resté là, à genoux, les mains tremblantes dans les siennes. Elle ne parlait pas. Juste ce souffle court, ce “wow” presque enfantin. Et moi, moi j’étais là, à attendre une réponse comme on attend une délivrance ou une condamnation. Mais je ne fuyais pas. Pas cette fois.

    Son silence m’a coupé le souffle autant qu’il me l’a rendu. J’étais vulnérable. Nu, dans ce que j’avais de plus vrai. Je n’avais pas prévu de lui demander ça. Pas aujourd’hui. Pas dans une tente, entourés d’un monde en ruines. Mais elle m’a regardé comme si j’étais encore debout. Comme si j’étais quelqu’un qu’on pouvait aimer. Alors j’ai craqué.

    Quand elle s’est mise à genoux en face de moi, mon cœur s’est presque arrêté. Elle venait à ma hauteur. Pas pour me dominer. Pas pour me fuir. Pour être à égalité. Pour me dire sans un mot qu’elle m’acceptait. Comme j’étais.

    Et puis elle a parlé. Et le monde s’est arrêté.

    « – J’accepte. Je veux bien devenir ta femme… »

    Je crois que je n’ai pas respiré pendant cinq secondes entières. Ma poitrine s’est desserrée d’un seul coup. J’ai senti mes épaules retomber. Ma mâchoire aussi sûrement. Est-ce que j’étais soulagé ? Oui. Mais c’était plus que ça. C’était la certitude que je n’étais plus seul à me battre contre mes fantômes. Elle venait de les prendre avec moi.

    Et puis ses mots, ceux qu’elle a ajoutés ensuite… Putain. J’ai dû détourner les yeux un instant. Parce que je sentais que ça débordait à l’intérieur. Qu’elle venait de toucher quelque chose que j’avais enfermé très profondément.

    « C’est tout ça que j’aime chez toi. »

    Je crois que je n’avais jamais entendu ça. Pas de cette façon-là. Pas avec autant de sincérité. Pas après tout ce que j’ai fait. Pas avec toutes les cicatrices, tous les morts que je porte. Elle ne voyait pas le monstre ou la coquille vide. Elle voyait l’homme. L’âme. La force. Le foutu cœur que je m’étais acharné à faire taire.

    Elle m’a embrassé. Et j’ai cru que tout allait exploser. Mais à la place, c’était calme. Un calme que je n’avais jamais connu. Un calme qui disait : “Tu n’as plus besoin de fuir.”

    Quand Matoaka a toussé derrière la tente, j’ai presque ri. Pour la première fois depuis des semaines. Elle nous proposait un mariage traditionnel. Et bien sûr, ma sauvage fiancée a paniqué à l’idée d’une robe blanche. Elle voulait du simple. Du vrai. Moi aussi. Parce que cette union n’avait pas besoin de spectacle. C’était déjà un miracle en soi.

    Quand elle est partie avec la cheffe, j’ai eu un moment seul. J’ai nourri Thor. Le chaton est venu se caler contre ma cuisse. Et j’ai regardé le feu. Je pensais à ce que je venais de faire. Ce que j’avais dit. Ce que j’avais osé. J’ai eu peur. Bien sûr. Mais ce n’était plus la même peur. C’était une peur douce. Une peur de tout gâcher… et donc, une peur qui donne envie de faire mieux.

    Quand elle est revenue, j’ai senti son regard sur moi avant même de la voir. Et quand je l’ai vue, là, dans cette robe simple mais lumineuse, j’ai cru que mon cœur allait exploser. Elle n’était pas juste belle. Elle était réelle. Vivante. Présente. Et elle venait pour moi. Pas pour le héros. Pas pour le soldat. Pour Ben.

    Je me suis levé. J’ai tendu la main vers elle. J’ai vu qu’elle rougissait. Ça m’a fendu le cœur dans le bon sens.

    — Tu es magnifique, ai-je soufflé. Et j’en pensais chaque syllabe.

    On s’est tournés vers le feu sacré. Le frère de Matoaka a chanté doucement, un chant ancien que je ne comprenais pas mais que mon cœur reconnaissait. Elle nous a fait nous asseoir l’un en face de l’autre. Elle a pris nos mains. Elle a parlé à la terre, au ciel, aux ancêtres. À cette force invisible qui veille encore, même dans un monde

    — Nina, commencais-je mes vœux d’une voix assurée, je n’ai jamais cru aux secondes chances. En fait.. Je ne pensais pas qu’un homme comme moi, avec autant de sang sur les mains et autant de silence dans le cœur, pouvait encore aimer… et encore moins être aimé.
    Mais tu es arrivée. Comme une foutue tempête douce, comme une lumière qui ne juge pas les ténèbres et tu m’as regardé comme si j’étais entier. Comme si j’étais digne.

    Le souffle court, je reprenais lentement le courage de continuer.

    — Aujourd’hui, devant ce feu, cette terre, ces esprits, je te fais la seule promesse que je suis capable de tenir dans ce monde incertain :
    je resterai. Pas comme un héros, pas comme un soldat, mais comme l’homme que tu rends meilleur chaque jour. Celui qui veut apprendre à mériter ton regard. Celui qui préférera toujours ta main dans la sienne plutôt que n’importe quelle victoire. Je ne peux pas te promettre un avenir facile. Mais je peux te promettre que je lutterai. Pour toi. Avec toi.
    Et si un jour tout s’écroule de nouveau,
    je reconstruirai, pierre après pierre, tant que ton nom me reviendra en mémoire.

    Après un rapide silence, je reprenais en citant un poème que j’avais lu quelques jours auparavant :

    — Parce que tu es mon abri.
    Mon feu dans l’hiver.
    Et désormais,
    mon éternel.

    Matoaka a béni notre union. Non pas comme un serment à vie dans un monde incertain, mais comme une promesse de rester côte à côte, tant que le vent le permettrait. Et c’était tout ce que je pouvais offrir. Tout ce que je voulais offrir.

    À la fin, on a fumé ce calumet. J’ai vu Nina rire derrière la fumée, comme une enfant libre. Et moi, j’ai fermé les yeux.

    Je n’étais plus un survivant. Pas ce soir.

    Ce soir, j’étais un homme qui aimait.

    Et elle était ma femme.

  117. Avatar de C.
    C.

    Elle m’a sauté au cou, et j’ai senti tout mon corps se relâcher. C’était fini. Fini d’attendre, de me battre contre moi-même, fini de prétendre que je ne la voulais pas. C’est elle. C’est toujours elle. Mon souffle s’est coincé quand elle m’a appelé mon époux. Putain… Ce mot-là, je ne pensais jamais l’entendre de nouveau dans ma vie, encore moins de la part d’une femme comme elle.

    Et pourtant, nous y étions. Autour d’un feu sacré, bénis par la terre, l’air, les anciens, ou je ne sais quoi encore — mais tout ça me semblait plus réel que toutes les cérémonies que j’ai pu voir avant l’effondrement du monde.
    Et pour une fois… j’étais là, entier. Nu sous ses yeux sans me sentir faible.

    Quand elle a ri à cause du calumet, j’ai compris que cette journée allait rester gravée quelque part en moi, dans un endroit que je croyais mort. Et lorsqu’on a partagé ce verre de vin, je me suis senti presque… normal. Heureux, même.

    La tente. Elle. Cette robe que je l’ai défaite lentement, comme un rite. Nos corps qui se découvrent dans la lenteur, dans le respect, dans ce désir contenu mais brûlant. Sa peau contre la mienne, ses soupirs. Ce n’était pas une nuit de noces dans le sens qu’on imagine. C’était mieux que ça. C’était doux. Apaisé. Une première fois dans un monde où la violence domine.

    Quand elle s’est endormie contre moi, j’ai veillé un long moment. Juste pour l’observer. Compter les battements de son cœur, les respirations paisibles. J’aurais donné n’importe quoi pour la protéger de tout ce qui allait venir. Et je savais que le calme ne durerait pas.

    Mais au réveil, son sourire m’a frappé de plein fouet. J’ai glissé mes lèvres sur sa joue, son front, sa bouche. Elle était à moi. Et j’étais à elle. Et c’était peut-être le seul luxe encore accessible : s’appartenir.

    Puis elle a parlé. De Londres. Je fronce les sourcils et réfléchit un instant avant de lui expliquer que les liaisons outre-Atlantique sont compliquées.

    — Mais je connais quelqu’un qui fait régulièrement le chemin jusqu’en Afrique. C’est un voyage qui se fait avec sûreté.

    Puis, soudain, je marque une pause, le front contre ses cheveux. Je sais ce qu’elle veut me dire ensuite. Je la sens hésiter. Elle s’agite un peu contre moi. Quelque chose la travaille. Et je comprends avant même qu’elle parle. Je le sens venir comme une lame froide dans le ventre.

    William.

    Elle se redresse un peu. Elle cherche mes yeux. Et puis elle parle, enfin :

    “– Je dois te dire quelque chose… Je suppose que tu t’en doutes mais je crois que ton frère… s’est entiché de moi. Je n’ai rien fait pour mais… oui. Et je ne veux pas que cela vous brouille… On devrait peut-être ne pas dire pour notre mariage ? Même si je compte faire comprendre à William qu’il n’aura aucune chance avec moi. Qu’en penses-tu ?”

    Mon visage se fige. Je détourne un instant le regard, le souffle coupé. Je savais. Bien sûr que je savais. Mais l’entendre sortir de sa bouche, avec cette précaution dans la voix, ce peut-être on devrait ne pas dire…, ça me heurte de plein fouet.

    Je me redresse, les muscles tendus, incapable de cacher ce qui me traverse. Une jalousie sourde. Une peur brutale, primitive. Pas peur de William. Peur qu’elle ait honte. Peur qu’elle me cache. Qu’elle regrette.

    — T’es sérieuse là ?

    Ma voix est un peu trop sèche, je le sens. Mais je n’arrive pas à la retenir.

    — Tu veux cacher notre mariage ? Comme si c’était un truc qu’on doit dissimuler ?

    Je me lève à moitié, passe une main nerveuse dans mes cheveux, les sourcils froncés.

    — Tu crois que je t’ai épousée pour jouer à la comédie ? Parce que j’avais rien de mieux à faire autour d’un feu avec un calumet à moitié hallucinogène ?

    Je m’arrête un instant, tente de ravaler ma frustration. Mais c’est plus fort que moi. Je me penche vers elle, les yeux plantés dans les siens, à la fois furieux et intense.

    — Je t’ai épousée parce que je t’aime, Nina. Parce que je veux t’appeler ma femme et que je veux que le monde entier le sache, même s’il est foutu. Et toi tu me parles de le cacher parce que William a eu le malheur de s’attacher à toi ?

    Je baisse les yeux, secoué. Cette pensée me déchire. Le silence entre nous est tendu, lourd.

    — S’il y a bien une chose que je ne veux plus faire dans cette vie, c’est me cacher. Pas de toi. Pas de ce qu’on est. Pas même de lui.

    Je pose une main sur sa nuque, plus douce cette fois. Ma voix baisse, plus rauque alors que mes doigts parcourent ses seins jusqu’à lentement atteindre son entrecuisse.

    — Qu’il souffre, je comprends. Mais moi aussi j’ai souffert, Nina. Et je suis là. Je me bats pour nous. T’es pas un secret, t’es ma lumière.

    Un soupir. Je me calme un peu, mes doigts s’enfouissant lentement en elle. Je savoure, je profite de ce moment hors du temps où je peux encore goûter à sa peau douce et délicate, entendre ses soupirs de plaisir dire mon prénom.

    — J’ai juste besoin de savoir que t’as pas honte. Que tu regrettes pas. Que tu me veux… entièrement..

    Je reste là, suspendu à son regard, le cœur serré dans une attente que je n’avouerai jamais à voix haute : celle d’être choisi, pleinement, sans peur, sans compromis. Puis, avec un sourire en coin, je me penche sur ses lèvres entrouvertes et demande :

    — Il serait dommage d’annuler une union si pleinement consommée.. tu ne crois pas ?

    Ma langue s’amuse à faire le contour de ses lèvres, lécher lentement son menton, son cou jusqu’à finalement mordiller sa peau.

    — Dis moi si tu veux que je cesse..

  118. Avatar de C.
    C.

    Je ne pensais pas que la douceur pouvait durer si peu de temps.

    Je suis encore dans un demi-sourire, à lui embrasser la tempe, les paupières, sa peau encore chaude de la nuit. Je boutonne ma chemise lentement, sans vraiment me presser, comme si en allant trop vite, j’allais briser la magie. Mais dehors, les voix se sont élevées. Et cette voix-là, je la reconnais entre mille.

    William.

    Je me fige. Il gueule déjà, bien sûr. Ça lui ressemble. Il exige, il tempête, il ordonne. Et moi, je sens mon cœur se durcir.

    On sort à ce moment précis. Nos pas encore incertains, le sommeil dans les jambes, mais nos cœurs pleins d’un bonheur neuf. J’embrasse encore Nina, incapable de m’en empêcher. Et là, je le vois. Lui. Planté là comme un coup de tonnerre. Le visage figé. L’air d’un homme qui vient de prendre un coup en plein ventre.

    Matoaka le recadre, tente de garder la paix. Mais William explose.

    « Vos invités… c’est un bordel ici ? Tous vos invités baisent dans vos tipis ? »

    Je serre les poings, déjà. Mais je retiens mon souffle quand elle lui rétorque qu’on est mariés.

    Et ça, ça le fait vriller.

    « Mariés ?! Ah ouais… quelle surprise. Je vais aller féliciter les mariés alors. »

    Il s’avance. Instinctivement, je me mets devant Nina. Je ne veux pas qu’il l’atteigne. Pas qu’il la touche. Pas qu’il la blesse. Mais elle me contourne et se place à mes côtés. Et je la comprends. Elle veut faire front. Elle veut me soutenir. Elle veut, comme elle me l’a promis, ne plus jamais se cacher.

    Mais William, lui, ne s’arrête pas. Il crache son venin avec toute la hargne d’un homme blessé.

    « Alors c’est ça ?! En fait vous avez quitté le camp pour aller soi-disant vous marier et baiser ?! »

    Je n’ai même pas le temps de répondre. Nina le fait pour moi, avec une fermeté que j’admire. Mais il continue, et cette fois, il frappe là où ça fait mal. Julianne.

    « C’est lui qui veillait sur toi ?! Non c’était moi ! Pendant que lui était certainement en train de se taper Julianne ! Tu sais pas que mon frère adorait se la fourrer quand on était en mission ? »

    J’ai le souffle coupé. Pas par honte. Pas par culpabilité. Par colère.

    Il essaye de me détruire. De briser ce qu’on est, Nina et moi. Et je vois dans ses yeux que c’est la jalousie pure qui l’anime. Pas celle d’un frère. Celle d’un rival.

    Nina me prend la main. Elle tente de désamorcer la bombe. Elle parle d’amour. De choix. Elle parle de moi avec une telle vérité que ça me donne presque envie de pleurer. Mais William ne veut rien entendre. Il lâche la phrase de trop.

    « Ben… toujours Ben. Rita disait la même chose. Regarde aujourd’hui, elle est morte. T’as pas choisi le frère qui sait le mieux protéger celle qu’il aime. »

    C’est comme si le monde s’arrêtait un instant. Mon cœur, lui, explose.

    Je n’ai pas le temps de penser. Mes poings parlent pour moi. Je me jette sur lui, poussé par une rage noire. Je ne l’entends même plus. Je ne vois que son visage, son arrogance, sa cruauté. Il veut me voler ce qu’il ne peut pas avoir. Il veut salir tout ce que j’aime.

    On se bat comme des chiens. Les hommes de Matoaka interviennent, nous séparent. Il hurle encore, même quand on l’éloigne. Des insultes pleuvent, sur moi, sur Nina. J’ai le nez en sang. Je tremble encore de colère. Mais surtout, de douleur.

    Elle est là, Nina. Elle vient vers moi, s’agenouille. Elle essuie doucement mon visage, sans me juger. Je sens ses doigts trembler, mais elle reste. Elle reste. Elle me choisit.

    « Laisse-le… Il est en colère et il ne va pas se calmer avant un petit moment. Je ne veux pas que tu te battes encore avec lui… Nous, on va rester ici, d’accord ? »

    Je hoche la tête. Pas parce que j’en suis convaincu. Mais parce que je n’ai plus la force de me battre, pas aujourd’hui. Pas avec lui. Pas quand j’ai tant à perdre.

    Je sens mon cœur encore serré. Pas par la bagarre. Mais par les mots. Rita. Ce nom, lancé comme une lame. Elle aussi, il l’aimait ? Ou il voulait juste encore ce que j’avais ? Est-ce que toute ma vie, je vais devoir lutter contre lui ? Pour exister ? Pour aimer ?

    Je regarde Nina. Ses yeux me ramènent sur terre. Elle parle de rester ici. De vivre un peu plus en paix. D’être à l’abri. Et peut-être qu’elle a raison. Ce monde est foutu. Mais ici, on peut peut-être se reconstruire.

    — Oui.. Restons. J’veux plus qu’on ait à regarder derrière nous chaque matin.

    Je lui prends la main. Je la serre fort. Je la choisis, elle. Encore. Toujours.

    Le soleil commence à décliner, et pourtant j’ai l’impression que cette journée a duré une éternité. Mon nez me lance encore un peu, mais la douleur est bien plus profonde que physique. William a réussi à raviver toutes les vieilles blessures, celles que je pensais refermées. Mais c’est terminé. Il est parti. Et Nina est là.

    Je laisse à peine le temps à mes nerfs de redescendre que Matoaka me fait signe de la suivre. Son regard est sérieux, mais pas hostile. Elle m’emmène à l’écart, vers un petit coin tranquille entre deux tentes, près du feu du conseil. Là où l’air semble un peu plus calme, plus respirable.

    Elle s’assied en tailleur et m’invite à faire de même. Je m’exécute.

    — Les Miller ont semé un peu de tumulte aujourd’hui. Mais j’ai vu. Tu t’es battu pour elle. Et tu t’es battu parce qu’on t’a blessé profondément.

    Je hoche la tête, les mâchoires serrées. Je ne sais pas encore comment parler de tout ça sans raviver la rage.

    — Je tiens à te rassurer.. Je ne vais pas te chasser. Ni elle. Vous êtes chez moi maintenant. Mais ici, ce n’est pas un refuge sans règles. On ne peut pas accueillir tout le monde sans contrepartie.

    Je redresse un peu la tête. J’attendais cette partie. On ne tient pas un lieu comme celui-ci sans règles strictes.

    — Tu veux rester, continue-t-elle, alors tu vas devoir m’aider. Nina a certainement dû t’en parler mais.. Nous avons vraiment besoin d’un lien avec Londres. De nouvelles. Mon mari, Henry, ça fait deux ans que je le cherche. Je dois savoir si il est toujours en vie.

    Les sourcils froncés, je réfléchis. Nina ne m’en a pas parlé ou du moins, à demi-mot. Je n’aime pas me retrouver dépourvu de toutes les informations. Je soupire, en me rendant compte que je savais que ça viendrait. Rien n’est gratuit dans ce monde et je vais devoir agir au plus vite.

    — Nina et toi avez fui les militaires, les camps et la violence. Je le comprends. Mais il va falloir retourner vers eux. Pas pour t’y soumettre. Pour négocier. Pour exister et nous aider.

    Je la regarde un long moment. Matoaka n’a rien d’une chef traditionnelle. Elle est plus jeune que moi, mais elle parle avec la sagesse d’un vieux général. Ou d’une mère. Et je sais qu’elle a raison. Je ne peux pas juste fuir et espérer que le monde me laisse tranquille. Pas si je veux offrir à Nina un avenir meilleur.

    Je prends une inspiration.

    — Tres bien.. Je le ferai. Mais toi comme moi nous savons pertinemment que nous n’obtiendront rien du campement. Je vais contacter des informateurs de la côte mais.. je crains fort que le prix pour rester ici, sois de partir à Londres.

    Elle incline légèrement la tête, satisfaite.

    — Tu as une semaine pour t’y préparer. Je veux un plan. Tu es malin, Ben. Je le sais. Et tu n’es pas seul.

    Je baisse les yeux un instant.

    — Non. Je ne suis plus seul.

    Le camp est plus tranquille maintenant. Les enfants courent à moitié nus entre les tentes, les rires reviennent. Comme si la tempête du matin n’était déjà qu’un mauvais rêve.

    Je la vois près du feu commun, en train de couper des légumes avec deux autres femmes, un petit garçon sur ses cuisses qui la dévore du regard. Ses mains sont habiles, ses gestes précis, mais elle parle, elle rit doucement. Cette image me foudroie de tendresse.

    Nina.

    Elle est là, comme si elle avait toujours été ici. Comme si ce monde en ruines ne lui enlevait rien de sa lumière.

    Je m’approche sans faire de bruit, puis je me glisse derrière elle. Mon torse contre son dos, mes bras autour de sa taille.

    — Alors comme ça, madame joue les chefs cuistots pendant que je passe un entretien d’embauche ? Et qui est ce petit assistant ?

    Elle sursaute à peine, puis rit doucement.

    — Moi c’est Kisos, répond le garçonnet aux yeux bleu, ze suis le prince d’ici et ze protèze Nina.
    — Bien, bien.. je vois que j’ai de la concurrence n’est-ce-pas ?
    — Ze ne vous fait pas dire monsieur..

    Je souris amusé en voyant le garçonnet avoir les yeux qui brillent devant la belle Nina. Plus loin, une vieille femme l’appelle et il saute des genoux de Nina pour la rejoindre. J’en profite pour me coller à mon épouse et embrasser son cou.

    — Donc, si je comprends bien, si je veux dîner ce soir, c’est toi qu’il faut amadouer maintenant.

    Je pose mon menton sur son épaule, ferme un instant les yeux. L’odeur de sa peau, ses cheveux emmêlés par le vent… Ça me ramène à l’essentiel. À ce que je veux protéger, à ce que je suis prêt à faire pour qu’on ait le droit de vivre sans peur.

    — J’ai parlé avec Matoaka. Elle veut bien qu’on reste ici… mais en échange, je dois partir vers Londres. Trouver un moyen d’établir un lien. Tu n’as pas oublié de me dire quelque chose, cachotière ?

    Elle ne dit rien tout de suite. Je sens juste son souffle ralentir. Puis elle se retourne dans mes bras, les mains encore pleines de carottes. Son regard est celui qui pose la question silencieuse : tu vas repartir ?

    Je caresse sa joue du revers des doigts.

    — Je ne partirais pas sans toi. Et pas tout de suite. On a un peu de temps. D’ailleurs.. j’ai croisé un homme qui m’a donné ceci.

    Discrètement, je fais passer de ma poche à la sienne un petit paquet qui contient des préservatifs. Un peu timide quoique l’œil pétillant de desir, j’ observe la réaction de Nina avant de mordiller lentement son épaule et de souffler.

    — J’ai repéré un endroit tranquille où tu pourras t’époumoner avec plaisir..

  119. Avatar de C.
    C.

    Je crois que plus rien ne peut me surprendre avec elle. Mais ce soir, sous la lumière nacrée de la lune et l’odeur des pins humides, elle vient une fois de plus m’arracher à toutes mes certitudes.

    Ses mots résonnent encore dans ma tête — « Tu m’as promis de m’époumoner… Tu dois tenir ta promesse… » — et c’est avec un demi-sourire, à la fois amusé et totalement désarmé, que je regarde ce petit paquet qu’elle glisse dans ma main. Le même que j’ai glissé dans sa poche plus tôt, entre deux baisers volées aux abords du feu. Un défi en forme de provocation.

    Mais ce n’est pas le paquet qui me coupe le souffle. C’est elle.

    Quand elle recule doucement, en me fixant, ses doigts glissant le long de l’ourlet de son t-shirt, je sens une chaleur primitive me brûler la gorge. Le tissu glisse au sol dans un bruissement doux, bientôt suivi de son pantalon et de ses chaussures. Et là, elle est là, nue, le corps baigné par le halo lunaire, chaque courbe dessinée par l’argent du ciel et l’obscurité des bois.

    Ses yeux brillent d’une malice que je connais bien — celle d’une femme qui n’a pas l’intention de me laisser dormir cette nuit.

    « – Mais avant ça, tu dois m’attraper… » souffle-t-elle, avant de reculer vers l’eau.

    J’ai à peine le temps d’enlever mes chaussures que déjà, elle plonge dans le lac. Le clapotis est discret, presque sensuel. Ce n’est pas une fuite. C’est une invitation.

    Mon cœur bat trop vite, et ce n’est pas à cause de la course. C’est elle. C’est toujours elle. Depuis le début.

    Je m’avance, je retire mon t-shirt d’un geste vif, puis mon pantalon, le tout en marchant vers le rivage, attiré par la trace de son passage comme un loup qui sent sa louve l’appeler dans l’obscurité.

    Elle surgit un instant, la surface de l’eau épousant sa peau, puis disparaît à nouveau, laissant juste un rire léger et moqueur. Elle me teste. Elle veut que je la poursuive, que je perde le contrôle. Et c’est exactement ce que je compte faire.

    Je plonge. L’eau est fraîche mais son absence de poids me libère d’un reste de tension. Et très vite, mes mains cherchent, mon souffle guette. Je la sens, tout près. Elle s’éloigne encore. Et puis je l’attrape.

    Mes bras se referment autour de sa taille sous l’eau. Elle rit, surprise, essoufflée déjà, et je l’attire contre moi, nos corps collés, les battements de nos cœurs en rythme avec le clapotis tranquille du lac.

    Je la remonte à la surface, elle s’accroche à moi comme si j’étais l’air qu’elle respire. Je glisse mes lèvres dans son cou, juste là où l’eau perle sur sa peau brûlante, et elle gémit doucement, presque dans un soupir.

    — Attrapée, murmurais-je, le souffle rauque, tu ne t’échapperas plus.

    Nous regagnons lentement le bord, pas pour fuir le froid mais pour céder à cette chaleur entre nous. À peine hors de l’eau, je l’adosse doucement contre un arbre, son dos frissonnant contre l’écorce humide. Mes mains glissent sur ses hanches, remontent sur ses côtes, frôlent sa poitrine que la fraîcheur a rendue plus sensible. Elle gémit à nouveau, plus fort, sa bouche cherchant la mienne.

    Je l’embrasse. Faim contre faim. Fureur douce et caresse brutale.

    « – Tu veux que je t’époumone ? » dis-je entre deux baisers, haletant.

    Elle hoche la tête, incapable de parler, ma main déjà glissée entre nos corps pour me guider contre elle. Je la désire tellement. C’est viscéral. Mais je dois me mesurer, me contrôler, faire les choses bien. Alors mes doigts la prépare. Avec douceur au début, puis avec plus d’intensité. Guidé par les baisers qu’elle me donne, je ne peux que obéir à ses désirs. Mais soudainement, c’est trop. Je n’attends plus. J’ouvre le paquet d’un geste tremblant, fébrile, et nos corps se rencontrent enfin, comme deux pièces manquantes d’un même puzzle.

    Elle serre mes hanches de ses jambes et sa tête bascule contre l’arbre alors que je m’enfonce en elle, lentement d’abord, puis avec plus d’urgence, plus de besoin. Nos gémissements s’envolent dans la nuit, se perdent dans les arbres.

    — Nina.. Nina.. Putain.. Oui…

    Le monde peut bien s’écrouler. Cette forêt peut brûler. Mais ce moment-là, ce cri qu’elle pousse quand elle explose contre moi, ce regard qu’elle m’offre, flou, brisé, comblé, ça… c’est à nous. Pour toujours.

    Je reste en elle un moment, le front contre son épaule, haletant, vidé et comblé à la fois. Je souris contre sa peau. Je n’ai pas fini de l’embrasser, de la désirer. Haletant, reprenant lentement mes esprits, je nous laisse glisser sur le sol et nous allonge sur nos vêtements. Contemplant le ciel étoilé au-dessus de nous, je laisse mes pensées vagabonder.

    Comme il est doux de pouvoir juste vivre et aimer.

  120. Avatar de C.
    C.

    Elle s’est endormie contre moi, ses doigts encore entrelacés aux miens, comme si le moindre relâchement risquait de nous éloigner. Je reste éveillé un long moment à écouter sa respiration paisible, le craquement du feu mourant, le frôlement du vent dans les feuillages. Demain, je pars. Et si je n’ai rien laissé paraître, mon cœur cogne avec une sourde inquiétude.

    Elle est restée forte ces derniers jours. Forte pour deux. Elle a accepté de rester, de garder les enfants, de faire front. Elle l’a fait pour moi. Et moi, j’aurais voulu pouvoir l’emmener avec moi, la garder à portée de regard, de voix, de souffle. Mais elle a besoin d’un peu de paix, de sécurité. Et je dois aussi assumer ce qui reste de mon devoir.

    Quand elle m’a parlé de Julianne, j’ai senti sa pointe de jalousie, cette morsure douce qui trahit l’amour. Mais elle se trompe. Il n’y a qu’elle. Il n’y a plus de place pour d’autres. Julianne, William, tout ça appartient à un monde que je veux oublier.

    Et puis il y a eu ses mots sur la maternité. J’ai vu dans ses yeux une sincérité brute, presque violente, quand elle m’a dit que l’idée d’enfanter la répugnait. Ce n’est pas un refus d’aimer, c’est autre chose, une peur plus profonde. Elle ne le sait pas, mais je l’ai trouvée courageuse. Elle ne joue pas un rôle avec moi, elle ne me donne pas ce que je veux entendre. Elle me donne ce qu’elle est.

    Je n’ai pas répondu. Pas besoin. J’ai juste resserré mon bras autour de ses épaules. Parce que ce n’est pas un enfant que je veux. C’est elle. Et tout ce qu’elle est, même ses fissures, ses refus, ses contradictions.

    Quand le matin se lève, je suis déjà debout. Je n’ai pas dormi, pas vraiment. J’ai juste veillé. J’ai préparé mon sac, j’ai vérifié mes armes, glissé des rations, et j’ai attaché Thor dans la sangle. Il ne me lâche pas d’un pas. Ce chien est un radar à danger, et un sacré espion miniature. Il dormira à mes côtés. Elle le sait, et ça la rassure. Moi aussi, étrangement.

    Je m’approche du tipi doucement. Elle est là, les bras croisés, le regard noir et les lèvres pincées. Ma boudeuse préférée. Je souris. Forcément.

    –Tu vas finir par me faire croire que tu veux pas que je parte.

    Je m’attends à une remarque sèche, mais elle s’approche et m’assaille de recommandations. Pas de bagarre. Pas de fatigue. Mange. Dors. Protège-toi. Et prends soin de Thor comme s’il était notre gosse.

    Je la laisse parler sans l’interrompre, capturant chaque mot, chaque regard. C’est sa manière à elle de me dire qu’elle m’aime. De me supplier de revenir entier. Je l’écoute, et je me promets de tout faire pour que ce soit le cas.

    Je pose les mains sur ses hanches et je la rapproche de moi.

    — Je te promets. Pas de bagarre. Pas de bêtises. Et dès que j’ai ce qu’il faut, je reviens.

    Je pose mon front contre le sien, et je reste là, suspendu au silence entre nous. Puis je l’embrasse. Pas avec urgence. Pas comme si c’était un adieu. Mais comme une promesse. Silencieuse. Brûlante. Intacte.

    Quand je me recule, elle a les yeux brillants. Moi aussi, sûrement.

    Je lui tends un petit carnet relié de cuir. Il est vide.

    — Note tout. Ce que tu fais avec les gamins. Ce que tu veux construire ici. Tes recettes. Ce que tu ressens. Même ce que tu veux me gueuler dessus. Écris-le. Comme ça, je pourrai tout lire en rentrant.

    Je frôle sa joue du bout des doigts, puis je recule à contrecœur. Nashoba m’attend un peu plus loin. L’équipe est prête.

    Une dernière fois, je me retourne.

    Elle est toujours là. Debout. Droite. Majestueuse dans son pyjama informe et sa colère d’amour.

    Je souris et je pars.

    Pour elle. Pour nous. Pour ce chalet et tous les lendemains qui sentent le bois frais, les gâteaux brûlés, et le cuir de ce carnet qu’elle remplira en m’attendant.

  121. Avatar de C.
    C.

    Le soleil tape déjà haut quand je franchis enfin la frontière de la réserve. Mon sac est poussiéreux, mes bras lourds, mes tempes battent d’une tension qui ne s’est pas relâchée depuis le jour de mon départ. Mais à la seconde où je vois Matoaka m’attendre, je comprends. Elle sait. Elle sait que ce que j’ai vu, ce que j’ai appris, ce que j’ai retenu… Ce n’est pas juste un rapport de mission à débiter. C’est quelque chose que je dois d’abord déposer. Laisser reposer. Avant d’en parler à celle qui me manque depuis sept jours.

    Je réponds à peine aux mots de Matoaka. Mon regard file droit, presque fébrile, vers notre tipi. Le lac est calme. Le vent est doux. Mais je n’ai pas encore retrouvé mon souffle. Pas tant que je ne l’ai pas vue.

    Je soulève le pan de tissu. Et là, je la vois. Recroquevillée dans les draps, son teint pâli, les yeux fatigués. Ma gorge se serre. C’est physique. Brutal. J’ai envie de courir, de la prendre, de la serrer contre moi pour être sûr qu’elle est bien là, bien vivante, malgré cette absence qui m’a rongé.

    Je n’ai même pas besoin de parler. Elle se redresse, fragile mais volontaire, et m’enlace. Et dans ce geste-là, bordel… je retrouve la paix. Elle niche son visage dans mon cou et je respire enfin.

    « – Je ne mangerai plus jamais de poisson de ma vie… »

    Je souris malgré moi. Un sourire en coin, un peu tordu, entre l’inquiétude et le soulagement. Elle est malade, oui. Mais elle est là. Elle a tenu bon. Et son humour, même faiblard, est intact. C’est ce qui me maintient debout.

    Je lui caresse le dos doucement, repoussant les mèches de cheveux collées à sa nuque, et je l’aide à se rallonger tout en m’installant à côté d’elle. Ma main trouve la sienne, naturellement. J’ai besoin de sentir sa chaleur.

    « – Alors ? As-tu des nouvelles pour Londres ? Et William ? Il ne t’a pas cherché la bagarre ?? »

    Je hoche la tête en soufflant par le nez, un rire fatigué, sans vraie joie.

    — Si. Il a essayé.

    Je me tais une seconde, le regard perdu dans la toile du tipi, avant de reprendre.

    — Pas de ses poings. Mais de ses mots. Il sait toujours aussi bien où frapper. Il a été venimeux. Mais il y avait… autre chose. Je crois qu’il est perdu. Plus que je ne l’ai jamais vu. Il y avait de la haine, ouais… mais pas seulement. Il m’a reproché de t’avoir emmenée, de t’avoir arrachée à eux, mais je crois que ce qu’il voulait vraiment dire, c’est que je t’avais choisie. Et pas lui.

    Je soupire, les mâchoires contractées.

    — Quant à Londres, j’ai des pistes. Des vraies. Un ancien contact de Matoaka m’a aidé. Il y aurait un centre encore actif au nord de la ville, un groupe isolé de scientifiques. Ils seraient retranchés sous terre, protégés par une faction armée. Mais personne ne sait ce qu’ils trafiquent vraiment. Et on a perdu contact avec eux depuis deux semaines. Toujours est-il que le nom de Cavill y est souvent cité.

    Je tourne enfin les yeux vers elle.

    — C’est dangereux, mais ça pourrait être ce qu’on cherche. Des réponses. Peut-être même un début de traitement, ou une vérité sur ce virus. Mais c’est un pari. Et pour l’instant, je refuse de partir là-bas sans savoir que tu es en sécurité ici.

    Je l’observe et lui ordonne de se reposer, que je reste près d’elle pour la veiller. En effet, pendant qu’elle dort, je reste tout près à ranger mes affaires. Quand enfin elle se réveille, la nuit est tombée. Elle a les joues un peu rouges, des cernes sous les yeux, et pourtant, elle est magnifique. Sa fragilité n’a rien d’une faiblesse. Elle a tenu la maison, gardé deux enfants, écrit chaque jour, affronté sa propre peur. Sans jamais fuir.

    Je l’embrasse sur le front.

    — J’ai lu ton journal, avouais-je avec un léger sourire, tu m’en veux ?

    Elle me lance un regard à la fois honteux et touché, alors je souris.

    — Tu peux râler… mais je te préviens, je ne regrette pas. Tu ne m’as jamais autant manqué. Et chaque mot que tu as écrit, je l’ai senti dans mes os. Tu crois ne pas être faite pour être mère… mais ce que tu as fait pour ces deux petits, et ce que tu fais pour moi chaque jour, c’est déjà de l’amour. Du vrai. Du courage. Tu es plus forte que tu ne le crois.

    Je la serre un peu plus fort contre moi. Son cœur bat doucement, contre ma poitrine. Et pour la première fois depuis sept jours, j’arrête enfin de me battre. Parce que je suis rentré à la maison.

    — Demain matin j’irais faire mon rapport à Matoaka concernant Londres.. J’espère que ces nouvelles vont la rassurer.

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    C.

    « Elle est enceinte, Ben. »

    Ces trois mots me percutent comme une balle. Je ne ressens pas la joie, l’émerveillement, l’élan que d’autres pourraient avoir à ma place. Non. Je ressens… le vide. Glacial, absolu.

    Le sol semble se dérober sous moi. Je m’accroche au rebord de la table pour ne pas flancher. Je fixe Matoaka, mais je ne la vois plus vraiment. Ce n’est plus elle devant moi. Ce sont les murs de béton de la cellule. L’odeur du sang séché. Le cri étouffé de mon fils. La silhouette tremblante de ma femme. Les hurlements que j’ai entendus sans pouvoir les arrêter.

    Je ravale ma salive. Mon estomac se tord, pas de nausée, non, c’est plus profond. Une déchirure. J’ai l’impression que tout recommence. Que tout va recommencer.

    — Tu… tu es sûre ? que je murmure, mais je connais déjà la réponse. Depuis des semaines je vois Nina dépérir, fondre, se battre contre quelque chose sans y mettre de mots. Je savais que ce n’était pas normal. Mais j’ai voulu croire que ce n’était qu’un contretemps. Un virus, une fatigue passagère. Parce que la vérité m’effrayait.

    Pas peur de l’enfant. Peur de ce que ce monde fait aux enfants.

    Peur de moi, aussi.

    Matoaka parle. Elle évoque le déni, les signes, le choc que ça pourrait provoquer chez Nina. Elle me dit que si nous ne voulons pas de cet enfant, elle pourra… aider. Le mot reste suspendu dans l’air. Je détourne le regard. Je ne réponds pas tout de suite.

    Parce que la vérité, c’est que je suis en morceaux.

    Je suis tombé amoureux de Nina sans l’avoir voulu. Elle est entrée dans ma vie comme une tempête, et j’ai cru que peut-être, peut-être, j’avais le droit à une seconde chance. Mais un enfant ? Un bébé dans ce monde, alors que je n’ai même pas été foutu de protéger le premier ?

    Je ferme les yeux.

    Je revois les chaînes. Les marques sur le petit corps de Cody. Les suppliques de Rita. Le père de Nina…

    Et voilà que la fille de cet homme attend mon enfant.

    C’est trop. Trop de paradoxes, trop de douleur.

    Une main se pose sur mon épaule. Matoaka, encore. Elle ne dit rien cette fois. Peut-être qu’elle comprend que je suis au bord de l’implosion. Que tout ça fait remonter ce que j’ai passé des années à enfouir sous la survie, la mission, le silence.

    — Je ne suis pas prêt, je dis dans un souffle. Je le serai peut-être jamais.

    Ma voix se brise.

    Je me lève. Je fuis presque la pièce. J’ai besoin de m’éloigner. De respirer. De ne pas hurler.

    Quand j’arrive près de notre tipi, je reste dehors un instant. Mes doigts tremblent. Mon front est en sueur. À l’intérieur, Nina dort. Je le sais. Elle est là, fragile, épuisée, et elle ignore encore tout de ce que je viens d’apprendre.

    J’ai envie de rentrer et de la serrer dans mes bras. Et j’ai envie de partir en courant. Ces deux désirs se livrent une guerre violente en moi.

    Et puis je pense à elle. À Nina, qui a déjà tant perdu. À Nina, qui lutte contre ses fantômes. Qui refuse même l’idée de devenir mère. Et je comprends que moi seul, je pourrais devenir un autre traumatisme dans sa vie, si je ne réagis pas avec précaution.

    Alors je souffle. Longuement. Et je me glisse à l’intérieur.

    Elle dort encore. Elle semble paisible. Je m’agenouille près d’elle. Mon regard se pose sur son ventre. Rien ne se voit encore. Mais maintenant je le sais. Je sens son corps fragile porter plus qu’elle ne peut le supporter. Et une part de moi hurle qu’on ne survivra pas à ça. Qu’un bébé ici, dans ce monde, c’est une condamnation.

    Mais l’autre part… La plus enfouie. Celle que j’ai cru morte avec Cody…

    Cette part-là chuchote : Et si ? Et si cette fois tu pouvais les protéger ? Et si cette fois tu n’échouais pas ?

    Je tends la main, mais je m’arrête à quelques centimètres. Pas encore. Pas maintenant. J’ai besoin de temps. De comprendre. De me pardonner l’échec d’hier avant de pouvoir accepter l’espoir de demain.

    Je reste là, à veiller sur elle. Sans un mot. Et même si je suis terrifié… je ne bouge pas.

    Peu de temps après, je la vois qu’elle bouge et ses yeux s’ouvrent. C’est instinctif, pour l’un comme pour l’autre, nous sentons la présence de l’autre. Elle me sourit et je flanche.

    — Nina, commençais-je a genoux près du lit, tu es enceinte..

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    C.

    Je reste figé devant elle, incapable de bouger alors que ses genoux touchent le sol et que ses sanglots me déchirent le ventre.

    Elle est là, brisée, et pourtant c’est moi qui me sens en morceaux. Parce que je comprends. Parce que je la comprends trop bien.

    Elle ne dit rien. Les trois tests derrière elle crient la vérité qu’elle refuse d’entendre. Et moi, je suis là, témoin de son effondrement, sans savoir quoi faire de mes bras, de mes mots, de mon cœur qui cogne contre ma cage thoracique comme un animal en panique.

    Je m’accroupis lentement. Je ne veux pas qu’elle ait l’impression que je la domine, que je lui impose quoi que ce soit. Alors je m’abaisse à son niveau. Je tends les bras, mais je ne la touche pas encore. Je lui laisse l’espace de choisir. Et quand enfin, elle s’effondre contre moi, je la serre doucement, comme si elle allait se briser encore davantage si je la serrais trop fort.

    Ses sanglots mouillent ma chemise, mais je m’en fous. Je frotte lentement son dos, je lui chuchote des choses qu’elle n’entend probablement pas : c’est pas grave, je suis là, je te lâcherai pas.

    Je prends une grande inspiration, pour moi, pour elle, pour essayer de parler sans que ma voix tremble.

    — Je sais que t’as peur. Moi aussi, Nina.

    Je marque une pause. Elle ne dit rien. Elle respire fort, le front contre mon torse.

    — J’ai peur de te perdre. J’ai peur de perdre le bébé. J’ai peur… de tout recommencer. De revivre l’enfer. Tu le sais, pas vrai ? Je t’ai jamais raconté tous les détails. Mais tu sais ce qui est arrivé à Sarah et Nathan. Et chaque jour depuis… je me réveille avec leur absence, avec ce vide qui me bouffe.

    Je sens ses doigts s’accrocher à ma chemise, trembler légèrement. Alors je continue, plus bas, plus doux :

    — Quand Matoaka m’a dit que tu étais enceinte… j’ai paniqué. C’était comme un coup dans la poitrine. Pas parce que je ne voulais pas de cet enfant… mais parce que j’avais l’impression qu’on allait le perdre avant même de le tenir dans nos bras.

    Ma voix se serre. Je lève les yeux vers le plafond, essaie de ravaler les larmes que je n’ai plus versées depuis des années. Je ne veux pas qu’elle porte aussi mon chagrin.

    — Mais ensuite je t’ai regardée. Toi. Ta force, même quand tu refuses de la voir. Ta rage, ton instinct. Tu n’es pas comme les autres femmes, Nina. Tu es née pour survivre. Et peut-être… peut-être que cet enfant aussi est né pour survivre. Peut-être qu’il est là malgré tout. Peut-être qu’il est… un miracle.

    Elle tremble encore. Je la serre un peu plus contre moi.

    — Je ne te demande pas de te réjouir. Ni d’oublier ce monde, ni ta peur. Je veux juste que tu saches que tu n’es pas seule. Et que moi… je suis là. Je le resterai. Même si t’as besoin de temps, même si tu veux hurler, fuir, pleurer. Je resterai. Et si.. Et si tu veux qu’on y mette fin, je serai là aussi.

    Un silence s’installe, entrecoupé par sa respiration encore haletante.

    — On ne gâchera pas cette chance, Nina. Même si tout en nous hurle que ça va mal finir. Parce que si on abandonne avant d’avoir essayé… alors on est déjà morts. Et je refuse que tu meures. Je refuse que notre enfant meure. Pas tant que je suis vivant.

    Je baisse les yeux vers elle. Mes doigts s’emmêlent doucement dans ses cheveux. Elle lève la tête, les yeux gonflés, rougis, pleins d’un mélange de détresse et d’amour.

    — Ce monde est un enfer, oui. Mais peut-être qu’on peut y construire un petit coin de lumière. Juste assez grand pour toi, moi… et ce petit être qu’on a créé sans le vouloir, mais peut-être pas par hasard.

    Je tends la main derrière elle. J’attrape les trois tests. Je les regarde à peine. Ce n’est plus nécessaire. Ce n’est pas la science que j’essaie de convaincre. C’est elle. C’est moi. C’est nous.

    — On trouvera comment vivre avec ça. Pas à pas. À ton rythme. À notre manière.

    Je pose enfin les tests sur la table. Et je l’attire doucement contre moi à nouveau, en silence. Il n’y a plus rien à dire pour l’instant. Juste rester là. Être là. Entiers, malgré les fissures. Ensemble

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    C.

    Elle me surprendra toujours.

    Il y a une heure, elle rejetait tout en bloc — les tests, la possibilité, le monde, moi, peut-être. Et maintenant, elle me parle avec ce regard brûlant de gravité, d’exigence, presque d’autorité. Ce n’est plus la Nina blessée, brisée, que je tenais tout à l’heure contre moi. C’est autre chose. Quelque chose de neuf. De primitif. D’indomptable.

    Une louve.

    Je la vois changer sous mes yeux, sans qu’elle s’en rende vraiment compte. Elle a encore les yeux rouges, les joues creusées par les larmes, la gorge nouée par l’émotion, et pourtant… elle défend déjà ce qu’elle refusait de croire quelques instants plus tôt. Pas avec la raison. Mais avec l’instinct. Le même qui m’a attiré vers elle dès notre première nuit. Le même qui la rend unique dans ce chaos.

    Elle me parle de Londres. De l’absence. De l’enfant à venir qui ne doit pas connaître les mêmes douleurs que nous. Et même si mon cœur se serre en pensant à la mission que je dois encore accomplir pour Matoaka… je sais déjà que je ne pourrai pas la laisser, pas comme ça. Pas maintenant.

    Mais ce n’est pas ça le plus bouleversant.

    C’est ce moment.

    Ce geste.

    Elle prend ma main, ferme et décidée, et l’applique contre son ventre. Ce ventre encore plat, invisible aux yeux du monde, mais qui porte déjà une promesse. Une vie. Une peur immense. Une lumière aussi.

    Et elle ne me regarde pas avec douceur. Elle me regarde avec détermination.

    Comme si elle me lançait un défi. Comme si elle me disait : ce n’est plus négociable, Ben. On fait équipe. À trois.

    Et là, malgré tout, un sourire se faufile sur mes lèvres. Pas un sourire moqueur. Pas un rire nerveux. Un sourire tendre, silencieux, presque incrédule.

    Elle ne veut pas de ce bébé, disais-tu, Ben ? Regarde-la maintenant.

    Tu voulais l’épargner. Tu voulais la protéger, ne pas forcer les choses, ne pas la pousser, et voilà qu’elle te devance. Qu’elle te donne une leçon de courage.

    Je fais glisser mes doigts doucement sur la peau de son ventre à travers le tissu. Mon cœur bat plus vite que je ne l’aurais cru. Il y a de la peur, toujours. Mais elle vient de me donner quelque chose de précieux : une raison de rester debout. Une cause à défendre. Quelque chose à aimer plus fort encore que ma mémoire.

    Je garde ma main contre elle, et je murmure, les yeux dans les siens :

    — Je te le promets.

    Je laisse un silence, parce que la promesse pèse, et qu’elle mérite d’être portée.

    — Je vous promets de ne plus jamais vous abandonner. Ni toi, ni ce petit être. On fera face à tout. Ensemble. Trois contre le monde. Même si ça fait peur. Même si ça fait mal. Je préfère avoir peur avec toi que d’être loin sans vous.

    Je vois sa gorge se serrer, ses yeux cligner trop vite. Je passe une main sur sa joue et j’embrasse doucement son front.

    — Tu sais que tu viens de m’ordonner de rester à jamais à tes côtés avec la même voix que quand tu me demandes de réparer une latte de bois ? C’est terrifiant.

    Elle esquisse un petit rire, malgré elle, malgré tout.

    Je continue, un peu plus doucement.

    — Tu dis que tu n’auras jamais l’instinct… Mais tu viens de me faire la plus belle démonstration de ce qu’est l’amour d’une mère. Tu l’as eu sans réfléchir. C’est ça, le vrai instinct, Nina. Pas les bouquins, pas les couches ou les listes. C’est cette force-là. Celle qui m’a touché tout à l’heure, quand tu as dit que ce bébé devait avoir nous. Pas un des deux. Nous deux.

    Je garde le silence un instant. Le feu du poêle crépite doucement dans notre chalet presque terminé. Thor ronfle dans un coin, comme pour donner son aval silencieux à notre pacte.

    Je l’attire contre moi, plus fort.

    — On va le faire. Même si c’est bancal, même si on bricole. On va lui construire un monde à notre image. Un monde un peu foutu, mais rempli d’amour, de boue, de livres… et de nous.

    Je baisse la voix, plus ému que je ne voudrais le montrer :

    — Et s’il te ressemble… alors ce sera le plus beau gosse de la réserve. Même s’il pue comme un petit loup. Et s’il me ressemble… eh bien, on aura au moins une bonne excuse pour les nuits sans sommeil.

    Elle rit cette fois. Un vrai rire. Court, fragile, mais sincère. Et c’est tout ce que je veux pour ce soir. Ce tout petit éclat de lumière.

  125. Avatar de C.
    C.

    Je la regarde sortir de la salle de bain, sa peau encore perle de vapeur, et je me dis que si un paradis existe encore quelque part dans ce monde foutu, alors il est là, juste là, dans cette pièce en bois, avec elle.

    Puis la serviette tombe.

    Et je le vois.

    Le début d’un monde.

    C’est minuscule, à peine une courbe. Une douce bosse sur le bas de son ventre. Mais pour moi, c’est un séisme silencieux. J’en ai le souffle coupé. Ce n’est plus un rêve, ce n’est plus une idée, ni un test, ni un espoir fragile. C’est là. C’est vrai. Je tends la main, presque avec crainte, et je la pose sur cette nouvelle forme. Ma paume enveloppe la rondeur à peine naissante, comme si je pouvais déjà sentir le cœur de ce petit être battre au creux d’elle.

    Et j’oublie tout.

    Les cris, les incendies, la douleur, la guerre, les cadavres… eux.

    Je n’oublie pas mon fils. Je n’oublie pas ma femme. Mais pendant une seconde, je peux respirer sans qu’ils me hantent. Parce que cette femme, cette force de la nature, me donne une seconde chance. Et ça n’a pas de prix.

    Elle commence à parler — de son envie que notre enfant me ressemble, de ses projections, de ma future paranoïa de père. Elle me fait rire, elle me fait soupirer, elle me fait rougir aussi, sûrement. Je cache mon trouble derrière un petit grognement théâtral.

    — Tu crois que je vais supporter de la voir grandir et charmer tout le monde avec ta bouille ? Ce sera un enfer pour moi, ce gamin. Fille ou garçon, ça va me retourner la tête.

    Je dis ça avec humour, mais la vérité, c’est que j’en suis déjà gaga. C’est ridicule. Irrationnel. Et pourtant, je pourrais déjà me battre contre le monde entier pour ce minuscule ventre qui commence à pousser.

    Puis vient sa demande. L’hôpital. L’échographie. Je vois dans ses yeux une inquiétude qu’elle tente de dissimuler sous l’aspect technique. Mais je la connais trop bien maintenant. Elle n’a pas peur pour elle. Elle a peur pour lui. Pour elle. Pour ce bébé.

    Et moi… je déteste ce que je vais devoir lui dire.

    Je soupire. Je m’approche. Mes mains caressent ses hanches.

    — Nina…

    Je cherche mes mots, pas pour la ménager, mais pour ne pas blesser cette force fragile qu’elle incarne maintenant.

    — Je comprends ton idée. Et tu sais quoi ? Elle est brillante. Si on pouvait ramener du matériel médical ici, ça changerait la vie de la réserve. Pour nous, pour les autres. C’est un beau projet, et je suis fier de toi pour y avoir pensé. Vraiment.

    Je caresse sa joue. Doucement.

    — Mais toi, tu ne sortiras pas de la réserve.

    Je sens déjà sa résistance. Je continue, avant qu’elle ne puisse protester.

    — Ce n’est pas négociable. J’ai juré de vous protéger, et ça commence maintenant. Je partirai, s’il faut. Avec Nashoba, avec des hommes entraînés. On fera ça vite, proprement. On prendra ce qu’on peut. Mais toi, tu restes ici.

    Ma voix est ferme. Intransigeante. Pas parce que je veux la contraindre — mais parce que je l’aime à en crever. Parce que si je la perds, je ne me relèverai pas cette fois.

    — Tu portes quelque chose de trop précieux. Pas juste pour moi. Pas juste pour toi. Pour ce monde aussi. Ce bébé, c’est un miracle. Et je refuse de le risquer.

    Je me laisse tomber sur le lit, l’attire à moi pour qu’elle s’allonge contre mon torse. Son front vient se poser juste là, sous mon menton. Je la berce un peu. Je sens sa respiration ralentir. Elle écoute. Elle ne proteste pas — pas encore.

    Je parle à nouveau, plus doucement.

    — Je suis en train de changer, tu sais ? Ça me fait peur. Mais j’aime ça. J’aime nous. Et je crois que je suis prêt. Pas à tout affronter. Mais à tout tenter. Avec toi. Parce que je me sens mieux, plus vivant, plus libre, depuis que je te regarde parler au bébé comme à un soldat qu’il faut déjà former.

    Je ris doucement. Elle sourit contre moi.

    — T’es déjà une mère louve. Et ce petit pois a déjà de la chance. Il aura toi. Moi, je vais essayer de faire de mon mieux.

    Je fais une pause.

    Puis, du bout des lèvres, contre ses cheveux :

    — Et le jour où tu voudras qu’on se lève pour partir le chercher à l’école, qu’on lui fabrique des arcs en bois, qu’on dorme tous dans le salon parce qu’il a peur du noir… je serai là. Toujours. Et si un jour il tombe malade, ou si elle pleure pour rien, ou si vous vous disputez, je serai là aussi. Parce que c’est ce que tu m’as appris, Nina. On ne fuit plus. On reste. On tient bon.

    Mais alors que je la sens se renfrogner, j’en profite pour changer nos positions et venir embrasser sa peau. Je pars de son cou, frôle ses seins nu si adorable, son ventre et enfin entre ses cuisses :

    — On a encore quelques mois à pouvoir profiter de l’un et de l’autre sans protection.. est-ce que tu veux te laisser tenter ?

    Un sourire amusé s’affiche sur mes lèvres alors que deja ma langue s’aventure contre son sexe.

  126. Avatar de C.
    C.

    Je ne dors pas.

    Elle, oui. Elle dort comme une reine sauvage, nue sur moi, son souffle chaud contre ma peau. Sa main, à moitié glissée sur mon ventre, dort elle aussi. J’ai une vue parfaite sur ses cheveux éparpillés et le drap froissé autour de nous. Tout est parfait, incroyablement parfait. Ce chalet, cette nuit, ce bébé. Et pourtant…

    Et pourtant je suis déjà ailleurs.

    Je suis dans cette route que je vais prendre tout à l’heure, dans cette forêt où les branches peuvent dissimuler des infectés ou des hommes désespérés. Je suis dans les couloirs vides d’un hôpital abandonné. J’entends les pas, les cris étouffés, les souvenirs. Je suis avec eux aussi — avec mon fils, avec Rita. Avec eux. Et avec la peur, cette peur poisseuse qui ne me quitte jamais.

    Mais ensuite, elle parle. Sa voix râpeuse, encore pleine de sommeil :

    — “J’ai des courbatures… mais ce sont de délicieuses courbatures…”

    Je souris. Malgré tout. Parce qu’elle a ce don. Ce pouvoir fou de transformer le pire monde en quelque chose de vivant. Elle me caresse du regard. Elle me parle de promesses. De départs. De retours.

    Et moi, je l’écoute.

    Je l’embrasse. Je lui promets. Je mens un peu, comme tous les hommes qui partent.

    Mais je lui promets.

    Le jour se lève. Je suis en tenue. Un sac à dos plein de provisions, une radio de fortune sur l’épaule, mon fusil bien entretenu. Nashoba est déjà dehors, silencieux comme toujours. D’autres hommes nous rejoignent. Je m’éloigne du chalet, mais mon cœur reste à l’intérieur. Il bat plus vite que d’habitude. Il bat pour deux. Peut-être trois.

    Avant de quitter la réserve, je m’arrête un instant à la lisière du camp. Matoaka m’y attend. Bras croisés, regard dur. Elle ne me prend pas dans ses bras. Elle ne me sourit pas.

    —- Tu sais que je n’étais pas pour. Je t’ai laissé le faire parce qu’elle en avait besoin. Parce que je vois ce que vous êtes en train de construire tous les deux. Mais ça ne veut pas dire que je suis sereine, Ben.

    Je baisse les yeux, comme un gosse qui se sait fautif.

    — Je sais.
    — On avait un accord. Tu devais partir pour Londres. Et on a retardé. On a attendu. Pour vous. Pour votre histoire. Je l’ai fait parce que je t’estime. Mais on ne peut pas toujours faire passer vos priorités avant tout.

    Je serre les dents. Je me sens coupable. Honteux. Et pourtant, je ne regrette rien. Je ne peux pas regretter Nina. Le bébé.

    — Je trouverai une autre solution pour Henry. Je te le promets.

    Matoaka me fixe longuement.

    — Tu ferais mieux d’en parler à Nina. Parce que tu le sais, elle ne voudra pas. Mais il faudra bien y aller.

    Je hoche la tête. Je sais. Et je m’en veux déjà. Parce que je vais devoir la convaincre. Et peut-être lui briser le cœur pour sauver un homme qu’elle attend. Un homme qu’elle aime peut-être aussi passionnément que j’aime ma femme.

    Sur la route, les arbres défilent. La végétation est épaisse. Les voitures renversées, rouillées, témoignent du chaos. Nashoba marche devant, silencieux. Moi, je suis en arrière, dans mes pensées.

    Je repense à elle. À la nuit dernière. À sa bouche, à ses mains, à sa volonté brûlante de me faire oublier que je partais. Son désir n’avait rien d’égoïste. C’était un langage. Un cri d’amour. Une peur aussi.

    Et je me suis laissé faire. Je me suis abandonné. J’ai goûté chaque seconde, chaque plainte, chaque frisson. Je me suis noyé en elle parce que je savais que ce matin, il faudrait que je sois autre chose. Plus fort. Plus froid.

    Je me rappelle aussi cette façon qu’elle a eue de poser ma main sur son ventre.

    Ce geste. Ce putain de geste.

    Comme si elle me disait : C’est toi qui dois veiller sur nous maintenant. Tu n’as plus le droit de fuir. Tu n’as plus le droit de mourir.

    Et elle a raison.

    Je ne peux pas échouer. Ni à ramener l’échographe. Ni à la convaincre, plus tard, de me laisser partir pour Londres.

    Parce que même si je ne veux pas m’éloigner d’elle, même si l’idée de la quitter me terrorise, je sais que si je n’y vais pas, on aura toujours cette dette entre nous. Et elle mérite un monde sans dette.

    Je resserre la sangle de mon sac. Nashoba s’arrête, lève le poing. Un bruit. Un mouvement. On se fige. Un infecté sort des feuillages, hagard. Une balle suffit. Mais le silence est rompu. Nous ne sommes pas seuls.

    Et soudain, tout redevient limpide. Je suis Ben. Je suis vivant. Je suis père. Et je vais ramener ce putain d’échographe. Parce que c’est tout ce que je peux faire aujourd’hui pour elle. Pour eux.

  127. Avatar de C.
    C.

    Le silence de l’hôpital était presque plus inquiétant que des cris. Le genre de silence qui pèse, qui te colle à la peau, qui fait résonner le moindre pas comme un coup de feu. Les hommes avançaient avec moi, armes prêtes, souffles courts. On avait divisé le groupe pour fouiller les étages, repérer ce qui pouvait encore fonctionner. Je n’ai pas lâché la photo de l’échographe que Madame Livaro m’avait donnée. C’était ça que je devais trouver. Pour Nina. Pour notre bébé.

    Mais les couloirs n’étaient pas vides.

    Les infectés sont sortis d’une salle de chirurgie comme des bêtes sauvages. Ils ont attaqué sans réfléchir, poussés par une rage aveugle. On a dû tirer. Hurler. Se battre. On a perdu des minutes précieuses à sécuriser le secteur, mais on les a eus. Sans pertes, heureusement. Mais l’adrénaline m’a laissé la gorge sèche pendant des heures.

    On a trouvé de quoi remplir trois camions. Générateurs solaires, machines, moniteurs, des médicaments que j’aurais cru disparus depuis des années. Des respirateurs, même un fauteuil roulant flambant neuf. On a chargé à la hâte. Il y avait du sang sur mes gants, mais pas le mien. Tout ce qui comptait, c’était de rentrer. Revenir à Nina. À elle.

    Sur la route du retour, j’ai repensé à Matoaka. Sa voix résonne encore en moi.

    — Tu ne tiendras pas éternellement ta promesse, Ben. Tu m’as demandé de croire en vous deux, et j’ai cru. Mais il faut que tu comprennes… J’ai laissé beaucoup de choses passer pour vous. Tu me dois Londres. Tu me dois Henry.

    Elle avait raison. Et je m’en veux. Je n’ai pas tenu parole. Parce que Nina est devenue mon monde. Mais peut-être… peut-être qu’un jour, je pourrai faire les deux.

    Quand les roues des camions ont crissé sur les pierres de la réserve, j’ai à peine freiné avant de sauter dehors. Elle était là. Mon refuge. Mon feu sacré. Nina. Je l’ai serrée contre moi, enfoui mon visage dans ses cheveux. Elle allait bien. Le bébé aussi, j’en étais sûr.

    « – Ça a été ? Personne n’a été blessé ? »

    J’ai hoché la tête, incapable de parler tout de suite. Mon cœur battait trop fort. Pour elle. Pour ce qu’on allait vivre ce soir.

    La nuit tombe. On entre dans le dispensaire. L’échographe bourdonne doucement. La pièce est silencieuse, remplie de chaleur et de tension douce. Je suis assis, la main dans celle de Nina, pendant que Madame Livaro prépare la machine. Je n’ose presque pas respirer.

    Puis, l’image apparaît.

    Le monde entier semble se figer.

    Un petit corps. Une forme minuscule, mais complète. Des bras, des jambes. Un visage. Notre bébé. Mon cœur explose dans ma poitrine. Et puis ce son. Ce miracle : un battement. Fort, régulier, affirmé.

    « – Je dirais que tu viens d’arriver dans ton quatrième mois de grossesse… Pour moi, tout va bien. Le bébé a les bonnes courbes et je ne vois rien d’anormal… Je crois même connaître le sexe… »

    Je tourne la tête vers elle, le souffle suspendu.

    « – Oui, regarde… On voit que c’est une petite demoiselle qui pousse en toi… »

    Une petite fille.

    Mes yeux picotent, et je sens les doigts de Nina serrer les miens plus fort.

    « – Tu vas devoir supporter deux femmes dans ta vie, mon Amour… »

    Je ne peux que sourire, même si ma gorge se serre.

    Je vois cette silhouette sur l’écran et je ne suis plus tout à fait l’homme que j’étais. Je ne suis plus l’homme du deuil, ni celui du remords. Je suis le père d’une petite fille à naître. Et à cet instant précis, dans cette salle d’examen improvisée, je me jure qu’elle ne connaîtra jamais la peur. Ni la perte. Je les protègerai toutes les deux. Jusqu’à mon dernier souffle.

    Le silence du chalet n’a rien à voir avec celui de l’hôpital. Ici, il est doux. Apaisant. Il sent le bois neuf, les draps propres, les vies qu’on commence.

    La nuit est tombée depuis un moment, mais on ne dort pas encore. Nina est allongée contre moi, lovée comme si elle essayait de disparaître dans ma chaleur. Sa peau est douce, son souffle lent. Elle s’est endormie il y a quelques minutes, la tête sur mon torse, mes doigts caressant distraitement son dos.

    Je ne parviens pas à fermer l’œil.

    Je suis trop… heureux, peut-être. Ou juste trop ému pour dormir. Je me surprends à sourire bêtement alors que ma main glisse doucement sur son ventre, qui commence à se tendre, doucement bombé sous la couverture.

    Elle est là. Notre fille. Elle existe.

    — Hé, petit pois…

    Ma voix n’est qu’un murmure. Nina dort toujours, ou peut-être qu’elle m’entend dans ce demi-sommeil étrange des femmes enceintes. Mais je continue, pour elle. Pour elle surtout.

    — Je sais pas si tu m’entends, mais… je voulais juste te dire bonsoir.

    Je laisse mes doigts suivre les courbes nouvelles de son ventre. Je la sens là, quelque part. Minuscule et gigantesque à la fois. Comme un miracle coincé entre deux battements de cœur.

    — Tu sais… j’ai eu une autre vie avant celle-ci. Une vie que j’ai laissée derrière moi. Pas par choix. Mais parce que ce monde est tombé. Et avec lui, j’ai perdu des gens. Des rêves. Mon fils, ton grand frère..

    Ma gorge se serre. Mais je souris en dépit de tout. Je ne veux pas qu’elle ressente la douleur. Pas ce soir.

    — Et puis… ta maman est arrivée. Elle a débarqué dans ma vie comme une foutue tempête. Elle était en colère, elle mordait à pleines dents, elle criait et elle se battait. Et pourtant… je crois que c’est elle qui m’a sauvé.

    Je me penche doucement pour poser mes lèvres sur ce petit ventre tendu. Un baiser, timide, comme un pacte.

    — Je sais pas si je vais être un bon père. Mais je sais que je ferai tout pour te protéger. Je veux te voir rire. Courir. Tomber et te relever. T’entendre m’appeler papa.

    Un frisson me traverse. Pas de peur cette fois. D’espérance.

    — Et tu sais quoi ? Tu vas avoir la plus belle des mamans. Elle est plus forte que le monde entier. Même si elle ne s’en rend pas compte encore. Elle t’aimera comme personne.

    Je ferme les yeux. Nina bouge à peine dans son sommeil, comme si elle sentait qu’on parlait d’elle. Je la serre un peu plus fort contre moi, ma main toujours posée sur cette vie qu’on a créée.

    — On est là tous les deux. Tu peux venir, petit pois. Tu es aimée. Déjà.

    Je reste ainsi longtemps, à parler tout bas. Des choses simples. Des histoires que je voudrais lui raconter. Des chansons que je ne connais plus. Des espoirs qu’on pensait oubliés.

    Puis je m’endors, enfin, contre ma femme et ma fille, dans ce lit qui sent la sciure et l’avenir. Et pour la première fois depuis très, très longtemps, je n’ai plus peur.

  128. Avatar de C.
    C.

    Je sens la fureur avant même de l’admettre.

    Je descends la pente comme un orage, mes bottes heurtant la terre battue de la réserve, et je la vois. Tranquille. Assise. Thor à ses pieds. Le monde autour d’elle semble figé, comme si rien ne pouvait la toucher. Et moi, je suis déjà en train de bouillir de l’intérieur. Parce qu’elle m’a menti. Parce qu’elle me cache des choses. Et parce que cette foutue idée pourrait la tuer.

    Et notre fille avec elle.

    Nashoba est juste derrière moi. Il a croisé ses bras quand je l’ai entendu me rapporter ce qu’elle lui avait dit. Il a bien fait. Il avait raison de venir me trouver. Mais à cet instant, j’ai du mal à faire la part des choses entre la peur, la colère… et la blessure.

    Elle se lève. Comme si elle m’attendait. Comme si elle était prête.

    Mais moi, je ne suis pas prêt à l’entendre me défendre l’indéfendable.

    — Tu veux quoi, Nina ? Hein ? Que je reste ici à t’attendre pendant que toi, tu vas te jeter dans la gueule du loup ?! Tu veux faire quoi ? Recontacter ton père ? Celui qui a torturé ma femme et tué mon fils ?!

    Je la vois tressaillir, mais je continue. Je ne peux pas m’arrêter. Pas maintenant.

    — Tu m’as interdit d’aller à Londres, Nina. Et tu as eu raison. Parce que t’as peur. Parce que t’as compris que je pouvais y laisser ma peau. Mais toi… toi, tu crois que c’est différent ? Tu crois que parce que tu sais faire les yeux doux et que tu es maligne tu vas tout réussir ??

    Je la désigne, furieux, et je désigne son ventre aussitôt.

    — Tu n’es plus seule, bordel ! Tu peux plus faire ce genre de plans dans ton coin. Pas avec ce ventre. Pas avec elle qui pousse en toi.

    Je m’approche, plus doucement cette fois. Ma voix baisse. Elle ne tremble plus de colère, mais d’un mélange de douleur et de désespoir.

    — J’ai pas dormi pendant des semaines en t’imaginant mourir. Je me réveille parfois en croyant entendre ton cri. Et maintenant qu’on a une fille, que t’as changé mon monde, tu veux me rayer de l’équation ?

    Elle ouvre la bouche mais je l’arrête d’un geste.

    — Non. Tu m’écoutes maintenant. Tu m’as dit hier que je serais pas seul, que je devrais rester avec vous. Que cette famille devait se faire à trois. Et moi j’ai promis. Je l’ai gravé dans ma tête. Mais toi ? Tu fais quoi ? Tu décides seule, dans ton coin ?

    Je passe une main sur mon visage. Je tente de respirer, de me calmer.

    Mais la vérité, c’est que je suis brisé par cette trahison. Parce qu’elle part d’un bon sentiment. Parce qu’elle croit bien faire. Parce qu’elle croit que je suis incapable d’aller parler à son père, incapable de faire ce sacrifice. Et elle veut le faire elle-même.

    Je relève les yeux vers elle.

    — J’ai perdu une famille une fois. Et maintenant, t’es en train de jouer avec la nouvelle. Et c’est encore ton père dans l’équation !

    Je tends le bras, doucement, vers son ventre.

    — Je peux pas la perdre, Nina. Et je peux pas te perdre toi non plus. Alors si tu crois que je vais rester là à regarder la femme que j’aime se jeter dans la gueule du diable, t’as pas compris.

    Un silence s’installe. Je m’approche encore, plus près, jusqu’à ce que ma voix devienne presque une caresse rauque.

    — Tu veux qu’on trouve ton père ? Très bien. On va le faire. Ensemble. Mais je jure devant toi, devant elle, que je ne te laisserai jamais partir seule. Tu es ma femme. Elle est notre fille. On ne prend plus de risques séparément.

    Je pose ma main sur son ventre.

    — Ce que tu ressens là ? Ce besoin de tout faire pour elle, de tout risquer ? C’est ce que je ressens pour toi, Nina. Depuis le début.

    Et je la regarde droit dans les yeux.

    — Alors maintenant, tu vas devoir choisir : tu veux me laisser t’aider, ou tu veux que je te regarde disparaître pendant que notre fille meurt avec toi ?

  129. Avatar de C.
    C.

    Mon cœur tambourine comme si je venais de courir toute la réserve d’un trait.

    Je suis encore en colère. Je suis encore blessé. Mais quand sa main vient chercher la mienne et qu’elle la pose sur son ventre, tout change.

    Tout.

    C’est fragile. Léger. Mais c’est réel. Un coup. Puis un deuxième. Comme un petit battement de tambour contre ma paume. Un petit rappel : elle est là. Pas demain. Pas dans six mois. Là. Vivante. Présente. Et déjà capable de s’agiter pour réagir à ma voix.

    Je reste figé.

    Les battements de mon cœur ralentissent. Ma respiration devient plus lente. Et je crois… je crois que je souris. Ce n’est pas un rictus nerveux ni un sourire poli. C’est quelque chose de plus profond. De plus vieux que moi. Plus fort que ma colère.

    Je lève les yeux vers Nina et j’aime la voir rire. Malgré qu’elle essaie de contenir sa propre émotion. Et là, sans que je m’y attende, elle dit ce prénom.

    « Charlotte Emilia Miller. »

    J’ai l’impression que tout l’air quitte mes poumons. Mon regard se fige. Ma gorge se serre.

    Elle ne peut pas savoir à quel point ça me touche. À quel point c’est un coup direct dans mes fondations.

    Charlotte, ma mère. Cette femme qui était la lumière dans l’ombre, la chaleur dans l’hiver. Cette femme que j’ai enterrée sans pouvoir la pleurer à cause de l’effondrement du monde. Parce qu’il fallait continuer. Parce qu’il fallait survivre.

    Et maintenant, ce prénom renaît dans la bouche de la femme que j’aime. Pour notre fille.

    Ma voix est rauque quand elle revient.

    — C’est.. C’est parfait, mon amour… C’est… c’est magnifique.

    Je baisse la tête. Je n’arrive même pas à parler pendant quelques secondes. Je me contente de presser un baiser tremblant sur son ventre. Et puis sur sa main.

    — Merci.

    Un mot. Simple. Mais lourd.

    Je relève les yeux vers elle, et j’y mets tout ce que je ressens. Elle vient de faire plus que m’apaiser. Elle m’a ramené à moi-même. À ce que je suis. À ce que je veux être pour elle. Pour notre fille.

    Je caresse doucement le bas de son ventre.

    — Je vais réfléchir à ton idée. Promis. Tu as raison sur un point : si le gouvernement a encore ces moyens, on doit au moins tenter. Si ton père est encore en vie, il nous doit ça. Et s’il veut t’approcher, je saurai comment le tenir à distance.

    Je me relève, un peu à contrecœur. Il me reste du travail dehors. Je dois aider à consolider la réserve de vivres, trier les appareils ramenés de l’hôpital. Mais avant de partir, je la regarde droit dans les yeux.

    — Mais Nina…

    Je me penche vers elle, mes mains sur ses joues.

    — Tu dois me jurer de ne plus jamais me cacher quoi que ce soit. Plus jamais. Pas sur toi. Pas sur Charlotte. Même si tu crois que c’est pour me protéger. Même si t’as peur. On est une famille. On doit tout se dire. D’accord ?

    Je la sens hocher la tête, ses yeux brillants.

    Alors je l’embrasse. Longuement. Amoureusement.

    — Je reviens pour le dîner. Et cette nuit, c’est toi qui viendra sur moi, d’accord ?

    Je sors, le cœur allégé et un sourire malicieux suite à la promesse d’une soiree sensuelle. Pas parce que tout est simple. Mais parce qu’on vient de faire un pas de plus. Vers une vie réelle. Une vie qu’on construit ensemble.

    Et dans ma tête, en marchant vers l’atelier, une promesse prend racine : Je ramènerai Henry. Je ramènerai la paix. Et personne ne touchera à ce foyer que nous avons créé.

  130. Avatar de C.
    C.

    Je ne m’attendais pas à ce que la chaleur de la journée soit balayée par celle de son désir. Mais quand Nina s’est approchée avec ses joues roses et ses yeux brillants, j’ai su. Je l’ai senti avant même qu’elle parle.

    Et quand elle m’a dit d’un ton pressant qu’on devait rentrer au chalet « tout de suite », j’ai su que ce n’était pas une question.

    Je la suis sans discuter, le cœur battant, la peau encore couverte de sueur. Il y a dans sa voix quelque chose d’insolent, de brûlant, de terriblement vivant. Je crois que je pourrais l’aimer encore un peu plus à chaque fois qu’elle me surprend comme ça.

    À peine entrés dans le chalet, elle se jette sur moi avec une fougue qui m’arrache un rire bas, rauque, presque stupéfait. Je recule sous la force de ses baisers jusqu’à tomber sur le canapé, le souffle coupé par son regard affamé.

    Et là… je me laisse aller.

    Elle murmure que je suis sexy, que je la rends folle, et je vois ses joues chauffer, autant que mon ventre se contracte de désir. Je ne peux pas détacher mes yeux d’elle quand elle enlève son haut. Son corps change, oui — mais ce changement est un miracle. Ce ventre qui s’arrondit, cette poitrine tendue, ses joues pleines d’éclat… C’est ma femme, et c’est la mère de ma fille. Je crois que je pourrais m’agenouiller devant elle.

    Je tends la main vers sa fesse et je l’attire doucement contre moi.

    — Tu es magnifique… Tellement magnifique que j’ai l’impression que tu vas m’achever.

    Je laisse mes mains explorer ses hanches, ses fesses, lentement, avec une tendresse brûlante pendant que mon sexe tendu s’épanouit entre ses cuisses. Je ne veux pas précipiter ce moment. Je veux le savourer. Lui offrir ce qu’elle cherche, ce dont elle a besoin.

    Chaque soupir qu’elle émet devient une mélodie que je cherche à prolonger. J’effleure, j’explore, je joue. Ma bouche cherche les endroits où elle frissonne, mes paumes apprennent les nouvelles courbes de son corps comme s’il s’agissait d’une carte sacrée.

    Et peu à peu, je la sens s’abandonner.

    Je veux l’apaiser. L’embraser. L’adorer.

    Parce qu’elle est mon foyer. Parce qu’elle est mon monde. Et parce qu’elle m’a donné la plus belle promesse qu’on puisse faire dans ce monde brisé : une famille.

    Alors je continue, doucement, passionnément, jusqu’à la faire chavirer, mes doigts qui parcouraient son intimité viennent par être remplacé par mon sexe qui s’enfouit en elle. Depuis que nous avons gouté a l’amour, au sexe entier, c’est devenu une drogue. Je ne pense pas à après sa grossesse mais il est évident que l’accident Petit Pois ne devra pas se réitérer et ce sera difficile de ce passer de ces moments.

    Mais en attendant, je bouge en elle, lentement, doucement, laissant le plaisir envahir avec une douceur exquise nos corps. La laissant me chevaucher, j’en profite pour embrasser, lécher et mordiller ses seins imposants. Je m’agrippe à ses fesses, je gémis son prénom. Je la vénère.

  131. Avatar de C.
    C.

    Le monde redevient gris dès que la voiture franchit la lisière de la réserve. La chaleur, la paix, la simplicité de nos jours auprès de Nina s’efface, et ce qui revient, c’est cette tension sourde que j’ai toujours connue quand je marchais en territoire hostile. Même le crissement des pneus sur le bitume défoncé sonne comme un avertissement.

    Je n’ai rien dit pendant tout le trajet. Je n’arrivais pas à me détendre. Mes doigts serrés sur le volant, mes yeux scrutant chaque carrefour, chaque tranchée d’ombre. La seule chose qui me calme un peu, c’est la main de Nina sur ma cuisse. Et la petite vie qui bat dans son ventre.

    Mais je ne peux pas baisser ma garde. Pas ici. Pas aujourd’hui.

    Quand elle parle du petit pois, de poésie, de patin à glace, je sens une clarté me traverser, une lumière douce qui rend tout ce merdier supportable. Et je me raccroche à ça comme un soldat à son médaillon. On fera tout ça, je me le promets. Mais d’abord, je dois gérer William.

    Et justement : je pile.

    Des armes braquées sur nous. Des visages tirés par la faim, la peur, la rage. Et au milieu d’eux, mon frère. Le même sourire sarcastique. Le même regard glacé que la dernière fois.

    Il n’a pas changé.

    Je sors, les mains légèrement levées. Je sens Nina s’agiter à l’intérieur, mais je la fixe du regard pour qu’elle reste assise. Qu’elle ne bouge pas. Le moindre faux pas, et ça peut virer à l’émeute.

    — Salut, Will. Toujours aussi accueillant.

    Il ricane, mais l’arme reste pointée. Pas vraiment sur moi. Plutôt sur ce qui peut me faire mal.

    — Qu’est-ce que tu veux, Ben ? Tu débarques comme une fleur. Comme si t’avais encore une place ici.

    Je garde le contrôle. Ma voix est calme. Chaque mot est choisi. Diplomate, pas fraternel. Il n’est plus mon frère ici. Il est un chef de meute affamé.

    — Je viens en paix. On n’est pas là pour reprendre quoi que ce soit. Juste pour proposer un échange.

    Je fais un signe à l’arrière de la voiture. On ouvre le coffre.

    — Trois caisses de vivres. Conserves, riz, médicaments de base. Et deux caisses d’eau potable. On les donne. Gratos. En échange, on accède aux radios. C’est tout. On repart ensuite.

    Je vois les regards changer. Il y en a un qui murmure, puis un autre. Des ventres creux. Des bouches desséchées. Des gosses derrière les grillages du camp qui voient nos boîtes de conserve comme des trésors. Ça grogne. Ça s’agite. L’arme de William descend un peu. Il perd du terrain et il le sait. Il jette un œil à son groupe. S’il refuse, ils vont peut-être se retourner contre lui. Il soupire.

    — Une heure. Vous avez une putain d’heure, Ben. Mais vous ne foutez pas la merde.

    Je hoche la tête. Il n’est pas content, mais il plie. Quand je remonte dans la voiture, je ne dis rien pendant quelques secondes. Puis je me tourne vers Nina. Ma voix est basse, tranchante.

    — Tu restes à mes côtés. Tu ne parles à personne. Et surtout, tu ne parles pas du Petit Pois, compris ?

    Mon regard reste fixé droit devant. Je suis redevenu ce que j’étais. Pas parce que j’aime ça mais parce que c’est nécessaire. Pour survivre. Pour les protéger. Pour ramener Henry. Et pour revenir. Vivant.

    Le portail du camp grince quand il s’ouvre, et tout de suite l’air change. Moins dense qu’à l’extérieur, mais plus lourd que dans la réserve. Il flotte ici un mélange de désespoir, de tension et d’humiliation. Une odeur de graisse rance, de plastique brûlé et de peau sale. Ce n’est plus un camp, c’est un abri à peine maintenu debout par l’orgueil de quelques anciens soldats. William en tête.

    Je garde Nina près de moi. Ma main effleure son dos à travers son manteau. Je veux qu’elle sente que je suis là. Même si je suis redevenu froid, en dedans je suis en feu. Elle est enceinte, putain. Et on est au milieu d’un nid de hyènes affamées.

    William ne dit rien, il avance devant nous avec ses pas larges et assurés. Il fait semblant que tout est sous contrôle, mais je vois clair dans ce décor. Des tentes vides. Des lits démontés. Des enfants absents. Surtout, les regards. Trop maigres. Trop d’yeux qui brillent de rage ou d’envie.

    Je ralentis légèrement et je murmure à Nina, sans la regarder :

    — Garde les yeux bas, ignore tout. »

    Puis je reprends le pas.

    En passant près d’un foyer de fortune, une gamine tousse violemment. Je vois ses bras maigres, les creux entre ses clavicules. Je serre la mâchoire.

    — Où sont passés les autres ? demandais-je enfin à William, sans détour.

    Il ne se retourne même pas.

    — Ils sont morts. Ou partis.
    — Il vous reste combien de rations par semaine ?

    Il s’arrête net et pivote vers moi, les sourcils froncés.

    — C’est quoi, ce ton ? T’es venu pour m’aider ou pour me juger ?

    Je le fixe, calme. Mais mon regard le perce.

    — Les deux, si nécessaire.

    Il ricane sèchement, puis redémarre, les épaules raides.

    On atteint enfin l’ancien baraquement administratif. C’est là que se trouve la radio. Elle est poussiéreuse, rafistolée avec du ruban adhésif, mais toujours branchée. William nous fait entrer d’un geste brusque.

    — Voilà ta putain de radio. Fais vite.

    Je me penche vers l’appareil. Il faut plusieurs minutes à faire défiler les fréquences. Certaines sont muettes, d’autres saturées. Puis un grésillement. Une voix. Faible mais distincte. Je monte le volume.

    — … Delta-15… en attente de confirmation…

    Je m’éclaircis la gorge.

    — Ici Benjamin Miller. Ancien agent de liaison du secteur Sud-Ouest. Code opérationnel C-579. Je cherche à entrer en contact avec le Docteur Viktor Siminiov, en priorité. Répétons : Docteur Viktor Siminiov. Besoin de communication prioritaire. Je répète, communication prioritaire.

    Un silence. Puis un son bref. Une voix rauque, usée, mâchoire serrée.

    — Ici Centrale. Identité en cours de vérification… Attendez.

    Je me tourne vers Nina. Je lui tends doucement le micro.

    — C’est à toi. Dis-lui ce que tu m’as dit. Et surtout… reste calme.

    Je me redresse, la mâchoire tendue, et pose une main sur son épaule.

    Dans le coin de la pièce, William nous observe, bras croisés. Il a le regard noir, mais il reste là. Parce qu’il sait que si la communication passe, il pourra peut-être en tirer quelque chose. Comme d’habitude.

    Et moi, je garde un œil sur Nina. Parce que je sens que ce qu’elle va dire peut changer notre destin. Et celui de tout ce qui reste du monde.

  132. Avatar de C.
    C.

    Le camp n’est plus qu’un reflet éteint de ce qu’il fut. Je le vois dans les regards perdus, dans les gestes mécaniques des survivants, dans les corps amaigris et le silence qui règne même entre ceux qui restent. Ce n’est pas juste la faim ou la peur. C’est l’épuisement. Le genre qui vous colle à la peau et vous fait oublier jusqu’à votre nom.

    Après l’échange radio, je n’ai pas besoin de parler à Nina. Elle sait déjà. Comme moi, elle a compris que William et ceux qui restent ici n’iront pas loin sans aide.

    On nous installe dans une tente à l’écart. Pas du luxe, mais il y a un toit, des couvertures, un poêle rouillé qui fonctionne à moitié. Et surtout, un peu d’intimité. Je me rends compte que notre chalet me manque, notre maison me manque et que j’ai vite repris goût au confort.

    Nina s’assied sur le lit de fortune, son visage pâle et les yeux cernés. Je vois la tempête d’émotions qu’elle vient d’endurer. Entendre la voix de son père… tenir tête à William… révéler notre bébé. Elle aurait pu flancher à chaque instant. Mais elle a tenu bon. Plus que bon. Et elle m’a rendu fier.

    Je m’agenouille devant elle, mes mains sur ses genoux.

    — Tu sais… je suis tombé amoureux de toi dans un monde en ruines. Et pourtant, c’est toi qui m’as reconstruit. T’es la femme la plus courageuse que je connaisse. T’es pas seulement forte, Nina. T’es inarrêtable.

    Elle sourit doucement, les larmes aux bords des yeux, mais je pose un doigt sur ses lèvres.

    — Maintenant, repose-toi. Tu l’as mérité. Et elle aussi.

    Je pose ma main sur son ventre, caresse doucement la courbe invisible. Elle ferme les yeux. Et pour une fois, elle ne proteste pas. Elle s’allonge, et je la couvre avec la couverture élimée.

    Je sors ensuite de la tente, refermant la fermeture doucement derrière moi. Quelques heures plus tard, après avoir fait le tour du camp, je reviens près du foyer et de la tente où Nina dors toujours.

    William est là, accroupi près du feu, un fusil entre les jambes. Il ne me voit pas tout de suite. J’hésite, puis m’approche.

    — Toujours les vieilles habitudes. Le feu, l’arme, l’ombre.

    Il lève les yeux. Rictus.

    — Toujours à la manœuvre, hein. Tu changes jamais.

    Je m’assieds près de lui. Silence. Le bois crépite.

    — Je repensais à Cody, dit-il, tu te souviens quand il a pété la vitre du camion pour aller piquer des bonbons dans la réserve de Rita ?

    Je ris et lui aussi malgré lui. Un vrai rire, cassé et court qui soudainement fait baisser la tension entre nous.

    — Et qu’il avait laissé son badge dans le tableau de bord. On l’a grillé en moins d’une heure.
    — Rita avait failli lui arracher la tête, répliquais-je en frottant mon visage contre mes mains.

    Un nouveau silence. Puis je reprends.

    — Tu sais, ce camp… il avait une âme, autrefois. Vous l’avez tenue en vie, toi et quelques autres. C’est pas rien.
    — Pas assez, visiblement, répond-il en grognant, on crève de faim. On dort les yeux ouverts. Et maintenant, c’est toi qui viens jouer les sauveurs avec ta femme enceinte et ton air de héros.

    Je ne bouge pas. Je laisse passer la colère.

    — Je ne suis pas un héros, Will. J’ai eu peur de crever, mille fois. Mais j’ai Nina. Elle m’a sauvé la peau. Et maintenant, on a un bébé en route. Je… je suis heureux.

    Il tourne enfin la tête vers moi.

    — Heureux ? Dans ce monde de merde ?
    — Oui. Parce que j’ai trouvé quelqu’un qui me fait croire que ça vaut le coup. Que demain peut exister.

    Un silence, puis il crache au sol.

    — T’as toujours eu ce que je voulais. Le respect, la force, les filles, maintenant l’amour. Moi j’ai eu… du bruit. Des flingues. Des coups d’un soir.. Et ce camp qui part en fumée.
    — T’as tort. J’ai pas eu tout ça par miracle. J’ai tout perdu, tu le sais bien. Mais j’ai choisi de me relever. Rien ne t’empêche de faire pareil. Je suis là, putain. Je suis ton frère. Tu peux encore t’en sortir.

    Il baisse les yeux. Longtemps. Puis souffle :

    — J’suis fatigué, Ben.

    Je pose une main sur son épaule.

    — Alors laisse-moi t’aider. Comme avant. Comme on aurait dû faire depuis le début.

    Il ne répond pas. Mais il ne repousse pas ma main non plus. Sans doute est-ce le debut d’un renouveau.

    Quand je retourne dans la tente, Nina fais semblant de dormir, ce qui me fait sourire. Son visage est apaisé, son souffle calme et un sourire. Je m’allonge près d’elle, ma main sur son ventre, sentant battre deux cœurs. Et pour la première fois depuis longtemps, j’ai l’espoir qu’on puisse reconstruire quelque chose. Pas juste survivre.

    Mais vivre. Ensemble.

    — Tu as tout entendu entre mon frère et moi n’est-ce-pas ?

  133. Avatar de C.
    C.

    Je crois que je n’ai jamais autant ressenti ce mélange de fatigue et d’adrénaline. Depuis qu’on a mis les pieds ici, mes instincts ont repris le dessus. Ce camp a besoin d’un nouveau souffle. Et s’il faut que je sois celui qui l’insuffle, alors je le ferai. Pour William. Pour ces gens qui ont faim, froid et peur. Et surtout pour elle. Nina. Notre fille. Le monde est ce qu’il est… mais je peux encore le rendre un peu moins cruel.

    Dès le lendemain, les choses s’organisent.

    J’installe des rondes. Deux hommes à chaque coin du camp, en binôme, qui se relaient toutes les six heures. On remet sur pied les anciennes passerelles, on les renforce avec les moyens du bord : des barres métalliques récupérées, du bois, du grillage qu’on arrime à coups de marteau.

    Les grilles sont consolidées, les angles aveugles obstrués. J’enseigne aux plus jeunes les gestes simples pour dégager un champ de tir, ou reconnaître les signes d’une attaque surprise. Même les femmes veulent apprendre. Ça me rassure. Je leur dis toujours : « Celui qui tient une arme ne doit pas penser à tuer. Il doit penser à survivre. »

    William m’aide. Plus discret, plus humble. Il ne dit pas grand-chose, mais je vois dans son regard qu’il m’écoute. Il observe mes gestes, me laisse diriger. Ça me touche. Parce que c’est une forme de confiance. Une qu’on avait perdue depuis longtemps.

    Deux jours. C’est tout ce qu’il aura fallu pour que le camp retrouve une forme de dignité.

    Les enfants jouent un peu. Les adultes s’entraident. Le feu ne brûle plus seulement pour cuire ou réchauffer, mais pour rassembler. Nina parle de potager, je repère un petit cours d’eau à 20 minutes à pieds. Il y a peut-être du poisson. Ce n’est pas encore l’Éden, mais c’est déjà mieux que l’enfer.

    Troisième jour.

    Je suis en train d’aider deux hommes à positionner des sacs de riz sous des bâches pour éviter l’humidité quand une alerte claque dans l’air.

    — BEN ! DES MOUVEMENTS AU SUD !

    Je lève les yeux. Et mon sang ne fait qu’un tour.

    Juliana.

    Elle est là. Sûre d’elle, en haut d’une butte, entourée d’une vingtaine d’hommes. Tous armés. Tous en position. Elle ne vient pas discuter. Elle vient prendre.

    Je bondis sur le talus, ma voix tonne avant même que j’aie conscience de ce que je dis :

    — POSTES DE COMBAT ! TOUT LE MONDE À SON POSTE !

    Les hommes que j’ai formés se mettent en mouvement. Mes consignes sont claires, froides, précises. Je suis redevenu ce que j’étais avant la fin du monde : un commandant.

    Je m’approche de Nina. Elle est déjà là, déterminée, mais je pose mes mains sur ses épaules.

    — Tu restes ici. Tu gères les enfants, les blessés, les non-combattants. Je te veux en vie. Je vous veux en vie.

    Elle hoche la tête. Pas un mot de trop. Je sens son cœur battre fort, mais elle tient bon.

    Je rassemble les hommes et les femmes valides.

    — Écoutez-moi bien. Ils pensent qu’on va leur céder le camp. Ils croient que parce qu’on a connu la faim, la peur, on est prêts à tomber. Mais pas aujourd’hui. Aujourd’hui, on tient. Aujourd’hui, c’est chez nous. Et PERSONNE ne prend notre foyer !

    Les regards changent. La peur recule. Je leur donne des rôles, des armes. Des couverts aiguisés, des haches, des fusils que j’ai réparés. J’utilise chaque main, chaque pierre, chaque souffle.

    Quand je remonte sur le talus, Juliana sourit. Arrogante. Immobile.

    — Quelle belle mise en scène, Ben. Tu rejoues l’armée, maintenant ?
    — Je protège des gens. Tu ne fais plus partie de ça.

    Elle hausse les épaules.

    — Ils ont faim. Moi, j’ai à manger. Toi, tu n’as rien. Alors ils viendront à moi.
    — J’ai de l’honneur. Et ça, t’en as jamais eu.

    Je fais un signe. Le groupe de guetteurs qu’on a posté sur les hauteurs en retrait s’arme de fusées éclairantes. Une frappe visuelle. Un avertissement. Ils ne sont pas seuls.

    — Tu veux une guerre, Juliana ? T’as mal choisi ton champ de bataille.

    Elle recule d’un pas. Son sourire vacille. Mon objectif n’est pas de tuer. C’est de tenir. Protéger. Survivre. Le destin du camp, celui de William, de Nina, de notre fille à naître, dépend de cette résistance. Et je jure sur tout ce que j’aime que je ne laisserai rien ni personne détruire ce que nous sommes en train de bâtir. Pas cette fois. Pas tant que je suis debout.

  134. Avatar de C.
    C.

    Je n’ai pas senti la balle, pas tout de suite.

    Un impact, un souffle coupé. Puis, l’écroulement. Mon corps qui chute comme s’il ne m’appartenait plus. Le bruit assourdissant autour de moi s’est tu. Il n’y avait plus que ma respiration haletante et le goût métallique du sang dans ma bouche.

    Je ne savais plus où j’étais mais j’entendais les hurlements de désespoir de Nina et voyait encore et encore son regard noir vaciller.

    Le sol était froid. J’aurais voulu bouger, mais mon corps m’a trahi. La douleur a commencé après. Quand mon esprit est entré dans cette zone étrange, entre le monde des vivants et celui des morts.

    Un brasier dans mon dos. Un feu glacial qui m’a traversé la colonne, irradiant chaque nerf, chaque fibre, comme si on arrachait mon squelette à mains nues.
    J’ai hurlé.
    Pas dans la réalité, non. Dans ma tête.

    Des flashs m’ont assailli.

    Caroline du Nord, avant.
    Rita dans la cuisine, les cheveux attachés n’importe comment, en train de fredonner en pyjama. Cody courant vers moi, son avion en plastique à la main. Moi qui les serre tous les deux. Ma famille. Puis le vide.

    Les murs noircis, le silence après la détonation. Les corps qu’on ne retrouve jamais.

    La guerre.
    Mes mains tremblantes tenant leurs corps sans vie. La découverte. Le deuil. L’effondrement.
    La bouteille de bourbon à moitié vide.
    Et ma bouche, qui hurle à Dieu un cri qu’il n’entend pas.

    Puis Nina.

    Elle.
    Son rire sans réserve. Son visage couvert de suie après avoir couru. Ses mains tremblantes posées sur mon torse.
    La première fois qu’elle a dit qu’elle m’aimait.
    La première fois que j’ai voulu croire qu’il me restait une raison de vivre.

    Puis, une douleur fulgurante.
    Et le noir.

    J’ai rêvé de la perdre.

    Encore. Encore. Et encore.

    Des scènes floues.
    Son ventre vide.
    Ses yeux fermés.
    Ma main tendue vers elle, sans jamais pouvoir l’atteindre.

    Je me débattais.
    Dans un corps paralysé.
    Dans une prison de douleur.

    Et puis, la voix.

    Grave. Froide. Réelle.

    Je sens un poids sur ma poitrine. Un bandage. De la chaleur. Une odeur de désinfectant. Une tente. Quelqu’un me parle.

    J’ouvre les yeux.

    Le monde est trouble, mais le visage devant moi est clair.
    C’est lui.

    Le père de Nina.

    Je serre les dents. Mon premier réflexe, c’est la haine. Je veux le tuer.
    Mais elle est vite effacée par une douleur plus vive. Mon dos. Mon ventre. Mon souffle.

    Il parle. Doucement. Comme si j’étais en porcelaine.
    Mais ses mots, eux, sont des lames.

    « …la balle a frôlé votre colonne… je ne sais pas si vous allez pouvoir remarcher… »

    Je ferme les yeux. L’ombre de cette vérité me serre la gorge. Mon corps ne me répond pas. Je suis un soldat, un survivant… pas un paralysé.

    Mais ce n’est pas fini.

    « …je sais que vous me détestez… mais elle vous a sauvé… elle vous aime… et je crois qu’elle serait morte pour vous. »

    Je tourne lentement la tête vers Nina, qui dort à quelques centimètres. Même dans son sommeil, elle veille.
    Elle est en vie.
    Et notre enfant aussi.
    C’est tout ce qui compte.

    Mais ce qu’il dit ensuite me foudroie.

    « …Nina est immunisée… son sang est la clé… elle est le remède… »

    Je fixe le plafond de toile au-dessus de moi.
    Une tempête se lève en moi.

    Nina.
    Ma Nina.
    Elle porte en elle la guérison du monde.

    Et elle ne le sait pas.
    Ou peut-être… elle le sait et a choisi de ne rien dire. De ne pas être un objet, un trophée, un cobaye.

    Elle est en danger. Pas à cause des infectés.
    Mais à cause des hommes.

    Je tourne lentement la tête vers le médecin. Ma voix est rauque, éraillée, mais elle sort :

    — Vous avez créé ça… et maintenant vous voulez qu’elle le répare.

    Il ne répond pas. Il baisse les yeux. Je le fixe. Ma gorge brûle.

    — Si vous touchez un seul cheveu de ma femme, ou de ma fille… je vous jure que même sans jambes, je trouverai un moyen de vous tuer.

    Un silence.

    Puis il acquiesce. Pas de peur. Pas de défi.
    Juste… du respect.

    « Je ne vous demande rien. Je vous préviens. Parce que d’autres viendront. Et eux… ne seront pas comme moi. »

    Je ferme les yeux.
    Je sens la main de Nina bouger doucement dans son sommeil, cherchant la mienne.

    Je la saisis.

    Et je fais le serment.

    Je protégerai ma famille.
    Quoi qu’il m’en coûte. Même si je dois me relever, centimètre par centimètre. Même si je dois ramper jusqu’à l’enfer.

    Parce que c’est elle, mon antidote.
    Et parce que notre fille mérite un monde que je n’ai jamais eu.

    Mais les jours passent. Ou les heures. Je ne sais plus.
    Le temps s’éternise dans cette tente étouffante. Il a perdu toute forme, toute logique. Il ne reste que la chaleur, le bruit sourd de mon cœur qui bat, et l’absence de mes jambes.

    C’est ce qui m’obsède.
    Elles sont là. Je les vois.
    Mais je ne les sens pas.
    Rien. Ni fourmillements, ni douleur, ni mouvement. Juste… du vide.

    Je serre les dents. Encore. Encore. J’essaie de contracter mes muscles, de les forcer à m’obéir. Mais il n’y a rien à faire. Mon corps m’a trahi. Et le pire, c’est que je le sens au fond de moi : ça ne reviendra peut-être jamais.

    Je refuse de pleurer. Je refuse d’avoir mal.
    Alors je me ferme. Je deviens muraille.

    Nina est là, douce, patiente, bienveillante. Trop, peut-être.
    Elle me caresse les cheveux, elle parle à voix basse, elle m’apporte à manger. Mais je ne réponds plus.

    Je hoche à peine la tête. Je détourne les yeux.
    Je suis un soldat abattu. Et je déteste ça.
    Je la dégoûte. Je le sens.
    Même si elle fait tout pour le cacher.

    Et plus elle m’aime, plus ça me rend fou.
    Parce que je ne mérite pas ça. Pas comme ça.

    Le soir, elle reste allongée contre moi, à me murmurer des histoires.
    Elle me raconte les progrès dans le camp.
    Que William a installé les passerelles.
    Qu’ils ont commencé à réparer la serre.
    Que les enfants ont repris l’école de fortune.
    Elle me dit que notre fille donne des coups de pied plus forts chaque jour.

    Je l’écoute, mais je n’entends rien.

    Je suis là, enfermé dans un corps cassé, dans un esprit brisé, dans une fierté éventrée.

    Et puis ce soir-là, je craque.

    Je la vois me tendre une cuillère, pour m’aider à manger.
    Et je la repousse. Brutalement.
    Le bol se renverse, la soupe se répand sur les draps. Elle sursaute, mais ne recule pas.

    Je crie.

    — Arrête, Nina ! ARRÊTE !!

    Elle reste figée, les yeux écarquillés.

    Je fixe le mur. La mâchoire serrée.

    — Je suis pas un putain d’enfant. J’ai pas besoin qu’on me nourrisse, qu’on me borde, qu’on me parle comme à un vieillard en fin de vie.

    Un silence. Puis ma voix baisse, mais tremble.

    — J’aurais préféré crever dehors, debout, arme à la main… Plutôt que d’être ici, allongé, inutile, vivant mais amputé de tout ce que j’étais.

    Je tourne lentement la tête vers elle. Ma voix se brise.

    — Si je peux plus me lever, si je peux plus courir, chasser, me battre, te protéger… je suis plus rien, Nina. Je suis plus un homme. Je suis un poids mort.

    Je baisse les yeux, honteux, mais incapable de me taire.

    — J’ai passé ma vie à survivre. À sauver des gens. À rester debout même quand tout s’effondrait… Et maintenant, je suis coincé dans ce putain de lit, avec pour seul avenir l’idée que tu devras changer mes bandages et me laver. C’est pas ça que je voulais pour toi.

    Je m’interromps, haletant. La gorge nouée.
    Les larmes montent, mais je les retiens de toutes mes forces.
    Parce que si je commence à pleurer… je ne pourrai plus m’arrêter.

  135. Avatar de C.
    C.

    Je suis seul. Le silence dans la tente est assourdissant après la tempête Nina. Il reste des morceaux de porcelaine au sol, une traînée de soupe tiède sur les draps et une odeur de colère dans l’air. Mon cœur bat si fort que j’ai l’impression qu’il va exploser dans ma poitrine.

    Ses cris résonnent encore dans ma tête, vrillent mes tempes. Je n’ai pas vu venir cette déferlante. Et pourtant… je l’ai méritée. Elle avait raison. Sur tout. Mais ce qui me retourne le plus l’estomac, ce qui me donne la nausée, c’est cette main que j’ai sentie sur son ventre. Notre fille.
    Ma fille. Elle a bougé. Violemment. Comme si elle avait compris que son père était en train de baisser les bras. Comme si elle disait « Relève-toi, papa. Moi aussi, je t’attends. »

    Et moi ?
    Moi j’ai dit que j’aurais préféré mourir.

    Putain.

    Je suis minable.

    Je ferme les yeux. J’ai la gorge si serrée que je pourrais hurler.
    Mais à la place, je me recroqueville intérieurement. Je sens que mes mains tremblent. Je les fixe. Ce sont les seules choses de mon corps qui m’obéissent encore. Deux mains. Deux bras. C’est tout ce qu’il me reste.

    Je suis un soldat désarmé. Un homme amputé de sa puissance. Et ce poids que je ressens dans la poitrine… ce n’est pas la douleur. C’est la honte. J’entends les pas de William, son ombre qui passe l’ouverture de la tente.
    Je reste figé. Je ne veux voir personne. Pas même lui. Mais il parle. Et sa voix est calme. Douce. Fraternelle.

    « Je crois que tu vas dormir sur le canapé pendant plusieurs semaines toi… »

    Je pourrais sourire.
    Je devrais.
    Mais je suis incapable.

    Et puis il s’approche. Il comprend. Il nettoie, sans juger, sans rien dire d’autre. Et ses mots suivants m’atteignent comme des balles silencieuses, mais justes.

    « Elle s’est battue pour toi… Alors tu dois te battre pour elle. »

    Je serre la mâchoire. Mes yeux s’embuent. Encore. Il évoque notre fille, les couettes, le maquillage. Je visualise. Et ça me détruit. Parce que je veux être là. Je dois être là. Mais comment faire, putain ? Comment affronter cette vie si mon propre corps m’enchaîne ? Je ne suis pas prêt à être faible. Mais je le suis. Et c’est ça le plus dur.

    William me tape l’épaule. Il m’encourage. Et puis il part.

    Et là, seul à nouveau, je craque.
    Je laisse couler les larmes, sans bruit. Sans honte.

    Parce que j’ai failli.
    Pas dans le combat.
    Pas dans la blessure.
    Mais dans l’après. Dans l’endurance. Dans la volonté de vivre.

    Je ne dors pas cette nuit-là. Je reste là, à regarder le plafond de toile, à sentir le poids de mes jambes mortes. Et pourtant… je repense à tout.
    À Nina, au cri de rage qu’elle a lancé, aux coups de Charlie dans son ventre, à William qui a osé m’admirer malgré ma chute.

    Ils n’ont pas baissé les bras.
    Alors je n’ai plus le droit de le faire.

    Même si j’ai peur.
    Même si ça prend des mois.
    Même si je ne redeviens jamais celui que j’étais.

    Il va falloir que je réapprenne à vivre.
    Autrement.
    Mais pas seul.

    Demain, je lui parlerai. Je lui demanderai pardon. Et cette fois, je lui tiendrai la main non pas en homme debout, mais en homme prêt à se relever autrement. Pour elle. Pour notre fille. Et pour moi.

    Le matin arrive doucement, filtré par les pans de toile encore humides de la rosée. La lumière est pâle, pas encore tout à fait franche, comme si elle hésitait à m’éclairer. Moi, je suis déjà réveillé. Enfin… c’est un bien grand mot.

    Je n’ai pas dormi. Pas vraiment.

    J’ai passé la nuit à penser, à retourner chaque mot de Nina dans ma tête, chaque geste, chaque regard qu’elle m’a lancé en fuyant cette tente hier soir. Je me suis vu dans ses yeux. Et ce que j’ai vu, c’était pas beau à voir.

    Alors j’attends. Comme un condamné sur son lit d’hôpital de fortune, le cœur lourd et les jambes… mortes.

    Et puis elle entre.

    Pas un mot.
    Pas un regard.
    Juste le pas assuré d’une femme blessée, digne, et fatiguée d’aimer un idiot.

    Elle pose le nécessaire sur la table basse, relève mes draps, coupe la bande autour de mon flanc, là où la balle a laissé une marque plus profonde que la chair. Je pourrais supporter n’importe quelle douleur physique. Mais son silence, lui, me broie.

    Je respire plus fort pour me donner du courage, puis je murmure.

    — Nina… chérie, je suis désolé.

    Elle ne lève pas les yeux. Elle continue, concentrée, comme si j’étais un patient lambda. Je ravale ma fierté, cette fierté mal placée qui m’a foutu dedans, encore une fois.

    — Je sais que j’ai été con. Injuste… et cruel. Je t’ai blessée avec mes mots, mais c’était pas toi que je voulais frapper. C’était moi.

    Elle s’arrête un instant. Juste un instant. Je continue, la voix plus basse, prêt à recevoir le prochain coup de tornade.

    — Je me suis fait tirer dans le dos, Nina. Comme un débutant. Comme un abruti qui n’a pas su prévoir. Je croyais avoir tout anticipé, tout verrouillé. Mais j’ai merdé. Et maintenant… maintenant je suis coincé dans ce lit, à te regarder m’aider sans pouvoir rien faire. Rien. Ni pour toi, ni pour notre fille.

    Je ferme un instant les yeux.

    — Tu sais ce que c’est, pour un homme comme moi, d’être inutile ? Je suis un soldat, Nina. Un protecteur. Un bâtisseur. Je creuse des tranchées, je pose des barrières, je veille la nuit. Mais là… je suis qu’un poids. Un fardeau. Et ça me tue. Ça me ronge.

    Enfin, ses mains ralentissent. Elle ne bouge pas, mais elle m’écoute.
    Je le sens.

    — J’ai jamais eu peur des balles, ni des infectés. Mais là… là j’ai peur. Peur de pas pouvoir être à la hauteur. Peur de te perdre, toi et Charlie, parce que je pourrai plus jamais vous défendre comme je le dois.

    Je me tourne lentement vers elle, et pour la première fois, sans filtre, sans armure :

    — Nina… j’ai besoin de toi. Pas comme avant. Pas comme une alliée ou une épouse. J’ai besoin que tu me sauves. Moi. Ben Miller. Le gars qui croyait pouvoir tout affronter seul.

    Ma voix tremble à peine, mais mes yeux brillent.

    — J’ai besoin que tu me ramènes à la vie, même si c’est dans ce foutu lit, même si je dois tout réapprendre. J’ai besoin de ton amour, de ta patience, de ton feu. Parce que sans toi, je vais m’éteindre.

    Je tends la main, juste assez pour qu’elle puisse la prendre. Pas pour la tirer vers moi. Mais pour qu’elle sache que cette fois, c’est moi qui appelle à l’aide. Et que je suis prêt à me battre.

    À nouveau.
    Pour elles.

  136. Avatar de C.
    C.

    Je ne sais pas exactement combien de jours se sont écoulés. Peut-être douze, peut-être quinze. Je me souviens juste du moment où ma jambe a bougé. Un mouvement, un réflexe, un sursaut de vie. Mais c’était réel. Nina l’a vu aussi. Et son sourire… bon Dieu, ce sourire… J’aurais pu m’en nourrir pour dix vies entières.

    Je crois que j’ai pleuré. Pas de douleur. Pas cette fois. De joie. D’espoir. D’une émotion brute, sauvage, incontrôlable. Je m’étais cru condamné, brisé à jamais. Mais mon corps me prouve que tout n’est pas fini. Et pourtant… alors que l’étincelle renaît dans mes muscles, une autre inquiétude germe dans mon esprit.

    Elle s’épuise. Je le vois.
    Même quand elle sourit, même quand elle fait semblant que tout va bien, ses gestes sont plus lents. Son dos se cambre douloureusement quand elle pense que je ne regarde pas. Et son ventre… Il est énorme. Tendu. Magnifique. Mais je sens que chaque jour la fatigue la gagne davantage.

    Elle me donne tout ce qu’elle a, et moi, je suis là, allongé à observer.
    C’est insupportable.

    Et puis il y a ses vêtements. Ses t-shirts qui ne couvrent plus rien, son ventre qui se dévoile sans qu’elle le veuille. Elle est belle. Irradiée par une lumière douce, celle des femmes qui portent la vie. Mais moi, je ne vois que les cernes, la douleur dans ses reins, les mains qui tremblent quand elle pense que personne ne remarque.

    Et je me souviens. Je me souviens de ce que son père m’a dit cette nuit-là.

    “Elle ne pourra pas accoucher dans une tente. Il lui faut un environnement stérile. Sinon… elle risque de ne pas survivre.”

    Je me redresse un peu, les bras tremblants, les jambes encore trop faibles pour réagir à mon appel, mais l’esprit, lui, est alerte. Je la regarde, assise sur le rebord du lit, les mains sur son ventre. Je tends la main et la pose sur la sienne.

    — Nina… je dois te parler.

    Elle tourne doucement la tête vers moi, étonnée par mon sérieux. Je prends une grande inspiration. Le moment est dur. Mon cœur se serre.

    — Ce que ton père m’a dit… à propos de ton accident, de la bactérie… du virus.

    Son visage se fige légèrement. Elle comprend. Elle sait. Mais je continue, d’une voix grave, posée, même si je suis au bord du gouffre.

    — Il m’a dit que ton corps a survécu à cette bactérie… que ton sang est devenu une sorte d’antidote. Que notre fille est immunisée. Et que, s’ils venaient à savoir… les gouvernements… les survivants… tout le monde te voudra.

    Elle ne dit rien. Son silence est une confirmation. Je serre sa main. Plus fort.

    — Tu es ce que le monde entier cherche. Mais moi, ce que je veux… ce n’est pas que tu sois une réponse. Ce n’est pas que tu sois une solution.

    Mes yeux s’embuent de nouveau. C’est devenu une habitude. Mais cette fois, c’est différent. C’est pas de la douleur. C’est de l’amour pur. Brut. Immense.

    — Moi, ce que je veux… c’est que tu survives. Pas pour l’humanité. Pas pour leur foutue guerre contre l’infection. Pour moi. Pour notre fille. Pour qu’on puisse se lever chaque matin, toi, moi, Charlie, dans notre maison, loin de tout ça.

    Je pose une main contre sa joue.

    — Alors écoute-moi bien, Nina. Si un jour, ils viennent. S’ils veulent t’emmener. Te séparer de nous pour leur foutu vaccin… je te jure devant Dieu, je te jure sur mon frère, sur cette tente, sur mon nom… je les détruirai tous. Je ne suis peut-être plus un soldat. Mais je suis toujours un Miller. Et comme tu l’as bien dit l’autre jour.. un Miller protège sa famille. Jusqu’à la mort.

    Je l’attire contre moi doucement, du mieux que je peux avec mon corps encore trop faible. Et je l’embrasse sur le front, longtemps. Puis je murmure, les yeux fermés, contre ses cheveux :

    — Je vais me battre, Nina. Pas seulement pour remarcher. Mais pour t’offrir une vie où tu ne seras plus jamais qu’un corps utile à un monde malade. Tu es la femme que j’aime. La mère de ma fille. Et personne… personne… ne t’enlèvera ça.

    Quelques jours plus tard, on décide de rentrer à la réserve. Le trajet jusqu’à la réserve a été long, cahoteux et douloureux. Pas physiquement — on avait fait en sorte que la voiture soit stabilisée, que je sois correctement allongé — mais mentalement. Chaque mètre parcouru me rapprochait de notre maison. Et pourtant, je n’arrivais pas à me réjouir complètement.

    J’avais un poids dans la poitrine. Celui de la vérité. Et une autre, plus sourde, plus ancienne : celui de l’impuissance. Je suis revenu vivant, oui. Mais je ne suis pas le même homme. Pas encore. Quand le véhicule s’est arrêté, je l’ai reconnue tout de suite. La réserve. Les grillages, les totems faits main, les panneaux en bois qu’on avait gravés ensemble. Et puis notre maison, nichée un peu à l’écart, en surplomb. Notre petit coin de monde.

    Je la vois sortir de l’ombre. Matoaka.

    Elle ne court pas. Elle marche lentement vers la voiture, droite et calme, comme toujours. Son regard est d’acier mais son front est plissé d’inquiétude. Et quand elle arrive à ma hauteur, elle pose la main sur mon épaule.

    — Tu es rentré, dit-elle doucement. C’est tout ce qui compte.

    Je hoche la tête, incapable de répondre. Elle comprend que j’ai besoin de temps. Et moi, je comprends qu’elle sait. Elle a tout deviné.

    On me transporte jusqu’à notre maison. William a tout organisé. Nashoba a renforcé les accès. Même Thor est devenu gardien de la réserve et semble savoir qu’il doit se tenir près de moi. Il ne me lâche plus d’une semelle.

    Le fauteuil est là. Neuf, solide. Installé près de la grande baie vitrée, face au lac. Et je découvre que le lit a été abaissé, que tout a été pensé pour que je puisse retrouver de l’autonomie.

    Je serre la main de Nina. Elle est épuisée. Ses yeux sont cernés, son ventre plus lourd chaque jour. Elle ne dit rien, mais je sais qu’elle souffre. Alors, le soir venu, quand nous sommes enfin seuls, je brise le silence.

    — Mon amour…

    Elle me regarde, inquiète.

    — Tu dois le dire. À Matoaka… Sur ce que ton père m’a révélé. Sur ton immunité. Sur le danger que représente ton accouchement. Sur… Charlie. Elle doit savoir que si quelque chose tourne mal, elle ne doit pas te laisser sans assistance. Et elle doit aussi savoir qui tu es. Ce que tu portes.

    Elle reste silencieuse.

    — Ne fais pas cette tête, dis-je en souriant tristement. Tu sais que j’ai raison. Et puis, elle t’aime comme une soeur. La réserve vous protégera. Mais elle doit savoir. Parce que si un jour… je ne suis plus là… Ou si.. tu sais très bien que je ne pourrais pas être toujours là, je peux être à la chasse ou autre part.. Tu dois être protégée et Charlie aussi.

    Je lui laissais le soin d’en parler à son amie et me concentra sur ma réhabilitation physique. Il fut convenu que chaque matin, à l’aube, Nashoba vient me chercher. Il ne dit pas un mot. Il m’attache des cordes au torse et me fait glisser hors du lit, doucement. Il me soutient pour que je puisse m’asseoir dans le fauteuil, puis il me pousse jusqu’à l’arène d’entraînement. Une zone plate de terre battue, encerclée de bois et de pierres.

    Il m’y fait ramper d’abord.
    Puis m’asseoir seul.
    Puis m’allonger, me redresser.
    Il frappe mes jambes pour réveiller les nerfs. Il tape. Fort. Je hurle parfois. Il s’en fout.

    Il me crie dessus comme un général.
    Et il me sourit comme un frère.

    Je recommence à sentir. À répondre.
    Pas tous les jours. Pas toujours bien.
    Mais je m’accroche.

    Mais Nina dort mal. Elle bouge beaucoup, gémit parfois. Je le vois dans les plis de ses draps, dans les petites siestes qu’elle s’autorise à même le sol, dans les regards de Matoaka, plus vigilants qu’avant. Elle a peur, même si elle ne le dit pas. Et moi, je suis là, impuissant, à la regarder souffrir.

    Alors, un soir, quand elle s’endort sur ma cuisse, son ventre contre moi, je murmure à sa fille :

    — Ta mère est la femme la plus forte que j’ai jamais connue. Elle est le cœur de cette maison. Le feu de ce camp. Et moi, petit pois, je vais redevenir ses jambes. Ses bras. Son roc. Je te le promets.

    Je caresse son ventre et je sens un coup doux. Je souris. Et pour la première fois depuis longtemps… je crois que ça ira. Même si le monde est en feu autour de nous. Même si le ciel est sombre.
    Tant qu’on est ensemble, il y a de la lumière.

  137. Avatar de C.
    C.

    Je crois que je pourrais passer une heure à la regarder galérer pour se lever de ce foutu canapé. Elle grogne, souffle, pousse avec ses bras, redescend. Et recommence. Et à chaque fois que je m’apprête à l’aider, elle me lâche un regard noir qui veut dire « n’y pense même pas ». Alors j’attends. Et je ris. Mais jamais contre elle. Toujours avec elle.

    — T’as pas l’air de t’en sortir, tortue, je lance doucement.

    Elle me lance un coussin.

    Je l’attrape. Facile. Mes bras, eux, vont bien.
    Et même mes jambes. Pas parfaitement, pas sans douleur, mais mieux.
    Beaucoup mieux.

    Depuis qu’on est rentrés, tout a été fait pour que je puisse redevenir un homme entier. Le fauteuil est devenu un compagnon silencieux, parfois encombrant, mais jamais une cage. Grâce à Nashoba, j’ai repris du muscle. Grâce à Matoaka, j’ai repris confiance. Et grâce à Nina, j’ai repris vie.

    Elle a transformé notre maison en un cocon.
    Elle a cousu de nouveaux rideaux, préparé des déco de Noël avec les enfants du camp, trouvé une façon de me faire participer à tout, même quand j’avais l’impression d’être inutile.

    Mais aujourd’hui… c’est elle qui fatigue. Et c’est à mon tour de veiller.

    Je pose les mains sur les accoudoirs et je pousse. Mes jambes flanchent encore, mais je parviens à me tenir debout. Pas longtemps. Mais assez pour marcher jusqu’à elle, avec ma canne, en traînant légèrement un pied. Elle me regarde comme si j’étais un putain de miracle de Noël.

    — C’est toi qui m’as appris à ne pas abandonner, je murmure en lui tendant la main. Alors maintenant, laisse-moi être ton soutien à mon tour.

    Elle sourit. Elle prend ma main. Je tire doucement, et elle se redresse. Grogne, râle, puis se cale contre moi, essoufflée. Elle est magnifique. Même dans ce pyjama qui remonte sur son ventre. Même avec son chignon bancal et ses chaussettes dépareillées. Elle est tout ce que j’ai de plus précieux.

    Je l’aide à s’asseoir sur une chaise. Je me baisse — en m’asseyant moi-même, je ne suis pas encore un héros — , et je lui mets ses chaussettes. C’est moi qui l’habille maintenant. Et ça ne me rend pas moins homme. Ça me rend… humain. Aimant. Présent.

    Dans l’après-midi, je retrouve Nashoba pour les étirements. Il ne parle pas beaucoup. Il préfère les gestes. Il me corrige d’un coup d’épaule, me fait redresser la colonne, puis me tape sur la jambe quand je tremble trop.

    Je sue. Je tombe. Je me relève.

    — Elle t’a sauvé, me dit-il un jour. C’est à ton tour de la sauver maintenant. Et pas en brandissant une arme. En étant là. Solide.

    Le soir, je regarde Nina endormie dans notre lit, une main sur son ventre rond. Elle est pâle, épuisée. Et je me rappelle les mots de son père.
    Sur son cœur. Sur le risque de l’accouchement. Sur la peur qu’il avait de la perdre. Moi aussi j’ai peur.

    Quand Matoaka est venue frapper à la porte ce matin-là, je savais que c’était grave. Elle frappe toujours d’un seul coup sec quand elle veut juste dire bonjour. Mais là… c’était trois coups brefs, appuyés, une façon de dire “viens, et vite.”

    Je jette un œil à Nina, qui dort encore, paisible — ou du moins, le plus paisiblement qu’on peut dormir à huit mois de grossesse, coincée entre deux oreillers et un bébé qui prend toute la place. Je l’embrasse sur le front, je glisse une couverture sur son ventre, et je file.

    Je ne me suis pas encore débarrassé du fauteuil, mais ça ne m’empêche pas d’être rapide.

    Quand j’arrive dans la salle du conseil, il y a déjà Matoaka, Nashoba, deux anciens soldats, et un fermier qu’on a récupéré il y a quelques semaines. Il parle peu, mais il voit tout.

    Sur la table, une carte. Des cercles tracés au charbon. Des flèches rouges.

    — On a repéré une horde en migration, explique Nashoba. Pas énorme, mais assez pour nous poser problème si elle bifurque vers le camp. Ils sont passés à deux kilomètres de la clôture sud. Trois fois en une semaine.
    — On a nettoyé l’ancien champ de maïs, ajoute Matoaka. Mais ils ont flairé quelque chose. Soit nos déchets, soit… nous.

    Je fixe les marques sur la carte. Je reconnais les sentiers, les points faibles de la clôture. Le silence se fait autour de moi, parce qu’ils attendent mon avis.

    Et bordel… qu’est-ce que ça m’avait manqué.

    Le frisson d’un plan à élaborer. L’urgence. L’esprit qui tourne à mille à l’heure.

    Je me penche.

    — Si on tente de les détruire frontalement, on attirera l’attention. Les coups de feu, les cris… Ce ne sont pas les infectés le vrai problème. Ce sont ceux qui rôdent et qui écoutent. Les pillards. Ceux qui ne demandent pas l’autorisation pour prendre ce qu’ils veulent.

    Tout le monde hoche la tête.

    — Il faut les éloigner sans bruit. On va les faire bouger. Les guider ailleurs.
    — Comment ? demande Nashoba.

    Je trace une ligne.

    — On place des générateurs ici. Du bruit, mais pas chez nous. On récupère une bagnole piégée avec une sono bricolée, on attire leur attention avec une bande sonore — cris, chants, ou même des aboiements. Une fois qu’ils mordent, on les guide loin, jusqu’au vieux pont. Là, on fait sauter les charges. Pas de bruit d’arme. Juste une explosion bien loin du camp.

    Matoaka acquiesce, impressionnée.

    — Et qui conduira cette voiture ? demande-t-elle.

    Je lève les yeux. Je le sais. Ils le savent.

    — Moi.

    Silence.

    Nashoba serre la mâchoire. Il me connaît trop bien pour faire semblant de croire que je plaisante.

    — Tu n’es pas encore prêt pour ça, Ben.
    — Peut-être pas, mais je suis le seul à pouvoir le faire sans improviser. C’est mon plan. Je connais les timings, les distances, les angles. Et je me sens prêt.

    Matoaka me fixe longuement. Son regard est froid, méthodique, mais au fond, je sais qu’elle s’inquiète.

    — Nina va te tuer.

    Je souris, un peu.

    — Ou pire, me faire dormir sur le canapé pour le restant de mes jours.
    — Tu ne veux pas attendre au moins qu’elle ait accouché ? Tu te rends compte qu’elle est à bout de souffle, Ben ? Et que si tu ne reviens pas…
    — Justement, je veux qu’elle respire. Qu’elle se sente en sécurité. Elle est en danger tant que cette menace rôde. Charlie aussi.

    Je respire un bon coup. J’en avais besoin. De cet instant. De ce rôle. D’exister autrement qu’entre quatre murs.

    — Je ne suis pas qu’un homme en fauteuil, bordel. Je suis encore un soldat. Et je suis le père de cette gamine qui arrive. Il faut que je sois digne d’elle.

    Ils finissent par hocher la tête, un à un.

    Le plan sera mis en place dans trois jours.

    Mais je sais que ce soir, je vais devoir en parler à Nina. Et ce sera probablement plus dangereux que la horde d’infectés en migration. Je soupire en quittant la pièce. Dieu protège les hommes qui osent défier leurs femmes enceintes. Et moi, je vais devoir affronter la mienne.

  138. Avatar de C.
    C.

    Je crois que j’ai cessé de respirer quand je l’ai vue s’écrouler.

    Un instant, elle était là, debout, forte, magnifique, même dans sa colère… et l’instant d’après, son corps a lâché. Comme si la lumière s’était éteinte. Comme si tous ses mots s’étaient consumés d’un coup dans l’épuisement.

    Je n’ai pas crié. Je n’ai même pas couru.

    Je me suis figé.

    C’est William qui l’a rattrapée. C’est lui qui l’a portée jusqu’au dispensaire, alors que mes mains tremblaient trop pour faire quoi que ce soit d’utile. J’ai retrouvé l’usage de mes jambes pour suivre, mais mon cœur, lui, avait lâché quelque part dans le silence de sa chute.

    Et maintenant, elle est là. Étendue sur le lit blanc de la salle d’examen. Pâle comme la neige qui commence à tomber dehors. Les mains croisées sur le ventre. Les paupières lourdes.

    Je reste là, debout près de la fenêtre, incapable de m’asseoir malgré la douleur dans mon dos et mes jambes.

    Quand elle ouvre les yeux, elle ne me regarde pas. Elle sait que je suis là, mais elle refuse de croiser mon regard. Et à vrai dire, je la comprends.

    Alors je fais ce que je sais faire de mieux : je vais à elle doucement. Je m’assieds enfin, et je pose ma main sur son ventre, là où notre fille semble s’agiter doucement comme pour rappeler qu’elle aussi est là, qu’elle nous entend.

    Et c’est là qu’elle me parle.

    Sa voix est calme. Mais brisée. Chaque mot qu’elle prononce est comme un clou que l’on plante dans ma poitrine.

    « – Si je ne m’en sors pas Ben… »

    Je ferme les yeux et la supplie de ne pas dire ça. Non. Non, Nina. Pas toi. Pas maintenant.

    « – … je veux que tu me promettes de veiller sur elle et de ne jamais la laisser seule. »

    Ma gorge se serre. Elle continue, les larmes perlant au coin de ses yeux.

    « – Je veux que tu me jure que jamais tu ne la mettras en danger ou que tu te mettras en danger parce qu’elle n’aura plus que toi. Promets-moi… tu me le dois… tu dois me promettre que notre fille aura toujours son père avec elle… »

    Je ne réponds pas tout de suite. Pas parce que je doute. Mais parce que je suis incapable de parler.

    Parce que sa peur me détruit.

    Parce que je l’ai mise dans cet état, avec mes foutues idées de soldat, mon besoin maladif de prouver que je suis encore utile. Que je vaux encore quelque chose.

    Mais ce qu’elle me demande, ce n’est pas un serment de gloire. C’est un serment d’amour. D’abandon. De responsabilité.

    Je pose mon front contre sa main. Je sens sa chaleur, sa fatigue, la vie qu’elle porte au creux de son ventre.

    Et je parle enfin. Ma voix est basse, rauque.

    — Je te le promets, Nina. Je te le jure sur ma vie. Si un jour tu n’es plus là… elle ne sera jamais seule. Elle n’aura pas juste un père, elle aura un mur, un toit, un abri. Je ne ferai plus rien d’insensé. Ni pour moi. Ni pour cette guerre. Je suis à vous. C’est tout ce qui compte maintenant.

    Elle ferme les yeux un instant, et une larme coule sur sa tempe.

    Je la recueille du bout du doigt.

    — Tu vas t’en sortir. Tu vas la mettre au monde, notre Charlie. Et elle va t’aimer avec la même intensité que moi. Parce que t’es pas seulement ma lumière, Nina. T’es celle qui m’a reconstruit.

    Je me penche. Je l’embrasse sur la joue, sur la tempe, sur sa main. Je reste là un long moment, à genoux, à lui murmurer des promesses que je ne briserai plus jamais.

    Je me suis battu pour survivre dans ce monde. Aujourd’hui, je vais me battre pour rester là. Pour elle. Pour elles.

    Et demain, je parlerai à Matoaka.

    Je ne ferai pas cette mission.

    Pas comme ça.

    Parce que Nina a raison.

    Ce que je suis aujourd’hui, ce n’est pas un héros. C’est un père. Et un père ne court pas vers le danger quand sa fille est à deux battements de cœur d’arriver au monde.

  139. Avatar de C.
    C.

    Je serre les dents. Pas à cause de Nina cette fois, ni de ses mots – elle a été douce, tendre même. Non. C’est mon dos. Ma jambe. Cette foutue brûlure sur mon flanc gauche. Ce corps encore cabossé que j’ai tiré plus loin que je n’aurais dû, sans rien dire à personne.

    Je n’ai pas crié. Je n’ai pas plié. J’ai tenu la mission jusqu’au bout.

    Mais maintenant, chaque pas me rappelle que je ne suis pas encore totalement réparé.

    Quand j’ouvre la porte du chalet, je suis accueilli par l’odeur chaude du chocolat, de la cannelle et du feu de bois. Et là, assise dans le canapé malgré les consignes, elle est là. Ma femme. Celle qui devrait être au lit. Celle qui, même à bout de souffle, trouve encore la force de m’accueillir avec des étoiles dans les yeux.

    Je la regarde sans rien dire, le cœur serré et la gorge nouée.

    Elle me vole un baiser – et je me laisse faire, évidemment. Parce qu’il n’y a qu’elle pour m’ancrer au sol quand tout mon corps me crie que je pourrais tomber.

    « – Comment ça s’est passé ? Ils ont réussi ? »

    Je m’installe lentement. Je fais semblant que mes mouvements sont naturels, souples. Je ne laisse rien paraître, même si mes muscles tirent, même si une douleur sourde pulse dans ma colonne.

    Elle se love contre moi. Je sens son dos chaud, son ventre tendu, vibrant des coups de Charlie. Nos mains s’y posent ensemble. Et je ferme les yeux une seconde, juste une, pour savourer cette image que je m’étais promis d’atteindre. D’avoir.

    — Oui. On a réussi, je murmure à son oreille. On a attiré la horde vers l’ancien canal, puis William a enclenché les leurres à distance. On les a fait tomber dans un ravin, piégés par les roches qu’on avait placées. Tout s’est passé comme prévu.

    Je la sens soupirer de soulagement, et ses doigts effleurent les miens.

    — Il n’y a eu aucun blessé. Et aucun pillard n’a été alerté. Matoaka va organiser une petite fête près du chalet ce soir, pour remercier les volontaires. Il y aura des guirlandes, de la musique… et des chants. Tu sais comment elle est. Tout sera fait devant chez nous, pour ne pas que tu aies à te déplacer.

    Je ris doucement, mais je sens que mon souffle est court.

    Je me penche un peu, pose un baiser sur sa tempe. Et puis je reprends, un peu plus sérieux cette fois.

    — J’ai aussi réfléchi à ce que tu m’as dit. À ce que je devrais devenir, maintenant. À ce que signifie rester en arrière.

    Je me tais un instant. C’est difficile, plus que je ne le pensais. Mais il faut que je le dise. Pour elle. Pour nous.

    — J’ai proposé à Matoaka de créer une cellule d’action permanente. Un groupe formé, entraîné, qui saura quoi faire si une autre horde ou des pillards approchent. Un groupe que je vais diriger… d’ici. De la réserve. De chez nous.

    Je sens son souffle suspendu, son cœur battre sous ma paume.

    — Je veux encore servir à quelque chose, Nina. Mais pas au prix de votre avenir. J’ai compris. Si je veux vraiment cette vie dont on rêve tous les deux… je dois aussi faire des concessions. Je ne suis plus ce que j’étais, mais je peux être autre chose. Mieux. Pour toi. Pour Charlie.

    Je baisse la tête, et je la murmure cette vérité comme un secret d’homme brisé qui a décidé de se reconstruire autrement :

    — Je veux la voir grandir. Je veux être là pour l’embrasser chaque matin et lui apprendre à marcher. Je veux qu’elle sache que son père est un homme fiable, pas un fantôme en quête de guerre. Je veux être le mari que tu mérites.

    Elle ne dit rien tout de suite, mais sa main serre la mienne. Et ça me suffit. Je sens que j’ai touché juste.

    Alors je reste ainsi, avec elle contre moi, le feu qui crépite, la neige qui tombe doucement derrière les vitres.

    Dehors, les lanternes commencent à s’allumer. Les gens arrivent par petits groupes, rient, s’embrassent. On célèbre la paix temporaire comme on célèbre une naissance à venir. Comme un miracle fragile qu’il faut chérir.

    Et moi, je reste là, à écouter Charlie taper comme une forcenée contre ma paume. Elle frappe, elle frappe. Comme pour me dire Papa, t’as bien fait. Reste avec nous.

    Et je lui réponds en souriant :

    — Oui, petit pois. Ta maman est forte, elle a encore gagné. Je reste.

  140. Avatar de C.
    C.

    23 avril 2006 – Villa des Cullen, Forks

    Je n’ai pas dormi, évidemment. Pas parce que je suis un vampire, mais parce que l’atmosphère dans cette maison est devenue… électrique. Depuis le retour de Beth, chaque chose en moi est à vif. J’ai passé la nuit à marcher dans la forêt jusqu’à ce que la brume s’efface et que l’aube grise se lève. Quand je suis revenu, je l’ai sentie cloîtrée dans ma chambre, tendue, affamée, en lutte. J’ai hésité à entrer. Je n’ai pas osé. Sa faim, sa douleur, son regard… J’ai peur de la perdre une seconde fois.

    Alors je suis descendu. J’ai croisé Alice qui tenait son fichu album photo. Je savais qu’elle tenterait quelque chose. Je lui ai demandé de ne pas insister, mais elle est têtue, ma sœur. Et je la comprends. Tout le monde dans cette maison veut que Beth s’intègre, qu’elle se sente en sécurité. Mais moi, je sais à quel point elle se sent étrangère à tout ça. Elle est un fragment du passé revenu hanter un présent qui ne lui ressemble plus.

    Je n’ai pas eu le temps de penser davantage que je l’ai senti arriver. Bella.

    Son odeur a transpercé l’air comme une gifle. Une senteur familière, chaude, entêtante. Le silence s’est abattu dans la villa, juste avant que les battements de son cœur fassent écho dans mes veines. Je n’ai rien dit. Pas un mot. Mais j’ai senti Beth au-dessus de moi. Sa rage. Sa faim. Sa jalousie peut-être. Et moi ? Moi, j’étais figé entre deux mondes.

    Bella entre comme une tornade. Jacob sur ses talons, prêt à la défendre. Elle crie. Elle hurle mon nom. Elle exige des réponses que je ne peux pas lui donner. Pas maintenant. Pas comme ça.

    Je la laisse s’approcher. Par réflexe, je la retiens dans mes bras. Elle est chaude, vivante, si différente. Elle pleure. Je sens sa peur, sa colère. Mais moi… moi, je pense à celle qui est à l’étage. Celle que j’ai aimée bien avant tout ça. Celle que j’aime encore.

    Carlisle essaie d’arrondir les angles. Mais Bella s’emporte.

    « Tu m’as abandonnée ?! Qui est cette fille ? Tu as une autre copine ?? Tu m’as trompée ?? »

    Je ferme les yeux. Je sens le souffle froid de la catastrophe.

    — Non, Bella. Je t’ai laissé partir. Je t’ai laissé croire à ce que tu voulais croire. Mais mon cœur… mon cœur était ailleurs. Il ne t’a jamais trahie. Il ne t’a jamais appartenu.

    Au-dessus, Beth est au bord du gouffre. Jasper tente de la contenir avec son don. Il y parvient, à peine, grâce à Esmée qui murmure des mots apaisants.

    Je suis enchaîné. À cette fille humaine que j’ai tenté d’aimer. À cette vampire que je ne pourrai jamais oublier.

    Et quand je vois Jacob se raidir, les muscles tremblants sous la peau, prêt à bondir si Beth descend… je comprends que tout peut exploser.

    Alors, je prends une décision. Je m’avance. Je pose une main ferme sur l’épaule de Bella et je murmure :

    — Bella, il faut que tu partes. Maintenant. Ce n’est pas le bon moment.
    — Pourquoi ? Dis-moi que tu m’aimes. Dis-le, James.

    Je ne peux pas. Pas comme ça. Pas en sachant que tout le monde m’entend. Alors je me tourne vers Jacob, la mâchoire serrée :

    — Je veux parler à Sam. Seul à seul. C’est urgent. Il s’agit de Livio Volturi.

    Jacob fronce les sourcils. Il comprend que ce n’est pas une requête légère. Je n’ai pas le luxe de l’attente. S’il y a une guerre, je veux que Forks ne soit pas un champ de ruines.

    Mais avant tout, je veux protéger Beth. Même d’elle-même.

    — Je vais organiser une rencontre, déclare le jeune loup en posant une main protectrice sur le poignet de Bella qu’il attire contre lui, je te tiendrais au courant des détails.
    — James.. Tu disais m’aimer, pleure Bella d’une manière si pathétique que James en est gêné, tu m’as mentit.. tout le temps ?

    Je lève les yeux vers le plafond. Et même si je ne la vois pas, je sens sa colère. Sa souffrance. Sa soif. Je lui envoie un murmure muet.

    « Tiens bon Beth, pensais-je. Je t’en supplie. Je fais tout ça pour toi. »

  141. Avatar de C.
    C.

    Ben referma doucement la couverture autour du petit corps chaud de Charlie, dans le lit en bois qu’il avait façonné pour elle avec ses propres mains. Chaque latte avait été polie avec patience, chaque jointure serrée avec la peur secrète qu’un jour il n’aurait plus le temps de finir. Mais ce lit, aussi simple soit-il, c’était son offrande à leur fille, et à Nina aussi. Il posa un baiser sur le front de Charlie, qui s’endormit paisiblement, la bouche entrouverte, le poing encore serré autour d’un pan de sa peluche.

    Il resta un long moment penché au-dessus d’elle. Sa respiration douce, son odeur de lait et de linge propre, sa peau contre sa paume large… Tout ça, c’était la vie. Mais au fond de lui, quelque chose grondait.

    Il se releva lentement, les jambes toujours raides, les reins douloureux. Il avait appris à ne rien montrer, pour que Nina n’en devine rien. Mais ce soir, il n’en pouvait plus. Il s’assit près d’elle, dans le lit, et posa sa main contre sa joue.

    Elle ouvrit les yeux doucement, comme si même le réveil était devenu une lutte. Mais il secoua la tête, le regard sombre.

    — C’est toi que j’ai failli perdre, Nina… Toi. Et je vois bien que tu n’es pas en train de guérir. T’as encore mal, t’es faible. Tu perds du sang. Et je suis là, impuissant, à regarder la femme que j’aime glisser entre mes doigts alors que je m’efforce chaque putain de jour de garder la tête hors de l’eau.

    Elle voulut parler, mais il la coupa, sa voix plus tremblante qu’il ne l’aurait voulu.

    — Tu m’as supplié de ne pas lâcher quand j’ai voulu me foutre en l’air. Tu te souviens ? Tu m’as crié dessus, tu m’as accroché, tu m’as fait promettre. Alors maintenant, c’est à moi. C’est moi qui t’en supplie. Reste. Bats-toi, Nina. Je t’en prie. Je peux tout affronter, même l’enfer, mais pas sans toi. Je ne tiendrai pas. Charlie non plus. Elle a besoin de toi. Moi…

    Il serra les mâchoires, luttant contre les larmes qui lui montaient aux yeux.

    — Devant tout le monde je suis fort et je fais bonne figure mais intérieurement c’est le chaos. Nina, j’ai besoin de toi comme on a besoin de respirer.

    Il posa son front contre le sien, sa main dans la sienne. Son autre main effleurait sa joue. Il ferma les yeux, sentant les battements irréguliers du cœur de son épouse, son souffle encore court, et le poids terrifiant de l’angoisse.

    — Si ton père peut faire quelque chose, alors qu’il vienne. Je suis prêt à pactiser avec le diable s’il le faut. Mais tu ne vas pas mourir ici, mon amour. Je ne te laisserai pas.

  142. Avatar de C.
    C.

    La rage ne s’élève pas toujours en cri. Parfois, elle se fige, froide, métallique, dans chaque muscle, dans chaque respiration. Ce fut le cas pour moi. À peine le père de Nina avait-il prononcé le nom d’Hélène que mes poings s’étaient refermés sur les accoudoirs de la chaise, mes jointures blanchies comme des os prêts à rompre. J’avais l’impression que la pièce entière se rétrécissait autour de moi.

    Je me levai sans mot, mais chacun comprit. Matoaka posa doucement une main sur mon bras, essayant de me retenir.

    — Ben… attends.

    Mais j’avais déjà le regard ailleurs. Un regard d’ombre. Celui d’un homme qui n’a plus peur de tuer.

    Je récupérai mon manteau, jetai mon couteau à la ceinture, puis ma carabine jamais bien loin en bandoulière. On m’appela, peut-être. Je n’entendis rien. Mon souffle était devenu comme celui d’un animal traqué, mais qui cette fois serait le chasseur.

    Je sortis du chalet, la lumière grise du soir me gifla les yeux. J’avais en moi le feu d’un volcan, un volcan ancien, né dans les champs de guerre et les tranchées d’Afghanistan, mais que Nina seule avait su endormir. Là, il grondait de nouveau.

    Elle avait osé. Hélène. Celle à qui nous avions confié nos nuits, nos douleurs, notre enfant. Elle avait glissé la lame dans l’ombre, aspiré son sang comme un voleur, profané son corps affaibli pour un prix que je ne connaissais même pas encore. Peut-être la survie. Peut-être le pouvoir. Qu’importe. Elle allait payer.

    Je pris la direction de la sortie Est. Les sentinelles m’avaient dit qu’elle avait fui par ce côté. Elle connaissait bien les gardes, savait qui soudoyer, à quelle heure le regard s’échappe vers un nuage ou vers une ration chaude. Une trahison doublée d’un plan méthodique. Ça me rendait fou.

    Mon souffle formait des volutes de rage devant mes lèvres. Je ne sentais plus le froid. Je ne sentais plus mon dos ni ma jambe. C’était la haine qui me portait cette vieille camarade que j’avais laissée derrière moi, jadis, pour une vie meilleure. Pour elle. Pour Charlie. Et voilà qu’on avait profité de mon bonheur pour saigner la femme que j’aimais.

    Je traçai à travers la forêt, mon pas heurté, violent, fendant les fougères et les branches mortes sans pitié. Je ne m’étais jamais autant approché de cette part sombre de moi depuis des années. Cette part que j’avais appris à cacher, à enrober de douceur quand Charlie riait, ou quand Nina frissonnait dans mes bras.

    Mais ce soir… ce soir, j’étais tout sauf un père. Je n’étais pas un homme aimant, ni un compagnon. Ce soir, j’étais le soldat. Celui qui ne cherche pas à comprendre. Celui qui exécute.

    Je retrouvai des traces au sol précipitées, maladroites. Elle n’était pas préparée à fuir. Peut-être croyait-elle que personne ne viendrait la chercher. Peut-être croyait-elle que mon amour rendrait mes griffes molles. Erreur…

    Elle allait découvrir ce que devenait un homme à qui on avait volé le sang de sa femme, à qui on avait menti dans les yeux en touchant son enfant, à qui on avait souri en dissimulant une seringue.

    Je me jurai une chose : je la retrouverai. Et je ne la tuerai pas tout de suite. Non. Pas avant qu’elle n’ait compris ce qu’elle avait fait. Pas avant que ses yeux, comme ceux d’un animal acculé, ne s’emplissent de cette peur pure que je connaissais si bien.

    Elle allait voir ce que c’est que la justice d’un homme qui n’a plus rien à perdre.

    Elle pensait pouvoir disparaître. Comme si la forêt allait la cacher. Comme si les arbres, le vent, la neige fondue allaient l’absoudre.

    Mais la forêt, je la connaissais.
    Je l’avais arpentée jour et nuit. Elle ne me faisait pas peur, elle m’appartenait.

    Je marchais d’un pas lourd, précis. Pas un bruit. Pas une hésitation. Le moindre fil d’écorce arrachée, le plus discret fragment de semelle dans la boue gelée me guidait comme une traînée de poudre. Elle avait pris un sac léger. Mauvais signe. Elle comptait rejoindre quelqu’un, quelque part. Une planque, un complice. Peut-être les restes de la faction qui vendait encore du médicament contre des vivres ou du sang.

    Je fis un crochet par la crête, là où l’on dominait le flanc Sud. Les restes d’un ancien relais militaire y tenaient encore debout. On s’en servait autrefois pour observer les mouvements des infectés. C’était isolé, froid, abandonné. Parfait pour une planque. Trop parfait.

    Je descendis sans bruit, comme une ombre qui fond sur une proie. Le bois craquait sous mes bottes, mais je savais camoufler ma respiration. Dans mes mains, le canon de ma carabine était brûlant. Pas de peur. Pas d’hésitation. Seulement cette tension dans mes mâchoires, ce battement sourd au creux des tempes, cette voix intérieure qui hurlait : « elle savait. elle savait. elle a fait ça à Nina. »

    Je longeai le mur effondré, mon souffle lent, ma main sur la crosse.

    Puis je l’entendis.

    Un éternuement. Léger. Presque étouffé.
    Mais dans le silence de ces bois suspendus, c’était un cri. Je contournai, silencieux comme une bête affamée. Et je la vis.

    Elle était là, recroquevillée, adossée contre un pan de mur, un sac éventré à ses pieds, des bocaux de plantes et des fioles roulés dans la terre. Elle tremblait, son manteau couvert de boue. Ses yeux tournaient sans cesse autour d’elle, comme si elle sentait que quelque chose approchait, comme si elle savait qu’un prédateur était sur sa piste.

    Elle ne m’avait pas encore vu.

    Je m’avançai. Lentement. Les feuilles mortes ne crissaient même plus. À quelques mètres d’elle, je fis exprès de faire grincer le bois sous mon pas. Elle sursauta. Se releva d’un coup.

    Et alors nos regards se croisèrent.

    Elle pâlit. Une blancheur de mort. Ses lèvres s’ouvrirent sans qu’aucun son n’en sorte. Je vis dans ses yeux qu’elle comprenait. Qu’elle n’avait plus aucun endroit où se cacher.

    Je m’approchai encore, le canon pointé à peine sur le côté. Je n’avais pas besoin de viser. Si je décidais de tirer, ce serait entre ses deux yeux.
    Mais pas encore. Pas avant d’avoir entendu. Pas avant qu’elle m’implore. Pas avant de voir dans ses pupilles toute l’horreur de ce qu’elle avait fait.

    — Tu vas t’asseoir, Hélène, et tu vas parler.
    Ma voix était sèche. Dure. Elle n’avait rien d’humain. C’était une sentence.

    Elle essaya de bafouiller, de bouger, mais je fis un pas vers elle et écrase violemment et brutal sa cheville ce qui la fit reculer contre le mur, coincée.

    — Tu savais qu’elle était faible. Tu savais qu’elle risquait d’y rester. Et tu l’as fait quand même. Tu l’as piquée comme un rat dans une cage.

    Elle voulut protester. Je levai la main, et le silence retomba.

    — Une seule fois, Hélène. Tu as une seule fois pour me dire pourquoi. Et ensuite, peut-être que je serai clément.. enfin, si tu me donnes satisfaction,

    Mon cœur battait si fort que j’en avais mal à la poitrine. Je voulais l’entendre. Je voulais la voir se briser.

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    C.

    Il ne l’écoute plus vraiment. Les mots d’Hélène ne sont que des bruits parasites qui ricochent contre une carapace qu’il a décidé de verrouiller. Ses mains ne tremblent pas, son souffle est régulier. Pourtant, à l’intérieur, quelque chose s’est définitivement figé. Elle parle d’antidote, de milliers de vies sauvées… mais Ben voit au travers. Il sait qu’elle ment, ou pire : qu’elle mêle vérité et calcul pour tenter de s’acheter une dernière seconde de répit. Ce n’est pas de l’humanité qu’elle invoque. C’est une monnaie d’échange.
    Et elle ose parler de Nina. Elle ose parler de Charlie. Sa famille.

    — Tu veux les détruire… souffle-t-il, presque dans un murmure qui n’appartient qu’à lui, alors que nous t’avons fait confiance..

    Il n’a pas besoin de lever la voix. Dans ses yeux, il n’y a plus rien qui puisse ressembler à la clémence. Il sait ce qu’il va faire, et il accepte ce choix. C’est peut-être là que s’éteint définitivement ce qui restait d’humain en lui, mais ça n’a plus d’importance. Il refuse qu’on lui arrache ce qui compte encore.

    Un mouvement derrière lui. Ben ne se retourne pas. Il sait que c’est Nashoba. Le regard de l’homme est lourd, sans jugement. Juste cette approbation muette qui ne fait qu’ancrer sa décision. Il ne va pas l’arrêter. Il est là pour être témoin. Peut-être même pour s’assurer qu’Hélène ne ressortira pas d’ici vivante. Hélène continue, les mots dégoulinants de haine et de calcul : « Tu es pitoyable Ben… tu oses aimer la fille d’un monstre… ». Il se sent étrangement calme. Même pas blessé par cette provocation. La colère a laissé place à une lucidité froide.

    — Tu ne toucheras plus jamais à elles, dit-il d’une voix basse et ferme, comme une sentence, personne ne touchera à ma famille.

    Il avance. Chaque pas est une condamnation silencieuse. Avant d’arriver à elle, Nashoba glisse quelque chose dans sa poche. Ses doigts effleurent quelque chose : la tétine. Matoaka… Elle savait ce qu’il s’apprêtait à faire et elle voulait dans un sens lui rappeler que la vengeance n’était pas toujours une solution. Mais le regard en coin de Nashoba, à l’inverse, lui rappela pourquoi il était là et pourquoi il ne devait pas flancher. L’objet est minuscule, mais il pèse une tonne dans sa main.

    Hélène recule, trébuche légèrement quand elle le voit reprendre sa marche vers elle. Ben ne la lâche pas des yeux. Et sous le regard impassible de Nashoba, il met fin à l’histoire. Pas de cri, pas de grands gestes. Juste cette froide détermination qui balaie la dernière parcelle de pitié qu’il aurait pu ressentir. Lorsqu’il s’éloigne de la fosse où ils avaient laissé le corps démembré, il ne se retourne pas. Nashoba le suit en silence. Ils ne parlent pas, assuré que personne ne pourrait identifier le corps de l’infirmière. La nuit est lourde, mais dans sa poche, la tétine est chaude contre sa paume. Elle lui rappelle qu’il a fait ce qu’il fallait. Pour Nina. Pour Charlie. Pour ce qu’il appelle encore sa famille et que rien ni personne ne viendra plus jamais lui ôter cela.

    Le lendemain, en arrivant à la réserve, les bottes de Ben écrasaient la neige humide avec un bruit sourd. Nashoba marchait à ses côtés, aussi muet que lui. La fureur qui l’avait porté pendant la traque s’était transformée en un poids froid, un bloc de pierre logé quelque part derrière ses côtes. Chaque pas qui l’éloignait d’Hélène devenait une incertitude qui pouvait de nouveau tout faire disparaître. Au loin, les grandes palissades de la réserve apparurent enfin, silhouettes rassurantes dans la lumière pâle de l’après-midi. Les sentinelles ouvrirent la porte sans un mot, devinant qu’il n’était pas d’humeur à répondre. Il n’attendit pas que Nashoba le suive ; il traversa la cour, grimpa les marches et gagna le chalet encore vide de sa famille.

    Sous la douche froide, l’eau glissa sur sa peau encore tendue, emportant la sueur, la poussière et les traces invisibles du sang qu’il venait de verser. Ses doigts restèrent longtemps crispés contre le rebord du lavabo, son regard accroché à son reflet : un visage fermé, les yeux plus sombres qu’avant. Il ne culpabilisait pas de ce qu’il avait fait dans les bois. Il était déjà entrain de se préparer pour l’avenir.

    Quand enfin il rejoignit le dispensaire et la chambre qu’occupait Anya, la pièce baignait dans une pénombre tranquille. Elle dormait encore, allongée sur le côté, les traits détendus mais creusés. Charlie était lovée contre elle, une petite main agrippant fermement le tissu de sa chemise comme pour s’assurer qu’elle ne disparaisse pas. Cette vision adoucie quelque peu son visage et lui redonna un peu d’amour.

    Ben resta là un long moment, simplement à les regarder respirer. C’est un peu plus tard que Matoaka entra, silencieuse comme une ombre. Elle croisa son regard, et il sut qu’elle comprenait déjà.

    — C’est fini, dit-il d’une voix basse. Hélène ne reviendra pas, dit-il en se passant une main sur la nuque hésitant, mais… je ne suis pas tranquille. Elle a peut-être parlé. Du sang de Nina… de Charlie. Il y aura toujours des oreilles prêtes à écouter, des vautours pour se pointer à notre porte. Si ça arrive, ce sera la réserve toute entière qui sera en danger. Alors je pense qu’il vaudrait mieux qu’on parte… tous les trois.

    Les yeux sombres de Matoaka se voilèrent d’émotion. Elle s’approcha, posant une main ferme sur son avant-bras.

    — Tu crois vraiment que je vais te laisser emmener ma nièce et disparaître ? Tu fais partie de cette famille, Ben. Et dans ma famille, on ne fuit pas les menaces : on les affronte ensemble.

    Il voulut protester, mais elle secoua la tête, un sourire grave aux lèvres.

    — S’ils viennent… ils trouveront plus qu’une mère et un père à protéger : ils trouveront tout un peuple prêt à se battre.
    — Est-ce que le conseil l’acceptera ? C’est mettre en danger tout le monde alors que nous ne sommes même pas de ton peuple.
    — Sans doute.. Mais si les pilleurs doivent venir jusqu’ici et que vous êtes partis, ils ne se contenteront pas de juste passer leur chemin. Ils nous détruiront quand même.
    — En définitive, notre présence vous condamne. Peut-être que ton peuple voudra les offrir, les vendre pour pouvoir se protéger ?

    Matoaka ne répondit pas. Elle réfléchissait. Jusqu’à ce que Hélène les trahissent, elle aurait avancé avec conviction qu’ils pouvaient faire confiance à toutes les personnes de la réserve. Mais désormais… que devait-elle faire ?

    Ben le savait, il en avait pris conscience sur la route qui le ramenait à la maison et cela le frustrait. Ils avaient construit leur foyer, ici, ils s’y sentaient en sécurité. Il baissa les yeux vers Nina et Charlie. Les voir ainsi, serrées l’une contre l’autre, était à la fois une bénédiction et une torture. Il voulait croire que l’unité de la réserve suffirait à les préserver. Mais l’ombre de ce qu’Hélène avait pu dire planait déjà, invisible, au-dessus d’eux et il savait qu’un jour ou l’autre, il faudrait l’affronter.

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    C.

    Quand elle glissa sa main dans la sienne et parla de donner un peu de son sang pour protéger la réserve, il eut envie de refuser net. Mais il lut dans ses prunelles que c’était une décision déjà prise. Alors il se contenta de serrer ses doigts, comme pour dire si tu le fais, je serai là.

    Le soir, blottie contre lui, elle parla de Noël, de sapin, de guirlandes bricolées. Elle riait, tentait de le piquer avec ses histoires de couches à changer. Et lui, pour la première fois depuis longtemps, sentit ses lèvres se détendre en un vrai sourire.

    La nuit venue, il sortit discrètement du chalet pour retrouver Nashoba.

    — On va offrir le plus beau Noël jamais vu à toute la réserve.

    Nashoba haussa un sourcil, amusé puis hocha simplement la tête, comme si l’affaire était déjà entendue.

    Ils passèrent la matinée suivante à fouiller dans les alentours, troquant, cherchant un petit sapin digne de ce nom. Dans un ancien grenier, ils mirent la main sur quelques babioles oubliées : un morceau de ruban rouge, une clochette ternie, une guirlande un peu effilochée mais encore entière. Ben, lui, ne se contenta pas du sapin il fouilla aussi pour trouver des cadeaux. Quelque chose qui serait juste à elles.

    Dès le lendemain, il mit Kisos dans la confidence.
    — Pas un mot à personne, surtout pas à Nina. On va préparer un Noël dont ils se souviendront toute leur vie. Pas juste pour elle et Charlie… pour tout le monde.
    Kisos eut un sourire en coin, comme s’il s’apprêtait à jouer un rôle dans un vieux film de braquage. Nashoba, plus discret, hocha simplement la tête et demanda :
    — Par où on commence ?

    La mission continua les autres jours. Ils s’équipèrent comme pour une expédition, mais au lieu de fusils prêts à tirer, ils avaient des sacs pour remplir de trésors. Leur terrain de chasse : les maisons abandonnées, et même une vieille remise au bout de la réserve où plus personne ne mettait les pieds.

    Dans la première bâtisse, ils trouvèrent un carton plein de guirlandes poussiéreuses, emmêlées comme si elles s’étaient battues entre elles depuis des années. Ben s’agenouilla, souffla dessus et, malgré les nœuds et la poussière, aperçut des reflets dorés.

    — Parfait… on les accrochera dans la grande salle, souffla-t-il.

    Dans un autre recoin, Kisos dénicha une boîte en fer contenant de petites figurines en bois sculpté, des rennes, un Père Noël aux traits grossiers, et même un petit ange à moitié ébréché. Nashoba se moqua :

    — On dirait moi, cet ange.
    — Sauf que lui a l’air innocent, répliqua Ben avec un demi-sourire.

    Le plus compliqué fut de trouver le sapin. Ils passèrent la matinée à longer la lisière de la forêt jusqu’à ce que Kisos repère un épicéa bien proportionné. Trop grand pour un seul homme, mais parfait pour trôner dans la grande salle. À trois, ils le coupèrent, le traînèrent en laissant derrière eux une longue traînée dans la neige, et le cachèrent dans une grange vide pour que personne ne le voie avant le jour J.

    Ensuite, Ben eut une idée : Et si on préparait aussi un repas spécial ?
    La chasse fut confiée à Nashoba, qui ramena quelques heures plus tard deux beaux gibiers. Ben, lui, partit négocier avec les cuisiniers pour mettre de côté de la farine, un peu de sucre, et même quelques fruits séchés — de quoi improviser un dessert qui sortirait de l’ordinaire.

    Pendant trois jours, ils organisèrent le plan comme une opération militaire avec les décoration de la grande salle avec des lampions bricolés à partir de bocaux et de bougies. En fabriquant des guirlandes en papier avec l’aide discrète de quelques enfants mis dans la confidence. Ils récoltèrent de vieux jouets réparables que Ben nettoya et remit en état, pensant à la joie que cela donnerait aux plus petits. Kisos pensa même à la préparation d’un coin spécial pour Charlie et les bébés de la réserve, avec un petit tapis et des couvertures moelleuses.

    Chaque soir, Ben rentrait tard, prétextant des tours de garde ou des patrouilles. Il voyait bien que Nina le regardait avec curiosité, mais elle ne posait pas trop de questions peut-être parce qu’elle savait que, s’il voulait cacher quelque chose, ce n’était pas pour lui mais pour elles.

    Le dernier soir avant Noël, ils firent un test : lumières allumées, sapin décoré en silence, guirlandes suspendues au plafond, la grande table dressée avec des assiettes dépareillées mais propres, un feu crépitant dans l’âtre. La pièce, d’ordinaire froide et fonctionnelle, avait pris des airs de conte d’hiver.

    Nashoba souffla, admiratif :

    — On dirait presque un vrai Noël…
    — Ce sera un vrai Noël, répondit Ben. Pour eux, pour Nina, pour Charlie… pour nous tous.

    Puis, il éteignit tout. Le plus beau était encore à venir : voir les visages s’illuminer au matin.

    L’aube de Noël tomba sur la réserve dans un silence presque irréel.
    Le ciel était clair, traversé par ces teintes roses et or que l’hiver réserve aux matins de fête. La neige crissait sous les bottes de ceux qui, intrigués par l’agitation inhabituelle, se dirigeaient vers la grande salle.

    Ben était déjà là, debout près de la porte, un sourire discret accroché aux lèvres. Nashoba et Kisos couraient encore dans tous les sens pour allumer les dernières bougies et rallumer le feu. Dans quelques minutes, les portes s’ouvriraient.

    Nina entra la première, Charlie serrée contre elle, suivie de Matoaka, Sora et plusieurs familles. La chaleur de la pièce les enveloppa immédiatement, avec le parfum mêlé de bois brûlé, de gibier rôtissant et de pommes cuites. Mais c’est surtout la vue qui les cloua sur place :

    Le grand sapin trônant au centre, couvert de guirlandes dorées et de petites figurines en bois. Les bocaux illuminés suspendus comme des étoiles à hauteur de tête. Les tables chargées de plats, de pain chaud, de pâtisseries improvisées.

    Charlie, bien qu’encore minuscule, sembla sentir l’excitation ambiante et lança un petit babillage en battant des mains. Nina, elle, resta muette quelques secondes, les yeux humides, Matoaka aussi même si elle demanda :
    — Vous avez fait tout ça ?
    Il haussa les épaules, faussement nonchalant.
    — Avec Kisos et Nashoba.. Pour toute la réserve.

    Et la réserve entière prit vie. Les enfants couraient autour du sapin, découvrant les jouets réparés. Les adultes se servaient un verre, riaient, discutaient, comme si, l’espace d’un jour, le froid et la peur n’existaient plus. Nashoba lança de vieux chants que tout le monde connaissait, et même les plus réservés finirent par les fredonner.

    Ben observait Nina assise près du feu, Charlie sur les genoux, en train de parler doucement avec Sora et Matoaka. La lumière dans ses yeux valait toutes les batailles du monde.

    Et puis… la porte s’ouvrit de nouveau. Un souffle glacé entra, soulevant quelques flocons, et dans l’encadrement apparut une silhouette que Ben n’avait vue qu’en photo. Grand, les épaules larges, les traits marqués par le voyage… mais avec ce sourire reconnaissable entre mille.

    — Isha… souffla Matoaka, figée, Isha.. Je ne rêve pas ?

    Elle traversa la salle en courant, bousculant deux chaises, et se jeta dans ses bras. Quatre ans d’absence s’effacèrent dans une étreinte. Les conversations cessèrent un instant, puis reprirent, plus fortes encore, comme si l’arrivée de cet homme achevait de boucler ce jour parfait.

    Ben détourna le regard, laissant à Matoaka et Henry l’intimité de leurs retrouvailles. Il se tourna vers Nina, qui l’observait avec ce sourire qui disait tout. Ce Noël-là serait gravé dans leurs mémoires pas seulement comme une fête, mais comme la preuve que, malgré la guerre, la perte et la peur, il restait toujours quelque chose à sauver.

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    C.

    Ben sentit la boule se former dans sa gorge au moment où Nina prononça ces mots. Il la connaissait forte, courageuse, prête à faire face aux plus dures épreuves, mais là, dans la lueur douce de la cheminée, il voyait une fragilité qu’elle n’osait pas montrer d’habitude. Ses mains serrées dans les siennes tremblaient légèrement, comme si elle attendait un verdict qui pouvait la briser. Il inspira profondément et, plutôt que de parler tout de suite, il caressa le dos de sa main du bout du pouce, lentement, patiemment.

    — Tu crois que je pourrais te trouver immonde ?… Nina, jamais, dit-il simplement en s’approchant un peu plus, son souffle se mêlant au sien. Écoute-moi bien. Depuis que tu as mis Charlie au monde, je t’aime encore plus fort. Tu n’imagines même pas à quel point. Je ne te vois pas abîmée. Je te vois courageuse, belle, vivante. Ton corps… il a donné la vie à notre fille. Comment je pourrais le regarder autrement qu’avec respect, désir et… admiration ?

    Ben poursuivit, sa voix plus basse, presque murmurée quand il vit qu’elle se renfermait de nouveau sur elle-même, comme si ce qu’il lui confiait semblait être trop beau pour être vrai :

    — Tu veux que je te dise quelque chose ? Au tout début, quand on s’est rencontré, quand tu dormais contre moi… J’étais frustré. J’avais envie de toi, tellement, même si je savais que je n’en avais pas le droit. Tu ne t’en doutais pas, mais chaque nuit c’était un supplice de rester immobile, de garder mes mains sages. Parce que je te désirais déjà. Pas juste ton corps… toi, entièrement. Et ce désir n’a fait que grandir.

    Il vit les larmes monter dans les yeux de Nina, et pour ne pas la brusquer, il déposa simplement un baiser léger sur son front.

    — Alors non, tu n’es pas « plus comme avant ». Tu es encore mieux que tout ce que j’ai pu espérer. La femme que j’aime, la mère de ma fille, et la seule que je veux serrer dans mes bras jusqu’à mon dernier souffle.

    Il la prit contre lui avec une douceur infinie, la couvrant de son étreinte chaude et rassurante. Elle ne dit rien au début, elle laissa ses doigts toujours crispés contre sa chemise, son front appuyé à son torse, comme si elle voulait croire ses mots mais avait encore besoin de s’y accrocher.

    Ben sentit son cœur se gonfler. Peu importait qu’elle ait peur ou qu’elle doute. Il était évident pour lui qu’il serait là, chaque seconde, pour lui rappeler qu’elle était tout pour lui. Finalement, se leva du lit avec une lenteur calculée, comme s’il craignait qu’un seul geste brusque ne brise l’équilibre fragile qui régnait entre eux.

    Le feu projetait sur les murs de la cabane des éclats orangés, dansant sur son visage fermé. Ses doigts glissèrent sur la boucle de sa ceinture, puis il commença à se défaire de ses vêtements, un à un, sans détourner les yeux de Nina. Il n’y avait ni provocation ni désir brutal dans ce geste seulement une vérité mise à nu, une offrande silencieuse. Sa chemise tomba la première, dévoilant les marques qui constellaient son torse : cicatrices de balles, entailles mal refermées, brûlures anciennes. Un corps qui avait trop donné, trop encaissé, trop vieilli. Ses épaules se voûtèrent un instant, presque malgré lui, comme si le poids de sa propre honte le courbait.

    — Voilà ce que je suis, dit-il d’une voix rauque, à mi-chemin entre la colère et la supplique. Pas un sauveur. Pas un héros. Seulement un vieux soldat cabossé… incapable de t’offrir autre chose que ça.

    Ses mains tremblaient légèrement lorsqu’il défit son pantalon, qu’il laissa tomber au sol. Il ne se protégeait plus derrière ses armes, ni derrière son rôle de chef, ni même derrière son silence. Il se montrait tel qu’il était : vulnérable, marqué à vif. Il voulait qu’elle le voit, dans sa peur d’être lui aussi rejeté.

    Il s’approcha ensuite du lit, s’agenouilla au bord, à hauteur d’elle. Ses yeux cherchaient les siens, non pas pour obtenir du désir, mais une réponse, un signe qu’elle ne le rejetterait pas.

    — Est-ce que tu me désires moins ? Est-ce que.. Est-ce que je te répugne ?

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    C.

    Ben observa Nina qui jouait avec Charlie, leurs visages illuminés d’une tendresse qu’il n’aurait jamais cru retrouver dans ce monde en ruines. Sa gorge se serra devant ce tableau : ses deux amours réunies, si fragiles et pourtant si fortes. Quand Nina évoqua le centre commercial, il soutint son regard, devinant à travers sa moue enfantine combien elle désirait ce moment avec lui.

    Il hésita, par instinct de protection. Mais l’idée de chevaucher avec elle, loin de la réserve et des inquiétudes constantes, lui paraissait presque… douce. Une échappée, même brève, loin des murs, des regards, du poids des responsabilités. Et puis, il n’avait pas le cœur de refuser quand ses yeux brillaient ainsi.

    Il caressa doucement la joue de Charlie qui s’accrochait à sa chemise, les doigts serrés comme pour l’empêcher de partir. Puis son regard se releva vers Nina.

    — D’accord… murmura-t-il enfin, sa voix grave adoucie par une nuance de tendresse. On ira à cheval, à deux. Il y a une zone pas loin, une journée à peine. On prendra ce qu’il faut… et on dormira dehors, rien qu’une nuit. Comme un vieux couple de voyageurs. Comme lors de nos premières nuits.. ensemble..

    Il vit les lèvres de Nina s’étirer en un sourire discret, ses yeux s’illuminer. Cette lumière-là, il l’aurait suivie jusqu’au bout du monde.

    Charlie, toujours lovée contre lui, leva son visage rieur vers son père. Elle gazouillait comme pour approuver ce plan, ses petites mains battant l’air dans une joie innocente. Ben éclata d’un rire bas, un rire rare, rauque, qui lui réchauffa la poitrine.

    — Tu vois ? Même elle veut qu’on parte ensemble, souffla-t-il, amusé.

    Puis son sérieux revint, l’ombre d’un instant. Il posa ses yeux sur Nina, si belle dans cette lumière matinale, et sur leur fille, trésor fragile entre eux.

    — On partira demain. Ce soir j’ai promis à Matoaka de faire faire un tour de la base à Henry. On pourrait les inviter à dîner d’ailleurs.. Comme ça on gardera Sora et Kisos. Ça leur fera du bien d’être un peu seul cette nuit.

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    C.

    Ben s’était surpris à apprécier Henry dès les premières heures passées avec lui. L’homme avait cette franchise tranquille, ce mélange d’expérience et d’humour qui rassurait autant qu’il imposait le respect. Autour de la table, Ben parla peu. Ce n’était pas nouveau : il préférait écouter, engranger les détails, observer les réactions. Henry racontait l’Europe, ses camps, ses scientifiques, les projets des élites. Rien de tout ça ne surprenait Ben. Les grands de ce monde avaient toujours trouvé une façon de jouer aux apprentis dieux, quitte à sacrifier des millions de vies.

    Il laissait parler Henry, attentif mais silencieux. En dedans, il réfléchissait. À la réserve. Aux enfants. Aux femmes. À la possibilité que, tôt ou tard, quelqu’un d’extérieur vienne chercher ce qu’ils avaient construit ici. Les villes… il savait déjà qu’il n’y mettrait jamais les pieds. Ces soi-disant refuges ne seraient que des prisons dorées.

    Quand Henry affirma qu’avec lui et Ben, la réserve pouvait se protéger, Ben se contenta de hocher légèrement la tête. Oui, il savait se battre. Oui, il savait anticiper le danger. Mais ce qu’il voyait surtout, c’était trois petits visages autour de la table, pleins d’innocence et de rires. Charlie, blottie contre Nina, Sora qui venait encore se réfugier dans ses bras et Kisos qui parlait de Spiderman avec un sérieux désarmant. Eux n’avaient pas besoin d’un soldat. Ils avaient besoin d’un foyer, de lumière, de chaleur. Et ça… ça valait plus que toutes les stratégies militaires du monde.

    Ben se surprit à avoir de la peine quand Sora s’accrocha à lui, sous le regard perdu d’Henry. Il ne dit rien, mais son cœur se serra. Il avait toujours eu cette facilité étrange à rassurer les enfants, malgré son allure abîmée. Peut-être parce qu’ils sentaient qu’il n’était pas un danger pour eux.

    Quand les propos d’Henry devinrent plus sombres, parlant de sélection naturelle, de virus voulu, préparé, Ben observa Nina. Elle blanchissait à vue d’œil. Son cœur se serra encore, d’un autre poids cette fois : elle n’aurait jamais dû porter sur ses épaules de tels fardeaux. Elle qui avait déjà survécu au pire. Elle qui méritait la douceur et rien d’autre. Mais il ne dit rien. Il préférait attendre, la réconforter plus tard, quand ils seraient seuls, loin des oreilles d’Henry et de Matoaka.

    Le repas se termina dans la bonne humeur. Kisos raconta encore ses histoires, Nina riait franchement, et même Matoaka avait les yeux brillants de bonheur de revoir son mari à table avec eux. Ben, lui, restait en retrait. Mais il sentait sa propre poitrine plus légère, comme si, l’espace d’un soir, l’ombre du monde avait reculé un peu.

    En fin de soirée, Ben avait accepté sans broncher de rester avec les trois enfants dans le chalet, laissant Nina souffler un peu. Le poêle ronronnait doucement, diffusant une chaleur agréable dans la grande pièce. Kisos et Sora s’étaient vite mis d’accord sur leur projet : construire la plus grande cabane possible avec les draps et couvertures.

    Apres les avoir conduit dans la chambre, le blond avait souri en coin, les bras croisés, observant ce petit chantier. Très vite pourtant, il avait dû mettre la main à la pâte. Kisos tirait les couvertures trop fort et s’emmêlait dans les plis, alors que Sora voulait absolument que le toit tienne avec un équilibre bancal. Avec patience et quelques conseils, Ben réajusta les chaises, plia correctement les draps, coinça les extrémités sous des coussins.

    Quand la cabane fut enfin dressée, avec ses pans de tissus tombant jusqu’au sol et ses petites ouvertures improvisées, les enfants poussèrent des cris de victoire.

    — C’est une maison secrète !
    — On pourrait même y dormir, tu crois ? demanda Sora à son frère ses yeux brillants.
    Ben éclata de rire.
    — Une maison secrète, oui… mais pour y dormir, je suis pas sûr que vos mamans soient d’accord.

    Ils s’installèrent tout de même à l’intérieur, emportant quelques lampes à huile. Les ombres projetées contre les draps créaient une ambiance magique. Ben s’assit à même le sol, coincé près des enfants et avant qu’ils ne ferment les yeux, il leur raconta une histoire. Une histoire simple, sans monstres ni guerres, seulement un chevalier égaré qui avait trouvé dans la forêt un nid de lucioles, et qui avait décidé de les protéger plutôt que de repartir vers ses combats. Sa voix grave, posée, enveloppait les enfants comme une couverture de plus. Un à un, ils s’endormirent, leurs respirations devenant régulières. Ben resta quelques instants à les contempler, une chaleur étrange lui serrant la poitrine. Ces enfants n’étaient pas seulement des vies à protéger : ils étaient devenus ses racines.

    Il éteignit doucement la lampe et sortit de la chambre. Dans la cuisine, Nina finissait la vaisselle. Elle se retourna et lui adressa un sourire fatigué.
    — On t’as déjà dit que tu étais sexy en faisant la vaisselle ?
    Il roula ses manches et s’approcha de l’évier.
    — Laisse, je t’aide.

    Leurs mains se croisèrent sur une assiette encore savonneuse, et leurs regards se retrouvèrent dans la lumière tamisée. Ben laissa échapper un souffle qui ressemblait à un soupir de paix. Pour la première fois depuis longtemps, la soirée avait goûté à une normalité douce, presque fragile.

    — Dis.. Tu as deja fais l’amour contre un évier, demandait-il d’un œil brillant et amusé.

  148. Avatar de C.
    C.

    Le moteur finit par se taire, et le silence du dehors recouvre la voiture. Ben coupe le contact, ses yeux fixés un instant sur la façade grise et béante du centre commercial. Le parking est vide, mais il sait que ce calme est trompeur. Trop de fois il a vu ces lieux se transformer en pièges. Jusqu’ici, il avait gardé cette douceur qui rassurait Nina, ses doigts liés aux siens, son regard apaisant, presque amoureux, surtout avec la séparation avec Charlie. Mais là, quelque chose change en lui. Le gardien reprend le dessus, et son corps tout entier se remet dans le mode qu’il connaît trop bien : observation, anticipation, sécurité.

    Il tourne la tête vers elle. Sa voix devient plus grave, plus ferme :
    — On descend. Mais avant, écoute-moi bien, Nina.

    Il sort son sac de derrière le siège, en tire un petit Glock et un couteau de survie. Sans attendre, il lui tend l’arme à feu, la tenant par le canon, geste sûr, précis.
    — Tu gardes ça sur toi. Sécurité enclenchée pour l’instant. Si je dis “couverture”, tu dégaines. Pas d’hésitation, pas de question. Tu tires. Tu restes toujours près de moi. Pas de folie. Tu me laisses sécuriser le périmètre sans t’écarter.

    Ses yeux ne quittent pas les siens, et il insiste, sa voix ne tolérant aucun détour :
    — Je sais que c’est dur, mais ta sécurité est mon premier ordre. Tu ne fais pas de folie, pas d’improvisation. Tu restes dans mon ombre, toujours. Compris ?

    Il voit bien qu’elle se sent à la fois nerveuse et touchée par cette rigueur. Elle est loin de la légèreté qu’elle avait eue dans la voiture, quand elle parlait de flamme et de peur de s’éloigner de Charlie. Mais c’est nécessaire : ici, ils n’ont pas droit à la tendresse, pas encore. Enfin, il ouvre sa portière et sort. L’air glacé lui mord la peau mais ça ne lui fait ni chaud ni froid. Il balaie rapidement le périmètre d’un regard entraîné, arme en main, et contourne le véhicule pour rejoindre la jolie brune. Elle est debout, à ses côtés, prête mais nerveuse.

    Il s’approche alors d’elle, si près qu’il sent son souffle. Et contre toute attente, après ce flot d’ordres militaires, il la prend par la nuque et l’attire vers lui avant de la plaquer contre la portière de la voiture. Le baiser qu’il lui donne est long, langoureux, presque brutal dans son intensité. C’est tout le manque de la veille, tout ce qu’ils n’ont pas pu se donner, qu’il déverse dans ce contact.

    Quand il s’écarte, il garde ce demi-sourire au coin des lèvres, celui qui n’appartient qu’à l’homme et non au soldat.
    — Essaie de ne pas me distraire. Sinon, on va jamais fouiller ce foutu centre.

    Il la laisse sur cette taquinerie, un éclat d’humour comme une bouffée d’air avant de replonger dans l’ombre. Puis il reprend son sérieux et fait signe vers l’entrée béante du centre commercial. Sa main serre plus fort son arme. Il avance comme un fauve à l’affût, chacun de ses pas mesuré, chacun de ses gestes calculé. Le centre commercial se dressait devant eux comme une carcasse silencieuse, avalée par le temps et les pillages successifs. Pourtant, en franchissant les portes éventrées, il ressentit cette tension familière : le poids des murs sombres, l’écho du moindre bruit, l’impression que l’ombre elle-même les observait. Sa main resta fermement posée sur la crosse de son arme, tandis que son autre bras s’assurait de maintenir Nina dans son champ de vision.

    Il lui avait répété, avant d’entrer, le plan qu’il avait élaboré : progression lente, exploration des premiers étages uniquement, pas de détour inutile. À ses côtés, il avait attaché à sa ceinture plusieurs contenants de tissu renforcé, des sacs pliés, qu’il avait bricolés pour ramener le maximum d’objets utiles sans se surcharger.

    Les escalators figés grinçaient sous le souffle du vent qui s’infiltrait par les brèches du bâtiment. L’air empestait le renfermé, la poussière, et cette odeur métallique qui trahissait la rouille. Ben leva le poing pour faire signe à Nina de s’arrêter. Il tendit l’oreille. Rien, sinon un silence oppressant. Ses yeux balayèrent les vitrines aux mannequins désarticulés, couverts de toiles d’araignées. Certaines boutiques avaient déjà été éventrées, vidées jusqu’à l’os. Mais plus loin, il apercevait encore des rayons en partie garnis : des piles de vêtements, un peu de linge laissé à l’abandon.

    — Là-bas, murmura-t-il en désignant une enseigne aux couleurs ternies.

    Il s’avança le premier, se penchant de temps en temps pour vérifier les traces au sol. Pas de poussière déplacée, pas de marques de pas récentes. Un bon signe, mais pas suffisant pour le rassurer. Arrivé devant la boutique, il poussa la porte d’un geste prudent. Les charnières gémirent, le son résonna dans le vide et son cœur se contracta, prêt à faire face. Mais rien ne bougea. Il se tourna vers Nina, lui faisant signe d’entrer.

    À l’intérieur, il se détendit légèrement. Les rayons débordaient encore de petits habits : pyjamas colorés, robes d’été, minuscules chaussures. Le contraste entre ce lieu figé et la vitalité de Charlie traversa l’esprit de Ben, et il sentit une chaleur lui brûler la poitrine.

    — Choisis ce qu’il faut pour elle, souffla-t-il à Nina, sa voix basse mais adoucie. Prends large, elle grandira vite.

    Pendant qu’elle s’avançait pour fouiller, il sortit un de ses contenants et commença à remplir avec méthode : d’abord quelques vêtements solides, faciles à laver, puis des couvertures fines, et enfin quelques chaussures de tailles différentes. Chaque geste était précis, comme s’il préparait non seulement leur survie, mais un semblant d’avenir.

    Nina, concentrée, souleva une petite robe fleurie, ses doigts caressant le tissu comme si elle voyait déjà Charlie la porter. Ben l’observa du coin de l’œil, ses yeux durs s’adoucissant malgré lui. Puis, reprenant sa vigilance, il fit un tour complet de la boutique, scrutant les coins sombres, prêt à intercepter le moindre bruit suspect. Rien, encore une fois. Mais il ne relâchait pas sa garde.

    Quand leurs sacs commencèrent à se remplir, il se rapprocha d’elle, effleurant sa main.
    — Encore deux ou trois tenues, et on sort, dit-il calmement. On ne doit pas s’éterniser. Il y a d’autres boutiques dans en bas, on reviendra après d’accord ?

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    C.

    Le monde se fissura en un battement de cœur. Une seconde avant, Nina riait contre sa barbe. La seconde d’après, son sang jaillissait entre ses doigts.

    Ben sentit le temps s’écraser autour de lui. Sa respiration se fit lourde, hachée, et tout ce qu’il connaissait de la guerre, du chaos, de la survie… ne représentait rien devant cette plaie qui dévorait la femme qu’il aimait. Ses mains se plaquèrent contre son flanc pour contenir l’hémorragie. La chaleur poisseuse, les gémissements étouffés de Nina, ses yeux qui cherchaient à rester ouverts… tout cela brûlait son âme plus que n’importe quelle blessure reçue au combat.

    — Non, non… ferme pas les yeux. Reste avec moi, Nina, putain, reste. Je t’interdis de me faire ça !

    Elle parlait déjà comme si c’était la fin, comme si elle lui léguait Charlie dans un dernier souffle. Ses mots le lacéraient de l’intérieur. Ben refusa d’y céder. Refusa d’accepter qu’elle puisse être avalée par ce monde maudit.

    Il la prit dans ses bras, son corps contre le sien, et dévala les escaliers. Son cerveau fonctionnait en pilote automatique : couvrir les angles, garder la main sur l’arme, retenir le sang qui imbibait sa chemise. Chaque pas résonnait dans un tunnel d’urgence, ses pensées n’étaient plus que des ordres secs : vite, sécuriser, soigner, sauver.

    Quand il vit le groupe, des silhouettes repliées, ces femmes et enfants au deuxième étage, il crut d’abord à une hallucination. Mais non : elles étaient réelles, leurs regards terrifiés fixés sur l’homme qui portait sa femme mourante.

    Une petite blonde surgit comme un chien de guerre. Derrière elle, une médecin et deux infirmières se jetèrent vers Nina. Elles lui arrachèrent des bras de Ben, ce qui provoqua une douleur bien plus violente que n’importe quelle blessure. Il voulut protester, hurler, mais ses jambes vacillaient. Il n’était qu’une plaie béante, vidé de toute force.

    — Elles vont s’occuper de ta femme, gronda-t-elle. Mais toi, tu bouges ! Ces salopards vont rappliquer, et si on les arrête pas, on crèvera tous !

    Ben resta figé. Ses yeux restaient rivés à Nina, pâle, respirant à peine, ses lèvres entrouvertes comme si elle luttait pour exister encore. Ses mains tremblaient de l’avoir lâchée.

    — Regarde-moi, putain ! cria-t-elle, le secouant brutalement par le bras. Si tu veux qu’elle vive, faut que tu vives aussi ! T’es un soldat, non ?! Alors bouge ton cul et transforme-toi en ce que t’as toujours été : une putain de machine de guerre !

    La rage explosa dans son ventre. Une mèche venait d’être allumée. Ben redressa la tête, ses yeux glacés se rivant aux siens. Il retrouva son souffle, non plus celui de l’amant éperdu, mais celui du SEAL entraîné pour survivre dans l’enfer.

    Il récupéra son arme, cala le chargeur d’un geste sec. Ses épaules se redressèrent. Les sanglots, la peur, la douleur : tout fut repoussé derrière une muraille de fer.

    — Montre-moi d’où ils vont venir, souffla-t-il, sa voix plus basse qu’un grondement.

    La blonde hocha la tête. Ensemble, ils prirent position près des fenêtres éventrées, les battements du cœur de Ben battant désormais au rythme du métal et du sang.

    Il n’était plus que ça. Une arme. Une tempête.

    Ben cala son dos contre le béton froid, la respiration coupée en tranches nettes, chaque inspiration réglée comme le mécanisme d’une arme. Ses doigts caressaient le métal de son fusil comme on effleure un talisman, mais ce n’était pas une prière : c’était une promesse de mort.

    Le bruit arriva avant la vision. Des pas, lourds, mal assurés, accompagnés de rires gras et d’ordres hurlés. Le genre de meute qui croyait avoir trouvé un os facile à ronger. Ben entrouvrit la bouche, régla son souffle. Son esprit s’était vidé. Plus de peur. Plus de Nina qui se vidait de son sang à quelques mètres derrière lui. Plus de Charlie. Plus rien. Il n’y avait que la mission : tuer ou être tué.

    — Trois… quatre… six… souffla-t-il entre ses dents serrées.

    Il comptait. Évaluait. Pesait la cadence. Son cerveau SEAL déroulait les schémas, anticipait chaque mouvement adverse, chaque erreur exploitable.

    Le premier silhouette entra dans le couloir. Un tir sec. La tête éclata contre le mur. Silence. Puis le vacarme. Les hurlements, les rafales qui grignotèrent le béton autour de lui. Mais Ben était déjà ailleurs : glissé à une autre ouverture, anticipant l’angle mort.

    Il surgit comme une ombre, ses tirs précis, chirurgicaux. Chaque rafale tombait dans la chair ennemie, chaque cri étranglé devenait carburant pour sa rage. La blonde, postée plus loin, retenait un juron admiratif en le voyant faucher un groupe entier comme si c’étaient des mannequins d’entraînement.

    — PUTAIN, mais t’es quoi, mec ?! lança-t-elle entre deux rafales.

    Il ne répondit pas. Il n’était rien. Pas un homme. Pas un mari. Pas même un père. Seulement une arme. Le monde entier avait rétréci à ce tunnel de guerre.

    Les corps s’amoncelaient dans le couloir, l’odeur de sang et de poudre emplissait l’air. Ben avançait, implacable, chaque pas lourd et sûr, son regard glacé découpant les ombres. Les assaillants criaient entre eux :

    — C’est pas possible, il est seul, bordel, IL EST SEUL !

    Non. Il n’était pas seul. Il avait Nina dans son sang, Charlie dans son souffle. Mais ils n’étaient plus ses faiblesses : ils étaient son carburant. Ses dieux de guerre.

    Un dernier hurlement, une rafale sèche, et le silence retomba comme un couperet. Ben resta immobile, son fusil pointé, le souffle court mais maîtrisé. Ses oreilles tintaient du vacarme. Son cœur cognait fort, mais pas de panique : de la force brute.

    Alors seulement, il relâcha son doigt de la gâchette. Ses mains tremblaient à peine. Il venait de tenir l’entrée. Il venait d’empêcher l’apocalypse de déferler sur Nina.

    Il pivota lentement, ses yeux cherchant le couloir qu’il avait quitté. Derrière, il savait qu’elle luttait encore pour vivre, entre les mains de ces inconnues qui faisaient office d’anges.

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    C.

    Il y avait une distance entre moi et le reste du monde, comme si la pièce tout entière s’était transformée en une bulle sonore où les sons étaient étouffés, distants. Le goût du sang, la puanteur de la poudre, les odeurs de pansement tout cela revenait par vagues, mais au milieu de ce brouillard, il y avait des visages qui me hantaient davantage que les fantômes des hommes que j’avais abattus : les yeux d’enfants, la peur coincée dans la gorge des femmes, la respiration fragile de Nina que je n’entendais plus qu’en filigrane.

    Je m’étais assis sur une caisse renversée, mon fusil posé contre le genou. Jasmine, la petite, me tendit son biscuit. Je refusai d’abord, parce que j’avais l’impression que tout ce que je pourrais avaler me tomberait immédiatement au cœur et se transformerait en malheur. Puis je pris le biscuit, et le contact minuscule d’un morceau de sucre dans ma bouche m’a ramené au présent. Elle me regardait comme si j’étais précisément la personne qui pouvait protéger. Ça m’a fait mal et c’est terrible à la fois.

    Quand Millie revint, sa voix avait l’autorité de quelqu’un qui a troqué la douceur pour l’efficacité. Elle avait les mains couvertes de sang, et le sourire étrange des chirurgiens qui refusent le désespoir tant qu’il y a un pouls.

    — Elle tiendra si on la garde au calme, dit-elle. Mais ta place n’est pas ici au chevet du malade toute la journée. Tu as réfléchi à ce que je t’ai demandé ?

    Je me suis levé. Mes jambes semblaient encore en caoutchouc, mais il n’y avait pas d’autre choix : rester signifierait regarder Nina dépérir sous mes yeux sans pouvoir rien faire, partir signifiait risquer de l’abandonner. Je n’avais jamais été si seul. Elle m’aurait dit quoi, elle, à ma place ? J’ai imaginé sa voix, basse, ferme :

    « — Choisis. Protéger prend des formes différentes.  »

    J’aurais donné tout ce que j’ai pour qu’elle soit là, à me souffler la marche à suivre. Mais elle avait besoin de moi autrement. Je me suis donc approché de Millie. Les cheveux tirés en arrière, l’air épuisé, elle m’a toisé. Ses doigts tapotaient le poignet de Nina comme pour s’assurer que la vie s’y agrippait toujours.

    — Ils ne tiendront pas ici, ai-je commencé, la voix rauque. Ils n’ont pas de nourriture, pas de murs, pas de médecine. Ce lieu est un piège. Vos enfants… ils méritent mieux qu’une planque au milieu d’hommes qui se croient propriétaires du monde. Je peux vous amener à la réserve. notre groupe a des murs, de la nourriture, et des gens qui savent soigner. Laisse-moi emmener les enfants. Laisse-moi ramener des vivres, des couvertures, des hommes. Donne-moi trente-six heures maximum et je reviendrais avec une solution.

    Millie m’a regardé, tranquille, sans rien dévoiler. Puis elle s’est tournée vers les enfants. Le regard de Pasha, petit garçon au visage trop vieux pour son âge, m’a percé la poitrine. Binki tenait Jasmine comme si elle pouvait la protéger de la nuit elle-même.

    — Et si tu nous trahis ? a demandé Millie, sèche.
    — Le monde m’a appris à ne faire confiance à personne. Mais Nina, ma femme, celle que tu as sauvé, m’a appris qu’il fallait garder espoir en chaque personne qu’on croire. Crois moi, cet apprentissage m’a appris qu’il était plus fort que mes propres certitudes. Je vais prendre Tomas, à son âge il doit savoir conduire ainsi que les autres enfants. Nous partirons à l’aube, par l’itinéraire sud : j’ai fouillé la carte, il y a des caches et des points morts où l’on peut se reposer. On ira vite, on ira léger : nourriture, couvertures, médicaments de base, et surtout, des vivres pour tenir la traversée.

    Il y eut un long silence. Millie examina mon visage, scruta la ligne des cicatrices sur mes mains, la manière dont je maintenais la mâchoire serrée. Elle connaissait les hommes qui mentent avec les yeux ; elle savait reconnaître la vérité. Mais on vivait une période tellement violente que je ne pouvait lui en vouloir de douter.

    — Et ta femme ? demanda-t-elle enfin, plus douce qu’à l’accoutumée. Tu pars sans savoir si elle tiendra. Tu veux me promettre quoi, à moi, soldat ?

    J’ai senti que ma gorge se nouait. Je n’avais pas de mots qui pourraient disséquer la peur. Alors je me suis laissé tomber à genoux pour me mettre à hauteur des enfants, pour que mes yeux soient proches des leurs. Leurs visages étaient creusés, mais il y avait encore une flamme.

    — Quand je fais une promesse je la tiens, dis-je avec toute la pesanteur du monde, je promets de ramener ici des vivres, des couvertures et les enfants si mon groupe ne veut pas vous recueillir. Je te laisse l’amour de ma vie, la mère de mon enfant. Notre enfant qui nous attend à la maison. Crois-moi, j’ai bien plus à perdre que toi dans cette histoire.

    Millie posa sa main sur mon épaule. C’était moins un accord qu’un pacte silencieux scellé par la fatigue et la nécessité.

    — D’accord, Miller. Peu importe comment mais tu reviens. Entendu ? Tu reviens. Et si c’est en miettes, on te recollera.

    Je me redressai. Pour la première fois depuis la fusillade, quelque chose de clair s’imposa : un plan. Vite, précis, froid. Comme en mission. Je rassemblai ce qui pouvait l’être, quelques caisses de secours prises dans la remise de Millie, des couvertures, des bidons d’eau. Tomas et les enfants m’attendait déjà dehors, le regard dur mais approuvé. Les enfants étaient autour de Tomas comme s’il s’agissait d’un grand frère, leur unique repère. Délicatement, je tapotais l’épaule du jeune homme et ordonna au groupe de grimper dans la voiture qui était pleine à craquer.

    Mais avant de partir, j’allai voir Nina. Elle avait les traits tirés, mais elle respirait. Millie et ses femmes la couvraient comme un trésor. Je pris sa main, froide, fragile, et je la serrai. Mon pouls cognait fort dans ma tempe. Les mots me vinrent, simples, bruts :

    — Je dois y aller. Pour eux. Pour toi. Je reviens. Je te le promets, mon amour. Reste. Tiens bon. Bientôt on sera de retour à la maison.. Avec notre Petit Pois, d’accord ?

    Elle ne me donna pas de réponse. Elle gardait obstinément les paupières closes, comme si ses forces la repoussaient vers le silence. J’aurais voulu la porter, la bercer, l’écouter râler contre ma connerie comme elle l’avait fait mille fois. Mais cette promesse qui brûlait dans ma bouche était devenue plus lourde que tout. Je l’embrassai sur le front, furtif, presque profane, puis me redressai.

    La camionnette démarra dans un grondement aigu. Les enfants s’agrippèrent aux couvertures, Binki fit un signe de tête, Millie me lança un regard qui contenait tout : la confiance, l’espoir, la colère contenue.

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    C.

    Arès n’était pas né des steppes ni des cités puissantes de l’Orient. Il venait de la mer Ionienne, où la houle battait les falaises comme des tambours de guerre et où le parfum des fleurs du soleil s’épanouissaient. Dès son jeune âge, jeune chef respecté, il avait connu la gloire des batailles maritimes pendant plusieurs années. Il aurait pu continuer ainsi pendant de longues années si des envieux jaloux ne l’avait pas poussé à l’humiliation de la défaite.

    Trahi par des alliés plus avides que loyaux, il avait tout perdu : sa patrie, sa famille, sa fiancée, ses navires, et l’honneur de son nom. Ne lui restait plus qu’une poignée d’hommes endurcis, guerriers bannis et pirates sanguinaires, qui avaient choisi de suivre son ombre plutôt que de périr esclaves. Il leur fallait désormais fuir et survivre.

    Alors, ils pillaient les côtes, brûlaient les villages, et frappaient comme des spectres surgis de la mer. Leur bannière n’était qu’un cri : la faim, la violence, la soif d’or et de vin. Arès n’était pas un homme pieux, mais dans ses nuits sans sommeil, il entendait parfois le ressac lui murmurer que les dieux n’avaient pas fini avec lui. Qu’une malédiction encore plus pernicieuse le guettait.

    Au détour d’une corniche, près de Byzance, ses éclaireurs, en marchant dans la poussière des steppes, avaient aperçu les colonnes blanches dressées contre l’horizon. Un sanctuaire dédié à Athéna, avait murmuré l’un d’eux avec une lueur de crainte. Mais la crainte n’était pas une langue que parlaient les hommes d’Arès. Ils parlaient celle du pillage. Les rumeurs disaient que les prêtres amassaient des trésors offerts par les fidèles : statues d’ivoire, amphores d’huile, bijoux sacrés.

    — De l’or nous attend, déclara Arès, ses yeux d’acier fixés sur l’éclat lointain des colonnes. De l’or, ou des cadavres de prêtres. Qu’importe.

    C’était une parfaite occasion pour se refaire une santé avant d’entrer dans la dite cité de Byzance. Un temple hors du monde, qui semblait hors du temps aussi et qui était forcément empli de trésors.

    Il serra autour de ses épaules la peau de loup qui le couvrait et donna l’ordre d’avancer. La nuit tombait, et déjà les torches crépitaient dans leurs mains, dessinant sur leurs visages des ombres déformées. La lune, ronde et éclatante, se levait comme un œil ouvert sur leurs pas.

    Pourtant, plus ils approchaient du sanctuaire, plus un silence étrange s’épaississait autour d’eux. Pas un cri d’oiseau, pas un bruissement d’herbes. L’air lui-même semblait retenir son souffle. Certains de ses hommes, les plus superstitieux, se signèrent en silence. Arès, lui, se contenta de cracher sur le sol.

    — Ce n’est qu’un temple vide, dit-il. Les dieux n’habitent pas ces pierres. Ils nous regardent mourir et se repaissent de nos prières.

    Mais en son for intérieur de païen, il ne pouvait chasser l’impression que quelque chose les observaient. Pas les dieux, ni les prêtres. Autre chose. Plus ancien. Plus affamé. Arès leva la main pour imposer le silence à sa troupe. Le temple d’Athéna se dressait devant eux, ses colonnes blanchies par la lune, semblables à des ossements géants plantés dans la terre noire. L’air était lourd, presque étouffant, et chaque pas résonnait comme une profanation.

    Arès n’était pas un homme stupide, ni superstitieux. Néanmoins, son for intérieur lui hurlait d’être vigilant.

    — Deux hommes, en avant, dit Arès d’une voix calme. Allez voir si ce temple n’est gardé que par des pierres mortes.

    Deux guerriers robustes, frères d’armes, s’avancèrent sans discuter. Leurs torches dansaient dans la nuit, leurs ombres déformées s’allongeant contre les murs du sanctuaire. Arès les suivait du regard, l’œil perçant, les doigts serrés sur la garde de son épée et ses hommes silencieux attendaient. Mais bientôt, le silence fut rompu. Pas par un cri humain. Non. Un grondement guttural, suivi d’un bruit de lutte trop bref. Puis les torches chutèrent au sol, s’éteignant presque aussitôt, comme si une main invisible les avait étouffées.

    Un instant plus tard, un écho immonde se répercuta dans les colonnes : le craquement humide des os brisés, le souffle avide d’une gorge altérée, et le gargouillis d’un sang trop vite arraché aux veines. Puis, plus rien.

    Arès resta immobile. Son visage, pourtant toujours ferme et sans émotion, se crispa. Les hommes derrière lui reculaient déjà, effrayés comme des enfants.

    — Ce n’est pas un temple, murmura l’un deux, c’est une fosse. Une fosse à bêtes.
    — Pire ! L’Enfer !

    Il comprit que ce qui avait emporté ses guerriers n’était ni soldat, ni prêtre, ni bête ordinaire. Il y avait là quelque chose qui ne relevait plus des lois des hommes.

    — Assez ! Silence ! Installez le campement non loin. Qu’on me laisse réfléchir, ordonna le blond au caractère devenu rapidement ombrageux.

    Pour la première fois depuis longtemps, Arès refusa de foncer tête baissée. Il fit observa ses hommes dresser le campement à l’écart du sanctuaire, dans l’ombre d’un bois voisin. Cette nuit, il réfléchirait avant de livrer ses hommes à la gueule invisible du monstre.

    Et ce fut là, alors que le feu vacillait et que ses guerriers dormaient, qu’Arès vit une ombre, une forme. Elle apparut dans son rêve comme une flamme vêtue d’or, des yeux brillants comme les étoiles de la mer Égée. Athéna, la guerrière aux regards sévères. Ses lèvres s’ouvrirent, et sa voix tonna comme mille lances frappant un bouclier :

    — Fils de la mer, tu avances vers une nuit sans retour. Cette créature n’est plus chair mais ténèbres. Ton épée ne suffira pas. Si tu veux approcher sans succomber, couvre ton cou de verveine. C’est la seule herbe qui repoussera son souffle maudit.

    Arès, même dans le rêve, sentit son cœur battre comme aux portes d’une bataille.

    — Est-ce donc une chimère, ou une bête ? demanda-t-il.
    — Elle est ce que les hommes redoutent de devenir : le désir qui dévore, la beauté qui tue, la faim éternelle. Elle est la première de son espèce. Tu devrais fuir pendant qu’il en est encore temps.
    — A quoi dois-je m’attendre ? Est-ce que je dois la tuer ?
    — Approche-la si tu l’oses. Mais sache qu’en posant les yeux sur elle, ton destin ne t’appartiendra plus.

    Il se réveilla en sursaut après avoir entendu un cri déchirant, l’aube naissait sur les plaines. Ses hommes ronflaient encore, ignorants des ombres qui rôdaient. Arès, lui, resta assis, les yeux fixés vers le temple immobile. Sa mâchoire se contracta. Il avait affronté des armées, des tempêtes, des dieux même. Mais ce qui l’attendait derrière ces colonnes sacrées n’était pas une guerre ordinaire et pour la première fois de sa vie, il doutait.

    Toute la journée, ses hommes prirent soin de chercher dans les villages alentour de la verveine. Les lieux avaient été abandonnés, ils purent à loisir se servir. Puis, Arès enroula autour d’un collier très modeste des branches et des fleurs de verveine qu’il dissimula sous sa toge.

    — Vous êtes sur de vouloir y aller seul, demanda l’un de ses hommes, nous serions plus efficaces à plusieurs.
    — Il y a des combats qu’il faut mener seul Acacius. De plus, nous avons perdu deux camarades hier par mon orgueil. Je refuse que d’autres meurent à cause de moi.

    Il fut convenu que s’il ne revenait pas le lendemain, le groupe parte pour Byzance sans lui. Et après des aurevoirs très solennel, Arès se dirigea avec son armure et son épée, en direction de sa destinée.

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    C.

    Arès demeura immobile, ses doigts serrés autour de la garde de son épée. Sa respiration s’était accélérée lorsqu’elle avait surgi des ombres. Pendant une fraction de seconde, son regard fut happé par la créature : une jeune femme d’une beauté troublante, presque irréelle, dont les cheveux noirs glissaient sur ses épaules comme une rivière d’ombre. Elle portait encore les traces écarlates de son festin, sa bouche rougie par le sang et ses vêtements tachés. Pourtant, malgré l’horreur, malgré la puanteur des cadavres, il fut frappé d’un désir inattendu. Elle avait quelque chose de magnétique, un charme que même les lueurs sanglantes ne parvenaient pas à ternir.

    Il s’était battu contre des hommes, contre des bêtes, contre des monstres mais jamais il n’avait vu un être comme elle. Pendant un instant, il oublia tout : ses hommes massacrés, les têtes décapitées, l’odeur du sang. Il ne voyait qu’elle, sensuelle, presque divine. Un frisson lui parcourut l’échine, mélange de peur et d’attirance.

    Puis, d’un effort de volonté, ilreprit ses esprits. Ses yeux se durcirent et il leva son arme devant lui, lame pointée vers sa poitrine pâle.

    — Qui es-tu ?! tonna-t-il d’une voix ferme, même si son cœur battait à rompre.

    Elle sourit, un sourire énigmatique où brillait la cruauté autant qu’une étrange tristesse.

    — « – Je vais devoir te tuer. Tu as pénétré dans mon temple et je ne peux pas te laisser partir. »

    Arès fit un pas en avant, l’épée prête. Son regard détaillait chaque mouvement de la créature. Il n’était pas dupe de sa beauté. Derrière cette peau parfaite et ses yeux sombres, il devinait une faim insatiable, un danger qu’aucune arme n’avait su dompter. Et pourtant, une voix en lui hurlait de se laisser prendre.

    — Tu as tué mes hommes, reprit-il, deux d’entre eux ne sont jamais revenus, et je comprends à présent pourquoi. Tu n’es pas une prêtresse… mais une créature déguisée en femme.

    La voix d’Arès trembla un instant, non de peur, mais de colère contenue. Il se força à garder ses sens vifs, se répétant les mots de la déesse dans son rêve : protège-toi, méfie-toi de ses charmes. Il repensa à sa chaîne de verveine passée autour de son cou. Est-ce que cette simple herbe serait-t-elle suffisante pour le protéger ?

    — Je ne reculerai pas, dit-il enfin, ses yeux bleus intense plongeant dans ceux de la créature, si tu crois m’ensorceler, sache que mon épée est prête à te percer. Réponds-moi : qui t’a condamné à cette malédiction ? Et pourquoi t’en prendre à mes hommes ?

  153. Avatar de C.
    C.

    Arès sentit son sang se figer lorsque la lame, qu’il avait si fermement plantée dans le corps de Roxana, traversa sa chair sans la terrasser. La résistance de son ventre avait été bien réelle et pourtant elle restait debout. Il vit la pointe ressortir, vit la grimace furtive sur ses lèvres, mais rien de tout cela ne ressemblait à la douleur d’une blessure mortelle. Lorsqu’elle retira elle-même l’épée et la laissa choir au sol, le bruit métallique résonna dans tout le temple comme une sentence.

    Il comprit à cet instant que ce qu’il avait devant lui n’était pas une simple femme. Pas une prêtresse. Pas même une créature divine. C’était quelque chose d’autre… Un prédateur, né pour tuer, né pour se repaître des vivants. Un monstre sanguinaire, pensa-t-il. Un frisson, froid comme la mort, lui glissa le long de l’échine. S’il restait immobile, elle le dévorerait, comme les autres.

    Mais il ne recula pas. Il planta ses pieds dans le sol, la chaîne de verveine pesant comme un talisman contre sa peau. Son regard d’un bleu glacé se fixa sur elle, tandis qu’elle se dévoilait, presque avec lassitude. Ses mots, ses aveux, coulaient comme un sang impur entre ses dents.

    — « Je suis Roxana… je ne sais pas ce que je suis… j’ai besoin de sang… je dois garder mon secret… »

    Chaque syllabe sonnait comme un glas. Pourtant, il y avait dans sa voix une brisure qui fit tressaillir Arès. Une solitude, une fatigue… Il se rendit compte qu’elle n’était pas qu’une bête. Elle avait encore un cœur qui battait, même si c’était celui d’un monstre. Et diable qu’elle était belle. Sa bouche semblait être un fruit interdit qu’il rêvait de croquer, ses cheveux du velours et sa peau immaculée plus fraiche encore que de la glace.

    Très vite, il serra les poings et répondit, d’une voix tendue mais claire :

    — Si c’est la vérité, alors tu as déjà condamné ton âme. Mais moi, je suis vivant, et je ne partirai pas sans avoir compris.

    Il fit un pas en avant, défiant son odeur de sang et son regard noir.

    — Qui t’a enfermée ici ? Qui t’a maudite ? Qui t’a donné cette faim ? En tout cas sache que je mourrai debout, pas comme mes hommes. Parle !

    Son ton claqua dans l’air comme une gifle. Il ne savait pas si c’était le collier de verveine, sa foi, ou son obstination qui le protégeait de son envoûtement. Mais il sentait qu’il tenait un mince avantage. Tant qu’elle parlait, elle ne l’attaquait pas. Tant qu’il la poussait à se confier, il gagnait du temps pour trouver une faille.

    Il fixa la créature droit dans les yeux, comme on affronte une lionne affamée, et ajouta :

    — Tu dis que tu ne sais pas ce que tu es… mais moi je vois clair. Tu es une créature prisonnière d’un corps de femme. Si tu veux me tuer, alors au moins offre-moi la vérité.

    Il redressait les épaules, prêt à recevoir sa charge ou ses confidences, mais déterminé à ne pas céder à son charme sensuellement mortel.

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    C.

    Arès, encore au sol, sentit le poids de l’épée que Roxanna venait de lui rendre. Un sourire fugitif effleura ses lèvres. Elle venait de dévoiler sa faiblesse : son désespoir, sa honte, sa solitude. Elle n’était pas seulement une créature à craindre, mais une proie émotionnelle. Un pouvoir brut, incontrôlé, offert à celui qui l’utiliser à sa guise.

    Il se releva lentement, essuyant la poussière de ses mains. Son regard bleu se posa sur elle, non plus avec effroi, mais avec une lueur calculatrice. Elle croyait lui donner une chance de la tuer. En vérité, elle venait de lui donner la clé de sa survie.

    — Te tuer ? Non… ce serait bien trop facile.

    Sa voix était basse, presque caressante, mais sous le velours se glissait une intelligence pernicieuse. Il fit un pas vers elle, osant réduire la distance malgré l’odeur de sang qui souillait ses vêtements.

    — Tu crois que tu es un monstre…? Tu es une arme. Une arme qu’aucun homme, aucun empire, aucune armée ne pourrait arrêter…

    Il pencha légèrement la tête, scrutant son visage, la tension dans ses traits, la douleur dans ses yeux. Il laissa ces mots flotter, s’enfoncer dans son esprit déjà fracturé. Il ne cherchait pas à la rassurer, mais à l’entraîner dans son sillage.

    — Je refuse de t’offrir la mort. Je ne tue pas de sang-froid. Tu dis que tu es piégée ici ? Alors je peux être celui qui t’ouvre les portes.

    Son sourire se fit plus sombre, presque prédateur.

    — Ta force, ton sang, ta soif… tout cela peut servir une cause plus grande que ton désespoir. Tu as été abandonnée par les tiens, enfermée comme une bête. Mais moi, je ne te fuirai pas. Je ne t’enfermerai pas. Je te donnerai autre chose en quoi croire.

    Dans ses yeux, il n’y avait plus de crainte, seulement une avidité froide. Car Arès n’était pas un héros. Il était un pillard, un survivant, un homme qui flairait dans la malédiction de Roxanna une chance de bâtir un royaume.

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    C.

    Arès sentit sa gorge se serrer lorsque Roxanna desserra enfin sa main. Il resta à genoux un instant, le souffle court, la poussière et le sang collant sa tunique. Autour d’eux, les cadavres formaient une couronne macabre ; la statue d’Athéna, souillée, dominait la scène comme un tribunal silencieux. Roxanna plantait ses ordres comme des lances dans la terre encore chaude des morts, et Arès comprit, sans étonnement et sans dégoût, qu’il venait de conclure un pacte funeste.

    Il lui avait cédé ou plutôt il s’était vendu. Ce n’était ni lâcheté ni courage pur ; c’était une décision où la peur se mêlait à l’opportunisme. Sauver ses hommes en échange d’un esclavage moral ? Pourquoi pas. Il avait affronté la mer, les traîtres, la faim. Il avait appris que la survie se gagne parfois en courbant le genou. Il avait travaillé pour bien pire qu’elle. Mais surtout, ah fond de lui, quelque chose avait souri, une aventure, une chance inouïe de toucher l’interdit et d’en faire une arme à son profit.

    Lorsqu’elle exigea la promesse qu’il irait chercher des nouvelles de ses parents, Arès inclina la tête et promit de sa sa voix basse, feutrée, mielleuse, pas pour la tromper mais la séduire.

    — Je te le jure, dit-il. Dès ce soir je met le cap vers les steppes. Je trouverai qui surveille tes proches, qui les retient… Et s’ils vivent encore, je les ramènerai à toi.

    Il ne laissa rien paraître de la réticence ou du calcul qui bouillonnaient sous sa peau. Il accepta aussi, en silence, l’étrange humiliation de s’agenouiller devant une créature qui, quelques instants plus tôt, lui aurait arraché la gorge sans remords. Ses doigts effleurèrent le pommeau de l’épée plantée dans le sol, un contact pour rassurer son corps de guerrier , puis il retira la main.

    Dans son esprit, il forma un plan en deux temps. D’abord : gagner la confiance de Roxanna, la flatter, nourrir sa colère contre ceux qui l’avaient trahie, la pousser à croire qu’il était l’allié qu’elle attendait. Ensuite : apprendre. Observer. Comprendre ce que la bête savait faire au-delà du sang. Si ses forces pouvaient être domptées, canalisées, dirigées au profit d’un homme assez ambitieux alors Arès ne se contenterait pas de survivre. Il bâtirait quelque chose que ses anciens capitaines n’auraient jamais osé rêver.

    Il se rappelait la vigueur de son propre désir quand il l’avait vue la première fois ce mélange de répulsion et d’attirance qui encore maintenant l’effleurait comme une brûlure et il sut qu’il pouvait s’en servir. Roxanna était belle, sensuelle et une femme de force. Sa monstruosité la rendait encore plus passionnante. Hélas, il la manipulerait avec les mêmes gestes affûtés qu’il avait jadis utilisés pour convaincre un port, détourner une route, arracher un butin à un convoi. Parce que c’était ce qu’il était, un pirate, un rebelle.

    Pour ne pas trahir tout à fait sa ruse, il ajouta, vrai et faux à la fois :

    — Si je retrouve tes parents vivants, je t’en ferai cadeau. Si je ne les trouve pas… je te ramènerai justice.

    Ses yeux clairs cherchèrent les siens, cherchant une fissure où son mensonge pourrait se glisser. Le regard la brune était noircie par l’orgueil et la faim, et Arès perçut un clignement peut-être d’irritation, peut-être de quelque espoir sauvage. Elle avait tenté de le briser ; il s’était rendu. Mais il n’était pas brisé. Il était intact dans ses ambitions et elle le sentait.

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    C.

    Arès la regarda jusqu’à ce qu’elle se détourne. Elle lui laisse une semaine. Une semaine pour ramener des nouvelles, des vies ou des réponses. Une semaine pour prouver qu’il pouvait la satisfaire.

    Il se releva lentement, sentant encore sous ses doigts la chaleur lente du sang séché sur la pierre. La promesse qu’il venait de prononcer sonnait double dans sa bouche, vraie par nécessité, fausse par calcul. Il connaissait ses hommes : ils le suivraient pour ce qu’il rapportait et pour la sécurité qu’il savait offrir. Il connaissait aussi le prix d’un serment. Et il connaissait le goût du pouvoir.

    Roxanna l’avait regardé dans les yeux d’une manière que peu d’humains l’avaient fait, non pas avec la supplication pure d’une suppliée mais avec la froideur d’une reine blessée. Parce que oui, elle avait tout en une reine. Elle l’avait appelé « dernier espoir » de son humanité, quelque chose de pervers et d’excitant s’était décroché en lui. Être l’espoir d’une créature qui pouvait anéantir des villages à son réveil : quelle chance pour un homme rusé !

    Pourtant, sous la rouerie, il y eut une réponse sincère, étouffée : il n’aimait pas tant la souffrance de cette femme que l’opportunité qu’elle représentait. Sa soumission affichée, se mettre à genoux, obéir, était aussi pour lui une armure qu’il troquerait contre de l’or, du pouvoir, peut-être même la gloire d’un nom qu’on ne prononcerait plus avec mépris dans les tavernes. Il la servirait, oui, mais en la servant il apprendrait, il mesurerait ses forces, ses failles. Il verrait jusqu’où il pouvait la mener et ce qu’elle pourrait lui offrir en retour.

    Quand elle rapprocha son visage du sien, il sentit le souffle froid caresser sa peau. Son cœur battit plus vite, non seulement par désir mais par égo. Il connaissait les femmes et il savait qu’elle était intéressée. Il retint un mot, un souffle, un geste. Il conserva le contact de ses yeux, fixa la courbe de ses lèvres, imprima la cadence de sa respiration comme un sceau à ramener. Tout cela pourrait servir.

    — Je ne te trahirai pas, dit-il finalement, et la phrase fut autant promesse que piège, je reviendrais avec des réponses.

    Il fit quelques pas vers la sortie, sans se retourner immédiatement. Le temple gardait encore sa propre odeur, mélange d’encens, de poussière et de viande pourrie, un lieu pur devenu tombeau. Ses hommes attendaient là-dehors, impatients. Arès prit un instant pour replacer la verveine contre sa clavicule, comme un talisman plus qu’une superstition.

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    C.

    Arès revint là où tout avait commencé, portant encore sur ses épaules l’odeur de la route, des haltes douteuses et du peu qu’il avait extorqué pour survivre pendant sept jours. La lune baignait le temple d’un halo blafard, et pour un instant il crut que ses pas le ramenaient dans un rêve, puis la réalité le frappa. Au centre de la salle principale, Roxanna était entourée de flammes que le vent n’éteignait pas. Elles léchaient la pierre, rongeaient les offrandes, et semblaient vouloir l’avaler. Elle était immobile, comme concentrée dans un dernier geste de renoncement. Sa silhouette noire se découpait contre la lueur, plus tragique que menaçante.

    Arès sentit son cœur se tordre à un endroit où la ruse et la compassion, rarement amies, se mêlaient. Il trouva le courage de franchir le seuil. Il tenait à la main un homme enchaîné, hâve, le visage creusé par la peur et la honte l’homme qu’on disait responsable de la mort du père de Roxanna. Il ne l’avait pas tué ; il l’avait pris vivant, parce qu’il savait que c’était ce que la créature souhaitait : sa propre justice rendue par ses mains. C’était un présent sordide, une monnaie d’échange offerte sur le parvis d’une tombe.
    Il s’arrêta à quelques pas d’elle, il posa l’homme à terre et, sans rompre la distance imposée par les flammes, il s’agenouilla, plus par respect que par contrainte. Il la regarda et pour la première fois depuis longtemps, il sentit moins l’avidité que le poids d’une vérité qu’il allait devoir prononcer.
    Sa voix fut basse, mesurée, polie à l’extrême, comme pour préserver une pudeur envers la douleur.

    — Roxanna… j’ai trouvé ton père. Il n’a pas survécu. Ils l’ont brûlé sur la place de Byzance sous l’ordre de cet homme que je te ramène. J’ai quitté la voix des tavernes pour retrouver un cadavre en cendres. Cendres que je te ramène.

    Il lui tendit alors un pochon contenant les dites cendres de son père. C’était un bien piètre souvenir qu’il lui ramenait. En levant les yeux, il que les flammes dessinaient des arabesques sur son visage, son souffle faisait danser ses cheveux. Elle était belle à en crever.

    Elle attendait qu’il continue son récit, mais Arès se sentit malade. Il aurait pu mentir, user de détours, promettre des espoirs qu’il ne tenait pas. Mais quelque part, même sous le voile de ses propres arrière-pensées, il ne supportait pas de mentir sur la mort d’une mère ou d’un père. Alors il ajouta, la voix brisée par une fatigue qui n’appartenait pas qu’au corps :

    — Ta mère… je l’ai trouvée. Elle était encore en vie quand je suis arrivé. Elle m’a parlé. J’ai eu le temps d’apprendre. Malheureusement, elle n’a pas survécu longtemps après. Elle est morte dans mes bras en me disant ce que je devais savoir. Je t’ai ramené son corps, intact. Il est avec mes hommes à attendre tes volontés pour les derniers sacrements.

    Dans ses yeux, il ne se doutait pas que la noirceur aie momentanément disparue. Il y lisait la stupeur, puis la douleur, puis une faim qui revenait comme une marée. Arès resta immobile, percé par le regard qu’elle planta en lui, car il savait qu’il lui avait volé quelque chose d’irréparable en la privant de ses parents.

    — Avant de rendre le dernier soupir, murmura-t-il, ta mère m’a parlé d’un chaman sarmate. Ce n’est pas une malédiction grecque… elle a invoqué quelque chose de plus ancien. Un rite venu des steppes et des rumeurs mésopotamiennes. On l’a dit punie parce qu’elle avait fui une gloire promise, mais… mais je crains fort que la vérité soit pire. On a lié ton sang à la lune. Tu es née pour être l’instrument d’une vengeance que personne n’avait prévue.

    Arès avait appris que le chaman avait ordonné que le premier-né de Shirin devienne une force que ni lance ni feu ne pourrait briser ; qu’il deviendrait l’allié de la nuit et la ruine de la lumière. Mais il y avait des barrières le soleil la blessait, et la soif la dominait. Plus encore : il apprit que la jeune fille devait apprendre à contenir ce flux, à se mouvoir entre homme et bête sans se perdre.

    Arès, sous son masque de soldat, sentit un trouble nouveau : il avait apporté l’agent du mal, mais il n’avait pas prévu la complexité de la justice. Sa main caressa la garde de l’épée qu’il avait laissé plantée, non pour la reprendre, mais dans un geste automatique de mesure et d’assurance. Il ne voulait pas voir Roxanna basculer totalement. Il ne voulait pas non plus perdre son levier.

    — Tu l’as demandé, dit-il doucement. Il est à toi. Fais ce que tu dois faire, mais écoute-moi : ta mère… elle m’a dit autre chose encore. Elle disait qu’il y avait une façon d’apprendre. Pas à redevenir ce que tu étais, peut-être, mais à dompter ce qui est en toi. Elle avait entendu parler d’anciens rites, de chants et de protecteurs pas des dieux de Grèce, mais des secrets que seul un chaman pourrait connaître. Elle m’a… Elle m’a fait promettre d’être ton guide. Celui qui te seconderais.

    Il lui épargna les autres mots qu’elle avait eu, sur le destin, sur l’amour. Pour lui assurer du crédit de sa parole, il tendit sa main et offrit en offrande à Roxanna le collier de son enfance.

    — Ta mère me l’a confié, en gage de confiance.

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    C.

    Arès sentit la tension vibrer dans l’air comme une corde prête à rompre. Autour d’eux, la troupe oscillait entre incrédulité et peur ; la gorge ouverte de Nikos fumait encore sur le sable, et la scène avait tranché net tous les débordements de raillerie. Le silence qui suivit était lourd, plein d’un respect nouveau et d’un effroi ancien.

    Il se redressa lentement, ajustant sa cape maculée de suie et de sang. Il avait déjà donné une promesse, mais maintenant il devait cimenter cette alliance. Il connaissait ses hommes et il savait comment les convaincre. Non par la peur, mais par la rumeur d’une gloire à portée de main. Il posa son regard sur chacun d’eux, mesura leurs tremblements, jaugea l’étincelle de convoitise dans leurs yeux.

    Sa voix partit claire, posée, comme un ordre poli :

    — Vous m’avez suivi quand j’étais un chef sans navire. Vous avez bu l’eau croupie des villages et partagé le pain froid avec moi. Aujourd’hui, je vous offre plus qu’un butin éphémère. Je vous offre une ville. Un Éden !

    Il laissait ses mots se dérouler, pesés, précis ; il parlait d’honneur, un mot que ses hommes aimaient entendre sur une langue qui vendait parfois sa conscience, puis de combats et de rentes, et enfin de récompenses. Il dressa pour eux un tableau : Roxanna, « déesse de la lune et de la mort », formulation volontairement grandiose qui à leurs côtés, à Byzance leur offrirait le monde comme un coffre ouvert.

    — … avec elle, dit-il lentement, nous ne serons plus des brigands qui courent de crique en crique. Nous serons maîtres d’un empire de nuit. Byzance, la cour, les routes qui alimentent l’Italie et les déserts… tout cela peut être à nous.

    Il parlait d’une voix qui savait flatter la vanité et aiguiser la peur. À chaque phrase, il constatait l’effet : les mâchoires se contractaient, les mains se serraient autour des manches, les regards se faisaient plus vifs. Là où Nikos avait raillé, d’autres se trouvaient déjà à imaginer des armes dressées contre des palais.

    — Nous ferons payer Byzance, oui. Pour avoir oser blasphémer notre déesse ! Ses morts sont désormais nos morts ! Et elle est la promesse d’un avenir où personne n’osera plus nous commander. Mes amis… il y aura richesse avant tout. Vous aurez vos parts. Vous aurez vos terres, vos esclaves, vos noms gravés dans des tours de pierre plutôt que dans des chansons de taverne.

    Arès s’arrêta et, pivotant, laissa son regard accrocher Roxanna. Elle était redevenue la créature et la femme en même temps : belle, dangereuse, encore marquée par l’épuisement et la rage. Elle tenait le collier de Shirin dans sa main, bijoux d’un passé qu’il lui avait rendu. Arès sut, au fond de lui, que cette image cimenterait leur mythe.

    Puis il se baissa, prit son epee qu’il fit flamber dans le feu et se dirigea vers l’homme qui s’était prosterné devant Roxanna. Là, il le marqua au bras du motif de son épée, une lune. Puis, il la tendit comme une offrande vers elle. Il avait appris bien assez tôt que les gestes symboliques unissaient mieux que les serments vains.

    — A genoux, dit-il, et que votre serment soit gravé dans vos gestes et dans la chair ! Si vous vous me jurez fidélité, alors jurer fidélité à la déesse lunaire et à ses ordres !

    Un silence. Puis un à un, comme tirés par la lourdeur de la nuit, la plupart se mirent à genoux. L’un des plus jeunes, la voix tremblante, murmura :

    — Je suis votre serviteur, ma dame.

    Ce son fit vibrer en Arès quelque chose d’inattendu une sorte de triomphe froid. Sa main tactile chercha la garde de son épée, puis la laissa retomber sur le bras du jeune homme et ainsi de suite. Il fut remplacé par son fidèle compagnon Sirius. Cela lui permis de revenir vers la brune.

    Près d’elle, il sentit un courant entre eux, la soumission sensuelle que Roxanna lui inspirait n’était pas absente. Il ne sut si son pouls s’accéléra par désir ou par la jouissance de la manœuvre politique qu’il menait. Il avait mis en branle quelque chose de plus grand que lui ; il avait convaincu des âmes à se plier. Cela lui plaisait et l’effrayait à la fois.

    — Demain, nous rassemblerons des hommes ma reine. J’ai des contacts sur la côte ionienne et égyptienne, des hommes qui ne demandent qu’à changer de maître si le maître promet or et terres. Je t’offrirais Byzance..

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    C.

    Arès l’observa pendant un long instant, assis près de l’embrasure de la porte.. Elle était devenue, dans ce lit propre et drapé, une silhouette presque humaine. La poussière du temple effacée, le sang lavé. Il sentit une pointe d’orgueil obscure lui chauffer la poitrine : il l’avait tirée des braises, l’avait érigée tel un trésor que d’autres auraient vendu, en transformant la créature en déesse supérieure aux yeux de ses hommes. Pour elle, sa main avait tracé la marque lunaire sur les peaux de ces pillards et ces mêmes peaux se courbaient désormais devant elle comme devant un autel vivant. Il y avait quelque chose de délicieux et de dangereux dans ce basculement du monde.

    Lorsqu’elle parla, il sentit la curiosité s’allumer en lui à la fois comme une faiblesse et comme un privilège. Pourquoi un homme comme lui, hors de ses eaux natales, se tenait-il à genoux devant une fille maudite ?

    Il se leva sans hâte, ses gestes calmes comme ceux d’un homme qui sait mesurer ses réponses. Le soleil venait d’ouvrir ses yeux et la villa sonnait creux sous leurs pas. Arès posa un regard rapide sur ses hommes, qui nettoyaient, rangeaient, déjà occupés à penser à la suite. Puis il revint vers Roxanna et prit place sur un tabouret au bord du lit, de sorte qu’il ne la dominât pas mais qu’il fût assez proche pour que leurs regards se croisent. Il voulait que ses mots soient une confidence.

    — Je viens de loin, dit-il d’une voix en contant son histoire, je suis né sur des rochers où la mer frappe les falaises et où les hommes apprennent très tôt à compter ce qui leur reste : la mer, un couteau et l’équipage. J’ai été capitaine d’un petit navire, puis trahi. Des hommes que je croyais frères m’ont vendu en fausses promesses, et j’ai perdu tout ce que j’avais jusqu’a mon nom.

    Il effleura la verveine qui pendait encore à son cou, comme pour se rappeler qu’Athéna et d’autres forces veillaient ou jugeaient. Verveine qu’il n’avait pas encore expliqué à Roxanna.

    — Après la trahison, continua-t-il les sourcils froncés, j’ai pris la mer sans retour. J’ai pillé parce que c’est la loi des abandonnés, d’ailleurs qui ne prend pas se fait prendre. J’ai été pillard parce qu’on m’a appris que l’honneur ne nourrit pas l’estomac. J’ai choisi mes hommes parce qu’ils étaient bruts et fidèles. Certes, pour certain il s’agit d’une fidélité achetée mais utile.

    Il fit une pause et un sourire à demi vrai étira ses lèvres, le rendant soudainement plus accessible et moins suffisant.

    — Et puis j’ai rencontré des dieux nouveaux. Pas les statues ni les offrandes, mais des destins. Tu sais, j’y réfléchi depuis des jours.. tu n’es pas une proie, Roxanna, ni même un monstre. Tu es une promesse pour mes hommes, pour moi, pour ceux qui veulent autre chose que la survie misérable qu’on offre aux Hommes. Et c’est pour cela que je te servirais, parce que ton être est une chance. Te rends-tu compte, l’immortalité peut devenir une place, un royaume, une légende qui te rendra autre chose qu’un nom qu’on crache au comptoir.

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    C.

    Arès sentit le poids de la nuit se défaire lorsqu’il prit congé du lit où Roxanna allait se reposer. La villa était remplie des soupirs de ses hommes qui se détendaient, des volets qui claquaient sous la brise et dehors de quelques qui hommes murmuraient et riaient, suite aux récits gras de certains. Il avait le rôle ingrat et délicieux de continuer vendre la légende qu’il voulait voir grandir et créer une armée qui assurerait loyauté à la jeune femme.

    Il descendit les marches, le cuir de ses bottes feutrant la poussière, et se planta au milieu de la pièce où ses compagnons s’étaient regroupés autour d’un tas d’objets pillés. Les torches jetaient des ombres longues quand au loin le soleil lentement se levait. Les voix se turent et tous tournèrent leurs visages vers lui, non sans une pointe d’attente. Arès savourait ce silence, il le connaissait, il savait en tirer des sursauts d’espoir.

    Il vint s’asseoir au milieu de la troupe et obtint sans geste, l’attention de ses hommes. Sa voix, basse, commença donc le récit qui ferait un jour la légende de leur armée et de la déesse :

    — Vous avez vu la femme du temple, dit-il. Vous avez vu la nuit elle-même. Elle n’est pas une dame, ni une simple proie. Elle est la déesse que nous attendions.

    En très bon conteur, il utilisa la lune sur son propre blason, la mort comme bannière, la promesse d’or et de terres. Il raconta, abrégé et enjolivé, comment il l’avait trouvée, les colonnes, les cadavres, la voix d’Athéna dans son rêve. Il rappela son propre passé en clair-obscur avec les trahisons en mer, les pertes, la mer qui avala leurs compagnons. Il dit qu’il n’était pas venu pour la gloire, mais pour la chance ; qu’il avait mené ces hommes parce que la loyauté, même achetée, vaut mieux que la solitude d’un port et d’une vie quotidienne morne. Qu’ils allaient servir le chaos et gagner la gloire.

    À chaque phrase, il modula l’hymne. Il laissa entendre que suivre Roxanna n’était pas un simple pillage mais que c’était un destin.

    — Mes amis, nous allons nous s’asseoir à la table des rois la nuit, contrôler les routes. Byzance sera comme un coffre à ouvrir, les routes nous mèneront au Levant et à l’Occident !

    Il savait vendre l’ambition comme on vend une arme, utile, tranchante, nécessaire. Quand ses hommes eurent bu ses mots, certains aux yeux déjà brillants, il posa la main sur l’une des lamelles de cuir marquées d’une lune, la marque qu’il avait apposée sur leurs peaux et venir à lui la vérité simple de la chose. Tous le suivraient parce qu’ils avaient déjà payé en sueur et en sang. Il avait rendu ce pacte tangible.

    Il était au milieu du groupe, et pourtant, à chaque phrase qu’il offrait, il songeait à Roxanna, à ce qu’elle lui avait dit. Ses paroles sur l’immortalité lui revenaient en écho, lourdes comme des pierres. Elle n’appelait pas la grandeur, elle redoutait la perdition. Il avait vendu la vision de l’Empire de la nuit, mais elle, la première concernée, voyait surtout la tombe longue de la solitude. Cette dissonance le piqua comme une écharde et lui noua l’estomac. Il avait mal pour elle.

    Il pensa, un instant, à son propre sort car il n’envierait pas l’immortalité. En y repensait, il constatait que l’idée de survivre à des siècles de visages oubliés aurait ralenti son ambition comme une ancre. Mais il savait aussi que la puissance ne se mesure pas à la durée d’une vie mais qu’elle se mesure au théâtre que l’on impose aux vivants. Alors il se promit que Roxanna deviendrait la scène, et lui, le metteur en scène.

    — Reposez-vous aujourd’hui, dit-il, mangez, buvez et réjouissez-vous. Ce soir, quand le soleil se couchera, chacun aura une tâche. Des corbeaux à envoyer, des guides à soudoyer, des sentiers à valider. Nous partons vers la côte où nous allons recruter davantage.

    Les hommes acclamèrent, bas, comme des coups de rame. Ils étaient émus, excités car la promesse d’un avenir valait mieux que le pain rassis. Arès laissa cet enthousiasme se déployer puis s’éloigna, non sans laisser un dernier regard pour Roxanna. Il sentait son regard depuis le début. Dans l’embrasure d’une fenêtre, il la vit, petite silhouette immobile, la beauté lunaire qui attendait patiemment et docilement. Difficile de croire que quelques heures auparavant elle avait assassiné de sang-froid un homme. Elle ne semblait pas réjouie ; son visage gardait la nuance triste d’une reine qui sait ce que coûtent les trônes.

    Il sentit alors, plus nettement que jamais, ce qui le poussait, pas seulement l’appât du gain, ni la vanité de qui veut un nom, mais l’attrait de l’histoire à écrire. Il avait pris sur lui d’être l’architecte de sa légende non pour la détruire, mais pour la modeler à son image, à son profit. Il ne pouvait s’empêcher d’imaginer la scène avec une troupe, disciplinée, avançant sous la lune, Roxanna au centre, et lui à ses côtés, maître d’un récit que les bardes véhiculeraient pendant des siècles.

    Il s’éloigna pour se joindre au festin dehors, mais ses pas étaient lourd. La fatigue était là, la culpabilité peut-être aussi, mais il avait semé les graines. Maintenant, il ne pouvait plus faire machine arrière. Il était résolu à faire de la jeune femme la cause de son bonheur, quoi qu’il lui en coûterait.

  161. Avatar de C.
    C.

    Arès ne comprit pas tout de suite ce qui venait de se passer. Un instant, il la voyait, tremblante, ses doigts fins effleurant la surface de l’eau et l’instant d’après, cette même main se refermait sur sa gorge, rapide comme un éclair, bestiale, affamée. Il sentit la pression, la chaleur puis la douleur, celle du collier qu’il portait, qui s’embrasa soudain et renvoya la jeune femme en arrière. L’odeur de chair brûlée emplit la pièce.

    Le silence fut total, presque religieux.
    Son cœur battait fort, pas de peur, non, mais de choc, de ce genre de sursaut que seul un champ de bataille provoquait. La gorge encore rougie par la morsure invisible, il la vit reculer, se plier sur elle-même, larmes et remords se mêlant à la panique. La créature immortelle n’avait plus rien d’une déesse alors : elle n’était qu’une jeune fille perdue, piégée dans son propre corps.

    Il aurait pu réagir autrement, s’emporter, la punir, crier même. Mais quelque chose le frappa. La terreur dans ses yeux. Alors, il avança lentement, levant une main apaisante comme on le ferait face à un animal blessé.

    — Roxanna… calme-toi.

    Arès se baissa à sa hauteur, posa un genou à terre. La proximité était risquée il le savait. Pourtant, il ne bougea pas.

    — Ce n’est pas ta faute, dit-il d’une voix plus douce que d’ordinaire et lui montra du doigt la chaîne autour de son cou, c’est elle… la verveine.

    Le mot sembla flotter entre eux, lourd de sens et de rancune. Il soupira, honteux.

    — Je ne t’ai pas prévenue… pourtant j’aurais dû, je suis désolé. La nuit avant que j’entre dans le temple j’ai eu… unau eu un rêve, une vision. Elle m’a dit de porter cette plante sur moi, qu’elle me protégerait. Je n’ai pas compris tout de suite, je pensais… Je pensais que c’était une superstition de plus.

    Il tendit légèrement la main, sans la toucher.

    — Je suis désolé, Roxanna. Je ne voulais pas te blesser.

    Elle tremblait encore et Arès sentit son ventre se tordre. Ce n’était pas de la peur, mais une étrange compassion, presque douloureuse. Il la voyait réellement : affamée, maudite, épuisée de lutter contre ce qu’elle était devenue.

    — Tu aurais pu me tuer, souffla-t-il, et pourtant tu t’es arrêtée.

    Il observa sa main brûlée, la peau qui ne guérissait pas. C’était un signe, ou une punition divine. Arès sentit une boule dans sa gorge. Lui, le soldat, le pillard, l’homme qui avait survécu à tant de batailles, se retrouva incapable de supporter la détresse d’une fille immortelle. Il finit par retirer le collier. Le contact du métal chaud contre sa peau le fit grimacer, mais il le retira quand même et le posa à terre, entre eux.

    — Voilà. Il ne te fera plus de mal.

    Arès baissa la tête, puis murmura, presque pour lui-même :

    — Je ne veux pas que tu te crois prisonnière de ce que tu es. Tu n’as pas à me demander pardon.
    Mais promets-moi une chose, dit-il en relevant ses prunelles azur vers elle, si ta soif devient trop forte, tu me le diras avant. Tu comprends ? Je ne veux pas que tu luttes seule. Nous sommes désormais ta famille.

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    C.

    Arès sentit la colère lui monter comme une lave sourde. Les mots de Sirius frappèrent en lui plus fort qu’un coup dans le ventre. Il avait beau être son ami, être habitué par la désinvolture de ses mots, son désir bestial jeté comme une pierre sur Roxanna qu’il avait juré de garder intact, le perturbait. Il prit une inspiration lente, fit craquer sa nuque et laissa la froideur remplacer l’éclair de feu qui l’agitait.

    Il s’avança sans hâte, le pas du chef qui n’a pas besoin de crier pour imposer le silence. Rien dans sa démarche ne trahit la fureur, tout respirait la détermination d’un homme. Il ne leva pas la voix, il n’en eut pas besoin, ses camarades se turent à son approche, anticipant le ton qui allait venir.

    — Tu ferais bien de ravaler ta langue, dit-il enfin, sec.

    Il se planta devant Sirius, le regard bleu sombre comme une lame. Il ne dit pas « respecte-la » comme un doux commandement, mais comme une règle de survie, il n’y avait pas de place pour la plaisanterie quand il s’agissait de la réputation et de la sûreté de Roxanna.

    — Tu as ri quand elle a déchiqueté Nikos. Souviens où ça l’a mené de lui manquer de respect. Si tu veux des plaisanteries, va donc voir les catins du village voisin. Si tu veux garder ta tête, tu t’éloignes d’elle et tu fermes ta grande gueule.

    Un rire nerveux monta, étouffé de la part de Sirius qui ne savait comment réagir, surpris de voir son ami aussi virulent, soudainement. Arès sentit la jalousie et quelque chose de plus primaire, la peur sans doute de perdre ce qui commençait à lui appartenir. Il posa une main brève et ferme sur l’épaule de Sirius, pression contrôlée, presque paternelle et tout à la fois menaçante :

    — Tu ne t’approches pas d’elle. Elle n’est ni ce que tu désires, ni ce que tu peux acheter. Elle est notre déesse. Tu l’approches sans mon ordre, sans mon autorisation, et tu meurs. Compris ?

    Arès croisa le regard de Roxanna. Un frisson, plus doux que la colère, le traversa ; il comprit que sa jalousie se confondait déjà avec quelque chose de plus complexe un besoin de veiller sur elle qui n’était plus seulement stratégique.

    Rapidement il la rejoignit et prenant son bras fermement l’entraîna plus loin des hommes.

    — Si tu te sens affamée, dit-il à Roxanna tout bas, tu me le dis. Avant de céder. Nous te trouverons toujours de quoi te nourrir. Maintenant va.. va te rassasier. Je m’occupe de tes nouvelles recrues.

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    C.

    Quand elle le taquina avec douceur, il sentit la tension se dissoudre comme de la buée. Un sourire, bref, fendit enfin son visage. Elle posa la main sur la sienne et ce contact simple eut l’effet d’un serment silencieux. Il y avait, dans cette poignée, la reconnaissance de tout ce qu’il avait risqué et l’étrange promesse d’un lien qui ne se briserait pas facilement.

    Il la laissa le guider. Sur le cheval, il sentit sa respiration contre sa nuque, la chaleur de son corps sous la cape, ce qui étrangement l’apaisa alors que quelques heures plus tôt, elle avait voulu le dévorer. À chaque cliquetis d’étrier, il calculait la marche à suivre : envoyer des éclaireurs le long des côtes, recruter des hommes aux tavernes des ports, trouver des marins avides d’aventure, des hommes qui ne poseraient pas trop de questions si la paye était bonne et le chef respecté.

    Byzance, pensa-t-il, restait le cœur de la tempête. Le couronnement approchait. Le frère de Septimus occupait déjà le trône, et dans ce jeu de masques et d’épées, leur coup devait être précis : frapper les lignes de ravitaillement, semer la terreur chez les alliés du palais, rallier au besoin des mercenaires mécontents. Arès savourait la possibilité : pas seulement la vengeance, mais la construction d’un pouvoir qu’on ne remettrait plus en doute; pour elle. Pour la mettre en sécurité.

    Arrivés au rivage, la fraîcheur maritime lui fouetta la peau. Ils tombèrent sur une petite étable délabrée, abri suffisant pour la journée. Le soleil, encore haut, pesait sur l’air comme un avertissement. Mais ce fut Léon qui eut la solution pratique. Arès appréciait la simplicité de son idée à partir de simple capes, gants et capuches. Tissus dérisoire qui transformèrent Roxanna en voyageuse secrète.

    Il sentit un soulagement mêlé à une pointe d’orgueil. Cette habileté d’adaptation, de son homme et de son groupe était la preuve que déjà, ils formaient un corps et un esprit pour elle. Roxanna, même déguisée en mystique, riait enfin d’un rire bref et content. Arès la vit détendue, et cela calma sa colère ancienne, la jalousie qu’il avait sentie envers Sirius, et découvrit le son joyeux et insouciant de son rire.

    — Nous prendrons un bateau, dit-t-il quand ils eurent bouclé l’étable. Nous irons vers l’ouest d’abord, lever des hommes, ils sont sauvages certes mais très superstitieux. Puis nous reviendrons frapper Byzance au moment où ils s’y attendront le moins. Nous devons faire de toi, une promesse mais aussi un danger..

    Il sentit son propre cœur battre plus fort à l’idée de la route. Délicatement, sa main se posa sur la sienne et ses doigts entrelacèrent les siens. Il allait lui offrir le monde, mais avant, un lot d’aventures les attendaient. Après avoir déposé un baiser galant et courtois sur sa main gantée, il retourna auprès de ses hommes, donnant ordres et conseils afin de prendre le large le plus rapidement possible. Le large, qui depuis toujours, était son monde.

  164. Avatar de C.
    C.

    Arès observait Roxana comme on observe une étoile nouvelle brillante, vivante, imprévisible. Elle avait ce regard d’enfant face à la mer, celui de quelqu’un qui découvre que le monde est bien plus vaste que ce qu’on lui avait laissé croire. Il la voyait poser la main sur le bois du pont, lever le visage vers les voiles, s’émerveiller du roulis et de l’odeur salée. Il y avait dans ses gestes une innocence qu’il croyait éteinte depuis longtemps.

    Il ne disait rien au début, se contentant de la suivre du regard pendant qu’elle faisait le tour du navire, frôlant les cordages, touchant les rames, s’arrêtant devant la barre comme si elle en devinait l’importance. Puis vint la question naïve, sincère, presque musicale :

    « C’est toi qui va faire naviguer ce bateau ? Comment ça fonctionne ? »

    Il retint un sourire et hocha simplement la tête, s’approchant pour poser une main sur la barre.

    — Pas tout seul. Un navire, c’est un peu comme une armée : chaque homme a sa tâche, et si l’un faiblit, tout le reste vacille.

    Il sentit cette curiosité vibrer entre eux comme une flamme fragile. Alors, sans chercher à la troubler, il commença à lui expliquer : comment le vent s’empare des voiles, comment la quille fend l’eau, comment le capitaine lit le ciel et les courants pour ne jamais se perdre. Il lui montra du doigt l’horizon, la ligne où le bleu de la mer rejoint celui du ciel, et lui dit que c’est là que tout commence.

    Elle écoutait avec intensité et lui posait mille questions à la suite, sur les peuples, les mers, les combats. Arès lui répondit sans détour, sans enjoliver ni prétendre.

    — J’ai vu Rhodes, oui. Le colosse n’existe plus tout à fait, il s’est effondré il y a longtemps, mais ses restes sont là, couchés sur la terre comme un dieu qui dort. Et les volcans… oui, il y en a. Celui dont tu parles, le Vésuve, se trouve non loin d’une cité appelée Pompéi. Il fume encore parfois, comme une bête endormie.

    Roxana l’écoutait bouche entrouverte, les yeux écarquillés ce qui le fit sourire. Elle devait croire qu’il mentait alors il reprit :

    — Je t’assure.. Et quand il crache sa colère, le ciel devient noir et la mer elle-même tremble. Je l’ai vu une fois, racontait-il d’une voix plus douce. J’étais jeune, à peine plus âgé que toi aujourd’hui. Nous revenions d’une campagne contre des pirates. La montagne s’est mise à rugir. J’ai cru que les dieux descendaient sur nous.

    Il rit doucement, se souvenant.

    — Les hommes criaient, priaient, certains voulaient sauter à la mer. Moi, je regardais. J’étais terrifié, mais… c’était beau. Terriblement beau.

    Il souriait, fasciné par ce souvenir si bien qu’il ne se rendit pas compte que ses doigts jouait distraitement avec la toile de sa cape.

    — Je n’ai jamais vraiment eu peur.. J’avais du mal à comprendre mes compagnons. Très jeune j’ai compris que la peur, quand on apprend à la regarder, devient un guide. La preuve aujourd’hui avec toi.. Si je m’étais laissé guidé par la peur, tu m’aurais totalement dévoré.

    Ses prunelles d’un bleu plus tendre se posaient sur elle et son sourire en faiblissait pas alors que le vent poussait le bateau lentement sur le fleuve. L’odeur de la mer au loin le rassurait. Il serait bientôt chez lui, sur l’eau.

    — J’espère que tu n’as pas peur, lui demandait-il en caressant sa main de la sienne.

  165. Avatar de C.
    C.

    Arès riait encore, un rire fatigué mais sincère, ce rire qui fissurait sa carapace d’homme de guerre. Le vin lui avait monté à la tête, et sa fierté, d’ordinaire inébranlable, s’était dissoute dans une douceur inhabituelle. Il la laissait le guider, docile, amusé par la façon dont elle le tirait par la manche vers la petite cabine.
    Son épée glissa de sa ceinture et tomba sur le sol avec un bruit sourd et Arès, dans un élan de maladresse, s’appuya contre le mur, cherchant à reprendre son équilibre.

    — Je t’avais dit… que j’étais encore solide… murmura-t-il, la voix un peu pâteuse.

    Elle réussit à le faire asseoir sur le lit, puis à l’allonger. Le jeune homme la regardait sans rien dire, ses yeux bleutés fatigués mais pleins d’une lueur douce, presque enfantine. Il y avait dans son regard ce mélange de gratitude et d’abandon qu’on ne voyait jamais sur son visage d’ordinaire si ferme.

    — Tu as gagné… dit-il en fermant à moitié les yeux. Tous ces pirates, ces soldats, et c’est toi qui m’as dépouillé… dis moi ton secret.. ô ma déesse..

    Il leva une main, la cherchant à tâtons, et ses doigts trouvèrent les siens. Malgré qu’il soit saoul, il sentit ce contact l’électriser. Arès se redressa un peu, l’attira doucement, comme s’il craignait qu’elle s’envole et posa son front contre son ventre.

    — Reste près de moi, dit-il simplement.

    Il la fit venir contre lui, lentement, avec cette douceur qu’il ne se connaissait pas. La fraîcheur de son corps contre le sien si brûlant le troubla, mais étrangement, il ressentit juste un apaisement. Il posa son front contre le sien, ses lèvres frôlant ses cheveux.

    — Tu me rends calme, souffla-t-il dans un murmure à peine audible, tu me donnes envie de me battre.. Rox..

    Il eut un faible sourire, et juste avant de sombrer dans le sommeil, il ajouta quelques mots d’une sincérité brute :

    — Si le monde doit te brûler… alors que je brûle avec toi.

    Le lendemain, la côte apparut à l’horizon. Une ville blanche et animée, adossée à la mer, avec son port grouillant de marchands et de gardes. Ils avaient les couleurs de la famille de Septimus. Arès, à présent sobre et maître de lui-même, donna ses ordres d’une voix claire.
    Ils accostèrent au lever du soleil, et le pillage fut rapide, précis. Arès n’éprouvait ni joie ni remords c’était une stratégie, une nécessité. Ses hommes prirent de l’or, des vivres, des armes et des esclaves. Mais lui, pendant que la cité se vidait de ses cris, cherchait autre chose.

    Quand il revint sur le bateau, la lumière du soir teintait la mer de cuivre. Roxana attendait, droite, la cape rabattue sur sa tête. Des hommes le suivaient et portaient plusieurs malles, qu’il fit poser à ses pieds.

    — Pour toi, dit-il simplement.

    Il ouvrit la première malle : des livres, des rouleaux, des parchemins sauvés des maisons de lettrés.

    — J’ai pensé à te trouver de quoi t’occuper, répondit-il sans détour. Et à ce qui te fera oublier le sang et mieux connaître le monde quand tu auras des questions.

    Dans la seconde, elle pu découvrir des étoffes fines, des tissus sombres et souples d’une grande valeur.

    — Pour tes capes. Si tu veux ressembler à une ombre, au moins qu’elle soit belle.

    Et quand il ouvrit la dernière malle, elle pouvait contempler un trésor de bijou. Au milieu, un écrin de velours reposait un collier de perles blanches, presque lumineuses.

    — Le collier que je te devais, murmura-t-il en le prenant délicatement un sourire amusé aux lèvres.

    Les doigts d’Arès effleurèrent sa nuque quand il le lui attacha, et ce simple geste fit battre son cœur plus fort qu’aucune bataille. Il avait tellement envie d’embrasser cette peau aussi brillante que la lune que cela lui tordait l’estomac.

    — Ne dis rien, souffla-t-il au creux de son oreille alors qu’il caresse sa peau délicate. Ce n’est qu’un bijou.

    Mais il mentait. Il savait, au fond, que ce geste-là n’était pas celui d’un chef envers son soldat, ni d’un homme envers une arme. C’était une offrande.

  166. Avatar de C.
    C.

    Il ne sait plus s’il doit la craindre ou la désirer. Peut-être les deux. Quand ses yeux sont devenus noirs, il a senti son cœur se contracter d’une étrange manière, entre la peur et la fascination. Il a connu mille horreurs, vu des hommes éventrés, entendu des cris qui glacent les os… mais jamais encore il n’avait senti sa gorge se serrer ainsi face à une femme.

    Elle n’est pas humaine. Il le reconnaît enfin.
    Et pourtant, il ne parvient pas à la haïr pour cela.

    Lorsqu’elle se retire dans sa chambre, il reste un long moment à fixer la porte qu’elle vient de refermer, les doigts encore tièdes du contact de sa peau, la douceur de sa nuque sous le collier qu’il lui a passé. Il voudrait la rejoindre, s’excuser, mais une partie de lui, la plus orgueilleuse, la plus cruelle, lui souffle de ne rien dire, de la laisser brûler seule. Mais cette voix-là, ce soir, il ne l’écoute pas.

    Alors il avance. Ses pas sont lourds sur le bois du pont, comme s’il portait le poids de mille fautes. Il s’arrête devant sa porte. Il la sent, derrière. Il la sent toujours, cette aura étrange, presque divine, qui semble plier l’air autour d’elle. Il frappe, doucement et entre.

    Elle se tient assise sur le lit, le collier à la main. La lumière des torches caresse sa peau pâle, fait briller ses yeux encore troublés. Elle parle, vite, d’une voix tremblante. Il la laisse faire. Chaque mot qu’elle dit écorche un peu plus sa fierté.

    Quand enfin elle se tait, il s’avance d’un pas.
    Ses yeux se font graves, presque humbles.

    — Roxanna…

    Sa voix se brise légèrement sur son nom. Il se racle la gorge, baisse la tête.

    — Je t’ai offensée. Depuis le début, j’ai voulu te comprendre comme on démonte une arme, te maîtriser comme un champ de bataille. Je n’ai vu que ton pouvoir, ta beauté, sans comprendre ce que tu étais.

    Il s’approche encore, à portée de sa respiration.

    — Tu es une déesse. Je le sais maintenant. Et moi… je ne suis qu’un homme. Un homme orgueilleux, aveugle, qui a cru pouvoir posséder ce qu’il aurait dû vénérer.

    Un silence s’étire et il s’agenouille. Le geste est rare chez lui, presque contre nature. Ses genoux heurtent le sol avec un bruit sourd.

    — Pardonne-moi. Je ne te manquerai plus de respect. Je ne chercherai plus à t’emprisonner dans mes désirs.

    Mais en prononçant ces mots, il sait qu’il ment un peu. Car il ne peut déjà plus s’imaginer sans elle. Il lève les yeux vers elle et c’est un regard de dévotion brûlante, celui d’un homme qui a connu la guerre, la mort, et qui soudain trouve quelque chose de plus fort.

    — Je vais rejoindre mes hommes, faire le point sur nos blessés. Tu peux aller chasser mais sinon nous t’avons ramené des esclaves..

  167. Avatar de C.
    C.

    Quand Roxanna se jette sur lui, il n’a pas le temps de réfléchir, ni même de respirer. Tout se brouille. Le choc de leurs corps les fait basculer au sol, et soudain, c’est elle au-dessus de lui, son souffle glacé contre sa bouche, son parfum entêtant, presque sucré, comme un fruit interdit.

    Le baiser qu’elle lui donne n’a rien d’humain.
    C’est une offrande, une déferlante, un serment muet. Il ne pense plus à rien. Ni à ses hommes, ni à la guerre, ni même à son orgueil. Il sent ses lèvres contre les siennes, sa langue, sa peau froide, et il y répond avec toute la fougue d’un homme qui s’abandonne à ce qu’il a nié trop longtemps. Ses mains se referment sur sa taille, remontent dans son dos, sentent la tension de ses muscles, la délicatesse presque irréelle de sa chair. Son cœur bat si fort qu’il a l’impression qu’elle peut l’entendre, qu’elle le sent vibrer sous ses doigts.

    — Rox.. Rox.. Roxanna..

    Son prénom résonne dans sa tête comme une prière qu’il n’aurait jamais osé dire à voix haute.
    Quand elle pose sa main sur sa joue, il ferme les yeux, submergé. Ses mots le traversent, brisent quelque chose en lui. Tu m’as libérée.

    Arès reste un instant sans voix. Il voudrait rire de ce paradoxe cruel lui, le conquérant, celui qui réduit les royaumes en cendres, se retrouve appelé “libérateur” par une déesse.

    Il pose sa main sur la sienne, là où elle lui a guidé sur sa poitrine, et sent ce battement fragile, presque inexistant. Ce battement-là vaut plus que toutes les victoires. Il se penche alors, doucement, jusqu’à effleurer ses lèvres à nouveau. Cette fois, le baiser n’est plus un combat. C’est une promesse. Un aveu silencieux.

    — Roxanna… murmure-t-il, d’une voix rauque, presque étranglée, si tu savais… ce que tu es en train de faire de moi.

    Il ne dit pas le mot aimer. Il n’ose pas. Pas encore. Mais il le ressent comme une brûlure sous sa peau. Puis, soudain, un bruit lourd, une voix qui s’élève derrière la porte.

    — Seigneur Arès !

    Le cri d’un de ses hommes, haletant, pressé.
    Le monde réel revient brutalement. Il sent son cœur se cabrer dans sa poitrine, la frustration et la colère lui remonter à la gorge. Il ferme les yeux un instant, respire contre sa peau, puis chuchote :

    — Pardonne-moi… je dois aller voir.

    Ses doigts glissent à regret contre ses hanches. Il se redresse, à moitié troublé, à moitié enragé d’être tiré de ce moment presque sacré. Il regarde Roxanna une dernière fois, ses lèvres encore teintées du baiser qu’elle lui a volé ou qu’ils se sont donné.

    — Ce n’est pas fini.

    Puis il quitte la pièce, le souffle court, le cœur battant encore à un rythme de guerre, sauf que cette fois, ce n’est pas la bataille qu’il s’apprête à mener. C’est une autre forme de perdition.

  168. Avatar de C.
    C.

    Arès sentit la colère revenir en vague, mais il l’enferma vite derrière un masque d’acier. Devant les hommes, il ne pouvait pas se permettre d’exploser. La discipline, la peur, la loyauté, tout tenait à un fil qu’il avait lui-même noué et céder à la fureur reviendrait à défaire le peu d’ordre qu’il avait bâti. Alors il dissimula, il calma et parla d’une voix qui ne trahissait rien.

    — Suis-moi.

    Pourtant, sous ce contrôle, son sang bouillonnait. Roxanna avait lancé sa force dans la mêlée sans prévenir, sans même lui accorder le temps d’ordonner, sans même obéir à ses ordres. Il l’avait vue fondre sur l’ennemi, arracher des vies, se repaître. Il ressentit, en un même mouvement, l’irritation d’un chef mis à l’écart et la fierté la plus primitive devant une arme qu’on ne dompte pas.

    Il finit par la ramener à sa cabine et d’un geste ferme, sans brutalité, mais sans hésitation la poussa sur son lit d’appoint. À l’abri des regards, il se permit enfin de laisser éclater sa colère.

    — Tu es inconsciente, lança-t-il les yeux brillant de fureur, tu es peut-être forte grâce à la malediction mais tu es aussi surtout inconsciente pour te jeter ainsi dans la bataille. Bordel de merde, tu possèdes désormais un bastion, nous sommes ta garde, pas l’inverse. C’est notre rôle de combattre pour toi.

    Il faisait les cent pas devant elle, rengainant son épée ensanglantée et passant sa manche sur son front en sueur. La frustration d’avoir été mis de côté et de ne pas pouvoir suffisamment la protéger le rendait presque machiste.

    — Tu dois m’écouter quand je te demande de reculer. Nous ne sommes pas des mercenaires sans but, tu es notre cause. Si tu viens à disparaître, ces hommes n’auront plus rien. Tu dois être notre arme secrète. Laisser la légende s’infiltrer jusqu’a Byzance. Bordel, tu détruis tous mes plans en agissant aussi stupidement.

    Elle pouvait voir une transe sur son visage se fissurer en un rire noir, sombre, quand la porte s’ouvrir derrière lui laissant apparaître Sirius, qui le tira de sa retenue.

    — On fait quoi du bateau et des esclaves ? Il y a des femmes aussi à bord.
    — Relâchez les esclaves.. les femmes et les enfants aussi. Pillez et brûlez tout. Une fois fait, nous reprenons la route sans attendre.

    Puis, sans un regard pour Roxanna, il rejoignit ses homme et retrouva vite l’autorité du commandant. Il descendit les marches, et donna quelques ordres avant de vérifier que les soldats survivants soient bien achevés. Avec les deux pillages d’une journée, leur bateau risquait d’être trop lourd. Bientôt, il faudrait en trouver un deuxième pour constituer une flotte.

    Mais pour le moment, il préférait se laisser tenter par les jolies jeunes femmes survivante qui lui faisaient les yeux doux.

  169. Avatar de C.
    C.

    Arès respira profondément, la mer battant contre la coque comme un tambour qui commandait la cadence de sa colère. Il sentit la colère lui monter au visage. Pas une rage bestiale qui veut briser, mais la colère plus froide et plus tranchante d’un chef qui voit ses plans s’effondrer sous les caprices d’une enfant devenue arme. Roxanna n’avait pas seulement humilié son ego, elle avait mis en danger tout ce qu’ils avaient construit. Et il avait besoin qu’elle le comprenne, maintenant, sans fioriture.

    Il fit un pas, puis un autre, jusqu’à être à sa hauteur. Le vent lui décoiffa les cheveux, mais il ne bougea pas d’un millimètre. Ses mains se posèrent sur ses épaules d’un geste ferme, pas brutal, mais assez pour qu’elle sente la force qui la retenait et la retourner face à lui. Il la regarda dans les yeux avec toute la dureté que pouvait prendre son visage.

    — Écoute-moi, dit-il d’une voix basse, mordante. Tu as le droit d’être en colère. Tu as le droit de me haïr. Mais tu n’as pas le droit de te jeter tête baissée dans la fosse, comme si nous étions des pantins, comme si nous n’étions pas capable de te défendre. C’est notre honneur que tu remets en cause. Tu as lancé ta force sans prévenir, sans nous dire quand tu allais frapper. Tu as tué des hommes. Tu as fait vaciller la loyauté de ceux qui nous suivent. Comprends-tu ce que cela signifie ?

    Il énuméra, lentement, chaque nom qui lui revenait en mémoire : Nikos qui gisait le crâne fendu, les blessés qui gelaient sous des torches, la peur qui avait soudain creusé des visages jadis conquérants.

    — Ce n’est pas du théâtre, Roxanna. Ce sont des vies. Tes gestes ont un poids. Ma faute a été de penser que je pouvais te laisser agir selon ton coeur. Mais je ne suis pas ton esclave et pas non plus ton geôlier. Je suis celui qui porte la responsabilité de ces hommes. Quand tu te jettes dans la mêlée sans réflexion, tu nous condamnes tous.

    Il la lâcha pour qu’elle ne puisse plus prétendre qu’il la retenait par ambition, il posa ses mains sur le bastingage, et, plus bas, presque suppliant, ajouta :

    — Tu veux être libre ? Soit. Mais la liberté n’est pas l’anarchie. Si tu tiens à ta vengeance, et je sais que tu la veux, fais-le de façon à ne pas nous perdre. Apprends à compter nos vies comme les tiennes. Peux-tu me jurer que tu me préviendras avant d’agir, que tu écouteras la stratégie et que tu ne feras plus d’exploits qui coûtent la vie des hommes et mon autorité ?

  170. Avatar de C.
    C.

    La nuit s’étendait comme une plaie ouverte sur le village côtier. Les torches dessinaient des halos rouges sur les toits de chaume, et les cris montaient du rivage jusqu’aux collines. Arès avançait parmi les flammes, silhouette hérissée de sang et de rage, son épée d’abordage dégoulinant d’un mélange de vin et de chair. Chaque pas qu’il faisait semblait souiller la terre elle-même, il n’était plus un capitaine, mais un spectre couronné de suie.

    Ses hommes s’éparpillaient, pillant, hurlant, buvant, comme une armée de damnés lâchés de l’enfer. Arès n’avait pas besoin de donner d’ordres : il n’était qu’un centre magnétique, un astre noir autour duquel tout gravite. Il entra dans la grande demeure du magistrat, son regard foudroyant les gardes qui s’enfuyaient.

    Une jeune femme tenta de lui barrer le passage, un crucifix à la main. Il la saisit par le poignet, la força à reculer sans violence apparente, mais avec une lenteur calculée celle du prédateur conscient de sa puissance.

    — Prie, souffla-t-il, que ton Dieu ait plus de pitié que moi.

    Puis il la relâcha, impassible et lui trancha la gorge. Son but n’était pas l’or, ni le vin. C’était la peur. Il voulait qu’on se souvienne de son nom comme on se souvient des tempêtes. Il devait purger cette colère et cette frustration des derniers jours. Le pillage était la meilleure de solutions.

    Quand enfin le soleil s’éleva, la baie était noire de fumée. Les hommes riaient sur le pont, couverts de cendres et de butin. Arès se tenait à la proue, le visage serieux.

    — Partagez, gronda-t-il. Prenez vos parts, et que chacun garde ce qu’il peut défendre.

    Léon, fidèle second au regard clair, s’approcha d’un pas prudent.

    — Capitaine, voilà le coffre trouvé dans la maison du juge. Des bijoux, des lettres, et… ceci.

    Il posa devant Arès un petit coffret de bois ouvragé, plus ancien que tout le reste. À l’intérieur, des livres reliés de cuir, préservés de la cendre comme par miracle. Des traités, des carnets, peut-être d’un savant, peut-être d’un poète et des ordres de mission pour assassiner la famille de Roxanna.

    Arès contempla les lettres un instant, les doigts glissant sur les mots. Roxanna lui revint en mémoire, son ton acerbe, ses défis, son mépris aussi. Une femme trop fière pour plier et c’était cela même qui le fascinait. Et en meme temps, sa souffrance.

    Il referma le coffret.

    — Tu lui remettras ça, Léon. Dis-lui que c’est… un gage de bonne volonté. Une trêve, disons.
    — Et si elle refuse ?
    — Alors elle saura que j’ai essayé. Et qu’elle n’est pas la seule à savoir jouer avec le feu. Dis lui que ce soir nous dînerons ensemble. Et qu’elle n’a pas le choix.

    Léon hocha la tête, méfiant, mais obéit. Arès, lui, se détourna, observant l’horizon. Le vent portait encore les cendres du village. Il inspira profondément, goûtant le sel et le sang sur ses lèvres. Il devait remettre de l’ordre en Roxanna et lui avant que les hommes ne se posent des questions. Mais aussi, par sûreté, faire partir les prostituees du bateau avant qu’elles ne finissent en repas.

  171. Avatar de C.
    C.

    Arès n’avait pas touché à son assiette. Le vin n’avait pas plus de goût que la chair. Il fixait la porte, cette fichue porte par laquelle elle finirait bien par passer. Il n’aurait pas su dire s’il voulait qu’elle vienne… ou qu’elle ose ne pas venir. Une part vicieuse de son désir pour elle voulait l’entraîner dans une punition sensuelle.

    Léon tournait autour de la table, nerveux, cherchant à meubler le silence. Arès leva la main pour le faire taire. Il voulait l’entendre, le son de ses pas, cette démarche assurée, un peu insolente, celle qui annonce toujours une tempête.

    Et elle entra. Avec dix minutes de retard, évidemment. Dix minutes qui lui arrachaient la peau.

    Il en eut presque le souffle coupé. Cette robe simple en apparence, mais sur elle prenait des allures d’offrande et de défi. Elle savait ce qu’elle faisait. Elle le défiait. Encore. Il sentit un grondement monter dans sa gorge, étouffé sous le calme feint de sa mâchoire serrée.

    Il sentit qu’elle le jugeait, elle le jaugea d’un regard, détaillant le sang séché dans ses cheveux, l’entaille sur son bras, sa mine d’homme revenu de l’enfer. Et puis ce ton, acide, presque musical. Il aurait pu rire. Mais à la place, il croisa ses bras, la fixant longuement, comme s’il la déshabillait.

    — Peut-être parce que j’ai envie de voir si tu es capable de rester en place plus de deux minutes sans provoquer une guerre.

    Mais elle n’en avait que faire. Sa langue claquait, son regard flamboyait, et chaque mot qu’elle prononçait ressemblait à une gifle. Elle évoqua le pillage, le feu, la cruauté, ses contradictions.
    Elle l’accusait d’être un homme qui joue aux dieux. Il serra la mâchoire. Oui, elle le blessait. Et oui, il se délectait de cette blessure. Elle le rendait vivant.

    Quand elle brisa le verre, le son résonna dans la pièce comme un coup de tonnerre. Léon tressaillit, mais Arès resta immobile. Il
    Lui ordonna de sortir, ce qu’il fit sans tarder. Elle ne saignait pas. Bien sûr que non. Elle était trop fière pour ça.

    — « Tu m’as offensée », dit-elle.

    Ces mots-là, il les sentit glisser dans sa chair comme une lame bien polie. Alors, il fit le tour de la table et se pencha lentement vers elle, les coudes appuyés sur la table, la voix basse, presque douce, mais chargée d’une menace sourde.

    — Et toi, Roxanna… crois-tu que je ne saigne pas non plus ? Crois-tu que tes mots, ta fierté, tes dédains, ne marquent pas leur trace dans mon âme ? Tu me défies à chaque souffle, comme si tu voulais que je te détruise pour te prouver que j’en suis capable.

    Ses yeux se posèrent sur elle, sur la ligne de sa gorge, sur la lueur qu’elle tentait de dissimuler derrière son ironie. Mais bordel, qu’est-ce qu’il la désirait.

    — J’ai donné ce coffre pour te tendre la main, pas pour que tu me craches encore ton mépris. Si je voulais te voir plier, je n’aurais qu’à dire un mot à mes hommes ou te laisser sur les berges. Mais je ne le fais pas. Parce que je veux comprendre pourquoi une femme comme toi… me fait douter de moi-même.

    Il se redressa, la fixant avec une intensité presque douloureuse.

    — Alors oui, j’ai brûlé cette ville. Parce que le monde comprend mieux la peur que la foi. Mais je t’ai laissée libre. Libre de venir, libre de rester, libre de me juger, dit-il avec un sourire amer avant de reprendre en se servant un verre de vin, libre de me détester si ça t’aide à ne pas trembler.

    Il se leva, lentement, son ombre s’étendant sur la table en buvant son verre de vin.

    — Nous attaquerons une nouvelle cité, elle aura lieu demain à l’aube, l’informa-t-il avant de poser ses yeux sur le repas proposé avec lassitude, les hommes, eux, me craignent. Mais.. Toi.. Roxanna, tu ne me crains pas. C’est ce qui te rend précieuse… et dangereuse.

    Finalement il s’approcha d’elle, sans la toucher, mais si près que son souffle frôla sa tempe.

    — Mais n’oublie pas une chose : si je suis un monstre, c’est toi qui m’as réveillé. C’est avec et pour toi que je me complais dans la fange..

    Ses doigts caressaient délicatement son épaule et sa gorge. C’était plus fort que lui. Son souffle se baladait sur son visage, ses lèvres effleurant sa gorge si froide contre sa peau brûlante.

    — Pourquoi me hais-tu quand je veux t’offrir le monde..?

  172. Avatar de C.
    C.

    Il ne s’était pas attendu à ça. Pas à ce feu, pas à cette audace, pas à cette manière de le désarmer sans une seule arme. Elle avait retourné la scène comme une tempête change de cap, et le voilà maintenant figé, assis, incapable de retrouver la maîtrise de son corps ni de ses pensées. Quand elle s’est approchée, il a cru pouvoir la dompter d’un mot, d’un geste mais c’est elle qui l’a pris à revers, qui l’a renversé, littéralement et symboliquement. Et dans ce jeu de regards et de proximité, Arès sent que la frontière entre la domination et la soumission devient trouble.

    Elle l’avait cherché, provoqué, défié. Mais sous sa peau, sous ses mots tranchants, il y a autre chose, une douleur ancienne, une colère qui résonne étrangement avec la sienne.
    Alors quand elle lui a parlé de vengeance, quand elle lui a rappelé ce qu’elle a perdu, il n’a plus vu la créature qu’il voulait protéger : il a vu son miroir. Une âme blessée, forgée dans le sang et la trahison.

    Et puis, il y a eu ce geste.

    Ce moment où leurs respirations se sont mêlées, où ses doigts ont frôlé sa peau glacée.
    Il a senti le monde se rétrécir jusqu’à ne plus contenir qu’elle, sa voix, son parfum, la courbe de son cou, le poids de sa présence. Tout en lui s’est tendu vers elle, comme un arc prêt à rompre.

    Quand elle l’a fait céder, quand elle a pris le dessus, Arès a cru perdre pied. Non pas à cause du désir, mais à cause de la force brute qu’elle dégageait. Cette intensité qu’il ne pouvait ni contrôler ni éteindre. Elle le dominait sans l’humilier, elle l’affrontait sans le haïr, c’était plus dangereux que tout.

    Et puis, comme elle était venue, elle s’est retirée. Le laissant seul, avec cette brûlure qui court encore dans ses veines, ce goût d’inachevé sur les lèvres, ce vide presque douloureux dans la poitrine. Elle lui a parlé d’alliance, de confiance, de guerre commune et tout ce qu’il a entendu, c’est « si tu veux me garder, cesse de me retenir ».

    Quand la porte s’est refermée derrière elle, Arès est resté un long moment immobile. Le souffle court. Les poings crispés sur les accoudoirs. Il se sentait à la fois humilié et conquis, furieux et fasciné. Roxanna avait joué avec lui comme lui-même jouait avec le feu. Et elle a gagné.

    Un sourire amer se dessine sur ses lèvres.
    Il sait qu’elle a semé en lui un poison lent, celui du doute, du désir et de la dépendance. Et malgré lui, il s’en délecte.

    Le lendemain, l’aube s’étire lentement sur la mer, teintant l’horizon d’un rouge sanglant.
    Arès est debout depuis longtemps, adossé au bastingage, le regard fixé vers la cité encore endormie au loin. Impossible de dormir, incapable de se soulager seul ou avec des femmes de perdition. Il ne se l’avoue pas encore mais c’est elle qu’il veut.

    Le vent du matin lui fouette le visage, et le goût du sel se mêle à celui du fer. Il aime cette sensation d’avant la guerre. C’est aussi excitant qu’une femme dans son lit. Mais encore, il sait que cette journée décidera du sort de son équipage, mais aussi du sien. Et d’elle.

    Depuis cette nuit où elle a failli lui faire perdre la raison, il ne pense plus qu’à ça : sa force, son regard, sa voix. Et ce qu’elle lui a dit avant de partir. Elle voulait se battre à ses côtés. Pas derrière lui. Pas dans son ombre.

    Il serre la mâchoire, partagé entre la rage et quelque chose de plus profond, une peur qu’il refuse d’admettre. Elle n’est pas humaine, il le sait. Mais elle n’est pas invincible non plus. Et la simple idée qu’une lame, qu’un trait, qu’un sort puisse l’atteindre le rend malade.

    Alors il s’avance vers Léon, qui vérifie les armes près des tonneaux. Le jeune homme se redresse aussitôt à son approche. Arès lui tend un paquet soigneusement noué, enveloppé d’un drap de lin sombre.

    — Apporte-lui ça, ordonne-t-il d’une voix grave. Elle en aura besoin aujourd’hui.
    Léon hoche la tête sans poser de questions, mais Arès ajoute, plus bas :
    — Dis-lui que ce n’est pas un ordre.. mais un.. un présent,

    Sous le tissu, une armure légère, forgée pendant la nuit par deux forgerons qu’il a fait réveiller de force dans la ville conquise. De fines plaques d’acier noir, ajustées pour laisser libre le mouvement, et un entrelacs d’argent gravé à même le métal : des motifs lunaires, des arabesques semblables à celles que portaient les prêtresses des temples oubliés.
    Sur la poitrine, un symbole discret, une marque qu’il a tracée lui-même, un mélange de protection et de serment silencieux. Il n’a pas voulu la rendre belle, de peur qu’elle le rejette de nouveau. Il l’a voulue forte. Invulnérable.

    Quand Léon s’éloigne, Arès reste seul sur le pont, les doigts crispés sur la garde de son épée.
    Il se déteste presque pour ce geste. Ce n’est pas le rôle d’un capitaine de craindre pour quelqu’un, encore moins d’un pirate.
    Mais il ne peut s’en empêcher. Elle s’est logée quelque part entre sa raison et sa damnation, et il sait déjà qu’il ne pourra plus l’en extirper.

  173. Avatar de C.
    C.

    Arès sentit le monde se rétrécir autour d’eux comme une chambre où l’air manque. Le sang, l’odeur de fer et de bois brûlé, les cris lointains, tout cela se distillait jusqu’à ne plus laisser que Roxanna, debout au milieu de la villa souillée, son visage durci par la fureur, et l’éclat terrible de ses yeux noirs.

    Lorsqu’elle s’était approchée, quand elle avait laissé tomber le sac d’or et pressé ses lèvres contre les siennes, quelque chose en lui eut l’effet d’une décharge : la rage, l’admiration, la peur et le désir tout en même temps.

    Il la regarda, immobile, tandis que ses mains tressaillaient encore des gestes de l’arrachage et du pillage. Elle lui disait l’évidence d’un seul souffle :

    « Fais-moi tienne maintenant. »

    Ces mots frappèrent plus fort que n’importe quelle lame. Arès sentit son sang battre à la tempe, un rythme ancien qui appelait l’ancien guerrier en lui, celui qui prenait ce qu’il voulait d’un monde cabossé. Il lâcha aussitôt son épée qui résonna sur le sol.

    Sans réfléchir, il la guida contre le mur le plus proche, protégés des regards par la fumée et les colonnes renversées. Le geste n’était pas malsain mais possessif ; il y plaça la jeune femme avec la force d’un homme qui veut retenir l’orage. Il ne l’entrava pas mais il se contenait. Même si elle pouvait le tuer aisément, lui avait peur de la heurter.

    Ses mains agrippèrent ses hanches et aisément la soulevèrent. Son bassin maintenait le sien aisément malgré son erection stupéfiante.

    — Tu.. Tu m’obsèdes.. Tu me pousses à bout.. mais pourtant je te veux sans cesse..

    Ses doigts effleurèrent la courbe de ses cuisses, cherchèrent la chaleur de sa peau, aisément il pu caresser ses fesses cambrées sous le tissu et presser son erection contre son bassin. Leurs souffles se mêlèrent, lourds, et pour un bref instant il n’y eut plus que leur monde. Juste leurs caresses possessives et leurs baisers enivrant.

    Le sexe, la rage, le sang, Arès en était complètement passionné et avec Roxanna dans ses bras, il perdait toute logique. Alors que leurs langues s’enroulaient et se suçotaient avec adoration, ses doigts plongèrent entre ses cuisses. Ils trouvèrent aisément son sexe brûlant et humide avec lequel il joua avec plaisir. Ses gémissements se mêlaient à la terreur à l’extérieur, Arès aimait ça, il avait l’impression d’être le diable en personne.

    — Tu es.. mon chaos, murmurait-il contre sa gorge, laisse toi aller..

  174. Avatar de C.
    C.

    Leurs corps parlaient pour eux. Pressant, pressés. Arès ne pensait à rien d’autre qu’elle et se fondre en elle. C’était presque primitif comme une nécessité, une survie. Un besoin pressant de s’agripper au corps de l’un et l’autre, de s’embrasser, de se lécher, de se mordre. Arès ne lésinait pas à caresser son corps entier encore plus excité par ses feulements si torride.

    Lorsqu’il l’allongea sur le sofa, il pu avec plaisir laisser ses lèvres reprendre possession de son corps. Mais les préliminaires ne seraient pas longue, ils étaient. C’était pressé et intense. Ils se donnaient l’un à l’autre, sans peur, sans concessions et quand il la pénétra ce fut aussi jouissif que l’orgasme même. Front contre front, lèvres contre lèvres ils bougeaient en symbiose se rencontrant avec cette rage, avec cette passion si brutale et frustrée.

    Ils ne pouvaient pas le nier, ils avaient autant besoin de l’un et l’autre. Ce désir brutal et intense. Il gémissait son prénom, suppliant et sensuel alors que ses doigts avaient agrippés sa crinière d’ébène. Arès n’avait plus peur de rien, ni de personne, il se perdait en elle, ses mouvements de bassin allant et venant avec cette puissance qu’ils cherchaient chacun.

    — Ma tempête… Haaaaan… Mon chaos, gémissait-il contre ses lèvres alors que le monde extérieur continuait de brûler, j’en perds.. la tête..

    Trop diminué dans ses mouvements, il finit par se lever, là, sur le sol, à même le sang, la poussière et les débris, il l’entraina sur le tapis de leurs vêtements et la pénétra de nouveau mais avec plus d’aisance. Au diable les convenances, au diable la prudence. Il la voulait ici et maintenant. Rien n’y personne ne l’empêchera de la contempler. Sa bouche, vorace, torturait la sienne, ses doigts quittaient ses hanches pour caresser ses seins et reprendre possession de ses cheveux. En tirant dessus, il pu à loisir, mordre sa gorge. Ironie de la situation. Il pouvait mourir maintenant, il connaissait désormais le plaisir, le vrai, l’unique.

    Mais alors, le monde s’effaça pour de bon. Il sentit son cœur s’ouvrir à la fois à la douceur et à la perte car il savait qu’en cet instant, il n’était plus libre.
    Il appartenait à Roxanna comme on appartient à une destinée. Enfin, quand leurs souffles se mêlèrent dans un ultime baiser sauvage, il y eut une déflagration silencieuse. Ni violence, ni domination, mais une union de contraires : sa fureur et sa tendresse, sa pureté et son ombre. Il ferma les yeux, et crut sentir le monde s’arrêter alors qu’il jouissait en elle, avec elle. Comme si leurs corps et leurs âmes étaient connectés.

    S’écroulant sur elle, en sueur et émerveillé, il enfouit son visage contre son sein légèrement réchauffé, puis murmura, la voix rauque, presque brisée :

    — Si les dieux existent encore… qu’ils me maudissent, car je viens de trouver mon enfer.

  175. Avatar de C.
    C.

    Arès sentit la colère monter comme une lame chauffée au rouge. Le feu le dévorait de l’intérieur qui consumait sa fierté et son besoin de la protéger. Quand il vit Roxanna tomber au sol en hurlant, la capuche arrachée, la peau brûlée par le soleil, quelque chose se rompit en lui. La vision du visage de la jeune femme tordue par la douleur effaça en un instant toute autre pensée. Il oublia le pillage, les trésors, les cris. Tout se concentra sur cette flamme blessée couchée à quelques pas de lui.

    Sirius surgit, la haine dans la voix, ses accusations vomies comme des pierres. Les mots « elle va nous faire tomber », « elle nous tue » étaient du venin pur, mais Arès n’y croyait pas. Il connaissait Roxanna, pas uniquement son corps mais aussi son âme. La trahison rampait sous les mots, et Arès sentit sa gorge se nouer : Valérios dans la cale, vidé… l’idée qu’on eût pu ourdir la mort d’un frère d’armes pour dresser la meute contre celle qu’il aimait lui brûlait l’estomac.

    Il eut un instant, court comme l’éclair, où il pensa à prendre Sirius, à le déchirer de jurons, à le ramener enchaîné. Mais le regard des hommes était déjà tourné vers lui. Leur loyauté était fragile ; elle devait être fermée, tranchante, irréversible. Il prit la décision que commande un chef qui ne peut plus hésiter.

    — Assez ! cria-t-il, et sa voix coupa l’agitation comme une lame dans le vent.

    Les mots s’arrêtèrent. Tous se tournèrent vers lui, cherchant la direction. Arès marcha vers Sirius sans laisser la moindre place à la discussion. Le monde se rétrécit à la largeur de son pas. Il tendit la main et saisit le menton de Sirius d’un geste qu’il voulait contrôler, comme on saisit l’âme d’un homme. Les yeux du traître cherchaient déjà une échappatoire, mais il n’y en avait pas. Pas cette fois.

    — Tu mens, dit Arès, les phrases courtes, tranchantes. Tu as joué avec la mort de ton frère d’armes pour me dresser contre elle. Tu as mis ta lâcheté au-dessus de nos vies.

    Sirius grogna, tenta une réplique imbécile, un ricanement qui n’aura été que défi. La villa puait la cendre et la peur. Sous ses bottes, le sang commençait à sécher, collant aux dalles comme un reproche muet. Arès se tenait au centre du chaos, la respiration haletante, la colère encore brûlante dans sa poitrine. Autour de lui, les hommes n’osaient plus bouger : ils savaient qu’un mot, un regard, pouvait suffire à rallumer la foudre.

    Il rejeta Sirius sur le sol. Ce dernier, à genoux, crachait un filet de sang. Son visage n’était plus qu’un masque éclaté, un souvenir d’orgueil piétiné. Pourtant, ses yeux ces maudits yeux toujours vifs continuaient à défier.

    — Tu crois qu’elle t’aime vraiment, Arès ? Tu crois qu’elle ne t’utilise pas ? Regarde-la. Tu la vois encore comme une victime, mais c’est elle qui tire les ficelles, depuis le début.

    Un instant, le silence tomba. Les hommes se crispèrent. Arès s’avança lentement, le pas lourd, presque animal. Chaque fibre de son corps criait de le tuer. De laver l’insulte. De défendre Roxanna, même au prix de la raison. Mais une autre voix, plus sourde, plus ancienne, murmurait en lui : ne te laisse pas dicter ta colère.

    Il se plaça devant Sirius, si près que l’autre dut lever la tête pour soutenir son regard.

    — Tu parles parce que tu as peur, dit-il d’une voix calme. Tu veux m’entraîner dans ta chute.
    — Je parle parce que je t’ai vu changer. Parce qu’elle t’a changé. Et ça te tuera.

    Arès leva la main. Les hommes retinrent leur souffle.

    Un seul geste, et tout serait fini. Il l’avait déjà fait tant de fois. Mais au moment où ses doigts effleurèrent la garde de son épée, un souvenir jaillit, celui de Roxanna, la veille, le front perlé de sueur, murmurant son nom d’une voix cassée. Ce n’était pas une manipulatrice qu’il avait vue alors. C’était une femme brisée, effrayée, cherchant à survivre dans un monde d’hommes et de monstres.

    Lame suspendue, Arès resta figé. Puis il lâcha.
    Le métal tomba dans un bruit sec contre le sol.

    — Non.
    Le mot tomba comme un couperet.
    Il recula d’un pas, croisa les bras, le regard glacé.
    — Il vivra. Mais qu’il n’oublie pas à qui il doit la vie.

    Il fit un signe à un de ses hommes.
    — Enfermez-le dans la cale. Qu’il réfléchisse à ses paroles. Et qu’il mange de l’eau et du pain, pas plus.

    Sirius rit, un rire brisé, presque hystérique.
    — Tu ne me crois pas… pas encore.

    Arès s’approcha à nouveau, lui saisit la gorg, força son regard à croiser le sien.
    — Je ne crois jamais un homme qui tremble.

    Puis il le repoussa d’un revers de main, comme on chasse une ombre. Deux soldats le traînèrent hors de la salle. Le silence revint, lourd. Arès tourna le dos, s’avança jusqu’à la grande fenêtre. Dehors, la mer roulait lentement, indifférente à leurs drames.

    Il resta un instant immobile, le poing serré contre la pierre. Il aurait voulu que tout soit simple qu’elle soit innocente, qu’il ait raison de la défendre. Mais la phrase de Sirius tournait en boucle dans sa tête. Tu la vois encore comme une victime. Et pour la première fois, il se surprit à se demander : et s’il disait vrai ?

    Il ferma les yeux, inspira profondément. Il savait qu’il venait de commettre la plus dangereuse des erreurs. Épargner un homme qu’il n’était plus sûr d’avoir eu tort de croire.

    — Quiconque complote pour détruire ce que nous sommes… soufflera sa dernière bougie avant d’avoir vu l’aube. Compris ?

    Des acquiescements, des gémissements, des murmures, la meute retrouvait son ordre, mais l’ordre avait un nouveau goût, celui de l’acier et la sanction.

    Arès se retourna ensuite, le cœur encore battant à l’orage, et s’approcha de Roxanna qui était recroquevillée dans la petite maison. Ses mains tremblaient quand il la releva doucement, la prit dans ses bras comme on soulève un trésor fragile. Il sentit ses larmes, la sueur et la douleur, et il la serra contre lui, sans pudeur, ferme et protecteur.

    — Reste avec moi, murmura-t-il, presque sans souffle.

    Elle hoqueta, ses doigts accrochés à sa tunique. Arès baissa la capuche pour protéger davantage sa peau et ordonna, d’un ton sec qui était redevenu chef.

    — Léon suis-moi ! Donne-lui de l’eau, du sang à profusion. Trouve des femmes pour l’aider à se nettoyer. Et qu’on enterre Valérios avec ce qu’il mérite.

    Une fois sur le bateau, il posa Roxanna sur une couche improvisée, surveilla qu’on l’essuyât et qu’on appliquât des emplâtres. Puis il alla à l’endroit où Valérios gisait. Loin de toute complaisance, il supervisa l’enterrement de son vieux compagnon et de ses hommes.

    Lorsque tout fut en mouvement Arès resta un instant à l’écart, la mâchoire serrée. La victoire venait de se payer d’un fratricide imposé. Il consulta ses doigts, vérifia l’affût de sa lame comme pour se convaincre qu’il avait agi en maître et non en colère aveugle.

    Puis il retourna près d’elle.

    — Ils ne te toucheront plus, dit-il en regardant autour de lui. Et si un seul ose encore s’en prendre à toi, je briserai plus que sa vie. Je briserai sa maison, sa mémoire, tout ce qui lui tient. Compris ? Sirius est en fond de cale. Quand tu iras mieux, tu décideras de sa punition.

  176. Avatar de C.
    C.

    Arès resta longtemps sur le pont avant d’oser redescendre. La mer s’était calmée, mais pas lui. Dans sa poitrine, quelque chose grondait encore, une colère sourde, inavouable, qu’il ne savait plus diriger ni contre qui. Contre Sirius, qu’il avait épargné ? Contre Roxanna, qu’il avait voulu croire ? Ou contre lui-même, pour l’avoir aimée jusqu’à en douter ?

    Quand il entra dans la cabine, le silence l’étouffa. L’odeur de sel et de cendres flottait encore. Roxanna était recroquevillée dans un coin, les épaules nues, tremblantes. Agathe, la femme que Léon avait amenée, essayait de l’approcher, mais la brune la repoussait d’un geste vif, presque animal. Arès ne dit rien. Il se contenta de croiser le regard de Léon. Un ordre muet passa entre eux, et ils sortirent tous deux, laissant Roxanna seule.

    Quelques minutes plus tard, il revint. Elle ne leva pas les yeux. Elle se cacha davantage, comme si le simple fait de respirer près de lui était une honte.

    — Merci… merci d’avoir pris ma défense… murmura-t-elle d’une voix rauque.
    Arès s’approcha, lentement, jusqu’à ce qu’il sente la chaleur de son corps tremblant contre le sien.
    — Je n’ai pas tué Valérios. Jamais je ne toucherais à nos hommes, je t’en ai fait la promesse… Mais là… tu dois t’éloigner de moi. Je ne veux pas que tu me vois. Je suis horrible. Je suis un monstre.

    Ses sanglots étaient presque muets, mais ils avaient la lourdeur d’une tempête. Arès aurait voulu lui dire que non, qu’il la croyait, qu’elle n’avait rien d’un monstre… mais les mots restèrent coincés dans sa gorge. Parce qu’il avait douté. Parce qu’il doutait encore.

    Alors il fit la seule chose qu’il pouvait : il s’assit derrière elle, sans la toucher d’abord, puis finit par poser sa main sur son épaule. Elle frissonna, mais ne se déroba pas. Ils restèrent ainsi longtemps, dans le silence de la cabine, à écouter le roulis du navire et le craquement du bois, jusqu’à ce que ses larmes cessent de couler.

    Les jours suivants furent lourds.
    Roxanna ne sortait plus de sa chambre.
    Arès venait parfois s’asseoir sur le seuil, sans rien dire, laissant la porte entrouverte. Il entendait Agathe parler doucement à l’intérieur, le bruit de l’eau qu’on changeait, le murmure des soins. Il voulait croire que tout s’apaisait.

    Quand il la revit enfin, une semaine plus tard, il en eut presque le souffle coupé. Son visage… guéri. Ses traits redevenus ceux qu’il connaissait, mais son regard, lui, était différent. Plus distant. Elle salua les hommes avec politesse, mais la méfiance flottait dans ses gestes.

    Il la suivit du regard, sans oser l’approcher tout de suite. Quelque chose s’était brisé entre eux, et il ne savait pas encore comment le recoller.

    Les jours passèrent encore. De nouveaux pillages, de nouveaux hommes venus les rejoindre, des rires parfois sur le pont. Tout semblait presque redevenu normal, sauf Roxanna. Elle se tenait droite, fière, mais Arès sentait la faille sous la surface.

    Un soir, il la rejoignit sur le pont. Le ciel s’était ouvert en un manteau d’étoiles, si dense qu’il en avait presque le vertige. Roxanna levait la tête vers elles, les bras appuyés contre la rambarde. Le vent faisait danser ses cheveux.

    — Tu crois que l’on devient des étoiles lorsque l’on meurt ? demanda-t-elle sans le regarder.
    — Peut-être, répondit-il doucement. Si c’est vrai, j’espère que les miennes te trouveront.

    Elle sourit à peine.
    — J’aimerais un jour en devenir une… être une étoile avec toi.
    Puis, après un silence :
    — Dis… est-ce que tu resteras encore auprès de moi quand toi tu vieilliras et que moi non ? Cet incident m’a montré que je pouvais mourir, mais il m’a aussi rappelé que je serai toujours coincée dans ce corps, cet âge… Il ne bougera pas. Jamais. Même pour enfanter. Jamais je ne pourrais prétendre être tienne parce que je ne pourrais jamais te donner d’héritiers. Mais… même si tu en épouses une autre… je… je ne veux pas que tu me laisses.

    Arès sentit sa gorge se nouer.
    Il aurait voulu mentir, dire que jamais il n’en aimerait une autre, qu’elle serait la seule, toujours. Mais la vérité lui échappa, plus brute, plus humaine :

    — Je ne sais pas ce que je deviendrai, Roxanna. Mais je sais que tu seras là, quelque part, dans chaque décision, chaque folie, chaque nuit. Tu m’as marqué, comme le fer sur la peau. Il n’y a pas d’oubli, pas de répit pour ce genre de lien.

    Il leva une main, hésita un instant, puis la posa contre sa joue. Elle ferma les yeux, appuya son visage dans sa paume.

    — Tu es mon chaos, souffla-t-il, la seule qui connaisse mon âme. La seule certitude que j’ai, c’est que peu importe les mondes qui existent ou le temps qui passe, mon âme te sera toujours fidèle.

    Le lendemain, Arès sentit le poids du monde se resserrer autour de sa nuque comme un collier invisible lorsqu’il annonça son départ. Le vent portait des odeurs de cuivre et de sel, les voix des hommes s’employaient déjà à ranger le butin, mais pour lui il n’y avait plus que Roxanna. Il avait essayé de le dire avec la brutalité qui lui était naturelle. Mais devant elle, les mots devinrent autre chose des promesses couchées à voix basse, des assurances qu’il n’était pas certain de pouvoir honorer. Car si elle vivrait éternellement, lui allait vieillir et mourir.

    Il sentait que le temps pressait. Babylon savait qu’ils arrivaient, qu’ils se réunissaient. Il fallait donc se hâter et ne plus traîner. Arès expliqua la mission sans fioriture à Roxanna et ses hommes de confiance : ils devaient gagner des soldats. Il avait entendu parler d’une garnison appelée les Consentant qui avaient été élevé depuis leur jeune âge au combat. Ils appartenaient à un maître. Arès savait que le maître en question accepterait une forte somme contre cette armée d’homme. Tout cela ne lui importait que parce que ces soldats seraient leurs bras, la force organisée qui porterait Roxanna à la place qu’elle réclamait, pas celle d’une marionnette, mais celle d’une souveraine. Ils lui seraient fidèles à elle. Pas comme Sirius et ses hommes à lui bien trop versatiles. Il voulait assurer une garde privée pour la belle brune.

    Il vit qu’elle l’écouta sans le quitter des yeux. Il aimait la façon dont, même affaiblie, elle restait une présence tranchante, humble et fière dans le même souffle. Il lui dicta les conditions, mais de sa bouche ces détails militaires sonnaient creux comparés à ce qui pesait en lui. Alors, s’écartant des hommes, loin des oreilles, il ôta un instant l’armure du chef pour redevenir l’homme qui savait encore murmurer en s’approchant d’elle.

    — Écoute, dit-il doucement, et sa voix, pour une fois, n’était pas celle d’un instructeur mais celle d’un compagnon. Je pars trois jours. Trois jours que je donne au feu, à la route et aux négociations. Si je ne reviens pas… c’est que les dieux m’ont pris.

    Il posa sa main contre la joue nue de Roxanna, sentit sous ses doigts la peau qui avait connu la douleur et la renaissance. Il cherchait dans ce contact une force simple, une vérité sans artifice. Il l’entendait déjà protester mais il la coupa derechef.

    — Je serai de retour, promit-il. Trois jours. Et si le destin m’arrache à toi, alors que la mer m’emporte, mais je veux que tu saches ceci je ne veux pas d’un trône pour moi. Je veux que tu montes sur ce trône. Je veux être l’homme qui tracera les routes, qui protégera tes arrières, qui tiendra la lance pendant que tu feras la loi. Je t’aiderai à faire de Babylone, ou de la ville que tu choisiras, un lieu qui n’oubliera pas ton nom. Parce que tu es l’être le plus unique au monde Roxanna.

    Il se tut, sentant l’émotion nouer ses mots. Il n’était pas un grand orateur, mais il savait être sincère d’une façon que peu comprenaient.

    — Nous devons attaquer Babylon prochainement et je veux que tu gagnes. Parce que je crois en ta vengeance, je crois en toi, mon tendre chaos. Je suis désolé de ne pas être un Prince, un poète.. mais je t’offre mon corps comme bouclier et mon intelligence pour ravir tous les trésors du monde et les poser à tes pieds. Du moment que tu m’offres encore, ce merveilleux sourire qui est le tien..

    Arès chercha ses lèvres. Il y eut un baiser bref, mais intense qui le poussa à la plaquer contre la porte de sa chambre. Ce feu, ce desir ne s’était pas estompé. Aussi, quand il reprit son souffle et que son nez caressa le sien tendrement, il ne pu s’empêcher de répliquer :

    — Je prierais tous les dieux qui existent juste pour t’embrasser encore.. encore.. encore..

    Puis, vint le temps de partir. Il vérifia ses armes, prit la sacoche contenant quelques pièces sonnantes et la lettre de crédit qu’il avait arrachée au magistrat plus tôt, puis fit un signe aux hommes qui devaient l’accompagner sur la frêle embarcation.

    — Roxanna est votre déesse. Je reviens dans trois jours, elle a le commandement total de notre flotte.

    Avant de monter à cheval, il se tourna une dernière fois vers elle. Le visage qu’il lui offrit n’était ni de fer ni de faiblesse : c’était la résolution d’une guerrier qui accepterait l’épreuve par passion amoureuse. Il s’inclina, non en signe de soumission mais de respect.

    — Trois jours, répéta-t-il. Et si le monde m’arrache, que ces trois jours aient servi à quelque chose. Repose-toi. Reprends des forces. Quand je reviendrai, je veux que tu sois prête. Car apres, nous mettrons le monde à feu et à sang.

  177. Avatar de C.
    C.

    Le désert s’étendait devant lui comme une mer figée, avalant les pas des chevaux et la patience des hommes. Arès avançait sans se retourner, la chaleur cognant contre sa nuque, le sable s’infiltrant jusque dans les coutures de ses bottes. Trois jours, il s’était donné trois jours pour revenir ou mourir dans cette fournaise. Chaque heure écoulée l’éloignait un peu plus de Roxanna, et pourtant il savait qu’elle était le centre de tout ce qu’il faisait, même ici, au milieu du néant.

    Les Consentant. C’était leur nom, murmuré comme une prière par les marchands et les soldats, une légende forgée dans le fer et le silence. On disait qu’ils ne connaissaient ni peur ni loyauté servile, qu’ils obéissaient à la cause, non à l’homme. Des guerriers du Moyen-Orient, aussi impassibles que des statues, aussi implacables que des tempêtes de sable. C’était eux qu’il venait chercher non pour les acheter, mais pour les convaincre.

    Leur camp apparaissait au loin, presque invisible, tissé d’ombre et de vent. Des tentes basses, des silhouettes droites comme des piques, des flammes maigres autour desquelles personne ne riait. Arès mit pied à terre. Ses doigts serraient la bride de son cheval comme pour y ancrer sa propre détermination. Trois hommes vinrent à sa rencontre : les chefs de la tribu. L’un d’eux, Emir al-Djan, portait les marques de mille batailles la peau striée, les yeux aussi durs que la pierre du désert.

    Arès s’inclina à peine. Il ne jouait pas la diplomatie, il savait que ces hommes méprisaient les mots mielleux.

    — Je ne viens pas vous promettre des trésors, dit-il d’une voix grave. Je viens vous proposer une reine.
    — Nous ne servons pas les trônes, seulement les causes.
    — Alors écoutez la sienne.

    Il parla de Roxanna comme on évoque un mythe ancien. De sa naissance maudite, de son royaume menacé, de la vengeance qui couvait dans ses veines. Il parla de son courage et de sa solitude, sans jamais prononcer le mot « amour », mais il résonnait dans chaque syllabe. Il évoqua Byzance qui faiblissait, Babylone qui se dressait, et le monde qui tremblait déjà sous le pas des dieux. Les Consentant écoutaient, immobiles, sans trahir la moindre émotion.

    Puis vint le marchandage.

    Le premier point fut celui du serment : ils n’obéiraient qu’à la parole donnée devant témoins, et Roxanna devrait elle-même accepter leur loyauté dans le sang et la parole.

    Le second : leur indépendance. Ils ne seraient pas des mercenaires, mais une garde d’élite, libres de leur discipline et de leurs rites. Ils réclamaient un camp, une forteresse dans la cité qu’ils défendraient une enclave à eux, souveraine.

    Le troisième : une dot, non pour eux, mais pour les familles qu’ils laisseraient derrière. Pain, or, vivres. Arès accepta sans discuter, puis ajouta l’offre qui fit frémir Emir : des armes forgées à Babylone, à la mesure de leur nom.

    Mais le dernier point fut le plus ardu. Les Consentant exigeaient une garantie que jamais Roxanna ne fasse d’eux ses instruments, que leur loyauté ne soit pas soumise à un caprice de femme ou de déesse. Arès sentit une morsure sous sa langue, une ironie cruelle : ces hommes, sans la connaître, avaient deviné sa crainte la plus intime. Roxanna, dans toute sa puissance, pouvait les détruire si elle le voulait. Il se força à hocher la tête.

    — Vous avez ma parole, dit-il. Elle règnera sur vous comme une reine, non comme une maîtresse.
    — Alors vous êtes des nôtres, souffla Emir al-Djan en posant sa main sur le bras d’Arès. Mais votre parole sera liée à la nôtre. Vous resterez cette nuit parmi nous.

    Ce fut un rituel sobre et terrible. On fit boire à Arès une infusion amère, on traça une incision sur son avant-bras, symbole d’égalité et d’épreuve. Il sentit le sang chaud perler, puis se mêler à celui du chef. Les tambours résonnèrent au loin, battant comme un cœur ancien. Dans sa transe, une vision lui parvint : une ville en flamme, des morts par milliers, un pandémonium total et Roxanna au-dessus de son propre cadavre, elle lui mordant le corps entier de manière disparate. Etait-ce sans crainte ? Quelle ne se contrôle pas et qu’elle la dévore ? Aussi étrange que cela puisse paraitre, dans sa vision, Arès était déjà mort et elle pleurait, le suppliant de revenir à la vie.

    Quand le jour se leva, trois cents hommes se mirent en marche, alignés comme un seul être. Pas un cri, pas un mot seulement le bruit régulier des pas dans le sable. Arès resta sur la dune, immobile, le vent soulevant les pans de sa cape. Il avait réussi. Les Consentant marchaient désormais vers Roxanna. Mais sous la satisfaction, un trouble persistait , la vision de la veille le laissait songeur. Une inquiétude sourde qu’il ne parvenait plus à taire.

    Il se dit que s’il devait mourir pour elle, ce serait un choix.
    Mais s’il devait la voir sombrer, ce serait une damnation.
    Cet éloignement contraint le bouleversait et il s’expliqua ainsi cette vision d’horreur. Elle lui manquait. Il avait peur pour elle. Peur d’échouer pour elle alors qu’il voulait lui offrir le monde.

    Alors il enfourcha son cheval, et sans se retourner, reprit la route du fleuve où elle l’attendait. Les Consentant marchaient derrière lui, et déjà, le désert semblait murmurer le nom d’une reine à venir.

    Il arriva dans la nuit du troisième jour. Le quatrième allait débuter et il craignait qu’elle ne l’ai pas attendu. Quand au loin les voiles du navire furent visible, il envoya l’un de ses hommes prévenir de son arrivée imminente. L’armée avançait à un pas régulier mais Arès aurait voulu qu’elle aille plus vite pour qu’il rejoigne sa déesse. Quand enfin ils parvinrent aux berges du fleuve, il vit aussitôt briller dans la nuit Roxanna. Elle était encore plus éblouissante que dans son souvenir.

    Descendant de son cheval rapidement, il alla jusqu’à elle d’un pas pressé et prit ses mains dans les siennes qu’il dévorait de baisers.

    — Ma déesse.. Mon chaos.. Ma lune, murmurait-il contre sa peau, comme il est bon de pouvoir te sentir de nouveau contre moi.

    Il gardait une certaine distance devant les autres. Ce qui les liaient ne les regardaient qu’eux et surtout, il s’était promis de désormais garder une certaine distance de sécurité avec elle. Cet éloignement forcé lui brisait les os mais il devait s’y accommoder pour assurer la pérénité de sa déesse.

    — Roxanna, annonça-t-il en lui présentant l’armée parfaitement rangée face à eux, je te présente tes hommes.. Les Consentants. Ils seront tes guerriers, ta garde.

    Ainsi, devant tout le monde, il annonçait qu’elle était désormais aussi puissante que lui. Roxanna possédait le triple d’hommes d’Arès.

  178. Avatar de C.
    C.

    Lorsque les troupes se dispersèrent et que les Consentant s’établirent à leurs tentes, Arès resta muet. Tout le long du banquet et des discours, il avait porté un masque de calme et de fierté. Il avait même soutenu le regard de Roxanna sans ciller, comme si son cœur ne battait pas à tout rompre. Mais à l’intérieur, il brûlait d’une flamme confuse pas de joie, non. De trouble.

    Roxanna avait prononcé ces mots avec une assurance divine : « Arès deviendra roi. »
    Roi… Le mot résonnait encore dans son crâne comme le coup d’un marteau sur une enclume.

    Quand enfin la nuit tomba et qu’il put quitter la foule, il alla se laver du sable et du sang dans la petite pièce attenante à sa cabine. L’eau était tiédie par les braises, et la vapeur rendait la lumière des torches plus vacillante encore. Il retira son plastron, puis le reste, laissant la fatigue descendre en lui comme un poids.

    Il ne l’entendit presque pas entrer. Roxanna glissa dans la pièce, le regard doux mais grave.
    Alors seulement, il parla, la voix basse, rauque de retenue.

    — Pourquoi as-tu dit ça, demanda-t-il en gardant les yeux clos profitant de l’eau dans la cuve, pourquoi m’avoir donné ce titre ? Le trône n’est pas fait pour moi, Roxanna.

    Il ouvrit les yeux vers elle, la peau encore humide, les muscles tendus comme s’il se retenait de fuir. Il n’y avait pas de colère dans son regard juste une sorte de lucidité douloureuse.

    — Tu aurais du m’en parler avant de l’annoncer. Tu vois un roi là où il n’y a qu’un soldat. J’ai vécu par la guerre, j’ai appris à commander des hommes, pas à gouverner des royaumes. Un roi pense à demain. Moi, je ne sais penser qu’à la bataille du jour et survivre.

    Roxanna ouvrit la bouche pour protester, mais il leva une main.

    — Je sais ce que tu veux faire… Tu crois qu’en me mettant sur le trône, tu ne t’exposes pas. Tu crois protéger ton peuple. Mais ce n’est pas ma place. Je ne veux pas d’un trône… Je ne veux pas régner sur les hommes. Je veux être certain que tu seras libre de rendre le monde meilleur.

    Ses mots restaient calmes, mais quelque chose dans son regard vibrait un mélange d’amour et d’effroi.

    — Tu as déjà tout ce qu’il faut pour régner, toi. Tu n’as pas besoin que je sois roi pour me tenir à tes côtés. Je peux te servir autrement comme ton bras, ton ombre, ton épée. Mais pas ton roi. Si je monte sur ce trône, je te perdrai.

    Il se lave devant elle, l’eau ondulant contre son corps. Il passa une main dans ses cheveux trempés, puis la laissa tomber dans l’eau avant de finalement se lever nu devant elle.

    — Regarde-moi, Roxanna… je suis né dans la poussière et les cris. J’ai connu la discipline, la survie, pas la grandeur. Les hommes m’obéissent parce qu’ils me craignent, pas parce qu’ils m’aiment. Un roi doit inspirer. Moi, je ne sais qu’imposer et piller.

    Il finit par s’approcher d’elle, s’agenouiller à ses pieds. Il glissa ses doigts sur ses chevilles et lentement les remonta contre sa peau, traçant des cercles à l’intérieur de sa cuisse.

    — Mon chaos, chuchotait-il avec douceur en dénouant les lacets de sa robe qui finissait par tomber au sol, garde tout ce pouvoir, Roxanna. Et laisse-moi garder la guerre.

    Un long silence suivit alors qu’il laisse ses lèvres parcourir l’intérieur de ses cuisses et trouver son intimité brûlante en agrippant ses fesses. Puis il ajouta, presque à voix basse :

    — Si je deviens roi, je ne serai plus à toi obligé de négocier avec les autres alors que mon seul souhait est de te servir.. laisse moi te protéger et te désirer..

    Il laissait sa langue, sa bouche et ses doigts tremblants contre sa peau brûlante, à contempler cette déesse qu’il refusait de perdre contre la gloire.

  179. Avatar de C.
    C.

    Arès resta immobile, étendu dans le lit défait, la peau encore brûlante du souffle de Roxanna. Elle s’était blottie contre lui, la joue posée sur son torse, écoutant son cœur battre trop vite, trop fort, preuve irréfutable qu’il était encore vivant. Il la regardait sans bouger, le regard perdu dans la pénombre, partagé entre la lassitude de la bataille passée et la fièvre de celles à venir.

    Quand elle parla, sa voix vibra doucement contre sa peau :

    — « Dans une semaine, on prendra la route pour Byzance. On est prêt pour la bataille… et pour prendre le pouvoir. Prêt pour un autre avenir. Tu penses que c’est faisable ? »

    Il resta silencieux un moment, goûtant le calme avant la tempête. Ses doigts jouaient distraitement avec une mèche de ses cheveux noirs. Arès connaissait les guerres mieux que quiconque. La conquête ne se résumait jamais à un simple “faisable”. Elle exigeait des sacrifices, une ruse froide, une discipline de fer.

    — « C’est faisable, » finit-il par dire, d’une voix rauque. Mais dans son esprit, tout se déroulait déjà avec une précision militaire.

    Il voyait les Consentant, cette armée qu’il avait achetée dans le désert, se déployer comme une marée silencieuse. Trois cents combattants d’élite, dressés pour obéir sans broncher, prêts à frapper là où il le déciderait. Ils formeraient la première vague. Les éclaireurs qu’il avait envoyé quelques semaines plus tôt, eux, livreraient bientôt les plans des portes de Byzance, les rondes des gardes, les zones faibles de la cité.

    Il savait qu’il faudrait couper les renforts, prendre le port, détourner l’attention. L’assaut viendrait de l’ouest, pendant qu’une fausse offensive brouillerait les défenseurs à l’est. Les navires pris au pillage serviraient de diversion.
    Byzance tomberait non pas sous la force brute, mais sous le poids d’une ruse parfaitement exécutée.

    Mais ce qui pesait le plus dans son esprit, c’était elle. Roxanna. Sa colère, sa beauté, son feu. Elle n’avait pas encore compris que la conquête d’un royaume exigeait autre chose que la vengeance.

    Il se redressa lentement, la fit basculer pour la regarder en face. Ses yeux à elle reflétaient la lumière des bougies, et Arès sentit une brève secousse d’attendrissement qui le fit sourire alors que ses doigts exploraient son corps.

    — Bientôt, murmura-t-il simplement, tu auras le monde à tes pieds.. et chaque nuit je viendrais t’offrir mon âme et mon corps..

    Ce n’était pas une promesse vide. C’était un serment d’acier. Il serait à ses côtés, devant elle quand il faudrait ouvrir les chemins, derrière elle pour veiller sur sa chute. Pendant que ses lèvres se posaient de nouveau sur son corps, il lui détailla à voix basse le plan : les zones à sécuriser, les voix à rallier dans la ville, les traîtres à acheter. La conquête se gagnerait autant dans les ombres que sur le champ de bataille.

    Alors qu’il la caressait, sa bouche remonta contre la sienne pendant que ses jambes s’enroulaient autour des siennes.

    — Roxanna.. ma déesse de la nuit.. tu dois apparaître comme l’espoir d’un monde nouveau… pas comme la malédiction que tu crois être..

    Sa bouche vénérait la sienne dans des baisers langoureux, sensuels alors que ses mains ne se satisfaisaient pas de caresser son corps. Là, avec une lenteur sensuelle, il s’enfouit de nouveau en elle.

    — Haaaaaan.. tu me rends fou.. murmurait-il en gémissant contre ses lèvres, la nuit ne me suffira jamais..

  180. Avatar de C.
    C.

    Arès se tenait sur le pont, les bras croisés dans le dos, observant la mer de Marmara qui miroitait sous la lumière crue du matin. Le vent gonflait les voiles et soulevait la poussière des quais de Bandirma où s’affairaient ses hommes. À perte de vue, les soldats s’entraînaient sans relâche, enchaînant les manœuvres d’assaut, les charges, les replis. Chaque cri, chaque choc de lame contre lame résonnait dans l’air chaud, rythmé par sa voix qui tranchait comme un ordre divin.

    Depuis trois jours, Arès ne dormait presque plus. Il inspectait les lignes, corrigeait la posture d’un soldat, resserrait la garde d’un autre, vérifiait les harnais, les stocks, les torches. Tout devait être parfait. L’assaut sur Byzance ne tolérerait ni hésitation, ni erreur. Les Consentant formaient le noyau dur de son armée : trois cents guerriers du désert, disciplinés jusqu’à la dévotion. Autour d’eux, il avait rassemblé les pirates fidèles, les troupes de Bandirma, et quelques centaines d’hommes de fortune qu’il avait forgés à coups d’entraînement.

    — La cité ne tombera pas par la force brute, répétait-il à ses lieutenants. Elle tombera par la peur, par la ruse, nous devons être plus rusé qu’eux !

    Il avait prévu chaque phase de l’attaque : les archers ouvriraient la voie avant l’aube, cachés dans les brouillards du port ; les troupes légères franchiraient les murailles à l’ouest, pendant qu’un incendie simulé détournerait la garde à l’est. Les navires, eux, bloqueraient les renforts venus de l’est. Le siège serait rapide, net, chirurgical.

    Et pourtant, malgré l’ordre et la rigueur qu’il imposait, une tension sourde lui rongeait la poitrine.

    Roxanna était revenue la veille, les vêtements déchirés par la poussière du désert, les yeux hantés. Quand Agathe lui avait dit qu’elle était partie seule, il avait d’abord senti la colère lui monter cette colère brûlante qu’il ne contrôlait qu’à grand-peine. Elle aurait pu mourir, être capturée, trahie, perdue. Il s’était précipité dans sa chambre, prêt à l’accuser d’imprudence, mais en voyant son visage, il n’avait rien dit.

    Elle lui avait tout raconté : le camp sarmate, le chaman, les révélations.
    Arès s’était tu. Il avait observé son visage pâle à la lueur des bougies, les ombres soulignant la beauté étrange de ses traits. Rien ne pouvait la tuer.
    Pas le soleil. Pas le fer. Pas le feu.

    Jusqu’à présent, il avait pensé que ce pouvoir était une bénédiction. Mais ce soir-là, ce n’était pas une victoire, c’était une malédiction éternelle. Depuis, ces mots tournaient dans sa tête, comme un écho qu’il n’arrivait pas à faire taire. Elle ne vieillirait jamais. Elle ne mourrait jamais. Et lui, il finirait poussière.

    Alors il s’était jeté dans la guerre, dans la discipline, dans l’ordre. C’était sa façon de ne pas penser à ce gouffre entre eux. Même si ses sentiments à son égard avaient évolué, il ne pouvait ignorer que son corps ne pourrait pas offrir à la jeune créature les besoins essentiels que le ferait un autre de son espèce. Car Arès n’était pas dupe. Une malédiction ne venait jamais seule. Il fallait la tester.. Il était persuadé que quelque part, sommeillait un être identique à Roxanna.

    Ce matin encore, il parcourait les rangs, corrigeant les positions, vérifiant les lames. Le sable collait à sa peau, la sueur lui brûlait les yeux, mais il ne ralentissait pas. Il devait tenir son rôle : celui du commandant, du bras armé de Roxanna.

    — Nous frapperons avant l’aube demain ! lança-t-il d’une voix forte.

    Les hommes répondirent d’un cri unique, guttural, comme un rugissement d’animal. Arès hocha lentement la tête. Oui, ils étaient prêts. Il avait transformé ces hommes en une armée. Une force capable de faire trembler les murs de Byzance.

    Lorsqu’il revint à la villa ce soir-là qu’ils avaient investis, les torches éclairaient les couloirs d’une lueur douce. Roxanna se tenait sur la terrasse, silencieuse, le regard tourné vers la mer. Il s’approcha sans bruit, s’arrêta contre elle. Il sentait qu’elle était tendue, sans doute apeurée pour la bataille de demain.

    — Le moment approche, dit-il simplement, mais tu ne devrais pas avoir peur.. Tout se passera très bien.

    Il la regarda longtemps, essayant de lui transmettre son optimisme arrogant. Le vent jouait dans ses cheveux, et dans ce silence suspendu, il pensa à ce que le chaman avait dit. L’Immortelle. La Maudite. L’Éternelle.
    Ses doigts caressaient son visage avant de replacer convenablement ses cheveux derrière ses oreilles. Il embrassa ses lèvres avec une douceur sensuelle avant de murmurer :

    — Quand ma mission sera terminé, je partirais en Europe chercher des êtres comme toi..

    En disant ces mots, il savait qu’il risquait d’attiser une colère foudroyante ou un refus certain de sa reine. Mais il l’empêcha de répliquer en lui offrant un autre baiser et la gardant précieusement contre lui. C’est là qu’il réalisa qu’il s’inquiétait pour elle. Roxanna n’avait plus de famille, aucun amis qui pourrait vivre avec elle l’éternité. Il se devait donc de lui trouver une famille. Il avait peur pour elle.

    — Je vais te trouver les tiens, expliquait-il finalement en caressant sa joue, tu mérites d’être heureuse.. Peu importe avec qui.

  181. Avatar de C.
    C.

    Malgré lui, un sourire ironique se forme sur ses lèvres. Ses mains fermes et encore poussiéreuses se posent sur le visage de Roxanna tandis que ses yeux brillent d’un éclat troublant. Arès est subjugué par la beauté des mots de la déesse. Il est touché par la profondeur de ses émotions, mais aussi des contradictions qu’elle lui offre. Alors, pour la faire taire, il pose ses lèvres contre les siennes dans un baiser long, fougueux et aussi intense que leur tout premier baiser. Lorsque le souffle lui manque, il compense son humanité en parcourant de baisers la gorge et le cou de la divine créature. Il finit par la soulever, de sorte à l’asseoir sur la rambarde du balcon.

    — Tu es une créature bien entêtée, murmure-t-il entre deux souffles alors que ses doigts remontent sans ménagement sur le tissu qui recouvre ses cuisses pour dévoiler son intimité qu’il caresse sans pudeur, cesse donc de vouloir me sauver de quoi que ce soit. Mon âme était damnée avant même de te rencontrer.. Je resterais si tu me le demandes et je partirais si tu me le demandes..

    Il jouait avec elle. Il jouait avec ses émotions et son corps avec un délice impérieux. Ce n’était pas jeu de force mais d’intensité. C’était comme s’ils se reconnaissaient dans l’urgence de l’instant, l’urgence du moment à vivre. Vivre aussi intensément qu’il était possible car tout peut arriver. Tout, aussi bien le positif comme le mal. Arès laissait ses lèvres remonter contre son cou et dans un désir possessif mordit sa peau sans concession alors que ses doigts allaient et venaient déjà en elle.

    — Tu crois vraiment que je veux vivre sans toi ? Tu crois que je veux voguer sur les mers, rire, boire, baiser, combattre, pendant que toi tu restes ici à me hanter dans chaque souvenir ?

    Il secoua la tête, un rire amer lui échappant alors que ses lèvres reprenaient possession des siennes avec une ardeur nouvelle, presque animale. La ville était en dessous d’eux, une guerre se préparaient mais ils se donnaient l’un à l’autre, tels deux animaux sauvage.

    — Je ne veux plus rien de ce que j’étais avant toi, grognait-il contre ses lèvres alors que pris d’une impatience furieuse il vint s’enfouir en elle, les pillages, les batailles, tout cela ne me nourrit plus. Tu n’as pas volé ma vie, tu lui as donné un sens, tu comprends ?

    Il gémissait contre ses lèvres, griffant presque la peau soyeuse de ses cuisses d’une main et de l’autre maintenant son bassin contre le sien. Alors que ses mouvements s’intensifiaient de plus en plus, ses dents mordirent de nouveau dans le cou de la jeune créature, comme pour essayer de marquer de son corps, l’éternelle déesse.

    — Putain.. Rox.. Roxa..

  182. Avatar de C.
    C.

    Allongé sur le dos, haletant encore de l’intensité qu’ils venaient de partager, Arès sentait la chaleur de Roxanna se fondre contre la sienne, sa peau diaphane glissant sur la sienne, moite, vivante. Sa respiration soulevait faiblement son torse, et dans le silence épais de la chambre, il distinguait le rythme léger de ses baisers dans son dos. Ce contact frais du corps de Roxanna contre le sien, brûlant, était une vraie source de plaisir.

    Les mots qu’elle prononça l’enchaînèrent à elle plus sûrement que n’importe quel serment de sang. Promets-moi… Ce simple mot résonna comme une corde tirée dans son cœur. Arès ferma les yeux un instant, tentant de contenir la vague d’émotion qui menaçait de l’engloutir. Il savait ce que valaient les promesses sur un champ de guerre. Il savait que l’avenir, même pour un dieu, était un terrain mouvant où tout pouvait s’effondrer d’un souffle. Et pourtant, il aurait juré n’importe quoi, si cela pouvait apaiser ce tremblement dans la voix de Roxanna.

    Il se redressa légèrement, posa une main sur celle qu’elle avait laissée sur son dos, la fit glisser contre ses lèvres avant d’y déposer un baiser.

    — Je te le promets.

    Les mots étaient simples, mais lourds de tout ce qu’il ne pouvait pas dire : la peur, la certitude d’être happé par la bataille, et cette conscience aiguë qu’elle portait déjà son éternité alors que lui n’était qu’un mortel.

    Il tourna la tête vers elle, croisant son regard dans la pénombre. Ce qu’il y vit le déchira, une foi brûlante, mêlée d’un désespoir qu’elle ne cherchait plus à cacher.

    — Même dans des siècles, souffla-t-il, un sourire presque triste aux lèvres et passa une main sur sa joue, repoussant une mèche de cheveux humides, alors je te retrouverai, mon tendre et adoré chaos. Dans une autre vie, dans un autre monde. Même si les dieux m’effacent de leurs mémoires, je reviendrai à toi.

    Ses doigts effleurèrent la gorge de la jeune femme, la ligne de son cou, avant de s’attarder sur son cœur. Il aurait voulu l’entendre battre à l’unisson du sien, pour toujours. Mais il savait aussi que, quoi qu’il fasse, le temps jouerait contre eux.

    Il la serra contre lui, enfouissant son visage dans ses cheveux. L’odeur de sa peau s’imprima en lui comme un serment gravé dans le fer.

    — Si je meurs demain, je veux que tu gardes ça, murmura-t-il contre son oreille. Ce que je t’ai donné ce soir, ce n’est pas une promesse de guerre, ni un serment de conquête. C’est une part de moi. Celle que même les dieux ne pourront pas te reprendre. Tu possèdes mon âme Roxanna.. déesse de la lune. Ce n’est pas un hasard si j’ai trouvé ce temple et que je t’ai défié. C’est parce que nous sommes liés par bien plus fort que l’amour et le destin.

    Il continua de caresser doucement sa nuque, puis ses épaules, dans un geste presque tendre, presque apaisé.

    — Tu règneras, ma reine. Et je reviendrai. D’une façon ou d’une autre, je reviendrai toujours à toi. Fais moi confiance.. Je préférerais mille fois mourir brûler que de vivre sans toi.

  183. Avatar de C.
    C.

    La bataille était proche. Le soleil se levait et voilà que le moment tant attendu venait. Arès sentit la mer comme un tambour sous ses pieds, chaque vague frappant la coque comme un compte à rebours. L’aube n’était plus qu’un fil pâle à l’horizon quand il donna l’ordre de s’élancer. Les Consentant en première vague, lui en tête. Il avait répété ce plan jusqu’à l’usure, il en connaissait chaque pli, chaque risque. Pourtant, maintenant que le moment était là, la mécanique enseignée se mêlait à une tempête plus intime. Il avait l’image de Roxanna en armure, menant sa propre vague, lui rendant la confiance qu’il lui avait prêtée et il avait peur pour elle. Peur de la perdre.

    Alors il sauta sur la planche, les bannières basses, et sentit sous ses bottes la terre qui lui promettait enfin l’assaut sanglant d’une bataille. À ses côtés, les Consentant avançaient comme une seule épée, il entendait leurs souffles, mesurés, disciplinés. Il ajusta un casque, hurla des consignes qui retombaient sur le rang comme de la pluie et motiva les troupes.

    Byzance se découpait devant eux : murs massifs, tours, toits qui croulaient sous la lumière matinale. Les feux allumés plus à l’est, simulacres et diversion, commençaient déjà à noyer l’air de fumée. Arès hocha la tête satisfait, la ruse fonctionnait. Maintenant, il fallait frapper net, frapper précis.

    Quand il débarqua, c’était comme si la cité avait changé d’odeur : la peur, le cuir, le fer. Il mena la première percée, coupant les cordes des herses, ouvrant les brèches. Les Consentant tenaient leur ligne, impassibles ; Arès, lui, cognait, poussait, criait. Un vrai, un chef au milieu de la mêlée, au sang chaud et à la pensée froide. Il trouva des lieux faibles, fit sauter un portillon, ordonna aux archers de se positionner. Tout s’exécuta comme prévu, mais la guerre, fidèle à sa loi, eut sa part d’imprévu.

    À mesure que la cité s’embrasait, il cherchait Roxanna. Il voyait des silhouettes qui tombaient sous la force de ses hommes, des gardes qui se repliaient, mais pas elle. Pourtant il la sentait, une présence dans la foule, un mouvement plus brutal que la plupart, une rage qui ne se mesurait pas qu’à la lame.

    Il aperçut, enfin, son étendard plus loin. Roxanna, en deuxième vague, frappant à l’épée plutôt qu’aux crocs, fidèle à la promesse qu’elle lui avait faite. La voir ainsi le traversa d’une fierté confuse, en effet elle n’était pas seulement la créature qu’il voulait cacher, elle était devenue une guerrière décidée à payer de sa force la dette de son passé. Mais il vit aussi ses yeux des éclairs, mais contenant quelque chose de plus profond que la colère, de la douleur, et un souffle de solitude.

    La bataille se fit courte et sauvage. Maximus, pris au dépourvu, ordonna contre-attaques et bouclages ; les rues se remplirent de bruits, cuir frappant cuir, cris, ordres. Arès se jeta dans la mêlée comme on jette une lance. Un capitaine impérial lui barra la route, l’homme était silide, lourd et leurs épées se rencontrèrent dans un choc mordant. Arès sentit sa lame rebondir et l’agresseur lui donna un coup qui lui fendit l’avant-bras. Il mordit sa lèvre de douleur, pivota et planta son épée dans la gorge de son ennemi qui s’effondra en silence.

    Il n’eut pas le temps de jubiler. À chaque poussée, il cherchait encore son regard. Ils se trouvèrent et Arès vit Roxanna au sommet d’un perron, au milieu d’ennemis, le front plissé, et pourtant d’une grâce terrible. Elle trancha, bloqua, recueillit des soldats blessés plutôt que de s’abandonner à la dévastation gratuite.
    Chaque fois qu’un de ses hommes reculait, elle le vengeait et chaque fois qu’un enfant criait au loin, elle ne cédait pas au penchant de la soif mais l’épargnait. Arès éprouva un mélange d’admiration et de terreur. Une admiration pour sa force, une terreur pour ce que l’immortalité pouvait lui arracher comme humanité.

    Mais la bataille continuait. Il ordonna une manœuvre rapide : serrer, rabattre, couper la retraite des forces du palais. Ses hommes, aguerris et rendus féroces par l’entraînement, appliquèrent la stratégie. Les Consentant, implacables, verrouillèrent les passages. Bientôt, un grand portail fut pris, donnant sur la cour intérieure. Là, dans un fracas d’acier et de flammes, Arès aperçut Roxanna se faufiler. Il donna l’ordre de pousser, il lança ses hommes, et il fila, terrifié de l’atteindre et en même temps incapable de laisser quiconque menacer sa silhouette.

    Ils se rejoignirent au milieu du chaos Arès, le corps fatigué, le bras blessé et en sueur. Elle, la robe d’acier couverte de sang d’ennemis et un éclat de démon sauvage dans le regard. Ils échangèrent un regard qui en disait plus que mille mots. Sans faiblesse, sans un mot inutile, il posa une main sur sa joue non pas pour la retenir, mais pour la reconnaître, pour sceller qu’ils étaient là, ensemble, en ce moment.

    Autour d’eux, la bataille continua avec des poches de résistance, des cris, des étendards qui tombaient. Arès souffrait au bras et malgré your savoura se poser son front contre lui de Roxanna. Un moment de répit dans la bataille. C’était elle sa forcé. Il pensa à la promesse faite la veille, au trône qu’ils chercheraient d’une semaine à l’autre, à la vie qu’il avait juré de préserver pour elle.

    Il ne sourit pas. Il n’en eut pas le loisir. Il regarda Roxanna encore une fois, en silence, et lui souffla, la voix brève :
    — Ce soir.. je te ferais l’amour dans des draps de soie.. finissons-en avec Maximus..

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    C.

    Le monde d’Arès s’écroula dans un battement.
    Il n’y eut d’abord qu’un bruit – le métal qui tranche l’air, un souffle étranglé puis le silence. Un silence plus terrifiant que tous les hurlements de guerre.

    Il tourna la tête, lentement, comme si son corps refusait d’admettre ce qu’il savait déjà. Et il la vit. Roxanna, sa Reine, son chaos, son amour.. tombée à genoux. Il vit son épée échapper à ses doigts et le sang noir, d’une teinte irréelle, s’épancher sur les dalles de marbre. Son regard, encore brûlant d’incompréhension, chercha le sien lui, toujours, avant que la vie ne s’en échappe, et qu’il ne reste plus qu’une statue au milieu des flammes.

    Arès sentit quelque chose se déchirer dans sa poitrine. Pas un cri, pas une pensée, juste un gouffre. Le goût du sang, l’odeur du fer, les voix autour de lui se brouillèrent. Tout sembla s’éloigner, tout sauf elle. Il se précipita, fauchant les corps sur son passage. Léon, le plus proche, tenta de l’aider à soulever la tête de la brune, mais Arès le repoussa d’un revers brutal. Ses mains tremblaient en retenant ce visage qu’il avait tant de fois embrassé. Ses doigts s’enfoncèrent dans ses cheveux, glissèrent sur sa peau glacée.

    — Roxanna… non. Non, non, non… Pas toi… NON ! Tu es là ! Tu ne peux pas merde !

    Sa voix se brisa. Il la secoua légèrement, cherchant un souffle, un signe, n’importe quoi. Mais il n’y avait rien. Rien qu’une coquille vide et ce sang noir qui souillait tout ce qu’ils avaient bâti.

    Quelque chose d’inhumain s’alluma dans ses yeux. Une rage ancienne, presque divine. Ses yeux étaient embués de larmes et d’une fureur bestiale. Les hommes alentour reculèrent sans même comprendre pourquoi. Il n’était plus un chef, plus un homme. Il était une tempête.

    Léon murmura :
    — Arès… murmura Léo en larmes, qu’est-ce.. qu’est-ce qu’on va faire ?

    Mais Arès n’entendit pas. Le monde entier s’était réduit à une seule pensée : ils l’ont tuée.

    Il se releva lentement, sans détacher son regard du corps de Roxanna. Ses muscles tremblaient d’une fureur contenue, sa mâchoire se serra jusqu’à lui faire mal.Devant lui, Maximus, traîné par les soldats, hurlait, se débattait, jurait qu’il n’était pas responsable.Arès marcha vers lui. Pas un mot. Pas un cri, mais chaque pas résonnait comme un glas.

    Maximus s’effondra à genoux, en larmes, couvert du sang de ses pairs.

    — Ce n’est pas moi ! Je te jure ! C’est… c’est un autre ! Je.. Épargne ma vie ! Je t’offrirais tout ! De l’or ! Des femmes !

    Arès lui saisit le menton d’une main, le força à lever les yeux.Ce regard-là, même les dieux s’en seraient détournés.

    — C’est ta cour, ton trône, ta guerre. C’est toi qui a créé tout ça.

    Il le jeta au sol. Le cri assourdissant du blond se mêla à celui du métal quand finalement dans un élan aussi brutal que pur, un poignard en main, il le planta dans le visage de Maximus. Un coup. Puis un autre. Et encore un, jusqu’à ce que les cris cessent, jusqu’à ce qu’il ne reste plus rien d’humain sur son visage. Autour, les soldats gardaient le silence. Personne n’osa l’arrêter.

    Quand enfin il s’immobilisa, Arès laissa tomber l’arme, essoufflé, le regard vide. Du sang de la tête aux pieds. Il n’avait pas la malediction de Roxanna mais il buvait avec plaisir le sang de son ennemi. Enfin, l’ tourna les yeux vers le corps de Roxanna. Léon avait posé sa cape sur elle, mais il la revit telle qu’elle était avant la bataille : ses cheveux défaits, ses lèvres encore brûlantes d’un dernier baiser, cette promesse qu’ils s’étaient faite de se retrouver toujours.

    Il s’approcha, tomba à genoux, et caressa doucement la joue froide. Il ne voulait pas y croire.

    — Tu vois, murmurait-il des larmes coulant sur ses joues, on a réussit.. alors tu dois te réveiller.. tu m’avais promis d’être là.. toi tu devrais être là.. Rox.. s’il te plaît..

    Le silence lui répondit, seulement troublé par le crépitement des flammes qui gagnaient les murs du palais. Arès releva la tête. Ses yeux, rougis de larmes et de colère, glissèrent sur les cadavres des nobles, sur le chaos qu’il avait semé pour elle. Il avait tout gagné. Et il avait tout perdu.

    Léon s’approcha timidement :
    — Arès… que faisons-nous d’elle ?

    Il resta longuement immobile avant de murmurer, d’une voix basse, rauque, étranglée :

    — Personne ne la touche. Personne. Elle est à moi.. à moi seul..

    Plusieurs jours passèrent. Il ne brûla rien. Rien, sinon la part de lui-même qui voulait encore croire qu’il pourrait la revoir. Quand le silence retomba sur la salle du trône, quand le sang eut cessé de couler dans les fissures du marbre, Arès demeura là, immobile, à genoux près du corps de Roxanna.

    Enfin, poussé par Léon et ses hommes, il fit construire un mausolée, à l’écart de Byzance, au creux d’une vallée battue par les vents où nul voyageur ne s’aventurait. Il fit venir des tailleurs de pierre, des architectes et des prêtres. Il exigea que chaque bloc soit posé de nuit, sous serment de silence. À l’intérieur, il fit graver des vers anciens parlant d’un amour plus fort que la mort. Ce lieu serait son refuge secret. Arès voulait que ce lieu soit pur un lieu où elle pourrait reposer loin de l’arrogance des vivants et où sa mémoire ne servirait pas de trophée. Là, il lui confia son or, les reliques qu’il avait gagné pour elle, les cadeaux, et son armure, comme si offrir une part de lui-même pouvait la préserver. Il y avait fait poster des Consentants, qui veillerait à your de rôle sur leur déesse.

    Là encore, il ne chercha pas l’exhibition. C’était une douleur privée transposée en pierre. Au début, il passa des nuits entières au seuil, veillant, parlant parfois, lui confiant sa rage, ses promesses, sa faiblesse.

    Mais le monde n’attendit pas qu’il guérisse.
    Les notables, les stratèges, les marchands vinrent le trouver. Byzance devait avoir un roi. Les guerres de pouvoir menaçaient déjà. On le supplia de régner, lui, le conquérant, le héros.
    Arès accepta, non par ambition, mais parce qu’il savait que, sans lui, tout sombrerait de nouveau dans le chaos. Il prit le trône, avec la même gravité qu’un général prend une épée brisée, pour en faire usage, pas pour s’en parer.

    Les premières années de son règne furent celles d’un bâtisseur. Il reforma les armées, rouvrit les routes, fonda des bastions et des écoles pour les fils d’anciens ennemis. Il voulait unir, non dominer. N’ayant plus personne à aimer, sombre et austère qu’il était, il rêvait d’un empire vaste, solide, capable de survivre à la fureur des hommes, d’un monde où une Roxanna et Ares pourrait vivre en paix.

    Mais l’ordre du monde n’a que faire des cœurs meurtris.Pour apaiser les tensions avec les satrapes de Perse, les ambassadeurs le pressèrent d’épouser une princesse : Artéa, fille du roi de Kahlar. Le mariage fut une alliance, une promesse de paix. Arès n’y opposa qu’un silence lourd. Il accepta sans sourire, conscient que refuser signifierait condamner son peuple à une guerre nouvelle. Et deja trop de sang avait coulé.

    La cérémonie fut somptueuse, mais son regard resta vide. Quand il posa la couronne sur la tête d’Artéa, il pensa à Roxanna, à ce qu’elle aurait dit en voyant cette mascarade. Il n’y eut pas d’amour, mais il y eut du respect. Artéa, fine et intelligente, comprit vite qu’elle partageait son trône avec un fantôme. Elle n’en montra rien. Elle fit ce que les reines font : elle donna au roi trois enfants.

    Deux fils et une fille. Arès les éleva avec tendresse, presque avec une joie nouvelle. En eux, il vit l’héritage d’un monde qu’il voulait plus noble que le sien. Il leur apprit à lire les cartes, à manier les armes, à parler les langues des peuples qu’ils gouvernaient. Il s’asseyait avec eux dans les jardins, leur racontait les batailles non pas pour glorifier la guerre, mais pour leur enseigner la valeur du courage.
    Parfois, sa fille s’endormait contre son torse, et il retrouvait dans le souffle de l’enfant un écho lointain de Roxanna. Alors son regard se voilait, et Artéa, de loin, observait sans mot dire l’homme qui ne serait jamais vraiment à elle.

    Les années passèrent.
    Le monde vénérait la déesse de la lune. Et Arès devint le Roi. Il devint légende. Ses conquêtes s’étendaient, son nom se murmurait dans les steppes comme dans les palais. On disait qu’il était l’égal d’Alexandre le Grand, impitoyable, visionnaire, adoré de ses soldats, craint de ses ennemis.

    Mais dans les nuits d’hiver, quand la cour dormait et que les feux s’éteignaient, Arès quittait le palais. Il chevauchait seul jusqu’à la vallée interdite. Là, il descendait du cheval, posait sa main sur la pierre du mausolée et murmurait :

    — Tout ce que j’ai bâti, je l’ai fait pour toi.

    C’était là, dans le silence, que l’homme redevenait mortel. Il n’était plus roi, ni conquérant. Il n’était qu’Arès un homme qui avait aimé une femme jusqu’à transformer son deuil en empire. Dix ans étaient passés, la vie rude d’un Roi détenant un empire lui avait donné des rides, des cheveux long et une barbe imposante. Il avait toujours sa carrure mais il portait toujours sur ses épaules, le poids d’un immense chagrin, qui jamais, ne s’éteindrait.

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    C.

    La chevauchée à travers les steppes fut rapide, tendue. Le vent mordait, la poussière brûlait les yeux, mais Arès n’y prêtait pas attention. Chaque battement de sabots lui rappelait le son du cœur qu’il avait cru perdu à jamais. Quand Léon mentionna le camp nomade attaqué, Ils savaient que le pressentiment devenait une certitude.

    Roxanna était réveillée.

    Le soleil déclinait déjà, et dans le rougeoiement du crépuscule, il songea à la nuit où il l’avait perdue. Même ciel sanglant. Même silence avant la tempête. Mais Arès ne voyait pas les signes. Il ne cessait de se répéter que c’était un rêve. Un rêve dangereux et magnifique à la fois.

    Puis tout arriva en une seconde. Un cri. Un éclair noir. Deux Consentants furent arrachés de leurs selles. Arès tira son épée, mais une ombre lui sauta dessus, le fit chuter. Il sentit le sol frapper son dos, puis une chaleur son souffle à elle, contre sa gorge. Il reconnut ce frisson. Il sut, avant même de la voir. Il se laisse totalement aller à sa sauvagerie, sans doute pour ne plus avoir à souffrir si elle le tuait.

    Puis ses yeux retrouvèrent les siens. Toujours les mêmes, mais plus sauvages, plus sombres.
    Une créature affamée, prisonnière de son propre corps. Et pourtant, derrière la rage et la faim, il la vit.. Roxanna, vivante, perdue. Son chaos.

    — A… a…

    Le son était faible, presque un murmure. Il l’entendit comme un cri d’âme.

    Elle recula brusquement, comme brûlée. Arès resta immobile, incapable de respirer. Il voulait parler, tendre la main, mais le moindre geste pouvait la faire fuir. Elle semblait terrifiée, hagarde, vêtue de sa robe de funérailles, tâchée de poussière et de sang séché. Et ce collier, celui qu’il lui avait offert, brillait encore sur sa peau livide. Il avait envie de pleurer, de l’enlacer et de ne plus jamais la lâcher.

    Elle posa une main dessus, comme une enfant cherchant un repère.
    — Je… je… où je suis ? Qui suis-je ?

    La voix tremblait, rauque, étranglée, mais elle était bien là. Arès sentit une larme glisser sur sa joue sans qu’il puisse l’en empêcher. Dix années d’attente, de prières, de regrets et voilà qu’elle se tenait devant lui, brisée, revenue d’entre les morts.

    L’un des Consentants arma son arbalète.
    — Non ! Posez vos armes ! Maintenant

    Le cri du roi claqua dans l’air. L’homme obéit, surpris. Roxanna, elle, battait en retraite, effrayée par leurs torches, leurs chevaux, leur bruit. Elle recula jusqu’à heurter un rocher et se cacha derrière, comme une bête traquée.

    Arès avança lentement, sans arme, les mains ouvertes.

    — Roxanna… c’est moi. Arès.. Tu te souviens ?

    Mais elle ne répondit pas. Seul le vent répondit, chargé d’un parfum de sang et de poussière ancienne. Et dans ce souffle nocturne, Arès sentit son coeur, recommencer à battre comme s’il sortait lui aussi de dix ans de tombeau.

    — Tu as soif.. je sais où tu pourrais te nourrir. Non loin de là il y a une troupe de brigands. Ils pillent des villages et vendent femmes et enfants.. va.. et reviens ici quand tu te sentiras mieux. Je t’attendrais..

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    C.

    Sous le regard de Arès, le monde semblait suspendu entre la réalité et un songe. Il la contemplait, cette femme revenue d’entre les morts, vêtue de sang et de silence, et tout en elle faisait trembler la forteresse qu’il s’était efforcé de bâtir depuis dix ans. Quand elle avait murmuré son nom, sa voix avait brisé en lui de la résignation. Il avait senti quelque chose se fendre. Le passé, son passé, celui qu’il avait enfermé dans un mausolée aussi réel que symbolique, s’était remis à respirer.

    Lorsqu’elle posa son doigt sur la chevalière qu’il portait encore son cœur s’était arrêté un battement. Tout ce qu’il avait voulu protéger, tout ce qu’il avait fui, revenait à travers ce simple contact. Et pourtant, elle ne se souvenait pas.

    Il n’avait rien dit. Il n’avait pas osé. Il s’était contenté de lui offrir sa main, de la hisser sur son cheval, de la sentir trembler contre lui pendant le trajet. Il percevait sa peur, sa confusion, mais aussi cette réminiscence diffuse comme un instinct qui ne meurt jamais. Elle ne se souvenait peut-être pas de lui, mais son corps, lui, n’avait rien oublié.

    Arès avait choisi le silence. Il savait qu’un mot mal placé pouvait tout briser. Alors il s’était fait guide, simple présence, ombre rassurante. Tandis qu’elle se nourrissait des bandits, il avait détourné le regard, feignant de ne pas voir la bête, ne retenant que la femme. Quand elle revint vers lui, le visage et les mains couverts de sang, il ne vit pas l’horreur de ce qu’elle était devenue, mais la tragédie de ce qu’elle avait perdu. Il l’avait connue fière, impériale, invincible. Ce soir-là, il la retrouvait fragile, presque enfantine dans sa manière de se tenir derrière lui, comme si la peur du monde l’avait rétrécie.

    Dans le palais, Arès sentit son cœur se serrer davantage. Chaque pas qu’elle faisait dans les couloirs vides résonnait comme une marche funèbre. Léon ouvrait la voie, silencieux, presque solennel, et l’air sentait la cire et la pierre froide. Quand ils atteignirent la chambre, Arès comprit immédiatement que tout ce qu’il avait enfoui allait remonter à la surface. Dans la chambre, les dorures, le lit, la baignoire… Tout portait la trace d’une vie qu’il avait construite pour elle malgré son absence. Il avait fait construire cette aile du palais en mémoire d’elle, ajoutant des objets en lien avec leur histoire.

    Il la regarda s’approcher du miroir et son souffle lui manqua. Elle était figée dans cette beauté éternelle qu’il avait tant redoutée. Elle ne vieillissait pas, ne changeait pas, alors que lui portait les marques du temps, du règne, des guerres et des deuils. Quand elle parla de la douleur, de cette cicatrice sur son cou, Arès dut détourner un instant les yeux. Il se souvenait de ce moment, la morsure, le feu, la nuit où il l’avait perdue. Dix ans qu’il revivait ce cri en silence.

    Elle le regardait maintenant, cherchant dans ses traits la trace du jeune homme qu’elle avait aimé.

    « Tu n’es pas comme dans mon esprit… »

    Ces mots le frappèrent comme une lame. Oui, il n’était plus le même. Le jeune général était mort avec elle, et le roi qui lui avait succédé n’était qu’un spectre vêtu de gloire et d’amertume.

    Quand elle posa sa main sur sa joue, Arès sentit ses résolutions s’effondrer. La fraîcheur de ses doigts lui donna l’illusion d’un retour impossible. Il aurait voulu lui dire qu’il l’aimait encore. Qu’il n’avait jamais cessé. Qu’il avait régné, engendré des enfants, conquis des empires, mais qu’aucune couronne, aucune femme, aucun triomphe n’avait pu effacer son absence.

    Mais il se tut.

    Parce que ce n’était pas le moment. Parce qu’elle devait se souvenir d’elle-même avant de se souvenir de lui. Alors, il posa doucement sa main sur celle qu’elle avait contre sa joue et murmura, presque pour lui-même :

    — Tu es Roxana. Notre déesse de la lune.. Et tu es revenue.

    C’était tout ce qu’il pouvait dire, sans trahir la tempête qui grondait dans son âme. Car pour la première fois depuis dix ans, le roi de Byzance, le conquérant du monde, tremblait devant une seule femme. Et cette femme n’était autre que son fantôme revenu à la vie.

    Il fit un signe à Léon. Sans un mot, son fidèle compagnon quitta la pièce pour faire venir des servantes triées sur le volet, puis s’effaça à son tour, laissant le roi et la revenante seuls dans cette chambre silencieuse. Arès s’approcha d’une vasque, y versa un peu d’eau et observa la vapeur s’élever avant que les domestiques n’arrivent. Il ne voulait pas brusquer Roxana, il voulait que ce retour à la vie se fasse dans la douceur, comme une renaissance.

    Lorsque les jeunes femmes entrèrent, le roi parla d’une voix calme :

    — Préparez un bain. Que l’eau soit chaude, parfumée… et qu’on apporte des robes.

    Les servantes obéirent sans poser de questions.
    Pendant qu’elles faisaient couler l’eau dans la vaste baignoire de marbre, Arès resta debout, adossé à un pilier doré, observant Roxana qui se déplaçait lentement, comme une âme égarée dans un lieu qu’elle ne comprenait pas encore.

    Quand enfin la pièce se vida, il s’approcha d’elle.

    — Tu peux te baigner… Tu n’as rien à craindre ici. Tu es chez toi.. je vais aller te faire chercher encore un peu de sang. Je vois à tes pupilles que tu as encore faim.

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    C.

    Pour Arès, le temps s’effaçait, goutte après goutte, dans le parfum tiède de la vapeur. Il y avait quelque chose d’irréel à la voir là, devant lui, si vivante et pourtant revenue d’entre les morts. Elle tenait sa main, cette main qu’il croyait ne plus jamais sentir et ses doigts froids semblaient appeler son âme.

    Lorsqu’elle lui souffla « Reste avec moi », il sentit une lame douce rouler sur sa joue. Dix ans de silence, de regrets et de pierres levées à sa gloire funèbre, s’effondraient sous ces trois mots. Il céda sans un mot, d’un simple hochement de tête.

    Elle se dirigea vers la baignoire, et il l’aida à délacer la robe. Le tissu pourri, collé par le temps, résistait comme s’il refusait qu’on le retire. Arès dut glisser ses doigts sur sa nuque, sur ses épaules, pour dénouer les derniers liens. Ce contact, il l’avait rêvé mille fois. Et maintenant qu’il redevenait réel, il en avait presque peur.

    Roxana se tenait nue sous la lueur des torches. Ni honte, ni gêne, ni désir : seulement la pureté étrange de deux êtres qui s’étaient déjà tout donné avant que la mort ne les sépare.

    Quand elle entra dans l’eau, il vit le passé s’effacer lentement de sa peau a travers le sang séché, la poussière des tombeaux, le poids de la mort. Il s’agenouilla près de la vasque, prit un linge, et commença à laver sa peau avec une précaution doucereuse. Chaque geste réveillait en lui des souvenirs qu’il avait voulu effacer.

    Lorsqu’il glissa ses mains dans ses cheveux, il sentit leur poids humide lui couler entre les doigts. Elle ferma les yeux, docile, et dans cette paix fragile, il se surprit à respirer plus librement et il pensa : elle est là.. je ne rêve pas.

    Puis elle parla. Ses mots le frappèrent comme un oracle.

    — « Je ne suis pas une déesse mais une créature… qui ne vieillit pas. »

    Arès sentit un frisson remonter le long de son échine. Oui, il le savait. Il avait compris en bâtissant le mausolée que Roxanna avait quelque chose d’éternel, et que cette éternité se paierait en souffrance.

    — Tu es partie dix ans, dit-il enfin, dix années sans lune. Dix années où j’ai gouverné le monde sans aucune source de bonheur.

    Elle le regardait, troublée, comme si ses mots perçaient la brume dans laquelle elle errait.

    — Dix ans… sans toi..

    Ses doigts vinrent toucher son visage, et il sentit sa peau toujours aussi froide sous cette caresse.
    Quand son pouce glissa sur ses lèvres, il ferma les yeux il y avait dans ce simple geste toute la douceur d’un adieu interrompu.

    — Je tiens à te rassurer.. Tu n’as rien raté de particulier, murmura-t-il. J’ai pris le trône en ton nom, j’ai juré que ton rêve vivrait à travers moi. J’ai bâti un empire pour honorer ta mémoire. Le monde te vénère. Tu es source de lumière, d’espoir pour tous.

    Il marqua une pause.
    Elle touchait maintenant la marque en forme de lune gravée sur son bras — la cicatrice qu’il avait gardée comme un serment.

    — Rox.. j’ai porté ta marque sur ma peau. Elle ne m’a jamais quitté.

    Son regard plongea dans celui de Roxana, ce regard resté éternellement jeune, et une émotion brute le saisit, presque douloureuse.

    — J’ai eu des enfants et je suis marié, annonçait-il enfin avec tristesse et une amertume dans le regard.

    — Roi, conquérant, époux, père. Alors j’ai voyagé, agrandis le royaume en ton nom. Chaque victoire n’a été qu’une manière de supporter ton absence.

    Il s’approcha d’elle, et sa voix se fit plus basse, comme une prière, ayant terriblement peur qu’elle s’envole ou pire, que ce soit un simple rêve :

    — Pendant dix années.. Je t’ai cherchée dans chaque visage, dans chaque ombre des batailles.

    Ses mots tremblaient à peine, mais chaque syllabe brûlait d’une vérité contenue depuis des années. Ses mains caressaient son visage, ses yeux s’ancraient aux siens :

    — On dit que les hommes ne connaissent pas la fidélité. Pourtant, Roxanna, je n’ai aimé qu’une seule fois. Et c’est toi. Je ne te l’ai jamais dit mais.. c’est toi et ce sera toujours toi.

  188. Avatar de C.
    C.

    L’eau fumait doucement dans la vasque de marbre, exhalant des senteurs d’ambre et de myrrhe. Arès y plongea un linge avant de le presser sur les épaules de Roxanna. La vapeur caressait sa peau pâle, et il resta un moment immobile, simplement à la contempler, comme pour s’assurer qu’elle ne s’évaporerait pas encore une fois.

    Agenouillé derrière elle, il glissa une mèche de cheveux mouillés sur le côté de son cou et se retint de toutes ses forces pour ne pas déposer un baiser sur sa peau toujours fraîche.

    — Pardonne moi, dit-il dans un souffle tremblant, j’ai l’impression que tout ceci est irréel.. Que tu n’es pas vraiment là et que.. et que tu vas disparaître.

    Arès sentit sa propre voix vaciller, comme si elle sortait d’un homme qu’il ne reconnaissait qu’à moitié un homme brisé et pourtant debout, un roi forgé malgré lui par l’absence d’une seule femme.

    Roxanna tourna légèrement la tête, juste assez pour que la vapeur dévoile une partie de son profil. Cette vision, simple et divine, frappa Arès avec la force d’un éclair. Dix ans. Dix années à respirer en portant son souvenir comme un poids sacré. Et maintenant elle était là, si proche qu’il pouvait sentir le parfum discret de sa peau mêlé à l’ambre chaude.

    Elle ne répondit pas immédiatement. Son silence, fragile et presque enfantin, fit trembler la poitrine du roi. Alors il reprit, sa voix basse, grave, presque brisée :

    — J’ai combattu des royaumes entiers sans trembler… mais face à toi… j’ai… j’ai peur. Que ce ne soit qu’un mirage. Peur que si je te touche, tu..

    Mais Léon surgissait et l’empêchait de continuer. Le souffle court, pris de remords en imaginant être capable de sortir de cette pièce sans Roxanna. Mais il le devait, pour elle et son épouse. Même s’il savait que c’était juste, une part de égoïste de lui-même ne pouvait se résoudre à détruire tout ce qu’il avait construit depuis sa mort. Et il s’en voulait de penser cela.

    — J’ai survécu à ta mort… mais je ne pourrais pas survivre à ta disparition une seconde fois. Alors promet moi de rester ici. De ne pas bouger de cette pièce, d’accord ? Tu y es en sécurité.

    Ses mots résonnèrent dans la pièce silencieuse, lourds de vérité. Et dans les yeux d’Arès, malgré son rang, malgré sa force, brillait la peur la plus humaine : celle de perdre l’amour qu’il avait attendu au-delà du temps. Il la rassura en lui rappelant que les Consentants étaient ses gardes à elle et qu’ils surveillaient toutes les issues de la pièce. Ils ne répondraient qu’à son appel si elle était en danger.

    Peu de temps après, sa femme se jette sur lui avant même qu’il n’ait franchi le seuil, ses poings heurtant son torse comme un verdict. Arès ne bouge pas. Ce n’est pas la violence qui l’atteint, mais les mots qui suivent, tranchants comme des lames qu’on plante avec méthode. Un piètre époux. Un anniversaire oublié. Une femme jamais aimée… Il connaît cette rengaine par coeur, sur le bout des doigts.

    Il se sert un verre de vin, puis un deuxième et enfin un troisième, avant de finalement affronter comme un colosse enchaîné des reproches qu’il savait venir. Ce mariage n’a jamais été le sien, seulement un pacte politique, une cage polie. Quand elle pose une main sur son ventre, une lueur passe dans son regard. Un quatrième enfant. Les mortels s’acharnent à faire pousser la vie même là où l’amour n’a pas pris racine.

    Il inspire profondément, muselant le grondement qui menace de jaillir.

    — Tu ne retourneras pas chez ton père, dit-il d’une voix basse, lourde comme un fauve qui sort de l’ombre, tu sais très bien qu’il ne t’accueillera jamais.. Il ne voudra pas perdre mon appui militaire.

    Il s’avance lentement vers elle, chaque geste retenu pour que la colère ne prenne pas feu. Il connaît sa propre force, connaît aussi la fragilité de celle qui lui fait face.

    — Oui, je suis absent. Nous le savons tous les deux que ce mariage ne fut jamais un choix. On m’a lié à toi par acte politique. Ne fais pas l’innocente, tu le sais très bien. Je t’ai promis protection, jamais affection..

    Il soulève doucement sa main, celle posée sur son ventre, un contact rare, presque hésitant.

    — Je prendrai soin de toi, toujours. Des enfants. De ce foyer. Je ne suis pas l’époux idéal… mais je suis un homme de parole même si mon coeur est ailleurs.
    — Mais pourquoi ? Mais pourquoi ne peux-tu pas m’ouvrir ton coeur Arès ?

    Elle sanglotait en s’agrippant à son cou et il ne put s’empêcher de l’enlacer. Une part de lui, bienveillante voulait la rassurer. Cette part qui culpabilisait d’être incapable de lui offrir ce qu’il avait donné sans concession à Roxanna. Dix années où ils avaient affronté beaucoup de situations, dix années où ils s’étaient côtoyés en bonne intelligence mais où il ne lui avait laissé aucune chance, aucune place. Arès se sentait mal et pour la première fois de sa vie, perdu. L’âge lui avait fait perdre en spontanéité et le royaume qu’il avait créé prospérait sous la paix et le commerce.

    Pourrait-il tout renverser pour Roxanna ?

    C’était la question qui l’obsédait au moment où il dînait avec son épouse au fabuleux banquet royal qu’elle avait organisé. Arès était tellement dans ses songes qu’il en ignorait même ses maîtresses au grand bonheur de son épouse. Le seul moment de joie fut lorsque ses enfants vinrent le saluer et offrir des présents à leurs parents. C’était une soirée douce, conviviale malgré la présence de la Cour. Bien entendu, il y eut quelques convives politiques à régaler mais Arès savait y faire. Les questions concernant les économies royales, les pactes politiques ou autre aventures guerrière attendraient le lendemain.

    Pour le moment, il se concentrait sur cette fin de soirée et il ne rêvait que d’un moment de paix et de silence, seul quelque part. Heureusement, son épouse, à cause de la grossesse, était trop épuisée pour rester éveillée et alla donc se coucher. Il en profita donc avec l’aide de Léon à s’échapper pour se rendre dans les jardins suspendu de Babylone. Là, la vue sur la cité était magnifique. Assis sur un banc de pierre, il inspirait profondément l’odeur de la nuit en essayant de faire le tri dans son esprit.

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    C.

    Avant même qu’elle ne surgisse et qu’elle lui fasse ces adieux déchirants, Arès sut qu’il ne pourrait pas redevenir le jeune soldat fougueux et tempêtueux qu’il avait été. Sans un mot, sa main vint quitter la sienne pour se poser sur sa joue qu’il caressait avec une extrême douceur. Son regard ne quittait pas le sien malgré la peine et la douleur qui s’y trouvaient.

    — Je ne peux, sans être égoïste, te retenir près de moi, avoua-t-il enfin d’une voix faible et basse. Tu es faite pour le monde, et non pour les chaînes dorées d’un palais.

    Arès portait sur son visage la gravité silencieuse de ceux que le destin a frappés d’un coup trop violent pour être contesté. La présence de Roxanna, revenue des ombres avait réveillé en lui une passion profonde qui, chez les hommes de sa trempe, prennent la dimension d’un dilemme affligeant. Il la contemplait comme on contemple un astre qu’on sait ne pouvoir atteindre, avec une ferveur douloureuse, où se mêlaient la dévotion la plus pure et la résignation la plus amère.

    Aussi résolut-il, en monarque consciencieux autant qu’en amant mutilé par le temps, de pourvoir à l’avenir de cette femme singulière, même s’il savait déjà qu’elle refuserait amèrement sa proposition. Mais cette fois-ci, ce fut lui qui l’empêcha de parler.

    — Le temple, expliquait-il d’une voix plus douce, celui où nous nous sommes rencontrés. Il a été réaménagé. Ce n’est plus un tombeau même si j’avais prévu d’y finir mes jours. C’est un endroit assez retiré pour que tu y sois en sécurité et en paix. J’y vais une fois par mois pour y contempler les jardins… J’y ai fait planté des fleurs et des arbres aux essences faites pour survivre malgré le peu de soleil.

    Il espérait que ce léger détail lui réchaufferait le coeur. Qu’elle se rendait compte que malgré le temps, malgré sa nouvelle vie, elle faisait toujours partie de la sienne de manière viscérale. Ses deux mains vinrent se poser sur ses joues alors que son regard se troublait d’une douleur violente.

    — J’ai tellement souhaité te rejoindre dans la mort, avoue-t-il d’une voix brisée, c’est une véritable torture aujourd’hui que de ne pas pouvoir t’offrir cette vie que nous rêvions tant Roxie..

    Il est sincère. Bouleversant de sincérité alors qu’il tente de se pencher sur ses lèvres pour lui offrir un baiser. Mais au dernier moment, il se ravise et se lève pour s’écarter d’elle. Le souffle court, épuisé par toutes ces émotions et furieux contre lui-même, il tente de se mesurer.

    — J’ai en horreur que tu puisses me voir ainsi.. Vieux.. Sans aucun courage.. Je me sens asservi par le temps quand tu es toujours aussi belle. Je maudit les Dieux qui t’ont plongé dans l’éternelle jeunesse.

    Son âge l’avait diminué. La paix dans le royaume l’avait rendu plus mou et moins téméraire. Il ne voulait pas qu’elle le voit vieux, flétri par le temps et l’âge. C’était une horreur que d’imaginer poser ses mains sur le corps encore jeune et sensuel de son ancienne amante, quand il ne pouvait lui offrir que la vieillesse.

    — Demain… Les Consentants et Léon t’accompagneront.

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    C.

    Arès demeura figé, comme frappé par la foudre, lorsque Roxanna annonça son départ imminent. Les mots qu’elle laissa tomber dans l’air nocturne résonnaient en lui avec la lourdeur d’une sentence divine. Elle va partir. Demain. Il sentit la terre se dérober sous ses pieds. Une sensation étrange, presque indigne d’un roi, mais pourtant inéluctable.

    Lorsqu’elle l’embrassa, son âme entière sembla s’arrach­er à lui pour se jeter dans ce baiser. Dix ans de manque, de regrets, de souvenirs étouffés sous les obligations et les couronnes : tout se souleva d’un coup, comme une marée irrésistible. Arès eut l’impression d’être redevenu l’homme d’autrefois, celui qui courait dans les montagnes derrière cette femme immortelle, pillant pour elle, ivre d’elle, vivant pour elle

    La langue de Roxanna, sa chaleur froide, sa poitrine qui se pressait contre lui… tout cela faillit rompre le peu de discipline qu’il lui restait. Et lorsque ses bras s’enroulèrent autour de son cou, il comprit que demain serait la fin d’une vie qu’il ne pourrait plus jamais retrouver.

    Alors, quand elle s’écarta pour lui rendre son souffle, il demeura un instant immobile, incapable de prononcer le moindre mot tant son cœur cognait contre sa cage thoracique. La lune semblait trembler au-dessus du jardin, comme si même le ciel avait senti le séisme qui venait de passer entre eux.

    Lorsqu’elle évoqua son départ, sa solitude, sa décision de marcher seule vers les terres de ses ancêtres, une douleur sourde lui vrilla le ventre. Elle disait cela avec une simplicité presque douce mais Arès entendait la condamnation derrière chaque syllabe : elle s’éloigne pour toujours. C’est terminé. Auparavant il savait où elle se trouvait, il priait pour le repos de son âme. Mais aujourd’hui, elle avait toute une vie pour elle. Une éternité dans laquelle il ne pourrait plus jamais intervenir.

    Il voulut protester. Il voulut la retenir, supplier comme un homme ordinaire, briser les chaînes du protocole, du devoir, de la couronne. Mais sa dignité austère, presque stoïque, le musela. Il n’avait pas le droit. Pas maintenant. Pas quand il l’avait déjà perdue une fois.

    Alors, lorsqu’elle parla de rentrer, il hocha doucement la tête. Non par conviction, mais parce que sa voix risquait de trahir la tempête qui ravageait son âme. Par peur aussi de finalement la supplier, de la retenir et de perdre le peu d’estime qu’il lui restait de lui-même. Ils firent quelques pas, leurs ombres mêlées sous les lanternes du jardin. Arès étendit légèrement la main, comme pour effleurer la sienne. Il savait qu’il n’avait plus le droit d’être celui qui la touchait mais pourtant il brûlait uniquement pour cela.

    Profiter de ce qui reste. Voilà ce qu’il se répétait en silence, ce mantra désespéré d’un homme déjà en deuil. Il savourait la manière dont elle marchait à côté de lui, la façon dont la brise jouait dans ses cheveux sombres, l’éclat froid de sa peau sous la lune. Il mémorisait tout, comme un condamné mémorise la lumière avant la nuit éternelle.

    Demain, elle s’en irait. Et lui, roi ou non, serait brisé. Mais ce soir et demain, il voulait chaque seconde, chaque regard, chaque souffle. Il les voulait comme on veut les dernières gouttes d’un élixir qu’on ne goûtera plus jamais. Car il le savait, Roxanna partait vers son destin et lui restait prisonnier du sien.

    En arrivant dans la chambre, il congédia poliment la servante qui s’enfuit écarlate. Il demanda des explications à la jeune vampire qui finit par lui avouer sa manigance. Arès retrouva un sourire léger, surpris mais amusé de l’effronterie.

    — Quand apprendras-tu à respecter les ordres, demandait-il avec un sourire en coin.

    Il finit par retire sa cape qu’il posait négligemment sur le sol puis vint se poster derrière la brune. Délicatement, il dégagea sa nuque de ses long cheveux d’ébène et déposa un tendre baiser sur sa peau immaculée. Son parfum était toujours un ravissant soupçon de révolte, de fleurs sauvages et d’embruns. La serrant contre lui, il remonta ses mains sur ses hanches en déboutonnant lentement sa tunique.

    — Pardonne mes désirs, murmurait-il d’une voix rauque en léchant son cou sensuellement, ils sont nombreux et insatiable en ce qui te concerne.. Jamais aucune femme n’a trouvé grâce à mon corps.. Il n’y a que toi qui a toujours sut me conduire au paradis..

    Laissant le tissu de sa tunique tomber sur le sol, il en profitait pour caresser sa peau si fraiche et douce et délicate. Sa bouche venait rejoindre la sienne quand ses deux mains venaient s’emparer délicatement de ses seins aux pointes tendues. Il les malmenait avec un plaisir singulier. Il prenait alors son temps, savourant chaque sensations, chaque frissons, chaque gémissements alors que son corps se cambrait contre le sien dans un désir impérieux.

    — Mon tendre chaos, soufflait-il en descendant sa main entre ses cuisses, ne me quitte pas aujourd’hui.. Pardonne-moi de t’honorer avec ce corps.. Pardonne-moi de te supplier.. Je veux t’aimer.. Cette nuit.. Demain.. Peux-tu m’accorder ça ?

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    C.

    Habituellement, quand il dormait, Arès sentait toujours une absence. Celle qui se trouvait au creux de son bras, minuscule, qui s’immisçait ensuite dans sa conscience et qui surgissait, violente, lorsqu’il s’éveillait. Ce fut cela qui le tira du sommeil car étrangement, il n’avait aucune angoisse puisque la tiédeur d’une peau sous sa joue, la texture familière d’un corps qu’il croyait à jamais perdu l’éveilla. Il ouvrit les yeux avec brutalité, inquiet d’avoir rêvé et de cette nuit et être prêt à faire face au vide.

    Mais elle était là… Sa poitrine se soulevait doucement sous lui, son parfum, ce mélange étrange de nuit, de pierre froide et de chair trop longtemps tenue loin du soleil, enveloppait la chambre pleine de chaleur retenue derrière les rideaux. Il se redressa à peine, juste assez pour glisser son bras autour de ses hanches, comme pour verrouiller le monde à distance. Elle lui parla, d’une voix si calme, si assurée, que son cœur se serra comme un poing trop longtemps contracté. C’est encore mieux qu’un rêve, car c’était la réalité. Il restait silencieux, pensant à ses mots.

    Encore là… pour quelques heures encore. Alors, il la serra plus fort contre lui. Comme un naufragé enlace le morceau de bois qui l’a sauvé.

    Lorsqu’elle évoqua son silence, ces dix années qu’il avait refusé d’évoquer, dix années de conquêtes, de mariages, de compromis politiques, d’enfants nés par devoir et ensuite aimés avec passion, Arès sentit une pudeur étrange lui brûler les joues. Lui, le roi, le conquérant, le père, se retrouvait soudain timide devant une femme qui lisait en lui avec une clarté terrifiante.

    — Je pourrais te raconter mille récits mais tu risquerais d’être vite ennuyée par toutes ces aventures, expliquait-il en embrassant tendrement ses lèvres avec un sourire narquois au coin des lèvres, surtout parce que c’est toujours moi qui gagne..

    Il aimait tellement l’entendre, voir l’éclat d’amusement, de vie et de joie dans le regard. Se rendait-t-elle compte de l’importance que sa vitalité pouvait lui offrir. C’est comme retrouver un souffle perdu. Comme savourer cette lune sauvage et intrépide qui lui avait tant manqué pendant ses dix années de nuit.

    Elle plaisanta sur le temple de la lune. Il détourna légèrement les yeux, comme un voleur pris sur le fait. Que répondre ? Qu’il l’avait bâtie pour elle seule ? Qu’il avait donné son apparence à une déesse afin de ne pas devenir fou ? Qu’il s’y rendait parfois pour parler à une statue, la nuit, quand sa poitrine lui faisait trop mal ?

    Alors il lui expliqua. Il parla de la reconstruction de Babylone. De ses batailles, de ses enfants, sur son rôle de père… chacun d’eux se déposait dans sa conscience avec la douceur cruelle d’un baume sur une brûlure fraîche. Il lui parla de cette épouse qu’il estimait mais qu’il ne pouvait aimer. Il lui parla de cette vie qui avait tout d’un rêve mais qui n’était pas le sien. Elle avait vu tout cela. Elle l’avait admiré, même. C’était plus qu’il ne méritait.

    — Tu sais qui je suis. Tu connais mon âme, reprenait-il en caressant son corps lové contre le sien, souvent je rêve d’avoir le courage de juste prendre une barque et partir au loin.. Aller découvrir à quoi ressemble le monde à l’Ouest.

    Il lui parla des leçons d’un astrologue qui était venue séjourner au palais quelques années auparavant. Encore lové contre la peau douce et froide de Roxanna, ses doigts parcouraient un instant la hanche de la vampire comme pour y tracer un souvenir avant de souffler :

    — Il y a quelques années, un homme venu de Sippar a franchi mes portes. Un astrologue, une sorte de marcheurs qui lit la vie dans la cendre des étoiles. Je l’ai reçu par curiosité, je venais de remporter la guerre des Trois Fortins, Silas venait de naître.. j’étais convaincu que rien au ciel ni sur terre ne pouvait m’en apprendre davantage depuis que je t’avais rencontré.

    Il sourit, de ce sourire bref qui fend à peine les lèvres mais éclaire le regard. Arès retrouvait soudainement un éclat de jeunesse.

    — Mais je me trompais lourdement.

    Finalement, il s’installe un peu mieux contre elle, paume à plat sur son sein dont il caresse délicatement le contour, comme si le simple contact lui permettait de dérouler la mémoire.

    — Il m’a montré la carte du ciel telle qu’ils la tracent au bord de l’Euphrate. Il avait des tablettes couvertes d’argile gravée avec des lignes qui pour moi n’étaient que des traits, mais qui racontaient des histoires et des destins. Il m’a alors expliqué que chaque étoile est un souffle ancien, que certaines meurent en silence et que d’autres naissent encore, loin, très loin… bien au-delà de nos cités, de nos royaumes et de nos dieux.

    Son pouce caressait machinalement la peau de son amante alors qu’il continuait son récit avec une passion qui le transcendait.

    — J’étais passionné parce qu’il me racontait car selon lui, à l’ouest du monde, au-delà des Colonnes, au-delà même des mers qu’aucun de mes navires n’a osé traverser et bien il existe des terres où l’on dit que les hommes vivent deux fois. Pas comme toi, pas comme les immortels… mais comme si la vie leur était donnée en double, à condition qu’ils sachent relever les signes. Comme un cycle, un passage, une rumeur, peut-être. Beaucoup le prenaient pour un fou mais je m’en fichais.. Je voulais croire en ce qu’il disait. Je voulais y croire car ça me donnait l’espoir de te retrouver un jour.

    Il marque une pause, le regard flottant vers les rideaux qui filtrent l’aube. Un éclat mélancolique traverse ses prunelles et un sourire en coin amusé.

    — C’est alors qu’il m’a appris à reconnaître ton étoile. Enfin… il ne savait pas qu’elle t’appartenait, mais moi oui. Je l’ai su tout de suite. Elle a une lumière obstinée, d’un blanc presque bleuté, qui ne varie jamais. Il disait que c’était la marque des êtres qui ne suivent pas le destin écrit pour eux, mais qui le sculptent à mains nues. Voilà pourquoi j’ai créé l’autel à ton effigie..

    Il relève les yeux vers elle, et l’ombre d’une admiration, presque d’une dévotion, glisse dans sa voix alors qu’il pose tendrement ses lèvres sur les siennes. Un baiser tendre, doux, sensuel. Mais avant de reprendre ses caresses, il décide de finir son histoire.

    — Quand il est reparti, il m’a expliqué que certains hommes sont nés pour vivre plusieurs vies. D’autres sont nés pour marcher avec les étoiles. J’adorais ses énigmes et j’avoue m’être un peu moqué de lui. Mais la vérité… c’est que je croyais déjà que tu étais l’une d’entre elles. Une étoile qui avait simplement échoué sur ma route.

    Sa main glisse jusqu’à son visage, effleurant la courbe de sa joue alors que son nez caresse le sien tendrement et que son corps entier enveloppe le sien.

    — Depuis ce jour, murmurait-il contre sa gorge avec une lenteur sensuelle, chaque nuit où je n’arrivais pas à dormir, je sortais sur les terrasses et je te cherchais dans le ciel, comme si la lumière pouvait me dire quand tu reviendrais. Ou si tu reviendrais seulement.

    Puis il ajoute, dans un souffle plus rauque, plus intime en s’enfouissant en elle profondément dans un mouvement de bassin intense :

    — Et te voilà.. déjouant le destin mon chaos.. l’astrologue a sans doute raison finalement.. ces mondes inconnus, de terres au-delà de nos limites… mais… haaaaan… Roxie.. la seule aventure qui m’ait jamais tenu éveillé, c’est… c’est toi.

    Ses mains venaient agripper les siennes, la maintenant ainsi à sa merci alors que son corps entier allait et venait contre le sien. C’était un ballet intense et savoureux. Arès ne pouvait retenir ses soupirs de plaisir alors que ses doigts écrasaient sans douceur ceux de son amante. Il la désirait ardemment, sauvagement. Comme s’il voulait laisser une marque de lui en elle.

    — Mon amour… si je pouvais arrêter le temps.. je le ferais maintenant… je t’aime… je t’aimerai encore… toujours..

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    C.

    Un part de lui-même pense que cette conversation dans la baignoire est indécente malgré qu’elle soit nécessaire. Replaçant une mèche de cheveux derrière l’oreille de la belle brune, Arès réfléchit, pensif. Il n’est pas en train d’éluder ce qu’elle dit, juste, il se dit qu’après tout, il n’a qu’une vie et que c’est avec elle qu’il souhaite la vivre.

    — Et si je quittais tout, maintenant. Et si nous nous enfuyons maintenant, ensemble ? Qu’est-ce que tu en dirais ? Accepterais-tu ?

    Il est soudainement très sérieux, comme si l’évidence avait toujours été là mais qu’il avait été trop aveugle pour s’en rendre compte. Se redressant, ses mains se posant sur ses joues avec une extrême douceur, il lui fait face. Ses iris reprenaient cette couleur intense qu’il avait autrefois quand ils s’étaient rencontrés.

    — Après tout.. on ne doit rien à personne Roxie et j’ai passé dix années à espérer et prier pour te rejoindre. Alors partons. Juste toi et moi. Où tu veux. Le monde est suffisamment vaste pour nous.. Peu importe le pouvoir, les richesses. C’est toi que je veux.

    Et avec cette idée, ce fantasme, tout le visage de Arès s’illuminait. Il retrouvait une nouvelle jeunesse. Déjà il était entrain d’évoquer le chemin le plus simple pour fuir Babylone et rejoindre les côtes égyptiennes où il était persuadé qu’ils trouveraient refuge.

    — Toutes ces conneries de religion et autre défis politique tu sais très bien que ce n’est pas pour moi. Et tu sais aussi bien que moi que tu t’en fous. Alors juste.. juste vivons. Ensemble, tous les deux. On se protègera mutuellement. On sera heureux.

    Entre deux baisers qu’il lui offrait, il souriait, confiant et plein de joie et d’excitation. Avoir été Roi pendant dix ans l’avait rendu mou, peureux et presque lâche. Avec Roxanne à ses côtés, il se sentait puissant, insouciant et invincible.

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    C.

    L’impulsivité dont il a fait preuve semble ne pas réjouir la jeune femme. Arès en est surpris. Mais surtout, contrarié. Pourquoi donner priorité aux autres quand ils avaient toujours tout fait pour être ensemble ? Pourquoi ne semblait-elle pas reconnaître qu’il avait besoin d’elle, plus qu’elle ne semblait le concevoir. Arès ressent une profonde peine, un indicible regret. Sans doute est-elle marquée de la vision qu’elle a eu de sa famille et craint-elle pour l’avenir de ces derniers.

    Il culpabilise, se disant que son égoïsme ne fait que guider son désir. Mais ne vit on pas qu’une seule fois ?

    Son élan de contrariété s’apprête à rétorquer à la requête de Roxana mais elle l’en empêche. Elle ne lui laisse pas l’opportunité de créer un compromis puisqu’elle sait pertinemment qu’en ne partant pas avec elle ce soir, il ne quittera jamais Byzance. Alors, silencieux, il la regarde quitter le bain, incapable de réagir à ses mots. Ils sont vains, pense-t-il en silence mais acquiesce quand même. Il a bien appris pendant dix ans à garder pour lui ses pensées. Et encore aujourd’hui, il doit faire front, ne pas laisser déverser ses émotions.

    En fait, au fond, sa peur irrationnelle prend lentement le pas. Elle s’insinue en lui comme une vipère mortelle qui murmure au creux de son oreille : « Elle veut d’une vie nouvelle.. Enfin, elle peut avoir tout ce qu’elle veut.. Elle ne te voulait pas vieux mais jeune, disponible.. »

    Arès finit par sortir du bain, les sourcils froncés en cherchant à vaincre cette soudaine obsession de la jeunesse. Une obsession qui jusqu’alors ne l’avait jamais guidé. De dos à la jeune femme, il ne lui laisse pas l’opportunité de s’approcher, se contentant de répondre de manière diplomatique :

    — Comme tu voudras, comme toujours. Je vais faire préparer ton convoi pour cette nuit, je reviens après.

    Et enfin, disparaître de la chambre aussi vite que possible. Sans perdre de temps, il traverse les couloirs comme on fuit un incendie intérieur. Les murs du palais, pourtant si familiers, lui paraissent soudain trop étroits, presque hostiles. Chaque pas résonne plus fort qu’il ne le devrait, comme si Byzance elle-même prenait note de sa lâcheté.

    Il donne des ordres d’une voix ferme, presque froide à Léon : des chevaux, des torches, des vivres. Le cérémonial de l’adieu déguisé en logistique.

    — Et je veux que tu l’accompagnes, dit-il enfin en s’asseyant à son bureau, elle aura besoin de toi pour découvrir les terres environnantes. Elle te fais confiance, alors tu dois la suivre.
    — Elle ne le voudra pas Arès.
    — Je me fiche complètement de ce qu’elle veut, tout comme elle se fiche de ce que je veux d’ailleurs. Tu me dois obéissance à moi il me semble, donc obéis.

    Le ton froid de Arès n’admettait aucune réplique et Léon le savait très bien. Pendant que son souverain organisait le leg des terres pour Roxana, Léon quittait le bureau et partait, s’activait à tout préparer pour le coucher du soleil.

    Voilà donc à quoi se résume l’amour quand on est roi. A des préparatifs.

    Mais à mesure que les serviteurs s’inclinent, qu’ils obéissent sans question, une vérité le frappe avec une cruauté limpide, contrairement à ce que pense Léon : il n’est pas en train de l’aider à partir. Il est en train de la laisser partir.

    Il s’arrête un instant et viens observer la vue de son balcon, la main posée contre la pierre fraîche il laisse un long soupir s’échapper. Un soupir qu’il aurait aimé être. Dix ans à apprendre la maîtrise, à enfouir ses désirs sous le poids des responsabilités… et pourtant, en une seule nuit, tout vacille. Roxana n’a rien exigé. Elle n’a rien pris. C’est peut-être cela le plus terrible. Elle lui rend sa liberté au moment même où il réalise qu’il n’en veut plus.

    Il ne comprend pas qu’elle refuse et suppose que c’est par manque d’amour. Elle refuse parce qu’elle l’aime ne veut pas se condamner à devenir autre chose que ce qu’il est devenu. Et cette croyance le brise davantage que n’importe quel reproche.

    Quand il se remet en marche, son visage est impassible, mais quelque chose s’est figé en lui. Ce n’est pas encore la froideur. Ce n’est pas encore la dureté. C’est le moment exact où le cœur doit apprendre de nouveau à survivre. Et déjà, sans qu’il ose encore se l’avouer, Arès devine que lorsque Roxana aura disparu dans la nuit, rien n’aura désormais plus jamais d’importance.

    Le reste de la journée, il le passa donc à s’occuper des affaires du royaume. Il laissa le bon soin de Roxana à son ancienne servante et Léon. Quand enfin la journée tomba lentement, Arès eut la surprise de voir son épouse s’échapper des appartements de son amante. Ils se regardèrent l’un et l’autre avec stupeur, incapable de se dire un mot.

    — J’ai su qui elle était avant même qu’elle n’ouvre la bouche, avoua à demi amusée la reine, tu n’as jamais été un très bon menteur Arès.

    Arès resta un instant immobile. Ainsi donc, le voile était tombé dans une douceur presque déconcertante. Il observa son épouse, cette femme qu’il croyait connaître par devoir plus que par cœur, et qu’il découvrait soudain autrement, debout devant lui sans colère, sans larmes, sans théâtre.

    Il chercha dans son regard la morsure du reproche, l’ombre d’une menace. Il n’y trouva qu’une lucidité tranquille, une sorte de paix acquise à force de concessions silencieuses. Cela le désarma plus sûrement qu’un affront.

    Il ouvrit la bouche, prêt à se justifier, puis se tut. À quoi bon mentir encore, quand elle venait de lui offrir, sans le savoir, une absolution partielle ? Il se contenta d’incliner légèrement la tête, geste de roi mais aussi d’homme pris en faute.

    Elle s’approcha alors de quelques pas et posa sa main sur sa joue. Arès sentit naître en lui une honte nouvelle, plus subtile : non celle d’avoir aimé une autre, mais celle de n’avoir jamais su aimer son épouse autrement qu’avec droiture. Et voilà qu’elle lui rendait cette droiture comme un présent.

    — Laisse partir Arès, dit-elle, elle n’est pas de notre monde.. Elle a raison de te laisser ici auprès de nous, ta famille. Ne lutte pas. Tu sais que c’est voué à l’échec. Tu as bien trop à perdre et elle aussi. Fie toi à ce qu’elle te dit.

    En lui, la certitude s’ancrait : Roxana allait partir et son épouse resterait. L’une par choix, l’autre par destin. Et lui, Arès, demeurerait au milieu, gardien d’un royaume qu’il avait su préserver, mais incapable de sauver ce qui brûlait vraiment.

    Quand la reine posa brièvement ses lèvres contre les siens tel un geste bref mais possessif, il comprit qu’elle lui offrait plus que son indulgence : elle lui offrait le droit de souffrir sans être haï. Et cette bienveillance-là, paradoxalement, pesa sur son cœur. Elle le quitta avec sa suite et il prit un instant pour respirer de nouveau. Enfin, il se rendit dans l’appartement de Roxana et la vit apprêtée comme une reine. C’était d’ailleurs des étoffes qui appartenaient à son épouse. Son coeur se brisait d’autant plus devant la beauté de la jeune femme.

    — Rox, murmurait-il lentement et résigné, tu es prête ?

  194. Avatar de C.
    C.

    Arès ne sentit pas immédiatement la rage. Elle vint plus tard. D’abord, il y eut le vide, un gouffre silencieux, obscène, qui lui dévora la poitrine lorsque le cri de Roxana s’éloigna dans les couloirs. Ce cri-là, il le connaissait. Il l’avait déjà entendu, autrefois, lorsqu’on l’avait arrachée à la vie. L’Histoire venait de se répéter par sa faute.

    Il resta immobile quand les gardes le relâchèrent enfin, persuadés d’avoir sauvé leur roi. Il ne les regarda pas. Il ne regarda pas la porte. Il regarda ses mains. Ces mêmes mains qui avaient conquis des villes, signé des traités, bercé ses enfants… et qui, aujourd’hui, n’avaient pas su briser trois bras pour retenir une femme qu’on traînait comme une bête.

    Il comprit qu’il n’avait pas été écarté par erreur. Il avait été déplacé. Lentement, méthodiquement. Flatté dans sa lassitude, bercé par une bienveillance factice, pendant que le pouvoir glissait hors de ses doigts. La reine n’avait pas voulu partager Byzance. Elle l’avait voulu seul, amputé de ce qui faisait encore de lui un homme et Roxana avait payé ce prix. Quelque chose se fendit en lui. La tempérance, la diplomatie, le roi raisonnable tout cela se retira comme la mer avant le raz-de-marée. Ce qui demeura était ancien. Brutal. Affamé.

    Ils avaient réveillé l’Arès d’avant les couronnes. Celui qui n’avait pas peur d’être haï. Celui pour qui le sang n’était pas un scandale mais un langage.

    Il releva lentement la tête. Ses yeux n’étaient plus ceux d’un époux trahi ni même d’un amant désespéré. Ils étaient ceux d’un homme qui venait de décider que plus rien ne méritait d’être préservé intact. On avait enchaîné Roxana avec de la verveine. On l’avait humiliée, blessée, niée. Et surtout on l’avait utilisée contre lui, en son nom. Chose qu’il ne pouvait tolérer.

    Alors oui, on peut manipuler un roi fatigué, mais jamais un homme à qui l’on a tout repris. Quand Arès la trouva dans la salle haute, là où la lumière des torches flatte les visages et dissimule les fissures, la reine était assise droite, royale jusqu’au bout des ongles, les mains posées sur l’accoudoir comme sur une promesse tenue. Lorsqu’il entra, elle ne se leva pas. Elle sourit.

    Ce sourire-là mit fin à ses derniers doutes.

    Il s’approcha lentement, sans colère apparente, cette politesse terrible que prennent les hommes quand la fureur est déjà devenue décision. Il la regarda longtemps avant de démarrer les hostilités.

    — Où est-elle ? demanda-t-il.

    La reine inclina légèrement la tête, feignant l’étonnement, jouant encore la comédie de l’épouse inquiète.

    — En sécurité, répondit-elle. Pour toi. Pour nous. Pour le royaume.

    Alors il comprit qu’elle ne mentait pas. Pas entièrement. Elle croyait à ses mots. C’était cela, le plus inquiétant, la voir avec cette certitude froide des justes autoproclamés.

    — Tu as ordonné son arrestation en mon nom, reprit-il. Tu as fait tirer des flèches sous mon toit. Tu m’as fait passer pour un fou.
    — Je t’ai sauvé, Arès.
    — Tu m’as remplacé. Et c’est tout bonnement intolérable.

    Le silence tomba. Elle se leva enfin. Et à cet instant, le voile glissa. Plus d’épouse douce. Plus de mère inquiète. Il vit la stratège. La femme blessée qui avait appris à mordre.

    — Tu ne gouvernais plus depuis un moment, dit-elle sans détour. Tu survivais. Son souvenir te consumait. Elle l’a toujours fait d’ailleurs. Mais en revenant à la vie, je savais que tu ne pourrais assumer tes responsabilités ici. Je n’ai fais que rappeler ce pour quoi tu es devenu Roi.
    — Et toi, tu as choisi de la briser pour me garder. Elle est innocente !
    — Non. Je l’ai brisée pour protéger ce qui m’appartient.

    Il eut presque pitié. Presque.

    — Tu as enfermé un être ancien, murmura-t-il. Tu ignores ce que tu provoques.
    — Et toi, tu ignores ce que je suis prête à sacrifier.

    Elle s’approcha, assez près pour que leurs souffles se heurtent.

    — Y compris toi, si nécessaire.

    Alors Arès sentit la dernière porte se refermer. Il n’y aurait ni justice, ni pardon. Seulement un calcul. Un marché. Il inspira profondément, ce souffle qu’il réservait autrefois avant les batailles perdues d’avance.

    — Libère-la, dit-il. Vivante. Entière. Cette nuit.

    La reine eut un rire bref.

    — Et que m’offres-tu en échange ?

    Il n’hésita pas.

    — Moi.
    — Tu m’appartiens déjà.
    — Non. Pas comme tu l’entends.

    Il la fixa, implacable.

    — Je renoncerai à elle. Définitivement. Elle quittera ces terres. Elle ne reviendra jamais. Je la bannirai de mon regard, de mon esprit, de mes prières.

    Le sourire de la reine se figea. Elle le dévisagea, cherchant la faille, l’espoir caché. Elle ne trouva que l’abîme.

    — Et toi ?
    — Je resterai. Roi docile. Époux irréprochable. Père présent. Je ne la chercherai pas. Je ne parlerai plus d’elle. Elle sera un mythe, une rumeur. Mais tu dois me jurer de ne plus rien attenter contre elle à l’avenir.

    Un silence long, cruel. Puis la reine hocha lentement la tête.

    — J’accepte.

    Ce mot tomba comme un couperet.

    — Elle vivra, poursuivit-elle. Libre. Tant qu’elle disparaît. Et si un jour elle revient…
    — Alors je serai déjà mort, répondit Arès.

    Ils se regardèrent encore un instant. Deux vainqueurs mutilés. Deux monstres d’une autre espèce. Lorsqu’il se détourna, Arès sut qu’il venait de sauver Roxana au prix exact de ce qu’il lui restait d’âme. Mais il ne flancha pas. Il préférait vivre sans elle plutôt que régner sur son cadavre.

    Le convoi attendait toujours Roxana. Malgré les derniers évènements, Léon avait attendu le retour de son souverain. Arès avait ordonné qu’on libère Roxana. Cette dernière, avec la verveine, était tombée dans un profond sommeil. Il la déposa donc lui même dans un carrosse protégé de la lumière pour qu’elle y siège.

    Elle semblait dormir paisiblement et s’il ne la connaissait pas, il penserait que ce serait vraiment le cas. Mais il savait que la verveine avait pour vertu de l’affaiblir. Il profita de ce moment pour caresser sa joue et déposer un baiser sur son front.

    — N’oublie pas de chercher mon âme, murmurait-il au creux de son oreille. Retrouve-moi. Je t’attendrais.

    Puis, avec une délicate attention, il apporta à son annulaire une alliance romaine qu’il portait toujours. Symbole de cet amour, de ce mariage de coeur et d’âme qu’il avait toujours eu pour elle. Quoi qu’il advienne, il lui appartiendrait éternellement. C’est le coeur meurtri, rempli de malheur et de vengeance qu’il regarda partir l’escorte lourdement armée. Léon serait un parfait conseiller pour Roxana, il le savait. Maintenant, à elle de vivre sa vie. Celle qu’elle était en droit de se créer.

  195. Avatar de C.
    C.

    Huit mois passèrent, non comme une saison qui s’achève, mais comme une pierre que l’on traîne derrière soi, rongeant la terre et l’âme.

    Arès gouverna Byzance d’une main que l’on disait ferme, que d’autres nommaient déjà tyrannique. Les édits tombèrent plus secs, les audiences plus courtes, la clémence plus rare. Il ne haussait jamais la voix, c’était inutile. Son silence suffisait désormais à faire plier les plus audacieux. La reine, toujours à ses côtés, tissait autour de lui une toile patiente et invisible. Elle n’avait plus besoin de menaces ouvertes car l’ombre de Roxana, jamais prononcé, pesait entre eux comme une lame suspendue. À chaque désaccord, Arès sentait la chaîne se resserrer. Alors il obéissait. Non par faiblesse, mais par calcul désespéré.

    Dans l’intimité du palais, pourtant, un autre homme survivait. Souvent, il prenait le temps et s’asseyait à même le sol pour jouer avec ses enfants, laissait leurs doigts s’emmêler dans sa barbe, riait parfois, comme si la joie lui arrivait par erreur. Il leur racontait des histoires de héros anciens, omettant soigneusement les monstres, car il savait trop bien que certains naissent de l’amour contrarié. Ces instants étaient des îlots. Il les savourait avec la gourmandise de ceux qui savent que tout peut s’effondrer.

    Mais la nuit, Roxana revenait… Pas en chair, mais en absence brûlante. Elle hantait ses pensées avec une constance cruelle. Il imaginait ses pas solitaires, son regard durci, cette éternité qu’il lui avait laissée comme on jette quelqu’un dans la mer en espérant qu’il sache nager. Autrefois il la priait, maintenant il la rêvait.

    Après son départ, Arès avait demandé à ses espions de la surveiller. Ainsi, les rapports arrivaient, scellés de cire noire. Ils parlaient de villages réduits au silence, de maisons éventrées, de corps exsangues laissés comme des avertissements. On murmurait un spectre, une déesse déchue, une furie nocturne. Arès lisait ces mots sans trembler, mais son cœur, lui, se fissurait un peu plus à chaque ligne. Il reconnaissait sa colère. Il reconnaissait sa souffrance. Et surtout, il reconnaissait sa faute.

    Il n’ignorait pas que le monde la façonnait en monstre à force de la traquer. Et il savait, avec une lucidité qui le rongeait, que chaque village détruit était une lettre qu’elle lui écrivait avec du sang.

    Il resta roi. Il resta père. Il resta époux.

    Mais en lui, quelque chose s’aiguisait lentement, une certitude sombre : on ne tient pas indéfiniment un homme par le chantage quand il n’a déjà plus rien à perdre.

    En attendant, les affaires du royaume continuaient. Et en ce huitième mois, un soulèvement violent dans l’ouest perturbait l’économie de Byzance. Tous ses généraux avaient faillis ou disparu dans le désert. Ainsi donc, Arès avait quitté Byzance bardé d’hommes pour mettre fin à une rébellion née aux confins des routes marchandes, là où la belle-famille de la reine voyait ses caravanes disparaître comme avalées par le sable. Une affaire de prestige, de contrôle, de sang à verser pour rappeler qui commandait. Il avait accepté sans discuter. Gouverner, désormais, signifiait obéir autrement.

    Mais le désert n’obéissait à personne.

    Les rebelles ne livraient pas bataille. Ils harcelaient. Ils frappaient la nuit, empoisonnaient les points d’eau, disparaissaient à l’aube comme des mirages malveillants. Ils connaissaient chaque dune, chaque faille, chaque souffle de vent. Les soldats d’Arès, alourdis par leurs armures et leur discipline, avançaient comme des statues promises à l’ensevelissement. La chaleur brûlait les poumons, la soif rendait les hommes nerveux, cruels, prompts à la panique.

    Mais Arès tint. Il tenait toujours. Même s’il sentait qu’une faille allait surgir.

    Une nuit, après une embuscade mal repoussée, il s’éloigna du camp, cherchant le silence pour ne pas entendre les gémissements des blessés. Le sable était froid sous ses genoux lorsqu’il s’agenouilla, écrasé par une fatigue ancienne plus vieille que cette guerre, plus vieille que ce règne. C’est alors qu’il la sentit.

    Avant de la voir, il reconnut son odeur, celle du fer, de la poussière, de la nuit. Son cœur se cabra comme un cheval blessé. Lorsqu’il releva la tête, elle était là, à quelques pas, silhouette décharnée drapée de haillons, cheveux emmêlés, peau marquée par la faim. Ses yeux brillaient d’un éclat terrible, presque animal. Sa peau immaculée était brûlée de par et d’autres.

    Roxana.

    Elle le regardait comme on regarde une proie… ou un souvenir trop douloureux pour être touché. Arès se leva lentement, oubliant le désert, la rébellion, la couronne. Ne pensant pas à un instant qu’elle pourrait être un piège. Tout son être se réduisit à cette vérité nue, celle qu’une fois encore, sa route rejoignait la sienne.

    Ironiquement, dans ce silence suspendu, le désert ne l’avait pas conduit à une bataille mais à son péché.

    — Rox.. Rox, murmurait-il en s’approchant d’elle qui tombait à la renverse, Roxana, c’est moi.. Par tous les dieux.. Que t’est-il arrivé ?

    Il la rattrapa avant que son corps ne heurte le sable, et la légèreté effroyable de Roxana le frappa de plein fouet. Elle ne pesait presque rien. Comme si le désert avait déjà commencé à la réclamer. Il craignait que pendant son absence, son épouse en aie profité pour s’en prendre à elle. Mais pour le moment, il n’avait pas le temps de réfléchir et encore moins de la haïr.

    Arès la serra contre lui, sentant sous ses doigts la peau brûlante, trop chaude, trop sèche, elle d’ordinaire si glaciale. Elle haletait faiblement, ses lèvres craquelées cherchant l’air comme une supplique muette. Les récits de ses espions lui revinrent alors avec une cruauté nouvelle : villages rasés, corps vidés, errance sans fin. Elle avait tenu trop longtemps. Et désormais, elle n’était plus une reine déchue ni une déesse lunaire seulement une affamée au bord de l’abîme. Avait-elle cherché à en arriver là ?

    Il comprit avant même qu’elle n’ouvre la bouche.

    — Non… souffla-t-il pour lui-même, la gorge nouée ravagé par la colère. Pas comme ça. Pas seule. Je t’interdis de disparaître aussi égoïstement.

    Lorsqu’elle remua, ce fut d’un geste brusque, presque violent. Il sentit que ses doigts griffaient sa tunique, son visage se crispa, et dans ses yeux passa l’éclair de la bête. Elle devait sans aucune doute sentir son sang. Il le sut à la façon dont tout son corps se tendit.

    — Reste tranquille, tout va bien..

    Il ne recula pas malgré le danger. Une fois sous sa tente, tranquillement installé, il posa son front contre le sien, ignorant la peur, la morsure annoncée ou la mort possible. Mourir ici, dans le sable, vidé par celle qu’il aimait ? C’était un sort infiniment plus doux que de la voir s’éteindre.

    — Bois, ordonna-t-il d’une voix basse, ferme, presque douce en lui tendant son poignet. Je t’en prie… bois.

    Arès vit ine ultime trace d’humanité luttait encore en elle. Cela le brisa davantage. Mais ce n’est pas comme s’il allait lui laisser le choix, il tira la lame courte qu’il portait toujours à la ceinture. Un geste net, précis et le sang jaillit aussitôt, sombre et chaud, et l’odeur fendit l’air comme un appel jusqu’à enfin presser son poignet contre ses lèvres.

    — Bois. Prends-moi. Je m’en moque.

    Quand ses crocs s’enfoncèrent enfin, la douleur fut vive, fulgurante mais Arès ne cria pas. Il ferma les yeux, accueillant la brûlure comme une absolution. Chaque gorgée qu’elle prenait l’arrachait un peu plus au monde des vivants, et pourtant, jamais il ne s’était senti aussi certain de son choix.

    Il la soutint jusqu’au bout, jusqu’à ce que sa prise se fasse moins désespérée, jusqu’à ce que ses tremblements cessent. Elle semblait se rassasier, se régaler. Arès croyait voir une lionne se repaître d’un festin ce qui le fit sourire. Son regard croisa le sien, il était encore trouble, mais vivant.

    — Voilà, murmura-t-il en vacillant un peu à cause du sang qu’elle buvait à profusion. Tu vois… même le désert… n’a pas réussi à nous séparer.

    Et s’il devait s’effondrer ici, qu’importe. Elle respirait encore. Et cela suffisait.

  196. Avatar de C.
    C.

    Elle avait repris chair, puissance, insolence. Le désert, qu’il avait cru être son tombeau, n’avait été qu’un creuset. Roxana en sortait affamée de monde, dangereusement vivante. Il demeura immobile, près de ses hommes, le corps droit mais l’âme déjà à genoux.

    A chaque pas qu’elle faisait, réveillait en lui une mémoire ancienne, celle qu’il avait tant et tant aimée. Les brûlures avaient disparu de sa peau comme si la souffrance n’avait jamais existé. Ne restaient que la robe en lambeaux, les courbes offertes sans pudeur, et cette aura nouvelle, écrasante, presque sacrée. Quand elle parla, Arès sentit la morsure de la vérité avant même d’en comprendre le sens. La rage qui la consumait vibrait dans l’air, lourde, sensible. Et il perçut sa propre inquiétude, non pas la peur de mourir de ses crocs, mais celle de la perdre à nouveau, autrement. De la voir devenir ce qu’il avait toujours redouté : une souveraine sans frein, sans amour pour l’entraver.

    Lorsqu’elle tourna autour de lui, ses doigts frôlant sa chair, Arès ne bougea pas. Son cœur battait trop vite, traître, heureux malgré tout. Être encore désiré par elle, même sous cette forme terrible, avait quelque chose d’indécent et de grisant.

    Lorsqu’elle énonça sa sentence il ne protesta pas. Au contraire, il y lut une stratégie claire, froide, implacable. Roxana ne fuyait plus. Elle avait le désir certain de vouloir attaquer. Elle ne cherchait pas seulement à survivre… mais à régner. La mort du soldat fut rapide, absurde, définitive. Un claquement sec, une vie qui s’éteint comme une lampe qu’on souffle. Arès serra les mâchoires. Le roi en lui prit note. L’amant, lui, ne vit que l’éclat de ses yeux lorsqu’elle revint vers lui, ils se désiraient toujours aussi ardemment. Comme si leurs destins n’étaient liés qu’au feu et au sang.

    Pendant qu’elle parlait de villes à genoux, de routes à conquérir, de sang et d’or comme d’un jeu à reprendre, lui fantasmait et repensait à leur première fois lors d’un pillage, ce qu’elle dû ressentir car quand elle disparut vers sa tente, Arès sentit alors le poids de ses choix s’abattre sur lui avec une clarté brutale. Il n’était plus roi ici. Il était l’enjeu. Il donna des ordres à ses hommes, leur donnant l’autorisation de fuir s’ils le souhaitaient. Arès savait que la fidélité ne se gagnait pas par la force mais par la confiance.

    Une fois dans la tente, il la retrouva dos à lui, nue, indomptée, effaçant les traces du carnage comme on balaie un seuil. Son cœur s’emballa, honteusement vivant. Il écouta sa voix, moqueuse, dangereusement tendre, et comprit qu’elle jouait. À ses mots, il ne recula pas pour autant.

    Elle parlait de ne plus perdre, de ne plus plier, de reprendre ce qu’on lui avait volé. Et quand elle déclara qu’il était à elle, Arès sentit une vérité ancienne se refermer sur lui comme une prophétie accomplie.

    Brûler le monde.

    Il aurait dû la contredire. Il aurait dû la raisonner, la freiner, l’arrêter.
    Mais face à elle, face à cette reine née du désert et de la trahison, Arès sut une chose avec une clarté effrayante :

    S’il fallait choisir entre le monde et Roxana, le monde n’aurait jamais eu la moindre chance. Alors voilà, il prenait son destin en main. Et peu importe le quand dira-t-on. Ils étaient liés par bien plus puissant que la réalité.

    — On est seul désormais. Plus besoin de jouer la comédie.

    Il laisse échapper un soupir de satisfaction avant même de capturer ses lèvres. Son baiser n’a alors rien de doux. Arès dévore littéralement sa bouche avec voracité. Il ne peut plus, non, il ne veut plus se retenir. Plus rien ne peut l’arrêter tant il a envie et besoin d’elle. Son corps s’échauffe, ses instincts de possession aussi vieux que le monde le gouvernent. C’est animal, puissant, ardent. C’est toujours aussi intense avec Roxana, mais il ne veut plus laisser taire ses désirs.

    L’embrasser, la serrer contre lui est transcendant. Sa bouche et sa langue se font toujours intense et il sent son membre prendre de l’ampleur lorsqu’elle se plaque contre lui. Ses mains quittent ses joues pour rejoindre ses formes qui épousent toujours aussi bien les siennes. Après avoir finit de dénouer sa crinière d’ébène, il reprend son souffle pour contempler cette beauté funeste. Elle est si belle. Les pointes de ses seins dardent vers lui, le narguant littéralement. Il en effleure le bout soigneusement alors que sa bouche embrasse son cou glacé.

    — Je suis à toi, souffle-t-il au creux de son oreille, tu possèdes mon âme.. Tu n’as rien besoin de réclamer.. Tout t’appartiens..

    Il aime voir les frissons qui parcourent son corps lorsqu’il la caresse ainsi. Alors, sans attendre, il tombe à genoux devant elle, tel un pénitent devant sa déesse. Il embrasse son ventre et de sa main libre constate qu’elle est déjà trempée. Ils se désirent tous les deux, de la même manière, intensément. Plus que tout. Le monde pourrait s’écrouler qu’il n’arrêterait pas de poser ses mains et ses lèvres sur elle.

    — Tu es si belle, souffle-t-il entre deux baisers, rien à foutre du reste du monde.. c’est toi Rox.. Uniquement toi.. Toujours et pour l’éternité..

    Son parfum exacerbe ses sens et le rend fou. Il lève les yeux dans sa direction et approche enfin ses lèvres contre son sexe pressé de la dévorer. C’est par de multiples baisers, caresses avec sa langue qu’il la conduit aisément dans ce monde bien plus sensuel et jouissif qui n’appartient qu’à eux. Lorsqu’il la sentit tremblante et prête à chavirer sur le sol, il la rattrape de justesse. Il l’embrasse de nouveau, la presse contre lui pour qu’elle sente son excitation et son désir.

    — Tu vois l’effet que tu me fais, gémit-il à son oreille.

    Elle est là et c’est ce qui compte, pense-t-il. Il se fiche qu’elle mette feu et à sang tout ce qu’il a construit. Il ne rêve et ne désire qu’elle. En voyant ses pupilles dilatés de la sorte, il ne se retient plus. D’une main sur la nuque et la soulevant de son autre bras et l’allonge à même le sol où il la pénètre d’une poussée puissante. Et enfin, aller et venir avec cette ferveur presque animale et passionnante qui le fait grogner.

    — Putain.. C’est.. C’est si bon..

    C’est toujours aussi intense, toujours aussi bon. Sa tête prend feu, son bassin s’enflamme. Il glisse sa main contre sa cuisse et la soulève contre sa hanche amplifiant de la sorte ses mouvements en elle. Il se colle à elle, la cloue sur le sol de son corps, la domine totalement même s’il sait pertinemment qu’elle peut le briser en deux secondes. Mais là, il s’enfonce en elle, plus fort, plus fort encore.

    — Rox.. Putain.. Roxxx…

    Il accélère la cadence, la pilonne littéralement en venant agripper sa crinière qu’il serre fermement pour atteindre son cou. Cette fois-ci, c’est lui qui la mord. Aussi brutalement qu’elle l’a fait pour lui quelques heures plus tôt. Il se perd en elle fortement comme il l’aime.

  197. Avatar de C.
    C.

    Arès demeura silencieux longtemps après ses aveux. Le désert, dehors, semblait s’être rapproché, comme s’il écoutait lui aussi, retenant son souffle sous la toile de la tente. Il était étendu sur le tapis, le corps encore chaud, bouillonnant encore de ce plaisir si primitif qui l’emplissait à chaque moment aussi intime. Il était satisfait, simplement heureux. Finalement, il n’avait besoin que de ça. Une tente, Roxana, de quoi manger et boire. Peu importe le trésor, il l’avait contre lui et c’était tout ce qu’il souhaitait. La liberté d’être auprès d’elle.

    Mais lorsque le nom de Léon résonna, Léon, l’enfant fidèle, l’ombre dévouée, celui à qui il avait confié Roxanna comme on confie ce qu’on a de plus précieux. Arès ferma les yeux un instant. Il n’y avait pas de colère en luià seulement une tristesse si vaste qu’elle semblait pouvoir engloutir la nuit entière. Il comprit, avec une lucidité cruelle, que ce meurtre n’était pas né de la cruauté mais d’un débordement, d’un trop-plein de solitude et de damnation.

    Lorsqu’elle parla de ce frère, de cette malédiction partagée, Arès sentit le fil du destin se tendre davantage encore. Les dieux n’avaient pas fini de jouer avec elle. Il pensa aux oracles, aux astres, à toutes ces vérités qu’on lui avait jadis murmurées et qu’il avait cru pouvoir dompter par sa puissance militaire, par ses richesses, mais il avait eu tort. Certains destins ne se gouvernent pas, ils se subissent.

    Quand Roxana posa sa main sur son bras, il tourna son visage vers elle et la regarda. Il la vit telle qu’elle était réellement, non pas une reine sanguinaire, non pas une bête mythique, mais une âme fracturée qui se battait encore pour rester humaine. Et cette lutte-là, il la reconnut intimement. Lui aussi avait appris à gouverner avec une part de monstre tapie sous la couronne.

    À ses derniers mots, Arès sentit quelque chose se sceller en lui. S’il était la lumière qui la retenait au bord de l’abîme, alors il accepterait d’être consumé. S’il devait devenir sa chaîne pour l’empêcher de sombrer, il s’en ferait un honneur.

    — Es-tu entrain de sous-entendre que je ne suis pas qu’un simple prisonnier, répliquait-il avec une bonhomie qui lui appartenait bien, je suis un prisonnier de valeur..

    Il porta lentement sa main sur celle de Roxanna, la serra avec une douceur presque douloureuse et, sans parler encore, lui offrit ce qu’il avait toujours su donner mieux que des promesses : une présence inébranlable. Arès lui offrait son sourire en coin, celui qui était détendu et jovial. Il n’avait pas peur. Il n’avait d’ailleurs peur de rien si ce n’est la perdre. Aussi, il reprit son masque de vantardise, juste pour la détendre et la faire sourire.

    S’allongeant sur le ventre, collé contre elle, il déposa de tendre baisers sur ses seins, son cou, sa gorge avant de remonter sur ses lèvres. Sa main caressait tendrement sa joue.

    — On y arrivera, dit-il d’une voix calme et confiante, je sais qu’on y arrivera car nous sommes ensemble.. Et c’est le plus important. J’ai eu la vanité de croire qu’un royaume te rendrait heureuse mais je comprends bien que c’est moi et ma queue bien humaine..

  198. Avatar de C.
    C.

    Arès ne dit rien tout de suite. Il observe la scène avec cette lucidité terrible qui précède les choix irréversibles. Le désert, la poussière, les hommes armés, tout cela lui semble soudain dérisoire face à ce qui se joue réellement. Il voit Julius à genoux. Un colosse romain réduit à l’état de suppliant, non par la force, mais par la volonté d’une femme que l’Histoire refuse encore de nommer reine. Et il comprend, dans un frisson froid, que Roxana a appris à dominer. Et qu’elle aime ça. Elle le revendique.

    En attendant, ce n’est pas la peur qui le saisit. Arès a trop vu la mort pour cela, mais une forme de vertige. Dix ans plus tôt, il avait rêvé d’un monde à leurs pieds comme d’une chimère amoureuse, une folie de jeunesse murmurée dans l’ombre des temples. Aujourd’hui, ce rêve se tient debout devant lui, tangible, dangereux, magnifique. Et il porte le visage de la femme qu’il aime. Enfin, il croise son regard. Elle ne cherche ni approbation aveugle ni indulgence. Elle lui offre la vérité nue, brutale, sans fard.

    Elle lui offre ce qu’elle est devenue, tout simplement.

    Il sent alors le poids de sa propre responsabilité lui écraser la poitrine. En l’aimant, en la protégeant, en la perdant puis en la retrouvant, il a nourri la bête autant que la femme. Il n’y a plus d’innocents ici, surtout pas lui. Un murmure surgit et traverse les soldats. Certains sont fascinés. D’autres horrifiés. Arès sait reconnaître cet instant précis où une armée peut encore être tenue ou bien définitivement perdue. S’il hésite, il sera renversé. S’il condamne Roxana, il se condamne lui-même.

    Il met pied à terre lentement. Chaque geste est mesuré, presque cérémoniel. Il s’avance vers Julius, toujours à genoux, la nuque offerte. Arès se souvient de Léon. De la fidélité. De la faute. Du sang déjà versé.

    Alors il parle, enfin.

    — Julius.. Tu m’as fidèlement accompagné pendant toutes ces années et j’ai une confiance certaine en toi. Mais tu dois comprendre que la vie est faite d’alliances, de démons et de choix, dit-il d’une voix très calme si calme qu’elle ne peut être discutée, en portant la main sur Roxana c’est comme si tu me giflais aussi.

    Sa main, ferme, venait à son tour se poser sur la crinière du soldat alors que son regard bleu et menaçant l’observait avec pitié.

    — Tu as encore la possibilité de jurer fidélité. Mais si tu désobéis aux ordres que je t’ai donné, tu ne seras pas puni par la mort mais l’exil.
    — Tu es complètement fou, ricane amer Julius qui tremble sous son maître, tu es complètement fou et tu vas nous mener à la ruine.
    — Peut-être, mais au moins j’aurais essayé.

    Arès reste calme. Il se tourne même vers Roxana et dans ses yeux, elle peut voir qu’il n’y a ni reproche ni aveuglement. Seulement cette reconnaissance grave et brûlante, celle qu’elle est devenue une force que même les dieux regarderaient avec prudence. Et s’il doit être son roi, son prisonnier ou son contrepoids, alors il l’assumera jusqu’au bout. Il finit par reporter son attention sur Julius, lui demandant, le suppliant presque même de lui donner une réponse.

    — Je ne resterais pas auprès de cette chienne, dit-il avant de cracher en direction de Roxana, qu’elle aille en enfer et que les dieux aient pitié de toi Arès.

    Un long et profond soupir s’échappe des lèvres du Roi qui finit par se redresser. Il fait signe à Roxana de libérer son prisonnier et alors que Julius se redresse en continuant d’inonder de violence la jeune femme, Arès dégaine son épée et violemment l’enfonce dans sa tête. Un bruit d’os éclate, des giclées de sang asperge l’assemblée qui pousse un cri d’effroi devant la scène inattendue. Mais ce n’est rien face au cri de guerrier barbare de Arès.

    Lui qui quelques minutes plus tôt était d’un calme olympien, semblait avoir laissé le Dieu de la guerre resurgir. Couvert de sang, tremblant d’une colère sauvage, il regard le corps décharné de Julius éventré sur le sol, sans regret. Il avait conscience que cet acte allait bouleverser beaucoup de choses, mais il savait aussi que sa légitimité et sa loyauté serait toujours pour Roxana.

    — Donnez le reste aux vautours, dit-il d’une voix basse avant de tourner le dos à ses hommes qui s’exécutèrent.

    Puis, il prit le chemin vers le petit ruisseau non loin et lava son épée avant de se mettre nu. Il s’aspergea, se nettoyant en priant silencieusement. Très vite, il sentit le regard de sa bien aimée derrière lui et la laissa faire. Passant l’eau dans sa crinière qu’il rejeta en arrière, il finit par se retourner face à elle. Nu, dans le désert qui gardait des couleurs chaude malgré la soirée, il posait ses iris brillant sur elle. Une fois qu’elle se fut approchée de lui, il agrippa son menton fermement entre ses doigts et ordonna :

    — N’use jamais de ce pouvoir sur moi, compris ?

    Il était sérieux, ferme et presque sévère alors que sa main libre dénouait la frêle robe qu’elle portait.

    — Et n’écoute plus aux portes, reprit-il en embrassant passionnément ses lèvres d’un baiser furieux, je sais ce que je dois faire pour tenir mes hommes. Et je ne veux plus avoir à en tuer. Même si je tuerais l’Humanité pour toi.

    Pendant qu’il la sermonnait, ses doigts caressaient la courbe délicieuse de son sein jusqu’à descendre entre ses cuisses. Ses dents mordaient avec délice sa lèvre inférieure, puis son cou alors que ses doigts la possédaient. C’était bien trop intense, bien trop furieux. A chaque fois que la mort rôdait, ils ne pouvaient s’empêcher de se retrouver, comme si en s’unissant, ils la repoussaient totalement.

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    C.

    Arès aime pouvoir contempler à son réveil le reflet brillant des cheveux noir de Roxana. Il y a comme quelque chose de magique. Comme si la nuit persistait et qu’il était envoûté par la beauté inquiétante et sensuelle de l’obscurité. Ses doigts passaient dans sa crinière et il l’écoutait d’une oreille distraite, encore engourdi par les plaisirs ravageurs de la veille. Quand soudain, la proposition si soudaine de la jeune femme le laissa perplexe.

    — Tu veux qu’on.. Mais enfin Rox.. Tu ne crois que pas cette proposition est quelque peu.. Ridicule ?

    Mais alors qu’il se rendait compte de la violence de sa réponse, il vit aussitôt les iris sombre de son amante devenir aussi noire que le chaos. Très vite il se redressa et l’empêcha de fuir leur couche. Secouant la tête pour essayer de remettre rapidement ses idées en place, il répliqua d’un ton empressé.

    — Non, je ne voulais pas dire ça comme cela. Je te demande pardon..

    Il insista pour la garder contre lui et même si il sentit qu’elle résista un instant, il put finalement la tourner face à lui et lui faire face. Ses doigts tenaient son menton alors qu’il lui demandait de le regarder dans les yeux.

    — Ne ronchonne pas petit chaos, s’amuse-t-il à répliquer amusé en déposant un baiser sur ses lèvres boudeuse, je me suis mal exprimé en disant que pour moi il n’y avait pas besoin d’officialisation ou même de cérémonie puisqu’il n’y a toujours eu que toi.

    Arès était un militaire, il allait toujours au fait. Enlaçant le corps encore vexé de Roxana, il puisa dans ses forces qui l’avait toujours conduit à la réussite. Car, toute bataille avec la jolie jeune femme finissait toujours par ce point sensible qui la faisait battre en retraite. Posant ses lèvres brûlante sur sa peau de glace, il ne pu s’empêcher de la caresser comme si de rien n’était pour l’amener sur son chemin. Il aimait sentir qu’elle se réchauffait lentement, légèrement sur le passage de ses caresses. Elle était aussi un véritable bonheur dans la chaleur suffocante du désert. Une rafale de vent de sable fit bouger le tissu de leur tente et lui donna enfin l’impulsion d’ouvrir son coeur.

    — Quand je t’ai déposé dans ce caveau j’ai réalisé un serment.. un vieux serment que j’ai vu enfant. Il s’agit du serment des mains. Léon disait que j’étais fou, que cela ne servirait à rien puisque tu étais morte mais.. mais tu me connais, je suis aussi têtu que toi.

    Son léger rire faisait tressauter le corps de Roxana contre lui, lui permettant enfin d’atteindre ses lèvres.

    — Il consiste à unir nos mains et citer une phrase solennelle qui nous lie, corps, sang et âme. Roxana, tu es ma première épouse et tu resteras toujours l’unique.. L’usurpatrice sur le trône n’est rien de plus qu’un mariage arrangé que j’ai gardé sous le coude pour faire prospérer ton royaume et.. et mettre en sécurité mes enfants. Mais tu es et tu resteras toujours ma femme.

    Se penchant sur le lit, il arrache fermement un bout de drap et vient l’enrouler autour de leurs mains qu’il unit.

    — C’est à moi désormais de te demander si tu es d’accord pour continuer à lier ta vie à la mienne.

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    C.

    Un profond grognement s’échappe des lèvres de Arès lorsqu’il entend ses hommes l’appeler. A croire que le destin ou quelconque force suprême au-dessus d’eux ne voulaient leur laisser aucun répit, aucun moment de simple bonheur. Sans perdre de temps, il enfile simplement un pantalon de lin et prend son épée en donnant l’ordre à ses hommes de se mettre en position de combat.

    — Tu restes ici, ordonne-t-il à Roxana, le soleil est à son zénith et je refuse de prendre le risque de te voir souffrir. Je t’appellerais si vraiment j’en ai besoin, promis ?

    Il agrippe fermement son visage et lui donne un baiser empressé avant de murmurer avec émotion avant de s’éclipser :

    — Ma femme..

    Enfin, il sort en courant dans le désert brûlant et lance son inimitable cri de guerre rejoint par ses fidèles hommes. Le fait qu’il charge ainsi sur cette troupe qu’il commandait autrefois sème la confusion. Beaucoup s’arrêtent en chemin et se mettent à douter des ordres de la Reine. Arès voit la confusion et en profite pour cesser sa riposte.

    — Mon roi, l’interpelle un soldat qui descend de son cheval pour s’agenouiller face à lui, nous ignorions qu’il s’agissait de vous.. La Reine nous a envoyé vous retrouver.
    — Me retrouver ou m’assassiner ?

    L’homme en question se relève, un sourcil froncé ne comprenant pas la félonie des mots de son Roi, quand soudain, un soldat masqué pousse un cri féroce et se jette sur Arès. Heureusement, malgré son âge, Arès reste un militaire qui s’entraine et qui n’a pas peur du corps à corps. S’ensuit une lutte vaillante et intense dans le désert entre les deux hommes. Arès sait qu’il n’a pas le droit à l’erreur puisqu’il ne porte aucune armure, contrairement à son rival.

    Les coups pleuvent mais ses hommes respectent le cercle de combat qui s’est créé autour de cette rixe. Personne n’entrera, il s’agit d’un combat à mort entre deux hommes. Deux honneurs à rendre. Arès reconnait l’homme qui l’assaille et connaît aussi ses faiblesses, alors il attaque, sans aucune retenue. Mais c’est la même chose que son adversaire qui en profite pour l’insulter et le maudire.

    — Si cela peut te rassurer, nous sommes déjà tous maudits.

    Le Roi ne peut s’empêcher d’être ironique, surtout lorsque la mort le provoque de la sorte. Mais l’homme est plus jeune, plus fort et plus endurant. Ce qui faisait la force de Arès autrefois risque de lui porter préjudice. Il trébuche sur une pierre et se cogne la tête qui l’assomme deux secondes, ce qui est suffisant pour recevoir un coup d’épée dans l’épaule le faisant hurler de douleur.

    Le sang fuse et la douleur l’irradie. Au moment où il crie, il sait que Roxana ne tiendra plus longtemps dissimulée dans la tente, aussi, il profite qu’elle sème la terreur pour faire une roulade en avant et enfoncer son épée dans le dos de son adversaire qui tombe sur les genoux.

    — Rox ! Tout va bien !

    Mais difficile de contenir la furie qu’est son épouse. Peut-il seulement lui en vouloir ? Après tout, lui-même aurait désobéi. Il finit par la stopper, malgré son épaule en sang et la supplie de rentrer à l’abris.

    — Mon Roi ! C’est elle que nous venons chercher, explique l’homme qui s’était prosterné devant lui, la Reine ne demande qu’à récupérer la femme.
    — Il faudra me passer sur le corps soldat.
    — Majesté, vous êtes sous son charme le plus total. Vous divaguez.

    Arès rit même s’il blêmit à cause de la perte de sang. Il reste malgré tout digne en tenant fermement la main de Roxana dans la sienne. Observant la troupe d’hommes devant eux, une vingtaine environ, il essaie de semer à son tour la zizanie dans leur esprit.

    — Je suis sous son charme en effet car il s’agit de mon épouse. La femme que vous voyez n’est autre que votre déesse.. La déesse de la lune ! Et vous osez bafouer la voix divine ! Pauvre sot ignare ! Ne vous ai-je pas offert richesses, prospérité et savoirs ? Avez-vous donc oublié les respects que vous devez à votre déesse ?

    S’il a plus de difficulté qu’avant à manier les armes, aujourd’hui, sa verve est d’autant plus exceptionnelle, si bien qu’il manipule avec aisance les foules.

    — La Reine a vendu son âme aux démons et vous préférer la croire ? Vous ignorez avec une franche sincérité et cela me désole pour vous !

    Arès offre un regard en coin à Roxana, celui qui signifie « laisse moi faire ». Embrassant sa paume de main devant tous ses hommes, il se prosterne à ses genoux et récite les prières qui ont été créé pour elle. Une ferveur religieuse secoue tout le campement qui soudainement se met à genoux devant elle. Ils prient littéralement en l’honneur de Roxana.

    Mais alors qu’ils sont en pleine prière, au loin, surgissent des soldats qui ne sont pas apparentés à la garde de Arès. Ils avaient observé la scène avant de finalement décider d’attaquer. Il s’agissait de soldat envoyé par le beau-père de Arès à la demande de sa fille. En entendant le pas des cavaliers au galop, Arès se releva aussitôt et reprit son rôle de chef avec une vigueur dopée par son adrénaline.

    — Là j’ai besoin de toi Roxie, dit-il avec un sourire amusé à la jeune femme, prête pour ton festin du jour ?

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    C.

    Malgré les menaces, malgré la peur qui grouille dans le ventre de ses hommes, malgré la mort omniprésente, Arès se sent bien. Il se sent dans son élément, comme à la maison. Alors qu’ils viennent de finir d’installer leur campement pour la nuit, il discute avec certains de ses hommes près du feu. Ils parlent de vieilles croisades, ils écoutent leur chef énoncer de vieilles légendes qu’il invente. Il continue, malgré son âge avancé, à galvanisé le coeur de ses guerriers au nom de sa déesse.

    Lorsque son regard croise celui de la jolie brune, il ne peut s’empêcher de lui offrir un tendre sourire. Il sent que ce lien invisible qui les unis les revitalise l’un comme l’autre. Elle, semble oublier sa peur, quand lui se sent de nouveau complet.

    La route pour Byzance est lente. Arès fait exprès de prendre son temps, cela fait parti de son plan. Il veut que les rumeurs imprègnent la cité. Il veut que la Reine prenne peur, se consume de terreur en imaginant la troupe qui vient jusqu’à elle. En bon militaire, il ne se hâte pas et va même à la rencontre de certaines tribus fidèles à son nom. C’est ainsi qu’ils rencontrèrent les Araméens, les Chaldéens et enfin les Akkadiens. Tous répondirent favorablement à la demande de Arès et tous reconnaissaient en Roxana la déesse de la lune.

    Cette entreprise, Arès la soignait avec perfection. Toutes ces années de diplomatie, d’écoute, de bienveillance et de prospérité était en train de jouer en sa faveur. Roxana pouvait voir qu’ils étaient accueillis avec les égards dû à un Roi mais aussi un ami.

    Un soir, alors qu’ils finissaient de dîner chez un ami, le roi Sargon II, Arès et Roxana marchaient tranquillement dans les jardins. Le dîner avait été fastueux et leurs hôtes avaient célébré avec honneur Roxana.

    — Bientôt le monde ne voudra que de toi, s’amusait à badiner le roi conquit par sa compagne, tu ne m’avais pas dit que tu étais aussi érudite. Aurais-je épousé une madame-je-sais-tout ?

    Profitant d’une alcôve dans le jardin, il prit discrètement la main de Roxana et l’attira dans les fourrés pour pouvoir l’embrasser à loisir. Ses mains et ses lèvres étaient empressées. Ils n’avaient pas eu de moment d’intimité depuis quelques jours et il avait besoin de se retrouver en elle. Mais alors qu’il terminait de délacer les lacets de sa robe, un bruit derrière lui attira son attention. Aussitôt, il s’arrêta et posa son index sur les lèvres de la jolie brune pour l’inciter au silence le plus total. Son autre main, posée sur sa dague, il fit un pas en arrière discret et sentit le souffle d’une présence derrière l’épaisse végétation.

    Ce fut rapide, un mouvement presque irréel dans l’obscurité, mais Arès réussit à désarmer l’assaillant et le plaquer au sol.

    — Qui es tu chien ?

    Mais un rire s’échappa des lèvres de l’inconnu. Un rire que Arès reconnut très bien et qui le fit se redresser.

    — Alistair ? Bordel de merde.. Qu’est-ce que tu fais ici ?

    Il l’aida même l’homme à se redresser et se mit à rire avec lui en même temps. Deux frères se retrouvaient, deux amis d’enfance qui ne s’étaient pas vu depuis des années.

    — Tu es tellement prévisible. Emmener les filles dans les fourrés. Ne sais-tu pas que tu n’as plus vingt-ans ?
    — Cesse donc tes mesquineries abruti, répliqua Arès hilare et embarrassé avant de le relâcher, que fais-tu donc ici en Mésopotamie ?

    L’homme en question, Alistair, était un homme du Nord. Arès l’avait rencontré plus jeune quand il vivait encore à Rome. Alistair était un esclave venu des pays nordique, il était au service de la famille de Arès. Ils avaient grandit ensemble et s’étaient engagés ensemble dans l’armée. Mais leur destin respectifs avaient décidés de les séparer et quand Arès fit sa révolte, Alistair repartit dans son royaume lointain à la recherche de sa famille.

    — Comme promis je venu te chercher, répliqua finalement Alistair qui ne pouvait s’empêcher de reluquer Roxana sans se douter de qui elle était, on dit dans toute la Méditerranée que tu t’es entichée d’une sorte de déesse.. Mais je crois surtout que tu fais toujours le tour des bordels.

    Arès riait, amusé. Il savait que Alistair était lourd, un homme au franc-parler très voire trop confiant qui souvent lui a joué des tours. Mais il lui faisait une confiance aveugle et il savait que Roxana saurait parfaitement se défendre devant lui.

    — Je serais toi vieux frère.. Je serais vigilant sur ce que tu dis de mon épouse.

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    C.

    Retrouver Alistair à cet instant précis est presque un miracle. Les deux amis ne se quittaient déjà plus. Arès avait été quelque peu embarrassé quand il avait raconté à Roxana ses exploits peu glorieux de jeunesse. Mais heureusement, elle ne semblait pas lui en tenir vigueur. Ils étaient aussi complice que par le passé et cela redonnait une lueur d’espoir dans les songes du blond. Enfin, finalement, quand Roxana les quitta, Alistair redevint quelque peu sérieux.

    — Tu n’as pas été facile à trouver, admettait enfin l’aventurier en resservant du vin fruité, tu as toujours eu le don de t’acoquiner des causes impossibles.
    — Je sais. Mais celle-ci est ma femme et n’oublie pas qu’il s’agit d’une déesse.
    — Arrête ce vieux discours Arès. Je sais qui elle est et ce qui la poursuit. C’est une chance pour toi qu’elle ne t’ai pas encore dévoré.

    Arès était surpris que son ami connaisse visiblement bien la malédiction de son épouse. Il le questionna et ce dernier lui avoua qu’il avait été envoyé par un groupuscule secret qui l’avait engagé pour ramener Roxana dans une antre toute aussi secrète. Il avait été payé très cher pour cette mission. Aussitôt, Arès voulu dégainer son poignard de son fourreau mais son ami l’arrêta aussitôt se voulant rassurant.

    — Un mercenaire, voilà ce que tu es devenu !
    — Calme toi voyons. Toi et moi nous savons pertinemment que pour vivre nous devons parfois faire des choix. Aussi j’ai accepté mais pas pour les raisons que tu crois.
    — Alors pour lesquelles ? Tu me fais boire et tu me séduis comme tu l’as toujours si bien fait. Mais Roxana ne sera pas un sujet de recherches. Elle est mon épouse.
    — Peu importe qui elle est, j’ai accepté la mission uniquement pour le trésor qui m’a été promis.
    — Trésor que tu récupéreras uniquement avec la présence de ma femme, répondait cinglant Arès furieux de s’être fait berné.
    — Exactement. Mais nous pouvons très bien faire affaire, tu ne crois pas ? Un trésor qui te permettra à elle et toi de pouvoir refaire votre vie.

    Arès était méfiant. Il connaissait les fourberies de son vieil ami et ne voulait pas mettre en danger la vie de Roxana. Se penchant sur Alistair, son oeil vif malgré l’alcool déjà consommé, il lui demanda :

    — Je veux ta parole d’honneur que tu ne livreras jamais Roxana. Alistair, je suis sérieux.
    — Bien évidemment. Tu es de ma famille, de mon sang. Jamais je ne te trahirais. C’est pour ça d’ailleurs que je t’en parle au lieu de l’enlever.
    — Gare à ta carotide si tu te lançais dans ce défi.

    Les deux hommes se mirent à rire et trinquer à ce point réglé. Arès promit de discuter du sujet du trésor avec Roxana avant de questionner son vieil ami sur cette fameuse troupe secrète qui souhaitait la peau de son épouse.

    — D’après mes informations, ils sont à la recherche d’une source d’immortalité. Et pour cela ils constituent des rites anciens et païens. Je n’ai jamais assisté à leurs réunions mais quand tu en fais partie, il est souvent peu probable que tu en sortes vivant.

    Ils discutèrent un long moment durant la soirée, parlant du bon vieux temps et de tout ce qui les unissaient encore aujourd’hui. Il ne faisait alors aucun doute pour Arès que Alistair était toujours le même. Et c’était réciproque. Après avoir suffisamment bu, ils se rendirent respectivement dans leurs chambres avec l’assurance qu’ils se reverraient le lendemain. En arrivant, le blond à la marche avinée ne pu s’empêcher de contempler la succube dans son bain.

    — Hum.. Non, à peine, répliquait-il avec un sourire en coin tout en se déshabillant devant elle sans pudeur.

    Une fois dans le bain, face à elle, il poussa un profond soupir de satisfaction. La guerre était un élément qu’il aimait, mais le confort d’une chambre et d’un bain était quand même exceptionnel. Ses muscles était tendu à cause des longues heures à cheval. Aussi, il se détendait en fermant les yeux.

    — Tu as fais une excellente impression à Alistair, dit-il tranquillement la tête renversée contre le bord de la baignoire, il est certain qu’il est même amoureux de toi..

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    C.

    — La ferme, répliqua aussitôt Arès en regardant s’éloigner Roxana à toute vitesse.

    Alistair riait légèrement, mais se ravisa bien vite en voyant la mine fermée de son ami et en pensant avoir perdu son potentiel butin.

    — Tu ne vas pas à sa recherche ?
    — Crois-moi, si tu veux convaincre Roxana de quelque chose, il vaut mieux la laisser se calmer avant de négocier.

    Il passa la journée à s’occuper de ses hommes, patiemment. Son ami était sidéré de voir son ami d’enfance être aussi serein. Du moins, c’était uniquement en façade, car Arès savait pertinemment que Roxana était blessée. Comment ne le pourrait-elle pas ? Lui-même lors de leur rencontre, avait essayé d’utiliser ses dons à des fins pécunières. Mais plus il y réfléchissait, plus lui aussi était vexé qu’elle ne lui fasse pas confiance. Tout se mélangeait dans son esprit et le soir venu, il prit la ferme décision de prendre son cheval pour la retrouver.

    — Pendant mon absence je te laisse gérer mes hommes. Je veux qu’ils continuent de s’entraîner, ne les ménagent pas.
    — Combien de temps comptes-tu partir, demandait Alistair en l’aidant à préparer sa monture, si tu me dis que Byzance était à ta recherche il vaudrait mieux attaquer le plus vite possible.
    — Nous nous occuperons de Byzance à mon retour.
    — Et concernant notre petite affaire ?

    Arès montait aisément à cheval et offrit un regard sombre à son vieil ami.

    — Tu es mon frère Alistair. Tu auras toujours ma loyauté et ma franchise mais Roxana est ma femme. Elle passera toujours en premier. Donc si elle dit non, ce sera non. Et si je dois me battre pour la protéger tu sais que je le ferais. Alors s’il te plaît, soit pour une fois de mon côté.

    D’un hochement de tête, ils se comprirent. La réussite de la mission de Alistair ne dépendait plus d’un plan mais de franchise et de cohésion de groupe. Aussi, il serra la main de Arès en lui souhaitant une bonne chevauchée.

    Il n’avait pas besoin de plan, ni même de boussole. Il lui suffisait de scruter le ciel et les signes. Roxana ne se déplace essentiellement que de nuit et fait des massacres dans des zones reculées. Il se devait donc de trouver une ville à feu et surtout à sang. Il s’arrêta rapidement tout près de leur campement. La ville avait été ravagée par son épouse mais elle avait laissé libre et en vie femmes et enfant. Aussi, cela signifiait qu’elle n’avait pas totalement abandonné son humanité. Pendant deux jours il la chercha, patiemment. Mais plus le temps passait et plus il s’inquiétait. S’il traversait aisément les ravages de sa colère, il comprit aussi rapidement qu’elle ne voulait pas qu’il la rattrape.

    Aussi, le troisième jour, il décida de bifurquer et de se rendre dans la montagne. Là, il trouva une grotte où un point d’eau se trouvait. Le soir venu, il fit un feu et se protégea du froid comme il le pu et enfin, se mit à prier.

    — Roxie mon amour, murmurait-il les mains jointes, entends mon appel et reviens moi.. Rox.. J’ai besoin que tu reviennes.. Je sais qu’au fond de toi tu m’entends. Viens, viens à moi. Je t’en conjure.

    Il attendit patiemment mais rien ne vint. Arès se sentait stupidement crédule d’avoir prié ainsi. Lui qui ne croyait en rien si ce n’est à la guerre, aux richesses et à la luxure. Très vite, le froid de la nuit du désert l’enveloppa et il s’endormit profondément près du feu. C’est plus tard, dans la nuit, qu’il entendit des murmures. Il croyait que c’était son rêve mais il n’en n’était rien. En ouvrant les yeux, il vit trois hommes au-dessus de lui qui vinrent le bloquer sur le sol. Impossible pour lui de récupérer son épée.

    — Tenez le bien bordel de merde !
    — Là, c’est bon je l’ai.

    Arès essayait tant bien que mal de se débattre mais c’était en vain. Les trois hommes étaient bien plus costauds que lui et l’avaient pris par surprise.

    — Putain de merde mais qui êtes-vous ? Lâchez-moi ! Lâchez-moi, hurlait Arès en usant de toute sa force pour se détacher d’eux.

    Voyant que leur proie était bien plus forte qu’ils ne l’auraient cru, un quatrième homme surgit et l’assomma violemment au niveau de la tête, faisant perdre connaissance à Arès. Quand il se réveilla, il était bâillonné et installé dans une sorte de cage en bois. Cette dernière était posée sur un chariot conduit par un vieil homme. Autour de lui, il reconnaissait à cheval, les hommes qui l’avaient molesté en pleine nuit. En se redressant, il sentit sa tête lui tourner. Il sentait le sang le long de son visage. En essayant de se détacher, il se rendit compte qu’il n’était pas seul dans la cage. D’autres hommes étaient eux aussi séquestré contre leurs grès.

    — Il ne sert à rien de bouger l’ami, répliqua un homme souffrant à qui il manquait le bras gauche, plus tu vas le faire et plus ils vont s’en prendre à toi.

    Arès fronça les sourcils surprit avant de constater que le prisonnier parlait de son bras manquant qui saignait encore abondamment.

    — Si on m’avait dit un jour que je serai le prisonnier des frères Grox.. Je me serai foutu en l’air bien avant.

    Arès connaissait bien la réputation de ces chasseurs de prime. Il craignait soudainement qu’ils les conduisent à Byzance. Il craignait plus cela que de mourir. Car en retournant dans la ville, son épouse l’utiliserait sciemment pour tendre un piège à Roxana. Que valait-il mieux ? Mourir dans leurs arènes ou être torturé jour après jour en attendant que Roxana mette feu et à sang la capitale ? Il réussit à forcer sur son baillon et le faire tomber.

    — Où nous conduisent-ils, demandait-il à l’otage près de lui une fois son souffle revenu, tu sais ce qu’ils comptent faire de nous ?
    — Je n’ai pas bien compris mais il semble que c’est à Byzance.
    — Tu en es certain ?
    — Ils ont parlé d’une livraison pour la reine mais je trouve cela étrange que la royauté fasse commerce avec ce genre d’individus.
    — Hum…

    Arès le premier utilisait des hommes de main de la trempe de ces frères. Il n’en n’était pas fier mais certaines missions nécessitait parfois des hommes peu scrupuleux. Alors qu’ils descendaient le pic de la montagne, Byzance illuminée apparaissait. Arès sentait son estomac se serrait. Il ne pensait pas qu’il reviendrait aussi près de la ville dans cette situation.

    Ils arrivèrent quelques heures plus tard. Sale, affamé et assoiffé, Arès n’avait rien d’un Roi dans son accoutrement de plusieurs jours. Les prisonniers étaient amenés dans la cour intérieure du palais et furent reçus par le Grand Vizir. Bien évidemment, une fois debout, Arès dénotait des autres prisonniers. Et malgré son piteux état, le Grand Vizir le reconnut. Il le désigna et deux gardes encerclèrent Arès qui les suivit sans aucune contrainte. Il savait pertinemment où ils allaient le conduire. Sans un mot, ils se rendirent dans la chambre qu’il occupait autrefois. Là, des servantes étaient déjà entrain de préparer son bain. Il ne se fit pas prier et fit son nécessaire de toilettes avant de s’habiller d’un costume sobre.

    La porte avait été fermée à double tour quand les soldats partirent. Aussi, Arès n’avait aucune possibilité d’évasion, ou alors celle de sauter du balcon et de faire un plongeon de 10 m dans la cour. Non, il attendit, mangeant à sa faim et patientant que la Reine face enfin son apparition.

  204. Avatar de C.
    C.

    D’abord, Arès ne bougea pas. Il demeura immobile, les enfants accrochés à lui comme des hirondelles affolées à une branche prête à rompre, tandis que les paroles de Roxana, qui proclamait des vérités jetées comme des pierres, continuaient de résonner dans sa poitrine. Chaque mot trouvait sa place, s’emboîtait avec une précision cruelle dans ce qu’il avait longtemps refusé de voir : les absences de Sélène, les silences trop bien huilés, les regards fuyants, la froideur méthodique d’un lit conjugal devenu champ de manœuvres à des moments stratégiques.

    Il avait été roi, oui. Mais surtout prisonnier. Prisonnier d’un mensonge si vaste qu’il avait fini par s’y mouvoir comme un aveugle dans un palais familier.

    Il baissa lentement les yeux vers Sélène, prosternée à ses pieds. Elle suppliait, pleurait, jouait ce rôle mille fois répété, celui de l’épouse outragée, de la mère menacée. Jadis, il aurait cédé. Jadis, il aurait voulu croire. Il aurait pardonné et trouvé des excuses. Mais aujourd’hui, que lui restait-il finalement ? Une promesse non tenue et une honte farouche.

    Il leva une main. Le geste fut simple mais tranchant.

    — Assez.

    Sa voix ne tremblait pas. Il écarta doucement les enfants de lui qui continuaient de pleurer sans comprendre ce qui se passait. Arès la trouvait encore plus pathétique d’avoir voulu utiliser les enfants de la sorte. Alors, il les confia à une nourrice tétanisée, puis se redressa. En se levant, Arès sentit renaître une ancienne présence en lui, celle du jeune guerrier de jadis, non plus d’un roi poli qui cherchait le compromis. Aujourd’hui, il réclamait justice.

    Il regarda Sélène droit dans les yeux et posa sa main sur sa joue avec une étrange douceur. Il n’y avait plus de colère dans son regard. Pire : il n’y avait plus rien d’intime.

    — Sélène.. Ma douce, tu m’as trahi dans mon lit, dans mon sang et dans mon trône, dit-il. Tu as usé de mes enfants comme de boucliers, de mon amour comme d’une laisse, de mon nom comme d’une arme. Tu as enfermé Roxana et nourri la peur pour régner à ma place.

    Il marqua une pause. Le fracas des combats au-dehors semblait soudain lointain, presque indifférent, mais il les ignorait parfaitement.

    — Tu as voulu faire de moi un roi de paille. Tu as fait de moi un homme brisé. Et tu as cru que cela resterait impuni. Ma douce princesse, ne sais-tu donc toujours pas qui tu as épousé ?

    Il se tourna alors vers Roxana. Leur regard se croisa, et dans celui de la vampire, il lut quelque chose de rare, non pas la vengeance, mais l’attente. Elle lui laissait le choix même s’il sentait son doute. Elle lui rendait, enfin, ce qui lui avait été volé pendant dix ans, c’est-à-dire sa souveraineté.

    Arès se retourna vers les gardes encore présents, ceux qui n’avaient pas fui et qui lui étaient restés fidèles. Sa décision ne faisait plus aucun doute et cela l’amusa d’en jouer.

    — Tu as toujours été très belle.
    — Oui, oui, mon amour je le sais. Et je le serais toujours pour toi. C’est d’ailleurs pour cela que tu m’as choisi, hein ?
    — Hum.. En effet. Et je sais qu’elle t’es précieuse ma douce. Aussi, Sélène tu n’est plus reine de Byzance. Tu es dépouillée de tes titres, de tes privilèges et de toute autorité. Qu’on la mène dans les geôles basses. Seule. Sans parure. Sans visite.

    Un silence de la jeune femme effrayé suivit.

    — Qu’elle y vive, reprit-il, que le temps passe sur toi et qu’il te condamne éternellement au silence en même temps que la vieillesse.

    Sélène cria. Elle se débattit. Elle le maudit. Arès n’écouta pas.

    — NON ! Tue moi ! Arès ! NOOOOOOON !

    Lorsqu’elle fut emmenée, il sentit un poids immense quitter ses épaules, non pas la douleur, mais le déni. Il venait de signer un arrêt de mort symbolique, peut-être pire encore, une torture psychologique qu’il savait fatale pour la reine.

    Il se tourna enfin vers Roxana et la vit toujours aussi belle dans le chaos de Byzance en flammes, au milieu des cris et des cornes. Elle lui avait manqué et la voir aussi déterminée le fit sourire.

    — Tu en as mis du temps avant de venir me chercher, dit-il d’un sourire moqueur avant de tendre sa main vers elle.

  205. Avatar de C.
    C.

    Arès l’écouta sans répondre aussitôt. Il demeurait immobile, à quelques pas d’elle, comme si le moindre mouvement risquait de briser l’instant. La vapeur de l’eau chaude montait en voiles paresseux, mêlant son parfum à celui de la pierre ancienne, et dans cette brume tiède, il la voyait telle qu’il l’avait tant de fois imaginée durant ses nuits de solitude. Là, elle était vivante, offerte, souveraine et réelle.

    Mais ce n’était pas le désir qui le clouait ainsi du moins, pas seulement, c’était le vertige de cette soirée. Après tout, ils venaient de renverser le monde, d’arracher une couronne empoisonnée de la tête d’une femme qu’il avait crue sienne. Il ne pensait pas encore à l’exposition de ses enfants au tumulte d’une vérité trop grande pour eux. Parce que, égoïstement, devant lui se trouvait Roxana et il sentait pour la première fois depuis des années que le chaos s’ordonnait. Comme si tout ce sang, ces choix, ces silences n’avaient eu qu’un but : la rejoindre ici.

    Il s’approcha enfin. Lentement. Solennellement. Chaque pas résonnait dans l’immense pièce qu’ils occupaient.

    — Libre.. Dis-tu, murmurait-il lentement en dégageant la crinière de la jeune femme pour dévoiler sa nudité qu’il contemplait.

    Ce mot le frappa plus fort qu’une lame. Libre d’aimer. Libre de choisir. Libre de tomber. Arès, le roi stratège, le père inquiet, le juge inflexible, se redécouvrait terriblement vulnérable. Car aimer Roxana n’avait jamais été une conquête c’était un abandon.

    Sa main qui caressait sa joue, glissait lentement le long de sa gorge, jusqu’à son sein. Ses yeux en brillaient d’excitation lorsqu’il vit les frissons sur le corps de son adorée.

    — Ce que nous voulions… continua-t-il, la voix basse, grave, presque brisée, c’est vrai. Nous allons pouvoir construire notre monde désormais..

    Son regard se fit plus sombre, plus ardent, à mesure qu’il voyait le corps de Roxana se blottir contre le sien et qu’il pinçait délicatement ses pointes tendues.

    — Tu as conscience que je ne suis plus l’homme que tu as rencontré.. que je suis fait de ruines, de compromis et de cicatrices. Tu te sens prête ? Prête à devoir porter cela avec moi. Diriger un royaume ? Faire des compromis..? Mes enfants ?

    Sa bouche, brûlante trouvait la sienne dans un baiser tout aussi passionné que sensuel. Et de sa main libre, vint caresser ses fesses pour la blottir contre lui. Il voulait qu’elle sente son désir qui durcissait entre ses cuisses. Puis, enfin, le souffle court, il la regarda comme on regarde une évidence longtemps refusée.

    — Mais si tu restes, je jure devant les dieux, devant la nuit et devant toi… que plus jamais je ne laisserai qui que ce soit nous enchaîner. Et je suis désolé pour l’histoire d’Alistair et le trésor. Jamais je n’aurais fait quelque chose contre ta volonté, j’espère que tu le sais ?

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    C.

    Arès s’éveilla lentement, ramené à la surface du monde par le poids chaud de Roxana sur lui, par son rire doux et si singulier. Ses paupières s’ouvrirent sur ce visage qu’il avait tant redouté de perdre, tant espéré retrouver. Et, dans cet instant suspendu, il se sentait enfin en paix avec lui-même et le reste du monde.

    Instinctivement, il posa ses mains sur ses hanches, geste simple et tendre alors qu’il l’écoutait se pavaner rieuse au dessus de lui. Elle parlait de jeu, de désir, de ce corps à entretenir, et pourtant, dans le cœur d’Arès, quelque chose de plus grave et plus tendre se formait. Néanmoins, il ne cessait de sourire, ce sourire rare, nu, débarrassé de toute stratégie.

    — Bonjour, ma reine… murmura-t-il, la voix encore rauque de sommeil et d’émotion mêlés.

    Il la laissa l’embrasser, savourant ces gestes dont il ne se remettait toujours pas. Difficile de croire que presque un an auparavant, elle était revenue dans son monde après dix années d’absence. Une part de lui ne cessait de lui hurler à la prudence, mais pour le moment il s’en fichait royalement. Il préférait la tenir contre lui, l’entendre rire et le taquiner si cela l’enchantait. Il voulait la célébrer.

    Arès se redressa légèrement, déposant un baiser sur son front, puis sur ses lèvres, plus doux que brûlant.

    — Pas encore, dit-il dans un souffle amusé, presque conspirateur. Laisse-moi te voler aujourd’hui… toute la journée.

    Il la regarda avec sérieux, un sérieux lumineux en enroulant ses doigts autour de sa chevelure d’ébène, couleur de nuit.

    — Aujourd’hui, tu vas marcher à mes côtés. Je veux que Byzance, nos hommes, le palais, le soleil soit témoin de ta présence à mes côtes… toi, libre, regardant ce monde qui est aussi le tien. Je veux que tu sois célébré pour ta force, ta passion et ta compassion.

    Il caressa sa joue du revers de la main, attentif, soucieux, presque craintif de mal faire, même si cela lui tenait à coeur de la présenter au reste du monde.

    — Laisse-moi te donner ce que je t’ai promis quand on s’est rencontré, dit-il plus sérieusement, je veux t’offrir ce monde que nous avons tant cherché.. Te montrer ce que sera ta vie si tu acceptes cette couronne, les banquets, les jardins, les terrasses, les marchés, le rire et moi, à tes côtés, non pas roi, mais… mais bordel, mon chaos.. un homme amoureux qui ne cesse de t’aimer.. un homme qui défiera encore le reste du monde pour te retrouver.

    Puis, avec cette lueur d’audace tendre qui n’appartenait qu’à lui, il ajouta en glissant sa main entre ses cuisses :

    — Et ce soir… si tu le souhaites, nous reprendrons là où tu voulais me réveiller.

  207. Avatar de C.
    C.

    Arès avançait dans les couloirs du palais avec cette sensation ancienne et souveraine qui lui avait tant manqué, celle du poids exact du pouvoir retrouvé. Ce n’était pas une ivresse, il se méfiait de celles-là, mais comme une certitude grave et presque austère, qui redressait sa nuque et calmait son esprit. À ses côtés, Roxana découvrait Byzance avec l’ardeur de ceux qui ont trop longtemps vécu entravés quand lui, au contraire, voyait chaque colonne, chaque mosaïque, comme un territoire à reprendre, une promesse à tenir.

    Il la laissa s’émerveiller. Il la laissa sourire. Il la laissa savourer cette journée de paix, se jurant de continuer à lui en offrir encore et encore tant que ce serait possible. Mais ses mots de la veille, ses mots sur le temps qui passe ne faisait que renforcer une urgence de vivre qu’il avait jusqu’alors presqu’oublié.

    Après cette délicieuse journée, avant d’aller se préparer pour la soirée, il se rendit auprès de ses ministres. Il laissa Roxana au bon soin d’une troupe de servante qu’il venait d’engager pour elle.

    Ils se tenaient dans la salle du Conseil comme des hommes qui avaient trop parlé en l’absence de leur maître. Arès le sentit dès le seuil franchi car ces silences trop polis, ces regards qui calculaient encore s’ils leur fallait fuir ou non. Il ne les salua pas immédiatement. Il s’installa d’abord sur le siège de basalte, celui que nul autre n’avait osé occuper pleinement depuis son départ, même Sélène. Le geste fut lent, mesuré et implacable.

    Et enfin, seulement, il parla.

    — Messieurs.. Je vous ai fait venir pour vous remercier d’avoir maintenu la cité débout pendant mon absence, dit-il d’une voix ni forte ni colérique mais presque douce, néanmoins je sais parmi d’entre vous on favorisé l’accession au trône de ma défunte épouse. Aussi, je vous prie de bien vouloir suivre ma garde qui vous escortera dans votre cellule.

    Sur les dix ministres, quatre furent emmenés. Il eut des protestations bien entendu, mais Arès les ignora subtilement avant de reporter son attention sur les restant.

    — Merci à vous de ne pas avoir succombé à l’ambition dévastatrice de Sélène.
    — Mon seigneur.. Nous vous faisons une confiance aveugle, avoua sincèrement l’un des conseillers, nous savions pertinemment que Sélène ne cherchait que la guerre, alors que vous nous avez apporté un règle de gloire, de faste, de paix et de prospérité.
    — Je vous en remercie Théodrio. C’est d’ailleurs à vous désormais que je vais transmettre des nouvelles tâches.

    Il redistribua les charges, rappela les lois, évoqua les frontières, les réserves, les alliances à restaurer. Chaque décision tombait comme un sceau. Byzance n’était plus un palais livré aux intrigues mais elle redevenait un royaume gouverné par une justice implacable et un roi administrateur qui travaillait d’arrache-pied pour son peuple. Tout se passait pour le mieux jusqu’à ce qu’un ministre osa évoquer, à mots couverts, la présence de Roxana. Alors Arès se leva.

    — Ce qui se tient à mes côtés, dit-il, n’est ni une faiblesse ni un caprice. Elle est l’avenir que j’ai choisi. Et tout homme qui confondra prudence et défiance apprendra à ses dépens que je n’ai jamais gouverné seul… mais toujours en pleine conscience.

    Il n’y eut pas de réponse. Il n’y en avait pas besoin, tous connaissaient leur Roi. Mais ils connaissaient aussi la légende autour de cette déesse. Aussi, un autre reprit.

    — Vous ne pouvez nous en vouloir Sire de nous questionner quant au régime alimentaire de cette.. de cette..
    — De cette femme, de ma femme et de votre reine. Je vous conseille d’être prudent Arubi. Je ne tolérerais aucunement qu’on médise sur mon épouse. Me suis-je bien fait comprendre ?
    — Bien entendu Altesse. Loin de moi de vouloir la déshonorer mais.. mais comprenez notre inquiétude.

    Arès la comprenait et il s’avouait vaincu car il n’avait pas de réponse à la question. Il ignorait encore comment ils trouveraient du sang humain pour sustenter Roxana.

    — Nous en rediscuterons quand le moment sera venu. Pour l’instant, continuons nos affaires diplomatique au lieu de parler de nourriture.

    Lorsqu’il quitta le Conseil, le jour avait déjà commencé à décliner. Le palais bourdonnait de préparatifs, de soieries, de voix, de parfums. Le banquet approchait, et avec lui cette autre bataille, plus subtile : celle des regards, des alliances murmurées, des serments silencieux.

    Arès, lavé et changé, chercha Roxana sans la chercher vraiment. Il la sentait. Toujours. Comme un point d’ancrage au milieu du tumulte. C’était ce lien étrange et unique qui les reliaient toujours l’un à l’autre. Quelque chose de subtil mais de viscéral. Comme si le fait qu’elle ai bu son sang, les avaient encore plus connectés. Au fond de lui, il savait qu’elle doutait, qu’une part d’elle craignait encore que cette paix soit une illusion trop douce et cela le rendait farouchement attentif.

    Quand enfin il la vit entrer dans la grande salle, masquée d’or, irréelle et souveraine, quelque chose se serra dans sa poitrine, cette émotion dangereuse qui pousse les hommes à vouloir bâtir des empires durables juste pour les beaux yeux de leur dulcinée.

    Il ne la rejoignit pas immédiatement. Il préféra la laisser être regardée, désirée, interrogée. Puis enfin fit ce qu’il faisait le mieux, il alla à sa rencontre et posa enfin la main sur celle de Roxana.

    Sous le masque d’or, il sentit son frisson et cette réaction seule lui confirma qu’il avait eu raison d’attendre cet instant précis. Le silence se fit presque naturellement autour d’eux, comme si Byzance elle-même retenait son souffle. Il n’éleva pas la voix, il n’en avait pas besoin. Sa présence suffisait.

    — Mes amis, mes alliés, dit-il en la guidant à ses côtés pour la présenter au reste du monde, voici celle que j’ai choisie pour marcher avec moi. Roxana. Celle que vous nommez déjà… la Déesse de la Lune.

    Il marqua une pause, non par hésitation, mais pour laisser aux mots le temps de s’ancrer. Il sentit les regards se poser sur elle, non plus curieux mais respectueux. Certains s’inclinèrent. D’autres sourirent avec une sincérité qu’il savait rare dans ces murs.

    Le premier à s’avancer fut Théodrio de Nicée, son ministre et vieil homme au dos courbé par les années et l’esprit aiguisé par les routes.

    — Majesté, dit-il en inclinant la tête vers Arès avant de se tourner vers Roxana, on raconte que la lune éclaire les voyageurs perdus. Si tel est votre pouvoir, alors Byzance n’a plus à craindre l’obscurité.

    Il fit signe à un serviteur qui ouvrit un coffret d’ivoire. À l’intérieur reposait un torque d’or finement gravé de constellations.

    — Forgé selon les cartes du ciel ancien. Puissiez-vous toujours retrouver votre chemin… et guider le nôtre.

    Arès observa Roxana accepter le présent. Elle ne parlait pas encore, mais il vit dans la délicatesse de ses gestes qu’elle comprenait déjà ce langage-là : celui des symboles, des alliances silencieuses.

    Une femme s’avança ensuite, drapée de pourpre, la démarche assurée.

    — Je suis Helena d’Antioche, déclara-t-elle avec un sourire franc. J’ai connu trop de reines façonnées par la peur. Vous, Déesse de la Lune, vous portez autre chose dans le regard… la promesse de la clémence.

    Elle tendit un voile de soie pâle, presque translucide.

    — Pour les nuits où même les astres se font discrets.

    Arès sentit sa poitrine se détendre, imperceptiblement. Chaque mot offert à Roxana n’était pas seulement un hommage mais une reconnaissance tacite de son choix à lui.

    — Byzance vous regarde, ajouta un marchand de Trébizonde en offrant une coupe d’obsidienne sertie d’or. Et Byzance espère.

    Arès tourna légèrement la tête vers elle. Sous le masque, il devina son regard. Fier, ému, gêné et reconnaissant. Il était ravi que ce banquet ne soit pas une simple célébration politique, mais une consécration pour la belle brune. Alors, il leva sa coupe :

    — Ce soir, déclara-t-il au reste de la foule, Byzance ne s’incline pas devant une déesse par crainte. Elle accueille une reine par choix. Et moi… je gouvernerai avec elle.

    Les voix s’élevèrent, les verres s’entrechoquèrent. La musique reprit. Mais Arès n’entendait plus que l’essentiel : la liesse d’un peuple et d’un royaume retrouvé, et, à ses côtés, la présence de Roxana, non plus comme une promesse lointaine, mais comme une évidence incarnée.

    — La Lune a trouvé sa place, lui dit-il en embrassant tendrement le creux de son poignet, et enfin le roi n’est plus seul.

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    C.

    Arès resta immobile un instant après le départ de Roxana. La musique, les rires, les masques dorés… tout cela continua de vibrer autour de lui, mais quelque chose s’était déplacé à l’intérieur. Roxanna n’était plus là. Et avec son absence revenait cette vérité qu’il ne pouvait plus ignorer : aimer une immortelle, ce n’était pas seulement l’adorer, c’était organiser le monde pour qu’elle n’ait pas à devenir un monstre.

    Il quitta la table sans donner d’indications précise à ses invités. Apres tout, un roi n’a pas besoin d’excuses lorsqu’il se lève.

    Dans les couloirs du palais, il retrouva Alistair qui parlait déjà avec deux capitaines de la garde. L’odeur du vin céda place à celle, plus âpre, de la pierre froide et du fer.

    — Je viens avec toi, dit-il simplement.

    Alistair haussa un sourcil, presque soulagé.

    — Je m’en doutais. Tu n’es pas du genre à déléguer ce genre de choix, surtout pour les beaux yeux de la jolie brune.

    Arès ne répondit pas tout de suite, mais il sourit d’un air entendu. Ils descendirent vers les niveaux inférieurs, là où Byzance cessait d’être un symbole pour redevenir une cité vivante et parfois corrompue. Les torches révélaient les murs gravés de noms, de prières anciennes, de menaces aussi.

    — Elle ne boira pas n’importe qui, finit-il par dire. Jamais. Ceux que nous livrerons… devront avoir été jugés. Pas des opposants. Pas des pauvres affamés. Pas des hommes que Selene a fait condamner, non plus.

    Alistair hocha lentement la tête.

    — Il y a les prisons basses. Les vrais criminels. Meurtres, viols, trafics d’esclaves. Certains attendent la sentence depuis des années.

    Arrivés à la salle commune de la garde, Arès se tourna vers les capitaines.

    — À partir de ce soir, Byzance n’exécutera plus dans l’ombre. Chaque condamné sera jugé publiquement. Les preuves exposées. Les victimes entendues. Et pour ceux dont la culpabilité est incontestable…

    Il inspira profondément.

    — Leur peine sera d’offrir leur vie. Non pas à la vengeance. Mais à la protection du royaume.

    Les hommes échangèrent des regards. Ce n’était pas une barbarie qu’il proposait. C’était une loi dure, assumée et encadrée.

    — Personne ne saura à qui le sang est destiné, ajouta Arès plus bas à Alistair qui écoutait patiemment. Officiellement, ce sera une exécution par sentence capitale. Roxie n’aura pas à porter ce fardeau aux yeux du peuple.

    Ils reprirent leur marche. Dans une cellule, un homme criait des insultes. Dans une autre, un prisonnier pleurait en murmurant des excuses trop tardives. Arès regardait chacun, non avec pitié aveugle, mais avec discernement.

    — Tu sais, dit Alistair plus bas, certains diront que tu crées un précédent dangereux.

    Arès esquissa un sourire sans joie.

    — Je sais. Mais je préfère être accusé d’avoir créé une loi étrange… que d’avoir fermé les yeux pendant que celle que j’aime se meurt de faim ou devient folle de sang.

    Ils s’arrêtèrent devant une lourde porte de bronze.

    — Commence par ceux-là, ordonna-t-il. Trois. Pas plus pour cette nuit. Je veux leurs dossiers complets sur mon bureau avant l’aube.

    Et il se détourna déjà. En remontant vers les étages supérieurs, Arès sentit le poids de la couronne se resserrer mais cette fois, il ne le subit pas. Il l’acceptait pleinement. Gouverner, ce n’était pas seulement régner sur des hommes. C’était bâtir un monde où même les monstres pouvaient survivre sans détruire.

    Et Roxana… Son tendre chaos ne serait pas une bête traquée dans son royaume. Elle serait protégée par la loi, par sa loi, en toute discrétion.

    Lorsqu’il poussa enfin la porte de leur chambre, la nuit était avancée. Le banquet continuait sans lui. Cela n’avait plus d’importance. Il contemplait son épouse qui se dévêtissait.

    — Te voilà enfin, dit-il en fermant la porte et retirant sa couronne et sa tunique, enfin seuls.. donc, nous devions reprendre quelque part ce matin il me semble, non ?

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    C.

    Arès sentit le monde se resserrer autour de cette chaleur familière, de cette présence qui savait, mieux que quiconque, parler à son corps sans avoir besoin de mots. Il n’y eut rien de brutal, rien d’excessif seulement cette caresse sûre d’elle, presque insolente, qui lui arracha un souffle plus long qu’il ne l’aurait voulu. Il sourit, les yeux clos, amusé autant que comblé.

    Lorsqu’elle se glissa contre lui, paisible et malicieusement victorieuse, il passa un bras autour de ses épaules, la ramenant contre sa poitrine comme on garde un trésor qu’on n’a aucune intention de partager.

    — Voilà donc comment on amadoue un roi avant de lui demander une faveur, murmura-t-il avec un rire bas.

    Il la sentit sourire contre sa peau avant même qu’elle ne parle. La demande ne tarda pas audacieuse, évidemment. Entraîner les femmes. Les armer autrement que par les convenances. Arès ouvrit les yeux, fixa le plafond un instant, puis tourna la tête vers elle. Il n’y avait ni surprise ni refus dans son regard. Seulement une lueur de calcul… et de fierté.

    — Tu n’as jamais demandé la permission pour être ce que tu es, dit-il calmement. Pourquoi commencer maintenant ?

    Il posa un baiser sur son front.

    — Oui. Tu entraîneras celles qui le voudront.

    La nuit se referma sur eux comme une parenthèse douce, sans urgence. Un sommeil profond, partagé, presque réparateur, chose devenue rare pour un roi et une immortelle.

    À l’aube, Byzance se réveilla au rythme du fer.

    Dans la cour d’entraînement, Arès avait retrouvé son autre langage : celui du corps en mouvement, de la respiration maîtrisée, de l’autorité silencieuse. Il portait une tenue simple, sombre, sans or ni couronne qui dévoilait son buste.

    Les nouveaux soldats formaient une ligne inégale. Trop de jeunesse, trop d’assurance mal placée. Arès les observa un instant, puis entra dans l’arène sans un mot. Le premier exercice fut bref, violent dans son efficacité. Il corrigea une posture d’un geste sec, désarma un imprudent en deux mouvements, força les autres à suivre le rythme sans jamais hausser la voix.

    Il sentait les regards depuis les galeries. Les femmes de la cour, venues par curiosité d’abord, restaient désormais par fascination. Pour son âge, disaient-elles plus tard à voix basse, il était encore terriblement bel homme.

    Il transpirait, respirait fort, riait parfois, un rire bref, franc lorsqu’un soldat réussissait enfin à tenir la ligne. Arès sentit très vite les regards peser sur lui, bien avant que la sueur ne perle réellement sur sa peau. Son corps répondait avec une aisance presque insolente : les années ne l’avaient pas alourdi, elles l’avaient densifié. Là où jadis la force était nerveuse et fougueuse, elle était désormais pleine, maîtrisée, souveraine.

    Ses épaules larges roulaient sous l’effort, sculptées par des décennies de combats et d’entraînements répétés. Les muscles de ses bras se contractaient à chaque parade, dessinant des lignes nettes, sans excès, comme si chaque fibre avait été placée là pour servir un but précis. Son torse, puissant sans être ostentatoire, se gonflait au rythme d’une respiration profonde et régulière celle d’un homme qui connaît ses limites et sait exactement jusqu’où les repousser.

    Ses hanches guidaient ses mouvements avec une souplesse trompeuse pour un roi de son âge, et ses cuisses solides, ancrées dans le sol, faisaient de lui un pilier impossible à renverser. Arès n’était pas seulement fort : il était stable, et cette stabilité-là rassurait autant qu’elle intimidait.

    Dans la galerie, les murmures enflaient.

    — Il n’a rien perdu…
    — Au contraire, regarde-le… il est encore plus impressionnant qu’avant.
    — Tu te souviens quand il ne tenait pas en place, quand il nous retrouvait après chaque victoire ?
    — Oh, je me souviens surtout de ses mains… de sa bouche..

    Quelques anciennes maîtresses échangeaient des regards complices, mi-nostalgiques, mi-amers. Certaines avaient aimé le roi fougueux et encore aujourd’hui. Aucune n’était vraiment indifférente à ce qu’elles voyaient aujourd’hui un roi, non un amant brûlant qui désormais semblait appartenir entièrement à une autre.

    — La Déesse de la Lune a bon goût, lâcha l’une d’elles avec un sourire faussement détaché.
    — Je suis certaine qu’elle l’a séduit, répondit une autre.
    — Cesse donc d’être jalouse. Il est bel et bien un homme à femme tu le sais bien. Il reviendra à nous quand il sera las de cette femme.

    Arès n’entendait rien de ces murmures. Néanmoins, il percevait leur présence comme on sent la chaleur du soleil dans le dos et il jugea inutile de s’y retourner. Son attention était ailleurs, sur la posture d’un jeune soldat trop raide, sur un autre qui confondait force et précipitation.

    — Les pieds, plus ancrés. Tu combats le sol autant que ton adversaire, corrigea-t-il en repoussant l’épée d’un geste sec.

    Un corps vola, roula dans la poussière. Pas de moquerie. Juste un hochement de tête approbateur quand le jeune homme se releva. C’est alors qu’une voix familière fendit l’air, parfaitement inutile… donc indispensable.

    — Tu sais, si tu continues comme ça, tu vas finir par traumatiser ces pauvres garçons, lança Alistair, adossé nonchalamment à un pilier, une pomme à la main. Ils voulaient apprendre à se battre, pas à remettre en question toute leur existence.

    Quelques soldats étouffèrent un rire. Arès se tourna lentement vers son ami, un sourcil levé et un sourire narquois au bord des lèvres.

    — Si remettre en question leur existence les empêche de mourir au premier combat, alors je considère ça comme un service rendu.

    Alistair croqua dans sa pomme avec un air ravi.

    — Toujours aussi charmant. Tu sais que là-haut, tu as au moins trois femmes qui hésitent entre t’applaudir et t’arracher la tunique à mains nues ?
    — Qu’elles continuaient d’hésiter, répondit Arès sans détourner le regard de ses hommes. L’indécision leur sauvera la vie quand leur Reine surgira.

    Les deux hommes riaient ensemble, complice depuis toujours de sous-entendu qu’eux seuls pouvaient comprendre. Car c’était plus qu’une amitié qui les unissaient, c’était le destin.

    Depuis les hauteurs du palais, la cour d’entraînement vibrait sous les ordres secs d’Arès et le choc des armes. En contrebas, les soldats s’exerçaient avec une rigueur nouvelle, galvanisés par la présence de leur roi. Sur un balcon de pierre ouvragé, Roxana pouvait observer la scène. Alistair s’était approché sans bruit, fidèle à cette habitude qu’il avait de surgir comme une ombre familière. Il s’appuya contre la pierre, adoptant une posture détendue, et laissa son regard dériver lui aussi vers la cour.

    — Tu le regardes comme si tu craignais qu’il disparaisse, dit-il doucement, presque avec amusement.

    Alistair inclina la tête, comprenant sans peine ce qu’elle taisait.

    — Tu sais, Arès a toujours vécu au bord de ce qui vacille, murmura-t-il. Même avant Byzance.

    À ces mots, il sentit que Roxana se tourna enfin vers lui, attentive. Alors il reprit, plus sérieux, comme s’il ouvrait un pan d’histoire que Arès avait rarement confié.

    Il lui parla de l’Italie, des terres fertiles, des palais baignés de marbre et d’or. Il évoqua la famille d’Arès, riche au-delà du raisonnable, ancienne, puissante, liée aux plus hautes lignées de la péninsule. Une famille heureuse, unie. Un sang princier, transmis sans éclat mais avec le poids des siècles. Un héritage fait de privilèges, de devoirs et de chaînes invisibles mais avec un potentiel sans limite.

    — Arès, expliqua-t-il, était né pour gouverner avec justice et confiance. Mais des jaloux, des envieux n’aimaient pas le ton politique de sa famille. Ils étaient trop.. réformateurs. Trop modeste malgré leur fortune et leur pouvoir. Pas assez ambitieux. Alors ils ont étouffé jusqu’au dernier souffle la lignée.

    Le visage du blond s’assombrit au souvenir de cette nuit tragique où le clan fut attaquée aussi pernicieusement. Il revoyait les corps sans vie, torturés de la famille qui l’avait libéré de ses chaînes et qui lui avaient donné une éducation.

    — Il a survécut à un prix que tu ne peux pas concevoir, conclut Alistair. Cette nuit là, tout était calculé. C’était un massacre sans précédent. Il a survécu avec beaucoup de résilience, sans jamais chercher à se venger. La preuve.. Ici, il a choisi de se construire par lui-même… quitte à y laisser des morceaux de son âme mais sans détruire ceux qui lui ont volé sa famille..

    L’homme que Roxana aimait n’était pas né de la guerre, mais il s’y était forgé par nécessité.

    — Ce que tu vois aujourd’hui, ajouta Alistair en désignant la cour, ce n’est pas seulement un roi à l’œuvre. C’est un homme qui a refusé tout esprit de vengeance. Il croit en la redemption, en la beauté des choses. Même si au fond de lui sommeille un cœur tendre, n’oublie jamais qu’il existe une fêlure plus ancienne et plus terrible encore.

    Un instant passa. Le vent fit frémir les étoffes, apportant jusqu’au balcon l’écho d’un ordre crié et le choc sourd des corps à l’entraînement.

    — C’est mon frère de sang et je lui vouerais ma vie éternellement. Et c’est aussi la même chose pour toi Roxana. Je resterais éternellement un sujet à vos ordres.

  210. Avatar de C.
    C.

    Arès sentit le danger avant même que l’épée ne quitte complètement le fourreau. Il n’eut pas besoin de regarder le soldat pour comprendre. La salle avait changé de respiration, comme une bête qui sent l’orage. Trop de silence soudain. Trop de regards figés. Et surtout… cette odeur. Le sang n’avait pas encore touché le sol qu’Arès la reconnaissait déjà.

    Quand la lame trancha la gorge du jeune homme, Arès se leva d’un seul mouvement pour protéger Roxana avant même que le corps ne s’effondre, la main fermement posée sur sa taille, l’attirant contre lui avec une autorité incontestable.

    — Personne ne bouge.

    Sa voix claqua contre les murs de la grande salle, plus tranchante encore que l’acier. Elle coupa net les hurlements qui commençaient à monter. Les riches, les courtisans, les soldats… tous se figèrent. Arès n’élevait jamais la voix sans raison. Et quand il le faisait, on obéissait.

    Il leva la main.

    — Fermez les portes. Maintenant.

    Les gardes réagirent aussitôt. Les lourds battants se refermèrent dans un fracas sourd, isolant la salle du reste du palais. Arès sentit Roxana trembler contre lui, mais elle ne recula pas. Elle regardait le corps. Trop intensément. Il se pencha vers elle, sa voix cette fois basse, ancrée.

    — Regarde-moi. Tu es en sécurité. Tant que je respire, rien ne t’atteint ici.

    Puis il se redressa, redevenant roi en un souffle et observa la panique qui roulait comme une vague prête à tout emporter. Les femmes pâles, les hommes reculant, certains déjà au bord de l’hystérie. Arès savait ce qui arrivait quand la peur prenait le dessus et il ne laisserait pas cela arriver.

    — Ce qui vient de se produire est un acte isolé. Personne n’est attaqué. Personne n’est chassé.

    Il marqua une pause, laissant le poids de ses mots s’imposer.

    — Vous êtes dans MON palais. Et ici, l’ordre prévaut.

    Il fit un signe bref. Deux gardes s’approchèrent du corps, hésitants.

    — Retirez-le. Et que personne n’y touche sans mon ordre.

    Son regard revint à Roxana quand elle parla. Ses mots frappèrent Arès plus fort que la mort elle-même.

    « Il y en a un autre… ou des autres. »

    Il suivit son regard, s’agenouilla près du corps sans la lâcher entièrement, inspecta la gorge. La marque était là. Indéniable. Ancienne. Cachée. Maudite. Son sang se glaça, non de peur, mais de calcul… Quelqu’un comme elle.

    Il se releva lentement, déjà en train de réorganiser le monde dans sa tête.

    — Alistair.

    Un seul mot. Une seule mission.

    — Fais évacuer les civils par groupes. Calme. Ordre. Pas de rumeurs.

    Puis, plus bas, pour Roxana seule :

    — Tu n’es pas en danger.. je suis la.

    Il posa son front contre le sien, geste bref, presque invisible pour la foule.

    — Quoi que ce soit… je gère.

    Il se redressa, les yeux désormais durs, brûlants d’une certitude froide. Quelqu’un avait osé entrer dans son royaume. Quelqu’un avait osé intimider et s’en prendre à ce qui lui appartenait et Arès ne faisait jamais payer une dette à moitié.

    Arès ne laissa pas le tumulte reprendre.

    À peine les premières instructions données, il se tourna vers Roxana. Son visage avait retrouvé cette impassibilité souveraine, celle qui ne laissait rien transparaître, sinon une détermination absolue. Mais sa main, toujours posée dans son dos, parlait pour lui.

    — Tu vas retourner dans notre chambre sous bonne garde.

    Ce n’était ni une demande, ni une explication. Mais ordre, dicté par la nécessité plus que par l’autorité. Il vit la protestation naître dans ses yeux avant même qu’elle n’ouvre la bouche. Arès se pencha légèrement vers elle, une main ferme sur sa joue et assez proche pour que personne d’autre n’entende.

    — Ce n’est pas une mise à l’écart. C’est une protection. Et tu ne discute pas mon ordre.

    Il redressa la tête et appela :

    — Alistair.

    Son ami était déjà là, le regard vif, l’esprit en alerte. Un sourire ironique flottait encore sur ses lèvres, mais ses yeux avaient changé : l’épicurien avait disparu, remplacé par le stratège.

    — Tu l’accompagnes. Personne ne l’approche. Personne ne lui parle.
    — Double garde, assurait-il, trie sur le volet.

    Alistair inclina légèrement la tête, sérieux comme rarement.

    — Considère que c’est fait.

    Arès croisa une dernière fois le regard de Roxana. Il aurait voulu lui dire mille choses. Qu’il comprenait. Qu’il savait ce que cela signifiait. Qu’il sentait déjà l’ombre s’étendre autour d’eux. Mais un roi ne se permettait pas ce luxe, pas maintenant.

    — Je viens te voir dès que j’ai des réponses. Quand ce sera terminé, Alistair t’emmènera te nourrir.

    Elle disparut escortée, et avec elle, une partie de sa maîtrise. Arès inspira lentement, puis se tourna vers la salle. Le roi revint au premier plan.

    — Que personne ne quitte le palais sans avoir été interrogé. Je veux les registres de garde. Tous. Les rotations. Les permissions. Les absences. Je veux savoir qui a baisé qui et qui parle a qui.

    Il désigna le sol encore marqué par le sang.

    — Ce soldat n’a pas agi seul, murmurait un de ses conseillers.
    — Quelqu’un l’a préparé. Nourri. Brisé.

    Son regard balaya les visages présents. Certains baissaient les yeux. D’autres tremblaient. Il nota tout. Les silences. Les sueurs. Les respirations trop rapides.

    — Amenez-moi les capitaines.Et isolez ceux qui ont approché la reine ces dernières heures.

    Il marqua une pause, dangereusement calme.

    — Je veux savoir qui savait, qui observe. Et surtout… qui ose se croire mon égal.

    Quand Alistair revint plus tard, la salle était vidée, les couloirs quadrillés, le palais transformé en forteresse.

    — Ça sent une organisation ancienne, murmura-t-il. Discrète et patiente. Comme s’ils savaient comment contourner ton autorité.

    Arès serra les poings.

    — Ils ont fait une erreur.
    — Laquelle ?

    Il releva la tête, les yeux brûlants.

    — Ils ont touché à Roxana. Et je vais les trouver, les détruire. Mais pour le moment tu dois conduire Roxana se nourrir. Je dois terminer mes investigations.
    — Tu ne veux pas faire une pause et l’accompagner.
    — Non. Je dois chercher, je sais que je ne trouverais aucun repos tant qu’elle ne sera pas en sécurité.

  211. Avatar de C.
    C.

    Il resta immobile, droit comme une statue de marbre, tandis que les mots de Roxana se déposaient contre lui sans jamais vraiment l’atteindre. Il les entendait, il comprenait la logique et la lucidité, mais aucune ne trouvait prise.

    Parce qu’au-delà du raisonnement, il y avait autre chose : la peur, primitive, une cicatrice qui n’avait jamais cessé de brûler. Il se dégagea lentement de son étreinte et ses mains quittèrent son visage avec une retenue presque douloureuse, comme s’il craignait qu’un contact de trop ne la lui arrache déjà. Lorsqu’il recula d’un pas, son regard s’était durci, obscurci par quelque chose de bien plus dangereux que la colère.

    — Non.

    Il leva une main avant qu’elle ne puisse protester, avant qu’elle ne tente encore de l’envelopper de raison ou de tendresse.

    — Ne m’amadoue pas avec des vérités que je connais déjà. Ne me parle pas de stratégie comme si j’étais un général aveugle. Tu crois que je ne sais pas ce que tu es capable de faire ? J’ai été sur le front avec toi, je connais tes capacités et ta force. Tu crois que j’ignore que tu pourrais affronter cette chose mieux que cent hommes ?

    Il s’approcha à nouveau, mais cette fois, ce n’était pas pour se laisser toucher. C’était pour lui faire face, avec sérieux.

    — C’est justement pour cela que je refuse.

    Sa voix se fit plus basse. Plus sombre.

    — La dernière fois que j’ai accepté de “faire ce qu’il fallait”, on t’a arrachée à moi. La dernière fois que j’ai consenti à un compromis… je t’ai perdue.

    Ses poings se serrèrent, lentement, comme s’il écrasait un souvenir entre ses doigts.

    — Tu parles d’un appât, mais moi, je vois une cible.

    Il secoua la tête, un rire bref, sans joie.

    — Tu veux que je te regarde te livrer à une créature qui te veut ? Tu veux que je me tienne là, à calculer les risques, pendant que quelqu’un tente de te reprendre à moi ?

    Ses yeux se posèrent sur elle avec une intensité féroce et violente.

    — Plutôt mourir Roxana.

    Le mot tomba, lourd. Irrévocable.

    — Arès, commença Alistair pour essayer de temporiser.
    — Non ! Vous pensez que cette bataille est aussi la sienne mais la mienne commence et se termine par une seule chose : te garder en vie.

    Il se détourna enfin, faisant quelques pas comme pour reprendre le contrôle de lui-même alors que Alistair essayait de faire un compromis et d’associer la puissance de Roxana qui était une force importante et nécessaire pour ce combat.

    — Je ne ferai aucun marché et je ne tendrai aucun piège où tu serais exposée. Je ne sacrifierai pas celle que j’aime sur l’autel de l’efficacité !
    — S’il y a un autre vampire on doit pouvoir le vaincre et Roxana à les capacités. Tu ne peux pas nier qu’elle est importante pour cette mission.
    — S’il y en a dix, je les trouverai. Je les traquerai et je les ferai disparaître.

    Son regard se fit glacial sur Roxana.

    — Et s’il ose poser les yeux sur toi…

    Il n’acheva pas sa phrase. Il n’en eut pas besoin car elle pouvait percevoir son trauma, cette peur viscérale.

    — Tu dis que je ne suis plus un roi seul sur son trône. Peut-être.

    Il s’approcha encore, s’arrêtant à quelques centimètres d’elle.

    — Mais ne te méprends pas, Roxana. Je ne ferai aucun compromis quand il s’agit de toi.

  212. Avatar de C.
    C.

    — Non.

    Sa voix claqua comme un coup de tonnerre sur la cour d’entraînement. Les soldats se figèrent aussitôt, baissant les yeux. Ce n’était plus le roi qui parlait. C’était l’homme qui venait de comprendre qu’on lui avait désobéi. Arès la fixa, et cette fois il n’y avait plus de tendresse dans son regard. Seulement une fureur brûlante et incontrôlée.

    — Tu es allée dans les sous-sols et tu as enquêté sans moi.

    Il s’approcha d’elle d’un pas si rapide que plusieurs soldats reculèrent instinctivement avant de finir par quitter la cour, juste par prudence.

    — Je t’avais interdit d’agir seule.

    Sa mâchoire se crispa. Son souffle devint court alors que ses yeux habituellement d’un bleu calme et tendre étaient devenu aussi maléfique qu’une tempête sur l’océan.

    — Tu crois que parce que tu es immortelle, tu peux décider seule de ce qui est acceptable et de te mettre en danger ?

    Il ricana, un son sec, presque hystérique en passant ses mains dans ses cheveux pour essayer de contenir la rage qui était prête à déborder.

    — Tu ne comprends donc rien… Tu ne comprends décidément rien !

    Il arracha l’épée de ses mains et la jeta violemment au sol. Le métal résonna dans la cour, lugubre.

    — Tu es décidément irresponsable. On ne peut pas te faire confiance.

    Il passa une main sur son visage tout en continuant les cents pas tant la colère qui l’animait montait en lui. Mais c’était trop tard. Les souvenirs s’étaient déjà invités et lui donnait un air terrifiant, presque détraqué. Elle ignorait encore beaucoup de choses de son passé mais c’était aussi de sa faute, il ne s’était pas confié. En même temps, ils n’avaient jamais eu le temps.

    Il revoyait encore le sang qui avait imprégné le sol de la villa. Il entendait encore les cris de ses soeurs qu’on avait violé et torturée. Il sentait encore odeur de la fumée et de la chair brûlée. Sa mère, étendue au sol… Son père éventré. Ses frères… trop silencieux.

    Il serra les poings.

    — Tu sais ce que ça fait Roxana… Tu sais ce que ça fait de revenir trop tard ? D’être incapable de pouvoir sauver sa famille. Tu le sais. Voir son monde être détruit par jalousie.

    Il la fixa, les yeux brillants d’une lueur dangereuse.

    — Mais moi aussi.

    Sa respiration s’accéléra.

    — J’ai vu ma famille décimée. J’ai vu des corps que je n’ai pas su protéger. Et depuis ce jour, j’ai juré que plus jamais je ne regarderais quelqu’un que j’aime mourir.. Et tu es arrivée. Et tu m’as été retiré. Pendant dix ans j’ai souffert le martyr à prier chaque jours pour ne plus ressentir cette douleur de t’avoir perdu. Parce que tu es une immortelle certes, mais une immortelle qui peut être blessée par l’épée d’un homme et m’être encore retirée. Alors ce sera quoi avec un autre de ton espèce ?

    Il s’approcha encore, si près qu’elle dut relever le visage.

    — Et toi… Toi, tu viens me dire que je dois accepter de te laisser servir d’appât, sa voix se brisa alors qu’il lui faisait face menaçant, jamais.

    Il frappa du poing contre un pilier de pierre derrière sa tête. La roche se fendilla sous l’impact.

    — Tu ne te rends pas compte de ce que ça me fait. A chaque fois que tu disparais de mon champ de vision, je revois leurs visages. A chaque fois que tu agis sans moi, je revis ce jour-là, celui où je suis incapable de protéger les miens !

  213. Avatar de C.
    C.

    Arès était surpris de sa visite. Le châle d’Héloïse sur les épaules avec son parfum pour appât. était un piège grossier, presque enfantin… mais avec étrangement, chez Roxana, la jalousie parlait plus fort que l’instinct. Et elle était tombée dedans. Quand elle surgit dans le couloir, Arès sentit immédiatement la tempête. L’air sembla vibrer autour d’elle. Ses yeux assombris, ses crocs visibles… et ce sourire qui n’avait rien d’humain.

    Il n’eut pas le temps de parler car elle le plaqua contre le mur avec une force qui lui coupa presque le souffle. Il aurait pu se défendre, du moins, il aurait dû essayer, mais il resta là. Parce qu’au-delà de la colère, il voyait la peur. La même que la sienne.

    Ses accusations claquèrent, venimeuses, jalouses, presque douloureuses. Et quand elle l’embrassa, ce ne fut pas un geste tendre. C’était une revendication. Une prise de territoire. Arès répondit sans réfléchir, sans doute parce que la situation était terriblement excitante, terriblement envoûtante et qu’il ne pouvait résister aux caresses et aux baisers de sa reine.

    Ses mains trouvèrent sa taille, fermes, presque possessives. Il sentit la tension dans son corps, la rage encore vibrante sous sa peau froide. Elle tremblait légèrement, cet excès impérieux qui les dominaient toujours l’un à l’autre. Toujours l’excès, avec elle. Uniquement avec elle. Comment diable pouvait-elle être jalouse des autres alors qu’il lui avait tout offert. Il voyait dans ce sentiment, non pas une force, mais une ahurissante stupidité.

    Quand elle déclara qu’il était à elle, quelque chose d’obscur en lui approuva sans réserve. Cela aurait dû l’inquiéter. Cela aurait dû réveiller sa lucidité, mais au lieu de ça, il grogna presque contre ses lèvres.

    — Et tu es la mienne.

    Les gardes détournaient les yeux, fausse pudeur mêlée de prudence. Personne n’osait intervenir et fort heureusement, personne ne l’aurait voulu. Ils reculaient déjà vers leur chambre, attirés comme deux aimants trop longtemps séparés. Arès sentit la pierre froide contre son dos, puis la tiédeur du corps de Roxana. Alternance brutale. Comme leur relation.

    Il savait qu’ils allaient trop loin, en laissant la peur gouverner. Mais pour le moment, il préférait déchirer le peu de tissu que la jeune femme portait et la soulever dans ses bras pour la plaquer contre le mur de la chambre. Pour l’instant, il se moquait de tout. Il avait juste besoin de se retrouver en elle, d’ancrer cette possession mutuelle.

    Il ne lui fallut pas longtemps avant de laisser son membre érigé s’enfouir en elle. Alors il la serra contre lui, front contre le sien, souffle encore agité alors qu’enfin ils étaient réunis charnellement :

    — Tu es jalouse… souffla-t-il, ça tombe bien… moi aussi..

    Sa voix s’était faite plus basse, mais la tension restait là, prête à exploser. Il tenait fermement ses fesses entre ses mains et bloquait de son bassin tout mouvement qu’elle aurait pu faire. Il avait conscience qu’elle pouvait le briser en une seconde, mais dans le sexe, ils arrivaient toujours à trouver un équilibre.

    — Et si tu crois que je vais laisser qui que ce soit t’approcher… tu ne me connais pas encore assez, mon chaos.

    Alors qu’il débutait des mouvements profond, puissant et intense, il mordait sa lèvre inférieure, son cou, comme pour marquer son territoire. Comme si lui aussi était un immortel qui voulait poser sa trace sur ce corps qui le rendait fou.

    — Tu es à moi, grognait-il entre deux gémissements, à moi..

    Ce n’était pas une menace, mais plutôt comme une promesse, comme une prière qu’il espérait se voir être réalisée. Malgré tout, quelque part au fond de lui, Arès savait que cette passion magnifique, brutale, déraisonnable pourrait autant les sauver que les détruire. Mais pour la première fois de la journée, la peur reculait un peu. Parce qu’elle était là,
    furieuse, vivante et à lui.

    — Putain.. Putain de merde.. Rox..

    Son corps n’était pas rassasié d’elle et même si ses caresses avait presque conduit la jeune femme au summum du plaisir, il cessa ses mouvements. Sans la prévenir, il la conduisit sur le sol et là, à même l’entrée de la chambre, se rallongea sur elle et la pénétra de nouveau avec encore plus de vigueur.

    — Regarde-moi, ordonnait-il tremblant d’une passion animale, tu es à moi.. Comme je suis à toi.. Dis le.. Dis que tu es à moi..

    Ses doigts avaient quitté ses seins fébrile pour s’agripper dans sa crinière qu’il tirait sans ménagement tandis que son bassin allait et venait plus aisément.

    — Dis le !

  214. Avatar de C.
    C.

    Arès resta un instant immobile sur le seuil car la scène devant lui avait quelque chose d’irréel, presque un sacrilège tant elle heurtait l’homme qu’il avait été jusque-là. Roxana, assise sur le lit d’Alba, la petite blottie contre elle comme si cela avait toujours été ainsi. Ses fils, déjà installés à ses côtés, confiants, bruyants quelques minutes plus tôt, désormais apaisés par sa simple présence.

    Et lui… un spectateur. Mais cela lui fit comprendre une vérité brutale. Celle qu’il n’avait jamais vraiment pris le temps de regarder ses enfants vivre. Il avait été un roi avant d’être un père. Un stratège avant d’être un refuge. Les guerres, les alliances, les deuils avaient mangé les années comme une bête affamée. Il aimait ses enfants, oui mais de loin, comme on aime un héritage précieux qu’on protège sans jamais le toucher. C’était les enfants de Sélène, celle dont il exécrait la présence.

    Mais ce matin-là, quelque chose se fissura.

    Quand Silas fit cette moue si familière, Arès sentit un sourire lui échapper malgré lui. Le même froncement de nez. La même résistance boudeuse face à l’effort. Il eut presque envie de rire, un vrai rire, pas celui de cour.

    — « Le même que son père. »

    La remarque de Roxana le frappa plus fort qu’une lame affûtée qui lui rappelait qu’ils étaient de son sang. Il s’avança, lentement, comme s’il craignait de rompre l’équilibre fragile de l’instant de ce quatuor. Silas leva la tête, puis Alba remua légèrement sans se réveiller. Arès s’assit au bord du lit, maladroit et hésitant, puis posa sa grande main calleuse sur les cheveux clairs de sa fille.

    Ils étaient si petits. Comment avait-il pu ne pas le voir ? Il observa Roxana autrement. Non plus comme la déesse, la guerrière, le chaos sublime qu’il aimait avec déraison m, mais comme cette présence douce, patiente, presque maternelle. Elle n’essayait pas de remplacer qui que ce soit. Elle était simplement là et cela le bouleversa.

    — Dans une autre vie nous serons réunis et tu porteras nos enfants, dit-il enfin, d’une voix basse mais tendre.

    Il se leva pourtant, non pour fuir, mais pour faire ce qu’il n’avait jamais fait. Il fit signe aux garçons.

    — Venez.

    Ils se regardèrent, surpris. Leur père n’appelait jamais ainsi. Arès s’installa à même le tapis, sans manteau, sans couronne, sans posture martiale. Juste un homme aux épaules larges, aux mains marquées par le fer… qui ouvrait les bras.

    Les enfants hésitèrent une seconde puis s’y précipitèrent avec joie. Le poids de leurs corps contre le sien fut un choc, mais un choc délicieux.

    Il inspira lentement, comme pour ancrer cet instant dans sa chair. Il posa son menton sur leurs cheveux, sentit leurs respirations irrégulières, leurs rires étouffés. Il pensa à toutes les batailles qu’il avait gagnées, à tous les ennemis qu’il avait brisés et à quel point rien de tout cela n’égalait ce moment.

    Pour la première fois, Arès n’était pas pressé. Il leva les yeux vers Roxana et sentit qu’elle le regardait sans rien dire. Pas de défi. Pas de jalousie. Juste une tendresse grave.

    — Aujourd’hui, déclara-t-il calmement, le royaume attendra. Nous allons la passer en famille.

    Les enfants poussèrent un cri de joie et Arès sourit, franchement cette fois. Et dans ce sourire, il y avait une promesse silencieuse :
    quoi qu’il arrive, vampires, guerres, chaos, il se battrait désormais aussi pour ces matins-là.

    Et pour lui, c’est Roxana qui les avait rendus possibles.

  215. Avatar de C.
    C.

    Arès revint dans les jardins avec Gregor assis sur son avant-bras, le genou déjà bandé, la dignité légèrement froissée mais les larmes séchées. Il parlait doucement, d’une voix qu’il n’utilisait jamais sur un champ de bataille. Une voix basse, rassurante, presque maladroite. En arrivant, il ne pu s’empêcher de sourire, ému. Roxana riait. Pas ce sourire contenu, calculé, qu’elle offrait à la cour. Pas cette lueur dangereuse qu’il connaissait trop bien quand le sang appelait. Non. Un rire franc, clair, presque enfantin, qui lui traversa la poitrine comme une flèche.

    Silas tournait autour d’elle en criant, Alba se cachait derrière ses jupes. Roxana feignait la peur, reculait, puis bondissait avec une vivacité animale qui faisait hurler les enfants de joie. Elle était vivante. Intensément vivante. Et Arès sentit quelque chose se serrer en lui.

    Il comprit alors que ce matin-là n’était pas seulement un moment volé à la guerre. C’était une faille. Une faiblesse. Une chose précieuse que le monde pouvait lui reprendre. Il posa Gregor au sol et s’accroupit devant lui.

    — Va jouer, dit-il simplement.

    Le garçon hésita, puis repartit en courant pour les rejoindre. Arès resta debout, immobile, les yeux fixés sur Roxana. Son esprit, lui, s’était déjà remis à travailler comme une lame qu’on aiguise. Il observait les allées, les statues, les fenêtres du palais. Les silhouettes trop immobiles. Les regards qui se détournaient trop vite.

    Il avait cette entêtante sensation sourde, qui lui avait sauvé la vie plus d’une fois. Celle qui précédait toujours le drame. Ses doigts se refermèrent lentement sur le pommeau de son épée. Il n’était plus seulement un père, ni même un amant. Il redevenait ce qu’il avait toujours été : un prédateur veillant sur les siens.

    Roxana croisa son regard.

    Le rire mourut sur ses lèvres. Pas de panique. Juste cette compréhension muette qui les liait. Elle sentit le changement chez lui comme il sentait la bête en elle. Arès s’avança calmement, sans précipitation, jusqu’à eux et posa une main sur l’épaule de Silas, l’autre sur celle de Roxana. Un geste simple. Un geste de possession aussi.

    — On rentre, déclara-t-il.
    — Mais on n’a pas fini le jeu ! protesta Silas.
    — Le jeu reprendra plus tard. Mais nous devons rentrer.

    Il ne leva pas la voix. Il n’en avait pas besoin. Roxana ne discuta pas. Elle ramassa Alba, caressa les cheveux de Silas, puis se redressa. En passant près d’Arès, il lui murmura :

    — Tu as senti aussi.

    Ce n’était pas une question, et il hocha imperceptiblement la tête appréciant qu’ils se comprennent toujours aussi bien. En traversant les jardins, Arès compta. Les distances. Les issues. Les hommes. Il mémorisa les visages des employés présents, ceux qui avaient baissé les yeux trop tard, ceux qui n’avaient pas bougé.

    Il pensa à sa famille, autrefois. À cette nuit banal qui avait précédé leur massacre. Aux rires qu’il n’avait pas su protéger. Alors qu’ils franchissaient les portes du palais, Arès sut une chose avec une certitude glaciale : la guerre venait de s’inviter dans ce bonheur fragile. Arès n’avait pas ralenti le pas. Il n’avait rien dit de plus. Mais chaque muscle de son corps était déjà engagé dans la guerre.

    C’est alors, à peine eurent-ils franchi l’aile privée du palais, que cela se produisit. Un plateau tomba. Le fracas du métal sur la pierre fut trop sec, trop volontaire. Arès tourna la tête juste assez pour croiser un regard vide, noirci, affamé. Un serviteur déguisé et qui n’était autre qu’un nouveau-né vampire.

    Puis un second, surgissant de l’ombre du couloir opposé.

    Ils étaient jeunes. Trop jeunes. Maladroits encore, mais rapides, ivres de leur force fraîche. Et surtout… ils souriaient.

    Le temps se contracta.

    — Dans la chambre. Maintenant !

    Sa voix claqua comme un ordre de mort. Roxana comprit immédiatement, puisqu’elle n’était pas la seule en danger. Mais les enfants aussi. Elle attrapa Alba, tira Silas et Gregor vers elle. Arès les poussa presque à l’intérieur de la chambre royale, referma la lourde porte de bois derrière eux et fit glisser la barre de fer d’un geste sec.

    Puis il se retourna.

    Les deux vampires avaient cessé de feindre. Leurs crocs luisaient, leurs yeux étaient dilatés par la faim. Ils pensaient avoir l’avantage. Ils pensaient avoir surpris un homme. Mais quelle erreur !

    Arès retira lentement sa tunique dévoilant un buste luisant et parfaitement taillé, ainsi, il était libre de ses mouvements.

    — Vous avez choisi le mauvais palais, dit-il calmement.

    Le premier attaqua sans attendre, trop pressé, trop sûr de lui. Arès pivota, saisit son bras, sentit la force anormale mais aussi l’instabilité. Il utilisa son propre élan contre lui, l’écrasa contre le mur. La pierre vibra. Mais le second arriva dans son dos, et Arès le savait déjà. Il se laissa tomber au sol, roula, attrapa une dague dissimulée dans sa botte et la planta sans hésiter là où la veine de Vénus avait été tressée autour de la lame. Le cri fut bref. Étranglé. Pas humain.

    Il se releva couvert de sueur, de poussière, de rage tandis que le premier vampire se redressa à son tour, furieux, blessé mais pas encore détruit. Il riait. Un rire idiot. Nouveau-né. Inconscient.

    — Il va venir la chercher… souffla la créature, ils sont liés.. Elle lui appartient.. Comme il lui appartient..

    Cette phrase. Toujours cette phrase. Quelque chose se brisait en Arès. Est-ce que Roxana avait connu un autre homme ? Un homme devenu vampire pour vivre avec elle ?

    Il écarta vivement ces questions pour se concentrer sur le combat qu’il menait. Il ne combattait plus seulement avec sa technique. Il combattait avec tout ce qu’il avait retenu depuis l’enfance. La perte. L’impuissance. Les corps de sa famille. Le sang sur la pierre. Les cris qu’il n’avait pas oubliés et fonça.

    Sa garde surgissait alors qu’il se battait avec férocité, fureur. Il fracassa, neutralisa, brisa ce qui restait d’équilibre à la créature avant de l’achever sans détour. Quand le silence retomba enfin dans le couloir, Arès resta immobile, la respiration lourde, les poings tremblants.

    Derrière la porte, il entendait les cris de terreur de Alba et les pleurs de Gregor. Ses enfants, enfermé dans la chambre avec Roxana. Alistair arrivait enfin et constata avec effroi la boucherie au pied de son frère d’arme.

    — Bordel de merde.. C’est comme ce carnage.

    Arès avait envie de rire, mais il avaient encore le souffle coupé. Relâchant lourdement son épée sur le sol, il se tourna en direction de la porte de chambre qu’il libérait et ouvrit en posant une main contre le bois.

    — C’est fini, dit-il à voix basse. Vous êtes en sécurité.

  216. Avatar de C.
    C.

    Arès ne l’interrompit pas, et c’était peut-être la première fois depuis quelques jours. Il resta debout, immobile, les mains posées à plat sur la table de guerre, à écouter chaque mot de Roxana comme on écoute un oracle, non pour y chercher une vérité absolue, mais pour y reconnaître un fil à tirer. Il ne la regardait pas avec la crainte qu’elle devienne une arme incontrôlable. Il la regardait enfin telle une alliée, son égale. Et forcément, cela changeait tout.

    Néanmoins, les paroles du nouveau-né résonnaient encore dans son esprit. Roxana était liée à quelque chose ou du moins, quelqu’un. Et elle lui appartenait.

    Arès sentit la colère vouloir remonter, cette marée noire de jalousie qu’il connaissait trop bien. Il la contint. Cette fois, il ne la laisserait pas décider à sa place.

    — Tu n’oublies pas sans raison, dit-il enfin, d’une voix basse mais assurée.

    Il releva les yeux vers Roxana. Pas de reproche, occulter les doutes. Seulement une certitude dure comme l’acier.

    — Quelqu’un a touché à ta mémoire. Et ce quelqu’un savait exactement ce qu’il faisait.

    Il se redressa, fit quelques pas dans la pièce, son esprit déjà en mouvement. La villa. Le désert. Léon. Le vide. Les pièces du puzzle refusaient de s’assembler seules mais ensemble, elles dessinaient une intention.

    — S’il y a un trou, reprit-il, c’est que quelque chose devait rester caché. Pas à toi. À nous. Mais encore, tu n’es pas faible parce que tu doutes, je crois que c’est plutôt l’inverse… Tu dangereuse parce que tu te souviens presque.

    Cette phrase, il la pesa. Il savait ce qu’elle impliquait. Arès inspira profondément, puis prit une décision qu’il n’aurait pas prise quelques jours plus tôt.

    — Nous allons retourner là-bas.

    Il vit l’éclair passer dans les yeux de Roxana. Il leva la main, non pour la faire taire, mais pour cadrer.

    — Pas seuls. Pas dans la précipitation. Toi, moi… Alistair et quelques gardes.

    Un fin rictus passa sur ses lèvres.

    — Il a l’œil pour ce que nous ne voyons pas. Et surtout, il n’est ni aveuglé par la peur de te perdre… ni par l’envie de te posséder.

    Il posa son doigt sur la carte étalée devant eux, là où le désert mordait les routes commerciales.

    — La villa. Si quelqu’un t’a trouvée là-bas. Si quelqu’un a touché à ta mémoire. S’il a pris Léon… alors il a laissé des traces. Même des dieux en laissent.

    Arès se pencha légèrement vers Roxana, sa voix plus grave, plus intime.

    — Cette fois, je ne te demanderai pas de rester en arrière. Et je n’irai pas devant pour jouer au héros stupide.

    Il marqua une pause et prit ses mains dans les siennes qu’il dévorait de tendre baisers malgré la situation de guerre qui se profilait.

    — Tu avais raison.. Nous avançons ensemble. Tu observes ce que je ne peux pas sentir. Je protège ce que tu ne peux pas défendre seule. Et Alistair s’assure que nous ne tombions pas dans un piège grossier.

    Il serra brièvement sa mâchoire, puis ajouta, sans détour :

    — Et si ce lien existe vraiment… alors nous le comprendrons. Et nous le briserons.

    Il posa enfin sa main sur la joue de Roxana et plongea ses iris dans les siens, tourmenté par ces pensées obsessionnelles.

    — Il croit que tu lui appartiens tendre chaos.. Je.. Je voudrais donc savoir si..

    Ses yeux s’assombrirent rien qu’à la simple idée d’énoncer cette phrase.

    — Est-ce que tu as été liée à un autre pendant notre séparation ? Est-ce que tu as eu une relation avec un dieu ?

  217. Avatar de C.
    C.

    Arès sentit immédiatement que quelque chose n’allait pas. Pas seulement la poigne de Léon sur lui qui était solide, glaciale et anormalement forte.
    Mais ce regard. Ce regard qu’il avait connu loyal, presque fraterne et qui désormais était traversé par une lueur étrangère, possessive, malsaine.

    Il ne tenta pas de se débattre tout de suite. Mauvaise idée. Léon voulait une réaction. Un geste brusque donnerait l’avantage.

    Alors Arès fixa Roxana. Il voyait déjà la tempête monter en elle : les crocs sortis, les yeux assombris, cette posture de prédatrice prête à arracher une gorge. Et ce qui lui glaça le sang, ce ne fut pas le danger pour lui mais pour elle. Parce que Léon la connaissait. Parce qu’il savait comment la provoquer. Les mots du vampire continuèrent de résonner.

    « Elle embrasse divinement bien… »

    La mâchoire d’Arès se crispa malgré lui. Une jalousie brutale, primitive, tenta de lui faire perdre la tête. Mais derrière cette colère, une évidence plus froide s’imposa. La manipulation engagée fonctionnait très bien et il ne pouvait se résoudre à le laisser faire.

    — Assez Léon, dit-il calmement, reprends toi.. Rappelle toi.. Rappelle toi qui tu es..

    Sa voix était basse, presque lasse. Pas la voix d’un rival, mais celle d’un roi qui observe un pion agité. D’un ami qui essaie de trouver encore de l’humanité chez la créature.

    — Roxana ne t’as pas transformé par caprice. Léon.. Tu peux te contrôler. Elle l’a fait..

    Il inclina légèrement la tête, juste assez pour croiser le regard de Léon.

    — Tu es.. Tu es notre ami..

    C’était une certitude et Arès vit immédiatement l’effet, puisque l’espace d’une seconde, l’assurance de Léon vacilla. Infime. Mais réel. Alors Arès en profita.

    — Ne laisse pas la créature prendre le dessus, continua-t-il, elle veut nous dresser l’un contre l’autre. Toi contre moi. Et tu es en train de jouer exactement le rôle qu’elle attend.

    Le bras de Léon se contracta autour de lui. Réflexe nerveux et défensif mais c’était très bien. Cela signifiait qu’il y avait encore une faille chez lui. Une faille que Arès comptait bien utiliser. Il parla alors directement à Roxana, sans hausser la voix :

    — Ne l’attaque pas Roxie.. Ne l’attaque pas, on doit l’aider.

    Il savait qu’elle détestait recevoir des ordres. Mais cette fois ce n’était pas un ordre. C’était un appel à leur alliance récente.

    — Observe-le. Il n’est pas stable. Sa respiration, ses pupilles… quelque chose le pousse. Ce n’est pas seulement lui.

    Il marqua une pause et enfin, Arès tenta un léger mouvement, juste assez pour tester la prise. Toujours solide, mais moins assurée qu’au début, car Léon doutait et un adversaire qui doute est déjà à moitié vaincu. Pourtant, sous cette stratégie froide, Arès sentait son cœur battre plus vite qu’à l’ordinaire. Parce que Léon avait prononcé la seule menace qui pouvait réellement l’atteindre : lui enlever Roxana.

    Cette idée réveilla en lui quelque chose d’animal et de dangereux. L’instinct du guerrier, du survivant, de l’homme qui avait déjà tout perdu une fois et qui refusait de se voir priver une nouvelle fois de l’être aimé. Il releva lentement le menton, plantant son regard dans celui de Léon.

    — Tu veux me tuer ? Fais-le. Mais ne te mens pas : elle ne sera jamais à toi. Parce qu’elle m’a choisit et que ce sera toujours ainsi.

    Il avait vu l’instant venir.

    Cette micro-seconde où le doute dans les yeux de Léon s’est mué en rage pure, tel un prédateur acculé. Arès n’eut pas le temps de pivoter entièrement et la douleur fut foudroyante. Cela a été une vitesse si importante qu’il ne vit rien venir. Il sentait juste comme une.. Une perforation.

    Les doigts de Léon avaient traversé son flanc comme si sa chair n’était qu’un tissu trop fragile et il sentit la pression, la résistance qui cède… puis la chaleur. Beaucoup trop de chaleur. Son souffle se coupa net et aucun cri. L’air refusait d’entrer. Il baissa les yeux et vit que le bras de Léon était enfoncé dans son abdomen.

    Il vit le sang avant de sentir l’odeur. C’était épais, sombre et abondant.

    — Mauvais… C’est… Très mauvais, dit-il totalement choqué.

    Léon retira sa main d’un geste brutal et Arès chancela. Ses jambes tinrent une seconde de trop par orgueil, puis cédèrent. Le sol heurta ses genoux et le monde bascula légèrement sur le côté.

    Il entendait =Roxana. Ou peut-être imaginait-il l’entendre. Un grondement sourd, animal et furieux.

    — Bien.. Bien, murmurait-il dans un souffle toujours surpris.

    Au moins elle était en vie, se disait-il. Il porta une main à sa blessure et il sentit ses doigts s’enfoncer dans quelque chose de trop humide et de trop ouvert. La pression déclencha une vague de douleur si violente que sa vision se tacha de noir. Il comprit rapidement que ce n’était pas une blessure profonde, mais une blessure mortelle.

    Il avait vu assez de champs de bataille pour savoir reconnaître l’odeur d’un homme qui se vide de son sang. Chaque battement de cœur expulsait la vie hors de lui trop vite. Mais il restait encore conscient. Il leva les yeux mais sa vue se brouilla.

    Léon riait. Un rire brisé, presque hystérique puis des cris presque d’hystérie. Il se sentait inutile, même alors qu’il mourrait. Les mots, le regard et ses pensées devenaient floues.

    Arès tenta de se redresser, mais c’était impossible. Son corps ne lui obéissait plus correctement et ses mains tremblaient. Le froid montait déjà le long de sa colonne vertébrale.

    « — Pas encore, pensait-il furieux, pas comme ça.. pas devant elle.. »

    En tournant la tête sur le côté, sa vision accrocha Roxana. Il vit sa silhouette se jeter sur Léon. La vitesse. La violence. Les crocs. Le sang. Un tourbillon rouge et noir. Il aurait voulu sourire et lui dire qu’il la trouvait magnifique quand elle le protège.

    Une nouvelle vague de vertige le traversa. Cette fois plus profonde. Plus lente.. Il n’entendait presque plus rien. Les sons semblaient venir de sous l’eau. Il inspira en fermant les yeux mais rien ne venait. L’air entrait à peine, comme si ses poumons refusaient l’effort.

    — Je vais mourir, murmurait-il.

    Il était étonné que ce ne soit pas totalement dramatique, même s’il pensait aux enfants. A Gregor courant vers lui avec son genoux blessé. Silas jouant au guerrier un livre à la main et Alba dans les bras de Roxana.
    Il pensa à la pièce de guerre. Aux cartes. Aux plans qu’il n’avait pas encore terminés.

    Il pensa à Roxana, à la première fois qu’ils s’étaient rencontré. A toutes les disputes, tous les moments de tendresse. A tous ces mots qu’il n’avait pas pu lui dire. Sa main chercha le sol mais ne trouva que son propre sang.

    — Merde.. Merde..

    Il voulait lui dire quelque chose. Quelque chose d’important. Pas héroïque. Pas grandiloquent. Il voulait qu’elle choisisse de toujours vivre. Mais sa bouche ne forma aucun son et quand enfin le silence vint autour de lui, la lumière vacilla. Le froid devint dominant et son cœur battit plus lentement.

    Une fois.
    Deux fois.
    Irrégulier.

    Il sentit son corps s’alourdir, comme s’il coulait à l’intérieur de lui-même. Fait surprenant, il se mit à prier. Espérant que les dieux sauraient transmettre ses derniers mots à son aimé.

    « — Si je meurs… qu’elle ne fasse pas l’erreur de me suivre. Elle est bien plus forte que moi. »

    Puis l’obscurité s’approcha, ça n’avait rien de brutal. Et pour la première fois depuis longtemps, Arès n’avait plus besoin de rien contrôler puisqu’il était partit.

  218. Avatar de C.
    C.

    La morsure n’avait pas fait de lui un monstre. Alistair se souvenait du goût du sang de Roxana, un mélange entre fruit et soleil. Le reste, la douleur, la transformation, la brûlure dans ses veines, tout cela s’était dissipé avec le temps. Mais pas cette image-là. Elle était restée, intacte, comme un sceau apposé sur son éternité.

    Quand il ouvrit les yeux après sa première nuit d’immortalité, le monde n’avait pas changé et c’était cela, le plus cruel.

    Car les hommes continuaient à se lever, à mentir, à aimer, à trahir, à naître et mourir. Le soleil continuait de se lever sur des royaumes trop jeunes pour comprendre qu’ils étaient déjà condamnés. Rien n’avait tremblé à la chute d’Arès. Ses enfants avaient grandis, s’étaient mariés puis avaient vieillis. Sa lignée persistait, forte et pleine de grâce.

    Alors Alistair comprit une chose simple, si l’éternité lui était donnée, il ne la subirait pas. Il l’emploierait à quelque chose de plus grand, de plus fort qu’une simple vie de mercenaire. Il resta d’abord auprès de Roxana, non pour la surveiller mais pour vérifier qu’elle respirait encore, métaphoriquement. Elle avançait comme on avance après une amputation invisible. Droite, digne, magnifique mais vide d’émotions. Elle tenait ses promesses faites au roi défunt avec une précision chirurgicale. Elle protégeait les lignées, murmurait à l’oreille des puissants, corrigeait le cours des choses avec l’élégance d’un poison discret.

    Mais il voyait bien qu’elle ne vivait plus que par stratégie.

    Alors il partit. Il lui laissa mener son existence comme elle l’entendait, mais restait toujours à l’écoute de signes et de rendez-vous prévus. Il suivit les routes romaines qui s’effritaient comme des ossements à ciel ouvert. Il traversa des cités où les statues perdaient leurs visages sous la pluie. Il servit sous des bannières éphémères, observa des rois persuadés d’être éternels et qui mouraient d’une fièvre banale.

    Partout, il écoutait. En vérité, il traquait les rumeurs d’un homme impossible. Roxana lui avait parlé de la promesse de Arès et il voulait lui aussi y croire. Alors, il cherchait, désespérément mais il cherchait un guerrier, un chef que les flèches éviteraient. Un regard qui faisait taire les foules. Il interrogeait les tavernes, les soldats blessés, les prêtres aux visions trop inspirées.

    Mais il se rendit bien vite compte que chaque siècle fabrique ses mythes et que aucun n’était Arès. Parfois, il croyait sentir quelque chose, comme une intensité particulière dans un général, une violence trop pure dans un conquérant, et il s’approchait. Il observait. Il testait. Il provoquait même. Mais il n’y retrouvait jamais cette densité singulière, cette manière qu’avait Arès d’habiter l’espace comme s’il en était le centre naturel.

    Avec le temps, une vérité plus dérangeante s’imposa, peut-être que le roi ne reviendrait pas en roi. Aurait-il le même visage ? La croyance de Roxana l’avait tellement rassuré pendant quelques années que désormais il doutait. Alors la quête changea de forme et au lieu de chercher Arès, Alistair entreprit de façonner l’échiquier.

    Il empêcha certaines guerres d’éclater trop tôt, lorsqu’elles auraient laissé derrière elles un chaos stérile. Il en encouragea d’autres quand elles devenaient inévitables et qu’un nouvel ordre pouvait en émerger. Il soutint des lignées prometteuses, élimina des tyrans encore fragiles avant qu’ils ne s’enracinent.

    Il ne régnait pas mais ajustait et avec Roxana ils sculptaient les couronnes et les royaumes. Ils se retrouvaient parfois, comme deux astres suivant des trajectoires anciennes. Une décennie ensemble. Puis un siècle de silence. Leurs retrouvailles n’étaient jamais bruyantes. Un regard suffisait. Ils n’évoquaient presque plus Arès. Son nom flottait entre eux comme une présence assise à leur table. S’il avait bien eu un élan de tendresse pour la vampire, il n’en restait pas moins fraternel. Jamais il n’eut de désir pour elle. Sa vie de vampire était devenue presque chaste. Il n’avait aucune envie de créer de massacre. Roxana l’avait bien guidé dans sa transformation et il agissait toujours avec un profond respect de la vie humaine.

    Et puis vint le nord.

    L’an 485,

    Lutèce n’était plus la perle romaine qu’elle avait été. C’était une ville en transition, encore marquée par l’Empire mais déjà promise à autre chose. On y parlait d’un jeune roi franc à l’ambition dangereuse : Clovis Ier. Un chef capable d’unifier par la force ce que les siècles avaient morcelé. Alistair sentit une vibration familière. Il remonta vers la Seine, traversa des forêts lourdes d’humidité, entra dans un palais encore brut de pierre et de bois.

    Et c’est là qu’il retrouva son amie. Sous les étoffes franques, elle semblait presque irréelle. Trop fine pour cette cour guerrière, trop lumineuse pour ces murs épais. Elle riait doucement à l’oreille d’une dame, inclinait la tête devant un noble, murmurait quelques mots à l’oreille du roi.

    Elle jouait, telle une conseillère invisible ou encore une architecte silencieuse d’un royaume en gestation. Elle n’avait pas changé. Dix-huit ans, éternellement. Une beauté capable de faire plier des hommes plus sûrement qu’une armée. Mais lui voyait la fissure sous le marbre.

    Elle se tourna vers lui avant même qu’il ne s’annonce, comme si son pas avait traversé les siècles.

    — « Ali… Cela doit faire déjà dix ans, non ? »

    Pour elle, dix ans étaient une respiration. Pour lui, c’était encore la chaleur d’un sang sur la pierre. Elle lui offrit un rôle avec un sourire léger, celui du grand frère revenu d’un pèlerinage vers les terres d’un certain Jésus, ces terres dont les rumeurs redessinaient l’Occident. Une nouvelle identité, prête à être endossée comme un manteau.

    — Des rôles. Toujours des rôles, disait-il avec un certain amusement avant d’accepter.

    Ce n’était pas par goût du masque, mais parce qu’il comprenait ce qu’elle faisait ici. Si les Francs parvenaient à s’unifier, si ce jeune roi consolidait son pouvoir, alors une ossature nouvelle émergerait au cœur de l’Europe. Un socle, un futur terrain pour des ambitions plus vastes. Et si Arès revenait un jour, il aurait besoin d’un monde structuré, pas d’un champ de cendres.

    Plus tard dans la soirée, quand la nuit enveloppait la ville, que le palais s’endormait et que les torches vacillaient, Alistair la surprit seule, immobile devant une fenêtre étroite. Elle regardait vers l’horizon comme si la brume pouvait s’ouvrir. Depuis presque deux siècles, elle ne pleurait plus mais elle attendait. Elle avait simplement appris à survivre dans un monde qui avait continué sans son roi.

    Il la rejoignit en deux mouvements, passant d’une fenêtre à une autre et eut le mérite de la faire sourire. Une fois entré dans ses appartements, il se servit un verre de vin et s’effondra sur le sofa.

    — Qu’est-ce qui te plait tant chez ce jeune roi. Il n’est qu’un homme de plus souffrant d’une mégalomanie aigue.. Ne veux-tu pas venir avec moi dans le Nord ? Nous pourrions essayer de traquer ce frère de la légende..

  219. Avatar de C.
    C.

    Les convenances exigeaient qu’il ne reste pas trop longtemps à ses côtés aux yeux de la cour. Les Francs avaient troqué la brutalité franche contre une morale étroite et nerveuse. Une femme célibataire, trop proche d’un homme, même “frère”, devenait vite sujet de murmures. Il trouvait cela presque ironique… La chrétienté qui s’installait avec une austérité nouvelle, ces prêtres qui se drapaient dans une vertu théâtrale… tout cela portait la signature invisible de Roxana, alors qu’au fond, elle était elle-même éprise de chair et de sang.

    Il l’avait vue à l’œuvre, des siècles plus tôt. Il avait vu “Marie-Madeleine” murmurer aux oreilles d’un prédicateur visionnaire, orienter les récits, structurer les symboles. Non par foi. Par stratégie. Détourner l’attention des hommes des créatures de la nuit vers un dieu unique et rassurant. Elle avait remplacé la peur des vampires par la peur du péché.

    Et il pensait avec amusement que c’était brillant et terriblement efficace.

    Assis dans le fauteuil près du sien, Alistair la regardait plus qu’il ne buvait son vin. Il n’en avait pas besoin. Le geste suffisait à donner l’illusion d’humanité. Il observait la lueur vacillante des chandelles se refléter dans ses yeux quand elle parlait de Clovis. Roxana s’était mûrée avec le temps dans le principe de la stratégie. C’était sans aucun doute, sa manière de ne pas sombrer dans la pure folie. Quand elle évoqua Arès, sa voix vacilla d’un demi-souffle. Infime. Presque imperceptible. Mais il le sentit comme on sent une fissure sous la glace.

    Elle baissa les yeux et Alistair détourna les siens par respect. Il ne supportait pas de voir cette faille-là. Il aurait préféré mille fois la voir en colère.

    — « Clovis n’est qu’une pièce… »

    Oui, il le savait. Il savait aussi que derrière chaque stratégie il y avait la même espérance têtue : préparer le monde pour un retour hypothétique de son ancien ami et de son amant à elle. Il la laissa parler de paix, d’unification, d’un Occident stabilisé. Il savait qu’elle avait raison et que le morcellement post-romain était un terrain instable. Si Arès revenait dans ce chaos, il devrait conquérir encore. Et elle ne voulait plus qu’il conquière, elle voulait qu’il règne. Mais Alistair n’y croyait pas. Ou du moins, il ne se laissait plus aller à cette vieille théorie.

    Elle vint s’asseoir près de lui et toujours cette proximité qui ne devait rien au désir et tout à la confiance. Ils étaient devenus autre chose qu’amis, deux survivants liés par un deuil qui ne cicatrise pas. Quand elle parla de son frère, l’ennemi, le contraire, le loup des terres du Nord, Alistair sentit son instinct stratégique s’éveiller.

    — Je n’ai pas peur, dit-il avec un léger rire amusé, j’ai cessé d’avoir peur le jour où mon cœur a cessé de battre.

    Elle, en revanche, avait peur pour lui, il le savait et cela l’émut plus qu’il ne l’aurait admis. Il esquissa un léger sourire et tapota son genoux.

    — Tu sais… Après tout ce que j’ai vu, la mort n’était plus une menace. C »est devenu une variable.

    Mais il comprenait ce qu’elle disait. Elle avait déjà perdu son âme soeur. Elle ne supporterait pas de perdre son ami. Alors, pour la rassurer, il répondit calmement, d’une voix calme :

    — S’il est ton contraire, alors il n’est pas nécessairement notre ennemi. Les contraires s’équilibrent parfois. Ils ne s’annihilent pas toujours. Et si nous ne l’approchons pas, d’autres le feront. Mieux vaut qu’il nous voie en premiers, ne crois-tu pas ?

    Il ne cherchait pas la confrontation. Il cherchait l’information. Un esprit opposé au leur, doté d’une puissance comparable, ne devait pas rester une rumeur. Mais elle avait d’autres occupations, d’autres projets. Quand elle proposa d’envoyer un émissaire, il acquiesça docilement, car il avait compris que l’éternité récompensait souvent la patience.

    Puis elle prononça un nom qu’il n’avait pas entendu depuis des siècles.

    — Lucia ?

    Il ne bougea pas immédiatement. Mais son regard, lui, changea car il repensa à l’horreur de Pompéi. La cendre, les cris, la chaleur. Une jeune femme coincée sous des débris, les yeux remplis de cette même panique qu’il avait vue chez tant d’autres. Il ne l’avait pas sauvée par stratégie mais il l’avait sauvée par faiblesse et il l’avait transformée parce qu’il n’avait pas supporté l’idée de la voir mourir.

    Il n’en n’avait pas parlé à Roxana, non pas par honte mais par faiblesse. Il l’écouta parler de Paris. De cette Lucia désormais entourée de femmes particulières qu’on appelait des Sorcières et qui effrayait le pouvoir des hommes. Le mot n’avait rien de folklorique pour eux car les premières de ces femmes avaient façonné Roxana. Elles existaient, rares, insaisissables et dangereuses.

    Si Lucia s’était rapprochée d’elles, ce n’était pas un hasard. Roxanna lui demanda s’il pouvait se rapprocher d’elle. Il comprit immédiatement la double strate de la demande qui était à la fois stratégique et personnelle.

    — Je ne me suis jamais “éloigné”, dit-il doucement en posant son verre. Si elle est ici, ce n’est pas un accident. Lucia ne se déplacerait jamais sans raison. Et si ces femmes sont réellement ce que tu penses… alors oui, cela vaut le risque.

    Il tourna enfin pleinement son regard vers Roxana. Il n’y avait ni ironie ni distance seulement une loyauté sans fissure.

    — Si elles peuvent te donner une réponse sur Arès, je les trouverai. Je gagnerai leur confiance. Et si elles représentent une menace, je l’évaluerai avant qu’elle ne t’atteigne.

    Il finit par se lever, époussetant ses vêtements avec ce mouvement singulier qu’il faisait déjà des siècles auparavant.

    — Je m’occuperai de Lucia. Et du loup, si nécessaire.

    Il s’arrêta à la porte, la silhouette découpée par la lumière vacillante.

    — Tu crois vraiment qu’il soit possible que Arès soit là, quelque part ? Est-ce que tu penses vraiment qu’il puisse revenir ? Même en étant nous-même, il y a des fois où je doute..

    1. Avatar de M.
      M.

      Alistair n’est pas comme Arès. Il n’a jamais été contre les décisions de Roxanna et parfois la brune y pense. Qu’est-ce qu’aurait dit Arès dans ce genre de situation ? Son ancien amant est une obsession et quand Alistair commence à demander si Roxie croit qu’Arès va vraiment revenir, la brune s’assombrit au point d’en avoir les yeux qui se noircissent. Comment peut-il demander ça ? Comment peut-il douter ? Alors qu’il est à la porte, prêt à sortir, Roxanna se relève de son fauteuil et elle se rapproche de son ami avec une manière prédatrice.

      « – Il me l’a promis ! Il m’a promis de me revenir et qu’importe si cela doit prendre encore cent ans ou mille ans ! Arès reviendra auprès de moi parce que c’est.. c’est lui qui me l’a promis.. »

      C’est vrai que rien n’a été écrit. Rien n’a été scellé par des sorcières. Arès l’a promis mais est-ce que cela arrivera ? Roxanna ne veut pas en douter car c’est la seule chose qui ne l’a fait pas devenir ce monstre qu’elle redoute tant.

      Il y a des moments où elle n’était pas loin de céder et où son peu d’humanité était prêt à s’envoler. Elle voit encore du sang humain mais sans faire de massacre et pourtant le monstre en elle, voudrait tout détruire. Alistair a tout de même eu aussi son rôle pour contenir la brune et il a plusieurs fois eu le temps de la stopper avant qu’elle ne perde la tête. Une fois, il l’a retrouvé dans la cité phocéenne, où elle était prête à tuer plusieurs hommes qui l’avaient un peu trop approchés. Oui, parfois elle se laisse submerger par des émotions qui la rendent beaucoup trop impulsive mais Alistair était là. Il a toujours été là.

      « – Tu n’as pas le droit de douter Alistair. Tu sais très bien que c’est mon seul espoir.. S’il ne revient pas, qu’est ce que je suis censé faire ? Je n’aurais plus aucune raison de.. d’être celle que je suis. »

      Roxanna recule d’un pas et elle retrouve un regard plutôt normal. Ou alors de nouveau triste.

      « – On se retrouve demain pour que je te présente à la cour et que tu puisses te rapprocher de lucia. Bonne fin de nuit Alistair. »

      Et elle ferme la porte tout comme elle a fermé son cœur et sa raison à la mort d’Arès.

      Au lendemain, Roxanna a retrouvé son faux sourire et comme convenu, elle amène Alistair dans la salle de banquet pour le présenter aux nobles Francs mais aussi au roi. Les deux vampires sont toujours sensibles au soleil mais dans ce château, ils sont bien couverts. Rien ne laisse présager ce qu’ils sont et leurs beautés mystiques attirent tous les regards. Clovis n’a d’yeux que pour Roxanna malgré l’épouse qui l’accompagne et ça, Roxanna le sait et elle en joue. Après la présentation de ce faux frère auprès de Clovis, Roxanna montre du regard Lucia qui est attablée un peu plus loin. La rouquine a remarqué Alistair, si bien qu’elle ne le quitte pas des yeux.

      « – Je crois que quelqu’un t’a remarqué. Je reste auprès du roi si tu souhaites me voir. »

      Roxanna n’a pas besoin d’accompagner Alistair, elle a confiance en lui et en ce qu’il pourrait dire ou faire. C’est bien le seul qui a ce privilège. Retournant vers Clovis, elle joue de ses charmes pour parler d’une possible alliance avec de nouveaux peuples.

      LUCIA :

      Comment ne pas reconnaître cet homme qui m’a sauvé il y a plusieurs siècles ? C’est aussi l’homme qui m’a surveillé pendant plusieurs décennies avant de disparaître du jour au lendemain. Lorsque j’étais encore humaine, nous nous étions rencontrés à Pompéi. J’étais une jeune prostituée et je n’aimais pas cela mais je n’avais pas le choix puisque j’avais été vendu par mes parents. Alistair avait demandé une nuit en ma compagnie mais il ne m’avait pas touché. Nous avions parlé de tout et de rien, jusqu’à ce qu’il disparaisse et me retrouve la nuit suivante. Pendant un mois, il venait chaque soir pour parler et même si la tension entre nous était vive, il ne m’a jamais souillée. Il ne m’a offert qu’un baiser.. juste avant que le Vésuve ne se transforme en monstre de feu.

      Il m’a sauvé de la lave et des cendres, alors que j’étais certaine de perdre la vie ce jour-là. Mon corps avait quasiment fondu.. je n’étais qu’un amas de chair brûlée mais après qu’il m’a fait boire son sang, mon corps est redevenu ce qu’il était et je suis devenue celle que je suis à présent. Une vampire.

      Après être devenu cette créature, Alistair m’a aidé à m’adapter à celle que je devais être mais la tension a fini par nous emporter lors d’une nuit et le lendemain, Alistair avait disparu. Il n’est jamais revenu après cette nuit de passion et ça m’a blessé. Cela m’a si profondément fait mal que j’ai laissé mes pires émotions prendre le dessus sur moi car je ne comprenais pas pourquoi il m’avait abandonné.

      Les siècles sont passés et j’ai composé avec ce que je trouvais sur ma route. J’ai eu un compagnon de fortune avec qui je m’amusais et dans notre aventure, nous sommes tombés sur des sorcières. Elles sont rares et hostiles envers les vampires mais j’ai réussi à convaincre deux sorcières de me suivre dans mes périples. Mon compagnon est mort en essayant de s’en prendre à l’une d’elle et ça ne m’a pas vraiment affecté puisqu’il l’avait mérité. Et de toute façon il n’a jamais pu prendre la place qu’Alistair a toujours eu dans mon esprit.

      Là, il se tient à quelques tables de moi et il me fixe. Il se tient à côté de celle que je convoite.. Si je suis à Paris avec mes deux amies, ce n’est pas pour rien. Nous avons besoin de la première vampire pour un sort qui pourrait me permettre de retrouver la lumière du jour. Cependant Alistair ne devait pas faire partie de cette scène. Joanna et Ava sentent la tension qui émane de mon corps et elles se mettent à leurs tours à observer celui qui fait frissonner ma peau.

      “- Tout va bien Lucia ?
      _ Oui.. Je dois juste m’entretenir avec quelqu’un. Je reviens.”

      Je me relève de ma place pour m’avancer vers celui que j’ai maudis durant de longues années. Je le déteste autant que je l’ai aimé. Je pensais que nous avions un lien puissant et qu’il m’avait sauvé pour me garder auprès de lui mais il m’a lâchement laissé seule. Lorsque j’arrive face à lui, je me retiens de ne pas le gifler. Il est toujours autant beau et mystérieux. Il dégage quelque chose d’envoûtant, de puissant mais ça ne fonctionne plus avec moi. En m’abandonnant, il a fait de moi un électron libre et aujourd’hui je ne suis plus la jeune prostituée timide et docile.

      “ – Alistair. Je n’aurais jamais cru te revoir un jour. Je pensais même que tu étais mort. Ou non, je crois que dans mon esprit tu es mort. Dommage que finalement ça ne soit pas le cas.”

      J’étire mon plus grand sourire, même si cela me coûte. Je jette aussi un regard vers la première vampire qui ne nous quitte pas des yeux. Qui est-elle pour lui ? Sa réelle compagne ? Son grand amour ? J’ai de nombreuses fois imaginé Alistair auprès d’autres femmes et je me suis même fait une raison sur son abandon. Je n’étais certainement qu’une conquête de plus mais j’aurais aimé qu’il soit franc avec moi. J’aurais préféré qu’il me dise que je n’étais rien, juste une passade dans son éternelle vie. Rester sur un silence m’a fait imaginer mille scénarios et cela a amplifié mon sentiment de colère. Ce n’est que depuis ma rencontre avec les sorcières que j’ai réussi à dompter ce mal qu’Alistair a laissé car avec elles, j’ai découvert le goût pour l’amusement et la provocation.

      « – Je doute que tu es là pour évoquer des regrets ou un mal du passé. Par contre j’ai vu que tu discutais avec Dame Roxanne et ça c’est plus intéressant. J’aimerais que tu me la présente. »

      Si lui n’a pas changé physiquement, moi non plus. J’ai toujours mes longs cheveux roux et mes traits angéliques. Il n’y a que la vêture qui change puisqu’aujourd’hui on impose de longues robes aux femmes. Lorsqu’il m’a rencontré, je n’avais le droit qu’à un morceau de tissu comme vêtement puisque mon statut faisait que je devais montrer ma nudité. Prostituée.. en y repensant, ça n’a pas vraiment changé puisque j’utilise encore mon corps pour gagner l’argent ou la confiance des hommes mais c’est plutôt devenu un jeu au lieu d’une corvée.

      « – Tu me dois bien ça après m’avoir abandonné comme si je n’étais qu’une insignifiante poussière dans ta misérable vie. »

  220. Avatar de C.
    C.

    Alistair n’avait jamais craint la colère de Roxanna mais il craignait son désespoir.

    En posant cette question il savait qu’il marchait sur une ligne fine. Alors, lorsqu’elle s’était levée, et s’était approchée de lui avec cette lenteur prédatrice, il n’avait pas reculé. Ses yeux s’étaient assombris avec une fureur plus grande que l’Enfer. Il avait déjà vu ce noir-là, notamment dans la cité phocéenne quand il l’avait trouvée entourée d’hommes qui ne comprenaient pas à quel point ils flirtaient avec la mort. Il l’avait retenue. Pas par force brute, bien qu’il en eût la capacité mais par mémoire à Arès.

    — « Il me l’a promis. »

    Oui, il le savait. Et il savait aussi que les promesses de ce mortel étaient les plus fragiles des serments aux yeux de la belle brune. Alistair ne répondit pas. Il n’argumenta pas et laissa passer l’orage. Parce qu’il avait compris depuis longtemps que l’espoir d’Arès n’était pas une conviction rationnelle, mais comme une digue qui si elle se fissurait pouvait créer un gouffre sans précédent. Il l’avait vue au bord du carnage. Il l’avait vue vaciller mais malgré tout, t il avait été celui qui restait.

    Car, qui était-il pour être celui qui la jugerait ? Mais encore, il s’était juré de protéger Roxana tel un trésor au nom de son frère.

    — « Tu n’as pas le droit de douter. »

    Il accepta la sentence sans protester parce qu’il savait qu’elle avait besoin qu’il soit du côté de la certitude, même s’il demeurait, en silence, du côté de la prudence. Quand elle referma la porte, il resta un instant immobile dans le couloir. Elle venait de refermer bien plus qu’un battant de bois et lui, comme toujours, allait porter ce qu’elle refusait de regarder en face.

    Le lendemain, dans la salle de banquet, il reprit son rôle. Il était aisé de paraître humain. De respirer au bon rythme. De laisser le vin effleurer ses lèvres sans en avoir besoin. Le plus difficile n’était pas de jouer un homme, mais c’était de supporter l’odeur.

    Le sang battait sous les peaux. La chaleur, la pulsation, la vie. Il n’avait aucune idée, humain, des tentations qu’il pouvait être quand il avait rencontré Roxana et de sa force mentale pour ne pas céder à cette pulsion sauvage. Au début de sa transformation, il n’était que sensation et ne rêvait que de carnage.

    Vite, il détourna légèrement le regard. Il n’avait pas les failles de Roxanna, mais il n’était pas insensible.

    Clovis ne voyait que Roxanna et Alistair, lui, voyait tout le reste. Les regards envieux. Les alliances silencieuses. Les ambitions dissimulées sous des sourires. Et puis il sentit Lucia. Il n’eut pas besoin de chercher longtemps. Elle était là, immobile, tendue comme un arc.

    Les siècles n’avaient rien effacé.

    La première fois qu’il l’avait vue, elle avait les yeux d’une jeune femme condamnée par le monde. La dernière fois, elle avait les yeux d’une amante blessée. Aujourd’hui, ils étaient différents. Aiguisés comme deux lames acérés.
    Quand Roxanna lui murmura qu’il était observé, il ne répondit pas car il savait déjà.

    Il laissa Roxanna retourner vers le roi. Il nota la maîtrise parfaite de son sourire. Sa capacité à séduire sans jamais s’abandonner. Cette facilité déconcertante qu’elle avait de se fondre dans la foule et le décor.

    Puis Lucia se leva.

    Chaque pas qu’elle fit vers lui réveilla des souvenirs qu’il avait soigneusement enfouis. Notamment avec Pompéi et cette chaleur suffocante ou de sa peau brûlée sous ses doigts. Et le goût de propre sang mêlé aux cendres.

    Il ne l’avait pas transformée par calcul. Il l’avait fait parce qu’il n’avait pas supporté l’idée de la perdre. Parce que sous les traits de cette femme sommeillait un quelque chose qui lui rappelait son premier amour, Lucrecia, la sœur de Arès.

    Et c’était précisément pour cela qu’il était parti.

    Quand elle s’arrêta face à lui, il soutint son regard sans arrogance. Elle avait changé, pas physiquement mais intérieurement. Elle ne vibrait plus d’attente mais de défi. Ses paroles furent tranchantes. Il les accueillit sans ciller.

    Il avait imaginé mille retrouvailles possibles. Mais aucune n’était aussi douce. Lorsqu’elle évoqua sa “mort” dans son esprit, il inclina légèrement la tête.

    — C’était sans doute plus simple ainsi, répondit-il calmement.

    Il suivit son regard vers Roxanna et comprit immédiatement. Lucia ne cherchait pas seulement des réponses sentimentales. Elle cherchait un accès auprès de l’Originelle.

    — « J’aimerais que tu me la présentes. »

    Il observa brièvement les deux femmes à sa table. Les sorcières. Il reconnut l’odeur subtile, différente. Ancienne. Inconfortable. Mais.. Intéressante.

    — « Tu me dois bien ça. »

    Il sentit, sous la colère, la blessure intacte. Il aurait pu se défendre. Il aurait pu lui rappeler qu’il l’avait surveillée des décennies durant. Qu’il était parti pour éviter que son attachement ne devienne une faiblesse exploitable. Qu’il avait déjà vu trop de mortels et d’immortels payer le prix de sa proximité. Qu’il avait voulu lui donner la vie qu’elle méritait et qu’il avait une mission plus grande qu’elle,

    Mais les explications arrivent toujours trop tard.

    — Je ne t’ai jamais considérée comme insignifiante, dit-il d’une voix basse. Si je suis parti, ce n’était pas par mépris.

    Il laissa le reste en suspens car il n’était pas venu pour raviver le passé. Il était venu pour comprendre son présent.

    — Je peux te présenter à Roxanna, oui. Mais ce que tu cherches auprès d’elle… assure-toi d’être prête à en payer le prix.

    Il la regarda pleinement. Non comme une ancienne amante. Non comme une créature qu’il avait façonnée. Mais comme son égale. Il percevait désormais autre chose chez elle. Une ambition. Un projet. Une tension qui ne relevait pas seulement du cœur.

    Et cela l’inquiétait davantage que sa colère.

    Car si Lucia jouait un jeu, alors il devrait en jouer un aussi. Et cette fois, il ne disparaîtrait pas. Pas avant d’avoir compris exactement ce qu’elle voulait de Roxanna. Et pourquoi.

    — Viens ce soir dans mes appartements. J’organise un dîner.. mais viens sans tes amies. Je ne suis pas certain qu’elles apprécient le buffet que j’ai préparé.

    Puis il s’était retiré.

    Plus tard dans la soirée —

    Ses appartements étaient plongés dans une pénombre choisie, lourde et feutrée. Les tentures épaisses étouffaient la lumière et les bruits du château. Sur la longue table de chêne, aucun plat humain ne fumait. Aucun fruit, aucun pain, aucun vin ordinaire.

    À la place, six carafes de cristal sombre alignées avec cérémonie. Chaque récipient contenait un sang différent. Il avait pris soin de les sélectionner avec précision : jeune, ancien, guerrier, noble, fiévreux, paisible. Des nuances subtiles que seuls les leurs savaient distinguer. Les arômes emplissaient la pièce d’une chaleur métallique, presque musicale.

    Il avait annule l’orgie sanguinolente qu’il faisait toujours pour passer du temps seul avec Lucia. Pour la séduire..

    Lucia avait parlé de Roxanna avec trop d’intérêt. Les sorcières autour d’elle n’étaient pas un hasard. Rien n’était jamais un hasard après des siècles d’existence. Il se tenait près de la fenêtre close, immobile. L’odeur du sang n’éveillait pas en lui la frénésie. Il n’était plus un nouveau-né depuis longtemps. Il maîtrisait sa soif comme il maîtrisait ses émotions : avec une discipline froide.

    Un léger froissement d’air. Elle était là.

    Il n’eut pas besoin de se retourner immédiatement. Il sentit d’abord sa présence différente et plus assurée qu’autrefois. Elle n’entrait plus dans une pièce avec hésitation. Elle la possédait.

    Il se retourna enfin.

    — Tu es venue seule.

    Ce n’était pas une question. Son regard glissa brièvement derrière elle. Aucun parfum de sorcière. Aucun frémissement magique.

    Il désigna la table.

    — J’ai pensé que tu apprécierais quelque chose de plus… adapté à notre condition.

    Lucia s’approcha. Il observa la manière dont ses yeux détaillaient les carafes. Elle comprenait. Elle avait appris et peut-être mieux qu’il ne l’avait imaginé. Il s’avança à son tour, prenant une des carafes et la versant dans une coupe fine.

    Le liquide sombre capta la lueur des bougies.

    — Celui-ci appartenait à un chef de guerre saxon. Violent. Impulsif. Le goût est brut.

    Il en désigna un autre.

    — Celui-là, à un jeune moine. Pur, presque doux. Une ironie que j’apprécie.

    Il leva les yeux vers elle.

    — Choisis.

    Mais il ne la regardait pas comme un hôte regarde une invitée. En verite, il la jaugeait, la testait. Il observait son port de tête, la tension de ses épaules. La manière dont elle retenait quelque chose derrière son sourire.

    Elle voulait Roxanna. Et tout ceux qui voulait Roxanna passait d’abord par lui.

    — Avant que nous parlions d’elle, dit-il calmement, j’aimerais savoir ce que tu cherches réellement à Paris.

    Il s’appuya légèrement contre la table, bras croisés.

    — Si tu es venue pour la lumière du jour… sache qu’aucune sorcière n’offre un miracle sans exiger une dette.

    Il avait vu trop de pactes mal tournés pour croire aux solutions simples. Son regard s’adoucit pourtant, presque imperceptiblement.

    — Et si tu es venue pour autre chose… dis-le maintenant.

    Le silence entre eux était celui d’amants inachevés. Pas celui de deux prédateurs intelligents, conscients que la moindre parole pouvait redessiner l’équilibre. Ils se désiraient comme autrefois et même plus intensément encore.

    Et cela, il le savait, était la chose la plus dangereuse dans cette pièce. Plus dangereuse encore que le sang exposé comme une symphonie noire entre eux.


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