Sora. (pause)

Sora.

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    Charlotte Pierre

    SORA

    Le réveil était étrange. Thomas était encore plus épuisé que la veille, ses rêves étaient troubles mais lui donnait l’impression d’avoir revécu des situations qu’il avait connu. C’était un mélange d’époques, de rencontres, de sensations tout à fait étonnante et qui le laissait songeur. Il venait à se retourner dans le lit et sentit le corps enveloppé de sa compagne contre lui. Sora était blottie contre lui  et son ventre rond et harmonieux le faisait sourire. Tendrement, il venait caresser cet écrin qui contenait leur improbable petit trésor. 

     » – Bonjour petit homme, murmurait l’anglais en se penchant pour déposer des baisers sur le ventre dénudé de Sora, il semblerait que tu aies réussit à apprivoiser ta douce Ma’. Tu es comme moi, un vrai dompteur. Les ancêtres de mon père étaient eux-mêmes des dresseurs de chevaux sauvages. Ta maman en est le parfait exemple. » 

    En relevant son visage, il vit le sourire amusé de la belle amérindienne qui s’était éveillée. Lentement, il revenait à son visage et lui donnait un tendre et chaleureux baiser. L’une de ses mains, caressait sa longue chevelure d’ébène quand l’autre remontait tendrement sur son sein sous son haut. Le souffle court, il déviait ses lèvres dans son cou en murmurant : 

     » – Je crois que ta grand-mère a des pouvoirs étranges. Figure-toi que moi aussi j’ai fais des rêves qui sortaient de l’ordinaire cette nuit. »

    Sa bouche s’aventurait tendrement sur son cou, sa gorge suivi de près par ses dents qui torturait délicieusement sa peau. Son pouce caressait avec plaisir la pointe durcie de son sein quand il entrelaçait ses jambes aux siennes en mimant un léger mouvement de bassin contre le sien. La jeune femme se mit à soupirer et il dû rapidement poser ses lèvres sur les siennes pour qu’elle ne fasse pas trop de bruit. Il souriait, les yeux brillant de désir en la voyant si belle et langoureuse contre lui : 

     » – Chut.. Il ne faut pas faire de bruit mon amour sinon je vais devoir arrêter. » 

    Délicatement il tirait sur la longueur de sa pointe avant de se pencher dessus et de le prendre en bouche. Ils avaient pris en grosseur avec la grossesse ce qui ne pouvait qu’attiser son désir. Sa main auparavant occupée, descendait le long de sa hanche qu’il caressait pour venir s’enfouir entre ses cuisses. Elle était déjà humide. Il en souriait de plaisir. Il la tortura un moment, profitant simplement du goût tendre de sa peau avant de remonter à ses lèvres lorsqu’il posa ses doigts sur son bouton de plaisir. Il la sentait s’accrocher à lui alors qu’il lui rendait ce baiser avec une ardente passion. Ses doigts eux enlaçaient sensuellement la source de son désir et le caressait fermement. Il voyait le corps de sa compagne se tendre de plaisir et en redemander. 

    De nouveau à bout de souffle, il murmura contre ses lippes entrouverte : 

     » – J’ai tellement envie de toi. Il va falloir que tu sois silencieuse car je ne peux plus me retenir.  »

    Sa bouche ne pouvait se retenir, aussi, il la quitta et vint glisser contre le corps de Sora. Il posa enfin ses lèvres entre ses cuisses brulante et tremblante avant d’enfouir son visage entre celles-ci et la goûter. Ses mains caressaient ses hanches, ses fesses qu’elle sur élevé. Son ventre ne lui permettait plus de pouvoir la contempler mais il connaissait son visage et il connaissait ses soupirs et c’était ça qui attisait son désir. 

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    Charlotte Pierre

    Thomas poussait un hoquet de frayeur et sursauta. La main sur le coeur et l’autre sur la poignée, il pestait contre Sora qui lui avait donné la frayeur de sa vie :

     » – Putain de merde ! Sora.. Qu’est ce que tu fous comme ça dans le noir ! J’aurais pu être armé. »

    Reprenant ses esprits, il alluma la lumière et vit que sa compagne avait les yeux brillant de colère, tout comme les siens. Que diable lui arrivait-elle ? Posant sa veste et ses clés sur le bar, il la lorgna avec surprise quand il se servait dans le frigo une bière. Elle attendait, patiemment qu’il réponde à la fameuse question, ce qu’il fit après avoir bu une longue gorgée.

     » – Je travaille tard en ce moment, dit-il sans véritablement mentir, je t’avais dit que ce serait une période un peu intense. »

    Mais Sora ne décolérait pas. Ses bras croisés et cette moue furieuse ne la quittait pas. Étrangement, il n’osait pas faire un pas vers elle, comme s’il pressentait qu’elle pouvait le mordre.

     » – Tu dois te reposer, tentait-t-il de dire avec une voix douce et tendre, le médecin t’as dit que tu devais dormir. »

    Son regard était aussi noir et inquiétant qu’une tempête flamboyante qui allait tout engloutir sur son passage. Clairement, Thomas avait peur de Sora et de ce qu’elle serait capable de faire. Prenant les devants, il reprit en posant sa bière sur la table basse pour venir près d’elle. Elle exprimait une vraie fureur qu’il ne comprenait pas. Délicatement et douceur il vint prendre sa main dans la sienne en y déposant de doux baisers :

     » – Tu peux sentir sous mes aisselles.. Je sens la transpiration, celle du travail bien fait, dit-il avec une pointe d’humour qu’il espérait ferait rire Sora, eh bae.. tu ne crois tout de même pas que je puisse avoir quelqu’un d’autre ? »

    Il pensait sincèrement qu’elle n’espérait pas une telle chose. Cela lui semblait totalement invraisemblable. Il est vrai qu’il n’avait pas évoqué Jenny sa secrétaire qui lui avait fait du rentre dedans. Est-ce qu’elle s’offusquait de cela ? Inquiet, il vint donc lui faire face en caressant son ventre :

     » – Est-ce que je t’ai donné des raisons de croire que je pouvais voir d’autres femmes.. Sora.. Après tout ce que l’on a traversé tu crois franchement que je serai capable de m’enticher de ma secrétaire ? Elle est un peu un vulgaire et oui elle m’aguiche un peu, mais c’est juste pour rire. Jamais je ne m’abaisserai à aller avec une femme comme elle. Et une autre femme d’ailleurs. »

    Sans s’en rendre compte, Thomas venait d’ouvrir le champ des possibles à Sora qui croyait à sa double vie. Mais en même temps, les mensonges étaient tellement fréquent entre eux depuis ces dernières semaines qu’il ne savait plus vraiment comment les gérer. Thomas n’avait jamais été un menteur né et là, avec toutes ces histoires entre les Walker il était perdu. Voyant que ses mots n’avaient fait que rallumer le feu chez Sora, il ne pu retenir sa langue et tapa fermement du poing sur la table de la cuisine qui se fissura :

     » – Mais putain de merde c’est quoi ces histoires ?? Tu veux savoir ? Tu veux tout savoir, hein ? Je passe toutes mes nuits à m’occuper des conneries de ton père et de ton frère voilà ! Je passe mes nuits à m’occuper de leurs affaires de merde là avec leur trafic à la con pour pouvoir t’offrir cette putain de maison de merde Sora Walker ! Pour t’offrir ce que tu veux ! Pour que tu ne manque de rien ! Voilà pourquoi je travaille tard ! Et non, non, non je ne fous pas ma queue autre part bordel de merde ! Vous me faites tous chier bordel de merde ! »

    Pris d’une fureur à cause de la fatigue et du sentiment de ne jamais en faire assez pour la jeune femme, il reprit ses clés et sa veste avant de sortir en claquant la porte qui fit trembler les murs. Excédé, il reprit sa moto et se mit à rouler en espérant qu’avec des kilomètres il pourrait faire passer cette violente envie de tout briser.

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    Charlotte Pierre

    Thomas n’avait pas dormi. Ou du moins.. A peine une heure. Cette histoire de double identité, de Marla s’étant enfuie avec un enfant. Un enfant potentiellement le sien ? Il y avait de quoi être insomniaque. Sora dormait profondément contre lui et c’était tant mieux. Elle devait se reposer pour elle et le bébé. Jamie allait arriver dans une famille étrange et éclatée. Quel avenir il allait offrir à cet enfant ? L’histoire de Marla ayant elle-même un enfant de lui le tétanisait. Lui qui avait toujours espéré ne jamais être comme son père l’était devenu. Et ça… il ne pouvait l’accepter.

    Au petit matin, alors qu’ils prenaient leurs petit déjeuner, Thomas sortit de sa torpeur par la proposition de Sora. L’idée d’aller vivre en Angleterre n’était pas une mauvaise idée. La vie californienne n’était pas des plus simple et la famille Walker très anxiogène. Mais il ne voulait pas séparer Sora des siens. Elle avait beau dire, elle n’arrivait pas à vivre sans eux. Et comment aurait-elle pu ? Ils étaient liés et jamais il ne supporterait d’être celui la cause de cette séparation.

    « – L’idée de retourner sur ma très chère île ne serait pas de refus mais nous sommes en train de tout construire ici. Et puis.. Il y a ta famille. Tu as beau dire mais tu les aiment et ils t’aiment. Il faut juste que.. Il faut juste que nous apprenions à mettre des limites. Tous ces mois à te mentir ne m’ont pas plu. Je vivais avec une boule au ventre. »

    Finissant son thé, il se rapprochait de la jeune femme et venait prendre son visage entre ses mains :

    «  – Plus jamais je ne te mentirais ou je te cacherais quoi que ce soit. Je te le jure. Et Sora.. Je t’aime. Tu es l’unique amour de ma vie. Peu importe ce qui se passe avec Marla et cet enfant, c’est toi et Jamie ma famille. »

    Son front se posait avec douceur contre le sien comme pour sceller cette promesse. Il était lié à elle et il l’aimait elle, pas cette femme de son passé. Après avoir échangé un tendre baiser, il reprit en posant une main sur son ventre gonflé :

    «  Je t’aime toi et le petit guerrier en toi. Je ne veux pas que tu doutes de moi, plus jamais. Tu es ma lune Sora Walker. Si j’en crois ta grand-mère nous sommes liés et j’ai envie d’y croire. C’est d’une évidence telle que jamais je ne douterais de toi. Jamais. »

    Un autre baiser sur ses lèvres avant de retourner s’habiller. Thomas devait régler l’histoire avec Marla et rapidement. Il promit à Sora de passer voir cette ex-femme à laquelle il était toujours lié après le travail et qu’il ne rentrerait pas tard pour qu’ils puissent profiter de leur soirée à deux. La journée se passait sans grande nouveauté. Il passait beaucoup de temps à ruminer, mal à l’aise et soucieux de sa rencontre avec Marla dans la soirée. Que diable allait-il pouvoir dire ? Qu’allait-il pouvoir faire ? Et si cette enfant était la sienne, comment allait-il pouvoir faire vivre tout le monde ? Et cet homme ? Qui était-il ? Hugh ? Cela lui semblait tellement dingue.

    Kisos avait visiblement eu une remontrance de la part de Charlie informée par Sora de la petite activité. Il venait donc rendre visite à son beau-frère mécontent et allait lui donner une leçon. Mais Thomas n’avait aucune envie de se faire réprimander comme un enfant et répliqua au colosse :

    « – Va balayer devant ta porte. J’ai d’autres problèmes à gérer figure-toi. Si tu étais mon ami tu me donnerais un coup de main au lieu de me remettre la tête dans la merde.
    Que t’arrive-t-il ? »

    Kisos était loin d’être insensible. Si sa soeur était une vraie tornade, lui arrivait à faire la part des choses. Thomas lui expliqua donc la situation ce qui fit grincer des dents l’amérindien. Thomas dû lui expliquer son séjour en prison et sa jeunesse qui ne méritait pas qu’on s’y épanche. Il avait honte de lui et de ce qu’il avait fait mais Kisos ne le jugea pas. Il tenait cette faculté de sa mère qui écoutait avant d’agir. Pas dit que Henry soit aussi à l’écoute en sachant qui couchait avec sa petite princesse.

    «  – Et cette nana là.. Elle.. Elle te demande quelque chose ?
    Elle ne sait même pas que je suis là. C’est ta soeur qui l’a trouvé.
    Alors pourquoi aller la voir. Ne fais rien et vis ta vie..
    Et si le gars qui a pris mon identité fais n’importe quoi ? Et cette enfant ? Si.. Si.. Putain. J’suis paumé Kisos.
    Tu devrais prendre le temps d’y réfléchir. Ne réagis pas à chaud. Cela ne pourrait que te desservir et puis… et puis ton couple aussi risquerait d’en pâtir.
    Tu crois que Sora pourrait m’en tenir rigueur ?
    Avec cette tornade on ne sait jamais. »

    Cette conversation ne l’avait pas plu aidé que cela mais se confier lui avait fait du bien. Thomas reprit ensuite le travail et rentra directement à la maison par la suite. Sora ne semblait pas l’attendre et elle était au restaurant en bas de l’appartement avec Gino. Il profitait de la voir à son insu pour pouvoir la contempler. Elle était radieuse avec cette grossesse et d’une telle beauté qu’il sentait son coeur tambouriner. Sora était la source de son bonheur. C’était pour elle qu’il devait se battre, pas Marla. Il finit par entrer dans le restaurant et fut salué chaleureusement par Gino qui lui servait déjà un verre de vin.

    S’approchant de sa douce Sora, il déposa un baiser sur sa tempe en murmurant :
    « – Je voulais rentrer à la maison.. Avec ma famille. Ma vraie famille. On s’occupera du reste plus tard. Maintenant j’ai besoin de toi, uniquement de toi et de Jamie. »

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    Charlotte Pierre

    Le rire n’est plus de la partie. Thomas blêmit en entendant les mots de Sora. Jamie arrive. Il a le sens des entrées fracassantes au moins. L’anglais se mit à arrêter de respirer, comme s’il allait s’effondrer de panique à l’instant même où il reprendrait vie. Pourtant, dans le regard semi-paniqué de Sora, il savait qu’il devait faire face et ne pas l’abandonner. Inspirant alors profondément, il prit sa main et lui ordonna d’une voix nettement empressée de le suivre.

     » – Tout va bien.. Tout va bien se passer.. Tout va bien se passer, répétait-il pour lui même, tout va bien se passer.. »

    Oh bordel de merde. Sora se crispait et il sentait sa main être broyée par celle de la jeune femme. Surtout ne pas réagir. Fort heureusement, Gino leur avait prêté la voiture. Lui qui avait sa moto, il allait devoir acheter une automobile le plus rapidement possible. Dans sa tête se faisait une liste de toutes les choses qu’il n’avait pas encore fait pour préparer la venue du petit gars. Bordel.. Il allait être papa. C’était le moment.

    Il conduisait à vive allure sans pour autant mettre en danger Sora. Oui, ils devaient arriver à l’hôpital en bonne santé l’un et l’autre. Sa main, quand elle ne changeait pas les vitesses, caressait le ventre de la jeune femme qu’il sentait se tendre sous la douleur.

     » – Pense à toutes les futures bêtises qu’on va pouvoir faire tous les deux, dit-il pour lui changer les idées, tu pourras nous gronder.. C’est promis je ne relèverais jamais.. »

    Une fois devant l’hôpital il courut la récupérer et la porta sans émettre un jugement sur son poids. Sora était connue comme le loup gris aux urgences, aussi en arrivant, ils furent pris en charge directement. Thomas voulu l’accompagner mais on lui en interdit le passage. Il protesta en expliquant qu’il avait besoin d’être là mais des hommes de la sécurité l’en empêchèrent. Cela devait faire quasiment une heure qu’il attendait, tel un loup en cage, sans nouvelles de Sora. Il savait qu’elle avait interdit d’appeler la famille mais il se sentait seul dans un moment critique.

    Sept mois.. Sept mois de grossesse seulement. Est-ce que le bébé allait survivre ? Est-ce qu’il allait être à la hauteur de cette tâche ? Thomas sortait de nouveau pour fumer lorsqu’une infirmière exigea immédiatement sa présence. Il ne prit même pas le temps de jeter son mégot dans la poubelle. Il fonça comme si sa vie en dépendait et c’était le cas. On lui mit une blouse bleue informe et une charlotte sur la tête. Une fois équipé, il pu entrer dans la salle de travail d’où il pouvait entendre les cris de douleur de Sora. Aussitôt, il vint à elle et laissa sa main agripper la sienne.

     » – Mo Leannain, murmurait-il en posant ses lèvres sur son front, je suis là.. »

    Ils étaient ensemble, tous les deux, dans cette épreuve qui allait les souder à jamais. Les médecins étaient partout autour de Sora et regardaient ses constantes. Tous savaient qu’il ne fallait pas faire n’importe quoi avec la fille du gouverneur, aussi, ils étaient très précis dans leurs calculs. Tellement qu’ils n’osaient pas intervenir de peur de faire une bêtise. Thomas le sentit et poussa un grognement tel que tous prirent encore plus peur du compagnon que du père de la future mère :

     » – Elle n’est pas la fille du gouverneur ok ? Il s’agit de ma femme et de la vie de notre enfant ! Alors on se sort les doigts du cul et on trouve une solution pour les sauver tous les deux c’est clair ? »

    Le cri du père sembla débloquer quelque chose car un médecin poussa un cri de stupeur. Jamie arrivait de lui-même et Sora n’avait plus qu’à pousser. Thomas se sentait hors de lui-même, comprenant difficilement ce qu’il se passait. Toujours est-il qu’il laissait Sora lui broyer la main et qu’il l’accompagnait en faisant les étranges respirations du cours préparatoire où ils avaient tant ris.

     » – Tu vas y arriver.. Tu es magnifique mon amour.. Je suis si fier de toi.. Tu es forte.. Tellement forte tu sais.. »

    Il était en état de béatitude devant la jeune femme qui se battait avec rage et volonté. Soudain, elle poussa un cri qui fut visiblement la délivrance. Aussitôt, les médecins prirent le petit garçon qui ne criait pas. Ils devaient le mettre en couveuse. Thomas essayait de jeter un oeil mais tous les médecins étaient autour de lui pour le prendre en charge. Il sentait la détresse de Sora et se pencha une fois de plus sur elle pour la rassurer :

     » – Ils prennent soin de lui mo leannain.. Tout va bien se passer je te le promet. »

    Les médecins avaient réussit à entuber Jamie et l’avaient lavé. Sous l’insistance de Thomas, ils conduirent la couveuse jusqu’à Sora pour qu’elle puisse voir le petit garçon qui dormait encore profondément mais qui avait déjà une force certaine. Thomas était ému en voyant la scène de cette mère et de ce fils que rien ne prédestinait à être lié. Comme dans un réflexe, Jamie sentie la peau de sa mère et en agrippa le doigt du bout de sa petite menotte. Les yeux humide, Thomas se pencha et déposa un autre baiser sur sa tempe quand il posait sa main sur la sienne pour que Jamie touche aussi sa peau :

     » – Notre fils a le don d’arriver dans les moments où on l’attend le moins.. C’est un talent inné chez lui, dit-il dans un tendre rire, nous ne sommes pas au bout de nos peines je crois. »

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    C.

    A dire vrai, Thomas se sent quelque peu désorienté. La naissance de son fils bouleversait quelque chose en lui qu’il ne savait exprimer. Comment le pourrait-il alors que Jamie arrivait avec trois mois d’avance ? Sora qui n’était pas prête à avoir un enfant, comment allait-elle vivre cette nouvelle expérience ? Prenant le temps de fumer sa cigarette l’extérieur de l’hôpital, il cherchait des réponses à ses questions. Malheureusement, très vite, toute la famille Walker débarqua. Il rassura tout le monde mais leur ordonna surtout d’attendre un moment. Il voulait s’assurer que Sora était prête à recevoir tout le monde. Aussi, après des négociations houleuse, il réussit à pouvoir se rendre dans la chambre où l’infirmière indiqua que Sora donnait à manger à Jamie.

    Il les observait tendrement, adossé contre le chambranle de la porte. Elle chantait une délicieuse berceuse et le petit bonhomme semblait si heureux dans les bras de sa mère, quasiment rassasié. Il était touché en entendant la jeune femme dire que leur fils avait ses yeux. Il s’approcha d’eux et très rapidement reçu la place qu’elle lui avait réservé. Torse nu, il laissait le petit garçon se blottir contre lui. Il eut un sanglot dans la gorge qui l’empêchait de parler.

    «  – Il est.. Il est magnifique.. »

    Et c’était vrai. Il avait un petit duvet châtain foncé, avec des reflets roux rappelant le côté Wells et sa peau d’un caramel amérindien alléchant le rendait adorable. Il avait aussi de très beaux yeux bleu. Son fils était une fierté certaine qui emplissait son coeur de nouveaux sentiments qu’il méconnaissait. Un peu perdu, il agrippa la main de Sora pour la retenir contre lui. Il lui faisait de la place et la reçu contre lui en enroulant son bras autour d’elle. Embrassant ses lèvres avec tendresse, il planta ses iris dans les siens en murmurant :

    «  – Merci.. Merci pour ce merveilleux cadeau que tu m’offres mon amour. Tu es l’étoile de ma nuit Sora.. Mon lever de soleil. Désolé.. Je ne sais pas faire des poèmes et dire des choses.. des choses romantique. Mais je t’aime tellement. »

    Ils formaient une famille désormais. Ils étaient trois et il n’y avait pas de plus cadeau pour Thomas qui n’avait jamais autant espéré dans la vie. Alors qu’ils profitaient de ce moment à trois, la famille Walker surgit avec silence dans la pièce. Q’ et Henry étaient émus l’un et l’autre, Kisos encore choqué par la nouvelle. Il n’y avait que Aponi qui agissait normalement et venait près du petit garçon. Elle posait une main douce et bienveillante sur son petit crâne et murmura des paroles inintelligibles pour Thomas. Mais il comprenait qu’elle bénissait le petit garçons. Tous étaient impatient de connaître l’enfant miracle.

    « – Famille Walker, reprit avec contenance Thomas quand Aponi eut terminé, je vous présente Jamie Henry Peter Walker-Wells. Le nouveau membre de notre famille. 
    – On dirait que le petit feu était pressé de rencontrer le monde, expliquait Aponi en mettant de la sauge partout dans la chambre, ce petit guerrier va être aussi téméraire que sa mère et plein de sagesse que son père. »

    Cela faisait doucement rire toute la chambrée et tout le monde passa un par un pour contempler le nouveau né qui observait d’un oeil curieux les étranges visages de ses aïeux. Thomas rendit rapidement Jamie à sa mère. Il sentait qu’elle en avait besoin, comme pour se l’approprier mais dans le bon sens du terme. Il savait que cela allait être difficile pour elle, alors plus tôt elle rencontrait Jamie et plus rapidement elle se sentirait en sécurité.

    « – Je vais signer quelques papiers et je reviens mo leannain, vous ne vous éclipsait pas entendu ? 
    – Comme si j’allais laisser ces deux miracles s’échapper, ronchonnait Henry en venant rapidement près de sa fille, montre moi ce fier guerrier. Il a tout des Walker ce petit, regarde ce regard fier ! »

    Tout le monde se moquait gentiment de Henry qui était déjà un papa gâteau. Thomas en profita pour s’éclipser et se rendre à l’administration pour signer quelques papiers. C’est alors qu’il vit Marla. Elle portait une tenue d’infirmière et elle parlait avec d’autres infirmières. Elles semblaient se connaître. Thomas sentit la pointe de son stylo s’enfoncer dans sa peau alors que toute la rancoeur et la colère entachait son coeur. Rapidement il abandonna les papiers pour se réfugier à l’extérieur et ainsi fumer une cigarette en urgence. Kisos l’avait rejoint ce qui surprenait le blond :

    «  – Tu fumes maintenant ?
    – Charlie est enceinte..
    – Wow.. Et bien.. Félicitations, non ?
    – Si, si, si mais.. Charlie ne voulait pas d’enfant à la base et.. et la naissance de Rosie a été très violente. Elles ont faillie mourir toutes les deux. Donc j’ai peur..
    – Je suis désolé, je ne savais pas.
    – Mh.. On verra ça plus tard. On devrait penser à des choses belles comme toi le nouveau papa ! Bienvenu dans la team. »

    Thomas souriait doucement en expirant sa fumée, du moins, jusqu’à ce qu’il revoit le sourire flamboyant de Marla et sa longue crinière blonde. Oui, il avait mal au ventre et se sentait mal de la voir maintenant. Pourquoi fallait-il que le sort s’acharne ainsi sur lui de la sorte ? Surtout dans un tel moment ? Il expliqua à Kisos l’avoir vu ce qui fit blêmir le colosse amérindien :

    « – Quoi ? Ici ? Vraiment ?
    – Je viens de la voir à l’instant..
    – Et elle ? Elle t’a vu ?
    – Non je suis parti avant.
    – Merde.. Tu vas faire quoi ?
    – M’occuper de ma famille dans un premier temps. Le reste on verra plus tard. »

    Et c’est ce que fit Thomas. Pendant les semaines qui suivirent il s’occupa uniquement de Sora et de Jamie. Il passait le plus clair de son temps dans la chambre auprès d’eux et apprenant à Sora les quelques soins qu’il avait appris pour ses neveux. Comme par exemple, changer une couche. Au début, ça avait été rudimentaire mais au final, ils formaient une plutôt bonne équipe. Jamie était un bébé remarquable, il ne pleurait presque pas. En revanche, il s’agrippait constamment à sa mère sans doute de peur qu’elle parte sans lui. Ils étaient liés par quelque chose qui dépassait Thomas mais qui l’enchantait. Un soir, alors qu’il avait fait le mur pour dormir une fois de plus avec Sora, il la rejoignit dans son lit en l’enlaçant. Son dos contre son buste, il pouvait aisément embrasser son cou.

    «  – Comment tu te sens ? Prête pour rentrer à la maison.. J’ai hâte que vous rentriez. »

  6. Avatar de C.
    C.

    La nuit au poste n’a pas été des plus reposante. Thomas connaît les techniques d’interrogatoire. Lui-même en avait mené à nombre reprises. Il avait vu juste en restant silencieux. Il était dans son bon droit. Après avoir répété de manière méthodique son nom, prénom, lieu de naissance et son curriculum il sut qu’il devait rester maître de lui-même pour ne pas entacher encore plus son dossier. Son passé ne le rendait pas irréprochable, voilà pourquoi il devait se mesurer.

    Fort heureusement, Sora avait réagit aussitôt et l’avocat des Walker qu’il reconnut arrivait en trombe dans la salle d’interrogatoire. Il semblait serein pour les policiers mais en réalité il craignait le pire. Si Marla réussissait son coup, il serait enfermé de nouveau et ça.. il ne pouvait pas l’imaginer. A peine commençait-il à entrevoir le bonheur avec Sora et Jamie que son passé resurgissait et le privait de sa famille. Sa famille.. Bon sang, Sora allait forcément le haïr.

    L’interrogatoire se finit rapidement grâce à l’arrivé de son avocat. En effet, vingt minutes plus tard, il était enfin sortit. A peine était-il à l’extérieur que Sora se jetait sur lui. Il reçu avec plaisir et la serra longuement contre lui en enfouissant son visage dans son cou. Il s’empressait de l’embrasser avec passion avant de lui demander comment elle allait et comment allait Jamie.

    Il était rassuré d’apprendre qu’il était avec Q’, mais beaucoup moins en entendant le compte rendu de l’avocat et de Henry. Il était donc en sursit, de nouveau. Il avait tout construit pour ne plus avoir à vivre ce type de situation, mais voilà que son passé allait détruire son avenir. Il tenait blottie contre lui la jeune femme qu’il sentait bouillir de colère contre son ex. L’usurpation d’identité était telle qu’il ne savait même plus qui il était.

    « – Rentrons, dit-il simplement, je suis épuisé et je veux retrouver ma famille. »

    Il accusait le coup, sans rien dire de plus, il n’avait aucune envie de parler pour le moment. Il voulait juste retrouver son chez soi. Henry proposa à ce qu’il restent chez eux pour la nuit. Thomas n’avait pas à coeur de refuser d’autant plus que Henry semblait le soutenir. Sur le chemin du retour il tenait la main de Sora en regardant droit devant lui. Il réfléchissait. Henry avait déjà mille théories et mille idées pour aider le jeune couple. Thomas l’en était reconnaissant mais il avait des difficultés à participer à la conversation. En arrivant, Q’ les attendaient sur le pas de la porte impatiente. Elle s’enquérait aussitôt de Thomas en lui proposant quelque chose à boire ou à manger. Il la remercia chaleureusement mais déclina sa proposition en expliquant être fatigué.

    « – Nous gardons Jamie avec nous cette nuit. Ma chérie, dit-elle à Sora, je t’ai préparé ta chambre pour Thomas et toi. Allez vous reposer on s’occupe de tout avec ton père. »

    Elle était d’une douceur bienveillante qui réconforta Thomas. Il la remercia une fois encore et se rendit auprès de Jamie pour le contempler un instant. Il dormait profondément, confortablement installé dans le berceau amérindien qui avait contenu Kisos et Sora. C’était tellement difficile de voir ce petit homme et d’imaginer être séparé de lui dans quelque temps. Il sentait Sora derrière lui le rejoindre et l’enlacer. Le souffle court, il sentit toute l’angoisse tomber sur ses épaules et il s’écroula sur le bord du lit des Walker. Sa tête entre ses mains, il tentait de reprendre contenance alors qu’il avait peur :

    «  – Quel merdier.. Bon sang.. Qu’est ce que je vous fait vivre.. Je m’en veux. Je m’en veux tellement Sora. Mais tu dois me croire.. Je te jure que je ne l’ai jamais.. Que je ne l’ai jamais frappé et fait toutes ces choses.. Sora.. Je ne veux pas que tu.. je suis tellement désolé que tu doives subir ça. »

  7. Avatar de C.
    C.

    La présence de la famille Walker était un vrai apaisement. Thomas se sentait soutenu, guidé et à sa place. Malgré tout, alors qu’il était allongé dans le lit d’adolescente de Sora, qu’il la tenait fermement contre lui, il ne pouvait s’empêcher de penser à sa propre famille. Sa mère qui était au loin. Sa soeur, ses neveux et son grand-père à qui il ne donnait aucune nouvelles. Deux années étaient passées depuis son arrivée en Californie et il ne les avaient eu qu’une dizaine de fois au téléphone. Ils n’étaient même pas au courant de la naissance de Jamie. Il n’avait pas pensé à les appeler.

    Il ne dormait pas mais il en ruminait pas pour autant. Il réfléchissait, il pensait. Cela réveilla Sora qu’il vit se redresser contre lui. Posant son attention sur elle, il vint caresser sa joue, toujours pensif en murmurant :

    « – Je pensais à ma famille.. J’ai éjecté toute ma vie anglaise depuis que je suis arrivé ici. Toute cette histoire avec Marla m’évoque de vieux souvenirs mauvais et bons à la fois. Je crois qu’ils me manquent et je m’en veux de ne pas penser à eux. Je n’ai même pas appelé ma mère pour lui dire que j’avais rencontré l’amour de ma vie et qu’elle m’avait donné un fils. »

    Il aurait adoré venir chez elle et lui présenter sa famille mais le territoire anglais, pour Sora, n’était pas un lieu sûr. Pour autant, il ne lui en voulait pas. Ses yeux prenaient un voile triste, sombre :

    « – Ton père va mobiliser beaucoup d’aide pour me sauver. Je ne pourrais jamais le rembourser de tous ces avocats Sora. Je ne sais pas si c’est une bonne idée que de lui demander une telle énergie et une telle confiance.. J’ai.. Je me sens mal à l’aise vis à vis de ça. »

    Thomas sentait que Sora allait ronchonner, qu’elle allait le stopper dans ses réflexions. Il posa un doigt sur ses lippes et l’observa avec attention :

    « – Tu ne peux pas me reprocher de me soucier de ton avenir.. De celui de Jamie.. Je ne veux pas, je ne laisserait pas cette femme s’en prendre à vous. Sora.. Je devrais peut-être partir. Mon histoire va entacher ta famille, les campagnes de ton père, ta.. ton propre futur. Et non, arrête de me regarder comme ça. En parler ne signifie pas que je vais mettre mon plan à exécution. J’en parle juste. »

    Il finissait par se redresser et même se lever du lit pour se rendre sur le petit balcon de la chambre. Une cigarette allumée, il fumait comme pour oublier toutes ces contrariétés. Une partie de lui était défaitiste. Il n’arrivait pas à trouver de solution dans toute cette histoire, il craignait trop pour la sûreté et la vie des Walker. Sentant Sora derrière lui, il reprit :

    « – Je sais que tu vas m’en empêcher, je sais que tu vas vouloir tout gérer mais je veux que tu me laisse faire Sora. C’est mon histoire. Mon passé que je dois régler. Est-ce que tu peux me promettre d’être mon soutien ? »

    Après avoir jeté son mégot, il se tourna vers la jeune femme. Ses lèvres fondaient sur les siennes dans un baiser haletant, quasi sauvage, comme s’il cherchait à s’assurer qu’elle l’entendait. A bout de souffle, il posa son front contre le sien :

    « – Jure moi de ne pas te mettre en danger et de me laisser gérer.. à ma manière. »

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    C.

    La table était pleine de monde et de nourriture. Sora lui avait fait un merveilleux cadeau qui emplissait son coeur d’une joie certaine. Thomas riait, souriait enfin alors que ces dernières semaines avaient été éprouvantes avec toutes les réunions avec les avocats. Sa mère était en bonne santé et sa soeur brillait dans son nouveau travail, elle était devenue gérante du restaurant où elle travaillait depuis plusieurs années. Ses fils semblaient être toujours des terreurs même s’ils s’assagissait avec le temps et son grand-père était en grande forme. Il était ému en tenant le petit Jamie dans ses bras et encore plus en entendant son prénom.

    « – Il l’a choisit tout seul tu sais, expliquait Thomas en caressant le petit duvet bouclé de son fils, quand on a énoncé des noms c’est le seul auquel il a réagit.
    – C’est un bon petit écossais.. C’est un vrai guerrier. »

    Thomas souriait de fierté en reprenant le petit Jamie dans ses bras. Il grandissait vite, trop vite, si bien qu’il arrivait à grimper sur son père désormais. Un vrai petit aventurier qui comblait les coeurs de tout le monde. Parmi toutes ces retrouvailles qui enthousiasmait le blond, il y en avait une qui méritait son attention et qu’il n’avait pas encore vue. Redonnant Jamie à sa mère, il se leva pour chercher Sora qui trainait beaucoup trop en cuisine à son goût. En effet, elle y était et supervisait tout comme une reine. Arrivant derrière elle, elle ne l’entendit et ne le vit pas. Il l’enlaça et embrassa son cou en la tenant fermement contre lui :

    « – Merci.. Je t’aime tu sais. Je t’aime à la folie Sora Walker. »

    Ses lèvres venaient rejoindre les siennes dans un baiser intense, langoureux qui les enflammaient. Il devait se contrôler, leurs familles étaient à proximité mais il ne pouvait s’empêcher de la caresser, comme pour qu’elle entende et sente son amour, sa passion pour elle. Lorsqu’ils furent à bout de souffle, il vint enfouir son visage dans son cou en fermant les yeux sans pour autant la lâcher.

    « – Tu ne peux pas savoir à quel point je t’aime mon petit oiseau chantant.. Je voudrais tellement mériter cet amour que tu m’offres Sora. »

    Mais alors qu’il s’ouvrait un peu à elle, ses neveux surgissaient dans la cuisine pour demander des torchons, ils avaient renversés par accident du soda sur la jolie robe de Q’. Thomas en prit au hasard et se rendit à l’extérieur pour éponger la robe de sa belle-mère qui riait en dédramatisant la scène. Marge, la soeur de Thomas avait les larmes aux yeux tellement elle était désolée et honteuse de la turbulence de ses enfants. Il est vrai que les Wells étaient impressionnés par la maison immense et riche des Walker alors ils se sentaient sous pression malgré la douceur de leurs hôtes.

    La mère de Thomas, Susan, prit le temps de discuter un peu avec son fils. Elle voulait tout savoir de sa relation avec Sora, elle était curieuse comme tout et rassura son fils :

    « – Je vais bien. Nous allons tous bien Thomas ne t’en fais pas pour nous, dit-elle en caressant sa joue, tu as tant fait pour nous toutes ces années. Il est temps pour nous de te laisser vivre ta vie, t’occuper de ta merveilleuse famille mon chéri. Mais appel plus souvent ! »

    Elle lui mettait une claque derrière la tête, comme lorsqu’il était petit et cela le fit doucement rire. Il lui promit d’être plus régulier sur les appels mais que ces prochaines semaines ils se verraient tous les jours, il le promettait. La soirée continuait tranquillement, avec beaucoup de douceur où les Wells se retrouvaient. A la fin de la soirée, chacun regagna ses quartiers. Jamie dans les bras de son père dormait profondément et il se faisait encore bisouiller par tout le monde. Thomas promit d’emmener ses neveux à la salle de boxe le lendemain et de dîner avec toute la famille de nouveau. Il remercia les Walker pour leur accueil et enfin reprit la route avec sa famille. Dans la voiture, il posa sa main sur la cuisse de Sora et la remercia une fois encore de sa surprise avant d’évoquer l’affaire :

    «  – Je sais que j’ai dit que je suivrais les règles mais demain je vais devoir m’occuper de mon alter égo.. Le faux Thomas. Kisos a réussit à trouver où il travaillait. Je vais m’occuper de lui demain et faire en sorte que toute cette histoire se termine une bonne fois pour toute. »

    Il était épuisé de passer toute ses journées chez les avocats à devoir préparer ds dossiers juridiques. Thomas était un homme de terrain, il avait besoin d’aller au contact. Cela faisait un mois qu’il se tenait mais c’était beaucoup trop long pour lui. Il ne pouvait supporter cette injustice.

    « – Je serai vigilant. Je te le promet… Je te préviens parce qu’on a dit plus de secrets mais.. mais je ne peux plus vivre comme ça. Je veux retrouver ma vie avec toi. »

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    C.

    Thomas riait doucement en voyant son fils se calfeutrer dans les bras de sa mère. Le petit brigand savait parfaitement s’y faire. L’arrivée de Kisos lui rappelait l’objectif de la journée et cela le faisait quand même bien moins rire. Il débarrassa en vitesse la table puis prit sa veste en cuir noir qui lui donnait cette allure de motard imposant.

    « – Je t’explique en descendant, dit-il à Kisos, je te rejoins dans un instant. »

    Avant de le rejoindre, il se rendit dans la chambre où Sora finissait de changer Jamie. Il gigotait en riant, amusé par les mimiques de sa mère.

    « – Nous y allons, dit-il en se penchant pour caresser le petit duvet de son fils, sois sage petit guerrier. Ta mère me dira si tu as été un vrai démon. »

    En se redressant, il posa sa main sur la joue de Sora et dans un baiser passionné, intense, il la serra fermement contre lui. Sa langue se mêlait à la sienne, intensément une fois encore, comme pour y puiser la force et la puissance de leur amour. Lorsqu’ils n’eurent plus de souffle, il posa son front contre le sien, les yeux clos, toujours en caressant sa joue :

    « – Merci pour tes mots doux d’hier soir, tu ne peux pas savoir à quel point tu es mon souffle de vie Sora. Rien ni personne ne pourra me séparer de toi, murmurait-il tendrement, je reviens vite je te le promet mon amour. »

    Un dernier baiser sur ses lèvres et il partit d’un pas ferme et assuré. Il avait pour projet de régler ce problème qui l’incombait, aujourd’hui. En rejoignant Kisos dans sa voiture, il se mit à lui raconter son histoire avec précision :

    «  – Le gars en question il s’agit de Michael.. Michael c’est mon ami d’enfance. C’est avec lui que j’ai fais les quatre cent coups. Nous avions monté un petit groupe d’ados rebelles et nous vidions des boutiques, des voitures de riches. On était intraitables mais avec des valeurs dans le sens où on volait aux riches pour donner aux pauvres. On se prenait pour des robins des bois de quartier. Bref, tout se passait bien jusqu’au jour où Marla est arrivée dans le groupe et qu’elle a mis dans la tête de tout le monde que nous devions voir plus grand et vendre de la drogue. Je m’y refusais.. Je ne voulais pas être mêlé à ça. Aussi, lorsque Michael a été arrêté, je me suis livré à sa place. Il a toujours été un petit gars influençable. Je savais qu’en prison il se ferait démolir. Et c’était mon ami.. Il n’est jamais venu me voir. Je ne savais pas qu’il avait suivi Marla. Je savais qu’elle était partie avec un autre homme mais pas avec lui. Bref, il a du prendre mes papiers pour passer inaperçu. A l’époque nous n’avions pas toutes les données numérique que nous avons aujourd’hui. »

    Kisos avait écouté avec attention, embarrassé par le début de vie chaotique de son ami. Il en avait vu des gens sous la détresse, mais pas quelqu’un d’aussi proche. Thomas continua son récit, comment il s’était reconstruit jusqu’à sa rencontre avec Sora. C’est parce qu’elle l’avait touché dans son acte de terreur qu’il avait voulu prendre soin d’elle.

    « – Je n’avais pas prémédité de tomber amoureux de ta soeur et pourtant.. et pourtant je ne peux m’empêcher de me dire que sans elle, je n’aurais jamais connu le véritable amour. Je suis nul avec elle. Je ne sais pas m’exprimer. J’aurais adoré savoir parler.. comme ton beau-père. Je l’ai entendu l’autre jour parler à sa femme c’était beau. Si je sors de tout ça, je prendrais des cours avec lui tiens. »

    Les garçons riaient ensemble en se moquant gentiment des poèmes tendre de Garrett alors qu’ils roulaient en direction de Palm Springs. Ils arrivèrent en fin de matinée. La maison de Marla se situait non loin de la côte. Garés dans un coin, ils surveillaient le portail. Thomas ne voulait pas être placé devant la jeune femme de peur d’être accusé d’harcèlement. Non, ils attendirent que Michael sorte de la maison en picorant un paquet de pop-corn que Charlie avait préparé pour eux. Kisos s’amusait à raconter les pauvres tentatives de sa femme a essayer de cuisiner mais elle était loin d’être un cordon bleu.

    Alors qu’ils riaient à en pleurer de la pauvre tourte au poulet de Charlie qui avait été un carnage gustatif, Michael sortit de la maison pour son footing. Il se dirigeait vers la corniche. Sans perdre un instant, Thomas s’installa à l’arrière de la voiture et sortie son arme. Kisos roulait tranquillement. Il avait l’habitude des filatures, grâce ou à cause, de son père. Ils attendirent d’être suffisamment loin de la maison pour se rapprocher de Michael. Lorsqu’ils furent suffisamment près, Thomas sortit de la voiture en marche et se jeta sur son vieil ami son arme en main.

    «  – Monte et sans hurler. »

    Michael levait les mains en l’air et blêmit en voyant Thomas. Un fantôme du passé. Assis l’un à côté de l’autre, son arme rivé sur les côtes du traitre, ils se firent conduire par un Kisos appliqué qui se rendait dans l’un des hangars de son père. Sur le trajet, Michael regardait dehors, comme s’il ne prenait pas conscience de ce qui se passait ou comme s’il s’attendait à ce que cela arrive un jour.

    Après avoir traversé le désert, ils arrivèrent au dit hangar. Kisos sortit de la voiture et vint fermer la lourde porte une fois que la voiture fut entrée.

    « – Sors, il faut qu’on parle. »

    Le silence entre les deux amis était terminé, il était venu le temps de s’expliquer. Thomas laissa Michael s’installer sur un canapé vide quand Kisos rechargeait son arme, menaçant, derrière eux. S’asseyant sur une chaise devant Michael, Thomas ne lâchait pas son arme.

    «  – Je savais que ce jour viendrait, ruminait Michael en riant à moitié les bras croisés, je lui avais dit que tu nous retrouverais un jour.
    Le truc c’est que je n’ai jamais cherché à vous retrouver.
    Mais.. Mais alors.. Comment ?
    J’ai croisé Marla à l’hôpital. Elle a ans doute voulu anticiper et fais comme d’habitude..
    Arrête. Ne dis pas ça. Elle est apeurée depuis toutes ces années.
    Marla ? Apeurée. Ne dis pas de bêtises veux-tu. »

    Thomas était agacé par cette conversation. Il ne voulait pas entendre que Marla puisse être apeurée. Par quoi ? Par qui ? Par lui..? C’était insensé. Il n’avait jamais été violent avec elle et encore moins intimidant.

    «  – Pourquoi avoir pris mon identité ?
    J’ai du faire une fraude à l’assurance pour pouvoir payer la maison. Du coup, ton nom est sortit mécaniquement, sans arrière pensée.
    Donc en plus d’avoir maltraité ta femme je suis en plus accusé d’une fraude à l’assurance ? »
    Il en riait de mauvaise foi, il riait jaune de cette information qu’il ne savait comment gérer. C’est alors que Kisos intervint :

    «  – Ça peut rapidement se régler, dit-il, s’il vient témoigner on peut tout simplement te libérer de toutes ces charges.
    Est-ce que l’enfant est de moi ? »

    Michael regardait Thomas, interloqué. Mais son regard ne faiblissait pas. Il était intense, en quête d’une réponse. Michael hésita une seconde avant de hocher négativement de la tête :

    «  – Il s’agit de ma fille.. Isabella. Même si je veux bien avouer que étant donné son âge ça peut porter à confusion. Mais non, non, il s’agit bien de ma fille. Elle est rousse, comme moi. Et elle a des tâches de rousseur partout, comme moi.
    Je ne vous veut pas de mal Michael mais tu vas devoir aller dire la vérité.
    Mais j’ai une famille à protéger !
    Moi aussi j’ai ma famille Michael ! Moi aussi je veux la protéger. Mais je ne pourrais pas le faire en prison. »

    Kisos se redressait, plus impressionnant encore avec son arme quand Michael ricanait. Il savait très bien ce qu’il faisait mais il ne semblait pas avoir peur. Thomas se sentait quelque peu dépassé. Il n’avait pas envie d’user la manière forte même si cela aurait été le plus simple. Comment aurait-t-il pu agir de la sorte et regarder alors Sora dans les yeux. Pourtant, il n’allait pas avoir le choix. Sous l’oeil surpris de Kisos, Thomas se redressa et empoigna son vieil ami par le col de sa veste de jogging, menaçant :

    «  – Je crois que tu n’as pas compris. Tu vas me suivre et tu vas tout avouer Michael. Je te payerais tous les avocats qu’il faut pour te sauver le cul mais toi à l’inverse, tu me dois bien ça. Surtout après les trois années que j’ai passé en prison pour toi, n’est-ce-pas ? »

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    C.

    Les mains de Sora avaient beau être douce, Thomas était tendu. De quel droit sa soeur avait été lui dire une telle chose. Il vint donc à se retourner les sourcils froncés en prenant les mains de sa compagne dans les siennes :

     » – Qu’est-ce qu’elle a dit ? Sora.. Est-ce que tu m’as vu avoir un quelconque problème d’alcool depuis que nous vivons ensemble ? Même chez les Sons.. Ma soeur a un problème avec la boisson oui. Est-ce que tu me vois tous les soirs me servir un verre ? Boire à outrance avec ta famille ? Est-ce que je sens l’alcool quand tu m’embrasses ? Alors oui bien sûr j’ai fait des soirées arrosés avec des amis quand j’avais quinze ans, mais maintenant je suis un adulte, je suis un flic en plus d’être un père de famille. Je ne ferais jamais la connerie suprême de tomber dans ce tourment quand je sais que je pourrais vous perdre. »

    Ses sourcils étaient froncés, bouleversé par ce que venait de lui dire Sora. Pensait-elle réellement qu’il pourrait être un alcoolique ? Elle ne le savait pas encore mais cette pensée lui rappelait immédiatement son propre père qui avait pendant longtemps frappé sa mère lorsqu’il était plus jeune. Il sortait de la douche, tremblant d’émotions. Depuis la naissance de Jamie il ne faisait que des associations d’idées, craignant par dessus tout de ressembler à son paternel. Enroulant une serviette autour de ses hanches, il vint s’appuyer à l’évier pour mesurer ses pensées ambivalentes.

     » – J’exècre les comportements alcoolisé Sora. Mon.. Mon père.. Quand j’étais gamin mon père buvait beaucoup. Quand il était de bonne humeur on avait juste le droit au ceinturon vois-tu. C’était un sadique. Un malade mental qui s’en prenait à nous, à ma mère juste pour le plaisir de nous voir supplier. L’alcool était sa source de survie. Il n’en n’avait jamais assez. C’est comme ça qu’il est venu à vendre des informations aux truands et vendre ses principes. »

    Ses mains tremblaient d’émotion. Il n’avait pas voulu parler de cela à Sora, craignant de voir dans son regard de l’apitoiement et cela n’allait pas s’arranger car il déballait tout sans être capable de le contrôler :

     » – Un jour.. Un jour il est entré comme d’habitude bourré. J’avais treize ans. Il a commencé à s’en prendre à ma mère et.. et j’ai été pris d’une pulsion. Je me suis jeté sur lui. Il a titubé, l’alcool ne l’aidait pas à reprendre le dessus et j’ai.. je l’ai frappé Sora. J’étais dans une transe de rage, de haine que je n’arrivais plus à m’arrêter c’était comme.. c’était comme si j’adorais voir ça.. le sang giclait de son visage, entendre mes poings broyer son visage et ses râles de douleurs.. c’était des rires.. c’était comme si il était fier d’avoir allumé chez moi violence sourde que je n’avais jamais exploité. »

    Il fuyait le regard de Sora. Il était incapable de la regarder en face. C’était plus simple de quitter la pièce et de se rendre dans la chambre pour enfiler son bas de pyjama. De la table de chevet, il sortir un paquet de cigarette et en alluma une rapidement avant de se rendre sur le petit balcon de la chambre. Il fumait de nervosité. Il revivait la scène avec une crainte certaine et une délectation morbide. Il se sentait si indigne de l’amour de Sora, de sa famille si parfaite douce et aimante. Une fois sa cigarette terminée, il rentra dans la chambre et la vit assise sur le bord du lit. Elle l’attendait. Inspirant profondément, il vint s’asseoir près d’elle tentant de prendre sa main dans la sienne :

     » – Ma hantise serait un jour de devenir comme lui.. Cet homme a été et sera toujours mon pire cauchemar Sora. Ma soeur est alcoolique parce qu’elle a le gêne de la peur. Moi, ma peur, je l’ai maîtrisée dans la boxe, dans mon travail. Maintenant c’est vous.. Je me battrais pour toi, pour Jamie, pour entendre et entendre encore vos rires. Je veux t’entendre me dire que tu m’aimes jusqu’à ce que j’ai des cheveux blanc et que tu me quittes pour un jeune éphèbe. Je mourrais si devais voir dans ton regard que je te fais peur. »

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    C.

    « – oh bordel.. »

    Thomas sentait son bassin se cambrer sans qu’il ne puisse le contrôler. Comment aurait-il pu contrôler quoi que ce soit quand Sora le menait littéralement par la queue, ce qui le faisait rire. Elle était si douce, sensuelle et sexy avec ses yeux brillant comme une panthère et ses ronronnements adorable quand elle s’occupait si sensuellement de lui. Il gémissait, ô oui il gémissait son prénom en agrippant sa crinière d’ébène. Un objet sous ses mains, il adorait cette sensation mais il avait aussi et surtout besoin de reprendre le dessus. Elle lui avait avoué qu’elle n’avait jamais joui avant lui. Ça aussi ça l’avait excité.

    Dans un mouvement rapide il se releva et s’assied à genoux sur le lit. Il récupéra Sora contre lui et enroula ses hanches autour de ses hanches. Ses mains caressaient ses fesses qu’il avait agrippé quand ses lèvres plongeaient sur les siennes dans un baiser langoureux, fougueux et intense jusqu’à ne plus avoir de souffle :

    «  – Jamais je n’avais bandé de la sorte pour une femme, avouait-il un sourire amusé sur les lèvres, et tu es la première à m’avoir abandonné au petit matin. J’en étais terriblement vexé tu le sais ça ? »

    Il riait doucement, plus léger grâce aux douces caresses de sa Sora. Son membre dressé lentement trouvait le chemin en elle lui faisant pousser un doux gémissement de plaisir. Il enfouissait son visage dans son cou, le mordillant avec plaisir quand il massait fermement ses fesses et bougeant son bassin contre le sien :

    «  – bon sang.. bon sang Sora.. »

    La position était suffisamment érotique pour la laisser se donner du plaisir sur son membre mais il ne tenait plus et la renversa en travers du lit. Sa main quittait alors ses hanches pour relever sa cuisse lui permettant de mieux bouger en elle. Il se perdait en elle, l’embrassait, la dévorait avec passion et intensité :

    «  – mon amour.. oui.. tu es.. tu es si belle.. »

    Il était en train de perdre la tête, comme toujours lorsqu’il était dans ses bras. Ses mouvements étaient ample, de plus en plus intense et faisait bouger le lit. Heureusement que Jamie dormait dans la pièce d’à côté ce qui permettait au jeune couple de se donner aussi intensément.

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    C.

    Thomas n’était pas le genre d’homme à ressasser le passé. Bien au contraire, il avançait et il vivait le présent. Et dieu sait que la vie était douce avec Sora et Jamie. S’il n’était pas des plus expressifs, il aimait follement sa famille et essayait de le dire le plus de fois possible à sa compagne. Sora ne semblait pas se plaindre de son compagnon peu expressif. C’était comme si elle avait déjà compris qui il était et comment était son âme. Ils avaient leur propre langage secret qui les rendaient si particuliers. En les voyant, on avait du mal à imaginer que la jolie jeune amérindienne se soit entichée de ce monstre de muscle qui parlait avec un anglais impeccable. Ils n’étaient pas forcément assortis et pourtant, on sentait bien qu’ils étaient unis par quelque chose de bien plus singulier.

    Un soir, alors qu’ils dînaient chez les Walker et que Jamie s’endormait dans les bras de son père il entendit Sora lui demander pourquoi il avait semblait être ronchon dans l’après-midi. Fronçant les sourcils, il ne se souvenait pas avoir été frustré, mais la conversation pris un nouveau tournant lorsque Henry du quitter la table précipitamment pour régler une affaire politique d’une urgence capitale :

    « – Henry le justicier est de retour, se moquait gentiment son épouse avant de se lever pour débarrasser, tu prendras une tisane avant de partir ma chérie ? »

    La douceur de Q’ était à l’égal de celle de sa fille. Quand Thomas la voyait prendre Jamie dans ses bras et le couver comme la huitième merveille du monde il ne pouvait s’empêcher de sourire de joie. Elle qui avait eu si peur de ne pas l’aimer se trouvait finalement être une mère-louve espiègle. Et Jamie savait déjà parfaitement en jouer ce qui ne pouvait que faire rire son père. Sur la route du retour, ils parlèrent du boulot. Thomas était très enthousiaste du nouveau poste de Sora concernant les cold-cases. Il trouvait intelligent et très humain de rouvrir ces fameuses enquêtes, de donner justice aux oubliés des crimes :

    «  – J’ai entendu dire que Sarah te menais la vie dure. Il ne faut pas te laisser faire. Je sais que tu ne veux pas que j’intervienne mais il est hors de question que tu te laisses bouffer par cette pimbêche, compris ? Sinon j’interviendrais et tu sais que ma manière n’est pas des plus diplomates. »

    Il lui parlait de son travail, le valorisait. Il lui avoua même en avoir touché deux mots au lieutenant de son département évoquant l’intelligence de réutiliser ses recherches pour retrouver certains meurtriers. Il croyait en elle et en ses qualités d’enquêtrice. En rentrant à l’appartement, il fut surpris en voyant une fenêtre du salon ouverte.

    « – Tu avais laissé ouvert, demandait-il en lui ordonnant de ne pas bouger de l’entrée avec Jamie pendant qu’il faisait le tour de l’appartement, je ne vois rien de voler et il n’y a personne.. »

    Etrange cette fenêtre ouverte. Ils étaient plus tôt consciencieux habituellement. Après avoir couché le petit Jamie, il se rendit dans la salle de bain et contempla les formes anguleuse de sa compagne sous la douche. Incapable de résister, il vint se placer derrière elle et caresser ses seins en mordant son cou.

    « – Toute la journée j’ai eu envie de te rejoindre dans les archives, murmurait-il tendrement au creux de son oreille tout en faisant danser son bassin contre ses fesses cambrées, je t’imaginais avec une jupe si courte que j’aurais pu laisser mes doigts te caresser ainsi.. »

    Il souriait amusé en laissant alors ses doigts jouer avec elle entre ses cuisses. Un baiser langoureux, sensuel s’ensuivait jusqu’à ce qu’il n’ai plus de souffle. Ses mains s’occupaient avec plaisir de son intimité brulante et de son sein si rond et ferme malgré la grossesse. Son corps était un appel à la luxure :

    «  – J’ai envie de toi, murmurait-il contre ses lèvres alors qu’il laissait son membre relevé se caler entre ses cuisses, Mo Leannain.. »

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    C.

    En ce moment il n’avait pas de grosses enquêtes de terrain ce qui lui permettait d’avoir le temps de faire du rangement ou de potasser certains dossiers. Il n’osait pas avouer qu’il s’ennuyait par crainte de se voir être déplacé dans un autre département. On lui avait déjà proposé d’autres missions en infiltré mais cela lui était impossible de recommencer avec l’arrivée de Sora et de Jamie. Alors, Thomas se contentait de ce qu’on lui donnait sans ronchonner.

    C’est grâce à cela qu’il pu se rendre là où Sora était en panne. Le fait qu’elle n’ai aucun réseau et qu’elle ne puisse pas répondre l’inquiétait. Elle se trouvait seule dans le désert californien avec une voiture en panne. Avait-elle pris de l’eau ? Avant de partir la rejoindre, il voulut s’en assurer et pris plusieurs gourde d’eau. La route était chaotique, il ne comprenait pas qu’elle ai prit ce chemin si tortueux et plein de trous. Il allait diaboliquement bien la sermonner en arrivant. Heureusement qu’elle avait eu le temps de lui envoyer un sms, car comment aurait-il pu la trouver dans ce désert. Sa panique s’intensifia quand le GPS bipa l’arrêt immédiat.

    Mais il n’y avait aucune voiture et surtout pas celle de Sora, hormis un vieux hangar qui tombait en lambeaux entouré de quelques cactus heureux d’être sous le soleil cuisant. Thomas sortit de la voiture et vérifia les alentours. Il n’eut pas le réflexe de prendre arme qui était sur le siège arrière de la voiture et il aurait du être plus vigilant, car au moment où il s’approchait du hangar pensant y trouver Sora à l’abri du soleil, sortit plusieurs hommes ainsi que son père et William vêtu de la même manière que lui.

    Le choc le fit s’arrêter net. Il comprit qu’il s’agissait d’un piège et qu’il était tombé dans un guet-apens et il craignait pour la vie de Sora :

    « – Où est-elle, demandait-t-il d’une voix basse et inquiétante, où est Sora ? »

    William s’amusa à le singer en reprenant son même timbre de voix et faisant le tour de son frère qui était entouré de plusieurs hommes armés. Il n’avait que très peu de chance de pouvoir s’enfuir même s’il était plutôt bon boxeur. Mais il ignorait ce que voulait son père.. Le détruire ou le récupérer.

    «  – Elle est bien à San Francisco pour son rendez-vous, expliquait le patriarche, je n’aurais pas touché à la belle Sora. D’ailleurs ceci dit en passant elle est exquise notre très chère brue.
    Tes nuits doivent être bouillante avec elle eheheh. »

    Le rire gras de William faisait fermer les poings de Thomas. Surtout ne pas réagir, surtout ne pas réagir, ne cessait-il de se répéter. Pourtant, il devait savoir et donc poser des questions :

    « – On sait que je suis ici, on va venir me chercher. Peu importe ce que vous avez en têt ça ne pourra qu’échouer.
    Et bien non Tommy, riait William en faisant le tour de son frère jumeau, je vais prendre ta place figure-toi et tu vas partir un peu de temps avec papa. Comme ça, je pourrais moi aussi goûter à ta petite poulette. »

    Au même moment, Thomas sortit son poing avec une vitesse fulgurante. Entendre ces mots de la part de son frère sur sa compagne c’était trop. Il le connaissait parfaitement, il savait de quoi il était capable et il craignait pour la vie de sa famille. William resta sonné un instant, tombant à la renverse quand leur père levait les yeux au ciel devant ces bagarres de frère incessantes. William allait riposter mais le patriarche hurla un « assez » qui le fit reculer d’un pas :

    «  – Bref, nous n’avons pas toute la journée donc je te prierais Thomas de monter sans créer de heurts. Je ne voudrais pas que tu sois abîmer d’autant plus que j’ai besoin de toi rapidement. 
    Tu crois vraiment que je vais monter dans ton fourgon sans me défendre ? Une fois encore, tu ne connais vraiment pas ton fils. »

    Dans le même temps, Thomas se pencha pour balayer sur le sol deux gardes qui pointaient une arme sur lui et les assomma. Récupérant une arme, il frappa un troisième garde qui tomba à la renverse. Son père observait la scène avec un sourire amusé et de contentement. Il était visiblement satisfait de le voir se déplacer aussi vite et promptement. Il était parfait selon lui même s’il avait le défaut d’avoir une conscience. Thomas allait tirer dans la jambe d’un des gardes mais il se rendit compte que les armes n’étaient pas chargés. Au moment où ils s’en rendit compte on l’assomma par derrière ce qui lui fit perdre connaissance.

    Quand il s’éveilla, il était enchainé dans le fourgon et il voyait son père au loin, discuter avec William. Ce dernier avait revêtu sa veste en cuir et il se faisait sermonner comme toujours. Puis, il se rendit à sa voiture et partit en trombe direction Los Angeles. Thomas ne pouvait rien faire si ce n’est assister impuissant à l’odieux plan de sa famille.

    William n’écouta pas son père. Il entendait encore et encore ses mots cruels et si difficile à entendre quand Thomas n’avait que la reconnaissance et l’admiration paternelle. Depuis qu’ils étaient enfants c’était ainsi. William avait toujours essayé d’attirer les faveurs de ce père tyrannique, froid et lointain. Il avait tout fait pour l’impressionner mais à chaque fois, c’était le renfermé Thomas qui obtenait tous les lauriers de la gloire. Alors, mécontent, il n’en fit qu’à sa tête et ne se rendit pas au travail de son frère. Il préféra aller débourser un peu d’argent dans une boite de strip-tease pour admirer les jolies jeunettes se trémousser devant lui. Il y resta jusqu’à vingt deux heures où un appel sur son portable le rappela à l’ordre. C’était celui de son frère et sa petite femme l’appelait. Il était temps de rentrer et de se mettre en mode loque.

    Il ne répondit pas au téléphone et se contenta de prendre la route directement. Sur le chemin, il se rappela qu’il avait merdé. En effet, d’après l’emploi du temps de Thomas, il aurait du aller chercher Jamie chez les Walker, or, il ne l’avait pas fait. Arrivé à l’appartement, il réfléchissait à un mensonge qui lui permettrait de justifier son oubli. Il prétexterait le travail même s’il se doutait qu’elle allait l’engueuler et le détruire. Pourtant, lorsqu’il arriva, elle fut à l’opposé de la colère. Elle semblait inquiète pour lui ce qui le déstabilisa :

    « – J’étais au travail, dit-il d’une voix qui se rapprochait le plus de Thomas, un gros dossier dont je ne peux pas te parler. Tu me laisses prendre une douche et ensuite on mange d’accord ? »

    William se rendit directement dans la salle de bain et s’y enferma. Il n’aurait pas cru que ce serait aussi difficile de prétendre être un autre. Après une longue douche pour dissimuler le parfum de pacotille de la strip-teaseuse qu’il avait prise toute l’après-midi, il rejoignit le salon où la femme de son frère faisait diner leur fils. Le petit Jamie regardait William avec méfiance, comme s’il se doutait de quelque chose. Est-ce que les enfants reconnaissaient véritablement les gens ?

    « – Pourquoi il me regarde comme ça, demandait-il suspicieux en se rendant dans le frigo pour ouvrir une bière, tu ne trouves pas qu’il me regarde bizarrement ? Qu’est-ce qu’il a le petit ? »

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    C.

    La chambre était exigüe et Thomas tournait en rond. Comme un lion en cage. Il n’avait aucune notion du temps ce qui était en soi une véritable torture. Depuis combien de temps était-il enfermé ? Est-ce que Sora et Jamie étaient en vie ? En sécurité ? Il avait bien tenté s’en prendre à la fenêtre de sa chambre et de s’échapper mais c’était sans compter sur le matériel utilisé par son père. Il était fort. Un vrai génie du mal. Il ne devait certainement pas être à son premier coup d’essai puisque lorsque Thomas tenta de briser la fenêtre, la chaise lui revint violemment dessus. Il s’agissait d’un plastique bien hermétique et sombre qui empêchait toute vision extérieure. Il était pris en cage.

    Que pouvait-il faire de plus si ce n’est attendre dans cette maudite chambre ? Alors qu’il s’était assoupi un instant, il entendit la porte s’ouvrir avec fracas. Surpris, il s’éveilla aussitôt mais fut rapidement maîtrisé par des hommes qui vinrent sur lui. Ils s’acharnèrent sur lui avec violence, le frappant jusqu’à ce qu’il perde quasiment connaissance. Tout était confus. Il sentait bien que ses côtes étaient touchées et son visage tuméfié par la pluie de coups.

    Pourtant, il sentait qu’on transportait son corps. Il n’avait aucune idée, une fois encore, d’où il était. Il voyait des lumières au plafond qui l’éblouissaient et enfin il fut posé sur une plaque métallique si froide qu’il en frémit. Au dessus de lui, se postait son père qui répliquait :

    « – Je ne voulais pas te neutraliser comme une bête, expliquait-il, et puis il faut te maintenir en forme pour ce que je prépare fils.
    – Va te faire foutre.. Jamais.. Jamais..
    – Tommy. Qu’est-ce que j’ai toujours dis ? Ne jamais dire jamais. »

    Un masque était posé sur ses lèvres et son nez quand un gaz endormant l’enveloppait. Lors de son réveil, il se trouvait de nouveau dans une chambre d’hôtel, groggy par le gaz, il eut du mal à soulever ses paupières. Au bout d’un instant, il réussit à bouger et lentement se redresser. Une femme était allongée près de lui, elle était nue. Fronçant les sourcils et frottant sa tête qui lui faisait mal, il se releva en ce demandant ce qu’il faisait là.

    Dehors il faisait jour et le bruit de la ville était assourdissant. Se redressant, il s’approcha de la jeune femme après avoir remis son pantalon et sa chemise pour se rendre compte qu’elle était morte.

    «  – Putain de merde, dit-il en se redressant, putain.. »

    Au loin, il entendait qu’on tambourinait à plusieurs portes et que ses mains étaient recouvertes de sang. Son bon sens lui hurlait d’aller vers la police mais il savait aussi que c’était mettre en danger Sora et toute la famille. Son père le testait, il devait donc lui donner satisfaction et espérer s’échapper mais plus tard. Il ne pouvait pas fonctionner tête bêche. Sans perdre un instant, il s’enfuit par la fenêtre de la salle de bain et se dissimula sur le toit après avoir fermé l’ouverture. Il attendit un moment pour se rendre compte qu’il était dans un endroit qu’il méconnaissait totalement. Il n’était plus à L.A. mais très certainement à la frontière mexicaine.

    Sa seule chance était de prévenir Kisos de son absence. Il se laissa donc glisser le long d’une gouttière pour chercher une cabine téléphonique. Il n’avait aucune pièces ce qui risquait de compliquer la tâche. Un téléphone ? Impossible de demander, il devait passer incognito. Il déambulait alors dans la petite ville et se réfugia dans un café. Il savait que les hommes de son père le suivait, aussi il n’avait que très peu de temps.

    « – téléfono por favor.. téléfono.. »

    La vieille dame, indifférente l’ignora. Thomas, toujours aussi déterminé ne se laissa pas pour autant abattre et décida de se retourner. Il vit un homme distrait et vint donc récupérer le portable qui trainait sur le coin de la table. Une fois isolé dans les toilettes il fit le numéro de l’hôpital et demanda à parler du docteur Kisos Walker.

    « – Je suis navrée Monsieur mais le docteur Walker est en opération mais il pourra vous rappeler, à ce numéro ?
    – Non, non, non. Dites-lui seulement de chercher Thomas. Thomas Wells. Je suis pris en otage et j’ai besoin qu’il..»

    Un des hommes de son père enfonçait la porte lui faisant tomber le téléphone dans les toilettes. Thomas essaya de se défendre mais la fatigue et ses côtes brisées n’aidaient en rien à être performant. Il ne faut finalement que deux hommes pour le ramener dans la camionnette où son père l’attend, un éternel sourire aux lèvres :

    «  – Fils, fils, fils.. Pourquoi ne fais-tu jamais ce que je te demande. Si tu mettais la même énergie dans ce que je te demande tout se passerait très bien tu sais. Nous serions forcément les rois du monde. »

    Mike semblait prendre une certaine forme de plaisir à torturer ses fils. Il n’était jamais à bout d’idées concernant la manière d’abattre un ennemi. Là, par exemple, il cherchait à exterminer l’humanité qui faisait Thomas.

     » – C’est quoi ce plan avec cette femme ? Qui l’a tué ?
    – Tu veux la version officielle ou officieuse, demandait son père avant de finalement répondre en riant, c’est une des femmes qui a tenté de se séparer de ton frère. Disons qu’il est un peu sensible je dois bien te l’avouer. Mais rassure toi, je l’ai bien mis au courant de ne surtout pas s’en prendre à notre très chère Sora. Parce que.. Parce que ? Parce que l’on ne s’en prend pas à la poule aux oeufs d’or. »

    Thomas était blême de rage et de terreur pour Sora. Dans quoi l’avait-il embarqué ? Comment allait-elle. Il finissait par frotter son visage de ses deux mains pour essayer de ne pas se laisser submerger par ses émotions mais c’était terrible. Passant le reste du temps dans le camion, il n’en sortit que pour se retrouver finalement une heure plus tard dans un hangar. Son père ne l’avait pas attaché, il était libre de ses mouvements ce qui l’intriguait. Alors qu’il suivait le cortège lourdement armé près de lui, il se rendit compte qu’ils arrivaient dans une salle de boxe, de combat. Surpris, il fronça les sourcils en voyant son père monter sur le ring et faire son show pour les invités fantôme :

     » – Je sais que tes poings sont rapide et percutant. Tu vas donc jouer pour nous.. On va commencer ta formation dans ce sens.
    – Tu rêves. Je n’ai aucun talent pour me battre, comme pour voler d’ailleurs.
    – Il va falloir apprendre fiston. Mais ne t’en fais pas, je connais quelqu’un qui saura parfaitement t’entrainer. »

    C’est alors que surgissait Marla vêtue d’une tenue noire en velours noire. Elle avançait d’un pas félin, ses cheveux blond doré tombant sur ses épaules fine. Thomas eut un mouvement de dédain et de fureur, près à se jeter sur elle mais il fut retenu par les hommes de main de son père :

     » – C’est donc toi ! C’est toi qui est derrière tout ça !
    – Arrête tes jérémiades Tommy. Tu rends toujours tout si compliqué.. Pour une fois dans ta vie écoute donc ton père. »

    Elle montait sur le ring pour rejoindre Peter et vint l’enlacer. Ils s’embrassèrent l’un et l’autre ce qui fit naître une moue dégoût sur le visage de Thomas. Il les haïssaient l’un et l’autre sans le dissimuler. Marla finit par descendre après avoir murmuré quelques mots à son amant et rejoignit l’une des pièces attenante :

     » – Tu as toujours eu bon goût pour les femmes, le félicitait son père en riant toujours, mais je dois avouer que celle-ci est une vraie garce.
    – Pourquoi moi ? Tu as déjà tout avec William bon sang !
    – Non. Ton frère est trop impulsif, stupide. Il agit sans se soucier des conséquences. J’ai besoin de réfléchi comme toi pour pouvoir assurer la relève. Je me fais vieux et je dois penser à te léguer tout ce que j’ai.
    – Mais garde tout. Je ne veux de rien ! N’as-tu pas compris que je ne serai jamais comme toi ?
    – Oh si, si, si Tommy. Tu vas me donner ce que je veux parce que tu voudras sauver la vie de ta petite famille. »

    Là, le patriarche gagnait un point. Thomas ne savait plus quoi dire ou faire. Il avait faim, il avait froid et encore mal aux côtes. Son père vint finalement se poster devant lui, ses yeux brillant étant menaçant :

     » – Et pour obtenir ce que je veux je vais devoir te briser Thomas. Et tu sais de quoi je suis capable. »

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    C.

    Le visage tuméfié de Sora l’obsède. William avait donc osé la toucher quand Mike lui avait assuré qu’il n’en ferait rien. Il n’avait jamais eu confiance en lui mais il avait espéré. Il avait espéré que son père tienne parole et qu’en s’engageant auprès de lui, il veillerait sur Sora. Tout tournait dans son esprit détraqué. Est-ce qu’ils avaient couchés ensemble ? Est-ce qu’il l’avait encore plus violentée ? Est-ce que Jamie avait été frappé aussi ? Il connaissait la bassesse et l’horreur de son frère, le digne héritier de son père. Mais pour autant, il se considérait comme naïf d’avoir pu faire confiance. Son père l’avait entrainé pour encaisser les coups sans rien dire. Thomas n’était pas du genre à se plaindre mais il n’avait pas une résistance intense à la douleur. Maintenant, après s’être entrainé et avoir été isolé, il n’avait plus eu le choix. Il avait même presque oublié le doux parfum de Sora, son rire ou le toucher de la main de son fils sur sa barbe.

    Thomas avait du tuer Thomas pour survivre.

    Pendant ce temps, à l’hôpital, William faisait les yeux doux à la police et aux infirmières. Il se remettait de ses blessures même si elles l’immobilisait un certain moment. Kisos avait été déchargé du patient car beaucoup trop d’enjeux et d’affects étaient à l’oeuvre, surtout en ayant vu le visage tuméfié de sa soeur et en ayant eu le témoignage de Luigi. Il n’avait qu’un projet, assassiner celui qu’il prenait pour son beau-frère.

    Toute la famille Walker était sans dessus dessous. Personne ne comprenait ce qui se passait. Q’ était dans un désarroi complet quand Henry était sur tous les fronts. Charlie tentait de temporiser mais en voyant qu’elle ne serait d’aucune aide avait pris sous son aile Jamie qui était fort heureusement bien occupé par sa cousine Rosie. Kisos, lui, ruminait. Il avait considéré Thomas comme un ami, un nouveau frère et il se sentait trahi en plus d’être anéantit. Tous les jours il tentait d’aller voir Sora avec sa mère mais personne ne pouvait accéder à la détenue hormis l’avocate.

    Mais Kisos ne lâchait rien. Un Walker n’abandonne jamais et surtout pas sa famille. Un soir, il réussit donc à pénétrer discrètement l’hôpital. Il se rendait jusqu’au chevet de son « beau-frère »mais fut stoppé dans son élan par un policier qui surveillait la porte. Ils savaient les Walker puissant, sans doute pensaient-ils qu’ils allaient s’en prendre à l’anglais. Comme ils avaient raison, pensait le colosse. Au moment où il allait se jeter sur le garde, ce dernier fut agressé par une infirmière qui lui enfonça une aiguille dans le cou. Une fois le garde tombé sur sa chaise, Kisos vit l’agresseur entrer dans la chambre. A pas de loup, il se rendit près de la porte de la chambre restée entrouverte et écouta :

     » – Ton père n’est pas content de ce que tu as fais mais au moins.. c’est efficace.
    – Peut-être que pour une fois il verra ma valeur.
    – Ne te réjouis pas trop vite. Thomas fais des merveilles en ce moment. Tu devrais le voir frapper. Ses adversaires n’ont aucune chance.
    – Tu es venue pourquoi ? Me foutre en rage ? Putain c’est qui qui est sur le terrain et qui s’est pris des balles par cette pouffiasse !
    – Eh. Calme toi, se mit à chuchoter l’infirmière, fais le mort quelque temps. On te fera un signal quand ce sera le moment d’attaquer.
    – Tu veux pas me faire une petite gâterie avant de partir ? J’ai la bite en feu et je m’ennuie.
    – Gros porc. »

    L’infirmière se préparait à quitter la chambre et Kisos reprenait discrètement sa place dans une cachette tout près. Il vit que l’infirmière était blonde et lui rappela quelqu’un mais il ne sut qui. Il chercherait plus tard. Pour le moment, il préférait profiter de la liberté d’entrainer dans la chambre de Thomas pour s’occuper de son affaire. En entrant dans la chambre, il ferma délicatement le loquet et entendit la voix de son ami d’autrefois dire en ricanant :

     » – Ah.. Tu reviens finalement pour me cajoler le dragon ?
    – Je vais te détruire ta queue de merde au lieu de la cajoler.
    – Putain de merde t’es qui toi ? »

    William se redressait avec surprise sur son lit ne s’attendait pas à voir surgir le colosse amérindien devant lui. Kisos n’attendit pas une seule seconde et agrippa le col de celui qu’il prenait pour Thomas et posa ses doigts fort et noueux autour de sa gorge :

     » – Tu avais tout sale enfoiré.. Tu avais tout.. Notre confiance, notre respect et ma soeur qui t’as tout donné. »

    Il appuyait plus fermement sur la gorge de l’homme qu’il croyait être un frère alors qu’il se débattait sous lui à la recherche d’air. Un filet de lumière apparaissait dévoilant la main de Thomas. Sur la main, il voyait de tatouer un étrange sigle qui rappelait à Kisos un motif vu sur un rapport concernant un gang de malfrat anglais. Un motif qu’il n’avait jamais vu sur les mains de Thomas. Il le relâcha mais vint l’attacher fermement et le redressa sans ménagement :

     » – Depuis quand tu as rejoins le gang des Delta ?
    – Va te faire foutre bâtard de merde !
    – Répond à ma question Thomas !
    – Je t’emmerde, je vous emmerde tous. Crève moi si tu veux je m’en fous de toute manière. Mon père vous crèvera dans tous les cas, les Walker de merde que vous êtes. »

    Kisos était choqué, perturbé. Jamais il n’avait entendu Thomas s’exprimer de la sorte. Et le tatouage des Delta sur la main le perturbait. Jamais il ne l’avait vu sur son poignet alors qu’ils avaient combattu ensemble à la salle à plusieurs reprise et avoir été à la plage ensemble. Non, c’était invraisemblable. Il allait répliquer une fois encore mais du bruit dans le couloir le fit se stopper.

     » – J’en ai pas fini avec toi. Je peux te jurer que tu paieras. »

    le « faux » Thomas riait en se laissant glisser sur son lit laissant le colosse amérindien quitter une fois pour toute l’hôpital. Sans perdre un instant, il se rendit à la planque où il saurait trouver son père. Ce dernier était entrain d’organiser l’évasion de Sora quand son fils l’interpella pour lui raconter sa dernière entrevue :

     » – Kisos ! On t’as dit de ne pas l’approcher. Il va se retourner contre toi.
    – Duda. Tu vas me prendre pour un fou mais.. mais mon intuition me dit que ce n’est pas Thomas.
    – C’est un malade mental ce type. Il cherche juste à t’embourber l’esprit. Il nous a tous bien eu, moi le premier. Je ne le laisserai plus s’approcher de notre famille.
    – Duda écoute moi..
    – Non ! Non ! Je savais que je n’aurais jamais du laisser Sora s’approcher de lui. J’aurais du intervenir avant. Maintenant laisse moi faire mon rôle de père. Un jour tu comprendras. »

    Kisos comprenait surtout que son père ne voulait pas l’écouter. Il était bien trop focalisé sur Sora et son évasion que de penser qu’il y avait aiguille sur roche. Henry avait toujours été un homme rationnel, loin des croyances superstitieuses de son épouse. N’ayant pas d’écoute de son paternel, Kisos se rendit auprès de sa mère qui fut d’une oreille plus attentive :

     » – Ton père est certain, une fois encore, que tout est de sa faute.. Tout va s’arranger.
    – Ma’.. Je pense que ce n’est pas Thomas. »

    Il lui expliqua ce qu’il avait ressenti et ce qu’il avait vu sur la main du blessé à l’hôpital.

     » – Jamais je ne l’ai vu avec ce tatouage et ce signe est celui des Delta un groupe qui cherche à détruire les activités de Duda depuis des années. Je suis persuadé qu’il y a quelque chose de louche derrière tout ça. »

    Le lendemain, armé de toute la persuasion de Q’, ils purent tous les deux entrer dans la prison pour voir Sora. Autant dire que Q’ se jeta sur sa fille et la couvrit des douces attentions et prévenances qu’elle pouvait avoir. Kisos eut le plaisir de tenir sa petite soeur contre lui, et embrasser sa tempe avant de finalement s’asseoir dans un coin. Ils écoutèrent la jeune femme se confier sans l’interrompre un seul instant. Puis, ils lui donnèrent des nouvelles du petit Jamie et apportèrent quelques photos du petit garçon. Q’ tenait fermement sa fille dans ses bras quand Kisos posa la fameuse question :

     » – Sora.. Tu vas me prendre pour un fou mais.. mais je pense que l’homme que tu as visé n’est pas Thomas.. »

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    C.

    Q’ observe avec beaucoup d’appréhension son fils entrer dans la cage. Thomas reprend des forces, du moins, comme il le peut. Son visage est bien tuméfié par les coups qu’il a reçu mais il est bien plus fort que ça. Sa souffrance, sa douleur est celle de savoir Sora et Jamie en danger. Alors voilà pourquoi il se bat, malgré les nombreux coups qu’il prend et qui le blessent, il ne dit rien. Il encaisse et sers les dents en espérant pouvoir trouver une solution de sortie.

    Alors qu’il crache son eau et qu’il se laisse tamponner le front, il entend des cris de stupeurs des spectateurs. En relevant son regard, il vit un colosse entrer et blêmit en comprenant qui il était.

    Kisos..?

    Thomas se redressa sonné par la vision de son beau-frère qui lui offrait un regard sombre. Il regarda à droite, à gauche et ne vit pas son père. Assurément qu’il connaissait son beau-frère alors il valait mieux qu’il ne soit pas présent pour ce match. Thomas devait dire à Kisos de partir et vite. Remettant ses gants en place, il se relevait et s’approchait à une distance limite de Kisos :

    «  – Bordel mais que fais-tu ici ? C’est trop dangereux.
    – C’est plutôt à moi de te poser la question. Alors c’est vrai ? Tu as un jumeau maléfique ? »

    En d’autres circonstances, bien entendu que Thomas aurait ris. Mais pour le moment, il était bien trop inquiet et bien trop sur les nerfs pour envisager la plaisanterie. Il n’arrivait pas à formuler sa question mais Kisos la comprit :

    «  – Elle va mal.. Très mal. Jamie est chez nous. Mais Sora a besoin de toi. »

    Thomas était abattu. Il pensait vraiment naïvement que William aurait tenu parole et que Mike l’aurait surveillée, protégée. Inspirant profondément lorsqu’il entendit le gong, il chercha des yeux son père qui n’était toujours pas là.

    «  – On n’est pas à l’entraînement Kisos. Je ne vais pas maîtriser ma forcer.
    – Tu crois quoi.. Moi aussi j’étais gentil avec toi. »

    Comme pour confirmer son intention, le fils Walker lui asséna un premier puis une deuxième et enfin un troisième coup d’une violence inouïe. Thomas était sonné par la violence rapide de son adversaire. Il n’avait pas mentit, à l’entraînement il mesurait sa force. Mais Thomas avait de la ressource, il laissa donc Kisos s’épuiser, évitant ses coups et frappa quand il ne s’y attendait pas. Kisos était frontal quand Thomas plus stratégique. Thomas aurait voulu ne pas avoir à frapper mais c’était plus fort que lui. Il était en mode survie, machine de guerre. Il ne pouvait s’empêcher de lui rendre coups par coups. Kisos en était pétrifié de le voir aussi animal et sauvage.

    Le combat était furieux, sportif et exaltait tous les spectateurs qui pariaient en grand nombre. L’argent s’emballait ce qui inquiétait plus que de raison Q’. Elle observait autour d’elle et cherchait des yeux le dit Mike. Son fils lui avait donné des photos de ce dernier pour qu’elle puisse le retrouver et le détrousser

    Ce n’est pas pour rien que l’on dit, telle mère, telle fille. Avec une extrême prudence et intelligence, Q’ réussit à se faufiler aisément dans les bureaux et écouter Mike parler avec la fameuse infirmière Marla. Ils évoquent le prochain plan qui consistait à détruire le trafic des Walker. En même temps qu’elle écoutait, elle enregistrait la conversation. Ainsi, elle avait la preuve que Thomas était innocent et que son jumeau était responsable de la déchéance de sa famille.

    « – Putain.. Mike ! Regarde qui se bat avec Thomas ! »

    Q’ les entendaient se lever et blêmit en pensant qu’ils allaient s’en prendre à son fils. Les deux cerveaux de la bande descendirent rejoindre la foule qui exultait devant le spectacle. Thomas ne ménageait pas Kisos et ils se battaient tels deux lions qui ne cédaient aucunement le terrain. Q’ profita de leur absence pour entrer dans le bureau et récupérer quelques papiers. Maligne comme elle, elle appela aussitôt Garrett qui allait faire intervenir des hommes de main. Le tout était de créer un mouvement de foule, laissant ainsi largement le temps à Kisos de s’enfuir. Cela fonctionna puisque quelques secondes plus tard des hommes surgirent dans le hangar et commencèrent à créer le fameux signal. Kisos était aplati par Thomas et il s’apprêtait à re-frapper quand il entendit le raffut :

    «  – Qu’est-ce que..
    – C’est Ma’.. Le signal ! Viens ! »

    Kisos réussit à pousser Thomas pour pouvoir quitter la cage. Il essayait d’entrainer son beau-frère avec lui mais il résistait pour pouvoir frapper un des hommes de son père :

    «  – Vite ! Fuis !
    – Non ! Pas sans toi ! Sora a besoin de toi ! »

    Thomas et Kisos se battaient contre les hommes de main de Mike. Ils avaient compris qu’il s’agissait d’un piège et ils ne devaient pas laisser partir la poule aux oeufs d’or. A deux ils étaient forts et ils arrivaient finalement à s’extirper, mais non sans mal. Thomas reçu un coup de couteau dans les côtes et il était soutenu par Kisos qui le posait finalement dans une voiture. Q’ était au volant, elle attendait patiemment que les garçons arrivent et une fois fait, démarra en trombe. Elle souriait satisfaite en conduisant tel un chauffard, au passage, elle raya la voiture et grimaça en entendant le bruit de la carrosserie qui grincent. Elle en fit une grimace et ordonna à son fils de ne rien dire à son père :

    «  – On dira que c’était à l’arrêt et que nous étions pas là. Il adore cette voiture.. oh ! Kisos chéri, je crois qu’on nous poursuit. THOMAS NE MET PAS DU SANG SUR LES FAUTEUILS SINON HENRY VA BEL ET BIEN M’ASSASSINER ! »

    Kisos chargeait son arme et ouvrait la fenêtre pour tirer à l’extérieur. Il avait du mal à tirer juste, ça n’avait jamais été son fort. Thomas lui conseilla alors de tirer dans le pare-brise ce qu’il finit par faire et enfin faire fuir les hommes de main de Mike. Q’ conduisait avec précision et finit enfin par rejoindre la fameuse cachette des Walker. Henry s’y trouvait avec des hommes à lui et surgit avec frayeur, armé, ne pensant pas une seule fois qu’il puisse s’agir de son épouse au volant.

    « – Vite sortez Thomas de là ! Je vais chercher mes baumes ! »

    Elle ordonnait aux hommes de son époux de sortir son fils et son beau-fils de la voiture quand elle sortait son attirail pour soigner. Passant devant son époux, elle lui offrait un sourire en coin malgré qu’il soit très certainement furieux, mais ce n’était pas grave elle saurait se faire pardonner plus tard :

    « – Isha tu peux appeler Garrett et lui dire que tout a bien fonctionner ? Tu serais un amour. »

    Thomas geignait de douleur en s’accrochant à Kisos. La lame s’était bien enfoncé dans sa chair et avait peut-être touché des organes. Avec son fils, elle s’attela à vérifier quel était l’état de Thomas qui finissait par s’évanouir sous la douleur et la fatigue générée par ces derniers mois. Il était en sûreté, mais pour combien de temps.

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    C.

    Une fois seul, dans le lit de Sora, trop petit pour lui, Jamie dans ses bras, Thomas prenait conscience que le cauchemar n’était pas terminé. Bien au contraire. Il n’aurait jamais de fin. Tenant tout contre lui son fils qui semblait le reconnaitre et lui transmettre cet amour inconditionnel, il ferma les yeux. Là, discrètement, il versa une larme. Le petit garçon l’interrompit en tapotant gentiment sa joue et répétant le doux surnom affectueux apprit par sa mère :

     » – Je suis rentré, murmurait Thomas d’une voix basse et brisée, je suis rentré bonhomme. On va aller chercher maman, je te le jure. Bientôt elle sera à la maison. »

    Kisos avait un pas dans la chambre lorsqu’il entendit la détresse dans la voix de son vieil ami. Il fit un pas en arrière pour lui laisser un peu d’intimité entre le père et le fils pour retrouver sa mère se faire passer un savon par Henry. Mais cette dernière ne se laissait pas pour autant faire et savait parfaitement répliquer. Le couple s’observait en chien de faïence dans le salon et Kisos toussota les interrompant dans leurs luttes :

     » – Ma’.. Je pense que Thomas a besoin d’un peu d’eau. Tu peux lui apporter ? »

    Q’ se laissait conduire par son fils au chevet de Thomas qui regardait par la fenêtre d’un oeil vide. Kisos en profita pour s’approcher de son père et essayer de lui faire entendre raison.

     » – On ne peut pas tout risquer sur un coup de tête non réfléchi Duda.
    – Tout risquer ? C’est de ta soeur qu’il s’agit Kisos ! Tu crois sincèrement que je vais la laisser pourrir dans une cellule ?
    – Tu l’as bien fait pour moi. »

    Il faisait référence à une vieille histoire où il avait lui aussi été emprisonné à tort à cause d’une mauvaise bagarre avec Ona. Henry soupirait en observant son fils ruminant cette vieille histoire mais fut contraint de rester silencieux en voyant revenir Q’ qui tenait Jamie dans ses bras et suivie par Thomas qui se tenait au mur.

     » – Thomas.. Tu ne devrais pas te lever, le rabrouait Kisos en venant à lui, tu es encore trop faible.
    – Il faut que tu m’emmènes dans le désert.
    – Quoi ? Mais qu’est-ce que tu racontes ?
    – Ton père a raison. Je dois sauver Sora. Elle ne peut pas rester une seconde de plus là-bas. Jamie a besoin d’elle.
    – Il a besoin de ses deux parents, précisait Q’ en embrassant les boucles châtains de son petit-fils, il a besoin de sa famille. »

    Thomas l’ignorait et se tournait vers Henry qu’il savait être aussi déterminé que lui.

     » – A cette heure-ci il est certain que Mike a déjà mis la main sur Sora et je sais où il va l’emmener. Conduisez-moi jusqu’à lui et je la récupérerais.
    – Pourquoi je te ferais confiance. Qu’est-ce qui me dit que tu n’es finalement pas de mèche avec eux ?
    – Vous n’avez aucun moyen de me faire confiance, je le reconnais. Mais pourtant je suis l’unique espoir de retrouver Sora vivante. »

    Les deux se défiaient du regard. Henry était un vrai géant impressionnant qui dominait tout le monde par sa prestance si bien qu’il aurait pu tous les écraser. Malheureusement, il se sentait seul et démuni en sachant sa fille en danger. Pendant qu’il réfléchissait à toute vitesse il reçut un appel. Après avoir décroché, il blêmit. Thomas comprit qu’il avait vu juste. Sora avait été ex filtrée de la prison.

     » – Il nous reste peu de temps. L’objectif de Mike est de faire tomber votre réseau, expliquait Thomas en cherchant un crayon et un stylo, il va vouloir toucher où ça fait mal pour faire détruire l’empire Walker. Une fois fait, il pourra s’attaquer aux médias et ensuite briguer un poste de gouverneur. Et qui sait ce qui adviendra de la ville  »

    Il expliquait encore que Mike mûrissait cette vengeance depuis qu’il était jeune. Visiblement, Mike et Henry se connaissaient puisqu’ils avaient été partenaire en affaire jusqu’à ce que l’anglais trahisse Walker qui avait tenté de le réduire au silence. Le blond eut la délicatesse de ne pas faire culpabiliser le père de sa compagne mais lui rappela malgré tout qu’il n’était pas totalement responsable de ce qui se passait. Après avoir donné la feuille griffonnée de l’adresse du hangar de Mike, il s’approcha de son beau-père :

     » – Sauver Sora. Peu importe ce qui se passe là-bas elle doit être votre priorité.
    – Comme s’il en allait être autrement. »

    La haine de Henry à l’égard de Thomas ne le choquait pas. Il préférait l’ignorer pour se concentrer sur son objectif, celui de sauver Sora. Ils prirent la voiture avec Kisos. Q’ resterait à la maison pour s’occuper de Jamie qui hurlait en voyant son père de nouveau partir. Il lui embrassa le front en lui murmurant qu’il l’aimait et qu’il était désolé avant de suivre son beau-père et frère. Le trajet se passa dans un silence de mort. Pour tenir la douleur, Kisos avait injecté un peu de morphine à son ami qui profita de ce moment en voiture pour dormir un peu.

    Ses blessures étaient importantes et ses pansements déjà imbibée de sang mais il les dissimulait sous son t-shirt sombre. Kisos risquait de l’interdire de sortir s’il en voyait l’état. Souvent il avait été surpris de savoir que ce colosse au grand coeur médecin le jour, pouvait être d’une rage aussi intense le soir en s’occupant de l’activité sombre de la famille. Dans la voiture, il observait les yeux mi-clos le ciel d’un bleu éclatant et pensa à une journée passée avec Sora et Jamie à la plage. Ils avaient été au soleil toute la journée, fit prendre le premier bain du petit bonhomme. Ils avaient mangé de la glace et Sora s’était moquée gentiment de sa peau trop blanche pour la Californie. Il se souvenait de la douceur brillante de ses prunelles et de son doux parfum de noix de coco.

    Le paradis.

    La voiture se stoppa nette et il fut réveillé de son rêve-souvenir. Un peu secoué, il se redressa et vit où ils se trouvaient. Le désert se tenait devant eux, immuable et vide. Non.. Pas totalement vide puisque plus loin sur le chemin se tenait Sora tenue en joue par un homme de Mike. Ce dernier se tenait tout près et fumait. Près de lui on pouvait voir Marla qui tenait elle aussi une arme. Ils l’attendaient. Ils savaient qu’il allait venir sauver Sora. C’était plus que prévisible.

    Difficilement mais avec le plus de force possible Thomas sortit enfin du véhicule et se dirigea vers son père qui applaudissait en le voyant enfin arriver. Derrière lui se tenait Kisos et Henry qui suivaient d’un pas assuré.

     » – J’ai toujours dis à ta mère que tu avais un don pour la magie, dit Mike en jetant son mégot, mais cette gourde n’avait pas compris de quelle type de magie je parlais. Elle a toujours été sotte ta mère quand on y pense.
    – Je ne peux pas le nier.. La preuve, elle t’as aimé.
    – Ouch. Ca pique ça fiston. »

    Néanmoins, il riait à la remarque de ce fils qu’il admirait et désirait briser. Sora se tenait devant Thomas mais il ne pouvait pas l’approcher. Il y avait trop d’hommes armés autour d’elle et il ne voulait pas attenter à sa vie.

     » – Libère la. Je suis là, il faut en finir.
    – Non, non, non.. Ce serait trop simple fils. Je compte bien obtenir ce que je veux et te punir pour avoir osé quitter non seulement ton travail et le cocon familial. Des mois qu’on te nourrit et qu’on te protège et c’est comme ça que tu me remercies ? L’ingratitude des enfants, n’est-ce pas Walker ? »

    Les Walker ne pipaient pas un mot mais Thomas entendait le souffle sifflant de fureur de Henry derrière lui. Gagner du temps.. Mais jusqu’à quand ? Henry n’avait pas une patience des plus affirmée. Inspirant profondément, il jeta un regard sur l’effroyable père qui l’avait conçu.

     » – Une vie pour une vie Mike. Si ta parole a encore un peu de valeur je te demande de rendre celle de Sora aux Walker. Je suis là et je me rend.
    – Thomas…
    – Non Kisos, l’interrompait fermement le blond qui plantait ses iris dans ceux de son père qui se questionnait, les Walker sont prêt à tous les sacrifices pour Sora tu as raison. C’est pour ça que je suis là. Un échange. »

    Mike était suspicieux. Son fils se donnait volontairement pour Sora ? C’était prévisible. Mais aussi facile ? Il doutait. Pourtant son orgueil prit le dessus et même si William surgissant d’un côté lui rappelait d’être vigilant, il l’ignora et s’approcha de Thomas pour le sonder. Ce dernier en profita donc et sortit de sa manche une lame fine et acérée qu’il enfonça dans la gorge de son géniteur. De là où ils étaient, les hommes de Mike ne virent pas de suite l’acte funeste de Thomas et ne comprirent pas la surprise sur le visage des Walker :

     » – Un jour tu m’as dis, murmurait Thomas, que je finirais par tuer par plaisir. Et bien tu seras heureux d’apprendre que tu avais raison. J’éprouve une immense satisfaction actuellement. »

    Le corps de Mike tomba lourdement sur le sol laissant la main ensanglantée de Thomas retomber. William se mit à hurler et commença à courir pour se jeter sur son frère quand Marla pris la fuite. Les hommes de Mike ne savaient plus quoi faire et pris au dépourvu cela permit à Kisos d’en profiter et de les abattre. Pendant que Thomas se faisait ruer de coups, Henry en profita pour récupérer sa fille qui gisait sur le sol et qui avait pu voir toute la scène même si elle était bâillonnée. Pas une seule fois, Thomas ne posa les yeux sur elle. C’était trop difficile de la voir ainsi. Il n’aurait pas pu la sauver. Il était donc froid, distant et inaccessible, tout était fait pour qu’elle ne veuille plus jamais de lui.

    Il se défendait comme il le pouvait mais son frère s’acharnait sur lui avec une violence imposante. Fort heureusement, Kisos surgit et assomma William qui insultait de tous les noms ce frère qui lui avait, une fois de plus, tout prit quand la police surgissait au loin. Thomas crachait du sang sur le sol, essoufflé et se débattait quand Kisos voulut l’amener à la voiture :

     » – Ils vont venir me chercher.. Occupe toi de Sora. Personne.. Personne ne doit savoir qu’elle était ici.. »

    L’amérindien savait qu’il avait raison mais il hésita. C’est Thomas le frappa au bras qu’il se résigna à rejoindre son père. Les Walker quittaient enfin le désert quand l’anglais se recroquevillait sur lui-même près du corps inerte de son père et de son frère assommé. Lui qui n’était pas croyant se mit pourtant à prier les fameux ancêtres de Sora. Peut-être l’écouteraient-ils ? Il priait pour qu’elle survive, qu’elle retrouve Jamie. Il priait pour qu’elle soit enfin heureuse et qu’elle trouve le bonheur. Il lui souhaitait d’être amoureuse et de vivre, de vivre et d’être heureuse. C’était sa seule demande.

    Sa seule consolation était de se dire que peut-être, dans une autre vie, ils seraient réunis.

    C’est Spencer et une troupe du fbi qui trouvèrent la fratrie Wells. Thomas était mourant, William encore sonné, Mike définitivement mort. Très vite les frères furent amenés à l’hôpital et soignés. Il fallut une bonne semaine avant que Thomas puisse véritablement ouvrir les yeux. Il était surpris d’être encore en vie. A son chevet se tenait Spencer qui lisait un article de journal. On pouvait y lire que le gouverneur Walker avait rétablit l’ordre dans la ville et sauvé sa fille d’une procédure abusive et d’un vice de forme sur l’enquête pour tentative de meurtre. Sora était sauvée. Jamie avait retrouvé sa mère. C’était tout ce qu’avait espéré le blond.

     » – Eh.. Enfin réveillé la marmotte, répliquait Spencer amusé en repliant son journal, putain Wells.. Dans quel merdier tu t’es foutu.
    – Comment.. Comment elle.. demandait-il d’une voix rocailleuse, comment elle va..?
    – Elle survit. Sa famille fait blocage. Personne ne peut la voir mais elle est sortie d’affaire ne t’en fait pas.
    – C’est le plus important, répondait le blond satisfait en fermant les yeux.
    – William s’est enfuit.
    – Je l’aurais la prochaine fois.. Ne t’en fais pas. Laisse moi me remettre et je pars à sa recherche. »

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    C.

     » Oublie-là ».

    Qu’il est violent d’avoir été éjecté du paradis, pensait Thomas en traversant l’Amazonie. Assis sur sa pirogue, son arme sous le coude, il observait les berges marécageuses de la forêt. Cela faisait presque trois mois qu’il arpentait l’Amérique du Sud à la recherche de son frère. William était excellent pour se cacher, mais Thomas avait une volonté de fer.

     » Oublie-là ».

    Les mots de Henry Walker résonnaient encore et toujours dans son esprit. Comment oublier le paradis ? Comment oublier l’amour qui l’avait guidé pendant presque deux ans ? Thomas n’était pas que malheureux. Il était totalement détruit et ne savait pas comment gérer le manque de Sora. Lorsqu’il était enfermé par Mike et maltraité il ne pouvait qu’espérer qu’elle soit en sécurité. Mais aujourd’hui, il savait qu’elle était de nouveau enfermée et envahie d’un démon qui la possédait. L’esprit de Sora s’était persuadé qu’il n’avait pas existé. Il l’avait convaincu qu’il était un danger pour elle. Et comment pourrait-il lui en vouloir ?

     » – Patron.. Patron, murmurait Iago son guide, patron dans les fourrés là.. »

    Thomas pointa son arme en direction du bosquet qui bougeait et vit qu’on visait vers eux. Sans perdre un instant, il tira et abattit l’homme dans les fourrés. Encore un homme de William qui faisait le guet. Ils n’étaient plus très loin de son camp. Le blond avait facilement retrouvé la trace de son frère. Peu difficile d’ailleurs car ce dernier laissait toujours un vrai bordel derrière lui. Il s’était spécialisé dans le revente d’armes pour des groupes d’anarchistes qui cherchaient à renverser le pouvoir mis en place. Un vrai fléau ce William.

     » – Thomas, murmurait Andrew son acolyte, il faut qu’on contourne le petit îlot. D’après le radar ils se cachent ici.
    – Impossible. Le courant est trop fort pour faire demi-tour. »

    Il eut alors une idée. Laissant les armes dans la pirogue, ils sautèrent dans l’eau et se dissimulèrent sur le côté. A peine avaient-ils dépassé l’îlot qu’en effet ils se faisaient tirer dessus. William l’attendait, il était prêt à recevoir son petit frère. Ses hommes tirèrent à vide puisque la pirogue apparue sans ses occupants. Ils étaient définitivement sots puisqu’ils partirent du principe qu’ils avaient tué les intrus. La brume était un avantage pour Thomas et Andrew. Ils purent aisément se rapprocher de la berge et poser la pirogue dans un coin. Récupérant leurs armes, ils se rendirent donc sur la terre ferme et prirent la direction du campement. Au passage, ils tuèrent quelques hommes dans le silence le plus total, encore une fois soutenu par les cris des bêtes sauvages de la jungle.

    Il pensait que les esprits du peuple de Sora le guidait. Cette mission était la leur. Il devait la réussir pour pouvoir rentrer à la maison. Peut-être que si elle voyait William, Sora reviendrait à elle. Alors qu’il se postait dans un fourré et qu’il observait la scène du campement mobilisé par les hommes de son frère, il repensa à la lettre qu’il avait envoyé à Sora.

    « Petit oiseau chantant,
    Je ne sais pas si tu liras cette lettre et si tu entendras mes mots mais il était important que tu saches que ces mots ont existé. Sora, je ne saurais combien de fois il faudra que je m’excuse pour tout le mal que tu as subi. Ma vie entière en suffira pas à me faire pardonner l’affront de mon père et de mon frère. Je sais que ton esprit est encore embrumé par les violences des derniers mois et je ne te tiens pas rigueur de ton refus de me voir. Comment le pourrais-je alors que ma seule présence a suffit à te détruire.
    Mon amour, je suis parti retrouver mon frère. Je ne reviendrai que lorsque je l’aurai neutralisé. C’est un voyage qui va me prendre du temps, peut-être même ma vie, mais je sais que c’est nécessaire pour pouvoir peut-être un jour te retrouver. Tu sais que je suis maladroit avec les mots et que m’exprimer sur mes sentiments n’a jamais été mon fort et je m’excuse encore une fois de mon manque de verve. Mais Sora.. Je t’aime. Notre amour, cette vie que nous avons mené avant ce jour funeste n’a jamais été rêve. Si tu le peux, souviens-toi de tout ce que nous avons partagé. Notre joie d’être les parents de Jamie, nos retrouvailles en Californie ou encore quand nous nous sommes enfuis en moto après cette ennuyeuse vente aux enchères. Je me souviens encore de ta robe, de ton parfum, de tes yeux brun si puissant. Sora.. Tu es l’unique amour de ma vie. Avant toi je n’avais jamais aimé et je sais que jamais plus je n’aimerais. Si je dois ne jamais te revenir je veux que tu l’entendes. Je veux que tu t’en souviennes. Je t’aime et je ne cesserai jamais de t’aimer.
    Mais aujourd’hui, je dois te laisser t’envoler mon oiseau chantant. Je dois te laisser t’envoler et trouver la paix. Trouve le bonheur, jamais je ne te le reprocherais. C’est ce que j’ai toujours voulu pour toi. Peut-être un jour arriverons-nous à discuter sans que les mauvais souvenirs puissent t’envahir. Je serai là, toujours là pour toi. Jamie et toi êtes les bonheur de ma vie. Vous m’avez offert le paradis quand je ne vous ai offert que l’Enfer. Mais je sais que tu réussiras à guérir, parce que tu es la femme la plus forte que j’ai pu rencontrer de toute ma vie. Sora, j’ai foi en toi.
    Thomas »

    Il avait fermé les yeux un instant, repensant avec émotion au sourire de la jeune femme, de sa manière si tendre de tenir Jamie dans ses bras et de tournoyer avec lui en riant. C’était si lointain, si inaccessible. Un coup de feu retentit, annonçant le début des combats. L’équipe qui accompagnait le blond venait d’arriver sur le terrain et enfin ils pouvaient intervenir. Le combat fit rage pendant deux bonnes heures. Les hommes de William tombaient comme des mouches quand ce dernier restait cloitré dans une petite paillasse entouré de plusieurs femmes. Thomas crachait à ses pieds, dégoûté et épuisé :

     » – Ah ! Frangin.. Tu en as mis du temps pour venir.. Je t’accorde qu’elles ne sont pas aussi belles et appétissantes que ta belle Sora mais certaines valent le coup. »

    Etre abjecte qui riait de la situation. William s’était complètement renfermé sur lui-même et avait reprit le ton sarcastique de leur père. Andrew le retenait et le poussait à l’extérieur pour ne pas qu’il perde son sang froid. Interpol et ses gars surgissaient et emportait enfin William pour l’emprisonner dans une prison américaine où il serait jugé de ses actes odieux.

    A son arrivé en Californie, Thomas était un homme libre mais qui n’avait ni travail ni famille. William était enfermé dans une prison fermement sécurisée et allait être bientôt amené devant un juge mais son frère restait à l’écart. Il avait été cherché ses affaires chez Kisos et Charlie qui avaient gentiment proposé de l’accueillir mais il préférait prendre ses distances des Walker. Il savait que Henry ne serait pas satisfait de cette situation. Aussi, Spencer accepta de l’accueillir le temps qu’il trouve un emploi.

    Il passa de nombreux entretien et trouva quelque chose comme surveillant dans un magasin. Henry l’avait blacklisté de partout. C’était la dégringolade mais Thomas ne s’offusquait pas. Il gagnait suffisamment d’argent pour pouvoir louer une petite chambre dans un môtel. Q’ était venue avec Jamie passer un après-midi avec lui. Le petit garçon avait tellement grandit que Thomas en avait eu mal au coeur. Son fils le reconnaissait toujours mais il grandissait sans qu’il puisse intervenir dans son éducation. Alors qu’il barbotait dans la piscine pour enfant surveillé par son père et sa grand-mère, Thomas demanda enfin :

     » – Comment.. Comment elle va ?
    – Elle va mieux, répondit Q’ avec un sourire attendri, elle va mieux et c’est très encourageant. Elle arrive à s’ouvrir un peu mieux aux gens et même à nous.
    – C’est bien.. C’est très bien.
    – Jamie et moi allons la voir tous les jours. Il lui fait beaucoup de bien.
    – Il a toujours été un allié sans faille pour elle.
    – Toi aussi, insistait la quinquagénaire, toi aussi tu l’as été. »

    Thomas ne répliquait pas. Il préférait venir patauger près de Jamie et jouer avec ses petits crocodiles en mousse. Les moments avec son fils étaient des rayons de soleil mais c’était encore plus terrible que de le voir repartir chaque soirs avec sa grand-mère. Lorsqu’il avait demandé à voir Sora un soir chez Kisos, ce dernier avait été embarrassé.

     » – Ce n’est pas contre toi Thomas mais.. mais elle fait de vrais progrès ces dernières semaines et je crains que te voir la fasse rechuter. Tu sais que je suis ton premier soutien mais.. mais c’est peut-être prématuré.
    – Je comprends.. Je comprends. »

    Comment pourrait-il ne pas comprendre ? Son visage, sa voix, tout avait détruit Sora. Lui qui avait espéré une potentielle rencontre avec elle voyait ses espoirs s’effondrer. Il n’y aurait plus jamais de Sora et Thomas. Cela faisait maintenant un mois qu’il était de retour et vivre en Californie était pire que tout. Depuis son arrivé ici, il n’était resté que pour elle, il était venu pour lui de prendre une décision sans appel. Il passa un soir chez les Walker. Q’ était surprise de le voir et vint lui ouvrir non sans l’accueillir chaleureusement. Jamie sauta dans les bras de son père qui le couvrait de baisers :

     » – Je pars demain pour la Virginie, annonçait-il à Q’ qui lui demandait ce qu’il faisait ici, on m’a offert un poste de shérif dans une petite ville. Je reviendrais vous voir régulièrement et vous pourrez me rendre visite.
    – Mais.. Mais et Jamie ?
    – Je sais pertinemment que Henry ne me laissera pas partir avec Jamie. Et il sera plus heureux avec sa mère qu’avec moi. Vous serez toujours les bienvenus mais je ne peut pas rester en Californie. C’est trop difficile Q’. Je sais que jamais elle ne pourra revenir vers moi et.. et je l’aime mais je ne veux que son bonheur. Il est hors de mes compétences »

    Bien sûr qu’elle comprenait. Les larmes noyaient ses yeux quand elle caressait la nuque du petit garçon dans les bras de son père. Elle murmurait de doux mots en amérindien, comme pour lui souhaiter bonne chance. Thomas passa la soirée avec Jamie et il le coucha en lui racontant une histoire. Il partit juste avant que Henry ne revienne et reçu un câlin de Q’. Il promit d’envoyer de l’argent pour Jamie mais elle tapa son front pour lui interdire de dire des bêtises ce qui le fit doucement rire :

     » – Si elle l’accepte.. Dites-lui.. Dites-lui que je l’aime. »

    Cela finit de faire pleurer une nouvelle fois l’amérindienne. Le lendemain, Thomas prit l’avion en direction de la Virginie sans savoir si un jour, il réussirait à retrouver la femme qu’il aime. L’installation en Virginie se fit sans encombre. La ville était petite, à taille humaine et lui donnait l’impression d’être comme à la maison. Thomas reprenait le poste de shérif à la suite d’un vieil homme froid et distant mais dont la femme adorable et chaleureuse compensé le mutisme. Thomas étant encore beau garçon, il faisait déjà des émulations en ville chez la gente féminine et l’uniforme aidait aussi. Il avait pris quartier dans une petite maison tout près d’un lac à la lisière de la forêt. Quand il ne travaillait pas, il coupait du bois ou il arpentait les chemins sinueux de la forêt. Q’ lui avait envoyé tout un tas de livres sur les amérindiens. Il vivait désormais sur les terres originelles de la famille Powhatan, les ancêtres de Sora. C’était émouvant d’imaginer ces tribus amérindiennes ayant vécu à cet endroit. Il se documentait et s’intéressait beaucoup plus à cette culture. Puis, quand il le pouvait, il écrivait à Jamie en laissant toujours plus que la moitié de son salaire aux Walker. Il s’enquérait aussi de l’état de santé de Sora mais n’osait jamais demander à ce qu’elle lui écrive. Elle devait apprendre à vivre sans lui et s’il intervenait toujours, il risquait de l’empêcher de guérir. En définitive, il était solitaire. De nouveau plongé dans son mutisme. Mais ça lui suffisait pour le moment. Il savait Jamie et Sora à l’abris, en sécurité. Il n’y avait que cela qui comptait.

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    C.

    La banale vie d’un célibataire de trente cinq ans dans un milieu reculé de la Virginie n’avait rien de fantastique. Thomas vivait de peu de choses et ne pensait qu’à son travail ou le soir en débauchant, à Sora et Jamie. Il pensait à toutes ces choses qu’ils ne pourraient jamais vivre et qu’ils avaient pourtant projeté et espéré. Quand la nuit il n’arrivait pas à trouver le sommeil à cause de tous ses tourments, il allait courir dans les bois. Quand il revenait, il prenait une longue douche froide pour essayer de lui vider complètement l’esprit. Un soir il avait bien été tenté de retourner en ville et d’acheter une bouteille d’alcool mais il savait qu’il risquerait de plonger et de ne plus jamais revenir. Or, même si Sora n’avait plus besoin de lui, il y avait toujours Jamie et il se devait de rester un allié dans sa vie.

    En ce mois de printemps très doux, là où la nature reprenait doucement ses droits en se réveillant, il était morose. Aujourd’hui était l’anniversaire de Jamie et il espérait que son cadeau serait bien arrivé chez les Walker. Il se sentait bête de l’avoir fait livré là-bas. Peut-être que Henry l’aurait intercepté pour ne pas que Jamie puisse l’avoir. Il se promit donc que la prochaine il le ferait livrer chez Kisos et Charlie.

    L’arrivée au bureau était comme d’habitude. Les garçons s’amusaient à se raconter leurs soirées débridées de la veille quand il faisait un tour des évènement de la veille. Bien souvent, le seul petit méfait était celui d’un raton laveur qui avait volé dans les cuisines du seul restaurant local. Voir ces jeunes officiers s’amusaient autant lui rappelait sa propre jeunesse avec Spencer. Il s’en voulait de ne pas l’avoir appelé ces dernières semaines. En même temps, il était tombé de haut, lui qui avait travaillé pour le gouvernement avec le fbi se trouvait désormais petit shériff d’une ville au nom improbable.

     » – Wells.. Glenn du coffee a besoin que tu passes. Il semblerait qu’il ai été cambriolé cette nuit.
    – Glenn ? Le coffee ? Mais c’est une institution chez vous. »

    Les garçons ne savaient pas quoi en dire de plus, eux aussi étaient surpris et pensaient que le vieux monsieur avait peut-être perdu un peu la tête. Sans perdre un instant, Thomas repositionna son arme et se rendit dans le coffee qui était tout proche de l’office du sheriff mais à mesure qu’il avançait, il était surpris de voir des gens entrer et sortir du restaurant comme si de rien n’était. En entrant, il se rendit directement au bar mais fut rapidement redirigé à regarder derrière lui par le vieux Glenn.

    Ce fut le choc. Jamie dans une tenue adorable de cow-boy et la chevelure d’ébène brillante de Sora qui se mouvait avec beaucoup de douceur. Il blêmit, proche d’une crise cardiaque mais le cri de joie de son fils le réveilla. Ce fut encore pire quand Sora posa ses prunelles d’un noir intense sur lui. Bon sang, elle était toujours aussi belle. Il était comme tétanisé, incapable de bouger quand elle semblait plus sereine, moins en proie à la folie. Non pas qu’il avait peur d’elle, il avait bien au contraire toute confiance en la jeune femme, c’était plutôt sa présence près d’elle qui l’inquiétait. La dernière fois avait été si violente. Jamie était la parfaite transition pour pouvoir désamorcer ce moment si intime et gênant, car en effet, le petit garçon qui marchait déjà vint à se jeter dans les bras de son père. Thomas était ému en entendant Sora dire qu’elle était venue pour l’anniversaire de Jamie mais il était incapable de répondre tant il ressentait un milliard d’émotions contraire.

     » – Dadaaaa..
    – Oui Jamie, réussit-il à dire dans un souffle avant d’observer le beau chapeau de cow-boy, si tu ne manges pas ton gâteau je vais devoir le finir à ta place. »

    Ils vinrent s’asseoir sur la banquette de la table. Le petit garçon glissait jusqu’à sa mère pour finir son assiette craignant que son père dévore la sienne. Cela fit sourire le blond qui observait avec beaucoup de douceur ce fils qui grandissait à vue d’oeil. Puis, il reposa ses prunelles d’un bleu triste sur la femme qui hantait ses nuits et son coeur. Il reprit dans un souffle doux et tranquille :

     » – Si quelqu’un pose des questions sur ma présence je dirais que j’enquête en vous interrogeant. »

    Un léger sourire malicieux se formait sur ses lèvres alors qu’il se redressait, un peu intimidé par la présence de Sora dont il sentait le regard inquisiteur. Il avait l’impression de paraître ridicule dans cet uniforme de simple sheriff. Elle l’avait connu avec des costumes, des uniformes plus prestigieux. Sans doute avait-elle honte de lui maintenant, peut-être qu’elle le haïssait toujours pour ce que sa famille avait fait et il ne pouvait que la comprendre, comment pourrait-il en être autrement ? Il avait littéralement détruit sa famille et sa vie.

    Un espèce de flottement régnait entre eux alors qu’ils observaient Jamie dévorer son gâteau. Glenn le rompit en demandant à l’officier s’il voulait comme d’habitude. Thomas acquiesça et reporta son attention sur Jamie qui se faisait essuyer la bouche par sa mère :

     » – Vous.. Comment êtes vous venu ? Tes parents sont au courant que tu es là ? »

    Il n’était pas impossible de voir surgir la famille Walker au coin de la rue, Henry armé jusqu’aux dents et Q’ essayant de l’empêcher de tirer. L’image lui fit froid dans le dos. Mais Sora avoua avoir fait beaucoup de route en train et en bus. Apparemment les Walker devaient être maintenant au courant de sa fugue avec Jamie et Thomas allait la réprimander mais il se contient. Une part de lui était trop heureuse de la voir là, près de lui et avoir fait tout ce chemin pour lui permettre de vivre les ans de leur petit garçon.

     » – Vous êtes au motel ? Oh.. J’espère que tu n’as pas trop mal au dos. Les premières nuits étaient difficile tant le matelas est dur. Je me fais presque vieux maintenant en disant de telles choses. »

    Parler était gênant pour ces deux anciens amoureux qui avaient vécu l’horreur pendant presque six mois, voilà presque dix mois qu’ils étaient séparés par la vie et la violence des hommes. Thomas se sentait si loin d’elle, n’osant pas faire un mouvement pour effleurer sa main qui n’était pourtant pas si loin de la sienne. Il mourait d’envie de sentir la peau de Sora contre la sienne. Buvant une gorgée de son café, il reçut Jamie contre lui qui tentait de communiquer mais Thomas avait des difficultés à le comprendre :

     » – Je ne sais pas combien de temps vous avez prévu de rester mais il est hors de question que vous restiez au motel. On va aller chercher vos affaires pour les installer chez moi. »

    Lorsque Jamie demanda où c’était, son père lui expliqua vivre dans une espèce de cabane dans les bois. Les yeux du petit garçons brillaient d’une joie certaine à l’idée de voir la maison de son père près de si grands arbres. Il vint finir son café et paya pour toute la famille le fameux petit déjeuner tout en remerciant Glenn de cette jolie surprise. Portant Jamie, ils se rendirent au motel qui était tout près, il racontait à Sora et Jamie ce qu’il faisait ici :

     » – Je suis le Shériff de la ville. C’est un petit endroit mais très agréable. On est loin de la ville palpitante de Londres ou Los Angeles mais ici tout le monde se connait et est serviable. C’est agréable de se rendre au café et de rencontrer des têtes familières. »

    La vie à la campagne, au vert, lui allait plutôt bien. Il semblait moins sur le quai vive. Après avoir récupéré les affaires des nouveaux venus, ils allèrent au poste pour récupérer la voiture de fonction de Thomas mais surtout prévenir qu’il serait indisponible pour la journée afin de profiter de son fils. Jamie sur les genoux de sa mère observait la ville qui avait tout un tas de symboles amérindiens ou même des commerces d’artisanat :

     » – Il me semble que ce sont les terres de tes ancêtres, dit Thomas en jetant un oeil à Sora, avant de partir ta mère m’a offert un livre sur l’histoire des Powhatan. Et quelle histoire princesse. »

    Jamie demandait s’il était vrai si sa mère était une princesse et son père lui confirma en retraçant l’histoire généalogique de sa mère. Il était vivement impressionné et embrassa sa mère sur la bouche en riant et répliquant :

     » – Ma’ est ma princesse ! »

    Malgré l’absence entre le fils et la mère, ils semblaient toujours aussi liés et étroitement fusionnels. Cela rassurait Thomas et le touchait. Sur la route qui le menait chez lui ils prirent un petit chemin dans les bois qui montait jusqu’à finalement arriver sur un plateau où il se garait :

     » – Il faut marcher un peu.. La maison est en bas. »

    Il portait les valises de Sora et Jamie sur le petit chemin qui descendait. Il s’agissait d’un escalier en pierre assez abrupte mais qui était parsemé de jolies fleurs. Au moment où il descendait, le chien de Thomas et Sora, surgissait de la maison et aboya de joie en voyant la famille réunie, il accourait tout heureux pour les saluer. La maison était somme toute assez simple, voire même dépouillée. Thomas vivait de peu de chose mais il avait le nécessaire pour vivre. Une maison avec trois chambres quand même et le strict minimum. Au pied de la maison, ils pouvaient voir la rivière qui s’écoulait avec tranquillité et où flottait près du ponton au bout de la maison, une petite barque. Pendant que Sora découvrait la maison avec Jamie, il monta leurs affaires dans la chambre d’amis. Il se doutait bien qu’ils dormiraient ensemble. En redescendant, il expliqua :

     » – Je vous laisse ma chambre.. Elle est chauffée et sera plus confortable que celle du rez-de-chaussée. Est-ce que.. Est-ce que vous voulez qu’on aille se balader ? Juste le temps de me changer un peu et ensuite nous pourrions aller aux écuries du vieux Richardson. Il a de magnifiques chevaux. »

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    C.

    C’est comme un rêve. Thomas observe chaque mouvement que fait Sora, comme il observe toutes les moues surprises et enjoué de leur fils. Il avait tellement grandit ces derniers mois qu’il en avait mal au coeur. Mais il était un homme qui ne ruminait pas, ou très peu. Il préférait profiter du présent et de la chance qu’il avait de pouvoir passer ce temps privilégié avec eux. Thomas refoulait beaucoup de choses. Il surmontait tout en refoulant et occultant la douleur, la honte et la colère. C’était à la fois sa force et sa faiblesse.

    Lors de leur balade à cheval, quand Sora évoqua ses excuses concernant la période passée et son amalgame avec William, il ne pu s’empêcher de se rembrunir. Rien d’étonnant à ce qu’elle considère que tout était de sa faute quand il savait pertinemment qu’il était tout autant voire même plus, fautif qu’elle. C’était sa famille à lui qui avait conduit son amour à la déchéance. Mais pas le temps de répliquer, Jamie demandait à nouveau de l’attention et il préférait se concentrer sur cela. La journée était trop belle pour oser la ternir avec ces vieux souvenirs.

    Après avoir vu la belle amérindienne galoper comme une déesse, Jamie et Thomas la rejoignirent sur le plateau plus tranquillement. Le petit garçon riait en essayant d’aller plus vite afin de retrouver sa mère. Son rire résonnait dans les hauteurs et redonnait du baume au coeur à l’anglais. Une fois en haut, ils laissèrent Jamie s’amuser à ramasser des fleurs. Il poussait des petits cris d’exclamation devant la nature et Thomas déposa un plaid sur le sol. Richardson avait tout prévu pour eux. Sora surveillait le petit garçon quand le blond la contemplait.

    Elle était la plus belle femme au monde, la plus belle femme qu’il avait rencontré de toute sa vie. Il était soudainement pris d’une envie irrésistible de la renverser sur le sol et de la faire sienne, de pouvoir se mouvoir en elle et de jouir à ses côtés avec elle. Sa femme, son amour lui manquait viscéralement. Il avait connu une femme mais c’était juste le temps d’une soirée et il s’était sentit piteusement ridicule et mal suite à cela. C’était Sora qu’il voulait, qu’il désirait. Les autres femmes n’avaient aucun intérêt pour lui. D’ailleurs, cette dernière posa ses yeux d’un noir intense sur lui et il vit qu’elle rougissait avant de vite changer de sujet :

    « – La vie y est plus douce, répondait-il en s’asseyant sur le plaid et récupérant Jamie contre lui qui montrait fièrement son butin, les gens sont gentils. Un peu sur mon dos car ils veulent tout savoir de moi et de qui je fréquente mais ils sont sincèrement gentils. Le travail y est aussi très tranquille. La criminalité dans ce comté est relativement adorable comparée à celle de Londres ou de L.A.. Disons que je suis surtout un garde forestier le plus souvent. La semaine dernière nous avons du partir à la chasse aux loups. »

    Jamie écoutait avec passion l’histoire de son père. En effet, des loups avait été dévoré plusieurs poules chez un fermier du coin. Ils avaient donc du partir à plusieurs pour poser des pièges. Thomas n’était pas le plus fervent applicateur de cette règle et réussit à proposer au fermier de créer un poulailler en hauteur pour ne pas que les loups reviennent :

    « – Nous l’avons donc construit mais les chasseurs voulaient en découdre avec les loups, continuait-il de raconter, nous avons donc suivi leurs traces dans la forêt.
    – Des pattes ?
    – Oui.. Des pattes en effet. Figure toi que j’ai réussi à retrouver leur maison, un terrier immense pour découvrir que le loup qui prenait les poules était en fait un papa.
    – Duda !
    – Oui, oui, un Duda bonhomme.. La Ma’ louve venait d’avoir pleins de bébés. Il devait donc les nourrir.»

    Il finit par raconter qu’il apportait régulièrement à manger aux loups en secret pour ne pas qu’ils attaquent les poulailler du coin et que souvent ils venaient lui rendre visite au chalet et que peut-être dans la soirée ils les verraient. Jamie hurlait de joie à l’idée de pouvoir voir des loups. Cela amusait tendrement Thomas qui avait un doux sourire sur les lippes. Comme quoi, il n’avait pas un instinct de chasseur mais de protecteur. La matinée se passa tranquillement, avec douceur. Ils marchèrent un moment près de la falaise pour rejoindre la rivière qui s’écoulait de la montagne et trempèrent les pieds de Jamie. Puis, ils remontèrent jusqu’au plateau, Jamie sur les épaules de son père, pour rejoindre les chevaux.

    « – Que diriez-vous d’aller manger des côtelettes de boeufs. Cet après-midi nous irons nous baigner au lac. »

    C’était une journée parfaite, comme Thomas n’en n’avait jamais osé en rêver. Le repas du midi, ils le firent chez le vieux Richardson qui les accueillit avec plaisir avec son épouse Meredith qui était déjà folle de Jamie. Les garçons étaient au barbecue, à boire une bière et surveiller la viande tout en discutant des dernières nouvelles de la ville. La vie à la campagne allait décidément bien, il semblait plus détendu et moins sur le quai vive. Pendant que Meredith finissait de préparer la salade, elle faisait connaissance avec Sora. Jamie, lui, il en profitait pour jouer avec Baltos le chien des Richardson. La vieille femme était d’un naturel gentil et bienveillant. Elle ne quittait jamais la maison de peur de rater un coup de téléphone de son fils vivant à Chicago, aussi, elle avait peu d’interaction sociale :

    « – Ainsi vous êtes la belle inconnue qui rend notre Thomas si réfractaire à l’amour, s’amusait-elle à dire en servant un thé glacé à la jeune femme, un soir il nous a un peu parlé de vous et de Jamie. Il est très secret notre Tommy. Il nous a dit qu’il avait un amour et qu’il avait eu un enfant avec elle. On était loin d’imaginer qu’il s’agissait d’une aussi belle jeune femme. »

    Meredith était amérindienne aussi, elle connaissait des membres de la famille de Sora et s’époumona de joie en apprenant qu’elle était une Powhatan. Le vieux Richard riait doucement et tapota l’épaule de son nouveau protégé en répliquant :

    « – Bienvenu dans la famille mon garçon ! »

    Cela faisait légèrement sourire Thomas qui se sentait mal à l’aise. Il n’avait jamais eu la sensation d’être pleinement accepté dans la famille et la vie de Sora. Peut-être était-ce un signe qu’ils ne devaient pas être ensemble et que ses ancêtres ne le considérait pas suffisamment méritant pour cette princesse qu’elle était. Ils mangèrent et il ne pu s’empêcher de venir à côté d’elle laissant avec plaisir son bras nu toucher le sien. Cela avait le don de créer un frisson chez le blond. Un frisson exaltant.

    Après le repas et alors que Jamie était repu de toute cette viande et des pommes de terre, ils allèrent le coucher pour une sieste dans l’une des chambre de leurs hôtes. Meredith fit avec Sora un gâteau pour Jamie. En effet, Thomas n’avait rien de suffisamment comestible chez lui pour pouvoir faire un gâteau. Pendant ce temps, il aidait le vieux cow-boy à réparer deux trois bricoles dans la maison. Il faisait plus chaud et il avait du enlever sa chemise de bûcheron pour finir torse-nu. Ces mois enfermé à faire de la boxe lui avait donné une carrure impressionnante de colosse. Meredith s’amusait à regarder la jolie Sora contempler les hommes travailler.

    Le reste de la journée se passa en douceur. Au lieu de reprendre les chevaux, ils profitèrent de la piscine des Richardson même quand Jamie fut réveillé. C’était une journée de rêve pour lui qui avait ses parents, une ferme et une piscine pour lui. Mais pour la soirée, Thomas tint à ce qu’ils rentrent au chalet. L’air y était plus frais grâce à la forêt et il avait promit au petit garçon de lui montrer les loups. Ils dînèrent rapidement de quelques snacks et surtout du gâteau au chocolat fait par Sora et Meredith, puis, ils s’assirent sur les marches du perron pour contempler le soleil se coucher.

    Ils entendaient le hululement de la chouette au loin et virent des lucioles voler sur les talus. Jamie voulait courir après mais Thomas le retint en lui précisant qu’il devait être silencieux s’il voulait voir les loups venir. Peu de temps après, alors que la lune se levait dans le ciel, ils virent toute la petite famille de loups venir à eux. D’abord hésitants car ils ne connaissaient par Jamie et Sora, mais ensuite très enthousiaste en voyant les louveteaux lécher Jamie avec affection. C’était comme s’ils respectaient la présence de sa famille. Comme s’ils les connaissaient déjà et qu’ils étaient liés. Thomas était toujours aussi impressionné par l’aura de Sora que la louve venait rejoindre.

    Ils restèrent peu de temps mais suffisamment pour que Jamie soit heureux.

    « – Ma encore les loups demain !
    – Vous comptez repartir bientôt, demandait Thomas avec crainte d’ailleurs il n’osait même pas regarder Sora tant il avait peur de les voir disparaître de nouveau, tu sais.. vous pouvez rester ici tant que vous voulez. J’ai suffisamment de place pour vous accueillir. »

    Jamie s’endormait dans les bras de sa mère. Thomas en profitait pour caresser ses boucles châtain avant de murmurer dans un souffle :

    « – Je n’avais pas été heureux comme ça depuis très longtemps.. »

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    C.

    Il y avait un air différent dans cette maison. Le fait qu’elle soit habituée, qu’il y ait d’autres sons que les siens rendait Thomas heureux. On ne mesure le poids de la solitude quand on retrouve une bulle de bonheur. Avant Sora, il avait été habitué au silence, il le cherchait presque. Mais le son que produisait la jeune femme et leur fils l’avait toujours ravit, quasi consolé. Ils avaient guérit son appréhension de la famille. Il savait que quelque chose d’autre était possible et ils l’avaient transformé en un espace et un son merveilleux.

    Le quasi baiser qu’il allait échangé avec Sora l’avait mortifié. Il avait oublié ce qu’était le désir pour cette femme. C’était comme une flamme qui le consumait et son parfum si fleurit, si fruité l’avait de nouveau envoûté. Malheureusement ou heureusement, Jamie surgit pour rappeler qu’ils n’étaient plus seuls désormais. Thomas s’endormit très rapidement, il était épuisé par la journée, mais un épuisement heureux. Voilà qui changeait de ses insomnies longues et tortueuse. Pourtant, dans la nuit, il sentit un vide. En effet, l’absence de parfum de Sora lui manquait et le réveilla. Après s’être assuré que Jamie dormait profondément et qu’il soit bien couvert, il descendit. Il la trouva dans la cuisine buvant sa tisane pensive.

    Ils s’étaient levés pour s’asseoir sur les marches du perron. Là, derrière elle, il venait instinctivement l’enlacer de ses bras brulant pour ne pas qu’elle prenne froid. Ses lèvres dans sa crinière, il déposait un baiser sur le sommet de son crâne en fermant les yeux un instant. Il était venu, le fameux moment où ils allaient se parler à coeur ouvert. Mais plus que tout, elle lui exprimait les fameux sentiments qu’il avait craint être disparu.

     » – Je pensais que j’aurais le temps de te parler de cette enfance, de cette partie de ma famille. Je remettais au lendemain parce que ce n’était pas important pour moi. Parce que je pensais que je saurais vous protéger de toute manière et ça a été là mon erreur.. De croire que j’étais invincible pour vous deux. »

    Il admettait son erreur, sa faiblesse d’homme naturelle. Ses bras se resserraient autour d’elle quand il enfouissait son nez dans son cou là où son odeur était si puissante. Déposant un léger baiser, il vint se redresser comme pour se concentrer et enfin s’ouvrir à la jeune femme, chose qu’il n’avait pas pu faire depuis tellement longtemps :

     » – On a tous honte de quelque chose chez nous.. Pour ma part c’est ma famille. Ce que mon père a infligé pendant des années à ma mère et William qui l’a suivi. Il n’arrêtait pas de dire qu’il n’avait pas le choix or on l’a toujours et c’était plus simple pour lui de céder à l’anarchisme. Il disait toujours que j’étais orgueilleux mais il n’avait pas tort. Je ne voulais pas céder à l’animal qui était en moi. Je ne voulais pas abuser des gens, même si j’ai fais des erreurs, j’ai toujours voulu faire le bien autour de moi. »

    Et c’est là qu’il avait mal qu’il sentait son coeur se serrer car il savait qu’il allait détruire la petite bulle heureuse de cette journée :

     » – C’est pour ça que j’ai aussi mal Sora.. Non pas que tu étais trompée par William mais.. mais que tu sois restée en pensant que je puisse te faire aussi mal. »

    Ses mains tremblaient sous l’émotion. Il finissait par se lever pour aller chercher une cigarette. Ne plus toucher à une goutte d’alcool certes mais la cigarette c’était autre chose. Par précaution, il sortit de la maison pour ne pas que la fumée contamine Jamie et il revint sur les marches pour s’asseoir à côté de Sora cette fois-ci.

     » – J’ai eu du temps pour réfléchir et essayer de comprendre mais il y a une partie de moi qui t’en veux tellement. Je.. Je t’en veux que tu l’aies laissé faire, avouait-il dans un souffle, je t’en veux que tu ne te sois pas sauvée avec Jamie, que tu te sois protégée. J’ai l’impression.. J’ai l’impression que tu me laisserais faire n’importe quoi et peu importe les conséquences. Peu importe ta vie Sora alors qu’elle est ce qui a de plus important à mes yeux. Comment as-tu pu croire que je te maltraiterais de la sorte ? Comment pourrais-tu rester ? »

    Il ne criait pas, il ne hurlait pas. Il avait trop de peine pour ça. Ses yeux venaient la détailler avec douceur et peine quand il continuait de lui expliquer ce qu’il ressentait :

     » – Je t’aime à en perdre la raison.. Je t’aimerai toute ma vie. Tu es le seul amour de ma vie Sora Walker. J’irais en Enfer pour toi de nouveau s’il le fallait mais.. mais je ne pourrais pas supporter l’idée que tu cautionnes la violence qu’on t’as faites comme si.. comme si tu la méritais. Si tu es restée c’est pour ça n’est-ce pas ? Explique moi je t’en prie parce que je ne sais pas comment je pourrais te faire confiance.. Je ne sais plus. »

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    C.

    Foutu maudit train ! Thomas reprenait son souffle alors qu’il grimpait dans le train par la force de ses bras. Le contrôleur l’aidait et lui hurlait presque dessus à cause de la dangerosité de son geste. Mais quand il remarqua qui était le fou furieux à s’être jeté ainsi à travers les portes du monstre de vitesse, il se ressaisit.

     » – Je cherche.. Je cherche..
    – Un fugitif ?
    – Absolument. »

    Il mentait mais il s’en fichait. Cela lui permettrait de gagner du temps pour retrouver Sora. Il donna des indications au contrôleur qui cherchait la jeune femme pouvant correspondre à sa description. Pendant qu’il cherchait, Thomas reprenait son souffle et repensait à sa journée qui avait été chaotique. Non seulement parce qu’il avait peu dormi et qu’il avait du gérer une situation de crise entre deux fermiers qui se disputaient des vaches. Clairement, son travail était tout autre que celui de Los Angeles ou de Londres, mais pas des moindres. Seulement, il n’avait pas vu le temps passer et il avait failli manquer le train de Sora.

     » – Walker, j’ai ! »

    Sans attendre, Thomas se dirigeait vers le fameux compartiment où il pouvait retrouver Sora. Il voyait à ses yeux rougis qu’elle avait pleuré. Son coeur se brisait une nouvelle fois. Il était étonné de ne pas voir Jamie, l’avait-elle laissé à Meredith ? En voyant son air ahuri, il prit les devants et sortit ses menottes en proclamant :

     » – Miss Walker vous êtes en état d’arrestation.. Depuis le temps que je vous cherche, hors de question que vous quittiez ce train. Je vais vous lire vos droits, tout ce que vous direz pourra être retenu contre vous.. »

    Pendant qu’il sortait son discours habituel, il se devait de rester le plus fermé et insensible possible même si son oeil brillait d’une malice certaine. Le fait de pouvoir arrêter Sora lui permit de faire arrêter le train. Fort heureusement, il n’avait pas beaucoup avancé ce qui leur permettait de pouvoir reprendre le chemin vers la ville aisément. Tous les regards étaient braqués sur eux. Après tout, ce n’était pas tous les jours qu’une arrestation digne d’un film se faisait devant eux.

    Une fois éloigné du train et du chemin de fer, Thomas retira les menottes des poignets de Sora en lui expliquant que son retard était dû à une maudite vache.

     » – Il semblerait qu’elle se soit éloignée d’un troupeau et que le fermier voisin l’ai volé, expliquait-il malgré le regard circonspect de la jeune femme, je suis bien loin des enquêtes trépidantes de drogues de LA je dois le reconnaître.

    Un léger sourire s’affichait sur ses lèvres avant de finalement reprendre son air sérieux. Ses mains se posaient sur les joues de Sora quand il soupirait longuement cherchant ses mots :

     » – Je suis désolé pour hier Sora.. Tu sais que je ne suis pas des plus fort avec les mots et je pense.. je pense que je me suis mal exprimé. Sora, je ne pense pas que tu as volontairement souhaité ce qui s’est passé. J’ai juste peur.. Peur que tu me laisses faire des choses inexcusable. Tu..Tu as cru que c’était moi.. Tu.. J’ai peur que ton amour pour moi te pousse à accepter n’importe quoi. Tu as cru que je t’aimais et que je pouvais t’infliger ça.. C’est ce qui me torture car jamais je ne serai capable de t’infliger une telle souffrance Sora. Je préférerais que tu me tues que d’agir de la sorte. »

    Ses mains caressaient ses joues quand leurs fronts se joignaient. Les yeux clos, il cherchait ses mots, il cherchait comment exprimer ce qu’il ressent ce qui était la chose la plus difficile :

     » – Je t’aime et je voulais juste te protéger.. Ta famille m’interdisait de t’approcher. Je t’avais fais tellement de mal. Comment.. Comment aurais-tu pu pardonner ce que mon frère a fait alors qu’il a mon visage. Sora.. Je ne t’en veux de rien, je veux te protéger de moi, de ce que j’ai été et de ce qui m’incombe. Mon père est mort mais pas William. Je sais qu’il reviendra un jour car il voudra se venger de moi et je.. et j’ai.. Je t’aime. Je t’aime mais je ne peux pas te laisser être en danger une fois de plus. C’est ce que font les personnes qui s’aiment, elles veillent les unes sur les autres. »

    Une voiture passait tout près et les interrompit dans leur moment singulier. Thomas relâcha les joues de Sora et reconnut le vieux Giles.

     » – Un souci Shériff ou vous comptez fleurette aux jolies jeunes filles ?
    – Tout va bien Giles je te remercie ! File donc avant que je vérifie ton taux d’alcoolémie. »

    Aussitôt le vieux monsieur remonta en voiture et partit en vitesse pour sa maison. Cela amusait Thomas qui se pencha pour récupérer le sac de la jeune femme. Sa main prit la sienne fermement et il reprit sa marche en direction de la maison :

     » – Si ta grand-mère dit vrai alors tu dois rester auprès de Jamie et moi. Nous allons te trouver du travail et vous vivrez avec moi à la maison du lac. Il est temps que tu penses à toi comme tu l’as dis et quoi que tu dises notre vie est intrinsèquement liée donc il faut que nous réapprenions à vivre ensemble. Pour trouver les ressources de guérir j’ai besoin de toi et je sais que tu as besoin de moi alors tu n’as pas le droit de t’enfuir. Sinon je mettrais un mandat d’arrêt à ton encontre. »

    Il disait cela avec un léger sourire, amusé de devoir une fois encore lui courir après et ce comme depuis le début de leur histoire. Avec douceur, il enlaça ses épaules et marcha avec elle d’un pas léger mais rythmé. La ville n’était pas loin mais nécessitait un certain moment avant d’y arriver. Une fois près de la gare, ils purent reprendre la voiture de patrouille qui n’avait pas bougé. Thomas fit un détour en centre pour acheter quelques courses. Sora l’accompagnait et il remplissait le cadis de différentes bêtises pour Jamie sous le regard de sa compagne. Alors qu’il poussait le chariot dans le rayon céréales il croisa Anne qui lui offrit son grand sourire brillant. Elle était l’archétype parfait de la blonde américaine aux yeux bleu.

    Gêné, il se redressa et présenta en toussotant Anne à Sora dont il voyait le regard brillant de colère. Il n’y avait aucun doute sur le fait que la blonde était attirée par le shériff de la ville et s’amusait à lui faire les yeux doux tout en discutant l’air de rien avec Sora :

     » – Vous êtes nouvelle en ville ? Oh… Notre Shériff est d’une galanterie que je ne me remet toujours pas de l’avoir rencontré.
    – Anne est la maire de ville, expliquait-il à Sora, c’est elle qui m’a permit de m’installer dans la maison du lac.
    – Les nuits y sont fraiches mais quand on y est bien couvert ou accompagné ça va mieux.. »

    Son rire sonnait faux et était très aigue. Elle était insupportable mais il devait collaborer avec elle, alors il était aimable au minimum. Thomas coupa rapidement la conversation expliquant que leur petit garçon attendait ce qui ne manquait pas de faire chavirer le petit coeur de Anne une fois de plus

     » – Oh… Un papa si dévouéééééé »

    Il la salua poliment et prit fermement la main de Sora dans la sienne pour qu’elle le suive sans faire d’histoire. Avançant dans la suite des rayons, il finit par prendre un paquet de lait avant de poser ses prunelles sur Sora :

     » – C’est juste la maire, expliquait-il, elle est un peu tactile et.. Sora.. regarde-moi.. tu n’as pas à t’inquiéter de ça, vraiment. »

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    C.

    Ses bras enlaçaient fermement le corps meurtri de Sora. Thomas ne la relâchait pas, il la maintenait fermement contre lui, silencieux, la laissant pleurer comme elle le souhaitait. A genoux dans la salle de bain, il embrassait le sommet de son crâne, patient et silencieux pour la laisser extérioriser toute cette peur, cette colère et cette douleur. Lorsqu’elle fut calmée, il releva avec douceur son visage vers le sien et plongea ses iris brillant de colère dans les siens :

     » – Je t’interdis de penser à ma place Sora et surtout en ce qui concerne mon opinion et mes sentiments à ton égard. »

    Sa voix était basse et ferme alors qu’il caressait ses joues. Il y avait une contradiction certaine entre sa voix et ses yeux inflexible et la douceur de ses mains qui caressaient ses joues tendrement :

     » – Si je dois passer ma vie à le dire alors je vais le dire Sora. Tu es la belle femme qui m’a été donné de rencontrer. Tu es la lumière de mes nuits. Quand je te regarde je ne vois pas toutes ces cicatrices, je vois une femme courageuse, forte, indépendante qui a risqué sa vie pour pouvoir survivre. Je suis tellement impressionné par ta force Leannain. »

    Il réutilisait ce tendre surnom qu’il prononçait au début de leur relation espérant que cela lui donnerait de nouveau confiance. Lentement, il déposa un baiser sur ses lippes, chaste, avant d’embrasser son front et la serrer fort contre lui jusqu’à ce qu’elle se calme. C’est ce qu’elle fit et finit même par s’y endormir. Thomas ne dormit pas de la nuit. Il tint fermement serré contre lui la jolie brune qui s’était littéralement recroquevillée contre lui en essayant de trouver une solution, de trouver un moyen de l’aider à affronter ce démon qui avait littéralement posé ses marques sur son corps.

    Au petit matin, Jamie était venu rejoindre ses parents. Thomas le laissa se blottir entre eux alors que le petit garçon embrassait le nez de sa mère. Les laissant tendrement enlacé, le père se rendit dans la cuisine pour préparer le petit déjeuner. Jamie parlait à sa mère en lui disant avec ses mots qu’il fallait se lever pour trouver des ratons laveurs. La veille il avait regardé le dessin Pocahontas et il voulait lui aussi un raton laveur malin et goinfre.

     » – Jamie viens donc m’aider à faire les crêpes et laisse ta mère dormir un peu. »

    Aussitôt le petit garçon surgit du canapé pour aider son père. Thomas posait la chaise près de lui pour que Jamie soit debout et quasiment à la hauteur du plan de travail. Ils faisaient les pancakes à deux sous le regard envieux de Blue qui attendait qu’un bout tombe. Lorsqu’enfin Sora émergea, elle pouvait voir la table mise et les garçons revenant du jardin où Jamie avait ramassé quelques fleurs pour sa mère.

     » – Pour Ma ! Belle Ma..
    – La plus belle je suis d’accord avec toi. »

    Les garçons venaient embrasser la jolie Sora avant de se mettre à table pour le petit déjeuner. La journée allait être douce et simple même si Thomas était frustré d’aller travailler. Après avoir revêtu son uniforme, il donna à sa compagne des cartes et autres conseils pour la journée et promit de rentrer tôt ce soir pour les retrouver :

    « – Si Jamie est sage on ira se baigner au lac en prenant la barque. »

    Le garçon sautait de joie à l’idée de faire une autre activité avec ses parents. Avant de partir, Thomas prit par surprise Sora dans ses bras et lui donna un profond et langoureux baiser comme pour lui signifier qu’il n’en n’oubliait pas son désir pour elle. Les yeux voilés par le désir, il lui offrit son sourire malicieux avant de murmurer :

     » – Interdiction de prendre le train compris ? »

    Au moment où il allait sortir du chalet, il fut surpris d’entendre le ronronnement d’un véhicule sur le chemin du haut. Sortant il ne fut qu’à moitié surpris finalement de voir Henry et Q’ sortir d’un landrover parfaitement scintillant. Q’ souriait tendrement à son ancien gendre quand les yeux de Henry exprimaient une colère noire que Thomas connaissait ô que très bien. La paix était terminée.

     » – Sora, dit-il en lui faisant signe alors que Jamie courait déjà en direction de sa grand-mère accompagné de Blue, tout ira bien..tout ira bien.. »

    Murmurait-il à la jeune femme en caressant sa joue. Sans doute voulait-il aussi se rassurer en les voyant arriver. Peut-être allaient-ils venir faire changer d’avis leur fille. Et si elle disait oui.. Est-ce qu’il supporterait de la voir disparaître de nouveau avec Jamie ? Arriverait-il à survivre ? Q’ venait saluer Thomas et lui offrit un sourire rassurant avant prendre sa fille dans ses bras. Jamie était dans les bras de son grand-père en lui expliquant avec ses mots bien à lui tout ce qu’il avait fait ces trois derniers jours. Henry était toujours d’une patience sereine quand il s’agissait de ses petits enfants, rien à voir avec sa manière de diriger ses affaires.

     » – Bienvenu, dit simplement Thomas, je dois aller travailler mais vous trouverez de quoi vous restaurer. Je vous retrouve ce soir pour le dîner ? »

    Il embrassait le front de Sora en serrant sa main une dernière fois, comme pour se donner l’impulsion du courage et de ne pas douter. Elle avait son choix, c’était eux. Il n’avait pas à avoir peur des Walker.

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    C.

     » – Sora, pour pouvoir être heureuse tu as besoin de ta famille près de toi. »

    Thomas l’avait longuement écouté assis dans son épais et confortable fauteuil à bascule. Il dévorait avec appétit le sandwich qu’elle avait fait pour lui alors qu’il répondait d’une voix douce et calme. Essuyant ses lèvres avec sa manche, il vint boire une gorgée avant de reprendre sur un même ton :

     » – Tes parents sont protecteurs avec toi depuis toujours et c’est ainsi. Ils le seront toujours. Tu es le bébé miracle qu’ils ne pensaient pas voir devenir une jeune femme. Maintenant que tu es accomplie et toi-même mère c’est difficile pour eux aussi de te voir prendre tes ailes et devenir autonome. »

    Il n’essayait même pas de les défendre, il croyait sincèrement en ce qu’il disait. Il finit par se lever et abandonner son sandwich pour attirer la jeune femme sur le petit sofa de son bureau. Enlaçant la brune, il caressait sa crinière en embrassant son front tendrement :

     » – Tu seras pleinement heureuse quand tu auras fait la paix avec eux et que tu auras posé des limites qu’ils respecteront. Peut-être devrais-tu commencer par proposer un compromis ? La Virginie est immense et si je ne m’abuse il s’agit des terres des ancêtres de ta mère. Laisse les s’installer ici un temps. Qui sait.. Peut-être qu’en te voyant heureuse ici ils seront rassurés et ils repartiront pour LA. Ils viendraient une fois par semaine pour dîner à la maison. Je ferais un immense barbecue pour que ton père me dise que je cuis mal la viande. »

    Un léger rire s’échappait de ses lippes en imaginant la scène. Embrassant une nouvelle fois le front de la jeune femme, il la laisse relever ses iris inquiet vers les siens. Elle était si inquiète soudainement que cela lui brisait le coeur :

     » – Je ne sais pas quoi te donner comme conseils Sora. Tu as bien vu à quoi se résume ma famille. C’est apocalyptique. Tu.. Tu as la chance d’avoir des parents qui t’aiment pour ce que tu es. Ils sont.. ils sont très aimants certes mais ils veulent que tu sois heureuse. N’est-ce pas ce que tu cherches pour Jamie toi aussi ? »

    Au loin le téléphone sonnait, signe qu’une nouvelle intervention surgissait. Thomas se levait prestement et observait Mitch son assistant qui notait sur un papier le lieu du conflit. Aussitôt, le shériff remit sa veste et ceintura sa hanche de son arme prêt à partir en mission. Agrippant le reste de son sandwich, il vint ensuite déposer un langoureux baiser sur les lèvres de la jeune femme près de lui et murmure dans un souffle pour répondre à l’une de ses questions :

     » – Personne ne réussira à m’éloigner de toi. Je ferais tous les trains du pays pour te retrouver Walker. »

    Bien évidemment, il faisait référence à la scène rocambolesque de la vielle où il avait été l’arrêter dans un train. Un autre baiser sur les lèvres et un remerciement pour le sandwich et voilà qu’il repartait déjà sur le terrain. La vie dans une petite ville n’avait rien de reposant pour un shériff. Il travailla ainsi tout le reste de la journée en arrêtant quelques individus pour alcoolémie ou encore vol de chèvres. Des petits larcins qui étaient somme toute très facile à gérer pour un ancien du FBI.

    Le soir, quand il rentra, il sourit doucement en voyant de l’animation dans la maison. Henry était sur le bord du lac avec Jamie à observer les poissons chats qui sautaient de l’eau pour replonger. Le petit garçon riait à gorge déployé devant son colosse de grand-père. Dans la maison, Thomas entendait Q’ réciter des recettes à Sora avec un fond sonore surprenant, il s’agit d’opéra. Thomas arrivait sur le petit chemin et sa venue fit aboyer Blue qui alerta tout le monde de sa présence. Jamie se mit à courir en appelant son père, suivi de près par Henry toujours soucieux de garantir la sécurité de sa descendance.

     » – AH ! Petit bonhomme !
    – Z’ai fait des brafelets avec Grand-Ma’ et Grand-Duda il a.. il a attrapé un ferpent qui voulait me manger.
    – Je t’ai toujours dit que Grand-Duda était très fort et que rien ne lui faisait peur. »

    Thomas souriait à Jamie qui se blottissait contre son père. Il saluait ensuite poliment Henry qui paraissait gêné mais incapable de dire ce qu’il avait sur le coeur. Le blond ne cherchait pas à communiquer se rendit dans la cuisine pour rejoindre Sora. Jamie restait dans les bras de son père en montrant ses bracelets dont il était fier. Voyant que les Walker étaient toujours là, Thomas proposa donc qu’ils restent dîner et qu’ils restent dormir :

     » – Il y a de la place. Avec Sora et Jamie nous camperons dans le salon. »
    Le cri de joie de Jamie en apprenant qu’il allait camper fit doucement rire Thomas dont les traits se détendaient. L’enfant était un parfait médiateur entre tous ces adultes qui se retenaient de ne pas exploser. La tension était particulière mais Thomas ne montrait rien. Il restait comme indifférent à cette gêne ambiante, comme s’il voulait oublier toutes ce dernière année et toutes les horreurs subites et dites. En effet, il voulait se concentrer sur sa famille et ce qu’elle lui apportait de magique.

     » – Souhaitez-vous que je sorte de la viande pour un barbecue, dit-il en faisant un sourire complice à Sora. »

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    C.

    La soirée s’est bien passée. Thomas est plus que rassuré. Il est même désormais serein. L’arrivée des Walker l’avait inquiété mais Sora l’avait rapidement rassuré. Oui, ils étaient réunis et ils allaient surmonter le passé. Thomas croyait en elle mais il savait aussi à quel point la famille de sa compagne était importante. Néanmoins, quand ils finirent par les raccompagner à la voiture, c’est serein qu’il regagna la maison son bras autour des épaules de la jolie amérindienne.

    Leur nouvelle tradition était simple et pourtant si réconfortante. Thomas tenait contre lui Sora alors qu’il soufflait sur sa tasse fumante. Il observait d’un oeil peu attentif les images de la télévision, juste pour avoir une idée des dernières actualité. Il répondit néanmoins à la jeune femme contre lui qu’il ne comptait pas retourner en Angleterre.

     » – J’ai un travail que j’apprécie et j’ai trouvé un endroit où on semble enfin m’accepter, expliquait-il avec beaucoup de sérieux, je te l’accorde s’occuper des poivrots du coin ou encore des problèmes agricoles des ranchs n’a peut-être pas autant de valeur ou de prestige que les enquêtes du FBI mais.. mais j’aime cette vie simple. J’aime savoir que je connais toutes les personnes en ville. Qu’il y a un rapport de proximité entre chaque. Que je suis utile pour tout le monde. Que le soir quand j’irais dîner en ville avec ma famille ils vous salueront respectueusement. Je sais que ça peut paraître désuet et vieillot mais j’aime cette vie simple où nous sommes à l’abris de la violence des villes et de mon passé. Je veux que Jamie grandisse dans un endroit sain. »

    C’était rare que Thomas s’épanche autant mais il avait sans doute peur que Sora évoque le potentiel retour à Los Angeles. Il craignait qu’elle lui parle de reprendre leur vie comme si de rien n’était alors qu’il arrivait à panser ses blessures depuis qu’il était ici. Les yeux du blond rencontraient ceux de la jolie amérindienne. Il déposait alors un baiser sur son front et posa son front sur le sien :

     » – Je sais que ce que j’annonce risque peut-être de détruire les projets que tu avais Sora mais je pense sincèrement que nous pouvons être heureux ici tous les trois. Simplement. Je n’ai jamais eu de réelles ambitions. J’ai toujours laissé le vent me porter et il a fait en sorte de me mener à toi, sur tes terres. Je ne vois pas de meilleur signe pour rester vivre ici. »

    Il se penchait sur ses lèvres sur lesquelles il venait déposer un tendre et langoureux baiser. Sa main caressait sa joue avec douceur alors qu’ils se perdaient l’un et l’autre dans ce baiser si singulier. Le souffle court le força à cesser, si bien que son nez caressait le sien tendrement :

     » – Si tu me trouves sexy en shériff, je ne peux pas m’empêcher de repenser à toi dans cette robe si sensuelle le soir où je t’ai rencontré, s’amusait-il à dire et penser, tu as conscience que tu as flairé le mauvais filon ce soir là ? »

    Tendrement il se moquait d’elle car elle aurait du charmer un des voleurs de bijoux alors qu’elle avait mit dans son lit un policier. Thomas plaisantait tendrement encore de cette anecdote et posa sa tasse sur la table basse. Même si elle objectait, il levait les yeux au ciel en s’auto-congratulant, persuadé d’être irrésistible. Alors qu’il caressait ses hanches tout en embrassant son cou, les pas du petit Jamie résonnaient en haut :

     » – MAAAAAAA, DUDAAAAAA ! »

    Aussitôt les deux parents levèrent la tête en direction du couloir l’étage où ils pouvaient voir le petit garçon qui avait passé la tête entre les barreaux pour les prévenir de quelque chose dans sa chambre :

     » – Tu devrais dormir Jamie, ronchonnait gentiment son père en se redressant, que fais-tu debout ?
    – Blue a peur.. Blue voir vent.. »

    Thomas finissait par se lever et se dirigea vers la chambre tout en attrapant le petit garçon qu’il posait sur son épaule. Ce dernier riait à plein poumon avant d’être réinstallé sur le grand lit. Thomas se rendait bien compte que c’était trop grand pour lui tout seul. Il appela donc Sora pour lui proposer de dormir avec lui. Avant de définitivement les rejoindre, le blond prit une douche. Aussi, quand il revint auprès d’eux, Jamie dormait paisiblement contre sa mère qu’il entendait chantonner.

     » – Il est malin comme un raton laveur ton fils, murmurait-il amusé en venant derrière Sora pour l’enlacer, il voulait dormir dans les bras de sa maman assurément. »

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    C.

    Thomas avait tellement envie d’elle. Elle était si belle, si douce, si tendre avec lui. Il avait le sentiment de ne pas la mériter. Elle qui avait tant subi et souffert à cause de lui. Ses mornes pensées et sa culpabilité furent très vite éjecté par la présence de Sora dans le bain qu’elle avait fait couler pour eux. Sans peur, il se déshabilla devant elle oubliant que ses tatouages avaient évolué depuis la dernière fois où elle l’avait vu. Il lui sourit, content de voir qu’elle aimait les nouveaux motifs. Il lui expliqua donc les avoir fait il y a un mois chez un tatoueur amérindien dans la réserve.

     » – J’avais besoin de me sentir plus proche de toi et de ton univers, avouait-il en venant se placer derrière elle pour masser ses épaules, c’était une manière de saluer ton monde je pense en espérant que tu retrouves le chemin de la maison. »

    Pendant que ses pouces massaient avec douceur les omoplates de la jeune femme, il couvrait de baisers sa nuque puis son cou. Il la voyait frissonner mais ne voulait pas la brusquer, aussi, il n’insista pas mais continua à masser ses épaules en la félicitant pour la chambre qu’elle avait remit en ordre pour Jamie. Il était évident qu’il était heureux et cela comblait Thomas. Cessant un instant le massage, il enroula le corps de Sora contre le sien et contempla ses iris penchés vers les siens :

     » – Dis moi ce que je peux faire pour te rendre heureuse ? »

    Une question qui n’eut pas de réponse car son bipeur dans la chambre sonnait. Sans perdre un instant, il sortit en toute hâte de la baignoire et couru nu jusqu’au lit. Vérifiant les indications, il grimaça avant de remettre ses vêtements malgré qu’il soit encore trempé.

     » – Je dois y aller, expliquait-il en toute hâte, il y a un incendie chez les Clark. Ne bouge pas d’ici je rentre le plus vite possible. »

    Il avait remis ses vêtements de civil maris ceintura malgré tout ses hanches pour avoir son arme. Avant de partir, il revint vers Sora et prit son visage entre ses mains pour lui donner un profond et langoureux baiser.

     » -Ne m’attends pas je rentrerais sans doute tard ou au petit matin. »

    Puis, il disparu à vive allure en direction des champs sur sa moto.
    Thomas ne revint qu’au petit matin, épuisé et couvert de suie. La nuit avait été compliquée mais ils avaient réussit à maîtriser le feu. En qualité de Shériff, il était de tous les évènements. Bon comme mauvais. Quand Sora et Jamie n’étaient pas là cela ne lui posait pas de problème mais désormais il craignait que cela complique leurs retrouvailles. Blue l’accueillait en jappant, heureux de retrouver son maître. Sale et épuisé, il retira ses chaussures à l’entrée ainsi que toute ses affaires pour finalement se retrouver en caleçon. Il se dirigea vers le ponton et plongea dans le cours d’eau qui longeait la maison. En sortant la tête de l’eau glacée, il entendit Jamie qui le saluait et qui commençait à se déshabiller pour le rejoindre. Sora lui courait après en ronchonnant ce qui fit rire le père.

    Après avoir nagé en quelques brasses jusqu’à la berge, il rejoignit le petit garçon qui se débattait dans les bras de sa mère pour pouvoir venir se baigner. Thomas le récupéra malgré qu’il soit trempé et s’amusa à secouer la tête pour l’arroser.

     » – NAAAAAAAAAAAN ! »

    Jamie riait en protégeant son visage des éclats d’eau quand Thomas finissait par le couvrir de baisers frais. Le petit garçon s’amusait tapoter l’épaule de son père qui donnait un baiser à Sora :

     » – Désolé pour le retard, dit-il, j’espère que vous avez bien dormi. »

    Remontant à la maison, Thomas déposa Jamie dans sa chaise haute et se rendit dans la salle de bain pour prendre une douche brûlante. Une fois habillé avec ses vêtements civils, il vint dévorer le petit déjeuner préparé par les bons soins de sa compagne. Il racontait que l’incendie était criminel et qu’il avait déployé ses hommes sur l’enquêtes pour relever les différentes preuves trouvée cette nuit. Il avait été productif et il ne faisait aucun doute sur la provenance du criminel, le tout était de le faire avouer.

     » – Désolé de t’ennuyer avec toutes ces informations dès le matin. Nous retrouvons tes parents pour quelle heure à la réserve ? »

    Thomas n’était pas anxieux de se rendre à la réserve. Tous le connaissaient et semblaient déjà l’apprécier mais personne ne savait qui il était dans la vie de Sora Walker Kilcher, descendante des Powhatan. Est-ce qu’ils sauraient l’accepter dans cette famille et ces traditions ancestrales ? Après s’être occupé de Jamie pendant que sa compagne se préparait, ils se rendirent dans le jardin pour contempler les petits insectes. Jamie observait tout avec une grande attention. Il était doux et soigneux. La bonté se lisait sur ses prunelles même s’il pouvait aussi avoir une moue d’adorable petit démon.

    Les Walker arrivèrent et Jamie courut avec Blue vers sa grand-mère pour avoir un câlin. Cet enfant était diablement chouchouté. Thomas salua respectueusement Henry et ce dernier lui parla de l’incendie dans la nuit :

     » – Depuis que les Clark se sont agrandis cela a généré beaucoup de jalousie de d’autres familles notamment des Gilson, expliquait Thomas en servant un café à ses beaux-parents dans la cuisine, il y a d’autres histoires que les terres. Des histoires de liaison un peu étrange mais je ne préfère pas entrer dans les détails. Toujours est-il que les Powhatan on vendu un petit lopin de terre aux Clark qui se sont donc agrandis d’un hectare. Dans le coin ça ne fait pas des heureux. »

    Avec Henry ils parlaient juridique jusqu’à ce que Sora fasse enfin honneur de sa présence. Thomas souriait en la voyant si belle pour aller retrouver sa famille. Il espérait qu’il serait à la hauteur. Le trajet se passa sans accroc. Les Walker ouvraient la marche quand Thomas suivait tranquillement Henry. En arrivant dans la réserve plusieurs personnes reconnurent Q’ et la saluèrent avec affection, puis ils virent Sora, ils étaient tout aussi heureux mais s’étonnèrent de la voir avec le shériff. Thomas commençait à se tendre un peu, craignant que sa belle-famille ne soit pas aussi ouverte et accueillante.

    En arrivant près de chez Nashoba, ils se garèrent. Beaucoup de curieux venaient les observer et Thomas les salua respectueusement. Jamie dans les bras qui saluait tout le monde, il se rendit près de Henry qui saluait chaleureusement son beau-frère :

     » – Bah alors Cavill.. Tu te fais escorter par notre shériff ? Qu’as-tu donc fait pour énerver ce charmant jeune homme ?
    – Nashoba je te présente Thomas.. Le compagnon de Sora. »

    Thomas souriait poliment au chef Powhatan qui gouvernait la réserve. Ce dernier perdait son sourire, surpris d’apprendre qu’ils étaient de facto associé par la présence de Sora. Cette réponse silencieuse gênait l’anglais qui toussota en laissant Jamie prendre la relève.

     » – Chevaux.. Ma ! Chevaux ! »

    En effet, il pointait du doigt les chevaux qui étaient au loin et qui gambadaient dans un parc bien fermé. Nashoba répliqua finalement en proposant à tout le monde d’entrer non sans avoir retenu une seconde sa soeur par le poignet. Thomas qui avait l’ouïe fine, l’entendit murmurer :

     » – Est-ce que vous allez nous ramener tous les blancs de l’univers toi et tes enfants ?
    – L’amour n’a jamais eu de couleur pour moi Nashoba. Il serait bien que tu en fasses autant. »

    Toujours aussi philosophique et tendrement adorable cette Q’. Thomas préféra oublier cet échange sensible et se concentrer sur Jamie qui réclamait encore les chevaux.

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    C.

    La diplomatie n’était pas la grande force de Thomas mais il avait toujours su se faire respecter. Voir Nashoba être aussi distant à son égard ne l’étonnait en rien. Après tout, il n’avait jamais parlé de son lien avec sa nièce. Comme toujours, le blond savait se faire discret et savait se rendre utile. Ce n’était pas dans ses habitudes de se faire voir et entendre dans les rassemblements. Au contraire, il préférait s’effacer et mieux observer les gens qui l’entouraient. Par exemple, il était surpris de voir Henry être aussi inquiet de l’intégration de son genre par les Powhatan. C’est en l’écoutant avec attention qu’il comprit qu’il avait du faire ses preuves et qu’encore aujourd’hui, il se sentait en pression. Cela surpris Thomas de le voir aussi grandiloquent, lui qui n’a jamais été dans l’attente d’une quelconque bénédiction, comprenait soudainement l’importance de la famille pour les Walker et ce micro-monde qu’ils s’étaient créé à quatre.

    La journée se passa relativement bien malgré les oeillades furieuses de Nashoba ou encore de ce fameux Zack. Thomas ne préférait pas penser à ce dernier, il était dans la réserve amérindienne donc il se devait d’être impeccable pour Sora. Il était au dessus de la relation qu’elle avait pu avoir avec cet homme. La jalousie n’avait jamais vraiment caractérisé le blond. Il était préoccupé par bien d’autres choses qui finalement s’avérait peu problématique.

    En effet, en rentrant le soir même et après avoir couché Jamie, il se retrouva plaqué contre le plan de travail de la cuisine par une Sora qui savait parfaitement ce qu’elle voulait. Surpris, il posa quand même ses mains sur ses hanches tout en déposant un tendre baiser sur son front :

     » – Tu es sûre, demandait-il dans un souffle, je ne veux pas que tu te sentes obligée.. »

    Son oeil était brillant et lui indiquait qu’elle se sentait en confiance. Alors, dans un mouvement souple il la souleva de sorte à l’asseoir sur le fameux plan de travail. Leurs visages se trouvaient l’un en face de l’autre quand il embrassait ses lèvres avec une extrême douceur. Ses mains, elles, continuaient à caresser ses hanches puis descendre ses fesses. Très vite, elles plaquèrent le bassin de Sora contre lui du blond qui la serrait plus étroitement contre lui. Ils s’embrassaient plus intensément, plus langoureusement faisant même pousser un gémissement de satisfaction sur les lèvres du blond.

    Lorsqu’ils n’eurent plus de souffle, il descendit ses baisers dans le cou de la jolie brune. Il était doux, tendre et lent. Il voulait qu’elle retrouve le plaisir de son contact.Délicatement, ses doigts venaient caresser sa peau nue sous sa robe légère. Il sentait bien que sa peau tressaillait. Lentement, il arriva sur son joli et innocent décolté qu’il couvrait encore de baisers. Son nez entre ses seins, il murmura dans un souffle :

     » – Tu sens si bon.. Ton parfum m’a tellement manqué.. »

    Se redressant, il prit alors entre ses mains le visage de la jeune femme pour lui donner un autre baiser avant de le rompre soudainement. Les yeux clos, il reposait son front contre le sien en inspirant profondément avant d’oser demander d’une voix basse :

     » – Sora je vais te poser une question.. Je ne la poserais qu’une seule fois et je te supplie ne pas me mentir.. A l’inverse, je te jure que je ne te parlerais plus jamais de ça et on reprendra notre vie, ensemble sans que ça ne vienne en rien altérer notre bonheur. Mais.. Mais est-ce que.. »

    Il avait des difficultés à imaginer, à penser ou même se dire qu’il allait lui poser la question dont il redoutait tant la réponse. Pourtant, il devait savoir. Le doute finirait par le tuer s’il ne le faisait pas :

     » – Est-ce que mon frère t’as touché.. Est-ce que vous.. Je ne t’en voudrais pas.. Tu pensais que c’était moi.. Je sais que tu ne pensais pas à mal. »

    Levant les yeux vers elle, il la contemplait en repensant à cette extrême douleur ressentie lorsqu’il était enfermé. Il s’était défoulé sur les autres gars sur le ring mais il n’avait jamais pu tourner cette fameuse page où subsistait encore le doute. Et en même temps, il se demandait bien de ce qu’il ferait de cette information. Arriverait-il vraiment à la gérer, à l’accepter. Lentement il reprenait une respiration normale avant de finalement poser sa main devant sa bouche pour qu’elle ne parle pas. Ses yeux dans les siens, il la suppliait du regard :

     » – Non ne dis rien.. Si tu veux m’en parler tu m’en parlera. Pardonne-moi de cette question Leannan.. »

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    C.

    Le chemin pour se rendre dans le comté de York n’était pas des plus déplaisant. Tomas et ses chevaliers chevauchèrent jusqu’à la maison de son fidèle ami Spencer. C’est lui qui devait recevoir le Roi Leif avant qu’il ne prenne la route pour le Lothian. En effet, Tomas avait profité de ce temps sans son épouse pour visiter toutes ses terres avant de retrouver sa promise à Embra, la future capitale de l’Anglicie.

    Il avait été tellement productif qu’il avait réussit à être en avance et faire la surprise de son arrivée à York. Il avait conseillé à Leif de faire sa halte à cet endroit car la falaise près de Embra était beaucoup trop escarpée pour les drakkars. De plus, ici, ils étaient en terrain neutre. Cela adoucirait forcément le tempérament des guerriers sanguinaires vikings.

    Spencer l’avait accueillit avec sa joie légendaire et lui annonçait que les drakkars étaient attendu pour le lendemain. D’après les dernières informations, ils avaient été aperçu à quelques lieux du château. Tomas n’était pas impatient. Ce mariage n’était qu’une possibilité économique et politique. S’allier aux vikings étaient plus intelligents que de créer une nouvelle guerre. L’Anglicie se remettait difficilement des derniers raids des guerriers du Nord, alors autant ouvrir le marché du commerce et ainsi faire prospérer son pays. Tomas voyait grand, bien plus grand que son père.

    Être Roi est une tâche qui était prédestinée à Tomas. Il était né pour être l’héritier de Gunnar, grand chef craint par toute l’île anglicane. Craint certes mais respecté et qui avait réussit à unir toute l’île. Tomas n’avait que très peu connu ce père monstrueux qui avait une politique arriérée et barbare. Il avait contraint tous les hommes des clans ennemis à s’agenouiller quand lui avait redonné leurs titres et leurs propriété. Tomas restait légalement le Roi de tous les seigneurs de cette terre, mais chacun gardaient une indépendance de son territoire. C’était une paix fragile sur laquelle il tentait tant bien que mal de régner.

    Aussi, le mariage de convenance avec la fille du roi Leif-l’Ours-du-Nord, lui permettrait de posséder une armée plus puissante que celle des seigneurs. Tomas avait beau avoir une vision humaniste, il n’en restait pas moins prudent. Il savait que l’arrivée de la princesse ne plaisait pas, beaucoup de seigneurs avaient voulu marier leurs filles, mais Tomas voyait plus grand que l’Anglicie. Il était devenu un bourreau de travail suite au décès de sa femme. En effet, la perte de son épouse, Clothilde, un an plus tôt n’avait laissé une brèche dans son coeur. Il avait grandit à ses côtés sur les côtes danoises. Elle était son amie d’enfance et avait perdu la vie en enfantant. Tomas se retrouvait veuf et privé de l’enfant qu’ils attendaient. L’amour était pour lui une chose rare et il n’avait que ressenti un profond attachement pour Clothilde. Elle était son alliée, son amie de toujours. Désormais, hormis Spencer, il n’avait personne en qui avoir confiance. Et ce n’était pas ce qu’il cherchait chez sa future épouse.

    Après une bonne nuit de sommeil, le moment de rencontrer les Erikson vint. Vêtu d’un simple habit de coutume, il se rendit à l’entrée de la ville pour saluer son nouvel allié qui semblait ravit de le revoir. Respectueusement il le salua :

     » – Les affaires m’ont arriver plus tôt que prévu. Je voulais vous escorter jusqu’à Embra où nous pourrons parler de quelques affaires. »

    Leif était souriant, décontracté. Tomas l’avait déjà vu sourire mais là il semblait quelque peu.. charmeur. Comme s’il cherchait à détendre une atmosphère qui serait lourde pour les prochaines semaines. Mais alors qu’il allait reprendre la conversation en évoquant la gestion de leurs partenariats, il lui présenta la fameuse princesse nordique dont la beauté avait été vantée. Tomas resta un instant surpris par la jeunesse de la jeune femme et surtout par ces grands yeux noir. D’abord timide, ou même renfrognée il fallut que Leif la présente convenablement pour que Tomas puisse ressentir un frisson étrange qui ne l’avait jusqu’alors jamais traversé. Silencieux, il la contempla et vit ses yeux rougis. Elle avait donc pleuré.. Il culpabilisait d’infliger une telle sentence à la jeune femme qui devait certainement espérer le grand Amour.

    Mais très vite il fut rattrapé par ses pensées par l’arrivée inopinée d’une petite dame qui s’interposait entre eux. Elle se présenta comme étant la reine et Tomas la salua respectueusement. Le caractère volcanique de la Reine était connu et sa question lui fit naître un sourire en coin amusé :

     » Ma dame.. Votre nom est une légende sur nos terres. L’honneur est pour nous terriblement prestigieux. Je n’osais espérer vous compter parmi nous et pourtant vous me faites le plus grand des cadeaux. »

    Tomas avait l’éloquence des hommes du nord. Mais surtout, il savait que la Reine Matoaka était d’une grande influence sur Leif, aussi, il apprit quelques mots amérindien afin d’assurer à la reine qu’il était un allié de confiance. Malheureusement, sa maîtrise de la langue était vraiment légère, aussi, il fit des fautes sans s’en rendre compte :

     » – Nous prendre route cheval confort fesses pour vous.. »

    Devant un Leif hilare qui se retenait de rire et une Matoaka suspicieuse, Tomas comprit qu’il devait se taire et reprendre avec l’anglais sa langue natale. En jetant un oeil à Sora, il cru voir l’esquisse d’un sourire ce qui le rassura. Avec beaucoup de précaution, les Erikson furent accueillis avec beaucoup de soin. Après une brève visite du château, Tomas proposa à Leif de l’accompagner dans ses appartements afin de procéder aux derniers préparatifs administratif de ce mariage. Matoaka semblait vouloir s’imposer mais Tomas n’y voyait pas d’objections. Il était tout sauf un roi d’étiquettes. S’approchant de Sora qui observait tout autour d’elle avec une curiosité débordante, il lui tendit son bras :

     » – Ma dame, lui dit-il, je vous prie de bien vouloir nous accompagner car après tout il s’agit aussi de votre mariage. »

    Prévenant, il conduisit le couple royal jusqu’à ses appartements où attendaient ses conseillers. Là, attendait sur une table le contrat de mariage et des contrats commerciaux. Tomas proposa de quoi restaurer la famille et commença à évoquer la fameuse dot. Tomas n’était pas un roi riche mais il possédait des terres qu’il alouait à Leif en lui proposant ce fameux marché :

     » – Je vous offre les terres du Nord pour qu’une colonie de viking puisse prospérer, ce seront vos terres qui seront légiféré par votre fille. »

    Matoaka et Leif se regardaient surpris de la demande de Tomas. Ce dernier jeta un oeil à sa promise et lui expliqua qu’il tenait à créer une confiance entre leurs deux peuples et cela ne pouvait se faire qu’avec la coopération de Sora.

     » – En tant que Reine vous aurez le devoir de protéger votre peuple. Est-ce que cette contrepartie vous conviens ? »

    Encore une fois, Tomas prouvait qu’il ne cherchait pas qu’un vagin ambulant. Il cherchait une partenaire en affaire pour assurer la paix et la prospérité de son pays. Mais même s’il était à l’offrir des terres, il n’en restait pas moins distant. Il ne voulait pas créer de lien amoureux avec elle. Il avait un profond respect pour la jeune femme et comptait bien la traiter convenablement, mais il préférait garder son coeur clos.

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    C.

    Tomas avait bien expliqué à Leif et Matoaka que les conventions anglicane nécessitaient quelques réajustement pour Sora. Il avait tout à fait conscience que la question de la religion serait sans doute un frein mais il s’avéra qu’ils n’étaient pas aussi réfractaires qu’il l’aurait cru. Néanmoins, une fois les formalités réglées, ils purent prendre la direction de Embra. Le jeune homme n’a pas vraiment eu le temps de discuter avec sa promise et de toute manière, il préférait laisser Mary la femme de Spencer s’occuper d’elle. Il la savait entre de bonne mains.

    Le chemin jusqu’à Embra n’était pas des simples car il fallait traverser une forêt dense où il y avait souvent des attaques. Mais Tomas n’était pas effrayé. Il avait de bons guerrier avec lui ainsi que toute la garde de Leif à leurs côtés. Il en faudrait plus pour pouvoir les attaquer et pour le moment, à eux deux, ils possédaient l’une des plus grande armée qui soit. Alors qu’ils trottaient l’un à côté de l’autre, Leif parlait à son nouvel allié de sa fille et de sa famille. C’était impressionnant de voir cet amour chez cet homme de nature sanguinaire. Sa famille était toute sa vie, aussi, il se sentait chanceux de pouvoir bénéficier d’un tel rapport de confiance avec lui. Sans doute avait-il comprit que Tomas était un homme loyal qui croyait en l’honneur des mots et des actes.

    Le portrait de Sora était en tout point en ce qu’on lui avait décrit. Elle était d’une beauté espiègle et sensuelle qui l’avait ému. Mais Tomas ne faisait pas confiance en ses sentiments et en ce qu’il pourrait apporter. Depuis toujours on le disait maudit. En effet, sa mère était morte en couche par sa faute et sa première épouse aussi. Il s’était persuadé d’être maudit et que l’amour des femmes à son égard risqueraient de les tuer. Il ne voulait pas de cela pour Sora, aussi, il se résolut à ne pas s’approcher d’elle à l’avenir.

    Ils avaient parcouru un certain nombre de kilomètres mais ils n’étaient pas encore arrivés à Embra. Ils y seraient pour le lendemain soir, aussi, ils décidèrent de camper. S’approchant du carrosse royal, il laissa le rideau s’ouvrir sur la moue surprise de sa fiancée à qui il annonça :

    « – La nuit ne va pas tarder à tomber.. Veuillez me pardonner ce désagrément ma dame mais nous devrons camper pour la nuit, j’espère que cela ne vous ennuiera pas. Je vous promet la meilleure tente possible. »

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    C.

    Leif avait promis des aventures, il était certain qu’il allait en vivre. Tomas observait, silencieux la jeune femme tendre son arc et avec une précision folle tirer sa flèche. Dans un seul souffle, elle réussit aisément à atteindre le cerf qui tomba instantanément. Dire qu’il était impressionné était un euphémisme mais il se demandait surtout comment le roi nordique avait réussit à convaincre sa fille de devenir sa femme alors qu’il n’arrivait déjà pas à lui interdire de partir en chasse. En arrivant devant la dépouille de l’animal, il vit qu’elle s’apprêtait à vider l’animal mais il la retint. Ses yeux d’un bleu gris la fixait comme pour essayer de la déchirer et de la comprendre :

    « – Pourquoi souhaites-tu devenir ma femme ? Tu pourrais t’enfuir. Tu es une grande guerrière. Pourquoi ? »

    Mais alors qu’ils étaient tous les deux à s’observer avec attention, comme si le temps s’était arrêté, un bruit dans les feuillages non loin surgit. Trois bandits avaient trouvé deux riches personnes perdues dans les bois. De surcroit, il y avait une femme. Tomas sortit son épée et la pointa vers eux quand il rendit à Sora son arc. Elle savait parfaitement viser, alors autant qu’elle sache se défende.

    Ils se comprirent aisément. Tomas fit signe à la jeune femme de grimper dans l’arbre et de viser ses adversaires quand il chargea avec une agilité et une puissance certaine. Si elle lui avait montré ses talents de chasse, il était venu le temps de lui montrer ses talents de guerrier. Il en tua deux d’un coup d’épée puissantes mais quatre autres surgirent des fourrées. Tomas se retrouvait rapidement assiégé mais fort heureusement que sa future épouse était bonne tireuse. Il constata qu’elle pouvait tirer deux flèches successives en ne reprenant même pas son souffle. Il ne fallut que quelques minutes pour qu’ils viennent à bout des sept bandits qui gisaient autour du jeune roi. Essoufflé et légèrement blessé au bras, il posa un genoux au sol en regardant sa promise descendre de l’arbre :

    « – Rentrons au campement, dit-il en se redressant difficilement, mes hommes viendront chercher le cerf et s’occuper de ces bandits. »

    Avec l’aide de la jeune femme, ils retournèrent en peu de temps vers le campement où ses gardes accouraient en le voyant blessé. Il expliqua que ce n’était qu’une égratignure et envoya des hommes s’occuper du cerf et vérifier les environs. Leif accourut aussitôt avec son épouse pour s’assurer que Sora allait bien. Cette dernière d’ailleurs déposait le roi sur un tonneau près du feu et laissa sa mère vérifier ses blessures :

    «  – Sora va me chercher mes herbes et mes baumes.. Je dois lui faire un cataplasme et rapidement. Isha, donne lui du whisky, je vais devoir cautériser la plaie qui est très profonde. »

    Pendant que sa future belle-mère s’occupait de lui, Tomas bu une longue gorgée et expliqua ensuite avoir rencontré des hommes qui voulaient les dépouiller. Il salua alors l’adresse de Sora à la chasse et au combat puisqu’elle lui avait parfaitement assuré ses arrières et il s’étonnait qu’une femme sache si adroitement bien se battre.

    «  – Ma fille est une puissante guerrière, expliquait Matoaka en nettoyant la plaie alors que Leif chauffait son épée, elle a grandit dans un milieu d’hommes où il faut se faire une place. Vous n’aurez pas meilleure guerrière auprès de vous jeune Roi.
    J’ai conscience que vous ne m’aimez pas Altesse. Mais je vous promet que votre fille ne sera jamais prisonnière ou maltraité sur mes terres.
    Comprenez bien que j’en doute. Nous voilà à peine arrivé que déjà ma fille se trouve en danger.
    Ma dame, jamais je n’oserais m’en prendre à votre fille. Je vous assure que jamais je ne le permettrais.
    Oh mais je le sais.. Et si jamais vous veniez à le faire je le saurais Tomas. Et croyez moi.. Vous ne voulez pas avoir les répercussions de vos actes venant d’une Volva. »

    Elle était impressionnante avec ses pupilles sombre et ne riait pas. Pourtant, nerveusement, le blond se mit à rire du moins jusqu’à ce qu’elle pose la lame chauffée sur sa plaie ce qui lui fit pousser un cri de douleur. Matoaka semblait déjà s’en amuser et répliqua aussitôt :

    «  – Cette souffrance actuelle serait minime comparé à ce que je vous réserve. 
    Matoaka.. »

    Leif levait les yeux au ciel devant sa femme qui abusait visiblement de ses pouvoirs. Elle reprit une moue adorable en souriant à son roi alors que Sora surgissait avec le sac contenant les baumes de sa mère. Très vite, la reine reprit son masque de sérieux et montra à sa fille comment soigner une plaie. Tomas avait un peu la tête qui tournait et voulait vomir. Maintenu par Leif, il bu une nouvelle gorgée de whisky et geigne de douleur sous l’oeil amusé du Viking :

    «  – Sora chérie.. Ton futur époux tient parfaitement sous les sévices de ta mère. C’est dire à quel point il est quand même très fort tu ne trouve pas ? »

    Leif cherchait à tout prix à rendre ce mariage le plus facile possible et son ton enjoué n’aidait en rien à rendre le moment le plus serein possible. Il en faisait tellement que tout le monde était mal à l’aise. Finalement, Tomas se reposa un peu dans sa tente suite à la tisane donnée par Matoaka. Il devait se reposer avant de reprendre la route le lendemain. Dans la nuit, il sentit un souffle près de lui. Surpris, il ouvrit difficilement un oeil et crut rêver en voyant Sora l’observer :

    «  – Sora.. Sora ? »

    Mais impossible de se réveiller. Les plantes étaient vraiment faites pour dormir, si bien qu’il crut à un rêve. Au petit matin, malgré la brûlure de son bras, il était en pleine forme. Le campement était débarrassé et la route reprit. Comprenant que sa future épouse avait besoin d’air, il vint à sa rencontre lorsqu’elle monta dans le carrosse et lui présenta une jument possédant un poil aussi sombre que sa crinière :

    «  – Voici Storm.. C’était un cadeau de mariage mais je me suis dis que tu souhaiterais peut-être être à l’air libre.. »

    Au diable les convenances. Tomas n’avait jamais aimé les convenances. Toujours est-il qu’il lui tendit les brides de la jument et lui proposa de grimper pour qu’elle puisse elle aussi profiter du paysage anglais. Et puis, ce serait l’occasion de discuter aussi un peu ensemble. Ils chevauchaient donc l’un à côté de l’autre, Leif non loin de là qui parlait avec son épouse dans le carrosse. Tomas posa diverses questions à Sora, sur son âge, ce qu’elle aimait, comment elle avait appris à se battre ainsi. A l’inverse, il lui expliqua les us et coutumes de son peuple et ce qui l’attendait à Embra :

    « – C’est une petite ville mais qui est très bien fortifiée. Les hommes y sont courageux et fort. Mon objectif en tant que Roi est d’enrichir mon pays et de permettre une paix éclatante. Le conflit ne résout rien. Je veux créer un climat serein sur nos terres. »

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    C.

    Sora se projetait littéralement contre lui à peine avait ouvert la porte. Tomas la reçut avec surprise avant de poser une main protectrice sur sa nuque. Son visage se penchait sur le sien, inquiet qu’on ai pu la blesser. Elle s’en expliqua de suite mais son explication le désarçonna. En relevant la tête, il vit Jane qui fusillait du regard la jeune femme. Droite, austère et sèche, elle était persuadée d’être au-dessus de tout et tout le monde du fait de sa bigoterie. Mais Tomas devait faire avec. Elle était la soeur d’un de ses seigneurs, il se devait de contenter tout le monde et le rôle de gouvernante était un rôle plein de prestige.

    « – Sora, murmurait-il à la jeune femme en baissant de nouveau son visage vers le sien, morue n’est pas.. c’est une insulte par chez nous.. 
    _ Son altesse devrait être moins expressive à l’avenir Monseigneur. Voilà ce que j’ai essayé de lui expliquer mais les rudiments de notre belle langue lui manque.
    _ Jane soyez compatissante avec autrui je vous prie. Et n’oubliez pas que c’est de votre Reine que vous parlez en des termes peu courtois. »

    La moue surprise de Tomas se transformait en une moue plus sombre et renfrognée. En tant que roi et futur époux, il avait pour obligation de protéger son épouse, même des personnes qui sont censées les servir. Il fit donc un hiatus à toute la chambrée sur la nécessité de prendre soin de la reine :

    «  – Comment réagiriez-vous si vous vous trouviez dans un pays étranger avec des moeurs différentes ? Je vous prierais de méditer dessus et que je n’ai plus à intervenir dans ces boniments d’enfants. »

    Les servantes se prosternaient devant leur Roi qui tonnait de sa voix puissante. Durant tout ce temps, il n’avait pas lâché Sora une seule seconde. Il posa donc son regard sur la jeune femme et la voir aussi métamorphosée et transformée le chagrinait. Il l’inspecta un instant avant de faire venir Jane près d’eux :

    «  – Retirez lui cette coiffure et laissez-la choisir ce qu’elle veut mettre. C’est votre nouvelle reine, elle sait parfaitement ce qu’elle a à faire.
    Oui Monseigneur. »

    Jane était docile et obéissante avec son Roi et fit sortir différentes toilettes pour la nouvelle reine. Profitant de l’agitation de la chambre, Tomas revint près de Sora et pris ses mains dans les siennes qu’il embrassa :

    « – Choisissez ce qui vous conviendra ma dame. Je vous attends en bas pour la cérémonie, votre père viendra vous chercher. En attendant, je tenais à vous offrir ce modeste présent.. »

    Il lui tendait un petit écrin qui portait deux boucles d’oreilles précieuses. Il s’agissait de perle nacré d’un blanc pur qui avaient la forme de délicates gouttes. Il lui présentait en souriant doucement :

    « – J’ai trouvé ces perles il y a quelques semaines en pêchant. J’espérais que vous les porteriez du moins si elles vous plaisent.. »

    Mais alors qu’il ouvrait l’écrin contenant les perles précieuses un soldat arriva pour quémander sa présence dans un conflit de paysans dans la cour. Sincèrement désolé, Tomas prit congé de sa fiancée en lui rappelant qu’elle était reine et qu’elle se devait d’imposer ses choix.

    « – Je vous fais confiance Sora. »

    Après avoir rassuré la jeune femme et lui avoir laissé le présent de mariage, il se rendit donc dans la cour du château pour comprendre ce qui opposait les deux hommes. Cela ne prit pas longtemps mais suffisamment pour qu’il doive se rendre en hâte dans ses appartements pour se préparer pour la cérémonie. Leif n’avait pas voulu attendre, il souhaitait que le mariage se fasse dans les plus brefs délais pour finaliser et sceller l’union mais en voyant la jeunesse de Sora il préféra procéder à un Handfasting. Matoaka était ravie de cette proposition lorsqu’elle lui fut proposée mais Leif exigea de multiples contreparties qui empêchèrent de trouver un accord à cette proposition. Aussi, Tomas savait qu’il devait créer un climat propice à l’épanouissement de la jeune femme pour obtenir plus d’hommes des Erikson.

    C’est dans la petite chapelle du château, où attendaient les quelques invités, les parents de la mariée et le marié qu’allait se fixer le sort de Sora. Comme le convenait la coutume, Leif était partit chercher sa fille. Tomas attendait, nerveux en tenant fermement le pommeau de son épée à sa ceinture. Il avait revêtu un simple costume d’époque avec un pourpoint d’un bleu intense qui faisait ressortir le bleu gris de ses yeux. Ses joues étaient rasées de près comme le voulait l’usage et ses cheveux coupés court. Même s’il savait qu’il s’agissait d’un mariage de convenance il n’en restait pas moins nerveux. Est-ce que Sora allait descendre ?

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    C.

    Une fois les voeux échangés, Tomas hésita. Devait-il apposer ses lèvres sur les siennes ? C’était quand même un geste particulièrement intime. Il la voyait souriante, amusée par la situation mais il n’en n’oubliait pas qu’elle restait jeune et sans aucun doute pure. Alors, dans un geste protecteur, il vint embrasser son front ce qui vint finalement sceller cette union. Il n’eut pas le temps de voir la moue de la jeune femme car ses hommes scandèrent avec ferveur le cri des anglois, celui qu’ils hurlaient à la fois sur le champ de bataille mais aussi pour célébrer un grand moment. Les Vikings répondirent avec la même ferveur. Puis, tout alla très vite.

    Tomas ne vit plus grand chose du reste de la journée entre de multiples conversations avec quelques lairds et seigneur puis quelques verres d’hydromel viking bien corsé, il avait un peu la tête qui tournait. Tomas ne s’inquiétait pas pour son épouse, il la savait entre de bonnes mains avec Mary et la mère de cette dernière. Aussi, l’après-midi était bien passé et le début de soirée s’annonçait quand il vint enfin à s’asseoir près de son épouse. Il mangea avec un appétit d’ogre et jeta un oeil sur elle qui semblait s’ennuyer. Ou du moins, elle observait la foule de personnes qui dansaient devant eux. De multiples musiciens jouaient donnant une atmosphère joyeuse et moins austère à cette vieille pièce de bal :

    « – On dit qu’autrefois vivait ici un dragon des mers, commença-t-il à expliquer en finissant de dévorer une cuisse de sanglier, un homme très valeureux et venu pour l’affronter et libérer cette magnifique bâtisse mais en arrivant il n’y aurait trouvé qu’une jeune femme avec de long cheveux de feu. »

    Il avait visiblement réussit à capter l’attention de sa jeune épouse et continua à lui raconter la légende de Mélusine, une histoire qui venait de France.

    « – Ils tombèrent instinctivement amoureux et la jeune femme éblouie par la bravoure du chevalier décida même de s’unir à lui. Ils vécurent heureux pendant des années, ayant même des enfants. Mais, tous les samedi de la semaine, la mystérieuse femme avait exigé à son époux de la laisser seule dans leur chambre et de ne rentrer sous aucun prétexte et cela fonctionna bien pendant plusieurs années, du moins, jusqu’à ce que les gens s’interrogent. Que faisait la reine dans cette chambre du matin au soir ? Dormait-elle ? Se cachait-elle ? Ou pire.. Rencontrait-elle quelqu’un , »

    Il venait à essuyer ses lèvres avec une serviette et bu une longue gorgée de vin avant de reprendre amusé. Il avait toujours eu un certain talent pour raconter les histoires, enfant, il se rêvait tel un troubadour sans obligation qui aurait voyagé de villes en villes pour raconter des histoires. Mais la vie en avait décidé autrement. Reprenant donc son récit, il se rapprocha de Sora avec une lueur de malice dans le regard :

    « – Le mari qui avait été empoisonné par toutes les rumeurs autour de sa femme décida donc un jour de vérifier ce qui se passait dans cette chambre et pourtant ne lui avait-elle jamais avoué ce qu’elle y faisait. Même s’il douta des autres, le secret qu’elle entretenait le rendait quasiment fou. Il devait savoir, ainsi donc.. »

    Mais alors qu’il allait enfin révéler la chute de l’histoire, l’un de ses gardes vint le chercher. Il s’excusa d’interrompre son Roi auprès de la Reine mais lui expliqua qu’il s’agissait d’une urgence.

    « – Je reviens aussi vite que possible.. »

    Prenant la main de Sora, il déposa un tendre baiser sur sa paume avant de s’éclipser à l’extérieur de la salle de balle. Il s’agissait d’un ami à lui, en déroute qui était pourchassé par des anglais. Inquiet pour sa sécurité car il avait essayé de renversé le seigneur de la région de la Mercie, Tomas l’accueillit malgré tout et le cacha dans des appartements privés. Il resta avec lui un moment, lui offrant de quoi se restaurer et se laver. Il partirait le lendemain mais surtout ne mentionnerait jamais son passage à Embra. Les guerres entre seigneurs rivaux continuaient toujours et il était du devoir de Tomas de trouver un juste milieu pour tout le monde.

    Quand il rejoignit la salle, il vit que Sora parlait avec différentes dames. Cela le rassurait de voir qu’elle ne se laissait pas aller. Mais alors qu’il l’observait en cachette, cherchant à mieux cerner cette étrange épouse, Beathag sa maîtresse depuis quelques mois se postait devant lui.

    «  – Mon cher ami.. Vous m’avez tant manqué ces dernières nuits, dit-elle en roucoulant et exposant sa plantureuse poitrine sous ses yeux, quand reviendrez vous réchauffer ma couche ?
    – C’est le soir de ma noce Beathag. N’as-tu donc aucune décence ? »

    Même s’il était choqué, il était superficiellement amusé de voir cette petite sauvageonne à la peau claire et aux cheveux blond comme le blé le provoquer de la sorte. Il y avait une indécence folle chez cette femme qui le rendait faible. Et elle avait surtout une paire de seins exceptionnel. Il était jeune, beau, puissant et il plaisait aux femmes. Il aurait été stupide de ne pas en profiter. Alors qu’il riait en la laissant caresser son bras et l’écoutant lui faire des propositions indécentes, il ne vit pas Mary se pencher sur Sora qui observait la scène au loin. Elle lui expliqua que Beathag était une Lady qui venait du sud de l’Angleterre et qu’elle était la maîtresse de Tomas.

    «  – Tomas n’est qu’un homme ma chère.. Il ne fait que réagir à ses instinct primaire. Surtout depuis la mort de sa première épouse. Il est un homme bon.. Mais ça reste un homme. Méfiez-vous surtout de Beathag. Elle.. Elle est sournoise. Tel un serpent. »

    Pendant que les femmes discutaient, Tomas vint rejoindre quelques uns de ses hommes tout en étant toujours suivi par Beathag qu’il ignorait pourtant.

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    C.

    Dire qu’il est sous le choc est un euphémisme. Sora est nue devant lui, recroquevillée sur elle-même. Il n’avait retiré que son pourpoint, pas sa chemise et encore moins son pantalon. Même si la tradition le voulait, il ne comptait aucunement profiter de la jeune princesse. Il était un homme avec des désirs certes mais il n’était pas pour autant un violeur. Rapidement il vint à elle, et l’enroula d’un drap :

    « – Non, dit-il d’une voix ferme, non ma dame.. »

    Il venait refermer le drap autour de son corps et l’observa avec attention :

    « – Jamais ne je vous forcerais à faire quelque chose qui est contraire à ce que vous désirez. Assurez-vous que je serai votre ami et protecteur. Comme je vous l’ai promis lors de l’échange de nos voeux. »

    Avant de rejoindre la chambre, il avait fait demander une cuve d’eau chaude pour le bain. D’un geste bienveillant, il l’entraina dans la fameuse salle de bain. Il expliqua qu’il connaissait les bains de vapeur viking et qu’il voulait que ses traditions l’accompagnent. Des baumes, des parfums, des huiles venant d’Orient, des bijoux, des savons, tout était là pour sublimer son corps. Il lui montra aussi avoir fait monter toutes les malles de la jeune femme pour qu’elle soit entourée de tout ce qu’elle connaissait et qui pourrait la rassurer.

    « – Je vous laisse vous prélasser ma dame.. Je serai dans la pièce d’à côté. Si vous avez besoin je serai là. Je vous dis à demain ma dame.. Je vous emmènerais découvrir vos nouvelles terres. Alors vous faut vous reposer.»

    Il lui montra une petite porte dérobée dissimulée derrière un rideau. Il expliqua qu’elle menait à ses propres appartements et la laissa donc avoir un peu d’intimité. Après avoir déposé un baiser sur sa paume avec douceur, il prit direction vers le rideau qu’il décala pour ouvrir la porte, enfin, il prit le petit escalier en colimaçon qui descendait à sa chambre. Là, il s’installa à son bureau et se mit à travailler. Par précaution, il avait laissé les deux portes de chambre ouvertes. Si Sora avait besoin, il était là. Mais il ne souhaitait pas profiter d’elle.

    Tomas prit un instant pour réfléchir à ce qui c’était passé en fin de soirée mais il ne comprit pas. Qu’est-ce qui avait bien pu heurter la jeune princesse, son épouse ? Il fut sortit de ses songes par son valet qui lui apportait des nouvelles de ses terres lointaines. Tomas se remit donc au travail, c’était son projet, rendre son pays prospère. Il travailla donc une bonne partie de la soirée et de la nuit et vint même à s’endormir à son bureau, comme à son habitude.

    C’est au petit matin qu’il s’étonna de trouver une couverture sur ses épaules. Il se demandait si c’était l’un de ses valets ou même l’une de ses maîtresses peut-être qui avait eu pitié de lui ? Quoi que cela l’étonnait aussi car elles étaient plus tôt du genre à attiser autre chose chez lui que de la sympathie. Il se leva en vitesse, fit une toilette rapide et se rendit dans les escaliers. Il toquait à la porte et vit que la chambre de son épouse était vide. Il descendit donc rejoindre la salle où ils mangeaient pour trouver la reine Matoaka en compagnie de sa jeune épouse.

    « – Mesdames.. J’espère que la nuit fut bonne.. »

    Respectueusement il les salua et prit quelques pâtisseries qu’il engloutissait avec appétit. Des hommes armés entraient dans la salle à manger et annonçaient au roi que l’Inquisition était présente pour inspecter le château. Tomas savait qu’ils cherchaient l’ami qu’il avait logé et dissimulé la veille au soir. Il laissa entrer les hommes vêtu de noir qui étaient pour lui le comble du maléfique. L’inquisition était représentée par un homme du nom de Drolo qui en était le chef en Anglicie. Tomas le haïssait. Pendant très longtemps cet horrible personnage s’en était pris à sa première femme et le roi craignait que désormais il s’en prenne à Sora.

    « – Majesté vous devez savoir pourquoi nous sommes ici.
    – Sans doute pour m’offrir vos félicitations Monsieur l’Inquisiteur. 
    – Trêve de plaisanterie Seigneur, rouspétait le vieil homme à la peau sèche et aux yeux brillant de cruauté, nous cherchons votre ami.. vous savez Litair-Le-Roux.. mes gardes l’ont vu entrer chez vous.
    – En pleine soirée de noces beaucoup de personnes vont et viennent dans un château monsieur. Je pense que vos gardes ont certainement dû profiter des boissons proposées.
    – Comment osez-vous ! »
    Tomas avait toujours eu le don de provoquer l’Inquisition par ses choix politiques, religieux et stratégiques. Jamais il ne se laisserait guider par la violente pression de la religion.

    « – Ecoutez Monsieur.. Je suis un homme marié qui va profiter de son épouse. Si je savais où il se trouvait bien entendu que j’aiderais sa sainteté. Malheureusement je ne le puis. Jamais je n’aurai pu voir cet homme étant donné que j’étais en compagnie de mon épouse. Je suis un homme fraîchement marié vous savez.
    – Ne jouez pas trop votre altesse. Vous risquerez fortement de le regretter. Je reviendrais.. Et nous reparlerons d’ailleurs de cette union avec ces.. ces barbares vikings.
    – Oh.. Mais j’ai hâte, terriblement hâte de connaître vos opinions sur les femmes. Sans doute avez-vous beaucoup d’expériences en la matière.»

    La dernière remarque de Tomas faisait ricaner ses hommes. Il se moquait ostensiblement de cet homme de pouvoir parce qu’il n’avait pas peur de lui. Il faisait attention bien entendu mais il n’était aucunement effrayé. Drolo, agacé et furieux fini par quitter les lieux sous bonne escorte. Une fois qu’il fut partit, Tomas se tourna vers Sora et Matoaka. Il expliqua qui était cet homme et leur demanda d’excuser cette intrusion.

    « – Sora.. Il est primordial que vous ne soyez jamais, je dis bien jamais, en compagnie de cet homme. S’il existe bien un démon, il en est la parfaite incarnation. »

    Après cette mise au point assez ferme, il leur proposa de se rejoindre aux écuries pour faire la fameuse visite des terres alentours de Embra, puis, ils visiteraient le bourg pour que le peuple puisse rencontrer leur future reine. Alors que les deux femmes se levaient, Tomas s’approcha de son épouse et vint lui demander :

    « – J’espère que vous avez bien dormi ma reine et que vos appartements vous conviennent.. »

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    C.

    Avec la journée qu’ils venaient de passer et la presque mise en danger de la future reine, Tomas se remit au travail activement dès la fin du repas. Bien entendu, il accompagna Sora jusqu’à sa chambre et donna un baiser sur sa paume avant de rejoindre sa propre chambre. Comme la veille, il avait laissé la porte de l’escalier secret qui menait à leurs deux chambres, ouverte. Ainsi, il pourrait veiller à ce qu’elle soit en sécurité. Elle avait séduit une partie de la population par sa douceur, sa gentillesse et sa proximité. Mais elle s’était aussi mise en danger et l’Inquisition veillait toujours dans l’ombre. Plongé dans ses écrits et autres mandats, il n’entendit pas la jeune femme surgir dans sa chambre. Lorsqu’il vit son mouvement, il se redressa surpris et allait lui demander si tout allait bien mais elle se jeta dans ses bras.

    Tomas était tellement préoccupé par sa sécurité qu’il n’avait pas pensé au chagrin de la jeune femme. Après tout, elle se retrouvait seule, sur une terre inconnue avec des moeurs qui ne lui étaient pas familière.

     » Venez.. », dit-il en l’entrainant sur le petit sofa qui sert habituellement à réceptionner ses vêtements. Une fois installés tous les deux, elle recroquevillée contre lui, il la serra contre lui. Avec beaucoup de douceur, même s’il se sentait terriblement gauche, il passa une main sur sa crinière d’un noir intense et brillant, « Je suis désolé que vous ayez à subir la punition de m’avoir épousé Sora.. Je ferais tout pour que vous vous sentiez chez vous, ici. Vous avez ma parole. En tout cas, sachez je suis persuadé que vous serez une reine merveilleuse. »

    Il la félicita d’avoir osé aller à la rencontre du peuple, il la trouvait pleine de courage et d’hardiesse, « Je ne prends pas le temps de m’occuper de mon peuple.. Du moins, je le fais en essayant de le protéger et donc en légiférant. Plus nous créerons des lois, des traditions et des coutumes et plus rapidement nous deviendrons un pays unis », sans qu’il ne le prémédite, Tomas se mit à raconter à Sora son projet, son espoir pour l’Anglicie. Il espérait créer un pays uni, fort et puissant. C’était pour cela qu’il avait demandé une alliance avec Leif Erikson, persuadé que le commerce sauverait des vies et les enrichisseraient chacun. Tomas faisait la promotion d’une paix entre les peuples. Il exécrait la guerre.

     » On m’a dit que vous étiez une guerrière ingénieuse et pleine de ressources, sans doute pourriez-vous me faire découvrir vos talents dès demain ? », demandait-il avec un doux sourire. Ils discutèrent encore un peu jusqu’à ce que finalement il sentit la jeune reine s’endormir contre lui. Il n’entendait que le crépitement du feu de la cheminée et le souffle régulier de son sommeil. Soudain, il se sentit léger, comme happé par le sentiment d’être à la maison et serein. Il attendit un moment avant de finalement soulever la jeune femme et la conduire sur le lit qu’il occupait. Une fois installée, il la couvrit de la couette et se remit au travail.

    Du moins, essayait-il. Souvent, son regard se perdait sur la jeune femme aux traits parfait et envoûtant qui le subjuguait. Alors, quand il sortait de sa rêverie, il ronchonnait envers lui-même pour avoir perdu du temps à niaiser.

    Au petit matin, il n’avait dormi qu’une petite heure. Il s’éveilla courbaturé d’avoir dormi le dos voûté sur la table. S’étirant, il vint ensuite rafraichir son visage avec un peu d’eau avant de contempler la belle Sora dormant profondément. Elle semblait si bien dormir qu’il n’eut pas à coeur de la réveiller. Il descendit donc aux cuisines et ordonna qu’on apporte le petit déjeuner au lit de la reine. Puis, après avoir rapidement englouti un morceau de pain et de confiture suivi d’un thé brulant, il se rendit à son inspection quotidienne. La matinée se passa sans grande nouveauté et c’est au midi qu’il retrouva Sora. Il avait néanmoins une surprise de taille puisqu’il était accompagné du loup de la jeune femme.

    Il la reconnut instinctivement puisqu’il courut jusqu’à elle. Les derniers jours il avait été mis en cage dans les écuries car jugé beaucoup trop dangereux par la garde. Mais Tomas avait compris qu’il était nécessaire que Sora se sente chez elle pour pouvoir explorer ses compétences de reine. Et pour cela, elle devait se sentir en sécurité chez elle. Dans la matinée, le jeune roi avait démontré à ses hommes que le loup ne leur ferait rien. Il avait lui-même ouvert la cage à l’animal qui grognait de crainte. Tomas l’avait quelque peu rassuré en parlant de Sora et en lui donnant quelques morceaux de viande. Il avait réussi à le canaliser et ainsi l’apprivoiser.

    « Je vous présente le compagnon de la reine », annonçait-il à la Cour qui observait avec crainte la réunion joyeuse entre la reine et le loup, « Quiconque sera surpris à maltraiter l’animal se verra châtier par moi-même. »

    La Cour murmurait à la fois de surprise mais aussi de curiosité devant cette étrange reine aux moeurs et coutumes particulières. Mais Tomas n’en n’avait que faire des autres. Il s’approcha de Sora et la salua avec toute la courtoisie de son époque avant de lui tendre sa main, « J’espère que vous avez bien dormi ma dame et que votre petit déjeuner vous a convenu. Cet après-midi j’emmène mes hommes se battre en dehors de la ville, j’aimerai beaucoup que vous nous accompagniez », finit-il par dire en l’accompagnant à table pour déjeuner.

    Comme tous les repas, ils se firent dans le tumulte et avec Tomas qui était souvent sollicité par diverses questions politiques. Mais il eu aussi le passage de Beathag sa maîtresse qui revenait vers lui. Mielleuse, elle murmurait à son oreille quelques obscénités qui, elle espérait, ferait réagir le jeune roi. Il l’ignora cependant préférant lui rappeler que son époux allait rentrer très prochainement de son voyage et qu’elle se devait de bien se comporter. Rageuse, elle retourna à sa place non sans haïr encore plus la jeune reine.

    Après le fameux repas, Tomas se rendit aux écuries pour préparer son cheval ainsi que la jument de son épouse. Quand elle surgit enfin, toujours accompagnée de son loup, il l’aida à grimper et ils partirent au galop suivi de la troupe d’aspirant chevaliers. Tomas aimait galoper, il aimait la nature et le sentiment de liberté qu’il ressentait lorsqu’il sortait du château. Ses traits se détendait, comme s’il devenait quelqu’un d’autre. Un homme sans le poids des responsabilités. Il conduisit la troupe jusqu’à un terrain d’entrainement non loin en hauteur qui surplombait les petits villages alentour. Il aimait sortir ses guerriers au grand air pour qu’ils puissent connaitre le terrain et ainsi ne pas être surpris par de la boue, des marécages ou encore se servir des arbres et autres outils trouvé sur place pour se défendre.

    Sous l’oeil attentif de Tomas et les ordres vindicatif de Gurney son maître d’armes et fidèle ami, les guerriers s’entrainaient, s’exerçaient. Tomas en profitait pour montrer quelques améliorations techniques qu’ils avaient reçu de Leif et de ses guerriers qu’ils apprenaient à ses hommes, « Votre père m’a avoué que c’est votre mère qui a astucieusement pensé à intégrer des bouts de poignards dans les manchettes. C’est une redoutable guerrière que vous avez comme mère ma dame », dit-il avec un sourire amusé et fasciné.

    Comme d’habitude, Gurney vint à rappeler à Tomas qu’il devait s’entrainer, ce qu’il fit. Il salua poliment sa dame et prit son épée. Pas de tenue de combat pour lui, il restait uniquement vêtu de son pantalon de ville mais retira malgré tout son pourpoint et sa chemise, dévoilant ainsi son buste puissant aux muscles saillant. La chemise ne dévoilait en aucun cas l’impressionnante musculature du chef, mais une fois dévoilée, elle impressionnait toujours les hommes et femmes aux alentours. Sur son buste figurait quelques tatouages venant de ses nombreux voyages. Pour un chef anglais, il était clairement aux antipodes de la culture chrétienne. C’était d’ailleurs pour cela qu’il se faisait autant attaquer par l’Inquisition.

    Faisant tournoyer son épée au dessus de sa tête, un sourire en coin provocateur, il se laissa attaquer par l’un de ses guerriers qui vint rapidement à déchanter. Tomas avait l’aisance d’un guerrier, c’était assez remarquable car on avait l’impression qu’il dansait presque. Il mène avec beaucoup d’agilité le combat, répondant par des à-coups brutaux. Sans doute cherchait-il aussi à impressionner un peu Sora. Il voulait qu’elle constate sa force, sa fureur et sa vivacité. Qu’elle se sente en sécurité. Il finit par achever son adversaire, bien entendu sans le tuer, puisqu’il s’agissait uniquement d’un exercice mais tout en lui rappelant de toujours surveiller sa garde. Pendant ce temps, Gurney se trouvait près de la reine et l’observait avec attention « Je le connais depuis qu’il a sept ans ce petit bonhomme », dit-il avec une émotion dissimulée, « Il a bien grandit mais il oublie toujours de surveiller son dos », en effet, au même moment un autre guerrier se mit à attaquer le roi dans le dos sans le blesser ce qui conduisit à une autre rixe. Les hommes riaient tous, amusés de voir le Roi être ainsi mis à l’épreuve. On pouvait sentir qu’ils étaient proches des uns et des autres, ayant tous un profond respect pour leur meneur. « Il lui a fallut des années avant de construire tout ce qu’il y a ici, c’est un homme bon. Un roi juste », reprenait Gurney avec plus de sérieux, « J’ai connu votre grand-père.. Erik. Un vrai combattant et un homme honnête, comme votre père. Lord Tomas est de cette vieille espèce d’homme qui se perd. Il a beaucoup souffert vous savez.. Son père était un vrai tyran. Le roi fou, voilà comment on l’appelle. Tomas a grandit sans savoir ce qu’était l’amour, la famille. Et quand il l’a eu, elle a disparu. C’est appréciable de le revoir plus léger.. »

    Gurney expliquait à la jeune reine qu’il avait été un pirate plus jeune et qu’il s’était entiché d’une femme mariée, d’une reine et qu’il avait juré de la servir. Mais cette dernière était morte en couches, alors, il s’était pris d’affection pour le nourrisson et s’était toujours juré de le protéger. D’un regard, il contemplait Tomas comme le ferait un père avec son fils. C’était un secret qu’il confiait à Sora, comme s’il s’agissait de l’information la plus banale « Je mourrais pour mon roi ma dame, mais il m’a demandé de veiller sur vous. Donc ne voyez aucune crainte à ce que je garde un oeil sur vous, vous le voulez bien ? »

    Quelques minutes plus tard, Tomas revint vers Sora, essouflé et en sueur. Ses traits étaient détendu par l’effort. En lui tendant sa main et sa moue espiègle, il lui proposa de la rejoindre « On m’a répété et répété que vous étiez la lame la plus fine de votre pays ma dame. Accepteriez-vous de le prouver à mes hommes ? »

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    C.

    « En effet, mon cousin est un homme.. mh.. un peu particulier alors ne vous offusquez pas de ses manières », répondait-il en la laissant se blottir contre lui. D’un oeil rassuré et quelque peu ébloui par sa beauté, il reprit d’une voix basse, « Ma dame.. Vous êtes magnifiques. »

    La grande salle du château était illuminée par des torches et des chandelles, créant une lueur chaude qui dansait sur les murs de pierre. Des myriades de fleurs décoraient la salle, donnant une allure encore plus conviviale. Les nobles écossais et leurs invités se rassemblaient pour le bal, parés de leurs plus beaux atours et des dernières tenues à la mode. Les invités dansaient, tournoyaient au milieu de la salle alors que la musique des bardes remplissait l’air. Au centre de l’attention se tenait le roi, vêtu de sa tunique ornée de broderies celtiques, aux côtés de épouse, la princesse viking Sora, resplendissante dans sa robe de lin aux reflets rouge intense.

    Tomas parcourut la salle d’un regard fier, un sourire plein d’assurance. Ils s’étaient mariés par alliance pour renforcer les liens entre les terres écossaises et les clans vikings, mais leur union pourrait devenir bien plus que politique. Le baiser échangé dans l’après-midi avait fait naître des sentiments étrange, des sentiments refoulé que Tomas ne pensait pas pouvoir ressentir de nouveau un jour. Des sentiments qui l’effrayait. Sora pourrait conquérir le cœur du roi par sa sagacité, sa grâce et sa beauté. Parce que oui, elle resplendissait de beauté à ses côtés.

    Le roi s’avança, sa main dans celle de Sora, et annonça d’une voix forte : « Nobles d’Anglicie, je vous présente ma reine, votre reine, Sora, venue des lointaines terres vikings. Qu’elle soit accueillie avec l’honneur qu’elle mérite ! »

    Les applaudissements éclatèrent, mêlés de murmures curieux. Certains des nobles semblaient satisfaits de cette alliance, reconnaissant la puissance qu’elle représentait, l’intelligence politique de Tomas et ses ambitions. Mais d’autres ne comprenaient pas le métissage culturel qu’imposait leur roi, qu’ils jugeaient imprudent et trop jeune. Parmi eux se trouvait le cousin du roi, Liam, venu d’Irlande, dont le regard ardent trahissait une hostilité sourde.

    Liam s’approcha avec un sourire poli mais calculateur. « Une princesse viking, vraiment ? Une alliance audacieuse, cousin. Mais quand on regarde le beau fruit qui a été apporté, je comprends mieux le mariage. »

    Tomas resta calme, masquant son irritation naissante. « Sora, ta reine, est bien plus que son titre, Liam. Elle est ma compagne et une ambassadrice de paix entre nos peuples. Mais sans doute le saurais-tu si tu prenais le temps d’écouter ton peuple et les possibilités que nous propose le monde ». Liam maugréait dans sa barbe, son cousin avait plus de verve que lui, il devait bien le reconnaître. Mais il lui était difficile de capituler entièrement. Du moins, pour ce soir. Il salua modestement la jeune reine et se rendit dans la foule curieuse.

    Les festivités se poursuivaient, les invités semblaient ravis de la profusion de nourriture, de vin et de musique. Tout se passait pour le mieux. Tous les seigneurs se présentaient à Sora avec beaucoup de respect. Mais Tomas sentait le poids des regards critiques qui pesaient sur sa femme. Il observait Sora se mêler avec grâce aux invités, charmant ceux qui étaient disposés à l’apprécier. Et comment ne pas l’apprécier ? Jamais il ne comprendrait la haine que pouvait avoir son peuple pour les étrangers.

    Pourtant, pendant que le bal battait son plein, le roi ressentit un trouble inexplicable. Il observait Sora avec une tendresse qu’il refusait de reconnaître. Son intelligence, sa force et sa beauté le captivaient. Chaque geste, chaque mot la rendait plus précieuse à ses yeux. Elle dansait avec tous ceux qui lui demandaient, elle riait, visiblement bien plus à l’aise qu’il ne l’aurait cru. Il ne pouvait détacher son regard d’elle, captivé et inquiet. Il savait qu’à n’importe quel moment elle pouvait aussi disparaître.

    Ils eurent un moment ensemble. Ils dansèrent au milieu du reste de la foule, comme lié étrangement l’un à l’autre. Tomas était troublé, il n’avait qu’une pensée en tête, le baiser chaste échangé plus tôt dans la journée. Etait-il spontané ? Ou prémédité ? Comme il ne voyait aucune malice dans son regard, il se sentait capable de lui faire pleinement confiance, lui permettant donc de ne plus avoir à penser à ses maîtresses qui se languissaient de lui.

    Au fil de la nuit, Thomas se surprit à vouloir être près de Sora, tout le temps, à chercher son regard parmi la foule. Mais il réprima ces sentiments, conscient des complications d’un amour naissant. Il ne voulait pas mettre Sora en danger, ni compromettre leur partenariat fragile.

    Cependant, dans l’obscurité de la salle, tandis que Sora dansait toujours avec grâce, le roi sentit son cœur s’ouvrir malgré lui. Un amour interdit commençait à fleurir, une histoire qui ne pouvait que causer des problèmes dans les eaux tumultueuses de la politique et de l’honneur. Il se faisait tard, et la salle commençait à se vider, il se rendit près de sa reine viking qui était en pleine discussion avec Mary l’épouse de Spencer, « Ma dame, je me dois de vous laisser car j’ai encore des dossiers à lire. Gurney est là pour vous raccompagner à vos appartements, dès que vous le souhaiterez il vous accompagnera. Surtout, ne rentrez pas sans lui dans vos appartements », il était déterminé à garder ses émotions enchaînées mais il ne pouvait s’empêcher de penser à la sécurité de sa reine. Embrassant tendrement la paume de sa main, il la salua et se rendit rapidement jusqu’à ses appartements. Il fallait travailler pour ne pas avoir à penser aux beaux yeux de Sora et sa bouche si tentante.

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    C.

    Après le bal, Tomas sentit le poids des récents événements alors qu’il se préparait à rejoindre sa chambre. L’atmosphère de la soirée festive avait laissé place à une tension intérieure qu’il ne pouvait ignorer. Les visages des nobles, les paroles de son cousin Liam et surtout, la présence captivante de Sora, tout cela tourbillonnait dans son esprit. Mais plus encore, le souvenir de ce baiser le hantait.

    Lorsqu’il entra dans la chambre, la lumière des bougies dansait doucement sur les murs de pierre, créant une ambiance intime. Sans attendre, il retira sa veste de soirée et se remit à travailler. Le travail était pour lui l’occasion de ne plus penser à ses sentiments et le trouble que la jeune femme lui avait fait ressentir. Alors qu’il travaillait avec efficacité il entendit un bruit dans l’escalier privé et enfin un mouvement. En tournant la tête, il la vit. Sora était là, debout près de la fenêtre, plongée dans ses pensées. À son arrivée, il tourna sa tête vers elle, un sourire doux sur les lèvres.

    « J’ai préparé quelque chose pour vous.. vous voulez bien me suivre ? », lui di-elle en l’entrainant dans ses appartements. Visiblement elle cherchait à s’occuper de lui, comme le ferait sans doute une épouse. Il est touché par sa démarche et se laissa donc faire. Il voulait qu’elle se sente à l’aise, utile, aussi, il accepta. Ensuite, elle se mit à le masser. Ses muscles étaient tendu de par son travail mais encore plus par la douceur de ses mains. Il aurait voulu que son corps soit ignorant du plaisir d’être caressé mais les mains de la jeune femme attisait un cruel manque d’intimité. Les yeux clos, alors qu’il se détendit lentement, il revit les lèvres entrouvertes de la jeune femme se penchant sur les siennes ce qui attisa une fois encore son désir qu’il dissimulait sous la mousse imposante.

    Il profita de sa question sur les tatouages pour lui expliquer qu’adolescent il avait beaucoup voyagé. Au fil de ses voyages il avait laissé les grand sages marquer sa peau de son passage, « Mon corps raconte en quelque sorte toute mon histoire », dit-il avec un léger sourire. Ensuite il lui posa des questions sur les tatouages de son peuple et fut fort impressionné par les talents de sa jeune épouse. Il aurait sombrer dans le sommeil mais au moment où il se détendait enfin, elle apparut devant lui comme dans l’après-midi.

    Bordel.. Mais se rendait compte de sa beauté ? De son aura ? Sa jeunesse l’émut et son inexpérience aussi. En effet, ses joues rosirent alors que leurs yeux se perdaient l’un dans l’autre jusqu’à ce qu’elle fuit. Il fut déçu qu’elle s’excuse du baiser échangé et il voulu lui dire qu’elle avait eu raison. Mais ce serait l’encourager à recommencer. Or, il ne voulait pas nouer une relation intime avec elle.

    Sora était une reine très jeune certes mais qui avait à coeur de prendre soin des gens. A peine s’était-elle confondue en excuse qu’elle s’enfuit pour préparer le lit. Il était surpris et vint rapidement sortir du bain pour se rendre finalement dans la chambre. En effet, le lit était prêt et elle lui interdisait formellement de travailler. Un sourire amusé se formait sur ses lippes et il se refusa à résister. Le bain et le massage l’avait tellement bien détendu qu’il rêvait de dormir. Il finissait de ranger ses papiers quand elle surgit de nouveau et s’installa dans le lit comme si de rien était.

    Le roi s’approcha ne portant qu’un simple pantalon pour la nuit, se sentant à la fois reconnaissant et troublé par sa présence. « Sora.. La je tenais à te dire que la soirée avait ‘était un succès, grâce à toi. Tu as su charmer les invités malgré les réticences de certains et les convaincre de la nécessité de cette union. »

    Il venait de la tutoyer pour la première fois sans s’en rendre compte. Peut-être était-ce le bain ou même le vin bu pendant la soirée, mais il était enivré par la douceur et le parfum si subtil de fleurs exotique qui émanait de la jeune femme. Allongé dans le lit, il ouvrit son bras pour qu’elle vienne s’y réfugier. Sans s’en rendre compte, ils avaient déjà des habitudes de couple. Il vit Sora incliner légèrement la tête vers lui, comme si elle ressentait ce qui le tracassait.Tomas hésita un instant, puis se redressa à côté d’elle. « C’est Liam… et d’autres, peut-être. Ils ne voient pas ce que je vois en toi, Sora. Ils ne voient pas la reine forte et intelligente que tu es, l’importance que nous avons de nous unir. Que nous sommes plus forts ensembles. Je sens qu’il va y avoir de nouveaux des tensions et je ne sais pas comment les maîtriser. Je ne veux pas devenir comme mon père, le Roi fou, mais si la parole et l’écoute ne suffisent pas, que me reste-t-il ? »

    Se retournant vers elle, il la vit presque soucieuse et pensive. Il s’excusa donc auprès de Sora posa sa main sur la sienne avec douceur. « Tu as pris une décision difficile en m’épousant, je le sais. Mais je suis là pour te soutenir et te protéger. Je veux que notre alliance soit solide, même malgré les doutes des autres. J’ai confiance en toi. »

    Le roi sentit un élan de désir envers elle. En tournant la tête pour la regarder, il fut captivé par ses yeux brillants. « Tu es incroyable, Sora. Plus je te connais et plus… » Il s’interrompit, conscient de la proximité entre eux. Ses nouveaux sentiments semblaient vouloir se libérer, mais il les retint, refusant de les laisser prendre le dessus.

    Le roi détourna le regard car on tambourinait à sa porte. Surpris, il se redressa sans attendre et vint ouvrir. Gurney, essoufflé, évoquait une rixe entre son cousin Liam et Spencer. Ils étaient entrain de se battre dans la cour. Sans enfiler de veste, Tomas récupéra sa lourde épée et ordonna fermement à Sora de rester dans la chambre puis se rendit rapidement dans la fameuse cour.

    Les premiers rayons du soleil baignaient la cour du château dans une lumière dorée, mais l’atmosphère était chargée de tension. Les épées étincelaient alors que Liam faisait face à Spencer. Les regards féroces et les muscles tendus révélaient l’intensité de leur affrontement imminent.

    « Enfoiré d’irlandais de merde ! » s’exclama Spencer, sa voix résonnant à travers la cour. « Tu n’as pas le droit d’insulter et de manquer de respect à la reine ! »

    Liam ricana avec mépris. « Elle n’est rien d’autre qu’une étrangère, une viking qui n’a rien à faire ici ! »

    Les paroles de Liam résonnèrent comme un coup de fouet pour Spencer et Tomas. Sans plus attendre, l’anglais brandit son épée, prêt à défendre l’honneur de la reine et de son ami le roi.
    Les épées s’entrechoquèrent avec force, remplissant l’air de bruits métalliques. Les mouvements étaient rapides, chacun cherchant à prendre l’avantage. Spencer était habile et rapide, mais Liam était motivé par la haine et la colère.

    Pendant ce temps, Tomas, alerté par le bruit de la confrontation, se précipita dans la cour. Il fut horrifié de voir son cousin et son ami s’affronter si violemment.

    « Arrêtez ! » ordonna-t-il d’une voix ferme.

    Les combattants se séparèrent brièvement, leurs poitrines haletantes, leurs regards encore chargés de défi. Spencer, essoufflé mais déterminé, se tourna vers le roi. « Tomas, il a insulté la reine. Je ne pouvais pas rester là sans rien faire. »

    Le roi posa une main apaisante sur l’épaule de Spencer. « Je comprends, mais ce n’est pas ce n’est pas à toi de t’occuper de l’honneur de la reine. Liam, retourne dans tes appartements maintenant, nous discuterons de cet affront demain. »

    Liam lança un regard plein de ressentiment à son cousin mais obtempéra, rangeant son épée avec colère et quittant la cour. En effet, l’armée de son cousin était bien plus conséquente que sa simple garde royale, il ne pouvait pas se permettre de se battre contre son cousin. Pas encore.

    Une fois Liam parti, Spencer baissa son épée, son visage marqué par la frustration. « Je suis désolé, Tomas. Mais je ne pouvais pas laisser passer ses mots. » Le blond acquiesça, reconnaissant la loyauté de son ami. « Je le sais, Spencer. Rentre retrouver ton épouse, elle doit s’inquiéter. Fais lui vite savoir que tout va bien. »

    Ensemble, ils se dirigèrent vers les appartements royaux. Après quelques consignes données à ses hommes de surveiller les irlandais, il rejoignit ses appartements. La chambre était baignée de lumière tamisée, et Sora était là, l’air préoccupé, à l’attendre.

    « Sora, » commença-t-il d’une voix douce en s’approchant d’elle, « tout va bien maintenant. Spencer a joué au chevalier pour défendre ton honneur. Je m’occuperais de Liam dans quelques heures en espérant qu’il ne posera plus de problème. »

    Il la sentit bouleversée, aussi, après avoir posé son épée près du lit, il vint la rejoindre pour la prendre dans ses bras, sentant à quel point elle avait été secouée. « Tu es ma reine, Sora. Personne ne doit te manquer de respect. Spencer a eu la noblesse de te défendre car il sait que je ne laisserai personne s’en prendre à toi. Nous sommes ensemble dans cela, je te le promets. »

    La nuit avait été longue et dans l’intimité rassurante de leur chambre ils virent les rayons du soleil lentement se réveiller. Il lui ordonna de dormir, lui assurant qu’il veillait sur elle. Il avait l’étrange sensation de trouver un réconfort mutuel, renforçant leur lien dans l’épreuve. Il savait que d’autres défis, d’autres offenses les attendaient, mais il était certain de la force de Sora. Pour lui, ils étaient prêts à affronter tout ce qui se dresseraient sur leur chemin.

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    C.

    Travailler, travailler, travailler, travailler. Travailler pour ne pas penser au corps de Sora contre le sien. Travailler pour ne pas entendre le gémissement si érotique et sensuelle de la jeune femme, sa manière de bouger son bassin, le goût de ses lèvres, son parfum ou même ses doigts s’agrippant à sa crinière. Tomas frappait nerveusement du poing sur son bureau tant toutes ces pensées l’assaillaient. Par respect pour elle, il n’avait pas fréquenté ses maîtresses depuis un moment et son corps était en manque. Il restait un homme après tout, avec des besoins. Et il s’était promis de ne pas les exposer à la jeune femme de peur de l’effrayer. Elle cherchait tellement à se sentir utile qu’elle s’était mise une pression certaine. D’ailleurs, elle lui avait confié plus tôt dans la matinée. Elle voulait être la parfaite épouse.

    Il se perdait dans ses pensées et n’entendit pas Beathag entrer. Réputée par sa capacité à aller et venir tel un serpent pernicieux. Elle se posta derrière le roi et massa ses épaules, « Oh mon Roi.. Comme vous semblez tendu.. », dit-elle dans un soupir appuyé, « Je suis tellement navrée de la scène de ce matin.. Je ne voulais que vous servir vous savez.. ».

    Tomas se redressait la laissant frustrée. Il prit ses papiers en main faisant mine d’être occupé alors qu’elle se plaignait dans la reine, « Tu dois le respect à ta reine Beathag, d’autant plus que c’est mon épouse. Elle ne sait rien de nos coutumes, soit conciliante s’il te plaît ». Elle tentait de convaincre le roi qu’elle était meilleure pour lui, qu’elle aurait pu avec ses relations rallier tous les clans du Nord. Mais Tomas l’ignorait préférant lui ordonner de le laisser seul. En effet, il devait parler à son cousin de l’altercation de la matinée mais ce dernier était déjà partit. Impossible donc de proposer une trêve. Mais d’autres dossiers l’attendait, comme l’ambassadeur d’Espagne.

    Après une matinée de négociations, Tomas pu rejoindre le banquet du midi. Son épouse refusait obstinément de le regarder. Cela le frustrait. Sa pudeur ne faisait que renforcer l’admiration du blond pour elle. A table, il préférait l’écouter discuter avec Spencer qui s’enthousiasmait pour l’exotisme nordique quand finalement son regard croisa celui de la jeune femme. Ses yeux brillaient d’un désir vorace qui le faisait frémir. Il préférait ignorer le reste du monde et alors se pencha sur l’oreille de son épouse pour lui demander une entrevue. Prenant sa main dans la sienne, il se leva et salua la Cour qui rendait respectueusement la salutation.

    Laissant les autres à leurs murmures et médisances, Tomas fit marcher Sora jusqu’au petit jardin du château. Ils étaient silencieux l’un et l’autre jusqu’à ce qu’ils arrivent près d’un arbre, un chêne où se tenait une tombe, « C’est ici que ma première femme a été enterré, avec notre enfant », dit-il d’une voix basse, « Elle s’appelait Anna, elle était blonde comme moi et avait les yeux bleu. C’était ma meilleure amie. Nous avons grandit ensemble. Son père le roi du Danemark m’avait accueillit lorsque j’étais enfant. C’était donc évident qu’un jour nous soyons époux. »

    Il fit signe à Sora de s’asseoir sur le petit banc près de l’arbre, à l’abris des regards, « Anna était douce, très gentille et surtout très attachée à la notion de devoir. Il y a des coutumes dans nos pays qui sont similaires et qu’elle tenait à respecter. Elle était très attachée aux traditions », il sentait bien le regard de Sora qui l’observait avec attention comme inquiète. Alors, il prit sa main dans la sienne pour la rassurer et lui offrit un sourire réconfortant, « Je te confie tout ça parce que je ne veux pas que tu crois que la présence des maîtresses soit un affront. Et je ne veux pas que tu t’occupes de moi par devoir.. Tu es ma reine, mon épouse et personne ne prendre ta place. Je te remercie de tout ce que tu fais pour moi mais.. mais je ne veux pas être un devoir Sora. Je veux que nous fassions les choses spontanément l’un pour l’autre et si tu as des questions.. Tu peux me les poser, Gurney a tendance à me survaloriser. »
    Conclut-il avec un léger rire. Son maître d’armes lui avait rapidement confié les questions de la jeune reine et il voulait s’assurer que son protégé soit conscience de la place ambivalente de la jeune femme dans sa vie.

    « Mais puisque nous sommes à ce moment où nous nous dévoilons je veux que tu saches une chose, je n’abuserais pas de toi Sora. Tu as déjà du le comprendre lors de la fameuse nuit de noce. Je te demanderai pas de performer sur.. sur l’intimité. Ne te sens jamais obligée de vouloir me séduire pour un quelconque devoir.. Tu sais, j’aimais Anna comme une amie, nous savions tous les deux que les rythmes de l’amour n’étaient pas ce qui nous caractérisaient, mais on se faisait confiance. Elle était importante pour moi mais je sais qu’elle ne supportait pas certains moment.. Notamment.. L’acte en lui-même. C’était difficile pour moi de la voir se forcer. », les deux fois où ils s’étaient embrassés, il avait eu le sentiment qu’elle s’était forcée pour accomplir son devoir.

    Mais alors qu’il la voyait prête à répliquer, Gurney surgissait essoufflé. Visiblement Liam ne comptait pas en restait à la simple bagarre avec Spencer. Il avait réuni quelques hommes et était entrain d’attaquer un village tout prêt d’Embra.

    « Gurney reste avec Sora et protège-là et fait sonner la cloche. », sans attendre une seconde, Tomas courut jusqu’aux écuries. La cloche sonnait, annonçant l’attaque d’un groupe armé. Déterminés, le Roi et ses hommes se réunissaient aussitôt aux écuries. A peine armé et protégé, le blond sautait sur son étalon, son épée en main et partit au galop suivi d’une quinzaine de ses hommes. Le village était derrière la colline, ils y arrivèrent rapidement. Tomas n’avait donné aucune consigne précise à Sora, ce fut Mary qui l’aida en lui expliquant que les raids ici étaient fréquents et que le rôle de la châtelaine était de s’occuper de la vie du château.

    Au loin résonnait le cri de guerre des hommes de Tomas. Un cri bestial, violent qui pouvait rappeler ceux des Vikinks. Beathag s’approchait alors de la reine, de son air vil et murmura amusée, « Souvent les hommes trouvent leurs cris de guerre dans les moments intimes.. Figurez-vous que j’ai inspiré votre époux pour ce cri », son fiel était perfide et l’amusé. Mary protégea la reine et l’entraina autre part pour notamment s’occuper de l’inventaire. Elle lui expliquait alors que parfois il fallait se préparer à des sièges et que l’organisation était la meilleure des solutions pour ne pas perdre la tête à cause de l’attente.

    C’était le lendemain matin que Tomas revint avec ses hommes, triomphant mais mal en point. Tous avaient étés bien malmené par les mercenaires de Liam qui avait quelque peu prémédité son attentat. Gurney descendit dans la cour, inquiet vit la plaie sanguinolente dans le dos de son protégé, « Sire ! » le grondait-il en voyant l’état de son dos, « Combien de fois devrais-je vous dire de surveiller vos arrières bon sang ! », cela amusa le roi à demi-conscient qui entendait son vieil ami ronchonner une fois encore. Ses hommes l’emmenèrent dans sa chambre. Posé sur le lit, les domestiques arrachaient sa tunique poiseuse et étaient horrifiées par la plaie. Un médecin s’approchait et expliquait alors à Gurney que la plaie était trop profonde et que Tomas allait alors mourir. Ce dernier entendit et ronchonna avant de tousser, « Gurney.. Gurney.. Où est-elle ? Elle.. S’il m’arrive quelque chose tu.. tu l’emmènes loin.. très loin.. chez elle.. ». Le vieil homme essayait de le rassurer, de lui affirmer qu’il n’allait pas mourir mais Tomas n’avait aucun espoir, la douleur était trop profonde pour qu’il puisse y croire.

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    Difficile de dire combien de temps est passé. Tomas ne se souvient de rien. Il dort. Il dort profondément et son dos le fait atrocement souffrir. Parfois, il réussit à ouvrir les yeux et il voit alors des ombres qui veillent sur lui. Souvent, il rêve. Il y a alors Anna avec leur fils, sa mère, son père et même Sora. Sora si belle sans une robe de son peuple. Il se disait alors qu’il aurait aimé mieux la connaître. Tomas délire à cause de la fièvre. Il est littéralement entre les mains de la belle amérindienne et même s’il n’en n’avait pas conscience, il lui aurait fait totalement confiance.

    Un jour, sans qu’il ne sache comment ou même pourquoi, il réussit à ouvrir un œil, puis deux. Sa gorge est sèche, il a soif. Sa voix est basse, rocailleuse et il supplie Sora qui dort de l’hydrater. Aussitôt sa tempête nordique surgit et sans qu’il ne puisse bouger il fut submergé par sa vitalité, sa douceur. Elle était si prévenante, si pleine de bonne attention. Il l’entendait parler, maintenant assis dans le lit mais il n’arrivait pas à répliquer. Elle était trop pleine de vie pour lui quand il se demandait quel jour était-il.

    Très rapidement il eut des réponses à ses questions en la personne de Gurney et de Spencer, ses fidèles alliés. Liam avait réussit à fuir et il était inconcevable que Tomas parte en campagne, pas avec sa blessure et surtout avec sa déclaration de paix. Les temps politiques risqueraient d’être compliqués mais il ne perdait pas espoir. Mais après le retour fait sur la situation du pays, les deux amis parlèrent des talents remarquables de la Reine qui avait lutté comme une louve pour sauver son époux. Il était ému et touché d’entendre qu’elle s’était donné toute cette peine pour lui.

    Quand les garçons partirent, il sombra dans un profond sommeil. Ce dernier ne dura pas longtemps car il eut comme un horrible pressentiment. En effet, il était persuadé que quelque chose allait arriver à Sora. Se levant difficilement de son lit, il finit par rejoindre la chambre à l’étage de la jeune femme qu’il trouva dans son bain. Sans ménagement il la réveilla alors qu’elle glissait dans son bain.

    « J’ai une douleur dans le dos, pourrais-tu venir voir ? », mentait-il à la jeune femme. Il l’attendait donc, assis sur le lit de la jeune femme. Louve était au pied du lit et dormait profondément face à la cheminée. Cette chambre était nettement plus accueillante que celle de Tomas, il devait le reconnaitre, et Sora avait bien réussit à en faire un vrai cocon. Lorsqu’elle fut présentable, il la laissa s’installer derrière lui pour vérifier sa blessure, « Je n’ai pas encore eu le temps de te remercier pour ce que tu as fais », avouait-il d’une voix basse, « Tu m’as sauvé quand tout le monde me voyait déjà mort. Merci.. Merci pour tes soins et d’avoir cru en moi ».

    Il jetait un oeil sur elle par dessus son épaule. Un léger sourire sur les lèvres alors qu’il sentait sa peau frémir sous le contact doux et tendre des doigts de la belle brune. Lorsqu’elle eut terminé son soin, il remit sa chemise et vint s’allonger sur le lit de la brune. Il s’installait pour y passer la nuit. C’était une chouette habitude que de dormir avec elle et même s’il s’était interdit tout rapprochement, il ne pouvait s’empêcher de vivre cet instant. Il mettait ça sur le coup de la fatigue et de sa blessure, « Arrête de me vouvoyer », ronchonnait-il, « Nous sommes d’égales à égales tu te rappelles ? ».

    La réceptionnant contre lui, il déposa un baiser sur son front en lui demandant de lui raconter tout ce qui c’était passé ces derniers jours. Son rapport était concis et parfaitement expliqué, « Un vrai rapport digne d’une grande reine », répondait-il avec un sourire en coin. Son bras ceinturant le buste de la jeune femme et lentement, sûrement à cause de la fatigue, il s’endormit après l’avoir remercié une fois encore de lui avoir sauvé la vie.

    Tomas mis plusieurs jours avant de pouvoir descendre dans la salle du trône. Malgré tous les bons soins de son épouse, il était encore faible et avait besoin de se reposer, ce qu’il fit sous l’oeil vigilant de la jeune femme. Pour l’occuper, il lui avait demandé de gérer certaines tâches royales comme l’écoute des doléances du peuple ou encore faire le tour de la garde avec Gurney et Spencer pour s’assurer que les troupes soient rassurées. Tomas faisait une confiance aveugle à son épouse et il l’incitait à prendre beaucoup plus part à la vie du château et de la ville. Il voulait faire d’elle un vraie châtelaine ce qu’elle était entrain de devenir.

    Le cinquième jour de son réveil, il réussit à descendre dans la salle de réception pour le dîner. Pour l’occasion et pour remercier son épouse, il avait fait venir un barde nordique pour qu’il puisse compter toutes les légendes de son peuple. Tomas s’approchait de Sora et embrassait tendrement la paume de sa main et l’entrainait dans le petit salon pour qu’elle s’installe autour du feu où le barde chantait. Tous les invités étaient subjugués par la voix lancinante du barde qui comptait les aventures du Roi Ours et de sa Louve, ou encore du Roi Soleil et de la Princesse au Petit Pois. Il en sommeillait une nouvelle, notamment celle de la Princesse des Tempêtes qui avait voyagé pour rencontrer le Roi au cheveux d’Or. Tomas ne voyait pas le double sens de ces légendes, il ignorait qu’il s’agissait de vraie histoire. Après le concert, il proposa à Sora une balade au clair de lune sur les remparts du château. Bien évidemment, ils étaient suivi par une garde rapproché mais Tomas les ignoraient. Il surveillait sur la mine de son épouse une expression qui lui confirmerait qu’elle serait heureuse, « J’espère que le barde ne t’as pas rendu trop mélancolique », demandait-il en avançant lentement avec le bras de la reine autour du sien, « Elles sont très belles ces balades.. Tu crois que la Princesse Tempête a trouvé ce qu’elle cherchait ? ».

    Il lui expliquait avoir fait venir le barde quelques jours plus tôt pour qu’il lui apprenne plus de mots norrois afin de mieux comprendre la langue de son épouse. Il essayait une nouvelle fois de parler mais il confondait les mots ce qui eut le don de les faire rire tous les deux. Rapidement ils se trouvèrent dans les jardins et il profita que la lune soit pleine pour lui proposer de regarder les étoiles, « C’est une très belle nuit.. », dit-il dans un souffle avant de poser ses prunelles sur la jolie brune. Leurs regards se croisèrent et alors, Tomas ne sut comment mais ses lèvres fondirent sur celles de Sora. Un baiser langoureux, passionné et brûlant. Ses mains agrippèrent ses joues alors qu’il la gardait contre lui, précieusement. Un baiser où toute sa frustration s’épanouissait. Il l’embrassait avec la même ardeur que le jour de l’escalier. Son corps venait même plaquer le sien contre un arbre les dissimulant alors des regards indiscrets. Leurs mains se laissaient guider par le désir de toucher l’autre. D’ailleurs, les siennes faisaient le contour sensuels des courbes de la brune. Il la revoyait nue en pensée et diable ce que cela l’excitait.

    Mais alors qu’il reprenait son souffle, il s’interrompit rapidement et s’écarta comme s’il s’était brûlé, « Pardonne-moi.. Pardonne-moi.. Je.. Je n’aurais pas du. Sora, écoute je.. Je ne peux pas.. Je ne peux pas te faire ça.. Je ne suis pas.. ». Ses yeux exprimaient une peine certaine et une frustration indécente, « Tu es ma femme Sora mais je ne peux pas te donner ce qu’un époux doit donner. »

    De la colère envers lui-même, voilà ce qu’il avait. Comment lui expliquer qu’il avait été maudit ? Qu’à cause de lui sa mère était morte en le mettant au monde, que Anna avait perdu la vie en lui donnant un fils ? Toutes les femmes qu’il avait aimé avaient disparues par sa faute et qu’il craignait de s’ouvrir à elle de peur de la perdre. Il avait juré à ses parents de prendre soin d’elle. Sans doute le prendrait-elle pour un lâche et il ne pouvait affronter son regard alors il préféra s’enfuir.

    Il ne rentra pas de la nuit préférant les pubs horrifiques du bourg où il pu boire avec déraison. Tellement boire qu’au petit matin il se réveilla avec la gueule de bois. Une gueule de bois terrible, un lit qu’il ne reconnaissait pas et une femme près de lui. En se retournant, il vit que c’était Bea. C’était nul, stupide et d’une facilité pitoyable.

    Pestant envers lui-même, il se sentit sale. Nul et sale. La blonde dormait paisiblement et il décida de s’enfuir. Mais au moment où il passait la porte, il eut la désagréable surprise de voir son épouse sortant de la bibliothèque en compagnie de Gurney qui portait une pile de livres. Pris stupidement la main dans le sac à moitié nu et ne laissant aucune imagination à ce qu’il avait bien pu faire la veille, il vit dans le regard de Sora l’être abjecte qu’il était.

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    C.

    Au delà de se sentir profondément minable, Tomas s’inquiétait pour l’état de santé de son épouse. Sora avait été prise par une fièvre féroce après ces cinq jours d’isolement. Spencer culpabilisait beaucoup, persuadé d’avoir blessé la reine mais Tomas le rassurait car il avait pleinement conscience de qui était le véritable responsable : lui-même. Il veilla sur la jeune femme lors de son sommeil profond, épongeant son front ou même en priant pour elle. Il n’avait jamais été un homme religieux mais il lui semblait important, dans un tel moment, de parler à une force supérieure. Il avait besoin d’aide et surtout d’elle.

    Il sentait, il voyait qu’elle souffrait et cela l’inquiétait. Alors il lui parlait, essayant de la rassurer. Peut-être que sa présence n’était pas souhaité mais Gurney lui assura qu’il était nécessaire de rester près d’elle. Malgré la colère, elle avait besoin de soutien.

    C’est alors qu’un matin elle se réveilla violemment de son sommeil. Aussitôt il sauta sur ses pieds et vint à son chevet. Ses yeux étaient écarquillés, sa mine blême. La semaine écoulée l’avait bien affaiblie mais ses mots étaient clairs et cohérent, « Sora tu dois te reposer.. Sora calme toi s’il te plaît.. Oui, oui.. D’accord, je.. Je vais envoyer quelqu’un.. », mais elle insistait pour que ce soit lui qui y aille et elle insistait sur une broche. Fort heureusement, Gurney surgissait après avoir entendu les cris. Tomas lui confia donc la reine et se rendit en vitesse dans la fameuse chambre.

    Bea n’était pas là. Elle était dans la cour avec les dames de compagnie que Sora n’avait jamais voulu. Depuis plusieurs jours cette dernière jubilait d’avoir été honorée par le Roi. Beaucoup étaient persuadés que la Reine avait perdu la tête et allait mourir, confirmant la rumeur de malédiction qui sommeillait autour de ce dernier. Pendant ce temps, Tomas fit un rapide tour de la chambre sans rien voir de suspect. Il allait remonter jusqu’à la reine mais se souvint qu’elle avait demandé à ce qu’il fouille sous le lit. Il déplaça le meuble et vint donc ensuite taper les lattes. Elles semblaient toutes normales jusqu’à ce que l’une d’elle sonne creux. Il réussit à la soulever et il récupéra alors un carnet et une petite boite qui contenait des herbes et une broche.

    La broche n’était pas celle de n’importe qui et le fit aussitôt blêmir. Il reconnaissait parfaitement le bijou puisqu’il l’avait offert à Anna pour leurs noces. C’était lui qui l’avait fait pour elle, elle le portait sans cesse sur elle. Il n’avait pas repensé à ce bijou depuis des années et ce fut un véritable choc que de le voir là, dissimulé dans ce petit écrin alors qu’il devrait être sur Anna. Au départ, il pensait juste que Bea s’était servie sur la dépouille de son épouse mais en lisant le carnet, il comprit l’être vicieux et pernicieux qu’elle était.

    Serrant sa main autour du bijou et après lecture du petit carnet, il se rendit directement dans la Cour. Elle paradait telle la reine des lieux et en voyant le Roi surgir vint à ses pieds pour minauder. Mais Tomas n’avait que de la haine sur le visage. Suivi de près par sa garde, il ordonna qu’on enferme la jeune femme dans sa chambre, « Par égard pour ton père qui a toujours été un fidèle soutien j’épargne ta vie. Mais demain tu partiras en direction des îles de Skye. Foule encore une fois mes terres et c’est la mort que tu trouveras ». Les ragots allaient bon train, personne ne comprenait ce soudain revirement de situation. Bea hurlait dans la cour, disant que tout était de la faute de Sora mais Tomas la fit taire rapidement en lui montrant le carnet. Elle hurlait, persistait qu’elle n’avait rien fait. Mais les preuves étaient tangibles. La Cour observait fascinée ce mini procès qui se déroulaient sous leurs yeux, « Tu as assassiné ma femme Bea ! Mon fils ! Tu pensais réellement que j’aurais pu t’épouser ? Pauvre folle démoniaque. Je préférerais vivre mille tourments plutôt que de reposer mes yeux sur toi. »

    Tout le château pouvait entendre les cris de rage de la blonde qui se débattait comme une furie. Elle persistait à hurler qu’elle était innocente mais Tomas ne cédait pas et la fit envoyer dans ses appartements, « A la prochaine marée tu partiras. Tu es bannie de mes terres Beathag. »

    Et en effet, au petit matin il attendit dans la cour que ses hommes la descendent de sa chambre. Seulement la jeune femme refusait de sortir. Tomas, accompagné de Spencer, alla donc la chercher. Elle était nue, hystérique et refusait de quitter le château. Personne n’était venu la voir, ou lui apporter une aide quelconque. En ville, tout le monde l’ignorait ou l’insulter. Anna n’avait pas été Reine longtemps mais elle avait toujours été appréciée pour sa douceur et sa générosité, tout le monde avait été affecté par sa mort. Aussi, quand la rumeur circula qu’elle avait été assassinée par Bea, la haine du peuple envers la jeune femme les poussa à l’insulter. Tomas ne disait rien. Son objectif était de purger sa terre de cette femme vicieuse.

    Spencer avait pour ordre de la renvoyer chez elle avec un pli rédigé par Tomas pour expliquer au seigneur et père pourquoi sa fille était bannie. Plus le bateau s’éloignait et plus il se sentait de nouveau respirer, comme si le venin de ce serpent le quittait enfin. Mais alors qu’il reprenait son souffle, il se souvint de Sora qu’il avait blessé. Sora qu’il n’avait pas eu le courage de retrouver. Il avait passé sa nuit à s’occuper du voyage pour bannir Bea, mais c’était surtout une excuse pour dissimuler la honte qui l’envahissait depuis cette fameuse nuit. Tomas n’avait jamais eu à se justifier devant Anna et voilà qu’il devait le faire devant cette femme-enfant qui le troublait. Une nouvelle femme qu’il avait presque perdu à cause de ses oeillères.

    Au lieu de rentrer tout de suite au château et reprendre ses activités, il se rendit au petit cimetière dans le jardin. Accompagné de ses hommes, il creusa au niveau de la tombe de Anna et déposa sur son cercueil la fameuse broche. Puis, ils refermèrent le trou et Tomas resta seul un moment, « Je suis tellement désolé Anna de n’avoir rien vu.. De ne pas t’avoir protégé avec le bébé. Je t’avais bien dit que j’étais maudit.. J’espère que ton âme est en paix. Tu me manques. Tu dois bien te moquer de moi tout là-haut en voyant Sora.. Elle est belle, jeune et impétueuse. Je suis persuadé que vous vous seriez bien entendue toutes les deux pour me rendre chèvre. Elle est forte.. Comme toi, mais je fais les choses très mal. ».

    Il resta un moment assis à prier et à lui parler, il n’avait jusqu’alors jamais pris le temps de le faire. Sans le savoir, du haut de sa fenêtre, Sora pouvait très bien le voir. Gurney s’approchait de la jeune femme, lui tendant une tisane et lui raconta les dernières nouvelles et notamment le bannissement de Bea, « Tomas n’est pas un homme cruel.. Il exècre la bataille, la mort inutile et il sait que le père de Beathag est un homme bien qui saura corriger sa fille. », il devait sentir le manque de sang chez la viking et voulut alors la rassurer, « Tomas vous protégera toujours. Il est un homme.. idiot parfois, mais c’est un homme qui vous a en haute affection et estime. Il.. Vous savez, il a été élevé toute sa vie avec l’idée qu’il ne mérite pas qu’on l’aime et qu’on croit en lui. Il apprend avec vous aujourd’hui ce que c’est que d’aimer sur un pied d’égalité. »

    Le vieil homme avait quelque chose de très philosophique. Il avait toujours des mots très clairvoyant. Une fois qu’il fut certain que la reine dormait profondément, il sortit Louve qui l’appréciait aussi. Elle devait sentir qu’il prenait soin de sa maîtresse et qu’il était foncièrement bon. En apercevant le Roi au détour du couloir, la louve vint vers lui et le salua en se frottant à lui. Tomas caressait son pelage et demanda des nouvelles de Sora. Gurney lui conseilla d’attendre avant de la voir, qu’elle était encore fragile et qu’il devait être patient. Mais ce n’était pas une qualité qui résonnait chez Tomas. Aussi, quand il rejoignit sa chambre, il récupéra tout son travail et l’emmena dans la chambre de la Reine. Il veillait sur elle tout en se remettant au travail. Dans la nuit, il l’entendit murmurer dans son sommeil et vint lâcher ses papiers pour se rapprocher d’elle.

    Sa main dans la sienne, il lui murmura de ne pas s’inquiéter, il était là et il ne bougeait pas. Soudain, il la vit ouvrir les yeux et lui offrit un sourire rassurant, « Tu es en sécurité.. Tout ira bien désormais je te le promet », murmurait-il d’une voix douce. Mais il voyait bien le regard noir et suspicieux de la jeune femme, aussi, il sut que le moment était venu de s’excuser, « Je suis sincèrement désolé Sora. Tu es ma reine et je t’ai déshonoré de la plus horrible des manières. Je n’ai aucune excuse et j’espère que tu trouveras dans ton coeur la force de me pardonner.. Je.. Je me sens minable. Je sais que toutes les excuses du monde ne suffiront jamais à effacer ce qui a été et.. et Sora je tiens énormément à toi. Je crois que ce soir là, c’est quelque chose qui m’a fait peur. Terriblement peur. Tu n’es pas sans savoir que toutes les femmes qui m’approchent meurs alors.. alors j’ai voulu te fuir parce.. parce que c’est tellement plus simple de fuir.

    Il inspirait profondément, laissant ses doigts s’entrelacer aux siens. Louve venait au bord et observait avec méfiance, pour être certaine de protéger correctement sa maîtresse.

    « Je sais que l’acclimatation ici n’est pas des plus faciles mais.. mais tu fais des merveilles ici Sora. Le peuple t’aime et tu as su t’inclure, t’investir. Je suis heureux que tu sois ici. Je vais partir quelques jours pour rendre visite à un oncle près de la frontière. J’ai des choses à voir avec lui. Prend le temps nécessaire et.. et si vraiment tu veux partir alors j’organiserais ton retour chez toi, auprès de ta famille. »

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    C.

    Sora est une boule d’énergie. Tomas avait abandonné toutes ses activités de la journée pour la passer uniquement avec son épouse. Il lui semblait qu’il était important qu’ils passent ce temps ensemble, surtout après les derniers évènements. Son énergie était si communicative que le château en entier semblait transformé. Tomas aimait voir cette évolution. Son épouse lui donnait l’impression que la vie au château pourrait être plus douce, plus agréable. Le souvenir de Beathag et de la découverte de l’assassinat de Anna semblaient être très lointain. Pour le moment il ne pensait qu’au vent frais et enivrant qu’était son épouse.

    Mais alors qu’ils devaient se rendre à la plage pour continuer leur agréable journée, ils se rendirent à la demande de la jeune femme à la prison. Gurney surveillait leur arrières. Alors qu’ils arrivaient, Tomas les laissa entrer dans le couloir des cellules qui se trouvaient dans une ancienne grotte sombre et humide. Pendant que Gurney et Sora s’occupaient de l’écuyer, le roi parlait avec ses hommes qui gardaient les cellules. Ses hommes avaient quelques réclamations auxquelles Tomas comptait bien répondre mais alors qu’ils étaient en grande discussion, Gurney vint l’interpeller. Inquiet pour la sécurité de son épouse.

    En entrant dans la prison, il vit Sora agrippée aux barreau de l’une des cellules qui contenait un homme enfermé depuis un moment. Le regard implorant de son épouse le surprenait, d’autant plus qu’il reconnaissait le fameux guerrier. C’était lui-même qui l’avait arrêté plusieurs mois plus tôt car il avait pillé, incendié, violé et tué beaucoup de ses hommes.

    « Sora.. Eloigne toi de ces barreaux », ordonnait-il d’une voix grondante à la jeune femme mais elle persistait à lui affirmer l’importance de le laisser sortir. Tomas connaissait la bonté de la jeune et se fiait à son jugement d’ordinaire. Seulement, Tomas était persuadé que cet homme face à eux était un danger. Il lui expliqua alors les griefs étaient contre lui et elle les entendaient, mais pour autant, elle réclamait qu’on le relâcha. Prenant son poignet avec douceur, il l’entraina un peu plus loin et lui dit, « Sora.. Je ne peux pas le relâcher, pas après ce qu’il a fait. Tu dois comprendre que ce ne serait pas juste et cela ferait de nouveau un couple qui favorisent les amis. Les crimes ne peuvent être impunis. »

    Mais ses yeux pressant réussirent presque à le faire flancher, soupirant longuement, il lui promit un rapide procès juste et équitable, « En attendant je ferais venir des soldats pour soigner et nourrir les hommes de ces cellule, je te le promet ». Cela semblait lui tenir à coeur. Un bras autour de ses hanches il la força quelque peu à sortir de la grotte pour reprendre la balade. Mais Sora avait perdu de sa douceur, de sa légèreté. Elle semblait si sérieuse, si lointaine et.. et perdue.

    Rien ne semblait altérer son humeur. Sora était ailleurs, dans ses pensées et même les remerciements du peuple pour toutes ces miches de pain ne suffisaient pas. Quand le moment de se coucher arriva, il allait la rejoindre dans sa chambre mais il trouva porte close. D’abord surpris, il voulut toquer pour s’assurer qu’elle allait bien et alors il entendit des sanglots. Est-ce que cet homme dans la prison était un ancien amant ? Est-ce que Sora aimait cet homme qu’elle poussait mort ?

    Tomas tourna en rond toute la nuit. Il ne savait pas ce qu’il devait faire d’autant plus que cet homme n’était en rien quelqu’un de bien, à qui il confierait Sora. Alors, dans la nuit, il se rendit à la prison et s’installa devant la cellule du prisonnier, « Qui es-tu et que fais-tu sur mes terres ? », demandait le roi. Le prisonnier ricana, visiblement satisfait de la présence du roi, comprenant alors que la persuasion de Sora avait fonctionné. Il se présenta donc et Tomas écouta avec attention les mots du viking qui savait parler. Son art de l’élocution n’échappait pas à Tomas mais lui faisait comprendre pourquoi la naïveté et la douceur de Sora avait pu succomber. Utrecht était un manipulateur fin et astucieux. Mais Tomas ne pouvait ouvrir les yeux de Sora en lui expliquant son ressenti. Comment le pourrait-il ? Il n’était rien si ce n’est l’époux forcé de Sora.

    « Très bien.. Si vous dites qu’il y a eu mégarde je vais en référer au juge. Nous viendrons vous chercher demain. Je vais vous faire préparer vos appartements. La Reine sera heureuse de vous retrouver sous peu », expliquait Tomas alors que soudainement le viking se jetait sur les barreaux abasourdi, « La Reine ?? Sora est devenue la Reine ?? ». Tomas s’étonnait de l’inquiétude du viking mais ne se laissa pas avoir et répondit actuellement, « En effet, nous sommes mariés depuis presque quatre mois. Et je vous prierai de vous adresser à elle par son titre désormais ».

    Sans le savoir, Tomas avait déclenché un vague de haine chez Utrecht. Lui qui avait tant et tant conspiré pour s’approprier Sora, il apprenait qu’elle appartenait à un autre homme.Fou de rage, il se débattait comme un diable contre ses chaînes réussissant même à se blesser par la même occasion. Mais ça.. cela faisait partie de son plan. A son retour du château, Tomas trouva finalement le courage de toquer à la porte de Sora. Il attendit un moment avant qu’elle finisse par lui ouvrir, « Sora, bonsoir.. Je suis navré de te déranger à une heure si tardive mais je voulais te prévenir que demain dès la première heure mes hommes iront chercher ton ami. J’ai déjà donné des ordres pour qu’on lui attribue une chambre au château. Quand il sera suffisamment en forme, il pourra rentrer chez lui. Voilà, passe une belle nuit ».

    Il ne pouvait pas reprocher à la jeune femme d’avoir des sentiments pour un autre, bien plus jeune. Le désir de lui ajouter qu’elle pourrait partir avec lui vint mais il n’avait aucune envie de la voir s’enfuir. C’est alors que la culpabilité d’avoir épousé de force cette femme aussi jeune, qui n’avait rien demandé, lui redonnait l’impression d’être un monstre. Tous les efforts qu’ils avaient faits l’un envers l’autre semblaient les distancier. Il ne restait actuellement que cette différence d’âge et l’amour que portait Sora pour cet homme, il le voyait dans son regard. Dans un mouvement singulier, il fit la révérence adéquate et retourna dans sa chambre pour travailler.

    Le sommeil ne vint pas de la nuit, il valait mieux car il avait beaucoup de travail. A l’aube, il vit ses hommes ramener le prisonnier qui était alors conduit dans la chambre qu’on lui avait attribué. Utrecht aimait cette vie de palais, riche et pleine d’avantages. Alors qu’il prenait son bain après avoir été rasé et peigné, il se laissait frotter par les servantes gênées. Il ne leur avait pas laissé le choix et ne faisait que des commentaires graveleux. Lorsque Sora surgit enfin, il lui offrit son sourire habituel, celui qui éblouissait la brune, « Dégagez vous.. La reine va s’en charger ». Sous le regard médusé des suivantes en voyant le ton qu’employait le viking, elles quittèrent la pièce les laissant alors seuls, « Tu disais que tu m’attendrais Sora. Je dois avouer que je suis vexé. D’ailleurs, ton mari n’était pas content en venant me voir hier soir et que je lui ai dis que nous étions liés. Regarde ce qu’il m’a fait », dit-il en montrant les ecchymoses sur son corps qu’il s’était infligé à lui-même, « Approche petit oiseau, viens me laver.. J’ai déjà un plan pour te sauver de ce monstre ».

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    C.

    Eteignez cet incendie qui me brûle l’âme

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    C.

    Jamais encore Tomas n’avait ressentit les affres de la jalousie. Mais en entendant les aveux de son épouse, il sentit une boule de colère et de frustration l’envahir. Ses bras encerclent fermement le corps tétanisé de la jeune femme contre lui. Il déposait un tendre baiser sur le sommet de son crâne réfléchissant à ce qu’elle venait de lui avouer. Devait-il se laisser embraser par les sentiments naissants qu’il avait pour Sora ou est-ce qu’il devait écouter son bon sens. Mais ce bon sens était aveuglé par une jalousie mauvaise. Il voulait Sora pour lui seul. La voir partir avec un autre lui déclenchait une violente envie de trucider tout autour de lui. Elle avait amené un tel souffle de joie, de bonheur et de liberté qu’il ne voulait égoïstement pas voir disparaître.

    Gurney avait réussit à faire battre en retraite Utrecht. De la chambre de Sora, on ne l’entendait plus. Tomas pouvait voir l’ombre du vieil homme sous la porte ce qui lui confirmait qu’il resterait présent toute la nuit pour surveiller la porte de la reine. Mais ce n’était pas suffisant, « Viens dormir avec moi », ordonnait-il d’une voix douce à la reine. Prenant sa main dans la sienne, il la conduisit dans sa chambre où Utrecht n’oserait jamais entrer. Personne ne savait pour le passage secret. Une fois dans la chambre, il fit un rapide brin de toilettes et vint se mettre dans le lit près de la jeune femme. Son bras l’enlaçait et d’une voix basse lui demanda de lui raconter toute l’histoire.

    Elle dormait profondément, sans doute apaisée de s’être déchargée de ce fardeau qu’était cette relation. Il était clair que pour Tomas il ne s’agissait pas d’amour. Sora était complètement envoûtée par cet homme, du moins, c’était ce qu’il se disait comme pour essayer d’atténuer une potentielle vérité. Et en même temps, il voyait mal Leif Erikson donner sa fille à un parvenu comme cet homme. Il veillait sur elle, caressant ses cheveux pendant qu’elle dormait. Ses doigts caressait sa nuque, sa longue chevelure brune. Il ne voulait pas s’attacher et voilà qu’il se refusait à envisager de la rendre à son ancien fiancé.

    Au petit matin, il se rhabillait alors qu’elle se réveillait, « Bonjour ma reine.. Tu as bien dormi ? », demandait-il avec un léger sourire avant de s’asseoir sur le bord du lit, « Écoute, j’ai bien réfléchi cette nuit et je vais avoir un entretien avec Utrecht. Ton bonheur a toujours été ma seule priorité, c’est ce que je t’ai toujours promis Sora et je tiendrais ma promesse ». Il finit par se lever et déposer un tendre baiser sur son front avant de quitter la chambre. Louve entrait directement et venait retrouver sa maîtresse dans le lit pour s’assurer qu’elle allait bien.

    Avant de retourner à son bureau, Tomas s’attarda auprès de Gurney qui dormait les yeux ouvert. « Fais en sorte que Sora se trouve loin de mon bureau dans une heure.. Je ne veux pas qu’elle entende la conversation que je vais avoir », le vieil homme acquiesçait en silence avant de maintenir le bras de ce dernier et de murmurer, « Cette nuit il s’en est pris à des domestiques, nos hommes l’ont arrêté avant de s’en prendre à des jeunes filles.. Cet homme est le démon Tomas ». Cela ne faisait que confirmer ce qu’il craignait, il acquiesça à son tour en silence et fit promettre au vieil homme de ne rien dire à Sora. Il en fit la promesse puis se rendit dans la chambre de son maître pour assurer la sécurité de la Reine

    Comme convenu, Tomas attendait Utrecht dans son bureau. Il le reçut avec une extrême défiance. Plus cet homme évoluait chez lui, plus il l’exécrait. Il était accompagné de deux gardes qui avaient menottés ses poignets. Assis devant Tomas, il ricanait d’un air mauvais, « Chez nous.. Les Vikings, ont accueil un invité avec des femmes. Sinon, on se sert. Je ne vois pas le mal ». Abjecte personnage pensait Tomas qui sortit de son tiroir deux pochons rempli d’or qu’il posait devant lui, « Je ne vous ai pas fait venir pour parler valeurs culturelles mais de l’avenir de la Reine. J’ai bien compris que vous étiez lié l’un à l’autre, elle me l’a avoué. »

    Utrecht jubilait de cette conversation et écoutait avec un certain intérêt même si ses yeux étaient rivés sur l’or qui perlait des besaces devant lui, « Leif m’a confié sa fille sans que je connaisse votre relation aussi aujourd’hui nous nous retrouvons devant un dilemme. Elle est ma reine et elle a fait de merveilles sur la construction de ce royaume et dans les projets politiques que j’ai. Aussi, voilà ce que je vous propose.. Je vous donnerais deux autres sacs d’or et vous quitterez mes terres. Jamais vous ne reviendrez et vous laissez Sora en paix. »

    Le viking ricanait en se levant. Ses mains toujours enchainées ne l’empêchait pas de regarder le contenu des besaces qui le faisait rosir de plaisir. De l’or, beaucoup d’or devant ses yeux, plus qu’il en avait vu jusqu’à présent. « Mais puisque vous êtes liés l’un à l’autre je doute que ce marché mercantile te convienne et je le comprendrais. Après tout.. L’amour n’a pas de prix », demandait Tomas qui l’observait avec attention. Utrecht haussait les épaules et ricanait encore plus mauvais que jamais et laissait les pièces d’or glisser de ses doigts, « Sauf que je ne suis pas un chevalier au coeur tout mielleux. Ce sont des contes pour les bonnes femmes ça et Sora le sait aussi bien que moi ».

    Utrecht décida de prendre l’homme sans aucune hésitation. Les tourments de Tomas se confirmait mais il n’en ressentait pas de victoire. Non, il avait mal pour Sora. Cet homme n’avait décidément aucun sentiment pour la jeune femme et il redoutait de lui annoncer, « Elle vous aime vous savez.. Elle est vraiment bouleversée par votre retour et elle culpabilise », Utrecht comptait les pièces et levait les yeux au ciel en riant toujours beaucoup trop satisfait de se savoir si soudainement riche, « Elle s’en remettra.. C’était un jeu quand on était gamin rien de plus mais je dois reconnaitre que ses petits halètements d’excitation me manqueront, vous savez quand on touche ses petites fesses là et qu’on la plaque contre le mur ».

    Plus il parlait, plus la colère de Tomas se ressentait. Sans pouvoir se retenir, il asséna à Utrecht d’un violent coup de poing qui le renversa en arrière sur le sol. Sonné et surpris, le viking essayait de se relever mais le Roi était déjà debout et le frappa une nouvelle fois sans ménagement avant d’approcher son visage furieux contre le sien, « Je vais te renvoyer auprès de ton roi en lui comptant tes exploits. Je suis certain qu’il sera ravi de te revoir avec mon bon souvenir ». Tomas appelait les gardes alors que Utrecht hurlait de fureur à son tour. Il comprenait qu’il était tombé dans un piège et il se débattait comme il le pouvait mais Tomas avait prit sa décision. Il ne lui rendrait pas sa liberté, ce sera à Leif de choisir son sort.

    Il prit le temps de rédiger un pli bien précis sur les derniers évènements et une fois terminé, se rendit dans les jardins où il savait qu’il trouverait Sora. En la voyant, toujours aussi soucieuse et en pleine crise de culpabilité, il s’approcha d’elle. S’asseyant à ses côtés, il releva la mèche de cheveux qui barrait son visage et la plaça derrière son oreille, « Sora.. Je dois renvoyer Utrecht auprès de ton père. Cette nuit il a été surpris en train de s’en prendre à des jeunes femmes et je ne peux tolérer une telle conduite. Je.. Je sais que tu l’aimes, et c’est pour ça que je l’épargne, même si je pense qu’avec le temps tu te rendras compte qu’il n’est pas fait pour toi, c’est quand même à toi de décider de ta vie. Son bateau part dans quelques heures et tu peux le suivre. Gurney conduit l’expédition, tu seras en sécurité. Ton père décidera de la punition concernant Utrecht car je ne suis pas neutre dans cette histoire.. »

    Sa main prenait la sienne, leurs doigts s’entrelaçant. Il jouait à faire tourner l’alliance de Sora autour de son index avec son air pensif, « Je ne veux pas que ce que je vais dire puisse influencer ta décision mais je veux que tu puisses avoir toutes les cartes de dévoilées Sora.. Je sais que je suis un bourru de travail et que ma compagnie n’est pas des plus agréables et que je t’ai blessé mais.. mais je suis vraiment heureux que tu sois mon épouse. Je crois même que.. que cela faisait très longtemps que je n’avais pas été aussi heureux auprès de quelqu’un. Et je tiens tellement à toi que j’aimerai que tu ressentes cette envie aussi, de rester auprès de moi qu’on puisse continuer à apprendre à se connaître. J’ai envie de plus alors que j’avais peur d’ouvrir mon coeur. J’ai une profonde admiration et un profond respect pour la reine et la personne que tu es.. Je.. »

    Un tendre sourire s’affichait sur ses lèvres alors que ses prunelles d’un bleu tendre et brillant plongeait dans les siennes, « Je serai ton éternel serviteur Sora et peu importe la décision que tu prendras, tu seras toujours ma tempête.. ». Il finit par regarder au loin, riant quelque peu, gêné, « Ce fut une belle parenthèse que de t’avoir dans ma vie Sora et je te remercie de ce moment si ensoleillé ».

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    C.

    Sora était si gaie, si joviale. Tomas ne se remettait pas de la violence avec laquelle elle s’était débarrassée de son ex-amant. Gurney avait envoyé une délégation pour ramener le corps du défunt avec la lettre de Tomas. Aussi, Leif serait malgré tout la vérité sur le fieffé qui circulait alors sur ses terres. Ils étaient à table, juste l’un avec l’autre et il appréciait cette proximité. Le baiser qu’ils avaient échangés, fiévreusement, lui montait encore à la tête. Sora était une boule d’énergie qu’il n’arrivait pas toujours à suivre et dont les humeurs changeante l’impressionnait. Il n’osait pas parler de son acte, ses hommes la jugeaient barbare et hystérique. Gurney y voyait une forme de courage. Quant à Tomas, il était encore stupéfait de l’hardiesse de son épouse.

    Très vite il fut sortit de sa rêverie par les multiples questions qu’elles posaient. Il lui racontait alors qu’il avait voyagé en Méditerranée, traversé l’Egype et était jusqu’en Inde où il y avait des chevaux géant avec d’immenses lances que les indiens appelé éléphant. Elle semblait perplexe sur son histoire ce qui les faisaient rire l’un et l’autre. « J’ai rencontré ton père lors d’un raid. J’avais perdu beaucoup d’hommes et ton père aussi, j’ai donc proposé un duel à deux.. Ton père a une lame puissante et très vive. J’étais presque à deux doigts de me faire embrocher par son épée gigantesque quand j’ai réussi à m’extirper de justesse.. Tu vois la cicatrice sous ma joue, et bien c’est lui. », il riait, ne gardant aucune rancoeur sur cette blessure, « Au moment où il allait me frapper mortellement il a glissé dans la boue et est tombé dans la boue aux cochons. »

    Visiblement, ce n’était pas la version de Leif auprès de son peuple et cela amusa encore plus Tomas qui promit de garder le secret pour Sora et l’honneur valeureux de Leif, « Tout le monde riait, ton père et moi y comprit. Alors je lui ai tendu la main, spontanément, comme si je savais que ce combat était vain et qu’il devait cesser. De toute manière, j’étais si épuisé qu’il aurait pu m’assassiner quoi que je fasse. Je lui ai dis que je préférais avoir des amis et que la boue rapprochait bien souvent les rageux comme nous. Il semblait si sérieux, si froid, si barbare.. Mais pourtant, il se mit à rire et serra ma main dans la sienne. En ton père j’ai reconnu de la force mais aussi beaucoup d’empathie.. j’ai.. tu vas me prendre pour un fou mais.. mais je me suis reconnu en lui, j’ai eu instinctivement confiance en lui. Comme si quelque chose de plus se dissimulait et allait merveilleusement se passer. »

    La suite était connue de tous, Leif accompagna Tomas sur ses terres qui lui présenta aussi les terres du nord, celles qui appartiennent à Sora et à son peuple. « Personne ne les veut en Anglicie car elles sont considérées comme trop rugueuses et trop difficile d’accès. Alors je me suis dis que cela pourrait être un bon compromis. La terre c’est l’assurance de la vie, de la nourriture, d’une population, des échanges. J’ai toujours beaucoup aimé ces terres désolées.. On peut en voir un bout de ta fenêtre de chambre, sur le petit balcon, tu l’avais remarqué ? »

    Il lui parla encore et encore de ces fameuses terres et des nombreux voyages qu’il avait fait plus jeune avant d’être mis sur le trône de son père, « La paix est très fragile mais je me battrais toujours pour la préserver. Entrer en guerre ne ferait que nous amener à la ruine.. Je me refuse à guerroyer pour le plaisir. Tuer un homme est bien trop.. c’est.. »

    Gurney avait raison quand il évoquait la culpabilité que ressentait Tomas quand il s’agissait de tuer. Il l’avait évoqué auprès de Sora quand il avait sauvé la vie de Bea après l’odieux scandale de sa maîtresse. Tomas souffrait de toutes ces vies qu’il avait enlevé. Il portait sur ses épaules le sentiment d’être un fléau qui donnait la mort. Le dîner c’était terminé, il proposa à Sora de l’accompagner pour une balade nocturne dans les jardins. Instinctivement, leurs doigts se frôlaient et se caressaient avec douceur. Il se sentait si apaisé à ses côtés mais il ne savait pas comment lui dire, « Et toi ? Tu n’as jamais pensé à voyager ? D’après ce que j’ai vu ce matin tu es une grande guerrière.. Pourquoi n’es-tu pas partie avec ta famille pour des raids ? »

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    C.

    Le bain était enivrant. En même temps, avec cette divine créature devant lui, comment ne pas être subjugué ? Tomas faisait tout ce qu’il pouvait pour ne pas loucher sur la poitrine plantureuse de la belle brune, ni de ses lèvres pleine ou encore encore de ses yeux incendiaires. Se rendait-elle compte de la torture que c’était de la contempler sans oser la toucher. Il écoutait à peine ce qu’elle disait, prenant bien plus d’énergie à ne pas bander. Mais alors qu’il allait trouver un prétexte pour s’échapper du bain, voilà que Sora s’approcha de lui, quitte à se poster contre lui. Elle guidait sa main sur le creux de ses reins, leurs lèvres se frôlant. Elle le désirait. Elle voulait le séduire et elle y arrivait si bien qu’il en avait le souffle coupé. Jamais encore une femme ne l’avait à ce point chamboulé.

     » Mais je veux aussi vous aimer.. alors apprenez moi à vous aimer encore plus qu’avec des mots.. « 

    Bordel de merde.. Comment allait-il pouvoir résister à cela. Tomas ne cherchait pas à résister, pas ce soir. Sa bouche chaude et vorace prit en otage celles de Sora. Sa main possessive calée contre ses reins, l’entraina sur lui de sorte qu’elle s’installe à califourchon. Ils étaient blottis l’un contre l’autre, se donnant un baiser fougueux, torride, passionné et presque sauvage. Les mains de Tomas partaient du bas dos de la jeune femme, descendant ensuite sur ses fesses nues qu’il pressait alors qu’il sentait contre son buste ses seins rond et ferme se plaquer.

     » Tu m’as ensorcelé.. », murmurait-il entre deux baisers le temps de reprendre son souffle, « Dis moi quand tu veux que je m’arrête.. »

    Si l’une de ses mains agrippait sa fesse, l’autre remontait sur sa nuque pour attirer une fois encore son visage contre le sien. Sa bouche n’arrivait pas à se lasser de la sienne et il lui redonnait un baiser tout aussi brûlant. Mais cette fois-ci, leurs bassins se mirent à danser l’un contre l’autre. Tomas laissait quelques gémissements s’échapper d’entre ses lèvres, surtout en la sentant s’agripper ainsi à lui. Ils se désiraient l’un et l’autre, certes, mais c’était un feu qu’ils avaient contenus pendant de longs mois et qui semblait prêt à éclore. Son membre fièrement dressé entre les cuisses de la jeune femme ne laissait aucun doute quand à l’excitation du moment.

    Dans un mouvement rapide, il vint soulever la jeune femme et sortir du lit. Leurs lèvres ne se quittaient pas, comme si elles avaient besoin de l’une et de l’autre. Tomas vint déposer la jeune femme sur le lit en s’allongeant sur elle de tout son poids. Ses yeux la contemplait avec un regard brillant de désir. Sans doute n’avait-elle connu que la violence de Utrecht, Tomas pensa qu’elle n’était sans doute plus vierge, aussi, il chassa rapidement cette idée de son esprit pour se concentrer sur celle qui était son épouse. Qui avait décidé de l’être et de le rester.

    Alors, lentement, sa langue quitta celle de la jeune femme et lentement traça son chemin sur son cou, entre ses seins. Elle s’arrêta quelques secondes pour dessiner et rencontrer ses pointes fièrement dressées. Pendant ce temps, ses doigts venaient caresser l’entrecuisse brulante de la belle brune. Il souriait en la sentant si humide, « N’aie pas peur.. J’aime assez l’idée de t’entendre », murmurait-il en la voyant se contenir, « Il n’y a que nous deux.. Laisse ton corps s’exprimer.. ». Sa bouche reprenait ses délicieuses caresses sur sa poitrine, jouant sensuellement quand ses doigts avaient dévoilé avec douceur sa boule de plaisir sensible.

    Quand il la sentit se détendre suffisamment, il reprit le chemin de sa langue sur son ventre et enfin entre ses cuisses. Il plongea entre celles-ci et se mit à la dévorer avec plaisir. Ses mains avaient agrippés ses seins cette fois-ci, faisant rouler entre ses doigts ses pointes récemment mordillées. Il voulait lui faire découvrir les plaisir de l’amour. Le plaisir d’être son épouse.

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    C.

    Il reprenait lentement son souffle, les yeux clos, savourant le plaisir de ce moment. Mais plaisir en demi-teinte. Il ne voulait pas l’avouer à Sora, de peur de la blesser, mais il aurait aimé être plus en symbiose avec elle. Sans aucun doute, il faudrait un peu de temps avant de la voir assumer son désir, et c’était sans équivoque, un travail qui plaisait déjà à Tomas. Comme toujours lorsqu’elle est nerveuse, elle parle, elle parle. Cela fit naître un léger rire d’entre les lèvres du blond qui finit par se tourner vers elle, de sorte à contempler la divine déesse devant lui.

    Délicatement, sa main rugueuse essayait de se faire la plus douce possible alors qu’il caressait sa joue. Il riait en l’écoutant parler jusqu’à ce qu’elle dise les mots les plus surprenants qu’il pouvait entendre.

    Est-ce qu’elle était amoureuse de lui ?
    Avait-elle vraiment dit cela ? L’avait-il rêvé ? Elle souriait toujours, les joues encore rosies par l’effort. Tomas eut quelques secondes de réflexion, non pas qu’il n’éprouvait pas la même mais tout simplement parce qu’une fois encore, elle le désarçonnait par sa spontanéité. Se rapprochant d’elle, il posa son front contre le sien et laissa ses lèvres lui donner un baiser tendre, doux, léger.. Un baiser plein d’amour. Un amour qu’il ressentait mais qu’il ne savait pas exprimer. Il aurait voulu que ce baiser dure mais le souffle lui manqua. Et alors, pour rompre ce silence un peu gênant, il répliqua avec une moue amusée, « Si personne ne t’as entendu c’est que j’ai mal fait mon travail.. Alors il faut que je m’y remette de suite.. »

    En disant cela, ses doigts se remettaient à caresser les seins de la jeune femme, comme pour confirmer son intention de la caresser de nouveau. Sa bouche envieuse reprenait la sienne dans un baiser plus langoureux cette fois-ci, plus sensuel. La toucher était devenu un besoin, une sensation nécessaire. Il aimait déjà sentir le frissonnement de sa peau réagir quand il passait ses doigts. Il avait déjà remarqué où elle aimait être le plus caressé. Découvrir son épouse était une activité qu’il allait aimer faire, tous les jours.

    Pour qu’ils soient en communion, il lui montra comment lui aimait être caressé. Elle semblait si timide, si craintive qu’il lui montra ses zones érogènes et surtout comment fonctionnait son excitation. La laissant d’elle-même poser ses mains encore maladroite sur son corps, il gémit doucement en la suppliant de continuer, « N’aie pas peur Sora.. Ose.. Touche moi.. ». Elle apprenait vite si bien qu’il du l’arrêter pour ne pas venir de suite. Le souffle court, il riait devant la fougue de la jeune femme qui semblait en reste, « Tu apprends très vite leannan mais laisse moi encore te faire découvrir deux trois petites choses.. »

    Il la laissa s’allonger dos à lui. Délicatement, il s’imbriqua derrière elle et une fois qu’il l’eut stimulé suffisamment en caressant son entrecuisse, ses seins, mordillant son cou, il la pénétra de nouveau. Il la sentit moins crispée et cela accentua son excitation, « bouge.. bouge avec moi.. laisse toi.. laisse toi aller.. », gémissait-il contre ses lèvres alors que son bassin bougeait lentement. Il lui donnait un rythme sensuel pour commencer, laissant sa main sur sa boule tendue alors qu’il gémissait dans son cou. Il lui avait montré, à elle de se laisser aller. Grâce à cette position, il pouvait aisément la caresser, continuer de développer son excitation et donc son plaisir.

    « Hum.. Sora.. Continue oui… putain oui.. », gémissait-il alors qu’elle tournait son visage vers le sien pour un baiser langoureux, passionné. Il avait tellement envie d’elle et sans qu’il ne le prémédite, son corps se fit soudainement moins doux mais plus passionné. Ses doigts, ses lèvres se firent plus pressant, plus rapide alors que son bassin répondait à une ardeur, un désir plus sombre et plus sauvage qu’il tentait maladroitement de dissimuler pour ne pas la brusquer. Mais elle lui inspirait tant de désir qu’il ne pouvait s’empêcher de laisser la passion l’envahir. « Mon amour.. Ahhhh.. », gémissait-il plus fort contre ses lèvres, perdu dans ce plaisir qui était au delà de la simple baise. Il était avec elle, la bonne personne, celle qui l’aimait, qui l’inspirait et qui lui fit atteindre un orgasme encore plus éclatant puisqu’il était partagé et en symbiose.

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    C.

    La jeunesse, la fougue et le désir de Sora était un puissant aphrodisiaque. Sa curiosité était sans limite si bien que Tomas voulait l’aider à l’assouvir. Mais un murmure chez lui, soufflait malicieusement, qu’il ne risquait pas de s’en ennuyer de sitôt. Ils passèrent une nuit délicieuse si douce qu’au lendemain le réveil fut trop brutal. Il avait beau grogner, Gurney était beaucoup plus tenace que lui. Les douces cabrioles et l’insouciance devait cesser pour reprendre un masque plus sérieux.

    Qui exigeait sa présence ?

    Alors qu’ils arrivaient dans la salle de réception, qu’elle ne fut sa surprise en voyant son épouse hurler un prénom qu’il connaissait avant de se jeter dans les bras d’un colosse impressionnant. A ses côtés, une petite chose délicate l’accompagnait, un sourire bienveillant et joyeux sur les lèvres. Très vite il comprit qu’il avait à faire à la famille de Sora, son fameux frère, le guerrier Kisos Erikson. Il était encore plus impressionnant que les récits qui le découvraient. Tomas était impressionné mais il ne le montrait guère. C’était un truc d’homme ça.. Ne rien dévoiler. Mais Sora, elle, savait. Elle s’en amusait mais elle ne dévoilait pas les sentiments de son époux. Elle le savait très pudique.

    Après les présentations officielles et les regards noirs de sévérité de son beau-frère, ils se mirent à table. Tomas avait un faim de loup, surtout après cette nuit et dévora son repas. Les nouveaux époux s’observaient avec une lueur de secret inavouable dans le regard et se souriaient sans discrétion, incapable de se cacher. Cela semble amuser la femme de Kisos qui ne peut s’empêcher de le souligner. Cela fait rougir de plaisir Sora quand Kisos semble au contraire beaucoup plus suspicieux. Mais Tomas ne veut pas se laisser ombrager par la méfiance du colosse. Il préfère garder un oeil tendre sur son épouse qui resplendit.

    La communication entre les enfants Erikson était spontanée. Jamais encore Tomas n’avait vu une telle chose. Il était à la fois surpris et charmé de ces conversations vives et en même temps piquantes. Lui qui avait grandit seul, n’avait jamais connu la part sensible et enrichissante d’avoir une fratrie. Il avait pendant longtemps rêvé d’une famille avec qui partager de si délicieux moment mais sa malédiction lui retirait toutes les personnes qu’il aimait.

    Aussitôt, il repensa à Sora et à la veille. Il ne s’était retiré à aucun moment. Et maintenant il craignait que sa maladresse fasse arriver un malheur à la jeune femme en tombant enceinte.

    Perdu dans ses pensées, il en fut rapidement retiré par la question de Kisos qui posa un gros blanc à table. Kisos attendait une réponse honnête. Il avait le même regard perçant que son père, aussi, il savait reconnaître un mensonge. Charlie, souriait, confiante quand Sora n’osait pas lever les yeux vers lui, sans doute apeurée par la réponse de son époux. Un peu prit au piège, il doutait de la bonne réponse à avoir, surtout avec la nuit qu’ils avaient eu et ses pensées d’une potentielle grossesse. Alors, délicatement il prit la main de son épouse et la serra, « Veuillez me pardonner, je ne sais pas quelles sont les coutumes dans le grand Nord mais par chez nous parler d’amour est quelque chose d’intime et Sora sait que m’épancher n’est pas ma plus grande qualité.. », commençait-il à expliquer avant de finalement se tourner vers la jolie brune, « Mais en attendant, il me serait impossible de concevoir une journée sans avoir pu contempler son sourire qui ensoleille mon coeur ».

    Cette phase poétique de Tomas était très intime. Jamais encore il n’avait eu de tels mots d’amour. Il en était tout embarrassé surtout devant un tel public. Mais alors qu’il allait reprendre la conversation, Gurney surgit dans la salle de réception tonitruant. Après la révérence habituelle, il se pencha sur l’oreille de son maître et évoqua la présence de voleurs étrangers pillant un village voisin.

    « Mesdames, Monseigneur.. Veuillez me pardonner mais je dois vous quitter un moment. Des affaires m’appellent », alors qu’il se redressait vivement, il vint cependant se pencher sur le visage de Sora et lui donna un langoureux et tendre baiser sous l’oeil vif des invités. Il les ignora simplement et caressa la joue de son épouse en lui murmurant qu’il revenait le plus vite possible à elle. Une fois qu’il eut quitté la pièce, Charlie tapota dans ses mains toute heureuse, « C’est à la fois excitant et effrayant de les voir partir comme ça.. Avec leurs airs si sérieux et animal », expliquait-elle avec son petit grain de folie habituel, « Il est bien plus romantique que je le croyais. De ce que l’on dit partout dans en Europe il est froid et insensible. Alors que je le vois être un chaton tout adorable qui miaulerait presque devant toi. »

    Quand Tomas arriva au village, les bandits étaient déjà partis. Les gens n’avaient pas été violentés, seulement effrayés. Quelques objets de modeste valeurs avaient été volés et surtout de la nourriture. Tomas trouvait cela étrange. Habituellement les pillards ne laissaient aucun survivants. Là, les attaquants avaient non seulement laissé le village dans son état d’origine et ce dernier n’avait subi aucun pillage intensif. Les villageois étaient reconnaissants de voir leur Roi sur leurs terres, eux qui se jugeaient trop inférieurs. Tomas restait une bonne partie de la journée avec Gurney a surveiller les horizons et essayer de trouver la trace de ces fameux pillards. Mais les seules traces qu’ils trouvèrent les conduisirent vers l’océan. Ils avaient certainement fuit en bateau. Mais pourquoi tout ce chemin pour si peu de butin ?

    Tomas avait l’habitude des batailles. C’était un homme de guerre, de front mais il était bien souvent naïf. Il avait une certaine tendance à croire en l’honnêteté des gens. C’est pourquoi, lorsqu’il arriva au château il eu du mal à entendre ce qu’on lui confia lorsqu’il demanda où se trouvait la reine.

    « La Reine.. La Reine est partie Monseigneur.. Elle est partie avec son frère… », lui avait confié l’une des dames de compagnie de son épouse. Tomas n’en croyait rien, il avait même eu un rire en entendant ces mots. Gurney lui, restait statique, pétrifié par la nouvelle.

    « Tu.. Tu l’as vue partir avec le seigneur Erikson ? Vraiment ? Sur.. Sur un drakkar ? », demandait-il d’une voix bien trop calme pour que l’on puisse penser qu’il était serein. Gurney se mit à interroger la jeune femme qui pleurait sous la pression avant de finalement avouer qu’on l’avait payé pour emballer les affaires de la reine quand elle avait les yeux tourné, « Est-ce que tu sous-entends qu’elle n’était pas au courant ? ». La servante pleurait encore plus, expliquant qu’elle n’en savait pas plus et tendit les pièces d’or à Tomas qui préférait les ignorer. Il préféra monter jusqu’à sa chambre et la trouva dans le même état où ils l’avaient laissé le matin même. Sa louve aussi avait disparue.

    Tomas avait mal, très mal. Bien plus qu’il ne l’aurait cru. Bien plus qu’il n’aurait voulu l’admettre.

    Il n’avait pas mentit quand il avait dit qu’elle était son rayon de soleil. Mais attendait-elle plus de lui ? Bien sûr qu’il aurait pu faire plus. Il l’avait blessé avec Bea et il n’avait pas été un époux convenable. Pas assez puissant, pas assez fort, pas assez amoureux. Est-ce qu’elle n’avait pas apprécié la veille ? Cette nuit qu’il avait vécu comme une nuit d’amour. Il cherchait une lettre, quelque chose qui lui donnerait une piste sur ce départ. Mais rien, il ne trouvait rien. Pris d’un excès de colère, il renversa un guéridon près de la fenêtre et le renversa furieusement en poussant un cri de rage. C’est alors que Gurney surgit, sûrement avec des nouvelles.

    « Votre femme a été aperçue sur le drakkar de son frère. Visiblement ils se disputaient mais personne ne sait ce qu’ils se disaient. Visiblement ils parlaient dans une langue étrangère », Tomas respirait fort, agrippé à la fenêtre en essayant de faire le tri dans ses pensées quand le vieil homme derrière lui reprenait, « On ne peut pas exclure qu’il l’ai enlevé.. Peut-être que.. Avouez que Kisos était quelque peu renfrogné à son arrivée.. Sans doute a-t-il pensé à tort qu’elle était malheureuse ici. »

    Tomas ricanait l’air mauvais avant de se retourner vers Gurney, « A tort ? Regarde ce qu’elle a subit depuis son arrivée. Il n’est pas étonnant qu’elle ai fuit. » Le vieil homme soupirait, ayant mal en voyant son protégé se renfermer de nouveau sur lui-même et accablé par le chagrin. Il insista pour que Tomas lance une patrouille à sa recherche mais le blond doutait. Et si en effet Sora l’avait fuit ? Que trouverait-il sur le pont ? Elle, lui riant au nez ? Il préférerait encore se faire transpercer.

    Finalement, Gurney le persuada. De toute manière, il devait en avoir le coeur net. Pendant que l’équipage finissait de charger leur bateau, Tomas observa l’horizon. Cela faisait longtemps qu’il n’était partit à l’aventure et voilà qu’il allait parcourir le Nord pour retrouver son étrange épouse. Gurney l’accompagnait, comme toujours et Spencer s’occupait de la régence de Embra. Partir était dangereux, surtout avec les conflits politiques mais Tomas ne pourrait pas supporter de vivre avec un doute perpétuel. Le départ se fit en direction de Kattegat. D’après les premiers éclaireurs, le drakkar des Erikson qui avançait à toute vitesse se rendait sur les terres de leurs aïeux. Tomas était prêt à affronter la vérité ou même Kisos. Il était prêt dans les deux cas, son destin était Sora, il le savait, il le sentait. Au fond de lui, secrètement, sommeillait l’espoir que la vie allait naître de leur union. Qu’ils étaient liés l’un à l’autre d’une manière bien plus intense et inexplicable que celle d’un simple mariage mortel.

    Ils naviguaient depuis quelques jours, toujours en longeant la côte. Les drakkars viking avaient beaucoup plus de vitesse que les simples raffiots anglais. Tomas pestait en silence mais ruminait surtout sa colère qui allait vite se transformer en vengeance. Il avait des difficultés à l’admettre mais il aimait sincèrement Sora. Et maintenant qu’on lui avait enlevé la source de sa joie, il ne rêvait que de massacre. Lui autrefois pacifique, se voyait déjà prêt à faire surgir le sanguinaire en lui. Au bout d’un moment, pendant le voyage, ils croisèrent une petit barque qui contenait quelques hommes. Il fut aisé de les récupérer sur l’immense barque anglaise. Très vite, les hommes se vendirent d’eux mêmes en voyant le Roi. Ils avouèrent avoir été payé par le seigneur vikking pour faire une diversion. Ainsi donc, l’attaque avait été prémédité.

    Est-ce que Sora le savait ?

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    C.

    Ses hommes avaient poussé leurs capacités à leurs paroxysme. Aussi, Tomas atteignit plus rapidement que prévu la côte norvégienne et donc Kattegat avec un jour d’avance. Il était dans une fureur noire contre Kisos et en même temps se préparait à découvrir une Sora moqueuse. Il se préparait à tout sauf à recevoir sa tempête avec force. Les hommes de Leif étaient prêts à l’attaque, sans doute surpris de l’accostage d’un écossais sur leurs terres, mais Tomas était encore plus prêt à la bataille. Mais Sora surgissait, tel un éclair de soleil qu’il n’avait pas cru pouvoir espérer. Le baiser qu’ils échangèrent était passionné, puissant et intense. Il y déchargeait toute sa peur et sa colère mais il ressentait les mêmes émotions que la jeune femme ce qui ne faisait que l’interroger encore plus.

    Quand la brune eut reprit son souffle, elle lui expliqua la situation. Celle que Gurney avait évoqué auprès de son roi et dont il avait douté. Tomas n’eut pas le privilège de répondre à Kisos ou même encore Leif. Car à peine avait-il posé un pied sur le quai, que Kattegat se faisait attaquer.

    Après s’être assuré que Sora était suffisamment équipée, il rejoignit son armée et celle de Leif pour défendre les côtes norvégiennes. Tous ces danois subissaient avec une puissance herculéenne la rage de Tomas. Lui qui avait prévu de se battre contre son beau-frère, au risque de perdre la vie, se défoulait sans retenue sur les envahisseurs. Il était impressionné par la force de frappe des norrois qui avaient une manière bien à eux de se défendre. Il avait déjà entendu parler de la puissance bestiale des hommes de Leif Erikson, mais jamais encore il ne l’avait expérimenté. Il se félicitait d’avoir réussi à trouver un allié en ce peuple.

    Il savait Sora près de lui, surveillant ses arrières. Tomas n’était pas en reste de sa belle-famille et se défendait avec une force certaine. D’un seul coup d’été, il avait réussit à embrocher deux de ses ennemis qui fonçaient sur lui. Mais alors prit dans la tourmente de guerre, il ne vit pas Sora disparaître. C’est quand il entendit le son d’une trompe au loin annonçant le repli qu’il la vit être embarquée. Heureusement, Gurney le retint, lui rappelant qu’il n’était qu’humain et qu’il devait être stratégique.

    De retour en ville, il arriva dans le skali recouvert de sang et en sueur. Il était prêt à repartir d’office mais les mots censé de Matoaka l’obligèrent à se poser. Elle avait raison, il devait reprendre des forces et même si la tentation de s’enfuir pour retrouver sa bien aimée ne le quittait pas et qu’il avait une haine féroce contre Kisos, il ne pu se résoudre à affronter les danois seul, « J’accompagnerais Leif et Kisos », déclara-t-il en se relevant à la surprise générale et en posant son épée souillée, « Sora a besoin de toutes les personnes qui croient en elle. Même si je ne comprends toujours pas votre action Kisos en m’enlevant mon épouse, je veux au moins vous laisser le bénéfice du doute. Votre soeur vous aime et je n’irais pas vous heurter non pas que l’envie m’en démange. Votre pardon sera de m’aider à la retrouver et la ramener chez elle, en Ecosse, où son mari et son peuple l’aiment et l’attendent. Maintenant c’est à vous d’accepter comme un enfant ou continuer votre stupide enfantillage. Après m’avoir insulté chez moi et en venant me dérober mon épouse, vous me devez bien cela, n’est-ce-pas ? Et estimez vous heureux que je ne demande pas votre bannissement ou même un châtiment bien plus effroyable. »

    Sa voix était puissante et ferme. Jamais encore Tomas ne s’était permis de parler ainsi à un Erikson. Habituellement, il était toujours très courtois et très correct. Là, c’était le guerrier, l’homme bafoué qui parlait. Matoaka souriait en coin. Certes, elle était inquiète pour Sora et en colère pour Kisos, mais elle était rassurée de voir que Leif avait eu une entière raison en confiant leur fille à cet homme, « Pendant que les hommes préparent les bateaux, suivez-moi.. », dit-elle en l’accompagnant hors du skali. Elle le conduisit jusqu’au dispensaire pour nettoyer et soigner sa blessure au buste. Rien de grave, mais elle voulait un peu de solitude avec lui pour l’aider à se canaliser.

    « Les hommes Erikson sont des hommes d’action.. Ils réfléchissent après. Même si Leif est bien plus sage en vieillissant. Plus jeune, voyez-vous, pour me faire comprendre son affection, il s’était mis en tête qu’il fallait à tout prix me mettre en colère. Absurde n’est-ce-pas ? Il était persuadé qu’en m’enfermant et me kidnappant j’allais tomber amoureuse de lui », s’amusait-elle à raconter avant de finalement opiner de la tête, « Bon, je vous l’accorde ça à fonctionné mais voyez vous.. Kisos et Sora sont jumeaux. Ils ont une connexion particulière. Kisos ne pensait pas à mal contre vous. On a toujours voulu protéger Sora.. Notamment pour ses dons. »

    « Ses dons ? », répliquait Tomas qui ne comprenait pas de quoi parlait la reine, « Oui, Sora a un don pour la voyance. Nous lui avons conseillé de ne pas en parler mais elle voit des choses. Du passé, du présent, de l’avenir. Quand on est vraiment lié à quelqu’un, on peut ressentir sa force, son énergie. Sans doute, avec l’amour que vous avez pour elle et inversement, vous pourriez la retrouver ? ». Tomas doutait énormément d’avoir de telles capacités et se confia auprès de Matoaka qui souriait amusé. « Vous me laissez essayer ? »

    Venant s’installer devant lui, elle prit ses mains dans les siennes et lui conseilla de se concentrer. Elle récitait des incantations qu’il ne comprenait pas et alors qu’il pensait sincèrement s’ennuyait eut une vision profonde et surprenante. Soudain, il voyait Sora, dans une cabine de bateau, attachée. Il l’appela et son regard croisa le sien. Elle l’avait entendu mais il ne pouvait pas bouger, « Sora ! Je viens ! Sora ! ». C’était si intense qu’il fut rapidement projeté dans la réalité. Retirant vivement ses mains de Matoaka, il laissa un souffle s’échapper, « Que.. Qu’est-ce que ? C’était vrai ? Je.. Comment ? ». La Reine lui parla rapidement de ses capacités, des dons de Leif. Elle se sentait suffisamment en confiance pour avouer à Tomas que leur famille n’était pas comme les autres. Il l’entendait mais avait des difficultés à tout comprendre et assimiler.

    « Je l’ai sentie, elle est tout près. Demain vous devriez pouvoir la rejoindre aisément. Les éléments sont déchainés sur la mer et ils ne risquent pas de voguer très loin. », elle avait un sourire en coin, comme une certitude qui effrayait un peu le jeune homme. Après qu’elle eut finit de le soigner, il se rendit au skali de nouveau où les hommes semblaient être prêt à partir. Gurney sur ses talons, Tomas décidait d’oublier cette histoire de vision pour se concentrer uniquement sur la course poursuite avec les danois.

    Matoaka avait raison. Les éléments étaient avec eux et contre les Danois. Ces derniers, pris dans la tourmente de l’océan, durent accoster. Une fois le bateau amaré, ils continuèrent à pieds. Cela convenait à Tomas qui se sentait plus à l’aise sur terre que sur mer. Ils avaient pris un peu de retard à cause des quelques pièges laissé par les danois mais cela permit à l’anglais de pouvoir discuter avec Leif. Ce dernier lui posa des questions sur la politique anglaise et tout ce qui ce qui avait été mis en place pendant ces huit derniers mois. Les deux s’entendaient bien, ce qui faisait ronchonner Kisos. Il était comme son père. Il n’aimait pas avoir tort et encore moins voir un étranger prendre une telle place dans sa famille. Lui qui était habituellement le fils prodige, se sentait étrangement éjecté par l’arrivée de Tomas.

    « Monseigneur ! Nous arrivons près du fort ! », expliquait un éclaireur. Il expliqua avoir compté à peine une cinquantaine d’hommes. « Nous ne sommes que trente, tout au plus.. », rugissait Leif qui réfléchissait à toute allure. C’est alors que Kisos eut une idée.

    « Charlie m’a parlé d’une vieille histoire grecque.. Deux armées s’affrontent sans qu’aucune gagne. », expliquait-il avec un sourire amusé, « Un jour, l’une d’elle décide de partir mais laisse sur le champ de bataille une offrande. Certains conseillent de la brûler, d’autre de la garder. Ils conviennent de la garder et la font entrer dans la ville. Dans la nuit, les soldats de l’armée adversaires dissimulés dans l’offrande surgissent et peuvent attaquer la cité bien défendue, gagnant ainsi la guerre ».

    Leif était dubitatif et ne voyait pas ce qu’ils auraient pu utiliser comme offrande. Tomas, en voyant le regard voilé de déception Kisos ressentit une vive peine. La même qu’il ressentait devant son père et prit le parti de son beau-frère, « Envoyons un éclaireur.. Moi par exemple. Personne ne me connait. Je me présente comme un soldat en déroute et je pourrais récupérer Sora. Si ça tourne mal, vous attaquez. ». Leif était sceptique mais Tomas réussit à le convaincre, « Je ferais n’importe quoi pour retrouver Sora. Le plan de Kisos me semble suffisamment solide, s’il y croit, j’y crois aussi. Je lui fais confiance ». Ils équipèrent l’homme d’une armure danoise récupérée sur un mort et lui donnèrent des instructions, des codes. « J’ai compris, deux coups de trompe pour l’invasion.. », Kisos finissait de polir son épée et la tendit à Tomas, « Désolé Tomas », dit-il avec une telle peine qu’il comprit qu’il était sincère. Lui aussi était pudique. Ils se comprenaient bien plus qu’ils ne voulaient l’admettre. Ils se serrèrent la main, fraternels avant de le laisser quitter le campement de fortune.

    Tomas avait l’habitude des entrées discrète. Il avait apprit ça de Gurney. C’est donc aisément qu’il réussit à pénétrer le campement. Personne ne le remarquait car il se fondait parfaitement dans la masse. Les hommes se reposaient, sans doute éreinté de la fuite et de la bataille de la veille. Tomas était serein. Sans vraiment en avoir conscience, il savait déjà où se rendre, comme si une force invisible le guidait. Il finit par arriver près d’une tente de fortune où il pouvait entendre des voix masculine rire gras. Mais surtout, les affolements d’une jeune femme. Sans perdre un instant, Tomas surgit dans la tête et vit deux hommes qui tenaient Sora aux bras et aux jambes. Il n’y avait aucun doute sur leurs intentions et Tomas semblait arriver au bon moment.

    Perdant son sang froid, il planta d’un mouvement vif son couteau dans la gorge quand de l’autre main il sectionnait son membre visqueux pour l’un et pour l’autre, planta sa large épée dans le ventre de l’autre. Le membre visqueux au sol, il le ramassa et l’enfouit dans la bouche du soldat. Symbole effroyable pour les hommes de ce temps. Etouffés dans leurs propres sang, les deux tombèrent à la renverse. Enfin, il pu venir à Sora, retira son baillon et prit son visage entre ses mains, « Si je dois surveiller mon dos, toi tu dois arrêter de te faire kidnapper c’est compris ? », ronchonnait-il avec un léger sourire sarcastique avant de plonger ses lèvres sur les siennes. Un baiser rapide, intense et surtout nécessaire, « J’ai eu si peur de te perdre.. » murmurait-il à bout de souffle avant de la détacher.

    Il lui ordonna de ne faire aucun bruit et de rester près de lui. Pour être incognito, il lui avait ordonné de revêtir les habits du soldat. Ils avançaient, lui tête haute, elle tête baissé en direction de la forêt. Mais alors qu’ils allaient pouvoir enfin courir, l’alerte fut donnée et ils furent repéré, « COURS ! », hurlait-il à Sora en la poussant vers les bois alors qu’il sortait son épée prêt pour l’attaque. Ensuite, ça a été vite, très vite et il n’en n’a que des bribes.

    Tout ce dont il se souvient, c’est qu’il se battait avec rage et puissance mais un sabot de cheval et un ennemi vint frapper de son couteau son visage. Cela l’acheva et vint le mettre au sol. La tête et le visage étaient touchés. Il perdit connaissance.

    Il refit surface, dans le monde des vivants un jour où il faisait beau. Un épais pansement bandait la moitié de son visage, le côté droit. Il geignait de douleur, essayant de bouger mais c’était difficile. La voix de Matoaka était perceptible, celle de Sora aussi mais elle était lointaine. Il entendait son prénom au loin et il avait beau essayer de l’appeler, il ne la voyait pas venir. C’était difficile. Enfin, au bout d’un moment, il réussit à articuler un son et une fois encore Matoaka vint à lui, « Tu es en vie mais bien amoché.. », lui confiait-elle en retirant le bandage qui le fit grimacer, « Tu as été lourdement assommé mais ta tête va bien.. Tomas.. Ton visage il.. J’ai fais tout ce que j’ai pu mais tu vas garder une cicatrice.. Ton oeil a pu être sauvé mais.. mais tu dois avoir conscience que cela peut être impressionnant ».

    Tomas se fichait bien de l’esthétique, mais il y avait Sora. Réussissant à se redresser pour manger un peu, il demanda combien de temps il avait dormit, « Cela fait presque deux semaines.. Sora est partie au champs pour aider. Tourner en rond ici ne l’aidait pas, mais elle sera heureuse de te savoir réveillé à son retour ». Il finit par demander si elle l’avait vu, « Non.. Pas encore », avouait Matoaka en appliquant un onguent sur sa plaie, « Montrez moi. »

    Il avait l’air d’un monstre. Certes, la cicatrice était encore fraiche mais il était clairement défiguré. La plaie partait du haut de son oeil et descendait jusqu’à sa joue. C’était un miracle sur son oeil soit toujours intact. Soupirant longuement, il repoussa lentement le miroir en essayant de faire le tri dans ses pensées, « Quel bien monstrueux mari j’offre à votre fille.. »

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    C.

    Le peuple viking avait ça d’intéressant qu’il pouvait être tout aussi sanguinaire que chaleureux. Tomas et ses hommes étaient étonnés de la tournure des évènements. Ils étaient venus pour récupérer une reine, en découdre avec son peuple mais ils avaient fraternisé dans un combat commun. Tomas en était revenu quelque peu défiguré mais en voyant Sora lui sauter dessus et le couvrir de baisers, il se rendit compte qu’il serait prêt à refaire la même chose pour elle. Parce qu’il l’aimait et que c’était réciproque.

    Pendant plusieurs jours il fut bordé et surveillé de près par Sora et Matoaka. Il profitait de la douceur de son épouse, amusé de la voir autant prendre soin de lui. C’était aussi très appréciable et il savait aussi un peu en jouer. Quand il pu enfin sortir, ses hommes le saluèrent chaleureusement. Il n’y avait eu aucune perte d’hommes, seulement quelques blessés très bien soignés par Matoaka. C’était dingue une réussite pour les viking et le petit groupe d’anglais, ce qui allait conduire à un banquet fastueux notamment pour remercier de la venue et du courage de Tomas. Ce à quoi il répondit qu’il n’avait fait que son devoir d’époux.

    Mais Sora ne semblait pas ennuyée de sa remarque puisqu’ils ne se quittaient pas. Après une visite rapide de la ville et des lieux qui avaient fait grandir sa reine, ils se retrouvèrent chez Kisos et Charlotte. Tomas était gêné. Malgré qu’il se soit battu avec Kisos, une partie de lui-même avait quelques ressentiments à son égard. Se battre côte à côte pour Sora était une chose, pardonner, une autre. Aussi, quand Sora les laissa seuls, il maugréait dans sa barbe, préférant sortir un moment pour fumer sa pipe. Kisos ne mit pas longtemps avant de le rejoindre. Il avait sa fierté mais Tomas sentait bien qu’il était en pleine rédemption, « Tomas.. Il faut que nous parlions », dit Kisos d’une voix grave et solennelle, « Je sais que j’ai agis par impulsion et qu’elle aurait pu nous coûter à tous, la vie. »

    Tomas avait le poing serré. Il repensait à la peur, à la colère, la frustration, l’incompréhension lorsqu’il avait retrouvé la chambre de Sora vide, sans aucun mot, « Tu m’as pris ce qui m’était le plus cher au monde Kisos. Aussi surprenant que cela puisse être tu as été irrespectueux à mon égard. Tu m’as jugé sans me connaître et tes aprioris auraient pu blesser ta soeur.. S’il lui était arrivé quelque chose, non seulement je ne te l’aurais jamais pardonné mais je te l’aurais fait payer. »

    Il n’était pas dans les habitudes de Kisos de se faire rabrouer. Seulement son père quand il était plus jeune mais jamais par un autre homme. Il reconnaissait avoir agit stupidement et il s’excusait du mieux qu’il pouvait, « Je suis prêt à réparer mes torts pour Sora et toi. De n’importe quelle manière possible. J’ai compris que ma soeur était heureuse avec toi, je reconnais n’avoir pas cru qu’un mariage arrangé puisse déboucher sur de l’amour.. Et puis.. C’est Sora. C’est ma soeur. Je l’aime et je veux son bonheur. »

    L’excuse de l’amour filial fonctionnait plutôt bien comme excuse mais Tomas ne voulait pas laisser de place à trop de sentimentalisme. Il fallait que Kisos comprenne qu’il l’avait humilié devant son peuple et qu’il ne pouvait pas tout pardonner aisément. Qu’il faudrait du temps. « J’entends l’affront que je t’ai fais et je m’en excuserais toujours. Laisse moi me faire pardonner. Nous sommes une famille maintenant. Je veux regagner ta confiance. Je saurais m’en montrer digne« , annonçait finalement Kisos en tendant sa main en signe de paix. Tomas hésita une seconde avant de finalement serrer sa main pour confirmer que la hache de guerre était enterrée. Désormais, seul le temps saurait guérir les blessures causées.

    Fort heureusement Tomas n’était pas un homme rancunier. Il laissa Kisos faire une blague qui réussit à le faire sourire et ils partagèrent un verre ensemble. L’avenir semblait évoluer sur de bons augures. Du moins, Tomas était confiant et il ne se doutait pas que son univers allait une fois de plus être bouleversé.

    Après une soirée pleine d’animation et de rencontre, Tomas raccompagna Sora dans le skali qui leur avait été attribué. La journée avait été longue et il était épuisé. Mais malgré tout, il était heureux d’avoir enfin le privilège de retrouver sa reine. D’être enfin seul avec elle. Ayant retiré sa chemise, il vint la rejoindre dans la petite salle de bain attenante pour blottir son buste contre le dos de la jolie brune. Il embrassait tendrement son cou, son épaule. La brune accompagnait ses mains jusqu’à son ventre avant de lui avouer la terrible nouvelle qu’il redoutait.

    « Tu.. Tu es enceinte ?« , bégayait-il en se reculant frappé de terreur, «  Tu.. Mais.. On ne l’a fait.. Bon sang..« . Lui qui avait combattu une armée de danois sans peur, investit leur campement et débarqué en territoire viking pour le saccager, il n’avait jamais eu peur. Mais là, devant la brune qui souriait tendrement et qui portait son enfant, il était découragé, désarmé.

    S’effondrant sur le lit, il regardait le sol dans le vague, cherchant une solution au problème qui se posait. Il s’en voulait. Il n’avait aucunement été vigilant et n’avait pas protégé Sora de la malédiction qui le tourmentait. Il n’avait pas été sérieux et elle allait en payer le prix. « Sora il faut que tu fasses quelque chose je ne peux pas.. Je ne peux pas te laisser tomber enceinte c’est.. c’est impossible. Avec tes visions tu l’as bien vu, tu le sais bien. Je suis maudit. Toutes les femmes.. Toutes les femmes que j’ai aimé sont mortes à cause de moi. Je.. Je refuse de te voir perdre la vie. Je refuse de faire confiance au destin. »

    En relevant son visage, il voyait bien qu’il heurtait la jeune femme avec ses mots mais il ne pouvait les retenir. Il finit par se lever et prendre ses mains dans les siennes en plongeant ses iris tourmenté dans les siens et avec ses mots maladroits, il essayait de lui confier son amour pour elle, « Ta vie est plus importante que n’importe quel héritage Sora. Je ne t’ai pas épousé pour obtenir une lignée. J’ai juré sur mon honneur de te garder en vie, de te rendre heureuse. Aussi, il m’est intolérable que tu puisses être en insécurité à cause de ma négligence.« 

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    C.

    Les Erikson étaient vraiment une famille hors norme. Tomas se sentait étranger à ce type de relation. Lui qui avait toujours vécu seul et rejeté par un père violent et barbare, méconnaissait les codes d’une famille heureuse, qui s’aimait et s’estimait. Même la réaction de Kisos kidnappant sa soeur était compliquée à comprendre pour l’anglais. Mais même s’il se mettait légèrement à l’écart, il se sentait bien parmi eux. C’était bruyant, indiscipliné, joyeux, spontané. Pendant que Sora et Kisos se chamaillaient et que Leif tentaient de les canaliser en faisant le bon patriarche, Tomas observait la scène et repensait aux mots de Sora la veille. A sa vision. Des enfants, elles porteraient tous ces enfants. La force de cette femme l’étonnait toujours, le remplissait à la fois de fierté, de joie et d’amour.

    Il avait un petit sourire en coin et un air rêveur que Matoaka surprit et qui la rassura. Une mère sentait les choses, surtout quand il s’agissait de ses enfants et elle savait que Tomas commençait le difficile travail de confiance. Il avait confiance en Sora malgré sa peur de la perdre et elle savait aussi que la puissance de leur couple était bien plus solide que ce qu’elle avait imaginé.

    L’heure du départ fut annoncé. La venue de Tomas n’était pas prévue et il ne pouvait pas laisser Spencer intendant trop longtemps, il devait repartir. Voilà presque deux mois désormais qu’il était parti pour récupérer sa reine, il était temps de retourner à la maison. Sora avait déjà un petit renflement au bas du ventre qui inquiétait et fascinait Tomas. C’est pourquoi Matoaka promit de vite venir une fois le bébé de Charlie arrivé. Leif offrit un drakkar à son gendre. Ils étaient d’excellents bateau et qui les feraient arriver plus vite. Matoaka avait convoqué les esprits et elle assurait une route sereine et tranquille. Gurney avait tout organisé pour que le départ se fasse sans peine. Il ne restait que le moment des aurevoir.

    La dernière fois que Sora avait dit aurevoir à son peuple c’était dans le refus total. Là, elle semblait triste mais heureuse de rentrer chez eux. Il avait craint, les derniers jours, qu’elle fasse retour arrière et qu’elle ne veuille pas rentrer. Il l’aurait comprit, aurait eu le coeur brisé, mais l’aurait comprit. Leif saluait son gendre, le remerciant de sa confiance et lui renouvela ses voeux de prospérité et d’amitié. Matoaka offrit un doux sourire au Roi d’Ecosse et lui assura bientôt sa visite. Charlie était encore alitée mais ils avaient été la saluer avant de partir. Kisos, quant à lui, jura son honneur d’être éternellement le premier allié de Tomas, « Et dans le Nord, une promesse est viscérale ». La tante de Sora, Freya les accompagnait. Tomas n’y voyait aucun inconvénient, au contraire, Sora aurait un allié de sa maison chez eux.

    Le drakkar était immense et leur permettait d’avoir une cabine où se reposer et s’isoler. Pendant que Sora passait son temps à l’abri avec Freya, lui dirigeait ses hommes secondé par Gurney. Le voyage ne dura que trois jours alors qu’en principe il était censé être d’une semaine minimum. Tomas était impressionné par la puissance du navire et la qualité de navigation qu’il avait permit. Il ne cessait d’en parler à Sora qui se moquait gentiment de lui. Le retour de la Reine avait généré un royaume en liesse. Tous étaient heureux de la voir revenue, souriante et pas contrite comme certains l’avaient imaginé. Tomas avait sa jeune épouse devant lui sur le cheval qui les menaient au château et passaient dans la foule exaltée qui les saluaient avec ferveur et joie. En peu de temps, Sora avait réussit à atteindre le coeur et la confiance du peuple écossais.

    Au château, ce fut la même joie. Tous les domestiques étaient heureux de retrouver leur reine. Spencer et Mary vinrent rapidement aux bras de leurs amis. Cette dernière pu profiter de la grande nouvelle en voyant le ventre bombée de son amie quand Tomas était déjà reparti dans son bureau pour gérer toutes les dernières affaires du royaume. Avec son absence, cela avait généré des questionnements notamment sur le fait qu’il ne puisse pas revenir. Mais Tomas était de retour et Spencer avait parfaitement gardé le royaume en état. Il n’y avait plus qu’à rassurer les lairds et autre seigneurs des environs. Pour cela, il décida d’organiser une délégation d’un mois où il se rendrait de fief en fief. Il savait que cela déplairait à Sora mais son travail de Roi nécessitait certains sacrifices.

    Il n’apparut pas du reste de la journée, travaillant d’arrache pied pour rattraper son retard. Mais Freya et Mary étaient une bonne distraction pour la reine. Au dîner, où Tomas n’était pas présent, Spencer l’excusa en expliquant qu’il lui avait laissé beaucoup de paperasse administrative. Freya ne comprenait pas en quoi cela consistait et Spencer expliqua, « L’administration, les papiers sont des titres de propriété, des factures si vous voulez. On garde toutes les preuves de ce qui a été fait et dit pour qu’on puisse garder une trace », mais Freya ne comprenait pas car chez les Viking tout se faisait par la confiance, « Et la parole des hommes ? », un grand débat passionnant se fit à table entre les norroises et les anglais qui conservaient toute une documentation précieuse. Ils évoquaient la traçabilité, les héritages, les titres de propriété, les questions de filiations. Mais tout ça était lointain pour Freya pour qui la noblesse d’un homme venait nécessairement de son courage et pas de son nom.

    Il était tard dans la nuit et Tomas travaillait toujours. Un bruit le fit lever la tête et il vit apparaitre son épouse déjà en tenue de nuit. Son bureau était éclairé de bougies, un peu partout et donnait une atmosphère douce et chaleureuse avec le feu diffus. Il s’étira sur sa chaise et laissa un profond bâillement s’échapper, « Pardonne-moi de mon absence.. Je veux absolument tout terminer ce soir pour être à jour de tout », expliquait-il en frottant sa nuque endolorie par le positionnement de son dos, « Je te rejoins très rapidement c’est promis.. », il lui offrit un doux sourire mais il voyait bien qu’elle ne voulait pas partir sans lui.

    Il tendit sa main pour la faire venir et la laissa s’asseoir sur le bureau, face à lui. Amusé, il lui demanda de lui raconter sa journée. Il en profitait pour délicatement caresser son mollet pour remonter le long de sa jambe et enfin de sa cuisse. « Tu as fais faire le tour du propriétaire à ta tante ? », demandait-il l’air de rien. En même temps, il avait relevé sa chemise de nuit dévoilant sa nudité. Tomas avait retrouvé goût aux plaisirs du corps et Sora ne semblait pas s’en plaindre. Il embrassait ses genoux, ses cuisses avant de plonger son visage entre ces dernières. Ses mains en profitaient pour agripper ses fesses et ainsi les caresser. Sa langue était rapide, intense et désirait la faire fondre. Ce qui ne manqua pas d’arriver assez rapidement.

    Pris par une excitation certaine et alors que Sora gémissait encore de l’orgasme qu’il lui avait donné, il se redressa et la laissa descendre son pantalon. C’était les débuts de l’amour, du besoin de se perdre en l’un et l’autre. Tomas était passionné de la douceur de peau de sa femme et du goût de cette dernière. Dans un mouvement puissant, il s’enfouit en elle alors que l’une de ses seins remontaient sur son sein qu’il pressait, « Haaaan.. Mon.. Mon amour.. », gémissait-il contre ses lèvres alors qu’il ne bougeait pas tout de suite, « Tu me rends fou.. Tu me rends fou.. Tu me rends fou.. », continuait-il de gémir contre ses lèvres alors qu’il bougeait enfin en elle. Il la laissait enrouler ses jambes à ses hanches alors qu’il caressait son sein, ses cuisses, ses fesses, il ne se retenait plus aucune caresse, c’était torride, brulant et intense. Il bougeait en elle avec passion et ardeur et elle ne semblait pas s’en plaindre.

    Le bureau grinçait mais il s’en fichait. Quand il se perdait en Sora, plus rien n’avait d’importance si ce n’est elle et son extase. Là, ils se retrouvaient enfin chez eux, dans leur bulle et avec passion. Tomas était dingue d’elle et lui murmurait entre deux baisers fiévreux. Sentant l’orgasme arriver, il laissa sa main baladeuse accompagner sa boule de plaisir ce qui les fit venir l’un et l’autre en même temps. Imbriqué l’un en l’autre, essoufflé, Tomas refusait de bouger. Il embrassait le cou et l’épaule de son épouse en grognement tendrement lorsqu’il la sentit bouger, « Hum.. Je ne me lasserais jamais de ça.. Je comprends mieux tous ces bébés que tu as vu.. », dit-il en riant doucement avant de finalement se rasseoir sur sa chaise et de l’attirer sur ses genoux. Sa main, protectrice, se posait sur son ventre et sa moue de réflexion le reprenait, « Je suis désolé de ma réaction quand tu me l’as annoncé.. Je ne voulais pas te heurter. J’ai eu peur. Terriblement peur Sora. Et j’ai toujours peur en fait. Mais.. Mais j’ai aussi confiance en toi et en tes visions. Je te sais forte. »

    Même s’il avait peur, il faisait une confiance aveugle à Sora et lui avouait. Il était toujours très pudique sur ses sentiments et il avait besoin de temps pour les avouer. Mais Tomas était un homme d’honneur et il aimait sincèrement son épouse. Sa main caressait son ventre et en relevant son regard vers la brune, il sourit avec émotion, « On va avoir un bébé.. une armée de petites filles ? », dit-il avec un sourire amusé, « Je vais être pire que ton père et ton frère tu en as conscience ? »

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    C.

    « Je pense que c’est un magnifique prénom, proposé par une magnifique reine », répondait Tomas à son épouse. Il l’enlaçait tendrement, contemplant leurs reflets dans le miroir alors que Sora était toujours nue. Ce moment tendre se transformait rapidement en un moment de désir certain, surtout lorsque les mains du blond effleuraient la peau de son épouse. La voir frissonner de la sorte ne pouvait qu’attiser un désir qu’il avait trop longtemps réprimé. « Ta peau est si douce.. On a envie de la croquer.. Comme une friandise.. » murmurait-il avec un sourire au coin de son oreille pendant que ses doigts caressaient l’intérieur de ses cuisses, « Hum.. Sora.. Ma reine.. J’ai passé trop de temps à réprimer mon désir pour toi.. Je suis insatiable.. », finissait-il par murmurer près de ses lèvres quand elle penchait la tête vers son visage.

    Pendant qu’il lui donnait un baiser à la hauteur de son excitation, ses doigts eux, jouaient avec les parties sensible de son épouse. Il avait vite compris où étaient ses sensibilités ce qui le rendait assez direct dans ses caresses. Là, debout devant le miroir, il lui donnait un moment sensuel et intense qui sortait du cadre du simple devoir conjugal. Lorsqu’il eut fait jouir la brune, il sentit que ses jambes s’apprêtaient à flancher, alors, dans un mouvement simple il la souleva et la plaqua contre le mur. Avec son aide, il fit tomber son pantalon qui une fois à ses chevilles pu libérer sa virilité rigide. Remontant ses mains contre les bras de la jeune femme, il les plaça au dessus de sa tête et s’enfouit en elle. Le souffle court, il débutait un mouvement puissant de bassin, gémissant contre ses lèvres, « Tu es.. divine.. mon.. mon paradis.. petite stratège politique.. », gémissait-il avec un rire en coin en repensant aux idées politiques de son épouse.

    Il ne voulait pas éluder la conversation mais disons qu’il avait passé trop de temps à ignorer son désir pour Sora et que désormais il pouvait l’assouvir et qu’il ne se réfrénait plus. Il lui fit l’amour ainsi, contre le mur avec passion er ardeur jusqu’à atteindre l’orgasme simultanément.

    Ils étaient tendrement enlacés nu, sur le lit. Tomas tenait contre lui la reine et caressait distraitement son dos les yeux clos, « Tu sais.. », finit-il par dire en sortant de sa léthargie, « J’ai longtemps cru qu’aimer était une source de conflit, de difficulté, de soumission. Anne et moi nous étions amis, elle vivait sa vie et moi la mienne. On ne se voyait que quand elle était fertile. Il n’y avait rien d’autre. Rien de spontané, rien de tendre. C’était simple, nous étions des partenaires, de simples rois et reines. Mais pas mari et femme. »

    Sa main remontait et se logeait contre la joue de Sora alors que ses yeux brillaient d’une étrange émotion, « J’aimais sincèrement Anne, elle était mon amie. Je suis persuadé qu’elle t’aurais adoré avec ton petit air indomptable qui me casse les pieds », dit-il avec un léger petit rire amusé, « Elle adorait tout ce qui pouvait m’exaspérer, tout ce qui me faisait sortir de ma routine ». Il faut dire que Sora était une boule d’énergie solaire dans le château et la vie de Embra. Elle était à la fois intelligente, courageuse et vaillante. Les femmes n’avaient pas de place dans la vie en dehors du château et pourtant elle s’investissait avec une ferveur qui rendait les écossais admiratif de sa personne, « Je sais que mon peuple t’aime parce que tu bouges les choses et je veux que tu continues. J’ai une confiance aveugle en toi. Mais maintenant tu n’es plus toute seule », dit-il en caressant le ventre de la jeune femme, « Tu dois me jurer de ne pas vous mettre en danger Sora. Je ne veux plus entendre que tu as été dans la foule, que tu t’es jetée dans le danger. », son air tendre avait laissé place à une véritable peur viscérale, « Je ne doute pas de tes visions, je sais que tu es une fée mais je ne veux pas jouer avec le destin et encore moins avec votre vie à toutes les deux. Donc je t’en supplie.. je te supplie Sora de ne plus te mettre en danger. »

    Il avait encore des difficultés à exprimer ses sentiments, aussi, il insistait lourdement sur la protection de Sora. « Tu as parlé de Lunden tout à l’heure, j’avais déjà prévu de m’y rendre. Tu m’y accompagneras avant de rentrer à Embra. Je dois rassurer mes lairds qui ont été inquiets de mon départ précipité pour le Nord. Mon tour va durer un mois et c’est un chemin long et périlleux. Gurney restera avec toi tout le temps et j’ai demandé à ce que ton cousin Björn vienne te rejoindre. Ta sécurité est ma principale préoccupation. »

    Leur moment de tendresse était interrompu par Freya qui entrait sans toquer dans la chambre. Elle poussa un cri de stupeur en voyant les fesses nu du roi et sortit rapidement de la chambre, « Je crois que j’ai choqué ta tante.. », grimaçait-il tout en se levant pour se rhabiller, « J’ai quelques métayers à recevoir pour parler du prochain impôt. Les récoltes ont été bonne et j’aimerai trouver un arrangement avec eux pour ne combler les dernières catastrophiques. J’aimerai que tu m’accompagnes. Quand je serai absent, ce sera à toi que je léguerais la régence. »

    Même s’il ne voulait pas qu’elle l’accompagne lors de son périple, il voulait qu’elle soit présente pour Embra et l’administration du château. Une fois tous les deux apprêtés, ils se rendirent dans la salle du trône où Tomas avait fait installé à côté du sien, à la hauteur identiques, un trône pour Sora. Il l’avait fait faire avant son départ pour le Nord. Il y avait de sculpté les armoires de la famille Erikson ainsi que des motifs plus doux comme des fleurs et sa louve. Il espérait que la surprise ferait plaisir à son épouse. Mais il n’eut pas le temps de lui demander que déjà les métayers surgissaient, satisfaient de présenter une récolte avantageuse comparée à l’année dernière. Tomas présenta la reine à ses sujets qui se prosternèrent avec respect, « C’est votre Reine qui répondra à vos questions quand je serai absent. Elle sera là pour vous écouter, vous seconder. J’ai une confiance aveugle en ses qualités de leader. Elle saura autant vous protéger que vous apporter. », comme pour asseoir son discours, sa main vint prendre celle de Sora.

    Quelques métayers s’avancèrent près de la reine et lui offrit des gâteaux qui avaient été fait pour elle. Tomas souriait, content de prouver à Sora que son aura était vue et respectée, « Pour que vous puissiez continuer de bénir notre terre de votre présence ma Reine. Depuis votre arrivée, nos récoltes sont exceptionnelles.. Beaucoup vous associent déjà à la déesse de la fertilité. »

    Le Roi souriait, contemplant le profil de sa reine. Même s’il ne lui avait pas encore dit, il était fou amoureux d’elle et transpirait de ce sentiment auprès de ses gens. Mais personne ne s’en moquait, ils trouvaient que c’était touchant de voir ce Roi prudent auprès de la jeunesse folle de la princesse du Nord. Suite à l’échange de présents, les négociations purent commencer. Tomas proposait de racheter au prix bas les récoltes des paysans en expliquant une condition, « Cela signifie que vous ne percevrez pas de supplément cette année, je le sais. Mais je vous propose d’investir le supplément prévu dans une bourse qui sera alimentée tous les mois. Ainsi, lorsque vous serez en difficulté, vous aurez une somme d’argent qui sera débloquée. L’objectif est de pouvoir vous rendre votre argent au moment le plus opportun. Nous devons faire des économies et nous devons nous assurez de votre bien être au travail mais cela doit être régulé. Bien entendu, mes inspecteurs récolteront les dividendes mais cela se fera ici, au château pour éviter la corruption qui régnait sous mon père. Est-ce que cela peut vous rassurer ? »

    Les métayers demandèrent un délai de réflexion mais il était certain qu’ils donneraient raison au projet de Tomas, qui n’était certes pas avantageux sur l’instant pour eux mais qui promettait un commerce serein pour chaque paysans de la région. Tomas espérait que ce système fonctionne pour ainsi le proposer à tous ses lairds. Une fois cette réunion terminée, il expliqua plus précisément son projet à Sora.

    « Il faut renforcer notre positionnement économique. En gardant cette somme en veille, nous assurons aux paysans une stabilité et une sécurité sur les moments où les récoltes seront plus mauvaises. Si on assure un salaire minimum, les gens continueront à travailler dans de bonnes dispositions et à s’investir. Plus de révoltes et une vraie avancée sociale et civile. »

    Ils arrivèrent dans la salle de réception où le repas avait été dressé et où tout le monde les attendaient. Tomas tenait toujours la main de Sora dans la sienne et vint l’embrasser tendrement, « Merci d’être revenue à la maison.. J’aimerai tellement m’exprimer mieux que cela pour te prouver à quel point je suis heureux. »

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    C.

    Thomas avait énormément de travail et il s’en voulait d’abandonner Sora. Ce fut lorsque il la vit recadrer une de ses dames de compagnie qu’il comprit qu’il n’y avait aucun soucis à se faire sur la force de caractère de son épouse. Il n’en n’avait jamais réellement douté, mais il craignait que cette tâche, ce rôle de reine ne lui incombe. Elle venait de lui prouver qu’elle était aussi forte, qu’intelligente.

    Avec son absence de près de quatre mois, il avait beaucoup de choses à revoir et préparer. Son départ avait convaincu beaucoup de ses détracteurs à reconsidérer sa place sur le trône. C’était pour cela qu’ils se réunissaient. La passation du titre de seigneur était habituellement faite par les liens de sang et les lignées. Mais des seigneurs anglais avaient demandé à réviser la place de Tomas comme chef de guerre et roi de l’Anglicie. Ses réformes sociales et économiques ne semblaient pas aussi pertinente selon eux, puisqu’il réduisait les impôts et les taxes demandés aux paysans. Et ses alliances avec le Nord semblaient inquiéter.

    En effet, quand Tomas mourrait, sa descendance mi-angloise, mi-norroise, reprendrait les rênes. Aussi, la peur des vikings et d’une invasion subsistait dans certains cercles.

    D’après les nouvelles, Tomas savait que son oncle, Andreas, se présentait comme potentiel seigneur. C’était un fort guerrier dans le temps, qui avait beaucoup accompagné son père dans ses batailles. Il avait toujours été d’une courtoisie gênante pour Tomas qui y voyait surtout une fausseté vicieuse.

    Pendant le voyage, il avait expliqué en quoi consistait ce fameux vote et il comptait arriver en avance pour pouvoir s’assurer des soutiens auprès de tous les seigneurs. Il savait qu’il n’y avait qu’une poignée d’hommes qui remettaient en cause sa place en tant que seigneur mais il se méfiait quand même de leurs capacités à retourner les cerveaux. Il avait confié à Sora sa crainte de perdre. Non pas par égo, mais surtout parce qu’il craignait que l’Anglicie redevienne une terre de guerre civile. Le chemin jusqu’à Londres se fit sans encombre.

    En arrivant, il ordonna à Gurney de toujours rester auprès de son épouse. Il craignait toujours pour sa vie, surtout dans de tels rassemblements. Le vote se faisait dans le palais de Spencer et quand il vit arriver son ami au loin, il comprit que quelque chose de mauvais était arrivé.

    « Ils sont tous arrivé il y a une semaine Tomas et ils ont décidé d’avancer le jour du vote », expliquait Spencer anxieux, « Il se fera ce soir, crois moi j’ai tout fait pour les empêcher mais ils étaient trop nombreux et je.. j’ai échoué Tomas. Je suis désolé j’ai échoué ». Le Roi le rassura, lui assurant qu’il n’y était pour rien et qu’il se doutait que quelque chose se tramait. Finissant de se tourner vers Sora, il caressa sa joue puis son ventre tout en lui demandant d’être très vigilante, « Si quoi que ce soit arrive je veux que tu me jures d’écouter Gurney. Tu es ma reine, la mère de notre futur enfant, un héritier. Tu n’es plus toute seule désormais. Je vais te parler comme un roi parce que je veux que tu sois en sécurité. »

    Ses yeux étaient inflexibles et lui faisait comprendre qu’il y avait un risque qu’il tentait d’anticiper. Mais dans le pire des cas, il était primordial qu’elle s’enfuit avec Gurney. Se dernier se tenait tout près, à l’affut et prêt à sauver coûte que coûte sa reine. Tomas fondit ses lèvres sur celles de la jeune femme dans un baiser passionné avant de murmurer, « Tout se passera bien car la vie grandie en toi Sora. Tu es ma renaissance, grâce à toi nous vivrons toujours à travers elle. »

    Sa main sur son ventre sentait les petits coups de l’intrépide future petite reine et cela l’amusa. Il redonna un rapide baiser à son épouse avant de quitter les écuries pour rejoindre Tomas.

    Le vote se tenait en sorte de conseil.
    Tomas fut isolé avec son oncle dans une des salles d’armes. La cérémonie devait se dérouler dans la soirée. Après deux heures de discussion, Tomas se retrouva dans une impasse. Au cours des dernières semaines, son oncle avait réveillé les spectres de la malédiction qui sommeillait sur Tomas : il était celui qui portait la mort. Ou encore l’aversion de Charles, le roi défunt, qui était un conquérant quant son fils s’occupait de ses paysans et d’économie. Sur les dix seigneurs présents, cinq avaient déjà choisit le camp de Andreas. Les perspectives d’appui n’étaient pas bonnes surtout que deux des restants étaient indécis. Ils craignaient tous la fureur vengeresse de Andreas, fourbe et malicieuse. Les représailles pouvaient être lugubres.

    Plus tard dans la soirée, peu avant le vote et devant les autres seigneurs, Andreas proposa à Tomas de partager ses responsabilités au titre de Roi s’il se ralliait à lui, « Je ne peux me rallier à vous mon oncle », lui répondit-il, « Je ne crois pas dans vos capacités de chef même avec le fardeau partagé. Mon père était Roi et j’ai développé auprès de lui tous les jours mes qualités de chef et de guerrier que vous contestez mais que vous n’avez pas pour autant mis en application. »

    « Vois-tu Tomas, il y a une autre façon de passer du second au premier rang dans une famille. C’est d’éliminer celui qui occupe le premier rang », rétorquait Andreas qui s’exprimait avec hardiesse, « Vois-tu mon neveu, la différence entre toi t mois, c’est que je n’ai jamais détesté ton père comme toi tu l’as haï ouvertement. Et c’est ça le plus important pour tenir un clan uni. Parce que le clan, c’est d’abord une famille. Voilà la première chose que Charles aurait dû t’enseigner avant de t’envoyer te former dans la vieille Europe auprès des bonnes femmes qui discutent, contrairement aux hommes qui agissent ».

    Un mouvement dans le public du haut lui fit lever la tête. Il voyait bien les yeux brillant de fureur de Sora qui était maintenue par un Gurney impassible. Tomas devait rester calme. Aussi, quand son oncle vint à se rasseoir à la table du conseil, il lui rappela qu’il ne haïssait pas son père mais ses paroles tombèrent dans le vide à cause du brouhaha des autres seigneurs, « Ne surtout pas montrer ta peine », se dit-il, « La peine, c’est une faille par où tout peut s’écrouler ».
    Quand ce fut son tour de s’exprimer, debout devant l’assemblée, il sut qu’il avait subir un nouveau procès. Tel qu’il en avait été avertit par Spencer, les appuis que son oncle avait obtenus étaient verrouillés. Tomas en éprouvait du dépit, de l’amertume et de la honte. Quel piètre roi, quel piètre mari pour Sora qui l’observait de là-haut avec le reste des épouses.

    La table ronde qui servait de support au conseil avait en son centre toutes les épées des seigneurs. La salle était tout entière baignée d’une fine poussière en suspension qui prenait forme sous des faisceaux de lumière. Le temps lui semblait suspendu. Quand Tomas se leva pour parler, un silence absolu enveloppa l’assemblée. Les hommes autour de lui avaient un air sérieux et fermé. Les dames en haut, examinaient discrètement la jeune reine norrois.

    « Le jour où l’on m’a proclamé Roi et seigneur à la tête de notre clan est aujourd’hui remis en cause », annonçait-il d’une voix grave, « Plusieurs d’entre vous rejettent la succession héréditaire et Andreas soumet sa candidature. En de telles circonstances, il convient d’entendre chacun d’entre vous avant de se prononcer sur un vote. »

    Cela surprit tous les seigneurs de l’hardiesse de Tomas. Ils étaient tous persuadés qu’il refuserait d’entendre les potentiels griefs des seigneurs, aussi, ils n’avaient rien préparés pour expliquer cette destitution. En fin stratège, Tomas permettait de relancer un débat que Andreas pensait avoir déjà gagné. Ce dernier se leva donc et rappela de nouveau devant tous les chefs la haine viscérale du fils sur son père, « Peut-on mettre à la tête du clan Wells un homme qui haïssait profondément son père et roi ? Un débauché de surcroît ! Sa propre femme a fuit le pays. Les rumeurs circulent que le mariage n’a pas été consommé. Tomas n’est pas en capacité de tenir sa propre épouse, de satisfaire cette femme viking. Des norrois sur nos terres ! Il nous met en danger en ne satisfaisant pas cette femme, et quant il l’aura tué, car nous tous, nous connaissons la malédiction qui pèse sur lui. Toutes les femmes meurent à son contact. Voulons nous d’un Roi féminicide qui baise toutes les femmes du continent ? ». Griogair, un lointain oncle de Tomas, du côté de sa mère, prit aussitôt la parole, « Nous connaissons cette histoire qui a déjà été débattue Andreas. Ce que j’aimerai savoir est pourquoi tu crois pouvoir nous faire un bon chef ». Il ne s’attendait pas à ce qu’on riposte à son argumentaire et répliqua avec un ton dédaigneux, « Parce que je suis celui qui, parmi vous, entretient le plus de chevaliers, possède le plus grand trésor et le meilleur château »

    Sa réponse ne convainquit personne, surtout quand Griogair répliqua, « Mis à part Tomas, bien entendu » ce qui laissa quelques rires entendu surgir. Deux autres seigneurs s’exprimèrent à tour de rôle, expliquant leur hésitation à confier le clan au plus jeune d’entre eux sans avoir l’assurance de sa capacité à faire passer les intérêts communs du clan avant ses sentiment personnels. Cela valait comme sous-entendu, le début chaotique de son mariage avec Sora, cette foutue malédiction et ses nombreuses maîtresses.

    Il lui répugnait de devoir évoquer et se justifier sur l’homme qu’il avait été. Il s’inquiétait surtout sur les remous que ces récits allaient provoquer dans le cour de son épouse. Pendant que les vieux seigneurs débattent, il releva la tête en se direction, décidé à aborder le problème de front. Il pouvait difficilement l’apercevoir, aussi il ne pu voir le soutien de son regard.

    « A ce que je sache, je ne suis pas coupable de régicide », s’exprima-t-il lentement, « Je n’ai pas tué mon père, en revanche je l’ai accompagné jusqu’à son dernier souffle. Et je sais que peu importe ce que j’aurais pu faire, mon père ne me portait pas l’affection qu’un père doit porter à son enfant. Quiconque connaissait mon père, savait qu’il n’était pas doué d’affection, de sentiments. Il était un guerrier né, puissant et respecté et j’entends que la fascination que vous avez pour lui vous inspire le respect, mais je ne suis pas et je ne serai jamais ce type de roi pour le clan. Ce dont je suis coupable envers lui et lui seul, c’est de ne l’avoir jamais aimé ».

    Cet aveu fut suivi d’un profond silence que la femme de Griogair, Rosalind, rompit en se levant. Elle s’était prise d’admiration et de douceur pour la jolie nouvelle épouse de ce neveu et avait discuté un moment avec elle peu avant le conseil. Aussi, du haut de son observatoire, elle évoqua son admiration sans bornes au défunt roi Charles qui avait été élevé au rang des héros, mais sa confiance dans la jeunesse de son neveu. Etrangement, les autres épouses se levèrent à leurs tours et s’exprimèrent positivement pour le jeune Tomas dont elles avaient été charmées notamment grâce à la douceur qu’il avait eu pour son épouse. Aucune des épouses ne firent valoir les qualités d’Andreas pour prendre la tête du clan, pas même sa propre épouse.

    C’est alors que Andreas joua sa dernière carte. La plus odieuse. Il fit ouvrir les portes et apparut Sora, resplendissante. Tomas blêmit, inquiet et fasciné par la beauté de son épouse, « Il est aussi primordial d’obtenir le témoignage de l’épouse de notre seigneur. Aussi, Ma Dame, selon certaines sources, il nous a été rapportées que vous avez tenté à plusieurs reprises de vous enfuir. D’ailleurs, vous avez rejoint votre famille il y a plusieurs mois de cela, et notre Roi a déserté son château pour vous. Comprenez que nous doutons de sa capacité à régner quand dans son propre ménage. Mais aussi que le mariage n’a pas été consommé de suite sans doute à cause d’une certaine répugnance. Donc.. Ma chère, pensez-vous réellement que nous puissions faire crédit à un homme qui haïssait son père, est un habitué des bordels et chambre des demoiselles de compagnie et que l’on dit maudit ? Une femme de votre jeunesse ne peut accorder à toutes ces bavures si peu d’importance ».

    Tomas n’avait jamais eu aussi honte de toute sa vie.
    Pourtant, quelque part en lui, sommeillant le petit espoir que Sora soit celle qui le délivre.

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    C.

    Sora croyait en lui. Sora l’avait non seulement conduit à devenir Seigneur des Îles anglicanes, mais elle l’aimait.

    Et ça, c’était le plus cadeau qu’elle pouvait lui faire. Elle l’aimait suffisamment pour ne pas lui tenir rigueur de ses fautes passées ou encore de ses horribles erreurs du passé. Elle croyait en lui, l’homme qui devait encore se battre pour prouver sa valeur. Désormais, il n’avait que faire des autres seigneurs. Il ne voulait que mériter l’amour et la douceur de son épouse. Ce serait désormais son unique but.

    Malheureusement, en tant que Roi et seigneur, il avait aussi d’autres obligations. Alors, après avoir passé quelques jours en compagnie de Sora, il dû de nouveau la quitter. Gurney l’accompagnerait, Tomas n’avait confiance qu’en son vieil ami et il savait que ce dernier appréciait beaucoup sa reine. Après des abreuvoirs déchirants où il la couvrit de baisers, de précises instructions, il passa autour de son doigt un anneau en or fin ciselé en forme de branche, « Je l’ai fais faire il y a quelques jours.. Je sais que tu as ton alliance mais je veux que cette bague signifie bien plus qu’un simple arrangement. Cette bague, c’est un symbole d’appartenance. Tu as mon coeur Sora. Je met désormais ma vie à tes pieds sans peur. Je t’aime, je t’aime et ce modeste anneau en est le symbole. »

    C’était si frustrant, si terrible de la regarder partir, rentrer chez eux. Il savait qu’elle ferait des merveilles et qu’elle serait suffisamment forte pour diriger Embra. C’était un manque plus lancinant et complexe. La présence de Sora dans sa vie le conduisait à avoir besoin de la voir, de la sentir, de s’assurer de sa sécurité. Jamais encore il n’avait ressenti un besoin de protection aussi fort.

    Tomas quitta le château de Spencer le lendemain du départ de Sora, dans la matinée qui annonçait l’arrivée de l’automne. Le ciel était d’un gris doux, annonciateur des pluies à venir. Le voyage était long. fastidieux. Les routes escarpées et très boueuses à cause du mauvais temps et de l’humidité n’aidaient en rien. Il chevaucha avec ses hommes, à travers les Lowlands, des plaines verdoyantes parsemées de petits villages. Les fermiers, reconnaissant leur roi, l’accueillirent avec des offrandes de miel, de fromage et de pain de seigle. L’air était empli des chants des oiseaux et du bêlement des moutons. Chaque village visité était souvent de bon augures. Les paysans, quoi que pauvres, savaient que cette nouvelle génération de souverains en la personne de Tomas allait enfin les considérer. Ils le saluaient chaleureusement.

    Malheureusement, le souverain ne rencontraient pas toujours le même succès avec ses vassaux. Beaucoup étaient des amis de son oncle, celui qui l’avait défié. Aussi, même s’ils donnaient hospitalité à leur souverain, une certaine forme de défiance restait. Pédagogue, Tomas exposait ses réformes, ses projets. Certains semblaient surpris, n’avaient visiblement pas compris ce qu’il envisageait, se rendant compte qu’ils avaient été trompé. En se déplaçant, Tomas faisait preuve de courage et cela forgeait le respect de beaucoup de seigneurs.

    Après deux mois de route, Tomas atteignit les Highlands. Il avait voyagé tout le autour de l’île sans rencontrer de brigands. Là, devant le paysage des Highlands, il se sentait enfin chez lui, proche de la maison et donc de Sora. Elle en était à son septième mois de grossesse et il tardait au jeune roi de rentrer pour la retrouver. Il savait que la reine Matoaka avait déjà rejoint sa fille et qu’elle était entre de bonne main, mais son inquiétude était viscérale. A chaque étape, il lui faisait envoyer un corbeau pour lui donner sa position et lui assurer être toujours en vie. Il était le Roi mais il pouvait aussi aisément être attaqué et blessé. Malgré ces messages échangé, les nuits, il pensait à elle et s’endormait difficilement sans la sentir contre lui.

    Les montagnes, revêtues de leurs habits d’hiver, étaient d’une beauté sauvage et indomptable. Les lochs, ces lacs profonds et mystérieux, reflétaient les cimes enneigées des Cairngorms. Tomas se souvenait alors des récits que lui avait raconté Gurney sur les trolls et les fées qui peuplaient ces contrées quand il était enfant. Y repensait le faisait sourire. Il avait tellement hâte de pouvoir les raconter à sa petite princesse. Il se demandait même si Sora aimerait ses histoires anciennes.

    Il visita ensuite les îles, où la mer était d’un bleu profond et les plages de sable blanc. Les pêcheurs le régalèrent de saumon frais et de langoustines. Un jour qu’il se promenait sur les falaises, admirant les colonies d’oiseaux de mer, il eut comme un flash. Un flash intense d’un souvenir qu’il ne se souvenait pas avoir vécu mais qu’il sentait pourtant comme quelque chose de réel. Sora, mais vêtue étrangement et lui, l’envoyant dans un petit bateau. C’était étrange comme sensation. Un flash de leur avenir ? Il se promit de lui parler de ce souvenir dès son retour. Le vent marin, chargé d’embruns, lui rappelait la fraîcheur de l’air du nord, celui qui lui évoquait Sora et il fit une prière en pensée, espérant secrètement qu’elle la ressentirait.

    Chaque soir, autour du feu de camp, Tomas écoutait les récits des bardes, qui chantaient les exploits des anciens rois de son pays. Ces histoires le remplissaient d’une grande fierté et le liaient encore plus à son peuple. Mais surtout, la renommée de la princesse viking parvenait comme un murmure dans ces contrées sauvage. Sora, la divine, juste et douce reine. Savait-elle que les bardes parlaient déjà de sa beauté, de sa gentillesse ? Il s’amusait à donner encore plus d’adjectifs pour la présenter, alimentant encore plus la renommée de son épouse qui était déjà aimée. Cela le faisait sourire, amusé de faire d’elle une héroïne à son insu.

    Le voyage devait durer encore une semaine, mais Tomas était las. Il voulait rentrer. Il n’était plus qu’à quelques heures de Embra et la nuit allait tomber. Il décida que ce soir, il serait près de Sora. La surprise serait totale puisqu’ils ne devaient arriver que dans deux semaines. Il allait ordonner un ultime effort à ses hommes mais en voyant la fatigue sur leurs visages, abandonna l’idée. Ainsi donc, il leur laissa la nuit au château d’un petit seigneur tranquille mais décida de faire le chemin seul. Il se voyait déjà faire la surprise à Sora et imagina la douce nuit qu’il allait passer dans ses bras.

    Il était presque deux heures du matin quand le roi entra dans Embra. Fatigué mais heureux. Le château était endormi, pas un bruit ne circulait dans les couloirs. Cela l’amusa de pénétrer aussi aisément son château sans être aussitôt accoster. Les gardes le reconnurent et s’inclinèrent prêt à prévenir tout le monde mais Tomas demanda de la discrétion. En entrant dans la salle du trône, il contourna les colonnes pour s’apercevoir surprit que quelqu’un se trouvait dans la bibliothèque. Retirant sa cape, il entra dans la pièce et vit Lune se redresser. Elle veillait sa maîtresse endormie près de la cheminée, sur un fauteuil. Son ventre était bien rond, elle semblait épuisée.

    Lune grogna un moment avant de finalement reconnaître Tomas contre qui elle venait se frotter. Elle était contente de le revoir même si elle savait qu’elle devrait céder la place dans le lit. Tomas souriait, caressant son pelage avant de s’approcher doucement de son épouse endormie pour ne pas l’effrayer. Son pas lourd, le grognement du chien-loup réveilla néanmoins la jeune reine qui pouvait alors voir se dessiner dans l’obscurité la carrure de son époux, « C’est ainsi que dort ma reine ? Qui vais-je devoir gronder pour ne pas t’avoir mis au lit mon amour ? », s’amusait-il à répliquer en venant lentement vers elle.

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    C.

    Tomas avait oublié la fougue de son épouse. Et ce n’était certainement pas un bébé qui allait la faire perdre en vigueur. Secoué de bon matin par la joie de cette dernière, il eut difficilement comprit ce qu’elle disait. Il fallut qu’il se redresse sur le lit et qu’il lui demande quelques secondes de douceur matinale avant de comprendre ce qu’elle disait, « Hum.. Le roi de France ? Et bien pourquoi pas. Nous verrons cela pour le printemps prochain. Pour le moment avec l’hiver à nos portes il est préférable que nous pensions à nos gens et ta sécurité, surtout que bientôt nous serons trois et que j’ai une épouse qui déroge aux règles habituelles en voulant garder notre petit trésor avec elle. »

    Ce n’était pas un reproche et encore moins une pique envers Sora. Il en avait longuement discuté avec elle avant son départ et il avait été d’accord sur l’importance de garder leur enfant près d’eux. Il faisait une totale confiance à son épouse sur l’éducation à donner à cette enfant. Après tout, lui-même n’avait aucune référence et il avait été enchanté par ce qu’il avait vu chez les Erikson.

    Finissant par raccompagner sa belle-mère vers l’extérieur de la chambre, il la remercia pour sa présence mais lui rappela qu’il avait besoin de temps avec son épouse. Matoaka ne sembla pas s’en offusquer et partie sans regret de la chambre sachant pertinemment que Tomas étant rentré, Sora serait plus calme et sereine. Une fois la porte close, il se tourna vers son épouse qui n’avait pas perdu son sourire. Au contraire. Il la trouvait si belle ainsi, pleine de vie. Il ne pouvait s’empêcher de faire le rapport avec Anna souvent malade et très faible. Sora était la vitalité, la force et le soleil de sa vie. Rapidement il chassa cette mauvaise comparaison pour retirer sa chemise et apparaître presque nu devant elle. Se penchant sur ses lèvres, il lui donna un langoureux baiser en caressant ses joues.

    « Hier soi j’étais bien trop épuisé pour t’offrir mon cadeau de retrouvailles mais maintenant que nous sommes reposés, tranquilles et seuls, ma douce et tendre épouse, laissez moi vous montrer à quel point vous m’avez manqué. »

    Tomas renvoya toutes les personnes qui venaient toquer à la porte. Toute la matinée, il s’occupa de dorloter, masser, embrasser, lécher et mordiller le corps nu de son épouse. Il lui prouvait qu’elle avait beau être aussi ronde qu’une brioche, il la désirait toujours autant. Il prit le temps et le soin de la cajoler et d’écouter toutes les nouvelles du château. Il était fier d’elle et ronchonna quant elle se compara à sa mère, « Sora.. Ta mère est une merveilleuse reine et une merveilleuse mère. Tu as appris d’elle et tu vas t’inspirer d’elle mais tu es encore plus exceptionnelle. Tu sais que j’ai un profond respect pour elle et que je l’adorerais pour t’avoir mis au monde mais Sora.. à mes yeux tu es la perfection. Tu l’ignores encore mais sur le chemin je n’ai entendu que des récits sur toi, ta force, ta beauté, ton amour pour moi. Tu as sauvé mon coeur mais aussi mon royaume et ça uniquement avec ta passion folle Sora Wells, Reine d’Anglicie. L’Histoire se souviendra de toi, la Reine de tous les peuples au coeur de soleil.»

    En disant cela, sa main caressant son ventre. Le bébé faisait des cabrioles, sans doute pour confirmer ce que disait le père ce qui fit rire ce dernier. Ils émergèrent de la chambre en début d’après-midi. Tous les deux étaient affamés. Tomas dévora avec un lance-pierre puis laissa son épouse au bon soin de sa cour pour faire un état des lieux du château et des derniers travaux à prévoir avant l’hiver. Sora, en bonne viking, avait su anticiper les réserves du château, aussi, Tomas n’eut qu’à jeter un oeil aux caves. Un souci de moins s’amusait-il à répliquer.

    Finalement, son tour fut assez rapide et quand il rejoignit la bibliothèque qui était la pièce la plus confortable pour se reposer et discuter, il déclara « C’est officiel, la Reine a fait un si bon travail que je vais pouvoir partir souvent et parcourir le monde ». Il la taquinait bien entendu et la rassura en embrassant son ventre bombé, « Tu as fait un travail titanesque mon amour. Je ne saurai comment te démontrer ma gratitude. »

    L’une de ses dames de compagnie proposa un bal. Tomas n’y voyait pas d’inconvénients et proposa de le préparer dans deux jours, au moment où Leif Erikson arriverait. Cela mit tout le monde en joie et Sora, en bonne châtelaine, était déjà sur le quai vif. Ainsi, Tomas se retrouva seul un moment avec Matoaka qui l’observait d’un oeil curieux. Il la remercia de sa présence et qu’il se sentait rassuré qu’elle accompagne Sora pour le bébé, « Ma fille est forte. Ses visions sont juste Tomas, elle te donnera une armée de bébés. Je ne l’ai pas dit à Leif de peur de le faire ronchonner tu te doutes bien mais sache que tout se passera très bien. Si mes calculs sont exact, l’enfant naîtra à la prochaine lune. »

    Malgré les mots apaisants de sa belle-mère, Tomas était quand même anxieux. Il faisait attention à tout auprès de Sora. Son oeil était très attentif à chacun de ses mouvements, comme prêt à partir à l’attaque si quelque chose se passait. Les vieilles habitudes ont la peau dure. Au repas du soir, Tomas évoqua une nouvelle surprise pour Sora. C’est donc après dîner qu’ils se rendirent dans la salle du trône où des troubadours se mirent à jouer des chants comptant la beauté et la force de la reine du nord. Ils parlaient bien évidemment de Sora et ces chants provenaient de l’Anglicie du sud expliquait Tomas fièrement à Sora. « Un soir je les ai entendu chanter alors que je me promenais dans un faubourg. J’ai vite compris qu’ils parlaient de toi. Alors.. Ma reine au coeur soleil, tu as déjà charmé tous nos sujets en plus de ton Roi, quelle sera la suite ? »

    Ils formaient un couple atypique mais puissant. D’extérieur on pouvait aisément voir qu’ils étaient proche de l’un et de l’autre et cet amour charmait autant qu’il faisait des envieux. Mais pour le moment, rien ne pouvait faire sortir Tomas de sa bulle. Avant d’aller se coucher, il proposa à Sora d’aller se balader dans le petit jardin. C’était là qu’ils avaient échangés leur premier baiser. L’air était frais mais sous leur peau de bête, ils étaient à l’abris. La main de Tomas ne quittait pas le ventre de Sora qu’il caressait, « Tu sais, c’est la première fois de ma vie que je me sens aussi heureux d’être ici. A la maison. Je sais que je n’offense pas la mémoire de Anna. Elle même ne se sentait pas heureuse ici et elle ne s’investissait dans rien. Son pays lui manquait trop. Je te suis tellement reconnaissant Sora.. Pour ta patience, ta douceur, ton amour à mon égard. Jamais je n’aurai cru que tu puisses tomber amoureuse de moi.. Jamais je n’aurais espéré avoir une aussi belle et parfaite épouse. »

    Avec son retour à la maison, Tomas s’ouvrait enfin un peu plus à Sora sur ses émotions, ses sentiments. Peut-être était-ce le manque ou même encore la peur de l’accouchement. Toujours est-il que sous la protection des étoiles, Tomas déclamait son amour à sa reine.

    Quelques heures plus tard, dans le silence tranquille de la nuit, Sora poussa un cri déchirant. Il ne fallut pas longtemps pour que Matoaka et Gurney surgissent dans la chambre qu’occupaient les souverains. Tomas tenait la main de son épouse, blême et décomposé. Il ne savait pas quoi faire, il était tétanisé par la peur. Matoaka prit la relève en bonne mère et excellente guérisseuse. Pour le bien de sa fille et en voyant la terreur de Tomas, elle ordonna à Gurney d’emmener le Roi autre part. Ce dernier ne protestait pas, trop accablé en voyant la douleur de son épouse.
    « On dirait que le petit prince était pressé d’arriver », s’amusait à répliquer Gurney qui parait toujours sur le sexe du bébé. Le château était plongé dans une étrange attente. À l’étage, au bout d’un long couloir de pierre froide, la chambre était baignée d’une lueur tamisée par les chandelles vacillantes. Les cris de Sora, résonnaient au-delà des murs épais, déchirant l’obscurité. Tomas, affligé et recroquevillé dans le couloir priait tous les dieux qu’il connaissait. C’était effroyable comme attente,

    Il se tenait dans l’ombre, le dos appuyé contre la porte, le cœur battant à un rythme effréné. Ses mains tremblaient légèrement, et une sueur froide perlait sur son front. Chaque cri de douleur de son épouse lui transperçait l’âme. Il savait qu’il ne pouvait rien faire pour la soulager, et cette impuissance le rongeait.

    Cette épreuve l’avait déjà traumatisé la première fois, des années auparavant. Il ne pouvait s’empêcher de penser à Anna, sa femme mais aussi son amie. Il avait tenu sa main lors de son dernier souffle, regardant impuissant la vie quitter ses yeux. Leur enfant, une petite fille, n’avait pas survécu non plus. Depuis ce jour tragique, Tomas portait en lui cette douleur indescriptible, une peur sourde qui ne l’avait jamais quitté et la certitude d’être maudit. Cette nuit-là, les souvenirs douloureux se mélangeaient à la réalité présente, ravivant des cicatrices qu’il avait tenté d’enfouir au plus profond de lui.

    « Seigneur », murmura une servante en approchant timidement, « La reine est forte et sa mère fait tout pour que cela se passe bien je vous l’assure » . Mais Tomas ne répondit pas. Il restait immobile, le regard fixé sur la porte fermée, comme s’il craignait qu’en la franchissant, il scellerait un destin qu’il redoutait plus que tout : voir Sora agonisant dans un lit ensanglanté.

    Malgré cette douleur insupportable, Tomas savait que Sora pouvait luttait, notamment cette détermination farouche. Le sang des vikings, des guerrières intrépides, coulait dans ses veines. Elle n’était pas du genre à céder face à l’adversité, même dans une épreuve aussi cruelle que celle-ci. Mais l’accouchement était long pour Tomas, et il se doutait que la fatigue commençait à peser lourdement sur elle. Alors, sans attendre un instant de plus, il entra dans la chambre.
    « Tiens bon, Sora, » murmurait avec douceur sa mère en essuyant la sueur sur son front. « Tu y es presque, ne lâche pas prise. »

    Sora, à bout de souffle, tourna la tête faiblement vers la porte. Même à travers la douleur, elle pouvait sentir la présence de Tomas. Il vu qu’elle savait à quel point il souffrait en silence. Elle le connaissait par coeur et il craignit que ette même peur qui le hantait depuis la perte de sa première épouse ne la contamine. Ils semblaient savoir que cette nuit serait une épreuve pour eux deux, une épreuve qui mettrait leur amour et leur courage à l’épreuve ultime.
    Depuis la porte, Tomas était déchiré entre son désir désespéré de s’enfuir et de rester à ses côtés. Chaque cri de Sora réveillait en lui la mémoire de ce jour maudit où il avait encore tué une personne qui lui était cher. Mais cette fois, l’enjeu était encore plus grand. Il ne pouvait pas perdre Sora, la femme qui avait ramené la lumière dans sa vie sombre, ni l’enfant qu’elle portait en elle, un symbole de leur union.

    Tomas finit par céder à l’appel de son cœur. Il finit par entrer, s’avançant dans la pièce. Les sages-femmes le regardèrent entrer, un mélange de surprise et de respect dans leurs yeux. Il s’approcha du lit où Sora luttait, tenant la main de l’une des femmes, le visage crispé par l’effort.

    « Mon amour, je suis là », murmura-t-il en s’agenouillant à ses côtés, prenant doucement sa main dans la sienne. Il la vit tourner légèrement la tête vers lui, ses yeux remplis de douleur mais aussi de cette force indomptable qui l’avait toujours définie. Difficile de se concentrer pour le roi qui tenait fermement la main de son épouse en caressant ses cheveux humide de transpiration. Il avait envie de pleurer, se sentant désarmé, « Comment.. J’aimerai tellement t’aider Sora.. », avouait-il faiblement.

    Elle lui souriait si tendrement qu’il lui rendit. Mais Tomas voyait au-delà de son sourire, il voyait la fatigue, la lutte. Et il sentait la peur revenir, cette peur viscérale qu’il avait ressentie la première fois. Il baissa la tête, posant son front contre sa main, une prière silencieuse brûlant sur ses lèvres, « Je t’aime », avouait-il pour la toute première fois, « Je t’aime tellement. Je suis désolé de te demander ça mais.. mais continue Sora.. Je ne veux pas te perdre.. Tu es si forte, jamais encore je n’avais vu qui que ce soit d’aussi brave, Sora tu es ma lumière, mon soleil »

  54. Avatar de C.
    C.

    Le château était plongé dans un silence lourd et accablant, un silence qui contrastait cruellement avec les cris joyeux qu’ils avaient tous espérés. Au lieu de cela, la mort avait encore une fois réclamé ce qui devait être une nouvelle vie, laissant dans son sillage un abîme de tristesse.

    Après l’enterrement, Tomas avait raccompagné son épouse dans leur chambre. Matoaka lui avait donné une potion pour dormir afin qu’elle reprenne des forces. Pendant ce temps, Tomas se tenait dans l’ombre de la chambre, figé par la douleur et l’incrédulité. Devant lui, Sora, était recroquevillée, pleurant en dormant. Il était pénible d’imaginer le petit corps de leur fille, enveloppée dans un linceul blanc, reposant loin des bras de sa mère. Catriona avait à peine poussé son premier cri. Elle était née avec joie, mais un souffle de vie trop fragile pour survivre à sa naissance.

    Sora serrait un enfant imaginaire contre elle, son corps secoué par des sanglots silencieux, tandis que Tomas regardait, le cœur en miettes. Il avait déjà vécu cette horreur, cette même douleur déchirante, et maintenant, elle le frappait de nouveau, mais cette fois, elle emportait avec elle non seulement sa fille, mais aussi l’espoir fragile qu’il avait tenté de reconstruire.

    Il s’approcha lentement, chaque pas lui semblant plus lourd que le précédent, comme si un poids invisible s’abattait sur ses épaules. Il s’agenouilla près du lit, posant une main tremblante sur l’épaule de Sora. Mais elle ne leva pas les yeux, elle dormait profondément. Ses larmes tombaient sans fin sur le visage paisible de l’enfant, comme si elles pouvaient le ramener à la vie.

    « Sora… », murmura Tomas, sa voix brisée par l’émotion, « Je suis tellement désolé… », Arrivée derrière lui et fermant la porte, le roi vit Matoaka secouant doucement la tête, incapable de parler. Elle se sentait elle aussi brisée, vidée, comme si une partie d’elle avait été arrachée. La guerrière qu’elle était, si forte et indomptable, semblait s’être éteinte à cet instant. Elle ne comprenait pas. Pourquoi les dieux avaient-ils été si cruels ? Pourquoi leur avaient-ils donné un enfant pour le reprendre aussitôt ?

    Mais elle devait faire taire cette douleur, car elle savait que Tomas, avait une autre pensée. Celle qui venait percer à travers sa douleur, une pensée qui s’insinuait dans son esprit comme un poison. La malédiction. Celle qui avait déjà coûté la vie à sa première épouse et à leur enfant. Il avait cru, naïvement, qu’il pourrait échapper à ce funeste destin en épousant Sora, en changeant son avenir. Mais il s’était trompé. La malédiction était bien réelle, et elle avait frappé de nouveau, implacable.

    « C’est ma faute » murmura-t-il d’une voix tremblante plus pour lui-même que pour Matoaka, «La malédiction… elle a pris notre fille. Elle a maudit Sora qui était pure, si heureuse, si joviale… Comment pourrais-je l’aider ? Comment pourrais-je lui offrir de nouveau un bonheur après ce que je viens de lui infliger ? »

    Matoaka leva enfin les yeux vers lui, les larmes toujours ruisselant sur ses joues. Elle pouvait voir dans les yeux de Tomas une douleur qui laissait place à la culpabilité, une culpabilité dévorante qui menaçait de l’engloutir. Elle secoua la tête, avec plus de force cette fois, refusant de croire ce qu’il disait.

    « Non, Tomas… Ce n’est pas ta faute… Ce n’est pas à cause de toi… Pas à cause de cette malédiction… », dit-elle, sa voix brisée mais résolue.

    Mais Tomas ne l’entendait pas. Les souvenirs de son enfance, la mort de sa mère, celle d’Anna et de leur fils, les avertissements jadis ignorés, les ragots, tout cela revenait à lui en une vague implacable. Il se leva brusquement, comme si la chambre, avec sa douleur et sa perte, l’étouffait. Il fit quelques pas en arrière, ses mains se refermant sur ses tempes comme pour chasser une vision infernale.

    « Non, je le sais… C’est moi… Tout est à cause de moi. Je n’aurais jamais dû croire que je pouvais y échapper. La malédiction est sur mon sang, sur ma lignée. Elle a pris Anna, et maintenant elle a pris notre fille.. Sora est une âme innocente et je lui fais goûter l’enfer par pur égoïsme ». Matoaka tenta de se lever, mais ses forces l’abandonnèrent. Elle tendit une main vers Tomas, mais il recula encore, comme s’il ne pouvait supporter d’être touché, comme si son propre corps était devenu un fléau.

    «  Tu es maudit, oui », dit Matoaka, sa voix se brisant, « Mais ce n’est pas cette malédiction qui nous a pris notre Caitriona. Ce sont les aléas cruels de la vie. C’est un mystère que même les dieux ne peuvent expliquer. Mais ce n’est pas toi… Ce n’est pas toi… et tu le sais. Voilà pourquoi nous devons garder le secret. Si Sora l’apprenait, elle deviendrait cruelle et ne verrait que l’esprit de la vengeance. Or, ce n’est pas cela qui ramènera la petite. »

    Mais Tomas ne pouvait pas l’entendre. Son esprit était enveloppé dans un voile sombre de culpabilité et de désespoir. Il se tourna brusquement et quitta la chambre, incapable de supporter une seconde de plus cette scène tragique.

    Il erra dans les couloirs froids du château, ses pensées un tourbillon de douleur, de colère et de chagrin. Chaque pas résonnait dans le silence oppressant, comme un écho de son propre cœur brisé. Il atteignit la grande salle, vide et silencieuse, et s’effondra sur les marches de pierre, la tête entre les mains.

    Les souvenirs de ce qu’il avait déjà perdu revenaient en force, se mêlant à la douleur présente. Il n’avait pas été capable de sauver sa mère, Anna et leur fils, et maintenant, il avait échoué à protéger Sora et leur enfant. La malédiction l’avait une fois de plus triomphé. Il se demanda, désespéré, combien de vies encore elle emporterait, combien de souffrances elle infligerait avant qu’il ne soit enfin libéré de son emprise.

    Dans la chambre, Sora restait seule, veillée par sa mère. Sur les joues de cette dernière, les larmes continuaient de couler, mais dans son cœur, une détermination glaciale se formait. Elle appréciait Tomas, mais elle savait qu’il ne pourrait pas continuer à se laisser dévorer par cette culpabilité. Elle devait trouver un moyen de briser cette malédiction, de libérer leur avenir de cette ombre mortelle. Mais pour l’instant, tout ce qu’elle pouvait faire, c’était pleurer la perte de leur enfant, un enfant qu’ils avaient tant espéré pour sa fille.

    Il y avait une certitude pour Matoaka, c’était que même si le destin semblait cruel, Sora n’était pas une femme qui pliait face à l’adversité. Dans son cœur, un autre combat se préparait, un combat contre les forces invisibles qui chercheraient à détruire tout ce qu’elle aimait. Mais ce soir-là, tout ce qu’elle pouvait faire, c’était pleurer. Pleurer sa petite fille perdu, et pleurer pour sa fille qu’elle aimait. Peu importe que Tomas soit dévoré par une malédiction elle savait que le plus dur allait arriver, que désormais, ils devaient affronter ensemble, coûte que coûte, l’avenir incertain qui se jouait.

    Leif était arrivé comme prévu deux jours plus tard. S’il s’était attendu à un banquet et des festins, il fut apeuré quand il vit les drapeaux sombre érigés. Un mort était annoncé. Immédiatement, il pensait à Mataoka ou même Sora. Jamais il n’aurait pu pensé que le bébé mourrait. Il trouva sa femme effondrée mais ce fut encore pire pour sa fille qui était dans un état léthargique.

    Les jours qui suivirent la mort de leur enfant se fondirent en une interminable nuit de douleur et de silence. Le château, autrefois animé par l’espoir de la naissance à venir, était devenu un lieu de deuil, où le temps semblait s’être arrêté. Tout le château s’inquiétait, Tomas était redevenu l’homme qu’ils connaissaient. Il errait comme une ombre dans son propre royaume, évitant les regards, les conversations, et surtout, évitant son épouse. Chaque fois qu’il croisait son chemin, il détournait les yeux, incapable de soutenir son regard, incapable de supporter la vue de sa souffrance. Il ne dormait presque plus, préférant passer ses nuits à parcourir les corridors du château ou à s’isoler dans son bureau, seul avec ses pensées sombres et prétextant de nombreuses tâches à remplir.

    Il se doutait bien qu’elle tentait de surmonter sa propre peine. Mais la distance croissante entre elle et Tomas le rongeait autant que la perte de leur enfant. Pouvait-elle pouvait sentir sa douleur, sa culpabilité, même lorsqu’il n’était pas près d’elle. Savait-elle qu’il se blâmait pour tout ce qui s’était passé, pour la mort de leur fille, pour la malédiction qui les avait frappés. Mais comment le lui faire comprendre quand il se refusait à l’entendre, à la voir ?
    Une nuit, alors que le château était plongé dans un silence oppressant, Gurney décida qu’il ne pouvait plus laisser la situation perdurer. Il savait que si elle laissait Tomas s’enfoncer plus profondément dans sa culpabilité, Sora le perdrait à jamais, et avec lui, tout espoir de reconstruire leur vie.

    Il le trouva dans son bureau, assis à son bureau, sa silhouette imposante éclairée par la lumière tremblante des torches. Tomas tenait une coupe de vin, mais il n’y avait pas touché. Ses yeux fixaient un point indéfini dans l’obscurité, et son visage portait les marques de nuits sans sommeil et de tourments intérieurs.

    « Tomas… » murmura-t-il en entrant, brisant le silence. Il ne bougea pas, mais il savait qu’il l’avait entendu. Il s’approcha lentement, ses pas résonnant lourdement sur les pierres froides. Lorsqu’il arriva à sa hauteur, il s’agenouilla devant lui, cherchant à capter son regard.

    « Tomas, regarde-moi, je t’en prie. » Il détourna légèrement la tête, mais Gurney ne céda pas. Il posa une main douce mais ferme sur son bras, l’obligeant doucement à lui faire face. Comme un père à son fils, il essayait de l’aider, « Pourquoi t’éloignes-tu d’elle ? Pourquoi te punis-tu ainsi ? Ce n’est pas ta faute, Tomas. »

    Le roi serra les dents, refusant de la regarder, les yeux toujours rivés sur le sol, « Comment peux-tu dire ça, Gurney ? Tout ce qui est arrivé, tout ce que nous avons perdu… C’est ma faute. La malédiction est sur moi. Si je ne l’avais pas épousée, si je ne l’avais jamais amenée ici, notre enfant serait peut-être vivant aujourd’hui et elle serait une mère, heureuse et magnifique ! »

    Gurney eut mal en entendant ces mots mais ne lâcha pas prise. Il savait qu’il devait l’affronter, qu’il devait le sortir de cet enfer intérieur.

    « Tomas, écoute-moi. Nous avons tous deux perdu un enfant, et c’est une douleur que je ne pourrai jamais oublier. Mais ce n’est pas la malédiction qui as tué Caitriona. La vie est cruelle, les dieux sont cruels, mais tu ne peux pas porter seul la responsabilité de cette tragédie. Elle est ta femme, Tomas, et elle souffre tout autant que toi, mais je refuse que tu l’as perde à cause de cette culpabilité qui te dévore. Cette culpabilité qui te tue depuis toutes ces années. »
    Tomas ferma les yeux, comme si ses paroles étaient trop dures à entendre. Il serra les poings, sa voix tremblante de colère et de désespoir.

    « Comment peut-elle encore rester près de moi ? Comment pourrait-elle encore me regarder, sachant ce que j’ai fait ? J’ai détruit notre famille avant même qu’elle ne commence. Je lui ai infligé cette malédiction. Si elle restes avec moi, elle continuera à la détruire. »

    Gurney laissa un profond soupire s’échapper, malheureux de cette situation. Néanmoins, en se redressant, il vit dans l’ombre de la porte que la reine se tenait tout près, à l’écoute. Sans doute n’avait-elle rien raté de l’échange entre les deux hommes.

    « Tu n’es pas seul dans cette épreuve. La malédiction, si elle existe vraiment, vous touche tous les deux. Mais c’est ensemble que vous devez la combattre, pas en vous éloignant l’un de l’autre. Elle t’aime, Tomas, et je ne te laisserai pas t’abandonner à ce désespoir. Je suis prêt à t’aider à affronter cette malédiction, à affronter n’importe quel obstacle, tant que tu ne repousses pas l’amour qui se présente à toi. »

    Tomas leva enfin la tête mais son regard effrayé Gurney plus que de raison. Il avait une lueur de détermination dans le regard qui ne présageait rien de bon, « Dans une semaine, le Handfasting se terminera.. Je vais laisser à Sora l’opportunité de reprendre sa liberté. Il n’y a rien ici pour elle. Seulement la mort et le désespoir. Elle mérite mieux qu’une moitié d’homme maudit », expliquait-il à Gurney avant de boire cul sec son verre de vin, « Et avec le temps, elle trouvera certainement la paix et l’amour qu’elle mérite plus que tout au monde ».

  55. Avatar de C.
    C.

    Les mois passèrent, puis une année entière. Le royaume ne connaissait plus de repos, et son roi non plus.

    Depuis que Sora avait fui le château, Tomas s’était plongé dans son devoir de souverain avec une ferveur proche de la frénésie. Il passait ses journées et ses nuits enfermé dans la grande salle, entouré de parchemins, de cartes et de conseillers, traitant inlassablement les affaires de son royaume. Guerre, famine, alliances, justice, économie… Il ne laissait rien échapper à son contrôle, comme s’il cherchait à étouffer dans le travail la douleur qui lui rongeait l’âme.

    Il n’avait pas osé amadouer ou même questionner Matoaka. Elle disait ne rien savoir mais Tomas n’était pas dupe. Jamais Sora serait partie sans en parler à sa mère. Leif avait craint que l’alliance soit rompue mais Tomas ne rompit aucun traité. Malgré l’absence de Sora, il savait que ce qu’il avait construit avec Leif était pour le mieux pour son royaume. Le mariage ne devait, au départ, n’être qu’un contrat. Il avait été respecté. Sora était restée une année et avait décidé de partir. Que pouvait-il y faire ?

    Les gens du château murmuraient dans les couloirs sombres. Certains disaient que le roi avait perdu l’esprit, d’autres pensaient qu’il cherchait à oublier. Personne ne savait vraiment ce qui s’était passé entre Tomas et Sora pour qu’elle décide de disparaître. La mort de l’enfant avait sans aucun doute ébranlé le couple, mais tous étaient d’accord pour confirmer qu’ils avaient l’air si amoureux l’un de l’autre qu’il était étonnant que cette épreuve ne les achèvent si rapidement. Beaucoup était tristes, leur étrange reine viking avait simplement disparu. Les serviteurs avaient découvert sa chambre vide, ses affaires emportées, sans une lettre, sans un mot. Tomas n’avait donné aucune explication, aucune alerte n’avait été lancée pour la retrouver. Et depuis ce jour, il n’était plus que l’ombre de lui-même.

    Assis sur le trône, Tomas écoutait ses conseillers d’une oreille distraite. Devant lui, un groupe de nobles se disputaient au sujet de nouvelles taxes à imposer pour renforcer les défenses du royaume contre les potentielles incursions des viking du nord. Ils se lançaient des arguments sans fin, des chiffres et des menaces à demi-voilées, mais Tomas n’entendait que des murmures lointains, comme des échos dans une mer de brume.

    « — Votre Majesté je vous en conjure vous devez y penser. Plus rien n’empêche Leif Erickson de nous envahir, dit finalement l’un des conseillers en s’approchant, osant interrompre le silence qui s’était installé. Quelle est votre décision ? Prendre une nouvelle épouse ? J’ai entendu dire que les hommes du sud seraient prêt pour une alliance »

    Tomas leva les yeux vers lui, son regard fatigué et éteint. Il avait vieilli en un an, plus que les années ne le méritaient. Ses traits étaient marqués par des cernes profondes, sa barbe négligée et ses cheveux grisonnants.

    « — J’ai toute confiance en Leif Erikson, c’est un homme de parole. Maintenant, sur vos terres, faites ce que vous jugez nécessaire, répondit-il d’une voix rauque. Renforcez vos défenses, négociez avec qui vous voulez… Mais ne veux plus entendre parler de ce sujet. »

    Les conseillers échangèrent des regards inquiets mais obéissants. Ils savaient que leur roi n’était plus le même depuis le départ de la reine. Mais qui oserait questionner un roi déjà brisé ?

    La salle se vida peu à peu, et Tomas se retrouva seul, comme il le préférait désormais. Le silence régnait autour de lui, mais à l’intérieur, son esprit était un chaos tourbillonnant. Il se leva lentement, quittant le trône pour se diriger vers les fenêtres. Dehors, la pluie tombait en fines gouttes, dessinant des motifs sur les carreaux.

    Il pensait à Sora, chaque jour, chaque instant. Il pensait à son visage, à ses yeux pleins de feu et de force, et à la manière dont ils l’avaient regardé pour la dernière fois, remplis de douleur et de déception. Elle n’avait rien dit lorsqu’elle était partie, mais Tomas savait pourquoi. Elle ne supportait plus sa culpabilité, sa distance, son incapacité à affronter ensemble le poids de leur perte. Il s’était renfermé dans sa propre douleur, la laissant seule dans la sienne, et finalement, elle avait décidé de partir.

    Il se revoyait, assis dans cette même pièce, seul dans l’obscurité, cherchant une réponse à la question qui le hantait. Avait-il été maudit ? Avait-il été la cause de tout ce malheur ? Et maintenant, qu’avait-il à offrir à son peuple, à son royaume ? Un roi sans reine, un homme sans espoir. Il avait construit des murs de travail autour de lui, espérant oublier, mais chaque jour lui rappelait la même chose : il avait échoué.

    Un soir, alors que nuit s’étendait encore, Tomas, épuisé, s’effondra sur une chaise. Les étoiles scintillaient faiblement dans le ciel noir, et il se demandait si, quelque part, Sora les regardait aussi. Où était-elle ? Que faisait-elle ? Était-elle en sécurité ?

    Un an, et il n’avait eu aucune nouvelle d’elle. Elle était partie avec la force d’une guerrière, mais il savait qu’en elle battait un cœur brisé. Il s’était demandé mille fois s’il devait la chercher, envoyer des éclaireurs, des messagers, parcourir lui-même chaque coin de terre pour la retrouver. Mais chaque fois, il s’était retenu, convaincu qu’elle était mieux sans lui, loin de la malédiction qui semblait entourer sa vie.
    Pourtant, cette nuit-là, alors que les ténèbres semblaient plus épaisses que jamais, Tomas sentit quelque chose bouger en lui, une petite étincelle qu’il n’avait pas ressentie depuis longtemps. Et s’il ne pouvait pas fuir sa propre culpabilité ? Et s’il devait affronter ses démons pour espérer la retrouver, pour espérer un jour la revoir ? Il savait qu’il ne pourrait continuer ainsi, errant dans un château froid et vide, se punissant pour ses fautes.

    Il devait essayer, au moins une fois, de la retrouver, de lui dire tout ce qu’il n’avait pas su dire, tout ce qu’il n’avait pas eu le courage d’affronter.

    Avec une résolution nouvelle, Tomas se leva, le cœur battant. Il quitta la grande salle, déterminé. Le travail pouvait attendre, le royaume pourrait attendre. Il avait laissé Sora partir sans un mot, sans une explication. Maintenant, il devait la chercher. Peu importe combien de temps cela prendrait, peu importe ce qu’il en coûterait.

    Il n’était plus question de fuir. Il devait la retrouver, lui montrer que malgré ses erreurs, malgré la malédiction qu’il croyait porter, il était encore capable d’aimer.

    Tomas chevauchait depuis des jours, le vent froid du nord fouettant son visage tandis que les vastes étendues des terres vikings s’ouvraient devant lui. Après avoir navigué pendant une longue semaine, ils durent mettre pieds à terre tant le vent était instable. Les plaines s’étiraient à perte de vue, parsemées de montagnes sombres et de forêts épaisses. Il avait laissé derrière lui les murs austères de son château anglais, accompagné d’une poignée de ses plus fidèles guerriers, mais à chaque pas qu’il faisait vers ces terres hostiles, il se sentait de plus en plus seul.

    Il savait qu’il approchait du domaine de Leif et Matoaka. La décision de venir les trouver n’avait pas été facile à prendre. Tomas n’était pas seulement un étranger ici ; il était un roi anglais, un potentiel ennemi, et il n’avait aucune garantie que les parents de Sora accepteraient de le recevoir, encore moins de l’aider. Mais il n’avait plus le choix. S’il voulait retrouver Sora, il devait affronter ses propres peurs et ses erreurs.

    Alors que lui et ses hommes traversaient une forêt dense, ils virent bientôt apparaître la ville viking nichée dans la vallée. Elle avait bien changé depuis la dernière fois où il était venu. De hautes palissades entouraient le campement, et des guerriers patrouillaient sur les remparts. Tomas serra les rênes de son cheval, ressentant une certaine tension monter en lui. Il fit signe à ses hommes de rester en retrait et avança seul, une main levée en signe de paix. Il n’avait eu aucune nouvelle des Erikson depuis un an et il craignait que sa visite leur déplaise. Après tout, à cause de lui, leur fille avait disparue.

    Les gardes vikings levèrent leurs armes lorsqu’ils virent l’approche de l’étranger, mais l’un d’eux, reconnaissant l’emblème royal anglais sur son manteau, s’avança.

    « — Qui es-tu pour venir ici ? gronda-t-il. Et pourquoi devrions-nous te laisser entrer, toi et tes hommes ? »

    Tomas inspira profondément, cherchant ses mots.

    « — Je suis Tomas, roi d’Anglicie, répondit-il, sa voix forte mais respectueuse. Je viens en paix, chercher audience avec Leif et Matoaka, les parents de Sora, ma femme. »

    À la mention de Sora, le garde fronça les sourcils, échangé un regard avec ses compagnons. Finalement, il hocha la tête, abaissant légèrement son arme.

    « — Attends ici. Je vais les prévenir. »

    Les minutes semblèrent des heures tandis que Tomas restait immobile, attendant avec appréhension. Il sentait les regards pesants des autres guerriers sur lui, les murmures qui couraient le long des remparts. Enfin, le garde revint et fit ouvrir les portes. Tomas pu entrer avec ses hommes dans la ville qui était en effet bien plus imposante. Le commerce y était riche et varié et les gens semblaient s’y épanouir. Tomas était impressionné mais ne se laissait pas distraite et préféra se concentrer sur sa mission : trouver Sora.

    En arrivant au le skali, Tomas pu voir assis sur son trône Leif, avec ses cheveux gris tressés et son regard perçant, le dévisageant d’un air méfiant. Matoaka, elle, avait les mêmes traits fiers et la même intensité dans les yeux que Sora. Elle semblait plus calme, mais Tomas pouvait sentir la force contenue dans son regard.

    « — Tu oses te présenter devant nous après ce que tu as fait ? lança Leif d’une voix dure. Pourquoi viens-tu ici, Tomas ? Tu n’as rien à faire sur nos terres désormais. Je n’ai aucune autre fille à te donner. »

    Tomas s’inclina légèrement, un signe de respect qu’il espérait suffisant pour apaiser la tension palpable.

    « — Comme tu t’en doutes Leif, je viens en paix et chercher Sora, dit-il honnêtement, sans détour. Elle a quitté notre foyer il y a un an, et je me doute qu’elle est retournée ici, chez vous. Je ne viens pas en ennemi, mais en époux qui cherche à réparer ses erreurs. »

    Leif croisa les bras sur sa poitrine, ses yeux brillant d’une colère retenue.

    « — Des erreurs, dis-tu ? Sora n’est pas revenue ici le cœur brisé, blessée par ta lâcheté et ton silence, Tomas. Elle a trouvé refuge autre part, là où elle savait qu’elle serait aimée et protégée. Alors, maintenant, dis moi, pourquoi devrions-nous te laisser l’approcher de nouveau ? »

    Tomas sentit une vague de honte et de colère l’envahir. Il savait que ces reproches étaient justifiés. Il avait abandonné Sora à sa peine, convaincu que sa présence ne ferait qu’empirer les choses. Il avait fui ses responsabilités, et maintenant il devait faire face aux conséquences. Mais n’avait-il pas aussi essayé de la protéger ? N’avait-il pas sauvegardé la paix entre leurs deux peuples ?

    « — Je sais que j’ai failli à mon devoir de mari, admit-il, baissant légèrement la tête. J’ai laissé la douleur et la culpabilité m’aveugler. J’ai laissé Sora partir sans rien faire, pensant que je devais m’éloigner pour la protéger. Mais j’ai compris que j’avais tort. Je veux lui parler, lui dire ce que je n’ai pas su lui dire avant qu’elle ne parte. Je veux lui montrer que je suis prêt à me battre pour elle, pour nous. Mais je n’ai aucunement abandonné mon rôle de Roi Leif et tu peux me blâmer de la situation avec Sora mais pas de nos échanges politiques. »

    Leif plissa les yeux, examinant Tomas avec une intensité qui aurait fait trembler plus d’un homme. Il sembla peser ses paroles un moment avant de se tourner vers Matoaka. Elle hocha légèrement la tête, et après un court échange de regards, Leif s’adressa à nouveau à Tomas.

    « — Tu parles avec de beaux mots, comme toujours Tomas. Mais Sora n’est plus une enfant que nous pouvons influencer. Elle a choisi de partir et elle loin d’ici, parmi les siens, pour guérir à sa manière. Si tu veux la voir, ce sera à elle de décider. »

    Tomas acquiesça, reconnaissant de cette chance qui lui était offerte.

    « — Je comprends, dit-il doucement. C’est tout ce que je demande. »

    Matoaka s’approcha alors de Tomas, son regard toujours fixé dans le sien. Elle semblait presque heureuse de le voir ici, même si elle le dissimulait derrière un visage impassible.

    « — Sora est partie pour le Vineland avec son oncle Nashoba, pour méditer et guérir son coeur. Elle reviendra quand elle serait prête, mais personne ne sait quand ce moment viendra. Si tu veux vraiment la retrouver, tu devras aller là-bas et la chercher toi-même. C’est un chemin dangereux, et il y a peu de garanties que tu reviennes vivant. »

    Tomas sentit une lueur de défi s’allumer en lui.

    « — Je le ferai, répondit-il sans hésitation. Peu importe les dangers. Je dois la retrouver. »

    Matoaka le regarda un instant de plus, puis elle hocha la tête, son sourire apparaissant enfin.

    « — Très bien. Nous te donnerons un guide pour t’accompagner jusqu’au bout du monde. Mais souviens-toi, Tomas : si tu veux prouver que tu es digne de notre fille, tu devras montrer plus que des mots. Il te faudra du courage, de la force et de l’honnêteté. Et surtout, il te faudra accepter que si Sora ne veut plus de toi, tu devras respecter sa décision. »

    Tomas inclina la tête de nouveau, une reconnaissance muette dans ses yeux.

    « — Je comprends, répondit-il. Merci de me donner cette chance. »

    Et ainsi, le roi d’Angleterre se préparait pour un autre voyage, cette fois non pour fuir ses erreurs, mais pour les affronter, pour prouver que l’amour qu’il portait à Sora était plus fort que la malédiction qui pesait sur lui, plus fort que la peur, plus fort que tout.

    Le crépuscule enveloppa le village viking d’une lumière dorée, alors que les flammes des torches dansaient aux rythmes du vent frais venu de la mer. Les portes du grand hall s’ouvrirent, laissant échapper des effluves de viande rôtie, d’épices, et du pain fraîchement cuit. À l’intérieur, un banquet avait été préparé en l’honneur de Tomas, un geste de bienvenue autant qu’une épreuve pour lui dont la présence suscitait toujours autant de curiosité que de méfiance.

    Les tables étaient chargées de mets : viandes de sanglier et de poisson, fruits des forêts et fromages, tout un festin digne des grands chefs vikings. Tomas s’assit à la place d’honneur, entouré de ses beaux-parents. Les conversations allaient bon train autour de lui, mais il sentait que tous les regards convergeaient vers lui, examinant cet étranger qui osait venir rechercher sa reine viking alors qu’elle l’avait fuit. Une part de Tomas était rassuré, sans mesurer ce qu’il allait affronter, que Sora ne se soit remariée.

    À l’autre bout de la table, Kisos fixait Tomas avec intensité. Son regard, bleu et perçant, était chargé d’une inquiétude mal dissimulée. Tomas devina immédiatement ce qui le torturait. Leif s’en aperçut aussi et, d’un geste de la main, invita le futur roi à s’approcher.

    « — Kisos, viens ici, appela Leif, sa voix résonnant dans le grand hall. Tu te souviens de Tomas. Il est venu chercher ta sœur. »

    Kisos s’approcha, ses pas fermes et déterminés. Son visage ne reflétait plus la fougue de la jeunesse, mais plutôt la sagesse de quelqu’un qui avait déjà traversé des épreuves. Il s’inclina brièvement devant Tomas, mais ses yeux restèrent rivés sur ceux du roi, cherchant à sonder ses intentions.

    « — Tomas, salua-t-il avec une voix grave. Je dois dire que je suis surpris de te voir ici, la dernière fois que tu y es venu tu m’avais pourtant juré de ne plus perdre Sora »

    Tomas lui rendit son salut avec un léger hochement de tête, respectant le jeune homme pour son courage et sa franchise.
    « — Je comprends ta surprise, Kisos, répondit Tomas calmement. Je suis venu ici pour la retrouver, mais surtout pour lui dire ce que je n’ai pas su lui dire avant qu’elle parte. Je sais que j’ai fait des erreurs, et je veux lui montrer que je suis prêt à tout pour la retrouver et réparer ce qui peut l’être. »

    Kisos hocha la tête lentement, mais son visage restait grave.

    « — J’ai entendu parler de tes erreurs, Tomas, continua-t-il sans détour. Mais ce qui m’inquiète, ce n’est pas seulement ton passé, c’est l’état d’esprit de ma sœur. Tu n’es pas sans savoir que nous avons une.. une connexion et que je ressens souvent ces émotions. Depuis qu’elle est au Vineland, elle n’est plus la même. Je sens qu’elle passe ses journées isolée, à méditer et à s’entraîner, comme si elle cherchait quelque chose qu’elle ne trouve pas. »

    Il s’interrompit, cherchant ses mots avant de s’asseoir près de Tomas.

    « — Je m’inquiète pour elle, ajouta-t-il. Elle est forte, mais cette quête intérieure semble la consumer. Je ne sais pas si elle parle à quelque’un mais autrefois nous pouvions parler des heures. Le fait quelle ne soit pas revenue auprès de nous m’inquiète beaucoup. C’est comme si elle cherchait à combattre des démons que nous ne pouvons pas voir. »

    Tomas sentit une douleur sourde traverser sa poitrine en entendant ces mots. Il comprenait ce que Kisos décrivait ; il reconnaissait cette lutte, ce désir de se battre contre un ennemi invisible. Il avait lui-même traversé cet enfer silencieux.

    « — Je sais, murmura Tomas. Je connais ce vide, cette douleur. Je l’ai vue souffrir, et je me suis éloigné au lieu de l’aider. Mais c’est pour cela que je suis ici. Je veux lui montrer qu’elle n’est pas seule, que nous pouvons affronter ces démons ensemble. »

    Kisos fixa Tomas, cherchant à évaluer la sincérité de ses paroles. Après un long moment, il hocha la tête, acceptant ce qu’il voyait dans les yeux du roi.

    « — J’espère que tu dis vrai, Tomas, dit-il enfin. Sora est tout pour moi, et je ne veux pas la voir souffrir davantage. Si tu peux vraiment l’aider, alors je te soutiendrai. Mais sache que je veille sur elle, même en pensée, et que je n’hésiterai pas à m’interposer si je sens que tu lui fais du mal à nouveau. »

    Tomas hocha la tête en signe de respect.

    « — Je n’attends rien de moins de toi, Kisos. Tu es un bon frère. Et je promets que je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour lui apporter la paix et le réconfort qu’elle mérite. »

    Matoaka, qui avait écouté attentivement l’échange, se pencha alors vers Tomas, un sourire subtil aux lèvres.

    « — Kisos parle avec passion, et il a raison de s’inquiéter, Tomas. Sora est notre fille, et elle est plus forte que beaucoup ne le pensent. Mais elle est aussi vulnérable, surtout quand elle s’enferme dans ses pensées. C’est une bonne chose que tu sois ici, mais souviens-toi que ce chemin ne sera pas facile. »

    La soirée était vive, pleine d’énergie et de surprise. Tomas était accueillit comme un ami, un lointain parent. La familiarité des Erickson le surprenait et l’enthousiasmait à chaque fois. A la fin de la soirée, alors que Tomas allait s’apprêter à dormir, Leif l’intercepta :

    « — Demain, tu partiras à l’aube avec notre guide. Tu auras besoin de toutes tes forces pour ce qui t’attend. Et peut-être, dans cette nuit de festin, tu trouveras quelques réponses à tes questions. »

    Le banquet continua, les rires et les chants emplissant le grand hall. Tomas mangea et but avec modération, mais il ne pouvait ignorer la tension qui montait en lui. La conversation avec Kisos l’avait confronté à une réalité qu’il redoutait : Sora n’était pas seulement partie pour fuir. Elle cherchait à combattre une bataille intérieure, une bataille qu’il avait lui-même éveillée par sa propre faiblesse.

    Kisos, à ses côtés, parlait avec d’autres jeunes guerriers, mais il jetait de fréquents regards en direction de Tomas, comme s’il cherchait à le comprendre davantage. Tomas sentait la méfiance du jeune homme, mais aussi un désir sincère de protéger sa sœur, ce qu’il ne pouvait que respecter et admirer.

    Au bout d’un moment, alors que les festivités s’apaisaient, Kisos se tourna de nouveau vers Tomas.

    « — Dis-moi, Tomas, commença-t-il doucement, que feras-tu si tu trouves Sora et qu’elle refuse de revenir avec toi ? Si elle choisit de rester ici, parmi les siens, que feras-tu ? »

    Tomas resta silencieux un moment, réfléchissant à cette question. Il savait que la réponse qu’il donnerait maintenant serait cruciale. Il prit une profonde inspiration avant de répondre.

    « — Si Sora décide de rester ici, alors je respecterai sa décision, répondit-il sincèrement. Je ne suis pas venu pour la forcer à quoi que ce soit. Je suis venu pour lui montrer que je suis prêt à changer, prêt à affronter nos peurs ensemble. Mais si elle choisit un autre chemin, je l’accepterai, car je veux avant tout qu’elle soit heureuse, même si cela signifie que je dois la laisser partir. »

    Kisos sembla réfléchir à ces mots, puis il hocha la tête lentement, un léger sourire naissant sur ses lèvres.

    « — J’espère que tu auras la chance de lui dire tout cela, Tomas, dit-il. Peut-être que c’est ce qu’elle a besoin d’entendre, plus que tout. »

    Tomas acquiesça, sentant que, malgré la distance qui les séparait encore, il venait de franchir une première étape sur le chemin de la réconciliation avec Sora.

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    C.

    « Si Sora souhaite repartir à mes côtés ce sera son choix, par le vôtre, ni celui d’un autre. Et je ne suis pas un vassaux de Leif. Je suis Roi, comme vous l’avez très bien évoqué. »

    Le regard noir de Tomas suivait le pas faible du chef qui n’appréciait pas la remarque acerbe de l’invité. Mais en même temps, il ne s’attendait pas à autre chose. Aussi, ayant eu la confirmation de ce qu’il présageait, il restait au chef plus qu’à agir pour sauver sa nièce.

    Assis dans son tipi, épuisé par le voyage, Tomas laissait enfin le soulagement l’envahir. Il avait retrouvé Sora et elle était en pleine santé. Certes, la guerrière intrépide semblait loin, mais elle allait bien et n’avait pas été remariée.

    Tomas n’aurait jamais imaginé que son périple le mènerait aussi loin. À travers les montagnes vikings, jusqu’aux terres mystérieuses de Vinland, où les colons nordiques avaient établi des contacts avec les peuples autochtones. Du peu qu’il avait pu voir, les vastes forêts s’étendaient jusqu’à l’horizon, et l’air était imprégné d’une énergie brute et indomptée. Ce lieu semblait habité par des forces anciennes que Tomas ne comprenait pas pleinement. Pourtant, c’était ici que Sora avait trouvé refuge.

    Mais il ne pu réfléchir plus longtemps. La fatigue eu raison de lui et le parfum envoûtant de son épouse sur les épais oreillers le firent sombrer dans un profond sommeil. Il eut l’impression que quelqu’un le surveillait, mais il était trop épuisé pour se réveiller.

    Au petit matin, il fut réveillé par le chant des oiseaux. Encore imprégné du parfum de Sora, il repensa subitement à elle et se leva en toute hâte. Un brin de toilette sommaire fut fait puis il partit à sa recherche. Le village était assez grand et beaucoup de monde d’y trouvait. Du commerce mais aussi des tribus autre que celle des Powhatan. Une énergie particulière sommeillait dans ces bois au loin du camp viking. Si les hommes de Tomas avaient décidés de rejoindre le campement, lui avait préféré rester auprès de Sora.

    Lorsqu’il l’avait enfin vue, son cœur s’était figé. Il l’avait cherché un long moment avant de la trouver au beau milieu d’un marché sommaire. Elle se tenait avec un groupe d’Amérindiens, échangeant des herbes médicinales et discutant dans une langue qu’il ne comprenait pas. Elle portait une tenue simple, faite de peaux et de plumes, ses cheveux noirs lâchés dans le vent. Elle semblait apaisée et concentrée, si différente de la femme qu’il avait laissée il y a plus d’un an. Il la trouvait toujours aussi belle, sans tout cet artifice qui venait de son peuple.

    Mais sous cette sérénité apparente, Tomas pouvait encore discerner une ombre, un poids invisible qui la hantait.

    Ils s’étaient croisés, leurs regards s’étaient rencontrés. Pour un instant, tout avait semblé s’arrêter. Mais ni l’un ni l’autre n’avait osé parler. Le silence était devenu un mur infranchissable, renforcé par le poids de la douleur et des non-dits. Alors qu’il allait s’approcher d’elle pour parler, elle fut emmenée par un amérindien qui l’entraina loin de lui, l’empêchant une fois de plus de solliciter un moment.

    Et ces ainsi que plusieurs jours passèrent sans qu’il ne put l’approcher. Il y avait toujours quelque chose, quelqu’un pour l’arracher à lui. Dès qu’il apparaissait, elle disparaissait. C’est aussi exaspérant qu’humiliant. N’avait-il pas fait tout ce chemin pour elle ?

    Il vivait parmi les colons et les peuples autochtones, en périphérie de sa propre vie. La seule chose que pouvait faire Tomas, c’était observer Sora de loin, cherchant le bon moment pour s’approcher d’elle, pour lui dire tout ce qu’il avait sur le cœur. Mais ce moment ne semblait jamais venir.

    Sora, de son côté, était toujours entourée. De ce qu’il apprit, les Amérindiens l’avaient acceptée comme l’une des leurs, et elle était devenue une sorte de guide spirituelle, ou chaman, parmi eux. Elle assistait à des rituels de guérison, préparait des potions et des remèdes avec une habileté que Tomas trouvait à la fois fascinante et intimidante. Elle était sollicitée en permanence, que ce soit pour conseiller un malade, pour interpréter des rêves, ou pour bénir les nouvelles récoltes.

    Tomas se tenait toujours en retrait, essayant de trouver une ouverture. Chaque fois qu’il pensait avoir un moment, quelqu’un venait chercher Sora pour une nouvelle tâche. Il se demandait s’il s’agissait là d’un signe, peut-être qu’elle l’évitait volontairement. Peut-être ne voulait-elle pas le revoir.

    Au bout d’une semaine, alors que le village était plongé dans le calme, Tomas s’assit seul près d’un feu de camp, regardant les étoiles briller au-dessus de lui. Il entendit des pas derrière lui, et se retourna pour voir Nashoba. L’oncle le regarda un instant avant de s’asseoir à ses côtés.

    « Tu n’as pas encore parlé à ma nièce », constata-t-il d’un ton neutre.

    Tomas soupira, enfonçant ses mains dans ses cheveux.

    « Je ne sais pas comment l’approcher », avoua-t-il. « Chaque fois que je m’en sens capable, elle est occupée. Et quand je la vois… les mots me manquent. »

    Nashoba hocha lentement la tête, observant les flammes qui crépitaient devant eux.

    « Sora a beaucoup changé depuis qu’elle est ici », expliqua-t-il. « Elle s’est plongée dans ces traditions, trouvant un moyen de guérir ses blessures. Mais cela ne signifie pas qu’elle t’a oublié. »

    Tomas leva les yeux vers Nashoba, incertain de ce qu’il voulait dire.

    « Elle pense encore à toi », ajouta-t-il doucement. « Même si elle ne le montre pas. La nuit, quand elle est seule, je l’ai vue regarder vers l’horizon, là où tu es venu la chercher. Mais elle est trop fière, et trop blessée, pour faire le premier pas. »

    Tomas sentit une lueur d’espoir naître en lui, mais aussi une peur sourde. Il savait qu’il devait faire quelque chose, mais comment briser cette barrière de silence et de douleur entre eux ?

    « Comment puis-je l’atteindre ? » demanda-t-il finalement, le ton empreint de désespoir. « Je ne veux pas la brusquer, mais je dois lui parler. »

    Nashoba haussa les épaules.

    « Peut-être devrais-tu faire comme elle », suggéra-t-il. « Plonger dans ce qu’elle fait, essayer de comprendre son monde, celui qu’elle a trouvé ici. Ce n’est pas facile, mais si tu veux vraiment la rejoindre, tu devras apprendre à la connaître de nouveau. »

    Ces mots résonnèrent en Tomas. Il réalisa que Nashoba avait raison. Il ne pouvait pas simplement attendre que Sora vienne à lui. S’il voulait vraiment renouer avec elle, il devait s’ouvrir à ce nouvel univers qu’elle avait adopté, celui des traditions et des rituels amérindiens.

    Le lendemain, Tomas prit une décision. Il se rendit auprès des aînés du village et demanda la permission d’assister aux cérémonies de Sora, d’apprendre leurs coutumes. Les aînés, après un long débat, acceptèrent avec réticence. Ce n’était pas dans leurs habitudes de laisser des étrangers s’immiscer dans leurs pratiques sacrées, mais voyant l’intensité dans les yeux de Tomas, Meika les poussa à accepter, si bien qu’ils décidèrent de lui donner une chance.

    Ainsi, Tomas commença à suivre Sora, non pas comme un roi en quête de pardon, mais comme un élève. Il observait ses gestes précis, ses prières silencieuses aux esprits de la nature, ses attentions délicates pour les malades. Chaque jour, il apprenait un peu plus, non seulement sur ces rites, mais aussi sur la femme qu’elle était devenue. Il découvrait une Sora qu’il ne connaissait pas, une femme plus forte, plus connectée aux forces de la terre et de l’air.

    Cependant, même au milieu de ces rituels partagés, le silence entre eux persistait. Tomas et Sora se trouvaient souvent à quelques pas l’un de l’autre, mais les mots leur échappaient toujours. Un soir, alors qu’ils terminaient un rituel de guérison, leurs regards se croisèrent de nouveau. Le feu dansait entre eux, projetant des ombres mouvantes sur leurs visages. Tomas fit un pas en avant, son cœur battant la chamade.

    « Sora… » commença-t-il doucement, sa voix presque inaudible.

    Mais avant qu’il ne puisse continuer, l’un des anciens l’interrompit, venant solliciter Sora pour une autre tâche. Elle détourna les yeux et s’éloigna avec un sourire poli, laissant Tomas seul face au feu. Une frustration mêlée de tristesse l’envahit. La barrière de silence semblait infranchissable.

    Cependant, il n’abandonna pas. Tomas savait que s’il voulait vraiment briser ce mur invisible, il lui faudrait de la patience, de la persévérance, et surtout, une véritable compréhension du chemin que Sora avait entrepris. Ce chemin, il le sentait, devait être parcouru ensemble, mais il savait que cela prendrait du temps.
    Il jura intérieurement qu’il trouverait ce moment, cet instant où il pourrait enfin lui parler, lui dire tout ce qu’il portait en lui depuis leur séparation. Mais pour l’instant, il devait se contenter d’être à ses côtés, en silence, apprenant à reconstruire un lien autrefois brisé.

    Et puis son espoir, ce soir-là se brisa.

    Tomas entendit des rumeurs parmi les colons nordiques et les Amérindiens. Des murmures discrets à propos d’un mariage imminent entre Sora et un homme du clan des Sioux, un chef respecté parmi les siens. Au départ, il avait ignoré ces bruits, persuadé qu’il ne s’agissait que de commérages sans fondement. Mais plus le temps passait, plus les rumeurs prenaient forme. Le nom de l’homme en question, Soïka, un guerrier amérindien, charismatique et influent, revenait souvent.

    Ce soir-là, alors qu’il discutait avec Nashoba près d’une tente, la confirmation le frappa de plein fouet.

    « Soïka a demandé la main de Sora », murmura-t-il à demi-voix, le regard fixé au loin. « Les anciens du village approuvent. Ils pensent que cela scellera l’alliance entre Amérindiens. Sora… elle n’a pas encore donné sa réponse, mais elle ne semble pas refuser. »

    Ces mots résonnèrent comme un coup de tonnerre dans la poitrine de Tomas. Il sentit le sol se dérober sous ses pieds. Promise à un autre homme ? Comment cela pouvait-il être vrai ? La douleur qu’il avait refoulée pendant des mois éclata soudainement, comme une vague dévastatrice qui s’écrasa sur lui.

    Nashoba le regarda avec empathie.

    «  Je sais que cela te blesse, Tomas. Mais elle a beaucoup changé. Elle cherche un équilibre, et peut-être pense-t-elle que cet engagement avec Soïka pourrait lui apporter cette stabilité… »

    Mais Tomas ne pouvait plus entendre la suite. Son esprit était trop brouillé par le chagrin, par l’idée insupportable que Sora puisse être avec un autre homme. Il ne pouvait plus rester passif, se contentant d’observer de loin. Il devait lui parler maintenant, avant qu’il ne soit trop tard.

    Sans dire un mot de plus à Nashoba, Tomas se leva brusquement et se dirigea d’un pas rapide vers la tente où Sora s’était installée. La nuit tombait, et une légère brise soufflait à travers les arbres. Le village était calme, les feux de camp vacillaient dans la semi-obscurité. Ses pas étaient lourds, mais déterminés. Son cœur battait furieusement dans sa poitrine, mais cette fois, il ne laisserait pas le silence les séparer. Il ne laisserait pas l’amour de sa vie lui échapper sans s’être battu.

    Arrivé devant la tente de Sora, il hésita un instant. Il pouvait entendre des voix à l’intérieur, des discussions feutrées. Mais lorsqu’il entendit l’homme rire doucement à l’intérieur, son sang ne fit qu’un tour. C’était maintenant ou jamais.

    Il écarta brusquement le rideau d’entrée. Soïka se tenait près de Sora, son regard surpris se tournant vers Tomas. Sora, elle, sembla figée, ses yeux s’écarquillant en voyant Tomas entrer ainsi, sans invitation. Il y avait un mélange de choc et de quelque chose de plus profond dans son regard, quelque chose qu’elle semblait vouloir réprimer. Soïka se redressa, fronçant les sourcils.

    « Visage pâle, que fais-tu ici ? »

    Mais Tomas ne le regarda même pas. Son attention était entièrement fixée sur Sora, et sur elle seule. Sans réfléchir, sans laisser ses peurs prendre le dessus, il laissa éclater tout ce qu’il avait sur le cœur.

    « Quand je suis arrivé ici, j’avais un discours que j’avais longuement préparé mais rien n’était sortit parce que j’avais peur.. j’avais honte. Sora, j’ai entendu des rumeurs, et je ne peux plus rester silencieux, » commença Tomas, sa voix tremblante d’émotion. « Depuis que tu es partie, depuis que je t’ai perdue, je n’ai cessé de regretter chaque moment où je n’ai pas été à la hauteur. J’ai vécu dans la culpabilité et la douleur, m’isolant pour fuir ce que j’avais fait. Je pensais que tu serais mieux sans moi, que la malédiction qui m’entoure te détruirait si tu restais à mes côtés… »

    Il s’interrompit, cherchant ses mots, tandis que Sora le regardait avec une intensité silencieuse.

    « Mais je me suis trompé », continua-t-il. « Ce n’était pas l’amour qui te faisait souffrir, c’était mon silence, mon absence. Je n’ai pas eu le courage de rester à tes côtés lorsque tu avais besoin de moi, et je m’en veux. Depuis que je suis ici, je t’observe de loin, incapable de te parler, de te dire tout ce que je ressens. Mais je ne peux plus attendre. Je t’aime, Sora. Je t’ai toujours aimée. Et je refuse de te perdre une deuxième fois, que ce soit à cause de cette maudite malédiction ou de cet homme. »

    Il jeta un bref regard en direction de son ennemi, puis reporta immédiatement son attention sur Sora. Elle ne bougeait pas, figée, comme si elle luttait pour comprendre l’avalanche d’émotions qui déferlait sur elle. Tomas fit un pas vers elle, son regard suppliant.

    « Je sais que je t’ai blessée, que je t’ai abandonnée au pire moment. Mais je t’en supplie, Sora, ne me laisse pas dans ce silence. Dis-moi que je ne suis pas arrivé trop tard. Dis-moi que tu m’aimes encore, au moins un peu. »

    Le silence s’installa dans la tente. Soïka, debout, semblait peser la situation, mais il restait à distance, laissant Tomas et Sora face à face. Sora, les yeux baissés, semblait lutter intérieurement. Elle avait toujours été forte, fière, refusant de montrer ses faiblesses. Mais Tomas pouvait voir la fragilité dans ses mains tremblantes, dans sa respiration rapide.

    Finalement, elle leva les yeux vers lui, et Tomas put y lire une multitude d’émotions : la douleur, la colère, mais aussi cet amour qui, malgré tout, semblait encore exister. Malheureusement, elle ne dit rien et il sut alors qu’il ne lui était pas nécessaire d’insister. Il avait juré de ne pas la forcer.

    «  Ne dis rien, Sora », répondit-il doucement. « Laisse-moi te montrer que j’ai changé. Laisse-moi te prouver que je suis prêt à tout pour toi. Je n’ai jamais cessé de t’aimer, et je suis prêt à affronter toutes les épreuves pour te reconquérir. »

    Leurs yeux se croisèrent, et pour la première fois depuis longtemps, Tomas sentit qu’il venait peut-être de briser le mur entre eux. Le silence ne pesait plus de la même manière. Quelque chose avait changé. L’amour, bien que caché sous des couches de douleur, était toujours là, attendant d’être ravivé.

    Soïka, voyant la tension entre eux, expira avec force mécontent avant de quitter la tente sans un mot. Il savait qu’il n’avait pas sa place ici et c’était intolérable. Tomas osa poser sa main sur celle de Sora et par conclure.

    « Je ne te forcerais jamais à rien, tu le sais. Mais donne moi l’occasion de te prouver que ton amour est le bien le plus précieux que les dieux m’ont offert. Je veux continuer de t’aimer Sora.. Tu sais que je ne suis pas le plus fort pour dire ce genre de choses et pourtant j’ai fais tout ce chemin pour toi.. pour te retrouver. Avec ou sans enfant, Sora, c’est toi que je veux. »

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    C.

    Après la déclaration de Tomas, la barrière de silence entre lui et Sora s’était enfin brisée. Les deux amants, encore marqués par la douleur de la perte et des malentendus, retrouvèrent peu à peu leur complicité jusqu’à même retrouver leurs corps. Tomas lui avait avoué son amour et ses regrets, et Sora, touchée par sa sincérité, semblait avoir finalement reconnu que ses sentiments pour lui n’avaient jamais vraiment disparu. Leur réconciliation apportait une lueur d’espoir, mais un nouveau défi se présentait bientôt à eux.

    Tomas avait bien compris que Sora, dans sa nouvelle vie, avait gagné le respect des siens grâce à ses talents de chaman et à sa détermination. Mais surtout, qu’elle était la fille de Matoaka et qu’il y avait une certaine dette à payer qui allait gâcher les plans de certains. En effet, la présence du Roi, un étranger, suscitait la méfiance des membres de la tribu. Bien que certains respectaient le lien qu’il partageait avec Sora, d’autres se demandaient s’il méritait vraiment sa place à ses côtés.

    Aussi, au lendemain de leur nuit d’amour et de retrouvailles, alors qu’ils marchaient dans le campement, un rassemblement les attira sur la berge. Ils étaient tous réunis pour savoir quoi faire de l’étranger, autrement, dis, de Tomas. Sora se défendait avec fougue et passion. Même s’il ne comprenait pas l’amérindien, il avait bien à l’esprit que la jeune femme se battait pour eux. Le souvenir amer de ce mariage avec Soïka lui revenait en mémoire, et il craint qu’elle ait déjà donné un accord de principe.

    Mais Nashoba lui expliquait tout à voix basse, lui autant alors la lourde crainte de devoir laisser Sora à son peuple. Autour du feu de camp, les anciens de la tribu observaient avec patience son épouse que la passion avait redonné un oeil vif. Si Toma la trouvait belle et enthousiasmante, les visages graves des vieux sages l’inquiétait. Le plus âgé d’entre eux, un homme aux cheveux argentés et à la voix rauque, prit la parole dans la langue maternelle de Tomas.

    « Sora, tu es l’une des nôtres depuis que tu as choisi de marcher sur le chemin des esprits avec nous. Mais cet homme.. » dit-il en désignant Tomas, « .. est un étranger sur ces terres. S’il souhaite rester à nos côtés, il devra prouver sa valeur. »

    Tomas se redressa, sentant le poids des regards posés sur lui. Il comprenait que sa place ici ne dépendait pas uniquement de sa volonté ou de celle de Sora. Il devait démontrer qu’il respectait les coutumes de la tribu, qu’il était prêt à comprendre leur monde. Il sentit Sora lui saisir la main, comme pour lui donner courage. Elle savait que ces épreuves ne seraient pas faciles et il vit bien dans son regard qu’elle l’accompagnerait.

    « Quelles sont ces épreuves ? » demanda Tomas, essayant de masquer sa nervosité.

    Le vieil homme le regarda avec une intensité perçante, puis énuméra lentement les trois épreuves auxquelles il serait soumis :

    « Tu seras soumis à l’épreuve de la force et tu devras prouver que tu possèdes une force physique égale à un mental d’acier. Il est nécessaire d’allier les deux pour protéger et soutenir la tribu. Ainsi, tu devras vivre seul dans la forêt pendant près de trois jours, sans provisions, en t’appuyant uniquement sur ce que la nature pourra t’offrir. »

    Jusque là, Tomas ne voyait pas en quoi cela serait difficile. Il était un habitué des campements et de la débrouillardise. Aussi, il souleva négligemment les épaules comme un enfant le ferait. Cela faisait rire les autres amérindiens autour de lui qui visiblement avaient des informations qui lui échappait. Il allait poser des questions mais déjà le vieux sage lui demanda s’il s’en sentait capable. Un hochement de tête du Roi anglais suffit. Meïka, continua à expliquer en quoi consisterait la deuxième tâche qui n’était pas des moindres.

    « Si tu survis à l’épreuve de la force, tu devras te montrer plus fort encore pour celle de l’esprit. », expliquait-elle devant tous les Powhatan réunis, « Il te faudra entrer en transe avec les chamans de la tribu pour affronter tes propres peurs et tes démons intérieurs. Ce rite permettra de savoir si tu peux comprendre le monde des esprits et la sagesse des ancêtres. »

    Là, Tomas commença à comprendre que ce ne serait pas aussi simple qu’il aurait souhaité. Il s’attendait à des duels à l’épée ou même des courses à chevaux. Or, il s’agissait d’une épreuve plus sensible à laquelle il n’avait aucun atome crochu. Hier soir encore, il venait à peine de s’ouvrir à Sora qu’on lui demandait maintenant de s’essayer à la pratique des émotions et de la sagesse. Il se rembrunit quelque peu et cela amusa Nashoba qui lui donna un coup de coude comme pour signifier qu’il y arriverait. Mais il n’en n’était pas si certain que cela en voyant le visage de Sora.

    Pour terminer, Meïka évoqua la troisième épreuve. Il s’agissait celle du coeur. Elle consistait essentiellement à dévoiler la sincérité de ses intentions. Il devrait se tenir devant le feu sacré de la tribu et y dévoiler son âme, expliquant pourquoi il désirait rester ici, auprès de Sora, et ce qu’il espérait pour leur avenir.

    Les paroles da la sage furent suivies d’un silence pesant. Tomas sentait le regard d’inquiétude discrète de Sora. Est-ce qu’elle pensait que ces épreuves pouvaient le briser ? Ou pire, est-ce qu’elle pensait qu’il ne pourrait pas y arriver ? Est-ce que le pousser au-delà de ses limites, tester sa volonté et la sincérité de ses sentiments effrayaient Sora ?

    Néanmoins, malgré ses doutes, Tomas était déterminé. Hochant la tête quand on lui demanda son appréciation. Il se leva et s’adressa aux anciens, sa voix tremblante mais résolue.

    « J’accepte vos épreuves. Je suis prêt à prouver que je ne suis pas ici pour arracher et voler, mais pour donner. Je veux apprendre de votre peuple car je veux rester aux côtés de Sora. Elle est mon épouse au delà des simple lois humaines.»

    Tomas serra sa main un peu plus fort, une lueur de fierté et de crainte dans les yeux. Il sentit son soutien et, malgré la peur qui grondait au fond de son être, il se dit que cette fois-ci, il ne faillirait pas. Il affronterait ces épreuves pour elle, pour eux, et pour l’avenir qu’il espérait construire ensemble. Mais pressentant le désir de son épouse, il ajouta.

    « Mais je ne procéderais à ces épreuves que si Sora reste au campement. Je dois prouver à ton peuple que je suis digne de toi. Alors laisse moi leur prouver. »

    Les femmes amérindiennes saluaient le courage du visage pâle quand les guerriers le huaient. Tomas vit le regard soudainement sombre de Sora mais ne lui permit pas de le faire changer d’avis. Profitant de la cohésion, il se pencha sur son visage et lui donna un baiser fiévreux avant de murmurer, « Laisse moi être l’homme que tu mérites. Laisse moi te prouver que je t’aime.. »

    Le lendemain matin, au lever du soleil, les anciens conduisirent Tomas à la lisière de la grande forêt qui bordait le village. On lui donna un couteau et quelques paroles de bénédiction. Puis, ils le laissèrent seul, avec les arbres majestueux s’étendant à perte de vue devant lui. Sora, restée en retrait, lui adressa un dernier regard empli de tendresse et de colère.

    « Aie un peu plus foi dans ton époux », murmura-t-il avec une lueur d’amusement avant qu’il ne disparaisse parmi les ombres des bois.

    Pendant trois jours, il devait trouver de quoi se nourrir, affronter les créatures des bois et la solitude. Chaque nuit, il allumait un petit feu pour se réchauffer, repensant aux moments passés avec Sora, et cela lui donnait la force de continuer. Il apprit à pêcher dans les rivières glacées, à reconnaître les plantes comestibles enseignées par Sora, et à se méfier des prédateurs qui rôdaient dans la nuit.
    Les heures semblaient interminables, mais le désir de prouver sa valeur le maintenait en vie. Il sentit en lui une nouvelle forme de détermination naître, une résilience qu’il n’avait jamais ressentie auparavant. Au troisième jour, amaigri mais fier, Tomas revint au village, le regard brûlant de cette nouvelle force qu’il avait découverte en lui-même.

    Il fut accueilli non pas comme un héros, mais avec une liesse certaine. Nashoba et d’autres hommes le soulevaient et le portaient pour que tout le monde reconnaisse le revenant. Accompagné au tipi des anciens, Tomas eu le droit à un interrogatoire des vieux sages. Il regardait à droite et à gauche mais aucune trace de Sora. Il était déçu et inquiet. Est-ce qu’ils auraient profité de son départ pour l’envoyer chez son promis ?

    « Tu as été ingénieux, fort et patient. Nous te félicitons. », approuvait un des vieux sages qui lui souriait toujours. Tomas se sentit honoré mais encore plus satisfait en apprenant que certains guerriers étaient venus l’espionner pendant son exil. En sortant du tipi, il demanda à Nashoba où se trouvait Sora. Il lui indiqua le lac aux fleurs et s’y rendit. Malgré l’épuisement et la faim, il se rendit auprès de son épouse qu’il trouva à prier. Le lieu, comme elle, étaient d’une beauté et d’une pureté telle qu’il ne pu faire un pas de plus. Il se croyait dans un autre lieu, dans un paradis lointain et incertain.

    En s’approchant un peu plus, il fit sortir la jeune femme de sa méditation et s’excusa. Elle lui en voulait, cela ne faisait aucun doute.

    « Tu m’en veux encore ? Je pensais que tu serais contente de pouvoir me nourrir à mon retour.. », plaisantait-il avec ce petit air insolent.

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    C.

    « Tomas, Tomas ! », appelait Spencer, « Debout vieille fripouille on t’attends ».

    Un lourd mal de tête faisait grimacer le blond qui finissait par se lever. Difficilement, il émergeait de sa tente et d’un sommeil particulier. Il se sentait comme étranger à tout ce qui se passait autour de lui, comme s’il était autre part. Pourtant, tous les visages présents lui étaient familiers. La forêt qui bordait Kattegat était épaisse, dense et luxuriante. Ses hommes et lui étaient à l’abris des regards curieux. On lui avait dit que dans ces bois sommeillaient des divinités anciennes qui veillaient sur les voyageurs. Il n’avait pas osé avouer à ces paysans que ses projets n’avaient rien d’innocents et pourtant, ils étaient toujours en vie. Les divinités des Vikings n’avaient pas protégés le précieux trésor de Leif Erickson.

    Avec sa troupe de six hommes, ils plièrent le campement en vitesse et reprirent la route vers leur cible qui ne devrait désormais plus tarder. Le ciel était sombre ce jour-là, comme si les nuages eux-mêmes complotaient dans l’ombre. Désormais, Tomas le pirate mercenaire, redouté sur les côtes nordiques, se tenait caché dans l’épaisseur des bois, observant sa cible avec une attention calculée. Il n’était plus le roi d’Anglicie qu’il avait été, ni l’homme brisé par la malédiction qu’il avait oublié avoir subie. Son passé, cette autre vie s’était enterrée, dispersée. Maintenant, d’autres bouleversements avaient secoué sa vie notamment avec des années de violence, de pillages, et de trahisons.

    Sans le savoir, Sora, la femme qu’il épiait avec l’intention de l’enlever, avait changé son destin. La malédiction qu’elle avait fait disparaître, n’avait jamais existé. Dans cette nouvelle ligne temporelle, les douleurs et les pertes qu’il avait endurées étaient les conséquences du hasard cruel de la vie, et non d’une force surnaturelle. Pourtant, Tomas avait choisi de se convaincre que la fatalité l’avait toujours poursuivi, jusqu’à ce qu’il décide de se libérer de son passé en devenant mercenaire, prêt à vendre ses services au plus offrant.

    Aujourd’hui, sa mission était claire : enlever la fille du grand roi viking Leif Erikson. Ce roi, légendaire pour avoir découvert le Vinland, était une figure puissante dont la position sur le trône était convoitée par de nombreux ennemis, y compris certains jarls qui cherchaient à renverser son pouvoir. L’un d’eux, un jarl sans scrupules du nom de Harald, avait engagé Tomas pour accomplir cette tâche infâme. Harald voulait capturer Sora afin d’en faire un levier contre Leif, et Tomas avait accepté, convaincu que c’était un travail comme un autre. Mais il ignorait encore que la jeune femme qu’il devait kidnapper n’était autre que celle qui avait autrefois partagé sa vie, son amour, et ses espoirs.

    Accroupi derrière un large arbre, il observa la scène devant lui. Dans une petite clairière baignée de lumière filtrée par les branches épaisses, Sora déambulait tranquillement, accompagnée de deux servantes qui restaient légèrement en retrait. Elle portait une longue robe de laine bleue, brodée de motifs nordiques complexes, et une cape légère de fourrure qui flottait doucement au gré du vent. Son regard était paisible, bien que concentré sur les pensées qui l’habitaient.

    Le temps semblait s’être figé pour Tomas alors qu’il l’observait. Il sentait quelque chose de familier, mais sa conscience ne voulait pas encore le reconnaître. Les années avaient sculpté son visage, sa dureté de pirate lui avait appris à ne plus laisser ses émotions interférer avec ses missions. Pourtant, quelque chose chez cette femme éveillait un sentiment enfoui, lointain, presque oublié.

    Sora s’arrêta un instant près d’un vieux chêne. Elle posa une main sur l’écorce, comme si elle se connectait à la terre qui l’entourait, et Tomas sentit une étrange énergie l’envahir. Cette femme n’était pas une simple proie. Elle dégageait une force spirituelle, comme si elle était liée à quelque chose de plus grand que lui, de plus grand que cette simple mission. Il cligna des yeux, essayant de chasser ces pensées et de se recentrer sur son objectif. Il avait passé des semaines à étudier la routine de Sora. Il savait qu’elle venait souvent ici pour méditer et se retirer des responsabilités du palais de Leif. Visiblement, il s’agissait de son moment d’intimité, loin des regards de la cour. Les gardes étaient toujours plus laxistes lorsqu’elle s’aventurait dans les bois, faisant confiance à la tranquillité de l’endroit. Ils n’avaient aucune idée qu’un mercenaire aussi redouté que Tomas se trouvait à proximité, prêt à frapper.

    Le plan était simple. Il devait attendre que Sora s’éloigne davantage de ses servantes. Ensuite, il la capturerait rapidement et discrètement, avant de l’amener à son navire, caché dans une crique secrète non loin de là. Une fois à bord, ils partiraient immédiatement pour rejoindre le jarl Harald, où Sora deviendrait sa monnaie d’échange.

    Pour Tomas, cette mission ne devait être qu’une formalité. Il avait enlevé des princesses et des nobles par le passé, et jamais il n’avait ressenti la moindre hésitation. Mais cette fois, il se sentait étrangement perturbé. Ce visage… cette manière de bouger… un écho du passé semblait résonner en lui, mais il ne parvenait pas à en saisir l’origine car il n’avait aucun souvenir de cette autre vie passée.

    Alors que Sora se dirigeait vers un petit ruisseau qui serpentait à travers la forêt, Tomas saisit l’occasion. Elle était suffisamment éloignée de ses servantes maintenant. Il sortit de l’ombre, ses pas silencieux sur la mousse épaisse du sous-bois, son cœur battant d’une manière qu’il n’avait pas ressentie depuis des années. Il s’approcha doucement, son regard fixé sur elle, mais chaque pas qu’il faisait semblait le rapprocher non pas seulement d’elle physiquement, mais aussi d’un souvenir enfoui dans son esprit. C’était comme si une brume se levait peu à peu, et que des fragments de souvenirs s’alignaient.

    Tomas s’était glissé silencieusement derrière les arbres, l’observant avec une intensité redoublée. Il la voyait, cette princesse qui déambulait dans les bois, mais quelque chose en elle provoquait un sentiment étrange. Un écho, une résonance qui n’était pas claire dans son esprit. Ses traits, son allure, la manière dont elle touchait les arbres et regardait le ciel… tout cela éveillait des sensations enfouies, des émotions lointaines qu’il n’arrivait pas à nommer. C’était comme si, dans les profondeurs de sa mémoire, une partie de lui savait, mais refusait d’émerger.

    Il secoua la tête, essayant de dissiper cette confusion. C’était un travail. Juste un autre travail. Le fait qu’elle lui paraisse familière n’avait pas d’importance. Des femmes il en avait connu, et peut-être lui rappelait-elle l’une d’elle. Peu importaient ces sentiments étranges qui le troublaient. Tomas était un pirate, un mercenaire, et son rôle ici était clair. La mission primait. Harald l’avait payé grassement pour cet enlèvement. Tomas ne pouvait se permettre de faillir. Il attendit le moment opportun. La princesse, toujours absorbée dans ses pensées et ses gestes méditatifs, se retrouva légèrement à l’écart de ses servantes. Il avança avec la précision d’un prédateur, ses bottes à peine audibles sur la mousse humide. Chaque pas le rapprochait d’elle, et avec chaque pas, cette sensation de déjà-vu s’intensifiait, presque insupportable. Il ne savait pas pourquoi il avait l’impression de la connaître, mais il refusa de se laisser distraire.

    Enfin, il était à sa portée. Il passa une main ferme autour de sa bouche, l’autre entourant sa taille pour l’empêcher de se débattre. Sora se raidit de surprise, lâchant un cri étouffé par la poigne ferme et solide de Tomas. Elle lutta brièvement, ses mouvements désespérés, mais Tomas était un homme expérimenté et savait comment maîtriser sa proie sans lui faire de mal. De plus, il l’avait vu se battre et il savait que la surprise serait son meilleur allié pour la maintenir de force.

    — « Ne bouge pas », murmura-t-il d’une voix grave et froide.

    Malgré le choc de l’attaque, il sentit qu’elle était déstabilisée. Lui ressentait à nouveau cette étrange dissonance. Alors qu’il tenait la jeune femme contre lui, l’odeur de sa peau, la chaleur de son corps… tout cela lui semblait terriblement connu, presque intime. Mais il réprima ces sensations, refusant de céder à ces impressions vagues qui menaçaient de le distraire de sa mission. Il jeta un rapide coup d’œil autour de lui. Les servantes de Sora ne s’étaient pas encore rendu compte de l’absence de leur maîtresse. Le moment était parfait. Il resserra son emprise sur elle et la traîna vers la direction où son cheval était caché. Sora se débattait fermement, mais il ne relâchait pas sa poigne car il la savait capable de se défendre aussi sauvagement qu’un homme.

    En un instant, Tomas la souleva sur son cheval, l’attacha solidement sans la blesser, puis monta en selle derrière elle. Assez rapidement, ils quittèrent la forêt à vive allure, la brune tentait en vain de se libérer, mais Tomas l’avait habilement attaché son buste épais. Durant toute la chevauchée, il restait concentré. La brise fraîche de la course aurait dû le calmer, mais au contraire, chaque foulée du cheval semblait exacerber cette sensation dans sa poitrine, cette tension incompréhensible. Qui était-elle pour que son simple contact trouble autant ses pensées ? Il ne connaissait pas cette femme, et pourtant, son être entier réagissait d’une manière qu’il ne pouvait contrôler.

    Le voyage vers le port se déroula en silence car il l’avait bâillonné. Tomas ne dit pas un mot. Le visage de la brune n’était pas marqué par la peur, elle fixait le sol, essayant sans aucun doute de trouver un moyen de fuir ou d’alerter quelqu’un. La route était longue, mais Tomas ne ralentit jamais, poussé par l’urgence de livrer son otage. Mais encore, chaque minute passée en sa compagnie renforçait en lui ce sentiment inexpliqué, une attraction qui n’avait aucun sens et qu’il voulait faire disparaître. De toute manière, il était trop tard pour faire marche arrière. Il avait accepté ce contrat, et l’honneur d’un mercenaire reposait sur sa capacité à remplir ses engagements. Ils atteignirent enfin la crique secrète où attendait le navire de Tomas. Ses hommes étaient déjà prêts, les voiles gonflées par le vent, impatients de partir. Sora fut rapidement embarquée notamment par Spencer et Golderick, ses poignets liés avec précaution pour éviter qu’elle ne se blesse en tentant de fuir.

    « Surtout ne la relâchez sous aucun prétexte.. Elle vous mettrait en pièce en deux secondes ! », rappela Tomas qui une fois encore connaissait la force et la capacité de la princesse.

    Le navire prit la mer. Tomas, debout sur le pont, regardait la ligne de l’horizon, essayant d’ignorer le regard assassin de la brune, qui perçait son dos comme une lame invisible. Il savait que ce qu’il faisait allait détruire la vie de cette jeune femme, mais c’était son rôle. Il était un mercenaire, pas un homme guidé par ses émotions. En tout et pour tout, l’enlèvement de la princesse se fit en une petite heure. D’après Spencer, jamais encore Tomas n’avait fait aussi vite. En même temps, il savait que cette mission pouvait facilement être un suicide, aussi, il avait préparé avec beaucoup de soin l’enlèvement de la princesse. Alors que le navire fendait les vagues avec vitesse, Tomas était rassuré de voir qu’ils mettaient de la distance avec les côtes de Kattegat. Il savait qui était Leif Erikson et ce dont il était capable. Mais le plus terrible était Kisos, son fils. Ce dernier était connu pour avoir des dons qui surpassaient tous les Hommes, ils lui provenaient de la légende selon laquelle Leif serait le fils des dieux.

    Il n’avait jamais rien entendu sur Sora. En même temps, il chérissait tellement cette dernière que Leif en avait fait un trésor qui ne serait jamais touché. La petite princesse était aussi précieuse que sa mère dont la combativité légendaire était aussi à craindre.

    Tomas n’avait que faire de la politique. Ce qui l’intéressait c’était de survivre et de payer ses hommes. Même s’il avait un code d’honneur, il n’en restait pas moins un pirate sans terre, sans famille. Un Outlander comme l’appelait certains.

    Les voiles étaient gonflées par le vent frais de la mer du Nord. Il possédait le meilleur des drakkars, un des derniers construits pas Floki, le maître des bateaux. Aussi, c’est avec l’aide et l’appui du vent qu’il pu mettre suffisamment de distance avec la terre. De plus, l’équipage, bien rodé à ce genre d’opérations, vaquait à ses occupations sans un mot de trop. Chacun savait que leur capitaine ramenait une otage précieuse, dont la capture leur avait rapporté une somme considérable. Sora, malgré son rang, était sous haute surveillance. Même si elle n’était pas traitée avec violence, elle était attachée, et chaque mouvement était scruté par des gardes attentifs.

    Après qu’ils eut quitté les rivages, elle avait été amenée à bord et conduite dans une petite cabine, aménagement d’apparence modeste mais convenable, conçue spécialement pour elle. Des tentures simples mais propres ornaient les murs, et une couchette rudimentaire était disposée dans un coin. Malgré tout, cette pièce exiguë était le symbole de sa captivité, une prison flottante qui l’éloignait chaque minute davantage de la sécurité de son foyer.

    Il était tard quand Tomas qui se tenait à l’extérieur de la cabine, se rendit dans sa cabine, une assiette de nourriture simple à la main : du pain, un peu de poisson séché et une gourde d’eau fraîche. Il hésitait avant d’entrer, la mâchoire crispée par une gêne qu’il ne s’expliquait pas entièrement. Cette mission, qui devait être une simple transaction, s’était compliquée pour lui, mais il ne pouvait encore en comprendre la raison.

    Avec une respiration profonde, il ouvrit la porte de la cabine et entra. Sora, assise sur la couchette, les mains attachées devant elle, releva la tête lorsqu’il entra. Ses yeux étaient remplis d’une fierté contenue, malgré une certaine appréhension qu’elle dissimulait derrière son calme apparent.

    Tomas posa l’assiette sur une petite table à proximité et s’agenouilla devant elle, évitant soigneusement son regard. Sa voix était basse, presque un murmure rauque.

    « Je suis désolé que ce repas ne soit pas à la hauteur de votre rang », commença-t-il, le ton légèrement amer, « mais je ne peux pas vous laisser mourir de faim. »

    Il leva enfin les yeux vers elle, et leurs regards se croisèrent. Pour la première fois depuis leur rencontre brutale dans la forêt, il put vraiment voir l’expression dans ses yeux. Elle ne le suppliait pas. Il n’y avait ni larmes ni supplications dans ses prunelles sombres, seulement une froideur distante et une curiosité mêlée de défi. Elle restait digne, même enchaînée, même capturée.

    Pour le moment, elle gardait le silence, sans doute pour essayer de trouver un moyen de faire pression sur le pirate où même encore trouver comment se débarrasser de lui.

    « Je ne vous servirais pas de festin, ni ne vous traiterais comme une reine, mais… je ne suis pas un meurtrier » dit-il d’un ton ferme comme pour la rassurer, « Si je devais vous remettre affamée ou mourante, cela n’arrangerait personne et encore moins mes affaires.

    Sora fronça les sourcils, le défiant de ses yeux intense. Non, il n’avait jamais rencontré cette femme malgré cette impression étrange. Ce qu’il faisait n’était pas juste. Il la livrait à un homme qui n’hésiterait pas à user de violence pour atteindre ses ambitions et il eut pour la première fois de sa vie, des scrupules. Mais c’était la vie qu’il avait choisie. Et il ne pouvait revenir en arrière.

    « Mangez » dit-il simplement en se relevant, essayant d’écarter les émotions qui bouillonnaient en lui. « Vous aurez besoin de vos forces. »

    Il lui tendit un morceau de pain, mais ses mains liées l’empêchaient de l’attraper facilement. Tomas hésita une fraction de seconde, puis, sans un mot de plus, il se pencha vers elle et défit partiellement ses liens, libérant juste assez ses poignets et son bâillon pour qu’elle puisse se nourrir sans difficulté, mais pas pour qu’elle puisse s’échapper.

    Adossé contre le mât, Tomas resta silencieux, observant Sora manger en silence. L’inconfort dans sa poitrine se faisait de plus en plus fort. Chaque geste de la princesse éveillait en lui un souvenir fugace, une impression persistante qu’il ne parvenait toujours pas à nommer. Mais cela n’avait pas d’importance. Ce n’était qu’un travail, et il ne devait pas laisser ses sentiments brouiller son jugement.

    Quand elle eut fini, Tomas reprit la parole, plus froidement cette fois.

    « Nous arriverons bientôt à destination », annonça-t-il, son regard durcissant. « Je vous conseille de garder vos forces. Vous allez en avoir besoin »

    Il se leva, prêt à quitter la cabine, mais avant de franchir la porte, il se retourna une dernière fois vers Sora. Elle le fixait toujours avec ce mélange de défi et de fierté qui le troublait tant.

    « Est-ce que.. Est-ce que nous nous sommes déjà rencontrés ? », demandait-il sur le pas de la porte alors que ses yeux d’un bleu pâle la fixait.

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    C.

    Tomas s’adossait contre la paroi de la cabine, une main pressée contre l’épaule pour atténuer la douleur vive de la morsure de Sora. Cette femme, enchaînée quelques instants auparavant, avait réussi à se libérer. Il aurait dû s’y attendre, elle n’était pas n’importe quelle princesse. On murmurait depuis longtemps que Sora, fille de Leif Erikson, possédait l’agilité et le courage d’un guerrier. Pourtant, malgré sa prudence habituelle, il s’était laissé surprendre. Sora se tenait maintenant face à lui, droite et déterminée, les poignets encore marqués par les liens. Elle semblait cependant plus vive, plus forte encore dans sa liberté retrouvée. Ses yeux perçaient Tomas avec un mélange de défi et de froideur calculatrice. Il ne montrait rien de son admiration pour cette femme qui se dressait si résolument devant lui ; à la place, il la défia du regard, ses mâchoires serrées.

    Ils étaient seuls dans la cabine et la tension encore vive semblait néanmoins lentement se détendre. Les deux se jaugeaient silencieusement, essayant de comprendre l’objectif de l’un et de l’autre. La sollicitude de la jeune femme surprit Tomas qui l’en remercia en poussant un léger grognement quand elle évoqua sa morsure. Mais avant même qu’il n’ait le temps de répondre, elle poursuivit, sa voix devenant plus basse, presque murmurée, mais chaque mot imprégné d’une détermination tranchante.

    Elle aussi avait l’impression de le connaître. Intrigué, Tomas haussa un sourcil. Ce n’était pas la première réaction à laquelle il s’attendait. Il s’approcha d’elle, essayant de dissimuler sa curiosité derrière un masque de froideur. Il allait évoquer ses théories mais préféra s’abstenir pour se contenter de l’observer fixement et comprendre ce qu’elle souhaitait. Elle pouvait très bien se jouer de lui et chercher à le déstabiliser pour ainsi mieux fuir. En parlant de son accent, il comprit qu’elle avait une tête bien plus remplie que beaucoup de femmes et qu’elle chercherait sans aucun doute un moyen de se venger et de le poursuivre. Ses questions avaient un but.. Et il devait s’abstenir de lui toute information le concernant.

    « A l’avenir, je penserais à revenir vers vous pour m’expliquer comment je devrais vivre. Merci princesse.. », répondait-il cinglant avant de sortir de la cabine qu’il ferma dans un tour de clé furieux.

    Il n’aimait pas que Sora soutienne son regard sans faillir. Il inspira profondément en repensant aux yeux sombres fixés sur lui avec une intensité brûlante et retourna auprès de ses hommes qui évoquaient le pacte proposé par la princesse.

    « Leif va vouloir la tête de Harald », déclarait Gurney d’une voix coupante comme la lame d’une épée. « Cet homme n’a aucun honneur. Il cherche à défier son père et à prendre sa place par la trahison. Quand on y pense, c’est intolérerable qu’un lâche comme lui s’en prenne à Leif Erikson qui est connu pour être un homme d’honneur »

    La franchise et l’audace de la demande de Sora avait quelque peu surpris les hommes de Tomas. Lui était enchanté par cette proposition bien qu’il ne le laissa pas transparaître un seul instant. Il savait que Sora était une guerrière redoutable, mais la voir ainsi, prête à marchander pour une vengeance aussi implacable, éveillait en lui une étrange admiration, doublée d’une méfiance grandissante. Il plongea son regard dans le feu qui crépitait devant lui et ses hommes, ne voulant pas céder au respect naissant qu’il éprouvait. Ses hommes se mettaient du même côté que Gurney et Spencer semblait pousser Tomas a accepté cette proposition qui pourrait sauver leur vie si jamais Leif Erikson les retrouvaient.

    « Vous me demandez de trahir mon contrat, de tourner le dos à l’homme qui m’a engagé… et de risquer ma propre vie, tout cela pour sauver votre propre peau, non pas pour la vengeance de la princesse », murmura-t-il en se penchant légèrement vers le feu amusé

    « Pourquoi est-ce que j’accepterais ? »

    Spencer soupirait quand Gurney souriait malicieusement. Aucun de ses hommes ne faisaient un pas, ne comprenant pas que Tomas soit si réticent. Spencer lui rappela alors qu’ils étaient déjà des parias au sud, ils ne pouvaient pas le devenir aussi dans le nord. Tomas soutint son regard, une étincelle de défi dans ses yeux, un sourire subtil se dessinant sur ses lèvres jusqu’à ce que Gurney réplique à son tour.

    « Parce que tu n’es pas un lâche comme Harald. Parce que je crois que sous cette façade de mercenaire impitoyable, il reste chez toi une part d’honneur Tomas et que Leif y sera réceptif »

    À cet instant, quelque chose changea dans ses yeux. Gurney le scruta d’un air pensif, ses traits adoucis par une compréhension silencieuse. Tomas fronça les sourcils, un frisson d’appréhension glissant le long de son dos.

    « Tomas.. Nous ne pouvons pas continuer à vivre comme ça.. » souffla-t-il soudain. « Pas un homme du Nord.. Pas un écossais.. Pas un anglais.. pas même un mercenaire comme les autres. Qui sommes-nous et où allons-nous ? »

    Cette révélation soudaine déstabilisa Tomas et fit renaître une profonde douleur sourde qu’il masqua rapidement. Gurney le connaissait depuis toujours, il avait été son maître d’armes, celui qui lui avait sauvé la vie enfant et à qui il avait une vive affection sincère. Il était comme un père pour lui et il le déstabilisait comme Sora. En repensant à elle, il se demandait bien comment elle avait comprit qui il pouvait bien être. Il n’avait jamais mentionné son origine, ni laissé transparaître le moindre indice. Elle avait compris seule, comme si elle l’avait deviné au-delà des apparences.

    Spencer inclina légèrement la tête, guettant la moindre réaction sur le visage de son maître.

    « Nous cherchons tous un foyer Tomas.. Peut-être que Erikson pourrait nous l’offrir ? »

    Tomas recula légèrement, masquant son malaise derrière un rictus ironique.

    « Un foyer ? Vous voulez une bonne femme, des marmots, des responsabilités, être les vassaux d’un maître qui ne cherchera qu’à vous exploiter ? C’est ça que vous désirez ? » dit-il en serrant les dents, tentant de regagner le contrôle de la conversation.

    Mais ses amis ne se laissaient pas détourner. Sans le savoir, Sora avait déjà avancée ses pions méthodiquement, perçant chaque défense de Tomas comme une guerrière déterminée.

    « Leif sait que nous sommes des étrangers, des mercenaires sans véritable loyauté », continua-t-il d’une voix calme, « S’il découvre qui je suis, vous deviendrez des ennemis aux yeux des Vikings. Il ne vous honorera d’aucune récompense, vous pouvez en être certain. »

    La peur se mêla à la rage dans le cœur de Tomas pour ce que subiraient ses hommes à cause de naissance. Mais Spencer avait aussi raison, ils méritaient au repos et à trouver un endroit où être des hommes digne et respectés. Peut-être était-ce cela le véritable sacrifice, dévoiler sa véritable identité, et peu importe s’il la révélait et qu’il s’agissait de sa perte. Il savait que les Vikings ne toléraient pas les étrangers impliqués dans leurs intrigues, et il savait que Harald n’hésiterait pas à le livrer en pâture à la haine de Erickson une fois Sora offerte.

    Gurney s’approcha de lui, son regard devenu plus doux, presque compatissant.

    « Joignons-nous à elle, Tomas. Aidons-la à renverser cet homme perfide et à retrouver notre liberté. En retour, nous ne serions plus les jouets du complot du Jarl. Aidons-la, et faisons la jurer sur l’honneur de son peuple que nous serons récompensé au-delà de toutes nos espérances. »

    Il le dévisagea, partagé entre le doute et l’envie. Il savait que derrière cette femme qui le défiait, pouvait se dresser un allié redoutable comme le pire des démons. Et malgré lui, Tomas sentit naître en lui un étrange désir de vengeance contre Harald qui menaçait sa propre liberté.

    Entrant de nouveau dans la cabine, une assiette dans la main, il planta un regard sombre dans celui de Sora, la défiant une dernière fois.

    « Si je m’associe à toi, il n’y aura pas de retour en arrière », murmura-t-il. « Ce sera un chemin dangereux, semé de risques et tu dois me jurer sur ton honneur l’absolution des mes hommes auprès de ton clan »

  60. Avatar de C.
    C.

    L’équipage du navire s’était rapidement acclimaté à la présence de Sora. Avec sa vivacité, sa joie communicative et ses attentions pour chacun, elle avait conquis le cœur des marins. Même les plus bourrus des hommes s’étaient laissés charmer par sa personnalité solaire. Gurney, le vieux marin au visage buriné et à la barbe grise, était sans doute son plus grand admirateur. Il la regardait avec des yeux pleins d’adoration, commentant souvent à voix basse :

    — Une vraie déesse. Vous avez vu ses cheveux ? Aussi ténébreux qu’une peau de louve !

    Spencer écoutait les compliments avec un sourire amusé par l’enthousiasme du vieil homme. Pendant ce temps, Tomas observait à distance. Il se tenait à l’écart, refusant de se laisser emporter par l’atmosphère légère qui régnait sur le navire. Il voyait bien l’effet qu’elle avait sur ses hommes, mais lui-même restait en retrait, cachant soigneusement ses pensées.

    Lorsque Sora suggéra de faire une halte sur une petite île pour permettre à l’équipage de se reposer et de ravitailler le navire, Tomas accepta sans protester. Il savait que ses hommes avaient besoin d’une pause, et il ne pouvait nier qu’un peu de terre sous leurs pieds ferait du bien à tous. Il ne chercha pas à rechigner sur le lieu, il faisait confiance à sa nouvelle alliée. L’île était luxuriante, ses forêts débordant de vie. Tandis que l’équipage s’occupait de ramasser du bois et d’installer un camp temporaire, Tomas et Sora partirent ensemble chasser pour rapporter de quoi nourrir les hommes.

    Le silence entre eux, au départ pesant, se transforma en une sorte de défi non-dit. Sora, armée d’un arc prêté par un marin, avançait avec une aisance presque féline, ses mouvements silencieux et gracieux. Tomas la suivait, fasciné malgré lui par son assurance et sa détermination.

    Quand elle repéra un animal, elle se retourna vers lui, un éclat compétitif dans les yeux et ce sourire éclatant d’une malice certaine. Tomas haussa un sourcil, intrigué par son audace.

    — Une princesse qui défie son capitaine, murmura-t-il, un sourire en coin. Très bien, que le meilleur gagne.

    La chasse devint un jeu, un duel silencieux. Sora avançait avec une concentration intense, et Tomas, incapable de détourner son regard, se surprit à admirer non seulement son habileté mais aussi cette énergie qui émanait d’elle. Elle était différente de tout ce qu’il connaissait : un mélange de force et de douceur, d’assurance et de fragilité. Il était clairement admiratif de cette forme de fougue et de sagesse qui émanait d’elle. Comme un feu follet difficile à attraper, Tomas avait dû mal à la cerner.

    De retour au camp, Sora riait, animée par l’adrénaline de la chasse et le plaisir de partager cette victoire. Tomas, lui, restait silencieux, préférant rester en retrait pour l’observer raconter leur épopée au reste de l’équipage. Elle contait avec merveille leur aventure dans les bois et Tomas, taciturne, restait un peu en retrait pour préparer la bête pour le dîner. De toute manière, il n’aurait pas aussi bien raconté qu’elle alors qu’elle utilisait des métaphores, des mimiques qui rendait hilares l’équipage. Tous semblaient vraiment apprécier le nouveau membre de cette joyeuse troupe de pirates.

    Il n’aurait su dire pourquoi, mais plus elle se dévoilait, plus il se sentait attiré par cette femme qui, malgré ses épreuves, semblait incarner une force de vie qu’il avait oubliée. Plus loin, à l’écart, il la regardait rire avec Gurney, s’inquiéter des plus jeunes matelots, ou encore raconter des histoires à l’équipage avec une telle passion que même les plus endurcis se laissaient captiver.

    Mais Tomas refusait de se laisser emporter. Il se forçait à détourner les yeux, à se concentrer sur autre chose malgré que son esprit revenait sans cesse vers elle.

    Après avoir copieusement dîné, ce soir-là, et que le camp s’installait sous un ciel étoilé, Tomas trouva Sora à l’écart, assise près d’un petit feu, les yeux perdus dans les flammes. Il hésita un instant avant de s’approcher. Sans doute sa famille devait lui manquait et il ressentit un élan de culpabilité violent. Un sentiment qu’il n’avait jusqu’alors peu ou pas ressentit. Elle était si jeune encore.. pleine de vie, promise à un avenir florissant. Elle avait la vie devant elle, celle d’une princesse qu’on rêverait de protéger dans un épais et magnifique papier de soie. Tomas comprenait soudainement pourquoi son père était aussi protecteur tant sa fille était unique. Alors qu’il était tout près, il marcha sur une branche qui craqua. Elle l’entendit venir mais ne se retourna pas, semblant attendre qu’il parle.

    — Tu es toujours aussi compétitive ? demanda-t-il finalement en s’asseyant à côté d’elle.
    Il la vit tourner la tête vers lui, un sourire amusé éclairant son visage et un haussement d’épaules s’en suivit. Tout près, sur le reste de la plage, somnolait les hommes de l’équipage. On pouvait les entendre ronfler et péter ce qui n’avait rien de romantique. Tomas resta silencieux un moment, puis, à sa propre surprise, il posa une question qu’il ne s’attendait pas à poser.

    — Comment fais-tu pour être si… douce, après ce que j’ai fait ?

  61. Avatar de C.
    C.

    La pluie avait chassé tout le monde vers le bateau, et le roulis monotone m’accompagnait depuis. Pourtant, mon esprit restait agité, encombré par tout ce que Sora avait dit, fait, ou même simplement laissé entrevoir. Depuis que nous l’avions capturée, cette fille semblait semer un désordre étrange en moi, un mélange de fascination et d’inquiétude.

    Je l’avais évitée autant que possible depuis la chasse. Ce n’était pas par mépris ou méfiance, mais par prudence. Chaque regard échangé, chaque sourire qu’elle me lançait creusait un peu plus une brèche dans l’armure que je m’étais forgée au fil des ans. Elle n’avait pas besoin de parler pour captiver l’équipage, et encore moins pour me désarmer. Sa douceur me déconcertait. Elle n’était pas naïve pour autant, et ses propos ce soir-là, au coin du feu, avaient touché juste. Trop juste.

    Lorsque je l’avais laissée seule, ce n’était pas par manque d’envie de répondre à ses questions, mais parce qu’elle voyait à travers moi, jusque dans mes failles. Comment un homme comme moi, un mercenaire, un fugitif, pouvait-il être décrit comme fort ou respectable ? Ses mots résonnaient encore dans ma tête alors que je remontais sur le pont. Était-elle simplement naïve ou voyait-elle quelque chose en moi que je n’arrivais plus à voir moi-même ?

    Le lendemain, la tempête s’était calmée, mais pas mes pensées. Lorsque je l’avais vue sur le pont, maladroite mais volontaire, un léger sourire avait échappé à ma vigilance. Les hommes l’adoraient déjà, mais moi, je continuais à garder mes distances. Ou à essayer. Chaque jour passé à ses côtés semblait pourtant raccourcir cette distance invisible.

    Quand je descendis dans la pièce où elle se reposait, une assiette de nourriture à la main, je la trouvai plongée dans ses pensées, ses traits si paisibles et pourtant teintés d’une certaine gravité. Elle releva les yeux et me remercia d’un sourire doux, mais lorsque nos mains se frôlèrent en échangeant l’assiette, un éclair traversa mon esprit.

    C’était brutal. Comme si le monde autour de nous s’évanouissait. Je n’étais plus dans cette pièce sombre du bateau. J’étais dans une autre vie. Une autre époque. Et elle était là. Sora. Mais pas comme je la connaissais maintenant. Elle était assise près d’un feu, un ventre rond sous ses mains, et moi… J’étais à genoux devant elle. Mon rire, son sourire. L’éclat des flammes dans ses yeux. Le monde semblait entier, parfait, et incroyablement familier. Puis, tout aussi vite, le flash disparut, me ramenant violemment à la réalité.

    Je clignai des yeux, abasourdi. Sora avait reculé, troublée, rougissant sous l’impact de ce que nous venions de partager. Elle balbutia quelques mots pour briser le silence, mais je ne pouvais détacher mes yeux d’elle. Ce n’était pas qu’un rêve, pas une simple illusion. Elle l’avait vu aussi. Je pouvais le lire dans son regard.

    Quand elle commença à parler de visions, de sa mère et de cette vie qu’elle voyait parfois, quelque chose en moi se crispa. Je n’étais pas superstitieux. Je n’avais jamais cru aux dieux ou aux signes du destin. Pourtant, comment expliquer ce que je venais de voir ? Comment expliquer cette certitude étrange qui s’installait en moi, comme si chaque pièce d’un puzzle que je n’avais jamais su assembler trouvait enfin sa place ?

    Elle me demanda de garder son secret, de ne rien dire sur ses visions. Sa voix était emplie de vulnérabilité, mais aussi de confiance, une confiance qu’elle me donnait, malgré tout.

    Je pris une grande inspiration, cherchant les mots justes. Mais il n’y avait pas de mots justes pour ce que je ressentais.

    –- «  Vous pouvez me faire confiance, » dis-je finalement, ma voix plus rauque que je ne l’aurais voulu. « Je ne dirai rien. »
    Je restai là un instant, mon regard captif du sien, avant de me détourner brusquement. Mon esprit bouillonnait, mais mes lèvres restèrent scellées. Je sortis sans un mot de plus, laissant l’assiette entre ses mains et son secret sur mes épaules.

    Ce soir-là, alors que le bateau avançait doucement sur les eaux noires, je restai éveillé bien plus longtemps que je ne l’aurais dû, les yeux fixés sur les étoiles. Qu’était-elle pour moi, cette femme ? Un captif, une ennemie, une alliée, ou autre chose que je n’étais pas prêt à nommer ? Les étoiles, elles, ne me répondirent pas. Mais je savais que, quoi qu’il arrive, rien ne serait plus comme avant.

    Les jours qui suivirent furent marqués par une distance que je m’imposai. Je restais sur le pont autant que possible, les mains occupées à tout et rien, à vérifier des cordages déjà solides ou à observer l’horizon comme si ma vie en dépendait. C’était plus simple ainsi. Chaque fois que je croisais son regard, une étrange tension m’envahissait, mélange de curiosité et de trouble. Ce que nous avions vu ce soir-là, ce que j’avais ressenti, refusait de quitter mon esprit.

    Je n’étais pas un homme facile à déstabiliser. J’avais vu la guerre, côtoyé la misère, et survécu à plus d’embuscades qu’un homme ordinaire n’en verrait en trois vies. Mais cette femme, avec ses regards clairs et ses questions trop précises, avait planté une graine d’incertitude au creux de mon âme. Alors, je fuyais. Non par lâcheté, mais par instinct. C’était ce que je savais faire le mieux : mettre des murs, cacher mes failles derrière une apparence impassible.

    Le bateau continuait sa route, les hommes à bord étant à leur manière un répit bienvenu. Ils buvaient, riaient, travaillaient, et parlaient de tout sauf de ce qui pesait réellement sur nos vies. Nous approchions de la cité d’Harald, et chacun savait que notre mission allait bientôt basculer dans quelque chose de bien plus dangereux. L’or qu’il nous avait promis n’était pas encore dans nos mains, et les hommes murmuraient parfois, à voix basse, que les promesses d’un roi étaient aussi solides que des filets troués.

    Mais je ne participais pas à leurs discussions. Mon rôle, en tant que capitaine, était de m’assurer que tout restait sous contrôle. Et puis, je n’avais pas la tête à leur bavardage. Trop de questions restaient en suspens. Qui était réellement Sora ? Pourquoi ce flash m’avait-il paru si familier ? Et, plus important encore, pourquoi avais-je l’impression que son destin et le mien s’entremêlaient d’une façon que je ne pouvais comprendre ni accepter ?

    C’est à l’aube du quatrième jour que les choses basculèrent. J’étais sur le pont, scrutant l’horizon d’un œil distrait, lorsque l’éclat d’une voile étrangère attira mon attention. D’abord, une seule voile. Puis deux. Trois. Leur silhouette se dessinait de plus en plus nettement à mesure qu’elles s’approchaient. Pas de doute possible : des anglais.

    Mon cœur s’accéléra, mais mon esprit resta froid, méthodique. J’avais vécu ce genre de situations bien trop souvent pour céder à la panique. Ils étaient rapides, mais nous avions l’avantage de la position et du vent. Peut-être pouvaient-ils être semés, mais si ce n’était pas le cas, il fallait se préparer à un combat.

    — « Gurney ! Préviens les hommes ! » aboyai-je en descendant les marches en un bond. « Ils se rapprochent vite, on n’aura pas longtemps pour s’organiser. »

    Le vieil homme hocha la tête et se mit à hurler des ordres, réveillant tout le bateau. Je le laissai à cette tâche et me dirigeai directement vers la pièce où Sora se trouvait. Je ne pouvais pas laisser les choses au hasard avec elle. Les anglais ne montreraient aucune pitié, encore moins pour une femme.

    Lorsque j’ouvris la porte, elle était là, assise sur ce lit de fortune, occupée à griffonner quelque chose sur un morceau de parchemin. Elle releva la tête, l’inquiétude déjà visible dans ses yeux.

    — « Vous devez vous cacher, » dis-je sans préambule, ma voix plus dure que je ne l’aurais voulu.

    Elle fronça les sourcils, prête à protester, mais je levai la main pour couper court à tout débat.

    — « Ce n’est pas une demande, Sora. Les anglais sont à nos trousses, et ce bateau va devenir un champ de bataille. Vous devez rester ici, peu importe ce que vous entendez. Si tout se passe bien, ils ne poseront jamais les pieds sur ce navire. Mais si ça arrive… vous ne devez pas leur tomber entre les mains. »

    Je marquai une pause, cherchant mes mots, puis ajoutai d’une voix plus basse :

    — « Faites-moi confiance. Je reviendrai vous chercher. »

    Elle ouvrit la bouche, mais je ne lui laissai pas le temps de répondre. Je refermai la porte derrière moi, verrouillant tout sentiment inutile avec elle. Il n’y avait pas de place pour mes doutes ou mes visions étranges dans ce qui nous attendait.

    De retour sur le pont, les hommes étaient déjà en mouvement, préparant les armes, renforçant les défenses. Les voiles de navires anglais étaient maintenant bien visibles, trois bateaux lourdement armés, leurs mâts ornés des armoiries du cousin de Tomas. Une partie de l’équipage montrait des signes d’anxiété, mais personne ne reculait. Pas encore, ils croyaient tous en la force de leur Roi maudit. Pauvre fous, pensais-je.

    Je pris une grande inspiration et m’avançai au centre du pont.

    — « Écoutez-moi bien, » lançai-je d’une voix forte. « Ces hommes ne sont pas plus redoutables que les autres que nous avons affrontés. Restez à vos postes, suivez les ordres, et nous nous en sortirons. Mais souvenez-vous : si nous perdons pied, ils n’auront aucune pitié. Alors, ne leur laissez aucune chance. »

    Mon regard balaya les visages autour de moi. Ils avaient peur, mais ils étaient prêts à se battre. Ces hommes m’avaient jurés loyauté, j’avais plus foi en eux qu’en moi-même. Mais en cet instant, je n’avais pas seulement peut pour ma vie ou pour la leur. Mais pour elle, enfermée en bas, comptant sur moi pour tenir cette promesse que je n’avais pas encore formulée à voix haute.

    Les anglais approchaient. Le combat allait commencer.

    Le grondement des cornes retentit, annonçant le début du combat. Les anglais étaient menés par mon cousin, Marcus et son armée était là. Ses hommes, en me voyant et me tenant encore debout malgré les rumeurs de ma mort, un silence incrédule traversa leurs rangs. Puis Marcus avança, une expression de mépris mêlée de colère sur le visage.

    — « Alors, tu es trop tenace pour mourir, cousin, » lança-t-il, sa voix résonnant sur la future bataille navale.

    Tomas sourit, un sourire froid et calculateur qui ne masquait pas la lueur dangereuse dans ses yeux.

    — « Tu n’as pas frappé assez fort la première fois, Marcus. Mais aujourd’hui, tu paieras pour chaque vie que tu as volée. »

    La bataille éclata dans un fracas d’acier et de cris. Les hommes de Tomas, galvanisés par la présence de leur chef, se battirent avec la fureur d’une tempête. Gurney menait un petit groupe à sa manière, rapide et stratégique, frappant là où l’ennemi était le plus vulnérable.

    Mais Tomas avait un seul objectif en tête : atteindre Marcus. Une fois les deux bateaux s’entrechoquant, il fendit les rangs ennemis avec une précision brutale, son épée s’abattant sur tout obstacle. Son visage était une vision d’intensité, le sang éclaboussant ses traits tandis qu’il avançait, implacable.

    Et enfin, il se retrouva face à son cousin. Marcus se tenait là, imposant, son épée massive à la main, un rictus de défi sur les lèvres.

    — « Viens donc, chien, montre-moi si tu es digne d’être roi, » rugit Marcus.

    Leurs épées s’entrechoquèrent dans une explosion d’étincelles. Le bruit de l’acier résonnait au-dessus du tumulte environnant, comme une symphonie brutale. Chaque coup porté était une déclaration, chaque esquive un acte de défi. Marcus était fort, incroyablement fort, mais Tomas avait quelque chose que son cousin n’avait plus : l’amour et la loyauté de ses hommes, et une cause qui valait plus que sa propre vie.

    Le combat s’intensifia, devenant presque une danse mortelle. Tomas ressentit chaque douleur, chaque brûlure dans ses muscles, mais il tint bon, sa rage et sa volonté de protéger ses hommes le poussant au-delà de ses limites.

    Enfin, avec un cri guttural, il parvint à désarmer Marcus, son épée volant à quelques mètres. Tomas, haletant, plaça la pointe de son arme contre la gorge de son adversaire.

    — « Finis-en, » cracha Marcus, le défi toujours présent dans son regard.

    Mais Tomas hésita un instant, son poing se crispant sur la garde de son épée.
    — « Non, » répondit-il finalement, sa voix basse mais vibrante de conviction. « Ta mort ne servira pas ma cause. Tu vivras pour voir la gloire du royaume que je construirai, et pour comprendre que ton règne de terreur est terminé. »

    Il recula, laissant Marcus à genoux sur son bateau en flammes. Mais au moment où il se retourna, une ombre passa dans son champ de vision. Marcus avait saisi une dague cachée et se préparait à frapper. Ce fut Sora qui intervint, sa lame plongeant dans la gorge levée de l’anglais avant qu’il ne puisse toucher Tomas. Marcus hurla de douleur, tombant définitivement. Tomas, sonné, observait la jeune femme dont les yeux brillaient non pas d’une peur confuse mais d’une vaillance au coeur brûlant de rage.

  62. Avatar de C.
    C.

    Ce moment de séparation est à la fois une frustration et une révélation. Depuis qu’elle a quitté son navire, son esprit est hanté par Sora, par ses derniers mots, par la façon dont elle avait lutté pour lui sauver la vie, et surtout par ce lien étrange et inexplicable qu’il a ressenti lorsqu’elle était près de lui. Alors qu’il est encore dans sa cabine, les traces de sa présence sont partout. Il remarque une légère empreinte laissée sur le sol de bois où elle avait posé ses pieds, le pli d’un drap qu’elle avait touché, et même une subtile fragrance qu’elle portait toujours avec elle.

    Assis sur une chaise, Tomas presse ses doigts contre ses tempes. Il tente de comprendre ce qui s’est passé sur son bateau et ce qui se joue désormais. Puis, une sensation étrange le traverse, comme un écho lointain, une peur sourde qui ne lui appartient pas. C’est furtif mais puissant. Sora. Il se lève brusquement, le souffle court, comme s’il pouvait encore entendre son cri silencieux. Était-ce une illusion ? Était-elle en danger ? Ou bien était-ce simplement la culpabilité qui le rongeait de l’avoir laissée partir sans agir ?

    Gurney, entre dans la cabine et remarque l’agitation de son protégé.

    « – Tomas, tout va bien ? » demande-t-il avec une prudence inhabituelle.
    Ce dernier serre les mâchoires avant de répondre :
    « – Non, rien ne va. Je l’ai laissée partir. Je savais que ce Harald était une ordure, mais je l’ai quand même laissée partir comme si elle n’était qu’un pion dans ce jeu. »
    Gurney, toujours pragmatique, croise les bras et incline la tête.
    « – Que veux-tu qu’on fasse ? Harald a des hommes, des mercenaires, et un fjord fortifié. Tu sais aussi bien que moi que si nous tentons quelque chose, cela risque d’être suicidaire. »
    Tomas le fixe intensément, les muscles tendus.
    « – Je ne peux pas rester ici les bras croisés. Elle a risqué sa vie pour me sauver. Je lui dois bien ça. »
    Gurney sourit, nullement résigné.
    « – Alors, quelle est ton idée ? »

    Le blond passe une main dans ses cheveux, cherchant une réponse. Puis, comme un éclair, il repense à cette étrange connexion qu’il a ressentie. Était-ce réel ou une pure coïncidence ? Il décide de s’y fier. Il y a une force qui le pousse à croire que Sora a besoin de lui, ici et maintenant.

    « – Nous partirons avant la tombée de la nuit », dit-il, le ton ferme. « Harald croit que nous sommes dociles, que nous sommes là pour profiter de sa prétendue hospitalité. Mais nous allons surprendre cet arrogant fils de chien. Gurney, prépare les hommes. Prenez uniquement ceux qui sont prêts à mourir pour une cause juste. Nous devons frapper vite et fort. »

    Le vieil finit par lâcher un rire amusé et sort une petite carte de cuir, dépliée avec précaution.
    « – Alors, on va faire comment, chef ? » demande-t-il.

    Tomas pointe du doigt un point sur la carte, près d’un ravin.
    « – Le cortège passera par ce pont ce soir. Harald m’a confié vouloir passer sa nuit de noce près des cavernes de Loki, un dieu qu’il vénère. Il en a pour quelques heures à cheval. C’est notre seule chance. »
    Gurney arque un sourcil.
    « Tu veux attaquer sur un pont ? Avec trois hommes et un cheval boiteux ? »
    La question fait sourire Tomas, son regard brillant d’une lueur téméraire.
    « – Pas exactement. Écoute-moi bien… »

    Tomas a divisé son petit groupe en deux. Lui et Gurney se cacheront sous le pont, tandis que leurs deux autres hommes, Spencer et Bronn, se déguiseront en marchands de vin égarés. Gurney avait trouvé dans la ville, une vieille charrette qui ferait l’affaire. Cette charrette chargée de tonneaux bloquerait volontairement le passage.
    « – Bronn, Spencer, vous jouez les idiots crédibles. Parlez fort, agitez les bras. Gagnez du temps. »
    « – Et toi ? » demande Bronn, les bras croisés.
    « – Moi, je grimpe. » Tomas désigne les cordes qu’il a nouées à un arbre voisin. « Une fois le cortège ralenti, je saute directement dans la charrette. »
    Gurney grimace.
    « – Et si tu te rates ? »
    Tomas sourit de toutes ses dents.
    « – Alors, prie pour que Harald ait une bonne âme. »

    Le mariage a bien eu lieu. Sans expliquer comment ou pourquoi, Tomas sentait dans son âme les rugissements d’injustice de Sora. Lorsque le cortège arriva, mené par Harald lui-même et une douzaine de ses hommes, la charrette des « marchands de vin » bascula légèrement, répandant des tonneaux sur la route. Comme Tomas l’avait prévu, les soldats s’arrêtèrent, agacés, et commencèrent à dégager le chemin.

    C’est le moment où Tomas et Gurney, dissimulés sous le pont, remontent silencieusement avec leurs cordes. Tomas atteint la charrette, s’y cache, et repère Sora dans une sorte de carrosse. Elle est vêtue d’une robe de mariée blanche, tel un linceul, le visage fermé. Il a une immense peine pour elle et un fort sentiment de culpabilité de l’avoir abandonnée aux bras de cet odieux personnage. Mais quand leurs regards se croisent, il peut constater que ses yeux s’illuminent et son coeur bat à tout rompre. Sans se parler, ils se comprennent.

    Rapidement, Tomas se glisse jusqu’au carrosse pendant que Gurney déclenche la prochaine phase du plan : une explosion improvisée. Un tonneau piégé explose soudainement près de la charrette, semant la panique.
    Les chevaux hennissent, les soldats se dispersent, et Tomas en profite pour arracher Sora hors du carrosse.

    « – Tu viens avec moi » ordonne-t-il en tendant la main malgré qu’il sente une légère résistance, « – Oui, c’est un nouvel enlèvement.. N’oublie pas que je suis un spécialiste pour dérober les plus beaux trésors.», s’amuse-t-il à répliquer osant enfin se détendre malgré la situation.

    Mais comme il était fier de lui avoir dit cela, surtout en la voyant sourire avec un éclat de défi dans le regard.

    Sans perdre de temps, Tomas et Sora coururent vers les bois, où Spencer les attendaient avec des chevaux cachés. Mais la situation dégénéra rapidement. En effet, au loin, Harald s’étant rendu compte du rapt de son épouse, hurle des ordres, et ses hommes les prennent en chasse.

    « – On a quelques minutes d’avance, pas plus ! » crie Spencer en leur lançant les rênes, « Les hommes sur le bateau sont prêt, alors ne perdons pas de temps »

    Tomas prit Sora devant lui et sans perdre un instant galopa à travers les bois, sautant par-dessus des ruisseaux et des racines, tandis que les hommes d’Harald se rapprochaient. Gurney se retournait souvent pour voir où étaient leurs poursuivants.
    « – Ils sont trop nombreux ! », hurla-t-il.
    Tomas réfléchit rapidement et prit une décision risquée.
    « – On les mène au ravin. Avec un peu de chance, ils n’auront pas le courage de nous suivre. »
    Ils finirent par s’engager sur un chemin escarpé, le sol devenant de plus en plus traître. Mais en redoublant d’effort, ils finir finalement par atteindre un passage étroit au bord d’un précipice.
    « – Descendez, » ordonna Tomas en désignant un chemin escarpé qui serpente vers le bas. « On passe par là puis on saute. »
    « – T’es malade ? Il y a au moins trois mètres de plongeon. On va se rompre le cou ! » demanda Spencer.
    Un regard noir du chef vers son ami lui fit comprendre qu’il devait obéir à ses ordres. Spencer laissa un long soupire s’échapper mais fini par capituler. Bornn et Gurney étaient passé en premier sans réfléchir et avaient sauté.

    Tomas se tourna donc vers Sora dont il tenait toujours fermement la main.
    « -Fais-moi confiance..» murmurait-il à la jeune femme, essoufflé mais les yeux brillant d’une malice certaine.

    Alors qu’ils commencent à marcher sur le chemin escarpé, Harald et ses hommes arrivent en haut du ravin. Ils hésitent, mais la rage d’Harald les pousse à avancer. Une pluie de flèches s’abat sur Tomas et Sora, mais ils parviennent à se cacher dans les recoins du chemin. Le blond fait office de bouclier contre Sora, la protégeant le plus possible.
    Frôlant l’indiscipline, Tomas grimpa sur un rocher et, avec un sourire provocateur et crie à Harald :
    « – Tu ne pourras jamais forcer quelqu’un à t’aimer, Harald. Mais tu peux toujours essayer de me rattraper ! »

    Une pierre se détache sous les pieds d’un des soldats d’Harald, déclenchant un éboulement. La poussière envahit le ravin, forçant Harald à battre en retraite.

    « – Saute avec moi ! », criait-il à la jeune femme.
    Finalement, Tomas reprit la main de Sora et après un regard s’assurant qu’elle était d’accord sauta dans l’eau parvenant ainsi à s’échapper. Heureusement, le puit d’eau était profond. Sans lâcher Sora, Tomas remonta aisément et rapide à la surface et nagea avec elle jusqu’au bateau qui les attendaient. Pendant cette expédition, le reste de l’équipage avait mis le feu à tous les drakkars du port de Harald. Ainsi, personne ne pourraient les suivre.

    Ils remontaient sur le bateau, aidé par l’équipage qui saluait, heureux d’être victorieux et de retrouver la princesse, cette mission quasi suicide.

    « Et maintenant ? » demandait Spencer, le souffle court en donnant un drap de bain à la princesse.
    Tomas la regarde avec un sourire fatigué mais sincère. « Maintenant, on trouve un endroit où Harald ne pourra pas nous suivre puis on raccompagne la princesse chez elle»

  63. Avatar de C.
    C.

    Le tumulte des retrouvailles entre Sora et son père se dissipe enfin, laissant place à un silence inhabituel sur le pont. Tomas observe la scène en retrait, le regard vissé sur la silhouette de la jeune femme. Son père est reparti, et elle semble perdue dans ses pensées, une mèche humide collée à sa joue. Il pourrait presque entendre le fracas de ses pensées, le poids du destin qui la ramène inexorablement à sa vie d’avant.

    Tomas serre les poings. Il sait ce qui l’attend. Le roi les a remerciés, mais il a aussi posé un mur invisible entre eux. Les paroles de Sora résonnent encore en lui : elle voulait leur offrir un refuge, un endroit pour se poser. Et lui, que veut-il ? Tomas se mord l‘intérieur de la joue. Il ne devrait pas se poser cette question.

    Il se racle la gorge et s’approche d’elle.

    « Nous arriverons à Kattegat avant la tombée de la nuit. Je ferai en sorte que personne ne pose de questions sur ton enlèvement. »

    Elle tourne la tête vers lui, ses yeux scrutant son visage avec une intensité qui le déstabilise. Son regard n’a rien de celui d’une princesse apeurée. Il est plein d’une gratitude qu’il ne sait pas comment accepter. Etrangement, il avait l’impression qu’elle cherchait à le remercier ce qui le surprenait : il l’avait enlevé après tout !

    Il incline simplement la tête et se tourne vers Gurney, qui les observe avec un sourire en coin.

    « On met les voiles. Cap sur Kattegat. »

    Le voyage du retour est rapide, bien trop rapide. Tomas reste en retrait, absorbé par ses pensées. Il sent que cette aventure lui a échappé, qu’il s’est laissé entraîner bien plus loin qu’il ne l’aurait voulu. Il n’aurait jamais dû intervenir, jamais dû la sauver.

    Et pourtant, il l’a fait.

    Quand ils atteignent Kattegat, la cité s’anime dès leur approche. Les quais sont bondés, les habitants se pressent pour apercevoir la princesse disparue. Tomas sent son estomac se nouer. Il sait qu’une fois qu’elle aura mis pied à terre, tout changera. Il ne sera plus qu’un pirate, un capitaine dont elle racontera peut-être l’histoire, mais qu’elle oubliera avec le temps. Mais la princesse en avait décidé autrement.

    Un tumulte de monde, de personnes les accueillent, la reine en personne. Cette étrange petite personne. Tomas est surpris d’imaginer cette femme tenir tête à un époux aussi imposant que Leif Erikson. Elle a un étrange sourire sur les lèvres quand elle le regarde et cela le gêne, comme si, comme sa fille, elle arrivait à sonder ses pensées.

    Alors que tous ses hommes prennent leurs aises, comme Sora leur avait promis, Tomas lui cherche déjà un moyen de repartir. Il avait accepté le marché pour ses compagnons, mais il sait pertinemment qu’il ne peut pas rester auprès d’eux. Ce serait les mettre en danger. Sa malédiction le guide toujours et il ne peut s’empêcher d’y repenser. De plus, avec la mort de Marcus, les troupes anglaises ne devraient pas tarder à le rechercher.

    Tomas hocha lentement la tête en réponse à l’invitation de Sora. Ses hommes avaient besoin de repos, d’un foyer où poser leurs armes, et il savait que cette terre fertile leur offrirait enfin la paix qu’ils méritaient. Mais lui… il n’était pas fait pour cette tranquillité. Il le savait. Chaque instant passé ici accrochait un poids supplémentaire à son cœur, une tension qu’il ne pouvait ignorer.

    Depuis qu’il avait tué Marcus lors du dernier raid, il était un homme traqué. Les hommes de son oncle ne cesseraient pas de le poursuivre, et il refusait d’attirer ce danger sur ceux qui lui avaient offert l’hospitalité. Il devait partir. Seul.

    « Un dîner, alors », dit-il enfin, forçant un sourire. « Mais demain, je partirai en reconnaissance. Il faut s’assurer que la mer est dégagée, que d’autres menaces ne pèsent pas sur nous. »

    Il sentit le regard de Sora mais aussi de Gurney non loin l’observant , les bras croisés. Les deux n’étaient pas dupes. « Tu es fatigué, Tomas. Reste au moins quelques jours. », répliqua Gurney qui s’approchait de lui laissant ainsi filer la princesse.

    Le blond baissa les yeux vers ses mains calleuses, sentant le poids de son épée invisible contre sa hanche. « Je ne peux pas. »

    Le silence s’étira entre eux. Gurney comprenait, il le voyait dans ses prunelles argentés. Pourtant, il n’insista pas. Tomas ne savait pas s’il devait en être soulagé ou déçu.

    « Viens », finit-ilpar dire. « Mange au moins un bon repas, avant de décider de courir après ton destin. »

    Tomas le suivit, le cœur lourd, sachant déjà que ce serait la dernière fois qu’il partagerait un instant de calme avec Sora.

  64. Avatar de C.
    C.

    Tomas savait qu’il devait partir, et vite. Chaque instant qu’il passait ici était un risque de plus, une chance supplémentaire pour les hommes de son oncle de le retrouver. Il n’avait pas le luxe de l’attachement, encore moins celui du répit. Pourtant, face à Sora, il sentait sa détermination vaciller.

    Il avait à peine touché à son assiette, l’esprit encore embrouillé par les événements du bateau, par le sang versé, par la menace toujours suspendue au-dessus de lui. Mais elle, avec son sourire effronté et ses gestes pleins d’assurance, ne semblait pas décidée à le laisser dépérir. Tomas observa le morceau de cerf qu’elle venait de déposer dans son assiette, puis le verre d’hydromel qu’elle avait rempli sans attendre son avis.

    – Un homme fort doit manger et boire ! En plus, ce plat est l’un des meilleurs du pays. Vous n’allez tout de même pas refuser de goûter à une telle gourmandise ?

    Il n’eut pas le temps de répondre que Gurney renchérit, la bouche pleine et la barbe plus garnie que jamais :

    – La princesse a raison, Tomas, c’est délicieux !

    Il leva les yeux au ciel, exaspéré malgré lui, mais quelque chose, dans l’entrain de la jeune femme, l’amusait. Il n’était pas habitué à ce genre d’attention – et il n’aurait jamais cru qu’une femme aussi fière et téméraire que Sora se prêterait à ce jeu.

    Il tenta de refuser poliment, mais elle continua de le nourrir, glissant dans son assiette de nouvelles portions avec un entêtement presque enfantin. Il n’avait pas connu cela depuis… depuis longtemps. Pas depuis qu’il avait quitté sa famille, pas depuis qu’il avait été contraint d’embrasser une vie où la méfiance primait sur tout le reste.

    La musique retentit autour d’eux, et les Norrois s’adonnèrent rapidement à la fête. Ses hommes se joignirent aux réjouissances sans la moindre hésitation, même Gurney, qui ne tarderait pas à vider quelques chopes de trop. Tomas, lui, resta figé devant son assiette, observant Sora d’un regard en biais. Elle était diablement tenace.

    – Promis, je ne mets plus rien dans votre assiette si vous me promettez de ne pas partir demain… Vous avez besoin de repos, Tomas. En plus, avec un ventre aussi rempli, ça va être difficile de mener un bateau…

    Elle lui souriait, un sourire taquin, mais il y avait autre chose dans son regard. Un peu de malice, certes, mais aussi une sincérité désarmante. Tomas resserra machinalement sa prise sur son verre.

    Il ne répondit rien. Il savait qu’elle jouait avec lui, qu’elle essayait de le manipuler, mais il devait admettre qu’elle le faisait avec une habileté charmante. Il était un guerrier, un mercenaire, un homme traqué – il ne devrait pas être en train de s’amuser avec elle. Et pourtant, il se surprenait à vouloir prolonger cet instant, ne serait-ce que pour voir jusqu’où elle irait.

    – Et puis, je suis certaine que mon père aimerait vous rencontrer… ou même mon frère. Vous pourriez être d’une grande aide par rapport à vos origines, car ils adorent aller faire des pillages en Angleterre… Peut-être que vous auriez de bonnes choses à leur apporter. Ils sauront vous récompenser en retour.

    Tomas releva la tête, cette fois plus méfiant. Là était le véritable piège. Il n’avait aucune envie de se retrouver face à son père ou son frère. Ils ne seraient pas dupes, pas comme ces villageois qui voyaient en lui et ses hommes des sauveurs. Ils comprendraient immédiatement ce qu’il était. Un mercenaire, un paria, un fugitif.

    – S’il vous plaît… juste quelques jours… ce n’est pas grand-chose…

    Sa voix avait changé. Son sourire n’était plus espiègle, il était plus doux, plus timide. Elle posa sa main sur la sienne, un contact simple mais qui lui donna l’impression d’un poids qui se soulevait en lui, d’un fardeau qu’il ne savait pas qu’il portait. Pendant un bref instant, il oublia qu’il devait partir, qu’il devait fuir. Pendant un bref instant, il ne fut qu’un homme, face à une femme qui lui demandait de rester.

    Sven s’approcha et leva son verre en leur direction :

    – Vous êtes bien plus sage que la plupart des gens ici ! En tout cas, je suis heureux de vous revoir, Sora, et nous sommes aussi ravis de rencontrer vos sauveurs !

    Tomas retint un rire amer. Sauveurs. Voilà qui était ironique.

    Mais il n’eut pas le temps d’y penser davantage que Sora s’était déjà levée, tendant la main vers lui avec un éclat malicieux dans les yeux.

    – Venez danser ! Je vais vous apprendre l’art de s’amuser chez les Vikings !

    Il la fixa un instant, partagé entre la raison et l’impulsion. Il aurait dû refuser, aurait dû partir avant que tout cela ne devienne trop dangereux. Tomas observa la main tendue de Sora comme s’il s’agissait d’un piège soigneusement dissimulé sous un voile de lumière. Son instinct lui hurlait de refuser, de ne pas se laisser entraîner plus loin dans cette mascarade où il n’avait aucun contrôle. Mais quelque chose en lui flanchait. Peut-être était-ce l’hydromel, ou l’éclat mutin dans les yeux de la jeune femme, ou simplement la fatigue d’avoir constamment à lutter contre ce qu’il désirait réellement.

    Il finit par glisser sa main dans la sienne. Son geste était hésitant, presque méfiant, mais dès que ses doigts effleurèrent ceux de Sora, il comprit qu’il avait déjà perdu cette bataille. Elle le tira de sa chaise avec une énergie enfantine, et il se retrouva au milieu de la salle, entouré de rires et de chants.

    Les norrois tapaient dans leurs mains, entraînant le rythme d’une mélodie entraînante jouée par quelques musiciens assis près du feu. Tomas n’avait jamais dansé, ou du moins, pas de cette manière. Les festivités anglaises ou espagnoles, il les connaissait, mais ici, la danse était brute, sauvage, exempte de toute prétention. C’était une danse de guerriers, de marins, de survivants. Il n’était pas certain d’en comprendre les pas, mais Sora n’avait visiblement pas l’intention de le laisser se dérober.

    Elle riait, virevoltait autour de lui, l’obligeait à bouger, à suivre ses mouvements sans se poser de questions. Sa présence était un tourbillon dans lequel il se sentait étrangement à l’aise. Les chants, les applaudissements, les clameurs des hommes enivrés lui parvenaient comme un lointain écho. Pour la première fois depuis longtemps, il n’était pas Tomas le fugitif, ni le meurtrier en cavale. Il n’était qu’un homme parmi d’autres, un homme qui riait malgré lui, qui suivait le rythme imposé par une jeune femme bien trop malicieuse pour son propre bien.

    Il n’aurait jamais cru pouvoir rire ainsi. Il n’aurait jamais cru pouvoir être aussi léger, même pour une simple danse. Mais lorsqu’il croisa le regard de Sora, tout sembla s’effacer. Il y avait quelque chose chez elle qui lui faisait oublier, même pour quelques instants, le poids de ce qu’il portait sur ses épaules.

    Mais la réalité était une amante cruelle. Tomas savait que ce moment ne durerait pas. Il savait que bientôt, il lui faudrait quitter cette chaleur, cette illusion, et retourner à sa solitude. Car aussi tentante soit-elle, Sora ne pouvait être qu’une distraction. Et il n’avait pas le luxe de se laisser distraire.

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    C.

    Tomas sent encore l’adrénaline de la danse pulser dans ses veines alors qu’il suit Sora. Son rire résonne toujours dans sa poitrine, une sensation rare, presque étrangère. Il se surprend à aimer cette légèreté qu’elle lui insuffle, ce court instant où il n’est plus un homme traqué par ses propres choix, mais juste un corps en mouvement, un souffle accordé à un autre.

    Puis Karl s’interpose, et tout change. Tomas perçoit immédiatement l’hostilité dans le regard du garçon, cette façon qu’il a de se planter devant Sora avec un air de défi à peine voilé. Il n’a pas besoin d’entendre tous les mots pour comprendre : Karl veut rappeler à Sora qui elle était avant. Il veut effacer Tomas, le renvoyer au rang d’étranger de passage, sans importance.

    Mais la réaction de Sora est une surprise. Elle se raidit, son regard brûle, et elle répond avec une force qui force Tomas à l’admiration. Elle défend son honneur, mais aussi le sien. Elle claque ses mots comme des coups de fouet, et lorsqu’elle attrape sa main pour l’entraîner à sa suite, Tomas sent la colère qui la traverse comme une onde électrique. Il se laisse faire, intrigué par la passion qui l’habite.

    Il marche derrière elle, sa paume toujours pressée contre la sienne, observant son dos tendu, la manière dont ses épaules se crispent à chaque mot haché qu’elle laisse filer. Elle peste, fulmine, et il perçoit sous sa fureur quelque chose d’autre, une peur diffuse. Karl la trouble bien plus qu’elle ne veut l’admettre.

    Tomas n’intervient pas. Il sait qu’il est un intrus dans cette histoire qui ne le concerne pas, un observateur silencieux dans une querelle qui date d’avant lui. Mais il est là, et sa présence semble suffire à Sora. Elle ne lâche pas sa main, et il ne cherche pas à la retirer.

    Quand elle s’arrête enfin, prenant conscience qu’elle a pris le mauvais chemin, son regard change. L’assurance laisse place à quelque chose de plus doux, de plus vulnérable. Tomas croise ses yeux et y lit une excuse qu’il ne comprend pas tout à fait. Pourquoi s’excuser auprès de lui ? Parce qu’elle l’a mêlé à ses querelles ? Parce qu’elle l’emmène dans un endroit qu’elle n’avait pas prévu ? Il n’en sait rien, mais il hoche simplement la tête, acceptant ce qu’elle lui offre sans poser de question.

    Le silence entre eux n’est pas lourd. Il est simplement là, rempli par le bruit de leurs pas et par cette chaleur entre leurs doigts qui ne faiblit pas. Ils avancent, et Tomas comprend qu’elle ne l’emmène pas à l’auberge, mais chez elle.

    Une nuit de repos dans un lit confortable ? Voilà qui est presque ironique.

    — Je devrais refuser, dit-il avant de surenchérir malgré la surprise sur le visage de Sora qui avait l’air si détendue, Sora je ne compte pas rester, je ne veux pas m’attacher à un lieu, à une personne. Il faut que je partes, demain, avant que tout cela ne devienne trop réel.

    Mais alors pourquoi ne lâche-t-il pas sa main, le sermonnait son désir. S’avançant face à elle, son autre main vint se poser sur la joue de la jeune femme comme un besoin irrépressible. Après tout, puisqu’il partait demain, rien ne l’empêchait de faire quelque chose de spontané ?

    Ses doigts sur sa joue la caressait avant que son pouce ne vienne délicatement caresser sa lèvre inférieure. Les yeux de Tomas brillait d’un désir brulant qu’il n’avait jusqu’alors jamais ressenti. Sans s’en rendre compte, son visage s’approchait de celui de Sora.

    — Tu m’as envoûté Sora.. Tu me fais douter de tout sauf de toi..

    Ses doigts laissèrent libre cours à ses lèvres de fondre sur les siennes. Un baiser impulsif, plein de désir et de sensualité. Tomas ne contrôlait plus son corps. Sa conscience lui hurlait qu’il abusait de la situation mais son désir lui hurlait que s’il devait mourir, au moins il aurait le souvenir merveilleux des lèvres de la princesse.

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    C.

    Tomas sentit son souffle se suspendre alors qu’il observait Sora, les joues rougies par l’émotion, les lèvres légèrement entrouvertes après leur baiser. Il n’aurait jamais dû la toucher. Il n’aurait jamais dû céder à cette impulsion qu’il contenait depuis trop longtemps.

    Mais il l’avait fait.

    Il ressentait encore la chaleur de sa peau sous sa paume, la douceur de ses lèvres, la fougue inexpérimentée mais sincère avec laquelle elle avait répondu à son baiser. Cela faisait une éternité qu’il n’avait pas embrassé quelqu’un avec une telle intensité. Pas une femme de passage, pas une nuit volée au hasard d’un port brumeux, mais quelqu’un qui réveillait en lui un désir bien plus profond. Quelqu’un qui, malgré tout ce qu’il avait fait, voyait encore en lui autre chose qu’un mercenaire sans foi ni loi.

    Il aurait dû s’éloigner, briser ce moment avant qu’il ne s’ancre trop en lui. Il avait prévu de partir au matin, de quitter cet endroit, de s’éloigner d’elle avant que son regard ne devienne une prison dont il ne saurait se libérer. Mais au lieu de cela, il avait laissé Sora l’entraîner plus loin encore. Un deuxième baiser, plus ardent, plus affamé. Il avait senti ses bras se nouer autour de lui, son corps se presser contre le sien, et ce fut comme une décharge qui embrasa chaque fibre de son être.

    Quand elle s’éloigna enfin, il resta figé, à demi-sonné par ce qu’ils venaient de partager. Son regard la suivit alors qu’elle lui murmurait d’une voix troublée :

    — Je… Je vais te montrer ta chambre…

    Elle tenta de reprendre contenance, mais Tomas percevait l’agitation qui bouillonnait en elle, comme un reflet de la sienne. Elle avançait rapidement, cherchant peut-être à fuir ce qu’elle venait de provoquer, mais il la suivit en silence, incapable de détourner les yeux de sa silhouette.

    Ils pénétrèrent dans le skali, attirant quelques regards curieux qu’elle ignora. Tomas, lui, se sentait étrangement à sa place dans cette demeure pourtant si loin de tout ce qu’il connaissait. Une ironie cruelle. Il aurait dû se sentir comme un intrus, un étranger toléré par convenance. Mais non, il y avait autre chose ici. Quelque chose qui le retenait.

    Sora ouvrit une porte et lui montra une grande chambre, bien plus confortable que tout ce à quoi il avait droit d’ordinaire. Un lit large, des tapis épais, un bassin d’eau claire pour se laver… Des signes de confort qu’il avait appris à ne pas rechercher. Mais ce ne fut pas la pièce qui le captiva. Ce fut elle.

    Elle resta à l’entrée, sa main toujours glissée dans la sienne, refusant de le lâcher. Un lien ténu mais puissant. Tomas sentit son cœur se serrer à cette simple pression. Un simple contact qui le retenait ici, alors que tout en lui hurlait qu’il devait partir.

    Et puis elle parla.

    Ses mots furent une lame effilée, venant s’ancrer profondément en lui.

    — Je devrais te détester parce que tu m’as kidnappée et souhaité me donner à un monstre… Mais en fait, tu m’as sortie de ma prison et j’ai vécu comme je n’avais jamais vécu avant. J’aurais aussi pu te haïr parce que tu avais ce rôle de méchant mercenaire sans cœur, mais tu m’as prouvé le contraire, même si tu veux faire croire à l’inverse. Tu es quelqu’un de mystérieux, mais tu as une flamme en toi qui montre une bonté immense… Et je me sens liée à toi. Je ne sais pas comment l’expliquer, mais je sais au fond de moi que tu n’es pas qu’un passager dans ma vie… C’est comme si je t’attendais depuis toujours…

    Tomas ferma les yeux un instant, luttant contre l’onde de trouble qui le traversait. Elle ne savait pas. Elle ne savait rien de lui. De ce qu’il avait fait. De ce qu’il était réellement.

    Et pourtant… il avait envie de croire à ses mots.

    L’écho de ses paroles résonnait en lui avec une force insoupçonnée. Il sentit un frisson parcourir leur main liée, une électricité étrange qui ne venait pas seulement du contact physique, mais de quelque chose de plus profond. Un lien immatériel, inexplicable, qui semblait les unir sans qu’ils aient besoin de le comprendre.

    Mais Tomas ne pouvait pas se permettre d’y céder.

    Il rouvrit les yeux et plongea son regard dans le sien. Il voyait l’attente, l’espoir mêlé à la peur. Il voyait cette sincérité qui lui brûlait la gorge parce qu’il ne se sentait pas digne d’une telle chose. Son instinct lui criait de briser cette illusion avant qu’elle ne devienne un piège dont il ne saurait se libérer.

    Mais au lieu de cela, il resserra doucement ses doigts autour des siens.

    — Sora…

    Sa voix n’était qu’un murmure rauque, incertain. Il ne trouvait pas les mots. Il n’avait jamais été doué pour cela. Tout ce qu’il avait toujours connu, c’était la fuite, le combat, la survie. Pas cette chaleur brûlante qui lui faisait perdre ses repères. Pas cette sensation d’être vu, entièrement, sans masque ni armure.

    Il aurait dû mentir, lui dire qu’elle se trompait, qu’il n’était qu’un homme de passage, qu’il n’avait rien à offrir. Mais il ne le fit pas. Il ne put pas. Parce qu’une part de lui savait qu’elle avait raison.

    Alors, au lieu de parler, il leva leur main liée jusqu’à ses lèvres et y déposa un baiser furtif, presque hésitant. Un geste léger, mais chargé de tout ce qu’il ne pouvait pas dire.

    Puis, doucement, il laissa sa main retomber, rompant ce contact avant qu’il ne devienne une chaîne.

    — Bonne nuit, Sora.

    Il recula d’un pas, puis d’un autre, jusqu’à franchir le seuil de la chambre. Il lui tourna enfin le dos, refermant la porte derrière lui avant qu’il ne commette une erreur qu’il ne pourrait pas réparer.

    Mais alors qu’il s’appuyait contre le bois massif, les yeux fermés, son cœur battant violemment contre sa poitrine, il sut que cette nuit serait la plus longue de toutes.

    Parce qu’il ne voulait plus partir.

  67. Avatar de C.
    C.

    Le sommeil de Tomas fut agité, hanté par des visions indistinctes où Sora apparaissait encore et encore, comme une ombre insaisissable. Il la voyait, mais elle lui échappait toujours, se fondant dans l’obscurité comme un mirage. Puis, une sensation plus forte, plus brutale, s’imposa à lui : du sang, des cris étouffés, une menace.

    Il se réveilla en sursaut, haletant, le cœur battant la chamade. L’air de la nuit était lourd, comme chargé d’électricité. Un mauvais pressentiment s’empara de lui et sans réfléchir, il se leva, enfila une veste et quitta sa chambre. Ses pas, d’abord hésitants, le guidèrent à travers les couloirs silencieux de la demeure jusqu’à la chambre de Sora.

    Une odeur métallique, âcre et familière, lui saisit la gorge avant même qu’il ne pousse la porte. Lorsqu’il entra, la scène qui se dévoila à lui lui coupa le souffle. Karl gisait sur le sol, méconnaissable, son corps réduit en morceaux. Du sang partout. Sur les murs, le sol, les draps, et surtout… sur Sora.

    Elle tremblait, ses yeux grands ouverts, hagards. Elle était debout, figée, au milieu de ce carnage, sa robe souillée de rouge, son visage éclaboussé par la mort qu’elle venait d’infliger.

    — Je… Je ne sais pas ce qu’il s’est passé… balbutia-t-elle, la voix brisée. Il a essayé de s’en prendre à moi et… et c’est le noir complet…

    Tomas sentit un frisson lui parcourir l’échine. Il savait qu’elle disait vrai. Quelque chose en elle avait pris le dessus. Une force qu’elle ne contrôlait pas. Une force qui venait de réduire Karl à l’état de carcasse mutilée.

    Mais ce n’était pas le moment d’avoir peur. Ce n’était pas le moment de la laisser seule.

    Il avança vers elle avec prudence, sans brusquerie. Lorsqu’il arriva à sa hauteur, il posa ses mains sur ses joues et l’obligea à le regarder dans les yeux.

    — Sora, écoute-moi. Tu es en état de choc. Ce n’est pas de ta faute. Tu as fait ce qu’il fallait pour te défendre. Personne ne doit savoir ce qui s’est passé. Personne.

    Elle ouvrit la bouche, mais aucun son n’en sortit. Son corps tremblait de plus belle, comme si elle réalisait seulement maintenant l’ampleur de ce qu’elle venait de faire. Tomas resserra sa prise sur elle, lui insufflant un semblant de stabilité.

    — Je vais m’occuper du corps, d’accord ? Je vais tout nettoyer. Toi, tu vas te changer et effacer toute trace de sang sur toi. Personne ne doit voir ça. Personne ne doit jamais savoir.

    Elle semblait au bord de l’effondrement. Il n’hésita pas. Il la prit dans ses bras, la serrant contre lui, ignorant le sang poisseux qui souillait aussi ses vêtements désormais.

    — Je suis là, Sora. Je suis là. Tu ne risques rien avec moi. Je vais faire disparaître tout ça. Tu n’as plus à t’en soucier.

    Elle hocha faiblement la tête, comme une enfant terrifiée qui s’accroche au seul repère encore tangible dans son monde en train de s’écrouler.

    Tomas relâcha lentement son étreinte et se mit en mouvement. Son esprit s’adapta immédiatement à la situation. Il lui fallait être rapide, efficace. Faire disparaître le corps, nettoyer la pièce, éliminer toute trace de ce qui venait de se passer. Sora ne devait jamais être impliquée.

    Il s’agenouilla près du cadavre de Karl, analysant la meilleure manière de le faire disparaître. Dans un murmure à peine audible, il se fit une promesse :

    — Je la protégerai, quoi qu’il en coûte.

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    C.

    Tomas marchait aux côtés de Matoaka, le regard fixé sur le sol, son esprit tournant à toute vitesse. Les paroles de la mère de Sora résonnaient encore en lui, lourdes de sens, de responsabilités. Il n’avait jamais cru au destin, mais ce soir, tout semblait converger vers une évidence troublante : Sora et lui étaient liés, d’une manière qu’il ne comprenait pas encore totalement.

    Le silence de la forêt n’était troublé que par le bruit feutré de leurs pas et le souffle du vent dans les branches. Il jeta un coup d’œil à Matoaka, dont le visage restait impassible, comme si cette nuit n’était qu’une énième nuit marquée par des vérités funestes et des décisions irrévocables. Elle avait vu ce qu’il était avant même qu’il ne se rende compte lui-même de son rôle dans cette histoire. Lui, un homme brisé, un vagabond perdu dans un monde qui ne voulait pas de lui, se retrouvait maintenant avec une mission qu’il n’avait pas choisie mais qu’il ne pouvait ignorer.

    — Il faut qu’on parte, elle et moi, murmura-t-il finalement.

    Matoaka s’arrêta net, le fixant de ses yeux sombres où dansaient les ombres d’anciennes prophéties. Tomas n’attendit pas sa réponse et continua, le ton plus affirmé.

    — Ici, elle est une proie. Peu importe combien tu veux la protéger, combien tu essaies de cacher ce qu’elle est… Ce soir est la preuve qu’elle ne peut pas se contenir indéfiniment. Tu as dit que j’étais son ancrage. Alors laisse-moi l’emmener. Loin. Quelque part où personne ne viendra la chercher. Où elle pourra apprendre à se contrôler sans avoir le poids du monde sur ses épaules.

    Matoaka le scruta longuement, pesant ses mots, évaluant peut-être l’homme devant elle. Il savait ce qu’elle voyait : un soldat égaré, un survivant, un homme aux mains tachées de sang, mais qui, malgré tout, était prêt à mettre son propre sort de côté pour sauver Sora.

    — Tu crois pouvoir la protéger seul ? demanda-t-elle enfin, d’une voix calme mais tranchante.

    Tomas inspira profondément, cherchant au fond de lui la réponse qu’il connaissait déjà.

    — Ne suis-je pas lié à Sora ? Alors oui, je peux la protéger. Parce que je suis comme elle.

    Le silence retomba, plus lourd encore. Matoaka sembla chercher une faille dans sa détermination, mais il n’y en avait pas. Il avait pris sa décision dès l’instant où il avait vu Sora, couverte de sang, incapable de comprendre ce qu’elle venait de faire. Elle n’était pas un monstre. Elle était perdue. Comme lui l’avait été autrefois.

    — Elle est plus forte que tu ne l’imagines, Tomas, souffla-t-elle en détournant le regard vers le skali qui se dessinait au loin.

    — Si tu l’emmènes, il faudra que tu sois prêt à affronter ce qu’elle est vraiment.

    Il hocha lentement la tête. Il ne savait pas ce que l’avenir leur réservait, mais il savait une chose : il ne la laisserait pas tomber. Peu importe le prix.

    — Je n’ai pas peur d’elle. J’ai peur pour elle..

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    C.

    Tomas posa une main légère sur l’épaule de Sora, sentant la tension qui crispait ses muscles. Il plongea son regard dans le sien, cherchant les mots justes pour la calmer.

    — Je ne vais pas te laisser tomber, Sora, sa voix était basse assurée, je sais que tout cela te paraît soudain, mais tu n’es pas seule.

    Il la regarda encore un instant, puis se leva, prenant une décision qui scellerait leur avenir. Il devait préparer ses affaires avant la nuit tombée. Il quitta la pièce en silence, son esprit déjà accaparé par ce qui l’attendait.

    Dans les couloirs, il croisa Gurney, son vieil ami, qui le fixa de son regard perçant. D’un simple coup d’œil, il comprit.

    — Tu pars, souffla Gurney. Ce n’était pas une question.

    Tomas se contenta d’un signe de tête. Il s’attendait à une réflexion ou à une remontrance, mais ce fut tout l’inverse. Gurney croisa les bras et esquissa un sourire en coin.

    — Alors tu sais très bien que tu ne partiras pas sans moi.

    Tomas ouvrit la bouche pour protester, mais la détermination de Gurney ne laissait pas de place à la discussion. Et il n’était pas le seul.

    Quelques pas plus loin, Spencer et d’autres membres de son équipage les attendaient, bras croisés. Tomas s’arrêta, frappé par la loyauté qu’ils lui témoignaient.

    — Capitaine, dit Spencer, nous n’abandonnerons pas notre navire. Et notre navire, c’est toi.

    Tomas sentit sa gorge se serrer. Il ne s’attendait pas à un tel engagement. Ces hommes avaient déjà tant donné pour lui. Et pourtant, ils étaient prêts à tout recommencer, sans poser de questions.

    Il hocha lentement la tête, acceptant leur soutien.

    — Nous partirons à la nuit tombée. Soyez prêts.

    Ils acquiescèrent, puis se dispersèrent, préparant leur départ. Tomas, lui, fit demi-tour et revint dans la chambre de Sora. Il la trouva assise sur son lit, le regard perdu dans l’ombre de la pièce. Lorsqu’il s’approcha, elle leva les yeux vers lui, une lueur d’interrogation brillant dans son regard.

    — Nous partons cette nuit, lui annonça-t-il, t vas vivre une vie de pirate désormais.

    Il laissa planer ces mots dans l’air, guettant sa réaction. Elle ne répondit pas tout de suite, songeuse.
    Tomas soupira, passant une main dans ses cheveux.

    — Personne ne me force à rien, Sora. C’est toi qui es en danger, et ta mère veut te protéger. Elle sait que ton père ne te laissera jamais partir avec quelqu’un qu’il ne connaît pas, mais elle sait aussi que rester ici ne t’aidera pas. Elle veut que tu aies une chance d’apprendre à te contrôler. Et moi, je veux simplement te voir en vie.

    Il s’accroupit devant elle, son regard plongé dans le sien.

    — Je ne suis pas forcé de faire quoi que ce soit. C’est ma décision. Tu n’as peut-être pas confiance en moi, mais moi, j’ai confiance en toi.

    Il se releva, tendant une main vers elle.

    — Alors, moussaillon… es-tu prête à embarquer ?

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    C.

    Tomas observa Sora alors qu’elle rassemblait ses affaires, un mélange de résignation et d’admiration dans le regard. Elle n’était pas une princesse capricieuse emportant des parures inutiles, mais une véritable guerrière prête à affronter l’inconnu. Son arc, sa lame cachée sous sa robe, et la hache de son père formaient un attirail qui en disait long sur elle. Il ne put s’empêcher de sourire en la voyant si déterminée.

    « – On n’est jamais trop prudent… » fit-elle en haussant les épaules, avant de mentionner la bataille contre les Francs.

    Il hocha lentement la tête, amusé et impressionné par cette anecdote. Cette jeune femme portait en elle l’héritage de guerriers redoutables, et il était évident qu’elle ne comptait pas être une simple passagère dans cette aventure.

    Lorsque Gurney prit son sac pour l’amener au bateau, Tomas sentit un poids s’ajouter à ses épaules. Ce n’était plus seulement son voyage, sa fuite. Désormais, il était responsable d’elle. Il suivit Sora jusqu’à sa mère, sachant que cet au revoir serait difficile. Il était préparé à la séparation, mais pas à l’intensité de ce moment.

    La mère de Sora l’accueillit avec une épée entre les mains. Tomas la prit avec respect, effleurant le pommeau ouvragé du bout des doigts. Un cadeau de confiance. Un symbole puissant. Il la remercia d’un hochement de tête grave, comprenant l’honneur qui lui était fait. À côté, Sora recevait de quoi survivre et s’occuper d’elle-même sur la route : des herbes, des baumes, un carnet rempli de recettes maternelles. Tomas sentit son cœur se serrer en voyant la force avec laquelle la femme contenait ses larmes. Elle lui confiait sa fille, avec tout ce qu’elle avait de plus précieux.

    « – Tu fais attention ma chérie et… sache que tu seras toujours la bienvenue ici, d’accord ? »

    Tomas détourna le regard pour leur laisser cet instant intime, observant la mer au loin. Le vent portait déjà leur avenir incertain. Lorsqu’il reporta son attention sur elles, il vit la mère de Sora lui adresser un sourire complice.

    « – Et puis il y a quelqu’un qui saura t’aider, te soutenir. »

    Elle parlait de lui.

    Tomas ne réagit pas immédiatement, mais il sentit le poids de cette responsabilité s’ancrer un peu plus en lui. Il savait déjà qu’il ferait tout pour la protéger, pour lui offrir une chance d’apprendre à se contrôler, à comprendre ses dons. Mais entendre cette femme lui confier sa fille avec autant de foi en lui… cela le bouleversa plus qu’il ne voulait l’admettre.

    Lorsque le bateau quitta le port, Tomas resta un long moment debout près du bastingage, le regard fixé sur le quai. Il voyait la silhouette de la mère de Sora, plus petite à chaque instant, figée dans un au revoir silencieux. Il se demanda si elle regrettait déjà cette décision, si elle doutait de lui, ou si elle savait que c’était la seule solution.

    À côté de lui, Sora semblait perdue dans ses pensées. Lorsqu’elle tourna enfin son regard vers lui, il put lire dans ses yeux une lueur d’incertitude.

    « – Nous partons vers quelle terre ? Tu crois qu’on reviendra un jour ici ? »

    Tomas laissa le silence s’installer un instant. Il n’avait pas encore pris la pleine mesure de leur destination. Il savait seulement qu’ils devaient partir, fuir avant que Leif ne revienne et que toute échappatoire ne leur soit ôtée. Il regarda l’horizon, les mâts qui se dressaient contre le ciel, les voiles gonflées par le vent du large.

    — Nous irons là où le vent nous portera, répondit-il enfin, un brin de malice dans la voix. mais un jour, peut-être, nous reviendrons. Si le destin le veut. En tout cas.. Je serai là, tout l’équipage sera là pour toi. Tu fais partie de notre famille désormais.

    Il croisa son regard, cherchant à deviner ce qu’elle pensait. Sora était une tempête en elle-même, imprévisible et puissante. Lui, il n’était qu’un homme avec un navire, une boussole et un équipage prêt à le suivre n’importe où. Pourtant, en cet instant, il savait une chose avec certitude : leur destin venait de s’entrelacer, et il n’était pas prêt de la laisser partir.

  71. Avatar de C.
    C.

    Kira sentit un soulagement profond l’envahir lorsque son père prit les choses en main avec une autorité naturelle. Il donnait des ordres aux domestiques, organisant tout d’un ton calme mais ferme. Elle l’admirait pour cela. Peu importe la situation, il trouvait toujours un moyen de la gérer, et ce soir, elle lui en était infiniment reconnaissante.

    Mais au-delà de cela, elle était heureuse. Heureuse malgré l’incident, malgré la violence qui avait terni leur belle journée. Henry était là, avec elle, sous son toit, et elle pouvait s’occuper de lui, veiller à ce qu’il aille bien. Il était hors de question qu’il reparte dans cet état.

    Tandis que son père s’affairait, elle guida doucement Henry jusqu’à l’une des chambres d’amis. La pièce était chaleureuse, décorée avec goût, et lorsqu’elle ouvrit l’armoire, elle en sortit quelques costumes qui appartenaient autrefois à son frère.

    — Mon frère, Nashoba, portait ces vêtements, expliqua-t-elle avec un sourire empreint de tendresse.

    — Il est parti depuis quelques années déjà, mais je pense que ces habits devraient vous aller.

    Elle se tut un instant, le regard perdu dans le passé, avant de secouer légèrement la tête et de se concentrer sur Henry. Son visage était toujours marqué par le coup qu’il avait reçu, et son nez, bien qu’ayant cessé de saigner, restait légèrement enflé. Avec la même douceur dont elle avait fait preuve un peu plus tôt, elle s’approcha de lui et effleura son visage du bout des doigts, vérifiant que la douleur n’était pas trop intense.

    — Vous devriez aller vous rafraîchir, dit-elle en désignant la salle de bain attenante.

    — Prenez votre temps, je vous attends pour le dîner.

    Elle lui adressa un dernier sourire avant de le laisser, refermant doucement la porte derrière elle.

    De son côté, Kira prit un bain rapide. L’eau chaude apaisa ses nerfs, et elle s’accorda un instant de quiétude avant de se préparer. Elle voulait être présentable pour le dîner, pas seulement par politesse, mais aussi parce qu’elle en avait envie. Ce soir était particulier, et même si Henry était blessé, elle souhaitait qu’il passe un bon moment en leur compagnie.

    Elle choisit une robe verte, d’un vert profond qui rappelait la forêt. Le tissu épousait ses formes avec élégance, et lorsqu’elle se regarda dans le miroir, elle se sentit étrangement confiante. Un soupçon de parfum, une simple natte pour ses cheveux, et elle était prête.

    Lorsqu’elle descendit au salon, Henry était déjà là, assis aux côtés de son père. L’espace d’un instant, elle l’observa en silence. Il portait l’un des costumes de Nashoba, et elle ne put s’empêcher de trouver que cela lui allait à merveille.

    Puis, lorsqu’il leva les yeux vers elle, elle sentit son cœur s’accélérer. Il y avait dans son regard une lueur qu’elle ne savait pas nommer, et cela la troubla autant que cela la réconforta. Ce soir, malgré tout, ils étaient ensemble.

  72. Avatar de C.
    C.

    Le vent gonfle les voiles du drakkar, portant avec lui le sel de la mer et le poids du départ. Tomas garde le regard fixé sur l’horizon, refusant d’affronter la question de Sora. Il ne veut pas parler de l’Écosse, pas maintenant, pas ici. Son passé est une ombre qu’il préfère garder enfouie. Au lieu de répondre, il se détourne légèrement et inspire profondément.

    Les hommes sont rassemblés sur le pont, certains occupés à vérifier les cordages, d’autres murmurant entre eux sur leur prochaine destination. Gurney se tient près de la barre, attendant son ordre. Tomas sent le regard de Sora sur lui, mais il choisit de se concentrer sur son équipage. Il s’avance et lève la voix, sa présence imposante captant immédiatement l’attention de tous.

    — Mes frères, commence-t-il, sa voix résonnant au-dessus du clapotis des vagues, nous quittons Kattegat, et je sais que certains d’entre vous espéraient pouvoir poser leurs armes, trouver un foyer après toutes ces années sur les mers. Mais aujourd’hui, nous repartons vers de nouvelles aventures.

    Il balaie l’assemblée du regard, cherchant à capter chaque expression, chaque hésitation. Il ne leur imposera pas une route qu’ils ne désirent pas prendre.

    — Vous êtes ma famille, la seule que j’ai jamais connue. Vous m’avez suivi dans des batailles, dans des tempêtes et sur des terres inconnues. Aujourd’hui encore, nous avons un choix à faire. Deux chemins s’ouvrent à nous : le Vineland, une terre vierge où nous pourrions bâtir un avenir, ou bien la Méditerranée, où l’or et la gloire nous attendent.

    Un silence s’installe, chargé d’attente. Tomas laisse le temps aux murmures de s’élever avant de reprendre :

    — Ce choix ne m’appartient pas seul. Je veux que chacun ait son mot à dire. Nous voterons, comme nous l’avons toujours fait. Car nous sommes plus que des guerriers. Nous sommes des hommes libres.

    Des murmures d’approbation montent parmi les hommes. Certains hochent la tête, d’autres échangent des regards pleins d’espoir ou d’appréhension. Tomas observe leurs réactions, notant ceux qui semblent attirés par la promesse d’un nouveau foyer et ceux qui brûlent encore de l’envie du pillage et du combat.

    Il jette un bref coup d’œil à Sora, qui serre sa main dans la sienne. Il sent sa chaleur, sa présence, et cela lui donne une force nouvelle. Elle a murmuré le nom du Vineland, une suggestion qui fait écho en lui. L’idée de découvrir une terre inconnue, de créer quelque chose de durable… Mais est-ce ce dont il est capable ?

    Il chasse ses pensées et reprend, d’un ton plus solennel :

    — Gurney, prépare le tirage au sort. Que chacun dise où il souhaite aller.

    Tomas sait que la décision ne tardera pas à être prise. Mais quelle que soit la route qu’ils emprunteront, il sait une chose : cette fois, il ne navigue plus seul.

    — Sora.. Toi aussi tu dois voter, tu fais partie de notre famille, lui dit-il en posant sa main sur le bas de son dos.

  73. Avatar de C.
    C.

    Tomas était resté figé. Chaque muscle de son corps tendu, comme prêt à encaisser un coup qui ne viendrait pas. Il n’avait jamais perdu le contrôle de sa volonté, jamais cédé à une impulsion qui ne soit pas mûrement réfléchie. Mais face à elle, à sa peau nue baignée par la lumière tremblante de la lanterne, à son regard qui le suppliait sans même un mot, il sentait ses certitudes se fissurer.

    Son souffle était devenu plus lourd, ses poings crispés à ses côtés alors qu’il luttait encore contre l’inévitable. Il n’aurait pas dû rester. Il aurait dû détourner les yeux, sortir de cette cabine et refermer la porte derrière lui avant qu’il ne soit trop tard. Mais il ne bougea pas. Il ne pouvait pas.

    Sora parlait, ses mots s’immisçant en lui comme une malédiction douce et brûlante. “Le premier, mais aussi le dernier.” Ces paroles résonnaient en lui avec une intensité insoutenable. C’était une promesse qu’il n’était pas sûr de pouvoir tenir, une chaîne qu’il rêvait d’enrouler autour de son propre cœur.

    Quand elle posa les mains sur lui, quand ses doigts effleurèrent ses cicatrices, Tomas tressaillit. D’ordinaire, il les cachait, honteux de ce qu’elles racontaient, des souvenirs qu’elles portaient. Mais sous son toucher, il ne se sentait pas faible. Il se sentait désiré. Homme, et non plus seulement capitaine ou guerrier.

    Son regard glissa sur elle, sur cette peau offerte, frémissante sous la caresse du vent marin qui filtrait par le hublot. Il ne pensait plus. Il ne réfléchissait plus. Il n’y avait plus de raison, plus d’interdit, plus de peur. Seulement elle.

    D’un geste lent, il leva enfin les mains et les posa sur elle. D’abord sur ses hanches, les doigts hésitants, comme s’il craignait de briser un sort fragile. Mais lorsqu’elle gémit doucement sous son toucher, ce fut terminé.

    Il la saisit et l’attira brusquement contre lui, scellant sa bouche contre la sienne dans un baiser avide. Sa langue s’entremêlait à la sienne avec une faim qu’il ne savait pas pouvoir ressentir. Ses mains parcouraient sa peau, s’accrochant à elle comme un marin à son gouvernail en pleine tempête. Il voulait l’ancrer à lui.

    Son corps réagissait instinctivement. La chaleur qui les enflammait devenait insoutenable. Il la guida vers le lit, la souleva avec une facilité déconcertante avant de la déposer sur les draps. Il la contempla un instant, allongée sous lui, offerte, impatiente. Son regard brillait d’une confiance absolue, et cela acheva de le rendre fou.

    Il la rejoignit, sa bouche explorant chaque parcelle de peau qui se trouvait sur son chemin. Il voulait la marquer, lui faire comprendre qu’elle ne pourrait jamais oublier cette nuit.

    Puis, au moment où tout s’apprêtait à basculer, un coup retentit à la porte.

    Tomas se figea, son souffle court, son corps tendu par la frustration et le désir.

    « — Sora ?! Le capitaine est là ?? »

    Le sort était brisé.

    Il recula à contrecœur, son front venant se poser contre son épaule alors qu’il fermait les yeux pour reprendre son souffle. Il écouta l’échange, son corps hurlant de la perte soudaine de chaleur.

    Lorsqu’elle se leva pour enfiler une tenue, il resta silencieux.

    Quand la porte se referma derrière elle, le laissant seul dans cette cabine où leur passion venait d’être interrompue, Tomas passa une main sur son visage et jura entre ses dents.

    Dans quoi s’était-il engagé ?

    Voici la suite sous le regard de Tomas.

    Tomas attendit quelques instants après le départ de Sora, le temps que le pas du matelot s’éloigne dans les couloirs du navire. Son corps était encore en feu, chaque fibre de son être criant sa frustration. Il laissa échapper un long soupir, puis se leva, récupérant sa chemise et son pantalon abandonnés sur le sol. Il les enfila d’un geste mécanique, comme s’il voulait étouffer le désir brûlant qui l’habitait encore.

    Il ouvrit la porte avec précaution, jetant un regard furtif dans le couloir. Personne. D’un pas silencieux, il se glissa hors de la cabine et rejoignit la sienne. Dès qu’il passa la porte, il s’adossa contre le bois massif, fermant les yeux un instant. L’air frais qui s’engouffrait par la petite fenêtre ne parvenait pas à apaiser la chaleur qui le consumait.

    Tomas passa une main sur son visage, puis dans ses cheveux humides de sueur. Bon sang… Qu’avait-il fait ? Qu’était-il en train de faire ?

    Il le savait. Il savait que c’était une erreur. Qu’ils mettaient tous deux en péril bien plus qu’une simple nuit de plaisir. Mais le souvenir de son regard brillant, de ses mains sur lui, de la manière dont elle avait prononcé ces mots… le premier, mais aussi le dernier.

    Une part de lui luttait encore contre cette évidence. Il n’était pas un homme qui s’autorisait ce genre de choses. Il ne s’autorisait pas elle.

    Mais il savait aussi qu’il était perdu.

    Il se laissa tomber sur son lit, un bras replié sur son front. Il voulait dormir, calmer les battements erratiques de son cœur. Mais chaque fois qu’il fermait les yeux, il la voyait.

    Sora, dansant et riant sous l’effet du rhum.
    Sora, le regard brûlant d’envie alors qu’elle lui faisait face.
    Sora, frémissante sous ses caresses.
    Sora, offerte sous lui, juste avant que le sort ne se brise.

    Un grondement rauque lui échappa.

    Il devait l’oublier.

    Mais alors qu’il était sur le point de sombrer dans un sommeil troublé, une présence le tira de sa torpeur.

    Tomas ouvrit les yeux et vit une silhouette familière se glisser dans sa cabine.

    Sora.

    Elle se tenait là, ses cheveux défaits, sa respiration légèrement hâchée, comme si elle avait couru. L’ombre vacillante de la lanterne dessinait sur son visage une expression indéchiffrable.

    Tomas ne chercha pas à comprendre. Il ne lui laissa pas le temps de parler.

    D’un bond, il fut sur ses pieds et la rejoignit en deux pas. Avant qu’elle ne puisse prononcer un mot, il attrapa son visage entre ses mains et écrasa sa bouche contre la sienne.

    Un baiser violent. Désespéré.

    Il la possédait déjà, du moins en pensée. Ce baiser ne faisait qu’achever ce qui avait commencé plus tôt.

    Il sentit Sora se tendre sous le choc, puis se fondre contre lui avec un soupir. Ses doigts s’accrochèrent à sa chemise, le tirant contre elle, comme si elle craignait qu’il ne recule.

    Mais il ne comptait pas reculer.

    Quand il rompit le baiser, c’était à contrecœur. Son front vint se poser contre le sien, et il murmura d’une voix rauque :

    — Ce qu’on fait est mal… Je le sais.

    Il ferma les yeux un instant, ses mains toujours sur elle. Il voulait parler avec raison, retrouver son sang-froid. Mais il en était incapable.

    — Je le sais… et pourtant, je n’arrive pas à résister. J’ai besoin de te toucher.

    Ses doigts glissèrent le long de ses bras, de sa taille. Il sentait encore les frissons qu’il provoquait sur sa peau. Il aurait dû la repousser. Mais au lieu de cela, il captura ses lèvres à nouveau, s’abandonnant à ce besoin viscéral.

    Il était perdu. Et il ne voulait pas se retrouver.

    Quittant ses lèvres, il pu embrasser la peau de son cou, ses seins, son ventre, ses cuisses qu’il avait dénudées. Si tout à l’heure elle avait pris plaisir à le contempler, le caresser et l’embrasser, c’était son tour de la provoquer. Il aimait le goût de sa peau. Comme un goût de sucre. Son visage enfouie entre ses cuisses, il la dévorait avec adoration et passion en agrippant ses fesses.

    Non, plus de point retour. C’était son corps, bestial et envieux qui agissait. Peu importe la conscience et la raison.

  74. Avatar de C.
    C.

    Son désir pour elle était ancien, bien plus profond que ce qu’il avait voulu admettre. Ce n’était pas qu’une envie de posséder son corps. C’était plus sauvage, plus intime. Il voulait la faire sienne. La marquer. Inscrire son empreinte sur elle, jusque dans sa mémoire, jusque dans ses os.

    Mais quand ses mains avaient glissé sur sa peau, quand il avait senti son corps se tendre sous ses baisers, il avait compris.

    Elle ne savait pas. Elle n’avait jamais connu ça.

    Une seconde, il avait failli s’arrêter. Pas par manque d’envie, non, mais par peur de briser quelque chose en elle. Sora était une force vive, un brasier, une tempête. Il ne voulait pas être celui qui détruirait ça.

    Mais quand il avait relevé les yeux vers elle, quand il avait vu la manière dont elle frissonnait sous ses lèvres, la lueur de curiosité mêlée d’appréhension dans ses prunelles, il avait compris qu’elle ne voulait pas fuir.

    Elle lui demandait de l’initier. Et Tomas s’était promis de ne pas la brusquer. Alors, il avait pris son temps.

    Il avait exploré chaque frisson sur sa peau, chaque soupir, chaque crispation de ses doigts. Il avait observé avec une attention presque féroce la manière dont son corps répondait au sien.

    Quand elle avait tressailli sous sa langue, il avait souri contre sa peau. Quand elle s’était agrippée à ses cheveux, quand son souffle s’était brisé sous l’intensité de ses caresses, il avait ressenti une satisfaction indicible.

    Elle se découvrait sous lui, et il était le premier à la guider dans ce voyage.

    Lorsqu’elle s’était effondrée sur le lit dans un abandon total, Tomas l’avait contemplée un instant. Il n’y avait pas de plus belle vision que celle d’une femme livrée au plaisir qu’il lui avait offert.

    Mais elle n’en avait pas fini. Elle l’avait attiré à elle, et il s’était laissé faire.

    Jusqu’à ce qu’elle prenne les rênes.

    Son corps souple s’était glissé au-dessus du sien, et Tomas avait senti une nouvelle vague de désir l’assaillir. Ses mains s’étaient crispées sur ses hanches alors qu’elle s’installait sur ses cuisses.

    Et lorsqu’elle avait posé la main sur lui… Bon sang.

    Il avait eu toutes les peines du monde à contenir son gémissement, le camouflant derrière sa paume comme elle l’avait fait avant lui.

    Mais Sora ne comptait pas le laisser s’en tirer aussi facilement.

    Son audace mêlée d’innocence l’ébranlait plus qu’il ne voulait l’admettre. Elle n’avait aucune idée de l’effet qu’elle produisait sur lui, et pourtant, elle s’appliquait avec une volonté féroce, cherchant à comprendre, à apprendre.

    Tomas ferma les yeux, ses mâchoires crispées sous l’effort de contrôle. Aussi, quand elle murmura contre ses lèvres, il sentit la dernière barrière céder.

    — « Tu aimes bien ? Apprends-moi comment te rendre fou… »

    Il bascula.

    En un mouvement, il reprit le dessus, inversant leurs positions.

    Elle poussa un petit cri de surprise qu’il étouffa d’un baiser fiévreux. Lorsqu’il rouvrit les yeux, il sut qu’il n’y avait plus de retour en arrière possible. Sora était à lui. Et il comptait bien lui apprendre ce que cela signifiait.

    Il n’y avait plus d’espace entre eux, plus de retenue. Juste la chaleur de sa peau, le frisson de sa respiration contre la sienne, et cette lueur incandescente dans ses yeux.

    Tomas n’était pas un homme patient. Il avait toujours pris ce qu’il voulait, sans remords ni hésitations. Mais avec elle, c’était différent. Il voulait savourer chaque seconde, chaque soupir, chaque tremblement.

    Sora était un territoire inexploré, une terre vierge sur laquelle il était le premier à poser les mains. Et il comptait bien y laisser son empreinte.

    Elle était sous lui, offerte, vulnérable et pourtant pleine d’une détermination farouche. Il pouvait sentir son cœur battre à tout rompre, et lorsqu’il plongea son regard dans le sien, il y lut une confiance absolue. Une foi qu’il ne méritait sans doute pas, mais qu’il accepta sans un mot.

    Doucement, il traça un chemin de baisers le long de sa mâchoire, effleurant son cou du bout des lèvres, y goûtant sa peau salée par l’adrénaline et le désir. Sous lui, elle frissonna, son souffle saccadé trahissant l’intensité de ce qu’elle découvrait.

    Quand il la sentit hésiter, il s’arrêta un instant, relevant la tête.

    — Sora… Sa voix était rauque, basse, presque brisée par l’envie qu’elle faisait naître en lui.

    Elle entrouvrit les lèvres, comme pour répondre, mais aucun son ne sortit. Il vit l’incertitude passer dans son regard, mêlée d’un désir brut qu’elle ne savait pas encore comment exprimer.

    Alors il prit sa main et la guida lentement, lui montrant qu’il n’y avait pas à avoir peur. Qu’elle pouvait toucher, explorer, réclamer.

    Lorsqu’elle le fit, d’abord timidement, puis avec plus d’assurance, Tomas sentit un frisson lui remonter l’échine.

    — Tu apprends vite… murmura-t-il avec un sourire en coin.

    Elle eut un petit rire nerveux, et il sentit son cœur rater un battement. C’était la première fois qu’une femme riait dans ses bras avec cette sincérité, cette innocence teintée d’envie.

    Il ne voulait pas briser ça. Il voulait lui montrer ce que c’était, le plaisir. Il voulait qu’elle n’ait plus aucun doute, plus aucune hésitation. Il voulait qu’elle désire aussi fort qu’il la désirait. Un moment d’égalité totale.

    Alors il prit son temps. Il la guida lentement, veillant à chaque frisson, chaque sursaut. Lorsqu’il s’enfonça enfin en elle, il sentit son corps se tendre, et il retint son souffle, laissant à Sora le temps de s’habituer à lui.

    Ses lèvres trouvèrent les siennes dans une caresse rassurante, douce.

    — Regarde-moi.

    Elle obéit.

    Quand elle remua légèrement les hanches, un frémissement de plaisir traversa son corps, et Tomas comprit qu’elle était prête. Alors il se mit à bouger, d’abord lentement, savourant chaque seconde, chaque expression sur son visage.

    — Bon sang.. Sora..

    Et lorsqu’elle s’abandonna enfin, lorsqu’elle laissa le plaisir la submerger, il sut qu’elle ne l’oublierait jamais.

    Tout comme lui ne pourrait jamais l’oublier.

  75. Avatar de C.
    C.

    Tomas la regarde parler, sa voix déguisée en un ton rocailleux qui l’amuse autant qu’elle l’émeut. Elle fait tant d’efforts pour rester à ses côtés, pour marcher sur ses pas, même si tout cela n’a rien de naturel pour elle. Même si elle n’a aucune idée des dangers réels qui rôdent à chaque détour.

    Il pourrait sourire. Il pourrait laisser filer cet instant, répondre par une boutade ou détourner la conversation comme il sait si bien le faire.
    Mais elle l’a pris de court.

    Elle a percé l’armure.

    Pas avec une lame. Pas avec de la violence.
    Avec ses yeux pleins de franchise. Avec sa voix douce, maladroitement grave. Avec cette tendresse féroce qu’il ne mérite pas mais qu’elle lui donne pourtant sans condition.

    Il pose sa chope sur la table, lentement. Le bois lourd grince sous ses doigts calleux. Autour d’eux, la taverne vit sa propre vie : rires gras, chocs de chopes, chants d’ivrognes.
    Mais pour Tomas, il n’y a plus que Sora.

    Elle attend.

    Il baisse la tête, un instant. Puis il parle, d’une voix plus rauque que d’habitude, presque étranglée :

    — Oui… j’ai eu une famille.

    Les mots semblent lourds à sortir. Comme s’il déchirait quelque chose d’ancien à chaque syllabe.

    — Une femme. Deux enfants..

    Il relève enfin les yeux vers elle. L’expression dans son regard n’a rien de l’homme invincible qu’il montre au monde.
    C’est brut. C’est vrai.

    — Ils m’ont été arrachés. J’ai été trahi.

    Pas de détails. Pas besoin. Le simple poids de ses mots suffit à comprendre l’ampleur de sa douleur.

    Il prend une inspiration difficile, chasse d’un geste le souvenir qui menace de l’engloutir. Ce n’est pas le moment. Pas ici, au milieu de la crasse et des rumeurs.

    Il tend la main, presque malgré lui, et vient effleurer la joue de Sora du bout des doigts, comme s’il avait besoin de s’assurer qu’elle est bien réelle, qu’elle ne disparaîtra pas elle aussi.

    — Depuis… je n’ai plus rien laissé m’attacher. Plus jamais. Jusqu’à toi.

    Sa voix tremble à peine, mais la force de son regard suffit à finir ces mots. Il a tenté de résister. Il a lutté contre ce lien qui s’est tissé malgré lui, malgré elle. Mais c’est trop tard. Elle est entrée en lui comme une lame dans de la chair tendre, et il sait qu’il n’en guérira pas.

    Il penche la tête vers elle, réduit la distance qui les sépare. Ses doigts quittent sa joue pour attraper doucement sa nuque, ses yeux plantés dans les siens.

    — Je ne sais pas si je mérite que tu veuilles me comprendre, murmure-t-il en approchant encore, jusqu’à ce que leurs fronts se frôlent, mais si tu veux me connaître… sache que pour une raison que je ne m’explique pas, je t’appartiens.

    C’est un aveu qui lui coûte tout ce qui lui reste de protection. Un serment silencieux, fait non pas devant des dieux, mais devant elle seule. Et dans ce monde de violence et de trahisons, c’est sans doute la chose la plus précieuse qu’il ait jamais donnée.

    Autour d’eux, la taverne continue de hurler sa vie misérable. Mais dans ce minuscule espace entre leurs deux corps, il n’y a plus de pirates, plus de ports douteux, plus de cicatrices anciennes. Il n’y a que Sora. Et Tomas, à genoux dans son cœur, sans même qu’elle le sache.

    Tomas avait à peine effleuré les lèvres de Sora que le fracas éclata dans l’auberge.
    Un mugissement de rage, le bruit sourd d’une chope éclatant contre un crâne, et puis le chaos. Le blond se raidit immédiatement. Son instinct prit le dessus, et sa main glissa sur la garde de son épée sans quitter Sora des yeux.

    — Reste derrière moi, ordonne-t-il.

    Il n’eut pas besoin de se répéter. Déjà, plusieurs hommes avaient été projetés contre les tables. Une querelle de pirates, typique des soirs d’escale : un regard de travers, une remarque trop forte, une insulte mal placée, et voilà que l’alcool et la poudre faisaient le reste.

    Un marin massif, la chemise ensanglantée, bouscula Sora en passant, mais Tomas fut plus rapide. Il la repoussa d’un bras derrière lui, dégainant son sabre dans un chuintement métallique.

    — Henry, ton arme ! lança Spencer en jetant une dague à Sora, qui l’attrapa maladroitement.

    Autour d’eux, les cris fusaient, les tables volaient, les lames s’entrechoquaient. Des pirates de tous horizons se battaient comme des diables, plus pour le plaisir de la bagarre que pour une véritable querelle. Mais Tomas, lui, ne pouvait pas se permettre de se laisser emporter. Pas ce soir. Pas avec elle dans les parages.

    Il fendit l’air d’un mouvement précis, désarmant un homme qui voulait leur barrer la sortie. D’un regard, il chercha Spencer, puis Gurney.
    Ils devaient sortir de là. Vite.

    — On dégage ! rugit Tomas par-dessus le vacarme.

    Spencer, qui s’amusait presque dans cette mêlée, grogna d’agacement, mais acquiesça. Il attrapa Sora par le bras, la tirant à sa suite.

    — Reste avec moi, gamin ! lança-t-il, fidèle à son rôle de mentor improvisé.

    Tomas fendit la foule avec son sabre, leur ouvrant un passage. Les quatre pirates se ruèrent dehors, Gurney trébuchant presque sur les pavés inégaux du quai.
    L’air nocturne, chargé d’embruns, les frappa de plein fouet, mais ils n’avaient pas le temps de respirer.

    Tomas jeta un regard rapide autour de lui. Il n’avait pas le choix.
    Il se pencha vers Spencer, sa voix basse, tranchante :

    — Ramène-la au navire. Quoi qu’il arrive.

    Spencer haussa un sourcil, surpris par le ton sans appel.

    — Et toi ?

    Tomas attrapa Gurney par l’épaule, déjà prêt à filer.

    — J’ai une affaire urgente à régler.

    Pas besoin d’en dire plus. Spencer connaissait ce regard-là. Celui qui disait qu’il valait mieux ne pas poser de questions. Il grogna, resserra sa prise sur Sora, qui essayait de protester sans doute pour suivre le capitaine.

    Tomas se retourna une seconde. Sous la lumière pâle des lanternes, son visage était fermé, presque dur. Mais ses yeux, eux, étaient clairs. Protecteurs.

    — Fais-moi confiance. murmura-t-il, rentre avec Spencer je reviens.

    Un fugace et rapide baiser ne lui laissant pas le temps de répondre, puis il disparut dans une ruelle avec Gurney, avalé par la nuit.

    Ils couraient sans un bruit, habitués aux ombres et aux pièges des ports mal famés.
    Gurney portait une lourde sacoche, pleine de bijoux volés. Des joyaux brillants, reconnaissables entre mille. Le butin d’Harald, qu’ils avaient pris soin de soustraire discrètement lors de leur dernier abordage.

    Vendre ce trésor était risqué. Dangereux, même. Mais c’était aussi l’occasion pour Tomas de préparer quelque chose. Quelque chose dont personne ne devait être au courant, pas même Sora. Pas encore.

    Ils s’enfoncèrent dans les quartiers pauvres de Brest, là où l’or se changeait de main sans jamais poser de questions. Là où les loyautés n’existaient pas.

    Tomas, tendu comme un arc, avançait vite, son sabre à la main sous son manteau.
    Il savait que chaque pas les rapprochait non seulement de l’or, mais aussi de nouvelles trahisons.

    Mais il savait aussi que s’il voulait protéger Sora, vraiment la protéger, il allait avoir besoin de beaucoup plus que de courage ou de force brute.
    Il allait avoir besoin de moyens. De secrets. Et parfois… de trahir ses propres règles.

    La ruelle puait la vase, la sueur et l’alcool rance.
    Tomas et Gurney progressaient d’un pas vif, l’œil aux aguets.
    Devant eux, une vieille porte vermoulue battait au vent. Gurney tapa trois coups secs et précis.

    Un judas s’ouvrit, une voix rocailleuse grommela :

    — Mot de passe.
    — Le corbeau boit au crépuscule. répondit Gurney sans hésitation.

    La porte grinça sur ses gonds et laissa apparaître un homme trapu au visage mangé de cicatrices : le receleur. Un nommé Lorcan, connu dans tous les ports sombres de la Manche pour savoir tout ce qu’il ne fallait pas savoir.

    Tomas et Gurney pénétrèrent dans une petite pièce encombrée de coffres, de tapis volés, de vaisselles en argent terni.
    Lorcan les jaugea d’un regard suspicieux, puis fixa la lourde sacoche entre les mains de Gurney.

    — Vous avez ce que j’attendais ?

    Tomas s’approcha lentement de la table au centre de la pièce et fit signe à Gurney de déposer les bijoux.
    Lorcan ouvrit le sac, et ses yeux brillèrent à la vue des rubis, des émeraudes, et surtout d’une broche royale gravée du sceau d’Harald.

    — C’est chaud, ça. grommela-t-il. Très chaud. Y’a des rois qui saignent encore pour moins que ça.
    — C’est pour ça que tu vas payer vite et cher. répliqua Tomas froidement.

    Lorcan ricana, dévoilant une dentition déplorable.

    — Et sinon quoi ?

    Tomas ne répondit pas. Il sortit son sabre et l’enfonça dans la table avec une brutalité calculée, à quelques millimètres des doigts de Lorcan. Le receleur blêmit.

    — Sinon tu ne toucheras plus jamais une pièce, Lorcan.

    Le silence tomba, lourd, épais. Puis Lorcan grogna et recula.

    — Très bien. Laissez-moi voir ce que je peux faire.

    Il partit derrière un rideau crasseux. Tomas échangea un regard rapide avec Gurney. Ils n’étaient pas là que pour l’argent.
    Quelques minutes plus tard, Lorcan revint, jetant une bourse sur la table. L’or tinta en retombant.

    — Voilà votre dû.

    Tomas empocha la bourse sans la compter. Mais il ne bougea pas. Il fit un pas en avant, fixant Lorcan avec une intensité qui fit transpirer le receleur.

    — Maintenant, j’ai besoin d’autre chose.

    Lorcan haussa les sourcils, méfiant.

    — Quel genre d’autre chose ?
    — Des informations sur Édimbourg.

    À l’évocation du nom, Lorcan pâlit encore plus. Il se gratta nerveusement la nuque, cherchant une échappatoire.

    — J’sais pas si j’ai envie de me mêler à ces histoires-là… Les Highlands… c’est pas un terrain de jeu pour les marchands comme moi.

    Tomas se pencha vers lui, la voix basse, menaçante :

    — Je ne demande pas ton avis. Je veux savoir qui détient le château. Combien d’hommes y sont postés. Les faiblesses. Les alliés.

    Lorcan regarda autour de lui, inquiet. Puis il soupira, vaincu :

    — On dit que c’est toujours ton oncle, le duc de Strathmore, qui tient Édimbourg.

    Gurney, à côté, serra les poings.

    — Il s’est fait couronner « Régent » par l’Église après… après l’accident de la famille royale. poursuivit Lorcan, en évitant le regard noir de Tomas. Officiellement, il gouverne au nom d’une paix fragile. Officieusement, il a fait du château une forteresse. De nouveaux mercenaires. Des alliances secrètes avec l’Angleterre. Il n’attend qu’une excuse pour étendre son pouvoir jusqu’à Inverness.

    Tomas resta de marbre. Seule une veine battait à sa tempe.

    — Et les soutiens loyalistes ? demanda-t-il d’une voix rugueuse.

    Lorcan hésita, puis glissa à voix basse :

    — Quelques clans du nord refusent de le reconnaître. Les MacLeod, les MacGregor… Certains parlent encore d’un héritier vivant. Mais ça reste des murmures dans les tavernes. Rien de concret.

    Tomas se redressa lentement, son ombre se projetant sur Lorcan comme celle d’un chasseur sur sa proie.

    — Ça suffira. dit-il. Pour l’instant.

    Il jeta une autre petite bourse sur la table en guise de paiement pour l’information.
    Puis, sans un mot de plus, il fit volte-face, suivi de Gurney.

    Dehors, la brise marine fouettait leur visage.
    Gurney, après quelques mètres, souffla :

    — Tu penses vraiment pouvoir reprendre ton trône ? Avec juste ton épée et quelques clans dispersés ?

    Tomas marcha un instant en silence, avant de répondre, la voix grave :

    — Je le dois. Pour elle.

    Dans son esprit, ce n’était pas l’or, ni la couronne, ni même la vengeance qui comptait.
    C’était Sora. La protéger d’un monde où il n’aurait jamais été assez fort pour le faire, tant qu’il n’était qu’un pirate errant.

    Reprendre Édimbourg, c’était lui offrir un royaume. Une forteresse. Une vie à l’abri des menaces.

    Tomas serra les dents, une lueur froide dans les yeux.
    Et pour cela, il était prêt à tout.


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